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Eduquer pour une mondialisation humaniste

De
154 pages
A l'ère de la mondialisation libérale, les lois de l'éducation privilégient les sciences et techniques, et mettent l'accent sur les savoir-faire plutôt que sur les savoirs, le tout dans un espace scolaire de plus en plus déréglé et en proie à l'anarchie. Conséquences à terme: appauvrissement des contenus intellectuels et culturels des formations, formatage des élites. Il est encore possible de donner une orientation humaniste à la mondialisation en cours. Cet ouvrage propose quelques pistes dans cette direction.
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Roger Kaffo FokouÉduquer pour une
mondialisation humaniste
Réfexions et propositions illustrées par des cas concrets
L’opposition entre « élever » et « éduquer » traduit bien la diffcile
cohabitation entre deux conceptions de l’éducation dont l’une, verticale, Éduquer pour une
apparaît comme élitiste et aristocratique tandis que l’autre, horizontale,
se veut démocratique et populaire. Montesquieu le disait bien, « Les lois
de l’éducation seront différentes dans chaque espèce de gouvernement : mondialisation humaniste
dans les monarchies, elles auront pour objet l’honneur ; dans les
républiques, la vertu ; dans le despotisme, la crainte. » (L’Esprit des lois, IV, 1)
Réfexions et propositions illustrées par des cas concrets
Plutôt que d’espèce de gouvernement, ne devrions-nous pas parler
d’ordre ? A l’ère de la mondialisation libérale, les lois de l’éducation
privilégient l’horizontalité, les sciences et techniques, et mettent l’accent
sur les savoir-faire plutôt que sur les savoirs, le tout dans un espace
scolaire de plus en plus dérégulé et en proie à l’anarchie. Un processus
est en marche et s’il aboutit, l’éducation échappera aux États pour
tomber sous le contrôle du marché globalisé. Conséquences à terme :
évacuation ou appauvrissement des contenus intellectuels et culturels
des formations, formatage des élites, cumul à la longue des acquis
culturels du groupe social privilégié et aggravation des inégalités face
au savoir (dixit J. Attali). Il est encore possible de donner une orientation
humaniste à la mondialisation en cours. Cet ouvrage propose quelques
pistes dans cette direction.

Roger Kaffo Fokou enseigne depuis plus de trois décennies. Il est
également un poète et un essayiste engagé, auteur de plus d’une dizaine
d’ouvrages. Il a notamment publié dans le domaine de l’éducation
Guide de la littérature au lycée (2009) et Les Générations sacrifées :
voyage au cœur d’une catastrophe scolaire moderne (2014).
POINTS DE VUE
ISBN : 978-2-343-06152-8
14,50 e
Éduquer pour une mondialisation humaniste
Roger Kaffo Fokou
Réfexions et propositions illustrées par des cas concrets© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06152-8
EAN : 9782343061528Eduquer pour une mondialisation
humaniste
Réflexions et propositions illustrées
par des cas concrets Points de vue
Collection dirigée par Denis Pryen
Dernières parutions
Albert MOUTOUDOU, L’hypothèse panafricaniste, 2015.
Martin KUENGIENDA, L’Afrique est-elle démocratisable ?,
Constitution, sécurité et bonne gouvernance, 2015.
SHANDA TONME, Conflits d’éthiques et crises des relations
internationales, 2015.
Jules DJOSSOU, Chroniques politiques béninoises. Autopsie d’une
démocratie en berne, 2014.
Jean-Bosco Germain ESAMBU MATENDA, Conflits identitaires et
enjeux économiques internationaux dans la région des Grands Lacs,
2014.
Serge TCHAHA et Christophe DEGAULE, Le lion’s spirit, 2014.
SHANDA TONME, La presse en accusation. Soupçons sur un
pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs, 2014.
Armand SALOUO, Vaincre la corruption en Afrique, la
solution patrimoniale, 2014.
Jonas SILIADIN, Togo, démocratie impossible ?, 2014.
Daniel NKOUTA, La question nationale au
CongoBrazzaville, 2014.
Georges MAVOUBA-SOKATE, La construction d’une
conscience nationale au Congo par les musiciens, 2014.
Martine et Jean-Pierre VERNIER – Élisabeth
ZuckerRouvillois, Etre étranger en terre d’accueil, 2013.
Grégoire LEFOUOBA, Curriculum vitae du Congo, Rive
Droite, 2013.
Bastaine Yannick MOUBAMBA, Mythe de l’eldorado et
psychopathologie, 2013.
Jérôme GUIHO, Mahamadou Danda, un Nigérien libre, 2013.
Henri PEMOT, Mali. Lettre ouverte au président, 2013.
Rachel-Albert KISONGA MAZAKALA, L’idéologie du
Lumumbisme, 2013.
Jean Carletto BOPOUNGO, L’insertion professionnelle des
jeunes en échec scolaire. Le projet des z’héros, 2013. Roger KAFFO FOKOU
Eduquer pour une mondialisation
humaniste
Réflexions et propositions illustrées
par des cas concrets
L’Harmattan Du même auteur :
- Les Cendres du temps, Paris, L’Harmattan, 2014
- Médias et civilisations, Parirm014
- Les Mbäfeung : peuple des hautes terres de l’Ouest
du Cameroun, croyances et pratiques
traditionnelles et culturelles, Paris, L’Harmattan,
2014
- Les Générations sacrifiées : voyage au cœur d’une
catastrophe scolaire moderne, Paris, l’Harmattan,
2014
- Cameroun, le grand malade du centre de l’Afrique,
Dictus Publishing, Saarbrücken, 2012
- Les grands défis de la construction panafricaine,
Dictus Publishing, Saarbrücken, 2012
- Les Marchés mondialisés à l’assaut de la
démocratie et des peuples, Dictus Publishing,
Saarbrücken, 2012
- Accents aigus et autres poèmes, Paris, Mon petit
Éditeur, 2011
- Capital, travail et mondialisation vus de la
périphérie, Paris, l’Harmattan, 2011
- Cameroun : liquider le passé pour bâtir l’avenir,
Paris, l’Harmattan, 2009
- Guide de la littérature au lycée (Parcours
littéraire), Paris, l’Harmattan, 2009
- Misères de l’éducation en Afrique : le cas du
Cameroun aujourd’hui, Paris, l’Harmattan, 2009
- Demain sera à l’Afrique, Paris, l’Harmattan, 2008
A ma mère,
Marceline FOTSAP.
Il m’a fallu,
Pour apprécier pleinement l’éducation rustique,
Celle-là même à laquelle elle a soumis mon enfance,
Le temps de l’âge mature :
C’est dans ce jardin-là que fleurissent,
Encore aujourd’hui, mes plus beaux souvenirs.
N’imaginez pas qu’un être humain puisse être très
différent d’un autre. La vérité, c’est que l’avantage reste à
celui qui a été formé à la plus rude école.

