//img.uscri.be/pth/adc381da2aebfa6bfa0637a649e2cd962f26045f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Evénements et formation de la personne

319 pages
Qu'est-ce qui nous manque et nous déforme dans la vie ? Qu'est-ce qui est lié à des facteurs tant personnels qu'extérieurs ? Au-delà de l'effet-âge, y a-t-il un effet-génération, un effet-site ? La mondialisation abraserait-elle ces spécificités tant géographiques que culturelles ? En quoi ceci affecte-t-il le développement et la formation de la personne ?
Voir plus Voir moins

Evénements et formation de la personne

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.
.

Dernières Volet: Histoire de vie

parutions

ORÉLIA, Le prix du silence, 2009. François CHAPUT, Profession: chercheur d'emploi. Parcours cahoteux d'un« emploi-zoneur », 2009. Paul SECHTER, Venez nous chercher. Deux petites filles juives dans la tourmente nazie, 2009. Monique BLOCQUAUX, La Vie sans toit, 2009. Christian MONTEMONT et Y onida, Curriculum Evitœ. Une écriture biographique accompagnée, 2009. Jean-Pierre MILAN, Aviateur sans moteur, 2008. Roger BOLZONI, Vivre debout malgré la maladie et le handicap, 2008. Zaze ROUX, Les cent papiers de la mariée, ou comment Sarko m'a passé la bague au doigt, 2008. Jacques LADSOUS, Profession: éducateur. De rencontres en rencontres, 2008.
@ L'Harmattan, 2010

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-11108-0 EAN : 9782296111080

Martine Lani-Bayle et Marie-Anne Mallet (dir.)

Evénements et formation de la personne
Ecarts internationaux et intergénérationnels Tome 3 (2006-2009)

Vers de nouveaux horizons

L' Htemattan

Ouvrages

de Martine Lani-Bayle

www.lanibavle.com

Enfants déchirés - enfants déchirants, Editions Universitaires, ] 983.

À la recherche de la génération perdue, Hommes et perspectives, ] 990. Du tag au graffart. Les messages de l'expression murale graffitée, Hommes et perspectives] 993. Généalogie des savoirs enseignants. À l'insu de l'école? L'Harmattan, ] 996. De femme à femme à travers les générations. Histoire de vie généalogique de Caroline Lebon-Bayle, ] 824-] 904, L'Harmattan, ] 997. L'Histoire de vie généalogique. D'Œdipe à Hermès, L'Harmattan, ]997. Ecrire une recherche, mémoire ou thèse, Chronique Sociale, ] 999, 3e éd. 2006. L'Enfant et son histoire, vers une clinique narrative, Erès, ] 999. Raconter l'école au cours du siècle (dir.), L'Harmattan, 2000. L'Ile (roman), Bucdom, 2000. Histoires de formation, récits croisés, écritures singulières (dir.), L'Harmattan, 200]. Les Quinze derniers jours du siècle (dir.), L'Harmattan, 2001. Taire et transmettre. Les histoires de vie au risque de l'impensable, Chronique sociale, 2006. Apprivoiser l'avenir avec André de Peretti. Entretiens cliniques intergénérationnels à l'écoute d'un parcours d'expérience (avec François Texier), Thélès, 2007. Les Secrets de famille. La transmission de génération en génération. Odile Jacob, 2007. Lumières de verre. Léon Ottenheim, photographies et récits, 1905-]926, éditions de l'Opéra, 2007. D'une l'autre. Destins de femmes (roman), Le Petit Pavé, 2008. Les Histoires de morts dans les histoires de nos vies (dir. avec G. Pineau et C. Schmutz-Brun), L'Harmattan, à paraître, 2010. Ouvrage de Marie-Anne Mallet Les Elèves dans le miroir de leur enseignant. Plus lucides et plus indépendants qu'on ne le croit, Mare et Martin, 2008. Ouvrages de Martine Lani-Bayle et Marie-Anne Mallet Evénements et formation de la personne. Ecarts internationaux et intergénérationnels, L'Harmattan, 2006, tome] et 2. Quarante ans après mai ]968. Témoignages intergénérationnels croisés, avec Gaby Cohn-Bendit, André de Peretti, Edgar Morin, Téraèdre, 2008. Chemins de formation au fil du temps (revue) Editions Téraèdre/Université de Nantes, nO] à nO]4, d'avril 200] à octobre 2009.

