Empirisme et pédagogie à l'époque de Lumières

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Il y a eu dans l'histoire des idées pédagogiques ce que l'on peut appeler un "moment empiriste" dont l'étude, pour une large part, reste encore à faire. C'est à l'analyse de ce moment empiriste qu'est consacré cet ouvrage. Il se propose de restituer les différentes contributions de l'époque en matière de philosophie de l'éducation (Condillac, Helvetius, Rousseau) et de tirer les conséquences pédagogiquement réformatives qu'impliquent par elles-mêmes l'anthropologie et l'épistémologie sensualiste des Lumières.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
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EAN13 : 9782336392585
Nombre de pages : 300
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Alain Firode
Empirisme et pédagogie à l’époque des Lumières
La pensée éducative de Condillac en débat
Empirisme et pédagogie à l’époque des Lumières
Pédagogie : crises, mémoires, repères Collection dirigée par Loïc Chalmel, Michel Fabre, Jean Houssaye et Michel Soëtard  La collection « Pédagogie : crises, mémoires, repères » répond à un triple objectif : 1 - Elle se propose de soumettre à la réflexion théorique les problématiques et les situations de crise qui agitent le monde pédagogique. 2 - Elle vise à vivifier les mémoires historiques capables d'éclairer le pédagogue pour l'action présente. 3 - Elle entreprend de décrypter les repères philosophiques, éthiques, politiques qui portent le pédagogue en avant des réalités. Dernières parutions CHIROUTER Edwige,L’enfant, la littérature et la philosophie, 2015. DUBOIS Émilie,La pédagogie àReggio Emilia, cité d’or de Loris Malaguzzi, 2015. JANNER-RAIMONDI Martine (dir.),Élèves en difficulté : tout un programme. Programme personnalisé de Réussite éducative, 2014. POTEAUX Nicole et GREMMO Marie-Josée (dir.),La médiation éducative entre dispositif et espace, Essai de conceptualisation, 2014. NAOUAR Oussama,: figures du pédagogue,Paulo Freire imaginaire du pédagogique, 2014. WEISSER Marc,Le chercheur, sa recherches, ses méthodes. De quelques questions épistémologiques aux Sciences de l’Éducation, 2014. UBRICH Gilles,La méthode intuitive de Ferdinand Buisson : histoire d’une méthode pédagogique oubliée, 2014. KOHAN Walter Omar,Socrate : enseigner, ce paradoxe, 2013. CHALMEL Loïc (coord.),Espaces et dispositifs en éducation, 2013.
Alain Firode Empirisme et pédagogie à l’époque des Lumières
La pensée éducative de Condillac en débat
Du même auteur Théorie de l’esprit et pédagogie chez Karl Popper. Le « seau » et le « projecteur », Paris, L’Harmattan, coll. « crises,Pédagogie : mémoires, repères », 2012.
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07359-0 EAN : 9782343073590
Introduction
Empirisme et pédagogie
Un objet d’étude délaissé
L’empirisme, il est à peine besoin de le rappeler, forme le e cadre global de la pensée française du 18 siècle. Aux alentours des années 1750 la référence à la critique lockienne des idées innées (exposée dans l’Essai philosophique concernant l’entendement humain,1689,traduit par P. Coste en 1700) se retrouve, à la façon d’un véritable lieu commun, chez tous les auteurs qui participent au mouvement des Lumières. Les « philosophes » tiennent unanimement pour acquis que le « sage Locke », en remplaçant les vaines interrogations de la métaphysique traditionnelle sur l’essence de l’esprit et des corps par une enquête sur « l’histoire des connaissances humaines », c'est-à-dire par une tentative pour en retracer la genèse à partir de l’expérience sensible, a donné à la réflexion philosophique son orientation définitive, la seule dont on puisse espérer qu’elle aboutisse à des résultats positifs et féconds. Il revient à l’auteur de l’Essai, pour reprendre la formule utilisée par d’Alembert dans leDiscours préliminairede l’Encyclopédie(1751), d’avoir « créé la métaphysique à peu près comme Newton 1 avait créé la physique » . Entendons la « bonne métaphysique », celle que Condillac, dans les premières pages de l’Essai sur l’origine des connaissances humaines
1  D’Alembert,Discours préliminaire de l’Encyclopédie,éd. M. Malherbe, Vrin, Paris, 2000, p. 131.
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(1746), prend soin d’opposer à la métaphysique « ambitieuse » de la pensée classique, prétendant « percer 2 tous les mystères » .
