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La méthodologie documentaire comme base d'un travail scientifique

De
207 pages
Les chercheurs débutants sont confrontés au problème d'accès aux sources d'informations pertinentes et au traitement même des informations collectées et à la rédaction des textes scientifiques qui doit en découler. L'auteur fait des propositions sur la meilleure façon de rédiger un travail scientifique. Il met à cet effet l'accent sur la question de départ, l'exploration, la problématique et les hypothèses. Il présente comment rédiger une bibliographie, et donne quelques conseils et astuces sur le comportement à adopter lors d'une soutenance.
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L’OUEST SAHARIEN, CAHIER N° 7, 2009

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L'OUEST SAHARIEN L’Ouest saharien, c’est d’abord un espace culturel, comprenant l’aire maure hassanophone étendue à celle de ses voisins, Berbères du Sud Maroc, Négro-africains des rives du Sénégal et du Niger, Touaregs. Il s’étend sur le Maroc, l’Algérie, la République sahraouie, la Mauritanie, le Sénégal, le Mali et le Niger. Nous n’avons pas désiré mettre en avant un espace géographique, mais un espace de vie, lui-même inscrit dans un espace physique. Ces cahiers ont ainsi vocation à se faire l’écho d’un espace relationnel dans toutes ses composantes, politiques, sociétales, juridiques, historiques, culturelles, mais aussi physiques, environnementales, économiques. La collection "L’Ouest saharien" a pour buts de ranimer l’intérêt et de stimuler la recherche sur cet espace, ainsi que de créer des liens entre toutes celles et tous ceux qui s’y intéressent. Elle se veut indépendante et ouverte non seulement aux scientifiques et aux chercheurs de tous pays, mais aussi aux témoins, grands journalistes, anciens coloniaux, écrivains… Elle se compose d’une part de cahiers pluridisciplinaires, comprenant des contributions variées ainsi que des bibliographies et des notes de lecture, et d’autre part de hors séries, mettant à la disposition des lecteurs des documents et des travaux inédits ou des rééditions d’ouvrages introuvables.

THE WESTERN SAHARA
Western Sahara is firstly a cultural space, the Hassanophone Moorish area which also includes the neighboring Berbers in Southern Morocco, Tuaregs, and the Black Africans from the Senegal and Niger rivers. It spreads into Morocco, Algeria, the Saharawi Republic, Mauritania, Senegal, Mali and Niger. We don't want to speak only or primarily of a geographical region, but rather a mode of life and a cultural space - which is nevertheless inextricably bound to a physical space. Therefore, these volumes try to reveal this space in all its aspects, firstly political, social, legal, historical, cultural but also physical, environmental and economic. The objective of the collection "The Western Sahara" is to elicit interest and stimulate research about this space, and bring together all who have an interest in it. It will be independant and multidisciplinary. It seeks contributions not only from scientists and researchers of all countries, but also from artists, leading journalists, former soldiers in the colonial forces, etc. It will be composed partly of multidisciplinary volumes comprising varied contributions as well as bibliographies and lecture notes, and partly of special editions which will present longer, unedited documents and articles, as well as reissues of otherwise unavailable works.