À la tombée des murs. . .

« [...] en chaque pays, les hommes, s'écartant de plus en plus des idées et des sentiments particuliers à une caste, à une profession, à une famille, arrivent simultanément à ce qui tient de plus près à la constitution de l 'homme, qui est partout la même. Ils deviennent ainsi semblables, quoiqu'ils ne se soient pas imités. Ils sont comme des voyageurs répandus dans une grande forêt dont tous les chemins aboutissent à un même point. »

Alexis de Tocqueville

MERCI à toutes les personnes ayant participé ou contribué à cette vaste recherche. MERCI à Christa pour son accueil en avril 2009 et sa pertinence. MERCI à Elisabeth pour la transcription des propos de la conclusion.

Préface Un événement
Gaston

I... mais
Pineau
1

lequel?

L

a parution, en trois ans, de trois tomes ponctuant fortement cette recherche internationale et intergénérationnelle sur les rapports entre « Evénements et formation de la personne », constitue en soi un événement dans le champ éducatif.

La réflexion est en route depuis 2003. Elle a commencé en Pologne; s'est prolongée au Japon, au Brésil, en France, en Chine, avec trois générations (tome 1, 2006). Elle a fait un premier tour du monde et du siècle sur les cinq continents: en Europe, Asie, Amérique, Afrique, Océanie (tome 2, 2006). Elle nous revient en 2009: Vers de nouveaux horizons; en croisant les regards (présent tome 3, 2009). C'est l'ouverture d'un atelier planète (G. Gigand, cf pp. 229-246) où dialoguent l'intime et le mondial. Mais une ouverture surprenante, déroutante, de par son ampleur et son originalité mêmes: limites floues, structuration large, diversité éclatante, effets incertains. La recherche n'échappe pas à l'énigme paradoxale et plurielle de l'événement. Et comme événement, elle soulève une double question: qu'est-ce qui arrive? Avec quels effets, immédiats ou futurs? En quoi a-t-on affaire à l'avènement d'une recherche importante?

Une plongée événementielle

dans la luxuriante du monde

biodiversité
et au

Le premier tome nous plonge dans l'événement global personnel des Polonais du 4èmeâge, les événements d'Okinawa
I Professeur émérite à l'Université de Tours, France.

7

Japon comme cours d'histoire sociale, les événements collect!fs face à l'individuel en Chine, les éveils identitaires à la lumière des événements au BrésiL.. Le deuxième accentue et systématise cette immersion planétaire. En Europe, avec la mémoire événementielle contrastée de Roumains sédentaires et en déplacement migratoire; en Allemagne, tétanisée par un silence de soixante ans et une traumatisante mémoire de la Shoah à travers les générations. En Asie, avec la Corée et la culture indienne; en Amérique, avec les Etats-Unis et le Québec. En Aftique, avec les Mémoires/héritages arabo-musulmans et blessures coloniales et l'Afrique noire entre modernité et culture. Sans oublier la lointaine Océanie avec sa culture multiethnique et événement de vie. Ce troisième tome, comme indiqué plus haut, ouvre toujours de nouveaux horizons et croise encore les regards. Regards de plus d'une vingtaine d'auteurs, de cultures et langues différentes. En passant, il faut saluer l'audace, la ténacité et l'intelligence des coordinatrices - M. Lani-Bayle et M.-A. Mallet - pour cette nage

synchronisée avec autant de monde et de diversité à accompagner, traduire et présenter de façon harmonieuse. De quoi perdre les repères, avoir le tournis et même, abandonner tout espoir de vue d'ensemble.
On se trouve un peu comme le jeune Darwin s'éloignant d'une grise Angleterre et découvrant, avec un étonnement un peu ébahi, la luxuriante végétation tropicale et la faune insolite des lies Galâpagos. Fascination déroutante de l'infinie variété des expériences événementielles. Il faudra sans doute beaucoup de temps et de patience pour analyser, identifier, rapprocher, comparer, étiqueter cette richesse phénoménologique de l'événementiel, surgissant de réponses à un questionnaire très ouvert d'une dizaine de phrases, complété d'un entretien biographique. Mais le premier apport - éclatant - est de nous

baigner dans une biodiversité événementielle transnationale, planétaire. Eclatement d'une matière première franco-française.