La forme spécifique que cette enquête sur « l’origine des connaissances humaines » revêt chez les continuateurs français de Locke, en particulier chez Condillac, a fait l’objet de nombreuses études. Ces travaux ont mis en évidence l’originalité de la philosophie française des Lumières par rapport à l’empirisme lockien, en insistant particulièrement sur la place centrale qu’y occupe la notion d’analyseencore, plus récemment, sur la ou solidarité que celle-ci établit entre les différentes opérations de l’esprit et le matériau auquel elle 3 s’applique . Quoiqu’il leur arrive de signaler au passage quelques-unes des implications éducatives qui découlent de ces thèses, ces études, monographiques ou générales, n’abordent toutefois pas pour elle-même la question de la relation de la pensée pédagogique des Lumières à la philosophie empiriste. La plupart des travaux consacrés à Condillac, pour nous en tenir à cet auteur, se concentrent sur la signification et la portée philosophiques des thèses del’Essai sur l’origine des connaissance humaines(1746) ou duTraité des sensations(1754), sans s’interroger, ou de façon seulement accidentelle, sur leur relation avec la pédagogie mise en œuvre dans leCours d’étude pour l’instruction du Prince de Parme(1775). Quant à l’histoire des idées pédagogiques proprement dite, enfin, celle-ci semble avoir surtout retenu l’apport de Rousseau, sans trop s’intéresser de près aux autres philosophes des Lumières (le nombre d’écrits sur la pédagogie de 2  Condillac,Essai sur l’origine des connaissances humaines,in Œuvres philosophiques, éd. G. Leroy, trois volumes, PUF (à partir de maintenant désignées par OP), 1947-1951, vol. I, p. 3. 3 Cf. l’ouvrage d’A. Charrak,Empirisme et métaphysique,Vrin, Paris, 2003.
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Condillac, d’Helvétius ou de Diderot est infime en 4 comparaison des travaux consacrés à l’Emile) . Nous ne disposons actuellement d’aucune étude d’ensemble qui, n’étant pas exclusivement ni même prioritairement consacrée à la conception rousseauiste de l’éducation, permettrait de situer clairement la pensée pédagogique du e 18 siècle dans le contexte philosophique de l’époque.
Une pensée philosophique de l’éducation
Les préoccupations éducatives des philosophes français du e 18 siècle, il est vrai, semblent parfois devoir aux circonstances extérieures. Condillac, à la fin de sa carrière, n’aurait peut-être pas rédigé les seize volumes de son imposantCours d’étude s’il n’avait été appelé en 1757 à 5 assurer l’instruction de l’infant Don Ferdinand ; Diderot n’aurait certainement pas écrit en 1775 son Plan d’une universitési celui-ci ne lui avait été commandé par Catherine II ; et l’on peut penser, de même, que le préceptorat du jeune Rousseau auprès des enfants de M. de Mably en 1740 n’a pas peu contribué à éveiller son intérêt pour le problème pédagogique. On aurait tort, toutefois, d’accorder trop de poids à ces éléments biographiques. L’intérêt des philosophes de l’époque pour la question éducative s’explique d’abord par des raisons théoriques qui tiennent au cadre empiriste qui domine alors la pensée française des Lumières. Chez les auteurs auxquels cette 4  A. Vergnioux fait le même constat. Cf.Théories pédagogiques. Recherches épistémologiques, Vrin, 2009, p. 66. Le seul ouvrage contemporain actuellement disponible sur la pédagogie de Condillac est le livre de C. Quarfood,Condillac, la statue et l’enfant, l’Harmattan, 2002. 5 Ferdinand de Bourbon, l’héritier du duché de Parme, est le petit-fils de Philippe V d'Espagne et, par sa mère, de Louis XV de France. En 1757, le jeune prince est âgé de sept ans.
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