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Être@eleve.com

De
148 pages
Où sont passés les élèves ? Qui les élève ? Les parents et les enseignants ou bien les technologies de l'information et de la communication (T.I.C.) ? Comment se découvrir soi-même lorsque les T.I.C. sont proposées de manière à faire croire que chacun a, dans tous les domaines, une légitimité à s'exprimer équivalente à celle de n'importe qui, comme si la connaissance ne représentait rien ? L'auteur nous montre qu'il est primordial de ne pas rester sourd aux nouvelles exigences de la réalité.
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Questions Contemporaines Collection dirigée par JP. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières

parutions

Madonna DESBAZEILLE, Ouverture pour le XXIe siècle, 2009. Jean-Pierre COMBE, Lettres sur le communisme. Un intellectuel communiste témoigne et réagit, 2009. Gérard MASSON, L'ébranlement de l'universalisme occidental. Relectures et transmissions de l 'héritage chrétien dans une culture « relativiste », 2009. Christian SA YES, La Gauche française, 2008. Voula P. MEGA, Modèles pour les villes d'avenir. Un kaléidoscope de visions et d'actions pour des villes durables, 2008. Élisée MONTF AJON, La discrimination positive à l'université aux Etats-Unis. L'exemple des universités du Wisconsin, 2008. C. A. AGUIRRE ROJAS, L'Amérique latine en rébellion, 2008. Sylvain BARTET, lean-Paul BEAUQUIER, Pour en finir avec ceux qui ne veulent plus être socialistes'H, 2008. Gilles ROTILLON, Faut-il croire au développement durable ?, 2008. Michèle MILLOT, Jean Pol ROULLEAU, Le syndicalisme autrement, 2008. Olivier LlET ARD, La fin des inégalités. Manifeste du Parti pour l'Abolition de l'Usure (PAU), 2008. Michel BOULANGER (dir.), Le cannabis dans tous ses états, 2008. Fabien GALZIN, La dictature du chiffre. Le libéralisme, la science et le « psy », 2008.

Jean-Philippe TESTEFORT

etre@eleve.com
Envisager une transmission durable

LI Htemattan

L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005

Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07903-8 EAN:9782296079038

«] e t'ai conduite à l'école, ton attrait et mon désespoir tremblaient. »

Florian Chantôme, Des grains d'alors

à mes élèves et à tous les autres

Introduction
Sur l'argument de l'essai

Le texte, ici proposé, traite des transformations contemporaines dans la transmission du savoir, donc de la nouvelle façon de former les hommes. Cette «fabrique nouvelle de l'homme» sera d'abord analysée à partir d'un petit événement, apparemment anodin, la possibilité donnée aux élèves de pouvoir noter publiquement leurs professeurs par le biais d'Internet, puis, d'une façon plus générale, examinée en relation avec les technologies de l'information et de la communication.

* Les nouvelles sujet moderne

technologies

et l'ébranlement

du

Ce texte s'amorce à partir de ce qui peut sembler n'être qu'une péripétie. On pourrait penser qu'il s'agit simplement de sacrifier à la mode, mode qui voudrait que l'on ne s'attache qu'à l'instant, qu'à l'actualité au détriment de l'analyse d'ampleur, comme si, finalement, il s'agissait purement et simplement de suivre, de s'adapter au monde contemporain, en ayant un os à ronger et l'âme en berne. Il faut plutôt renverser la perspective. Si nous adoptons le parti de penser la question de l'enseignement à partir de celle de la notation publique des professeurs, c'est parce que celle-ci est rendue possible grâce aux technologies de l'information et de la communication. Ces

