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Évaluation des besoins des enfants et qualité de vie

De
270 pages
D'un continent à l'autre, des chercheurs et praticiens se répondent pour travailler ensemble à l'amélioration des conditions de vie des enfants. Ici l'accent a été mis sur les études les plus récentes : celles qui concernent la place du père et son influence dans le bien-être des enfants, celles qui pénètrent au coeur de l'école en interrogeant la satisfaction des enfants, leur préparation scolaire à la maternelle, les troubles du comportement, sans oublier le champ de la protection de l'enfance.
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SavoirÉvaluation des besoins
Ouvrage coordonné parD’un continent à l’autre, des chercheurs des enfants
et praticiens se répondent pour travailler et qualité de vie Philippe Guimard et Catherine Sellenet
& Formationensemble à l’amélioration des conditions de vie
des enfants. De tous les enfants, dans tous les
lieux où ils se trouvent : dans la famille à l’origine
de la socialisation primaire ; à l’école dans laquelle
l’enfant s’inscrit pour un nombre d’années de plus en plus
long ; en Protection de l’enfance qui vient en aide aux enfants les plus
vulnérables.
Dans cet ouvrage, l’accent a été mis sur les études les plus récentes,
celles qui concernent la place du père et son influence dans le
bienêtre des enfants. Mais aussi celles qui pénètrent au cœur de l’école
en interrogeant la satisfaction des enfants, leur préparation scolaire
à la maternelle, les troubles du comportement. Enfin, le champ de la
Protection de l’enfance est bien illustré pour connaître le présent et
le devenir des enfants placés, opérer une évaluation plus objective
des compétences parentales et surtout soutenir les parents dans leur Évaluation
quotidienneté.
Transversal et pluridisciplinaire, ce livre, tourné vers l’avenir de des besoins des enfants
l’homme, propose de nouvelles méthodologies où les intéressés,
parents et enfants, deviennent acteurs de la recherche. et qualité de vie
Regards croisés France - Canada
Photographie de couverture © Maxime Pateau. Sculpture de Philippe Pateau
Savoir
& Formation
ISBN : 978-2-343-04684-6
série « Protection de l’enfance »26 euros
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Évaluation des besoins des enfants
Ouvrage coordonné par
Philippe Guimard et Catherine Sellenet
et qualité de vie
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SÉVALUATION DES BESOINS
DES ENFANTS ET QUALITÉ DE VIE
Regards croisés France-Canada








ÉVALUATION DES BESOINS
DES ENFANTS ET QUALITÉ DE VIE

Regards croisés France-Canada




Collection Savoir et formation
série ‘Protection de l’enfance’
dirigée par Paul Durning

Politique publique en direction des enfants en danger,
maltraités ou susceptibles de l’être, la protection de l’enfance
constitue un ensemble de textes législatifs, de dispositifs et de
pratiques en direction des enfants en difficultés et de leurs
familles.
Cette série regroupe les travaux, de plus en plus nombreux,
qui contribuent au renouvellement de ce domaine. Elle
accueille des analyses historiques et politiques mais aussi des
travaux centrés sur les actions conduites en direction des
enfants ou des parents, du soutien à la parentalité à la
suppléance familiale.
Dans un champ en évolutions fortes et pour parties
contradictoires, cette série veut faire connaître les approches
innovantes, les analyses critiques et les enjeux politiques
majeurs inhérents à la volonté de protéger les enfants et
adolescents, sinon de se protéger d’eux.

Dernières parutions

Paul DURNING, Enfance maltraitée et éducation familiale.
Textes 1991-2010, 2010.
Hélène MILOVA (dir.), La famille d’accueil et l’enfant.
Recherches sur les dimensions culturelles, institutionnelles et
relationnelles du placement familial, 2010.
Régis SECHER, Reconnaissance sociale et dignité des parents
d’enfants placés. Parentalité, précarité et protection de
l’enfance, 2010.
Dominique FABLET et Catherine SELLENET (coord.), L’évaluation
dans le secteur social et médico-social, 2010.
Dominique FABLET (coord.), Expérimentations et innovations
en protection de l’enfance. De la séparation au maintien des
liens parents-enfants, 2009.
Michel BOUTANQUOI et Jean-Pierre MINARY, L’évaluation des
pratiques dans le champ de la protection de l’enfance, 2008.
Gérald BOUTIN, Paul DURNING, Enfants maltraités ou en
danger. L’apport des pratiques socio-éducatives, 2008.