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L’OUEST SAHARIEN / WESTERN SAHARA
Comité de rédaction / Editorial board Pierre Boilley, Emmanuel Martinoli, Ali Omar Yara Directeur de publication /Executive editor Emmanuel Martinoli Comité scientifique/The scientific consultants Luciano Ardesi (sociologue, Rome, I), Yahya ould Bara (Université de Nouakchott, RIM), Maurice Barbier (Université de Nancy-II, F), Edmond Bernus (géographe, ORSTOM, F), Christoph Brenneisen (géographe, Berlin, D), Sophie Caratini (URBAMA, Université de Tours, F), Abdel Wedoud Ould Cheikh (Université de Nouakchott, RIM), Monique ChemillierGendreau (Université de Paris-VII, Jussieu, F), Jarat Chopra (Brown University, Providence, USA), Wolfgang Creyaufmüller (ethnologue, Aachen, D), Jean Fabre (géologue, Courchevel, F), Sidi Mohamed ould Hademine (Université de Nouakchott, RIM), Théodore Monod (naturaliste, † Paris, F), Javier Morillas (Universidad San Pablo Ceu, Madrid, E), Rainer Osswald (Universität Bayreuth, D), Christiane Perregaux (Université de Genève, CH), Ulrich Rebstock (Universität Freiburg, D), Carlos Ruiz Miguel (Universidade de Santiago de Compostela, E), Wolf-Dieter Seiwert (ethnologue, Leipzig, D), François Soleilhavoup (Professeur de sciences naturelles, spécialiste de l'art rupestre, Epinay-sur-Seine, F), Jürgen Taeger (Universität Oldenburg, D), Daniel Volman (Africa Research Project, Washington DC, USA), Yahia Zoubir (Thunderbird, Glendale, AZ, USA). Notes pour les auteurs Les opinions exprimées n'engagent que leurs auteurs. Les contributions, en principe originales, sont à transmettre au secrétariat de la rédaction sous forme électronique avec une copie papier. Les règles s'appliquant aux notes de renvoi et à la bibliographie seront communiquées aux auteurs par le secrétariat de rédaction. La transcription des termes arabes est laissée au choix de l'auteur. La rédaction ne peut être tenue responsable en cas de perte ou de dommages aux manuscrits. Notes for contributors Opinions expressed are solely those of the authors. Articles should be original contributions and submitted to the secretariat in electronic form with a typescript. Instructions on note style and references will be communicated to the authors on demand. Transcription of arabic words is left to the choice of the author. The editorial board cannot accept responsibility for any damage or loss of manuscripts. Secrétariat, correspondance /Secretariat, editorial correspondance Emmanuel Martinoli CP 2229 CH-2800 Delémont 2 Tél. : + 41 32 422 87 17 Fax : +41 32 422 87 01 martinoli@arso.org Pierre Boilley 70, R. Laugier F-75017 Paris Tél. :+33 1 40 53 09 96 Fax : +33 1 40 53 09 96 pierre.boilley@univ-paris1.fr Ali Omar Yara 3, R. Riblette F-75020 Paris Tél. +33 08 73 64 87 99 yara.gis@free.fr

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I. Déjà parus dans la collection des Cahiers de L’Ouest saharien :
Volume 1, Volume 2, Volume 3, Volume 4, Volume 5, Volume 6, Etat des lieux et matériaux de recherche, 1998, 203 p. Histoire et sociétés maures, 2000, 269 p. Fragments, 2002, 224 p. Regards sur la Mauritanie, 2004, 240 p. La Mauritanie avant le pétrole, 2005, 210 p. Ahmed Joumani, Oued Noun, Mythes et réalités, 2006, 188 p.

II. Déjà parus dans la collection des Hors séries de L’Ouest saharien :
Hors série 1, Ali Omar Yara, Genèse politique de la société sahraouie, 2001, 234 p. Hors série 2, Christelle Jus, Tracer une ligne dans le sable, Soudan françaisMauritanie, une géopolitique coloniale (1880-1963), 2003, 262 p. Hors série 3, Annaïg Abjean, Zahra Julien, Sahraouis : Exils-Identité, 2004, 237 p. Hors série 4, Patrick Adam, De Smara à Smara, Sur les traces de Michel Vieuchange, 2006, 204 p. Hors série 5, Jean Clauzel, Notes sur la faune sauvage de l’Adagh (Adrar des Iforas), 1948-1958, Le temps des tournées, 170 p. Hors série 6, Till Philip Koltermann, Ulrich Rebstock et Marcus Plehn, Pages d’histoire de la côte mauritanienne, 2006, 102 p. Hors série 7, Sahara Occidental, Une colonie en mutation, Actes du colloque de Paris X Nanterre, 24.11.07, 2008, 155 p. Hors série 8, Elisabeth Peltier, Malgré tout Dakhla existe… Chronique d'un campement sahraoui, 2008, 240 p. Hors série 9/1 Sophie Caratini (dir.), Du rapport colonial au rapport de développement, La question du pouvoir en Afrique du Nord et de l'Ouest, 2009, 250 p. Hors série 9/2 Sophie Caratini (dir.), Du rapport colonial au rapport de développement, Affirmations identitaires et enjeux de pouvoir, 2009, 250 p.