Il

technologies appellent et commandent un recul de l'écrit traditionnel, de la culture des Humanités qui, jusque récemment, fondait la transmission du savoir, et par voie de conséquence, un effritement du sujet tel que la modernité l'a déterminé et réalisé. En effet, le monde contemporain a, au moins dans les usages, déclassé la culture écrite et les valeurs qui lui étaient attachées sous le coup de l'irrésistible implémentation! (c'est-à-dire à la fois la production et la diffusion) des images technologiques depuis les années 1960. Celle-ci s'est accompagnée d'une extension sans précédent, chez presque tous les individus peuplant la planète, de la conscience de vivre dans un même monde, alors même que les conditions sociales d'existence effectives sont réellement étanches les unes aux autres. Le monde postindustriel greffe les individus sur des imaginaires technologiques et/ou consuméristes partagés pendant que l'existence sociale tend à se segmenter, à diluer à la fois les liens et les différences (entre les générations, entre les corps de métier etc.l Le sl~jet moderne a perdu ses amarres. On n'échange plus grand chose de réel dans l'existence sociale et ce que l'on échange s'établit dans la sphère « déréalisante » et spontanément non critique d'un imaginaire préformé. Corrélativement, c'est l'imagination individuelle qui semble asséchée et, avec elle, la possibilité de penser l'avenir autrement que comme la répétition du même, solution dont on pressent par ailleurs le caractère inadéquat, voire dangereux.
I

Concept que nous devons à Nelson Goodman mais que nous

étendons au-delà des seules oeuvres d'art. Cf. N. Goodman, L'art en théorie et en action, éd. De L'Eclat, Paris, 1996. 2 Cf. Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle, éd. Seuil, Paris 2006, pp. 16-18.

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* La notation comme un ,symptôme A ce titre, la notation en ligne des professeurs par les élèves3 nous a semblé exemplaire, et des transformations récentes et de celles à venir de l'enseignement dans la mesure où elle s'exerce à l'endroit même de cette apparente contradiction entre l'imaginaire et le réel, où se creuse le tombeau du désir de s'inventer et d'ouvrir de nouvelles voies, alors même que celles-ci ne pourront advenir qu'avec les moyens qui, pour l'heure, nous en détournent au moins partiellement. C'est pourquoi la notation a valeur de symptôme, au sens clinique, en ce sens qu'elle ne renvoie pas à ce qu'elle met en avant (faire savoir aux enseignants ce que les élèves disent sur eux de sorte que cela leur fasse plaisir ou leur permette de progresser4) mais désigne autre chose. En l'occurrence, une contradiction qui se marque, sur le plan de l'enseignement, d'un côté par la désuétude au moins relative dans laquelle est tombé l'enseignement « traditionnel », d'un autre côté par les difficultés de la société de l'information et de la communication actuelle à promouvoir une formation des individus à la hauteur des exigences nouvelles auxquelles le monde contemporain est confronté.

* La mise en question de la valeur du savoir

Par conséquent, la question est de savoir quelle place peut être encore faite à la culture de l'écrit et aux valeurs
3

4

Cf. http://www.note2be.com
Cf. la page d'accueil de la première version du site.

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dont elle était dépositaire, de sorte qu'elles puissent essayer de mordre au moins un peu sur la réalité qui, fondamentalement et pour des raisons structurelles, se fait en dehors d'elles et, de plus en plus, indépendamment d'elles. Il s'agit, ni plus ni moins, d'essayer de penser comment on sait et comment on transmet ce que l'on sait de nos jours, et surtout comment on pourrait savoir dans l'avenir, de sorte que ce qui constituait la passion moderne pour le savoir ne succombe pas à la mort de la modernité. Car c'est cette passion pour le savoir qui a été le fer de lance de l'émancipation individuelle et collective. Et elle ne l'a pas été par accident: elle touche à la manière d'être homme, à son type d'investissement ou d'engagement. L'accroissement, en extension (les domaines d'activité concernés) et en compréhension (le codage symbolique), de la société de l'information et de la communication, d'une part, la clôture relative des tranches de société, d'autre part, ne laissent a priori qu'une faible marge de manœuvre à la culture de l'écrit, à l'esprit des Humanités, et au travail de vérité qui lui correspond (que l'on distinguera, ici, de l'efficacité), celui qui vise l'universel, comme une passion, quasi œcuménique, pour la vérité qui, une fois établie, se donne en partages. Cela est dû au déplacement du sens de l'universel induit par le fait que, dans les flux informationnels, l'écriture ne cesse de s'écouler, ne cesse de transiter. En effet, cette fluidité favorisant la démultiplication réticulaire du savoir (le réseau en lieu et place de l'arborescence moderne), les connaissances dans leur ensemble ne se présentent plus,

5 Pensons à Kant, par exemple, pour qui il y a une exigence morale à tàire un usage public de la raison (cf. Réponse à la question: qu'estce que les Lumières ?).

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