Ouvrage coordonné par
PHILIPPE GUIMARD & CATHERINE SELLENET










ÉVALUATION DES BESOINS
DES ENFANTS ET QUALITÉ DE VIE

Regards croisés France-Canada





































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04684-6
EAN : 9782343046846
Sommaire
AVANT-PROPOS ........................................................................................................... 9
Fabien BACRO
La relation au père et le bien-être des enfants ............................................................... 17
Francine DE MONTIGNY, Christine GERVAIS
L’Initiative Amis des pères au sein des familles ............................................................. 41
Annie DEVAULT, Francine DE MONTIGNY,
Diane DUBEAU, Carl LACHARITÉ
La perception des besoins des enfants de la part de pères
vivant en contexte de vulnérabilité ................................................................................. 63
Philippe GUIMARD, Fabien BACRO, Agnès FLORIN
Évaluer la satisfaction scolaire et le bien-être des élèves à l’école et au collège .......... 87
Pierre LAPOINTE
La préparation scolaire des enfants de maternelle : l’impact des pratiques
d’évaluation précoce sur l’intervention éducative au Québec ..................................... 113
Anne-Sophie BOUGEARD, Houria BOUCHAFA,
Pierrette VERLAAN, Michèle DÉRY
Évaluation des troubles du comportement des enfants par les parents
et les enseignants : quel intérêt pour la prise en charge ? ............................................. 137
Catherine SELLENET, Fabien BACRO,
Caroline HUMBERT, Angélique RAMBAUD
Évaluer la santé et la qualité de vie des enfants en Protection de l’enfance ............... 161
Michel CARIGNAN, Chantal CYR, Daniel PAQUETTE,
Diane RIVARD, Myriam LECLERC
Évaluer la capacité parentale : comment dépasser la photo fgée dans le temps ? ..... 189
Anne-Marie DOUCET-DAHLGREN
Promouvoir le bien-être des jeunes enfants en situation de vulnérabilité
dans le cadre d’un accompagnement à la parentalité ................................................... 217
Carl LACHARITÉ, Nicole DÉZIEL, Jean-Pierre GAGNIER, Baker MARLEEN
L’action communautaire autonome auprès des familles :
soutien aux pratiques d’empowerment des parents et des enfants
dans les maisons des familles du Québec ...................................................................... 237avant-propoS
Les concepts voyagent, les chercheurs aussi, et leur rencontre
lors d’un colloque international à l’université de Nantes en juin 2013 est
à l’origine de ce livre de dialogues entre deux pays, le Canada et la France.
1Réunis sous l’égide du Centre de recherche en éducation de Nantes,
autour d’une thématique intitulée « Les questions vives en éducation
et formation. Regards croisés France-Canada », nous avons proposé un
symposium sur « L’évaluation des besoins des enfants et leur qualité de
vie ». Des psychologues, des chercheurs en sciences de l’éducation, des
pédopsychiatres et des intervenants auprès des familles et des enfants
ont ainsi croisé leurs regards et leurs analyses pour dresser un état des
lieux des actions en cours et dessiner de nouvelles pistes de recherche sur
cette thématique. On sait le Canada, et principalement le Québec, fort
engagé dans la prise en compte des besoins des enfants au point d’avoir
été qualifé en 1991 de pays « fou de ses enfants ». Sans avoir réalisé de
tels programmes, la France s’inscrit dans ce mouvement de recherche.
2La mise en place récente d’un programme de recherche France-Canada
tout comme ce livre témoignent de la fécondité des liens établis par les
chercheurs des deux pays pour mieux comprendre les diférents facteurs
impliqués dans la qualité de vie objective et perçue des enfants dans leurs
diférents contextes de vie.
Trois contextes de vie des enfants ont été privilégiés par les cher -
cheurs dans cet ouvrage : la famille à l’origine de la socialisation pri -
maire de l’enfant ; l’école dans laquelle l’enfant s’inscrit pour un nombre
1 Centre de recherche en éducation de Nantes (CREN, EA 2661) : www.cren.fr
2 Laclarité C., Sellenet C., Programme CFQCU : « Partenariat stratégique pour une
action sociale innovante et structurante auprès des enfants et des parents en situation
de vulnérabilité psychosociale », 2013-2015.
9 d’années de plus en plus long ; la protection de l’enfance qui vient en aide
aux enfants les plus vulnérables.