Site web de L’Ouest saharien : <http://louestsaharien.arso.org>
Couverture : peinture de l'artiste sahraoui Fdhaïli Ould M'Barek Fall Mise en page : comité de rédaction de L'Ouest saharien

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SOMMAIRE
Avant-propos MALI Pratiques divinatoires chez les Kel Adagh. Le cas des idjachan Ibrahim Ag Mohamed Mythes et croyances dans la société traditionnelle Kel Adagh Ibrahim Ag Mohamed MALI, N IGER, TCHAD Le conflit interne comme ferment d’un sentiment national ? L’exemple sahélien (Mali, Niger, Tchad) Pierre Boilley MAURITANIE Colonisation, économie et société en Mauritanie : notes sur le milieu « bidhane » (maure) Mohamed Said Ould Ahmedou SAHARA OCCIDENTAL Le conflit au Sahara Occidental. Approches historiques et sociologiques Keltoum Irbah NOTES DE LECTURE p. 15 p. 57 p. 13

p. 81

p. 97

p. 143 p. 177

Bonte Pierre 2007, Essai sur les formations tribales du Sahara occidental. Cervello Villasante Mariella et Beauvais Christophe (de) 2007, Colonisations et héritages actuels au Sahara et au Sahel. Cherkaoui Mohamed 2007, Le Sahara, liens sociaux et enjeux géostratégiques. Jeansaut Luc 2009, Chronique sahraouie, carnet de voyage en RASD. Védie Henri-Louis 2008, Une volonté plus forte que les sables. Thomson Madia Jamina A. 2005, Le présent historique : modernisation, esclavage et transformation de la hiérarchie sociale au sud-ouest du Maroc, 1860-2000. Bibliographie commentée 2005-2007

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AVANT-PROPOS
La région du Sahel dépasse largement la géométrisation réductrice de l’espace imposée par l'invasion coloniale. Il s’agit du long couloir du désert saharien formant une croix est/ouest et nord/sud. Le terme rivage est aussi associé à ce couloir. D’où la diversité de lieux à partir de cette appellation. Le Sahel est lié surtout à la représentation que les peuples sahéliens cultivent encore dans leur manière de vivre. Tous s’approprient cette existence, même après l’indépendance du Tchad, du Mali, du Niger et de la Mauritanie. Le peuple sahraoui, lui aussi, constitue une partie organique du Sahel, puisqu’il existe des tribus bidhane du Sahel atlantique et du Cherg dans la Hamada et l’Azawad. Par ailleurs, subsiste une multitude de rapports fournis par des organismes étatiques et internationaux sur, par exemple, l’état du développement, celui de l’aide humanitaire, etc., que ce soit dans les zones de combats qui font encore rage ou dans les camps de la famine ou de réfugiés dans le grand Sahel. Toutefois, des lacunes persistent dans le domaine de recherche en sciences humaines et sociales concernant les sociétés sahéliennes. A notre sens, ces lacunes ne pourront être comblées que par la réalisation durable de recherches théoriques sur ces sociétés, dans une approche que l’historien, homme de terrain, Pierre Boilley, qualifie de « tension épistémologique ». Dans ce n° 7 des Cahiers de L'Ouest saharien, nous présentons aux lecteurs un ensemble de contributions inédites relatives à ces sociétés du Sud. Sous le titre « Pratiques divinatoires chez les Kel Adagh. Le cas des idjachan », Ibrahim Ag Mohamed expose un répertoire annoté des pratiques divinatoires chez les Kel Adagh. Le cas des idjachan donnant, dit-il, à ceux qui s’intéressent à la culture berbéro-tamacheq, des notions de base sur la signification de ces pratiques. L’auteur dispose d’informations recueillies à travers des interviews, questionnaires d’enquête adressés à différentes couches de la population. Cette pratique ancestrale continue de jouer un rôle important dans « l’équilibre spirituel » des Kel Adagh. Ibrahim Ag Mohamed rassemble dans son deuxième essai : « Mythes et croyances dans la société traditionnelle Kel Adagh », des éléments culturels qui sont fortement partagés entre berbérité, arabité et malianité. Ces éléments forment eux aussi l’âme de la pensée des Kel Adagh. Tel le mythe d’Amamallan : les croyances autour des djinns, les mesures curatives autour des astres, des éléments et phénomènes naturels, etc. Patrimoine collectif agissant encore aujourd’hui dans ces sociétés. Pierre Boilley dont le texte s’intitule : « Le conflit interne comme ferment d’un sentiment national ? », s’appuie sur l’exemple sahélien pour