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse,
tr. Roussel, Gallimard, 1966. Avant-propos
Le terme d’éduquer, comme l’on sait, n’a obtenu le
droit de cité dans les beaux quartiers de la langue française
que très tardivement. Jusqu’au XIXe siècle (Littré) et
même au début du XXe siècle (Dictionnaire général), il
est considéré comme « populaire », et on lui préfère
1« élever ». Aujourd’hui, la donne s’est inversée. Derrière
ces choix, on peut retrouver toute une histoire, toute une
philosophie de l’éducation. Quelle différence peut-on faire
entre « élever » et « éduquer » ? A première vue, une
simple nuance, mais une nuance qui au fond fait toute une
différence.
Elever, c’est donner de la hauteur, hisser.
Contrairement à lever, élever suppose à la fois un effort et
une hauteur considérables, et exclut donc toute forme de
facilité. Au sens figuré, élever, c’est positionner dans un
statut moralement et intellectuellement supérieur. Elever
ne va donc pas sans une contrainte de verticalité et
implique de ce fait des considérations qualitatives
impératives. Derrière cette idée de hauteur, surtout
lorsqu’elle s’applique à l’être humain, il y a un parti pris
de raffinement, de culture, donc d’exhaussement au-dessus
de la nature, ou alors de la condition ordinaire, pour plus
de dignité, de majesté, de morale…
Eduquer, si l’on se réfère à son étymologie « educare »
qui est le fréquentatif latin de « educere », (« e- » de ex-,
et « ducere » qui signifie conduire), c’est extraire de…
pour orienter, donner une direction. Mais laquelle ? Rien
n’est dit à ce propos. Le concept d’éduquer semble ainsi
moins précis, moins exigent et rigoureux que celui

1
Le côté mécanique et même animal de cette notion, telle qu’on s’en
fait l’idée aujourd’hui, est jusqu’à un certain point trompeur.
11 d’élever, malgré la préférence dont jouit le premier depuis
la fin du XXe siècle.
On comprend que les XIXe et XXe siècles bourgeois
aient jugé « populaire » le terme d’éduquer, aux sens de
simple, accessible, et sans doute aussi péjoratifs de
vulgaire, de grossier et, pourquoi pas, également de peu
cultivé. On sait que la bourgeoisie est une certaine
aristocratie même si l’idéal de celle-ci est plus de l’ordre
du quantitatif que du qualitatif. Cette absence de
verticalité dans le concept d’éduquer est aussi lisible
comme l’expression d’une préférence pour l’horizontalité
qui choisit l’implicite. La Révolution en France ne semble
en tout cas pas avoir boudé le concept d’éducation. Pour
Danton (in Barthou, Danton, p.307), « après le pain,
l’éducation est le premier besoin du peuple ».
L’horizontalité est en effet un concept
fondamentalement républicain, démocratique. Elever
pourrait, en raison de la verticalité qu’il implique, nuire à
la longue à l’égalité démocratique et républicaine.
Montesquieu (L’Esprit des lois, IV, 1) ne semble pas dire
autre chose : « Les lois de l’éducation seront différentes
dans chaque espèce de gouvernement : dans les
monarchies, elles auront pour objet l’honneur ; dans les
républiques, la vertu ; dans le despotisme, la crainte. »
Plutôt que d’espèce de gouvernement, ne devrions-nous
pas parler d’ordre ? Chaque ordre semble façonner
l’éducation à la mesure de ses intérêts et ambitions. Le
Moyen âge religieux a dressé, par le biais de la
scolastique, à la soumission ; les époques impériales et
monarchiques mettent l’accent sur l’honneur, le courage et
l’esprit de sacrifice ; les XIXe et XXe siècles marchands
ont privilégié les sciences et techniques et mis l’accent sur
les savoir-faire. Ces deux siècles ont constitué l’éducation
en une véritable science, avec ses dogmes et ses méthodes,
12 et l’ont introduite dans la cité de la modernité. Cela aurait
pu être la fin de l’histoire, mais il n’en est rien
visiblement, et le XXIe siècle doute et se cherche encore
une voie. Vers quels horizons ? La postmodernité
éducative pourra-t-elle retrouver les valeurs humanistes
sans perdre les acquis de la modernité ?
L’auteur
13