La famille est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions en
raison des métamorphoses qu’elle enregistre depuis plusieurs années
(parentalité plus tardive, divorces, recompositions familiales, place de
l’enfant devenue centrale...). Le rapport intitulé « La parentalité posi -
3tive dans l’Europe contemporaine », édité en 2007 , est l’illustration de
cette inquiétude partagée. On peut y lire dès l’introduction le rappel
d’un certain nombres de principes qui doivent guider l’action, comme
le fait que, tout d’abord, la parentalité est un processus évolutif et qu’elle
a besoin d’être soutenue. D’autre part, il est souligné qu’il n’existe pas
une manière unique et standardisée d’exercer le rôle de parent et que
les conditions d’exercice de la parentalité doivent être améliorées pour
que les parents et les enfants puissent jouir de leurs droits et respecter
leurs obligations. Enfn, cette introduction rappelle qu’une « bonne »
parentalité profte à la fois aux enfants et aux parents et qu’elle ne peut
être défnie comme positive que si elle s’exerce pour le bénéfce mutuel
de chacun, dont l’enfant.
Mais une rapide recension des écrits sur la famille permettrait de
montrer que le père a longtemps été le grand oublié des recherches. Sa
participation s’inscrit en creux, la focale étant généralement centrée sur
la mère. Ce livre lui redonne toute sa place avec les contributions croisées
de trois chercheurs. Celle de Fabien Bacro, pour la France, intitulée « La
relation au père et le bien-être des enfants » qui montre que la relation
au père exerce une infuence importante sur le bien-être des enfants, et
ce à diférents stades de leur développement. Après une première partie
3 Mary Daly et alii, 2007, La parentalité dans l’Europe contemporaine, une approche
positive, éditions du Conseil de l’Europe.
10consacrée à la défnition du bien-être et aux connaissances actuelles sur
le rôle de la relation au père dans le développement de l’enfant, Fabien
Bacro présente les résultats de deux études récentes. Alors que la première
porte sur les relations entre l’adaptation socio-scolaire et les représen -
tations d’attachement aux parents des enfants de 3 à 5 ans, la seconde
s’intéresse à l’impact de la relation au père sur l’estime de soi et les perfor -
mances scolaires des enfants de 8 à 12 ans.
L’importance du père dans la vie des enfants est aussi soulignée
par Francine de Montigny et Christine Gervais (Canada) qui présentent
« L’Initiative Amis des pères au sein des familles », mise en place en
20102011. On mesure à partir de cette expérience la force d’une implantation
inscrite dans la durée qui doit prendre en compte la relation singulière
des hommes à la demande d’aide. Prendre en compte les pères, au niveau
des interventions, c’est à la fois évaluer leurs besoins mais aussi interroger
et modifer les pratiques des professionnels. L’accès aux pères reste com -
plexe, peu habituel, aussi les concepteurs de l’Initiative Amis des pères
ont-ils choisi de rejoindre les pères dans leurs milieux de vie, en ciblant la
transformation des soins et des services déjà existants, de sorte à ce qu’ils
soient plus inclusifs, accessibles et utiles aux pères.
C’est aux pères les plus fragiles sur le plan de l’insertion écono -
mique que s’intéresse Annie Devault (Canada). Dans ce texte intitulé
« La perception des besoins des enfants de la part de pères vivant en
contexte de vulnérabilité », l’auteure cherche à comprendre comment
des pères vivant en contexte de vulnérabilité (faible revenu, faible sco -
larité, jeune âge au moment de la naissance, emploi instable ou inexis -
tant) conceptualisent les besoins de leurs enfants et y répondent. En
fonction de l’analyse des témoignages, Annie Devault suggère des pistes
pour valoriser la perception des pères tout en proposant de prendre en
compte l’histoire singulière de chaque enfant.
11L’école, deuxième lieu d’inscription de l’enfant dans la société,
prend-elle en compte cette singularité et comment ?