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démontrer le rôle joué par un « conflit interne » qui peut constituer le ferment d’un sentiment national dans trois pays : le Mali, le Niger et le Tchad, pays que l’auteur connaît bien depuis trente ans. Pour lui, l’espace sahélien ne peut être approché qu’à travers une analyse comparative et une parfaite connaissance de ces sociétés. A la lumière de cette analyse, cet espace peut fournir des exemples divers de ces processus divergents, poussant à l’éclatement de la conscience nationale dans le cas tchadien, à son enracinement dans les cas malien et nigérien. Le phénomène « conflit » a permis que s’approfondisse le sentiment « d’appartenance » à une communauté nationale pour tout un pan des populations malienne et nigérienne. Le conflit pourrait bien être, à terme, porteur d’unité. Mohamed Saïd Ould Ahmedou s’efforce dans sa contribution critique : « Colonisation, économie et société en Mauritanie : notes sur le milieu bidhane (maure) », de faire le rapprochement entre la colonisation française, l’économie et la société mauritaniennes, notamment dans le milieu des Bidhane. Si l’implantation coloniale a agi dans le sens de la « déconstruction », l’auteur mesure les changements opérés en se centrant sur l’élément économique, comme étant déterminant et fondant les bases politiques et sociales d’une intégration à l’économie de marché au regard de la spécificité de la Mauritanie. Il révèle que le passé colonial dans son pays a généré un changement, mais dans une direction « imposée ». Dans ce même espace du Sahel occidental, cette fois dans une dernière région non encore indépendante, Keltoum Irbah propose une analyse intitulée « Le conflit au Sahara Occidental : Approches historiques et sociologiques ». Elle entame une réflexion sur le droit international public, d’origine européenne, qui se trouve confronté à d’autres systèmes comme le droit musulman, notamment en matière de tracé des frontières étatiques. Préalables qui lui permettent de saisir l’Avis consultatif de la Cour Internationale de Justice relatif au Sahara Occidental du 15 octobre 1975. C’est à partir de cette date critique que Keltoum Irbah fixe la thèse nationaliste du « grand Maroc », les fondements de revendications religieuses et politiques du royaume du Maroc, ainsi que le concept juridique de terra nullius. Si, comme le souligne l’auteur, la très récente conjoncture de la marche verte, renforcée par le discours nationaliste au Maroc « pour justifier l’annexion du Sahara Occidental », est survalorisée, les documents considérables dont disposait la Cour Internationale peuvent aider les chercheurs à se pencher aussi sur l’histoire et la société sahraouies, ainsi que sur son passé de résistance et son histoire sahélienne, c’est-à-dire à partir du Sud et non du Maroc. Ce Cahier comporte enfin des comptes rendus de quelques ouvrages difficilement accessibles ainsi qu'une liste annotée d’autres parutions. Ali Omar Yara

PRATIQUES DIVINATOIRES CHEZ LES KEL ADAGH LE CAS DES IDJACHAN
Ibrahim Ag Mohamed
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Né vers 1966 à Telabit, région de Kidal. Ecole Normale secondaire de Bamako. De 1996 à 2000 formateur des enseignants à la Direction Régionale de l'Education de Kidal. Ecole normale supérieure de Bamako de 2000 à 2004, maîtrise en enseignement du Français, de l'Histoire et de la Géographie. Il enseigne de 2004 à 2006 ces disciplines à l'Institut de Formation des Maîtres de Koro (en pays dogon). Il occupe ensuite les postes de Chef de division "Administration et Finances" et "Education de Base" à l'Académie d'enseignement de Kidal. Depuis avril 2009, directeur du Centre Régional de la Promotion de l'Artisanat de Kidal.