À partir d’une vue panoramique des travaux sur la satisfaction
à l’école, Philippe Guimard, Fabien Bacro et Agnès Florin (France)
proposent d’« Évaluer la satisfaction scolaire et le bien-être des élèves à
l’école et au collège » à partir de deux questionnaires relatifs au bien-être
perçu par les élèves : une échelle de satisfaction scolaire et une échelle
multidimensionnelle de bien-être. Le but poursuivi est le suivant : dis -
poser d’une connaissance approfondie de la manière dont les jeunes per -
çoivent leur bien-être et des facteurs qui l’afectent, pour permettre aux
professionnels de l’éducation et aux psychologues de mieux comprendre
le comportement des jeunes et de développer des stratégies d’intervention
adaptées à leurs besoins. Au moment même où viennent d’être publiés
les résultats du PISA 2012 (OCDE, 2013) et où le débat sur les rythmes
scolaires s’invite en France de façon polémique, les auteurs rappellent
que « la réussite des élèves ne peut être pensée uniquement en termes
d’amélioration de leurs connaissances et de leurs compétences cognitives,
même si cet objectif reste fondamental. Les mutations qui se dessinent
pour les prochaines décennies conduisent ainsi l’école à devoir défnir des
objectifs éducatifs prenant davantage en compte les ressources person -
nelles des élèves, qu’elles soient physiques, psychologiques ou sociales, et
à repenser les missions des établissements scolaires et des enseignants. »
C’est aussi pour améliorer la qualité de vie des très jeunes enfants,
vivant pour la première fois le passage de la maison à l’école que Pierre
Lapointe (Canada) s’intéresse à « La préparation scolaire des enfants de
maternelle : l’impact des pratiques d’évaluation précoce sur
l’intervention éducative au Québec ». Après avoir défni le concept de prépara -
tion scolaire, Pierre Lapointe présente le programme « Comprendre la
petite enfance » et l’Instrument de mesure du développement de la petite
12enfance (IMPDE) utilisé dans cette recherche. Là encore, les résultats
obtenus montrent très clairement la nécessité de repenser les missions de
l’école au regard des connaissances acquises sur le bien-être des enfants.
C’est à « L’évaluation des troubles de comportement des enfants
par les parents et les enseignants : quel intérêt pour la prise en charge ? »
qu’une équipe de chercheurs français et canadiens s’est intéressée
(AnneSophie Bougeard et Houria Bouchafa pour la France, Pierrette Verlaan
et Michèle Déry pour le Canada). Les chercheurs pointent les
divergences de points de vue récurrents dans l’évaluation des troubles, entre
les parents et les professionnels, les problèmes de consensus mais aussi le
poids des catégorisations tant au niveau du regard porté sur l’enfant que
de l’expression de ce dernier.
La protection de l’enfance constitue le dernier cadre d’accueil
des enfants les plus vulnérables. Et pourtant les données manquent sou -
vent pour connaître leur état de santé tant physique que psychique. En
réponse à une demande de l’Observatoire national de l’enfance en danger,
Catherine Sellenet, Fabien Bacro, Caroline Humbert, Angélique
Rambaud (France) ont voulu « Évaluer la santé et la qualité de vie des enfants
en Protection de l’enfance : l’indiférence à la diférence ». La recherche
porte sur tous les enfants placés dans les établissements du département
de la Loire-Atlantique. Utilisant diverses techniques (analyse de la base
médicale, questionnaires, entretiens, tests d’auto-évaluations renseignés
par les enfants), les chercheurs dressent un état des lieux éclairant sur les
éléments objectifs et subjectifs décrivant la qualité de vie de ces enfants
et suggèrent un ensemble de recommandations destinées à aider les
professionnels de la santé et de l’éducation à mieux prendre en compte les
besoins des enfants.
Dans le même temps, Michel Carignan et son équipe (Canada)
abordent les besoins de l’enfant du côté des compétences parentales. Le
13titre choisi « Évaluer la capacité parentale : comment dépasser la photo
fgée dans le temps ? » montre d’emblée qu’il ne s’agit pas seulement d’un
constat mais bien d’une évaluation dynamique prenant en compte les
dimensions de changement présentes dans toute famille. L’équipe montre
de manière originale comment elle utilise le flm et la rétroaction vidéo
pour mobiliser les parents.
C’est aussi de la participation active des parents dont rend compte
Anne-Marie Doucet-Dahglren (France) dans son texte : « Observer les
jeunes enfants en interaction avec les mères dans le cadre d’une recherche
action. » Si les mères sont la cible de cette recherche, elles n’en sont pas
moins actives, participant au recueil des données et réalisant des obser -
vations qui seront ensuite analysées. Une autre façon sans doute de
comprendre la recherche, ainsi nommée « recherche collaborative », qui
s’appuie sur les compétences parentales.
C’est dans la même veine que s’inscrit le texte de Carl Lacharité
(Canada) qui clôt cet ouvrage avec la restitution d’une « Action commu -
nautaire autonome auprès des familles : soutien aux pratiques
d’empowerment des parents et des enfants dans les maisons des familles du Québec ».
Le programme est cette fois d’envergure puisqu’il évalue l’implantation et
les efets du projet AGORA, après deux ans de fonctionnement. L’objec -
tif est double : mettre en relief les principales stratégies collectives per -
mettant de soutenir une pratique réfexive de développement du pouvoir
d’agir (empowerment) des parents et des enfants à l’intérieur des maisons
des familles et, deuxièmement, rendre visible les nombreux défs que pose
la mise en œuvre d’une telle initiative de même que les moyens déployés
pour les relever.
Invitation au voyage d’un pays à l’autre, ce livre montre
qu’audelà de l’exotisme lié au dépaysement et au franchissement des
frontières, il existe une communauté de pensées, de méthodologies, d’outils,
14de questions, partagés tant par les chercheurs que par les professionnels
dits de terrain. À l’heure où la transversalité et la transdisciplinarité font
souvent ofce de discours incantatoires, ce livre montre qu’un échange
fructueux est possible d’un pays à l’autre, conduisant chacun à puiser des
idées destinées à promouvoir le développement et la qualité de vie des
enfants, soit en agissant directement auprès de l’enfant, soit en adaptant
ses contextes de vie à ses besoins particuliers.
Catherine Sellenet, Philippe Guimard
15La relation au père
et le bien-être des enfants
Fabien BACRO
Maître de conférences en psychologie
Université de Nantes, CREN
introduction
L’importance des pères dans le bien-être des enfants ne fait plus
aucun doute pour les chercheurs en psychologie du développement.
Pourtant, dans le domaine de l’attachement, les études et les programmes
d’intervention mis au point ces dernières années restent encore centrés
sur la fgure maternelle. De plus, alors que les recherches sur le rôle de
la relation au père dans le développement de l’enfant sont systématique -
ment réalisées en contrôlant les efets de l’attachement à la mère, l’inverse
est encore loin d’être vrai. L’objectif de ce chapitre est de montrer que la
relation au père exerce elle aussi une infuence importante sur le bien-être
des enfants, et ce à diférents stades de leur développement. Après une
première partie consacrée à la défnition du bien-être et aux connais -
sances actuelles sur le rôle de la relation au père dans le développement
de l’enfant, nous présenterons les résultats de deux études réalisées récem -
ment. Alors que la première partie porte sur les relations entre
l’adaptation socioscolaire et les représentations d’attachement aux parents des
enfants de 3 à 5 ans, la seconde s’intéresse à l’impact de la relation au père
sur l’estime de soi et les performances scolaires des enfants de 8 à 12 ans.
17F. Bacro
Le bien-être deS enfantS :
deS probLèmeS de comportement à La quaLité de vie
Parmi les défs auxquels les psychologues du développement sont
confrontés aujourd’hui, la défnition et l’opérationnalisation du concept
de bien-être apparaissent au cœur de leurs préoccupations. En efet, après
avoir longtemps considéré l’enfance comme étant une étape à franchir
avant de devenir adulte, les chercheurs s’intéressent de plus en plus à l’en -
1fance pour elle-même. Parallèlement, on constate une évolution dans la
façon d’appréhender le bien-être des enfants : il ne s’agit plus seulement
d’évaluer les aspects négatifs de la vie des enfants – les pr oblèmes de
comportement – mais également de prendre en compte des indicateurs plus
positifs et plus subjectifs basés sur l’évaluation de l’estime de soi ou de la
perception qu’ils ont de leur satisfaction et de leur qualité de vie.
Les probLèmes de comportement
En psychologie développementale, l’un des indicateurs les plus
utilisés pour appréhender le bien-être (ou le mal-être) des enfants
consiste à déterminer s’ils présentent des problèmes de comportement.
2Ces derniers sont évalués de deux manières, selon l’approche utilisée.
La première approche, dite catégorielle, est surtout utilisée dans la pra -
tique clinique et consiste à attribuer une pathologie à l’enfant à partir
des symptômes qu’il présente. Celle-ci repose sur l’utilisation de manuels
d’aide au diagnostic tels que la CIM 10 (Classifcation internationale des
emaladies, 10 édition) ou le DSM 5 (Diagnostic and Statistical Manual of
eMental Disorders, 5 édition). La seconde approche, dite dimensionnelle,
1 Ben-Arieh, 2006.
2 Coutu, Tardif et Pelletier, 2004.
18La relation au père et le bien-être des enfants
consiste à évaluer la fréquence d’un ensemble de comportements consi -
dérés comme étant potentiellement problématiques à l’aide de
questionnaires renseignés par les parents ou les éducateurs travaillant auprès des
enfants. Davantage utilisée dans la recherche, cette approche distingue
deux grands types de perturbations dans le comportement des enfants.
Alors que les problèmes extériorisés regroupent un ensemble de
comportements susceptibles de causer du tort à autrui (agressivité, hyperactivité,
phénomènes d’opposition aux adultes), les problèmes intériorisés sont
tournés non pas vers les autres mais vers l’enfant lui-même (retrait social,
3anxiété, dépression) . Dans le domaine de l’attachement, ces problèmes
de comportement sont vus comme résultant d’une incapacité, chez
l’enfant, à partager et réguler ses émotions à l’aide d’un adulte sufsamment
stable et sécurisant.