I. AG MOHAMED, PRATIQUES DIVINATOIRES

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INTRODUCTION
Le principal souci ayant guidé ce travail est celui de donner à tous ceux qui s’intéressent à la culture berbéro-tamacheq des notions de base sur les pratiques divinatoires en général et sur les idjachan en particulier. Cela doit contribuer d’une part à la conservation des connaissances de cette pratique (pan important de la culture de l’Adagh voire du monde « berbérotamacheq ») et d’autre part susciter des réflexions pour l’approfondissement de son étude. Dans l’Adagh aujourd’hui, entre vieille et jeune génération il y a un hiatus culturel qu’il faut corriger. Nombreux sont les jeunes citadins qui n’ont pas de connaissances essentielles sur leur langue et leur culture. Cela résulte d’un manque de communication entre générations et d’une certaine rupture dans la transmission des connaissances. Quelles sont les pratiques divinatoires chez les Kel Adagh et quelle place occupent-elles dans leur culture ? Tel est le sujet de réflexion dont traite le présent travail. L’amateur des pratiques divinatoires trouvera ici des informations sur les présages et les pratiques de géomancie chez les Kel Adagh. Un accent particulier sera mis sur les idjachan « di-n-adhar » qui seront mis en relation avec certains aspects de la culture Kel Adagh, mais aussi, dans une moindre mesure, avec les pratiques chez les Bambaras et les Dogons.

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AVERTISSEMENT
L’étude de ce thème revêt des difficultés dont la principale est le manque de documentation. Nous n’avons pas rencontré de documents qui en traitent de façon approfondie ou effectuent une certaine analyse de la pratique des idjachan. La majeure partie des informations a été recueillie grâce à des interviews, questionnaires d’enquête adressés à différentes couches sociales et surtout grâce à notre propre imprégnation de la culture tamacheq de l’Adagh.

I. AG MOHAMED, PRATIQUES DIVINATOIRES

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CHAPITRE I
LES PRATIQUES DIVINATOIRES
Selon le dictionnaire universel, « la divination est l’action de prévoir l’avenir à partir de présages » et les présages sont des « signes heureux ou malheureux par lesquels on pense pouvoir juger de l’avenir ». Essentiellement donc pratiquée pour éclairer l’avenir souvent incertain, la divination est considérée comme un art chez certains peuples et comme une science chez d’autres Chez les Kel Adagh, cette pratique (science et art à la fois) a souvent influencé de façon décisive la vie sociale. En temps de paix comme en temps de guerre, elle a joué et continue de jouer un rôle important dans l’équilibre socio-économique et spirituel des Kel Adagh. Les idjachan s’inscrivent dans la géomancie universelle. Beaucoup de similitudes existent entre cette pratique et le « bougouri da » chez les Bambaras, la géomancie arabe, la géomancie gréco-latine. Certains principes se retrouvent partout comme : • • • • • Le nombre de signes-symboles ou cases (au nombre de 16), selon les appellations. La divisibilité de chaque symbole ou case en quatre parties (importance du nombre 4 dans la pratique). L’obtention des symboles à partir des scarifications faites au sol. L’obtention du message par l’interprétation des symboles. La récurrence de la symbolique (signification) de certains signes ou cases : le mal, le bien, l’amour, la richesse, soi et l’adversité, le blanc, le noir, le mâle et la femelle…

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Partie I : les présages (auspices)
Ils sont indicatif. • • • • • • • • nombreux, mais nous en citerons seulement certains à titre Rencontrer le chacal au cours du voyage est un bon signe. Rencontrer la hyène est en revanche de mauvais augure. La permanence des vents au cours d’une année est signe qu’elle est mauvaise (pour le bétail et pour les hommes). Un vent léger, pas ordinaire, peut présager le mouvement d’une masse importante d’hommes. Suivant que le croissant lunaire soit penché au nord ou au sud, on prédit une bonne ou une mauvaise année. Une saison de pluies qui commence par une prolifération de moustiques sera une saison d’abondance. Tuer un serpent en voyage présage une bonne route. Voir le corbeau noir (sans collier blanc), « taslaft » en tamacheq, est signe de malheur.

L’abondance des rougeurs célestes au crépuscule signifie que le sang sera versé (effusion du sang humain).