L’estime de soi
L’estime de soi est étroitement liée à la santé psychologique. Pour
de nombreux auteurs, elle constitue un déterminant et même un indica -
4teur de bien-être chez l’enfant. Or, si elle est généralement défnie comme
l’évaluation faite par l’individu de sa propre valeur en tant que personne,
les théories actuelles la décrivent plutôt comme étant multidimension -
nelle. Ainsi, les enfants développeraient une estime de soi diférente selon
les domaines, qu’il s’agisse de l’école, des relations entre enfants, de
l’appa5rence physique, des compétences sportives ou de la conduite. De plus,
ces diférents domaines contribueraient de façon distincte à l’estime de soi
générale des enfants, selon l’importance qu’ils leurs accordent.
3 Coutu, Tardif et Pelletier, 2004.
4 Harter, 1998 ; Craven et Marsh, 2008 ; Creemens, Eiser et Blades, 2006.
5 Harter, 1982.
19F. Bacro
D’après les théoriciens de l’attachement, l’estime de soi est très liée
6à la qualité des relations entretenues avec les parents. En efet, selon eux,
les enfants élevés par des adultes sufsamment sensibles à leurs besoins
afectifs développeraient une image d’eux-mêmes comme étant dignes
d’intérêt et dignes d’être aimés, contrairement à ceux dont les parents
se trouvent dans l’impossibilité de fournir une réponse adéquate à leurs
signaux d’attachement.
La satisFaction et La quaLité de vie
7Diener a tenté de défnir le bien-être psychologique en en dis -
tinguant trois composantes, à savoir les réactions émotionnelles (afects
positifs et négatifs), le niveau de satisfaction dans les diférents domaines
de la vie et l’évaluation globale de la satisfaction de vie. De son côté, le
concept de qualité de vie, très proche du bien-être psychologique, s’est
surtout développé en psychologie de la santé pour rendre compte des
dimensions psychologiques et sociales de la santé. Elle est conçue, au
même titre que l’estime de soi ou la satisfaction de vie, comme étant un
concept multidimensionnel.
Toutefois, dans la littérature, les dimensions à prendre en compte
pour évaluer la satisfaction et la qualité de vie ne font pas consensus
actuellement. Chez l’enfant, les principaux domaines évalués concernent
la santé, la famille, l’école, le soi et les relations paritaires. Dans une
conception plus objective, la qualité de vie inclut également des indi -
cateurs tels que les conditions matérielles d’existence, les performances
cognitives, le réseau de relations sociales, etc. Dans tous les cas, qu’on
s’intéresse à la satisfaction ou à la qualité de vie, la majorité des chercheurs
6 Bowlby, 1969 ; Cassidy, 1988.
7 Diener et al., 1999.
20La relation au père et le bien-être des enfants
reconnaissent l’importance des relations familiales dans le bien-être des
enfants. Pour autant, très peu d’études se sont intéressées aux liens entre
la satisfaction ou qualité de vie des enfants et les relations d’attachement
8qu’ils entretiennent avec leurs parents.
Le rôLe du père danS Le déveLoppement de L’enfant
Qu’en est-il de la relation au père et de son impact sur le bien-être
de l’enfant ? Pour le savoir, il convient tout d’abord de s’attarder sur les
résultats de recherches portant sur le rôle du père tout au long du
développement. Pour cela, nous nous intéresserons aux efets de son absence,
à ses diférences avec la mère et aux efets de son implication sur le dév-e
loppement de l’enfant.
Les eFFets de L’absence du père
Les premiers travaux sur le rôle du père, qui datent des années
1960-1970, se sont penchés sur les efets de son absence sur le
développement de l’enfant. Les résultats de ces recherches ont montré que
les bébés et les enfants vivant uniquement avec leur mère obtenaient de
moins bons résultats aux tests de développement et à des épreuves
mesurant leurs performances cognitives ou scolaires, comparativement aux
9enfants vivant avec leurs deux parents . De la même manière, ces enfants
développeraient davantage de problèmes de comportement et auraient
10une moins bonne estime d’eux-mêmes . Par ailleurs, d’après les
résultats de ces recherches, la présence d’un beau-père ne permettrait pas de
8 Bacro et al., 2013 ; Elmore et Huebner, 2010.
9 Pedersen et al., 1979 ; Pleck, 1997.
10 Parish et Taylor, 1983 ; Pffner et al., 2001.
21F. Bacro
compenser les efets de l’absence paternelle sur ces diférents aspects du
développement et du bien-être des enfants. Cependant, de nombreux
chercheurs ont remis en cause les conclusions de ces études en dénon -
çant le caractère arbitraire de la dichotomie entre présence et absence du
11père . En efet, de nombreuses variables sont susceptibles d’expliquer ces
résultats, à commencer par les diférences de revenus entre familles mono
et biparentales. De plus, les caractéristiques des pères, lorsqu’ils sont
présents, jouent certainement un rôle plus important que leur simple
présence auprès des enfants. C’est ainsi que les chercheurs se sont peu à peu
tournés vers l’étude des aspects quantitatifs et qualitatifs de l’implication
paternelle et de ses efets sur le développement de l’enfant.
Les diFFérences père-mère
Globalement, les chercheurs s’accordent pour dire que les
interactions père-enfant et mère-enfant se ressemblent beaucoup. Toutefois,
quelques spécifcités paternelles et maternelles ont pu être mises en évi -
dence. Tout d’abord, les pères semblent passer beaucoup de temps à jouer
et à stimuler leurs enfants alors que les mères cherchent davantage à les
calmer et à les apaiser. Selon Parke (1995), les interactions avec le père sont
plutôt tactiles et physiques alors qu’avec la mère elles sont plutôt verbales,
didactiques et médiatisées par des objets. Par ailleurs, lors d’interactions
centrées sur des objets, les pères seraient plus « taquins » que les mères
puisqu’ils chercheraient davantage à « déstabiliser l’enfant en contrariant
12ses activités en cours ou ses attentes » . Or, selon Le Camus et al. (1997),
ces taquineries constituent des perturbations favorables au développe -
ment cognitif de l’enfant, à condition qu’il soit en mesure de les dépasser.
11 Svanum et al., 1982 ; Le Camus et al., 1997.
12 Labrell, 1994, p. 126.
22La relation au père et le bien-être des enfants
Labrell (1996) a également comparé les interactions de tutelle
paternelle et maternelle lors de la réalisation d’une tâche d’encastrement
avec de jeunes enfants. En psychologie du développement, une interac -
tion de tutelle est conçue comme une situation au cours de laquelle un
adulte ou un « spécialiste » vient en aide à quelqu’un de moins adulte
ou moins spécialiste que lui. Labrell a ainsi pu montrer que les pères
demandaient plus à l’enfant que les mères de résoudre le problème par
lui-même, qu’ils avaient moins tendance à le faire à sa place et qu’ils s’y
refusaient plus souvent. Enfn, d’après les résultats obtenus par Labrell,
les performances des enfants seraient meilleures sous tutelle paternelle
que sous tutelle maternelle. Ainsi, le père pousserait davantage l’enfant
à résoudre les problèmes de manière autonome comparativement à la
mère.
En ce qui concerne les interactions langagières, Gleason (1975)
a émis l’hypothèse que le père exerçait une fonction de « pont linguis -
tique » entre le milieu familial et le monde extérieur. Le père, supposé
passer moins de temps que la mère avec l’enfant, serait moins habitué
à l’articulation et au niveau de langage de celui-ci. Du coup, il adapte -
rait moins son langage et serait un partenaire plus exigeant que la mère
au cours de ses interactions avec l’enfant. Les résultats de nombreuses
recherches ont ainsi montré que le pères utilisaient plus de mots difé -
rents que les mères, qu’ils demandaient plus souvent à l’enfant de refor -
muler ses phrases ou encore qu’ils faisaient plus de demandes indirectes,
celles-ci demandant un niveau d’élaboration cognitive plus complexe de
13la part du jeune apprenant .
Enfn, les résultats de nombreuses études semblent indiquer que
les pères jouent un rôle important dans le développement de l ’identité
13 Le Camus et al., 1997.
23F. Bacro
14sexuée de leurs enfants . D’après Mc Hale et al. (2003), les pères semblent
plus concernés que les mères par l’adéquation entre le sexe et le compor -
tement de leurs enfants. D’après une méta-analyse réalisée par Lytton et
Romney (1991) au sujet de la socialisation diférentielle des flles et des
garçons, les pères encouragent plus leurs enfants à jouer avec des objets
appropriés à leur sexe que les mères. D’après Block (1983), les pères sont
plus autoritaires que les mères avec leurs fls, ils tolèrent moins les agres -
sions dirigées contre eux et ils acceptent moins les comportements déviant
des stéréotypes masculins traditionnels de la part des garçons.
Les études sur L’impLication paterneLLe
Lamb (1997) a distingué trois composantes dans l’implication
paternelle : l’engagement, la disponibilité et la responsabilité. Alors que
l’engagement correspond à la quantité d’interactions père-enfant, la dis -
ponibilité renvoie l’accessibilité du parent, qu’il y ait interaction ou non.
Enfn, la responsabilité renvoie aux comportements permettant de s’assu -
rer que les besoins de l’enfant soient satisfaits (en termes de travail et
de ressources fnancières, de santé et de consultations médicales ou de
relations avec les autres adultes intervenant dans l’éducation de l’enfant).
Parmi ces diférentes dimensions de l’implication paternelle, les
15plus étudiées sont l’engagement et la disponibilité . Ainsi, en
interrogeant les mères sur la quantité d’interactions des pères avec leur bébé,
Pedersen et al. (1979) ont montré que le développement des compétences
cognitives précoces était lié au niveau d’engagement paternel. De leur
côté, Easterbrooks et Goldberg (1984) ont montré que le niveau
d’engagement évalué par les pères permettait de prédire le comportement des
14 Lamb, 1997.
15 Tamis-LeMonda et Cabrera, 1999.
24La relation au père et le bien-être des enfants
enfants au cours d’une tâche de résolution de problèmes. D’après leurs
résultats, les enfants des pères les plus engagés sont ceux qui expriment le
plus de satisfaction et qui font plus d’eforts pour résoudre le problème.
Enfn, Pleck (1997) a recensé de nombreuses études suggérant
que l’engagement et la disponibilité paternelle infuaient sur le
développement des compétences cognitives et les performances scolaires des
enfants. Toutefois, l’implication des pères semble également avoir des
efets sur le développement des compétences sociales et les problèmes de
comportement des enfants. Ainsi, plus ces derniers ont des pères impli -
qués, plus ils entretiennent de bonnes relations avec leurs pairs, plus ils
16sont populaires, plus ils ont d’amis et moins ils sont agressifs .
La pLace du père danS La théorie de L’attachement
Si les chercheurs ont très vite montré que les enfants s’attachaient
17à leur père , la plupart d’entre eux le considèrent encore comme étant
une fgure d’attachement secondaire. Toutefois, la prise en compte des
spécifcités paternelles et la diversifcation des méthodes d’évaluation
de l’attachement ont permis de montrer que la qualité de la relation au
père exerçait elle aussi une infuence importante sur le développement
18et le bien-être des enfants . Après un bref exposé de la théorie proposée
par Bowlby (1969), nous nous pencherons sur les diférences interin -
dividuelles dans la qualité de l’attachement avant de nous intéresser à
l’organisation des relations entretenues avec les parents et à la théorie de la
16 MacDonal et Parke, 1984 ; Koestner, 1990.
17 Schafer et Emerson, 1964.
18 Bacro et Florin, 2009.
25F. Bacro
19relation d’activation , dont l’objectif est de rendre compte de la spécif -
cité de la relation père-enfant.
La théorie de L’attachement
La théorie de l’attachement a été proposée par Bowlby (1969) afn
d’expliquer comment les premières relations exercent leur infuence sur
le développement de l’enfant. Selon lui, les bébés naissent avec un besoin
inné de proximité avec un adulte dont l’objectif est d’être protégé des
dangers extérieurs. Pour satisfaire ce besoin, les enfants disposent dès la
naissance d’un système d’attachement qui correspond à un ensemble de
comportements visant à obtenir la proximité physique et le réconfort dans
les situations de détresse (pleurs, appel, poursuite visuelle puis motrice,
etc.). À l’opposé, le système exploratoire est composé de comportements
dont l’objectif est de faire des apprentissages et de découvrir le monde
en explorant l’environnement physique et social. Ces deux systèmes sont
antagonistes : si l’un d’eux est activé, l’autre est automatiquement inhibé.
Ainsi, lorsqu’il active son système d’attachement parce qu’il est efrayé
ou qu’il se fait mal, l’enfant stoppe ses activités afn d’être réconforté. En
revanche, si le système d’attachement n’est pas activé, l’enfant peut alors
se consacrer à ses activités et aux interactions avec les autres personnes de
son entourage.
Par ailleurs, d’après Bowlby (1969), tout au long de la première
année, les enfants mémorisent les réponses des adultes à leurs signaux de
détresse. Ce processus conduirait les enfants à développer de véritables
modèles de leurs relations constitués de deux représentations – de soi et
de la fgure d’attachement – qui sont intimement liées entre elles. Bowlby
(1969) les appelle « modèles internes opérants » dans la mesure où ils ont
19 Paquette, 2004.
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