8

Des thématiques, heuristiques

concepts,

matrices

et schémas

Un deuxième apport est de commencer à construire des perspectives de traitement. Par des chapitres plus méthodologiques et problématisant, les coordonnatrices s'emploient à nous offrir des outils de compréhension: ouverture et présentation générale, pour chaque tome, l'événement comme source d'interprétation des possibles, l'événement et ses traces. Des appels thématiques éclairants sont faits à d'autres auteurs: événements et biographies éducatives, fonction éducative des recherches biographiques. La dernière partie du troisième tome se veut plus réflexive et distante: Statuts et fonctions de l'événement négatif dans le processus de formation de la personne; mémoire collective et transmission symbolique; événements et identité collective.
Le deuxième tome modélise une précieuse matrice de reconnaissance. Cette matrice croise trois niveaux bio-cognitifs de l'événement (vécu, ressenti, connu) avec trois générations. Elle permet ainsi de mieux saisir la complexité dynamique des « relais générationnels évolutifs» (tome 2, p. 13). Dans ce tome 3, M. Mallet formalise ce qu'il appelle « La genèse d'un nouvel outil méthodologique» (troisième partie). Son Schéma de globalisation événementielle (SGE) veut travailler l'événement comme révélateur social: de l'événement singulier à l'événement global; des événements globaux aux événements différenciés; de l'événement global à l'événement personnel. Un des derniers auteurs arrivés, G. Gigand (2007), a un regard transdisciplinaire particulièrement acéré sur l'événement. Il a précédemment publié un ouvrage sous-titré: L'événement entre incomplétude, autoréférence et indétermination. Cet ouvrage est le fruit d'années de travail pour essayer de passer, comme il dit en leitmotiv, tel un fil d'Ariane: «De la fixité de la chose à l'invariance de l'événement ». Son point de vue est donc particulièrement informé. 11juge les deux premiers tomes majeurs «.. .discrètement majeurs. Ils ne cherchent pas à avoir le dernier mot mais recherchent les mots qui durent. Il s'agit d'une étude de terrain avec la terre comme terrain... » (tome 3). 11propose même

9

une définition de l'événement encore plus large que celle des auteurs « Toute perception, par quelques sens que ce soit, de notre environnement» (tome 3). L'événement est chevillé au corps» (tome 3). Il souligne, en conclusion, « la relation trinitaire entre le monde, l'événement et la formation depuis la personne» (tome 3). Et pour lui, «lier la formation de la personne aux événements dans un cadre planétaire est le début d'un grand chantier» (tome 3).

Donc, loin de clore la recherche, ces trois tomes l'ouvriraient. Diantre! Quel avènement se cache donc sous l'événement de ces trois volumes originaux? Ouverture d'un chantier planétaire à ce qui arrive du monde, en essayant d'apprendre à former le sien
Une piste d'exploration de l'ampleur potentielle, pressentie mais à expliciter, de ce chantier, est de le relier aux recherches de pointe non ordinaires que suscite la révolution de l'apprentissage, tout au long et dans tous les secteurs de la vie, qu'appelle la montée inédite de problèmes planétaires. Dans Eduquer pour l'ère planétaire, E. Morin (2003, p. 134) donne comme première mission, à l'éducation du futur, de ((favoriser une mondiologie de la vie quotidienne », c'est-à-dire une contextualisation permanente des problèmes fondamentaux. Un de ces problèmes fondamentaux est le bombardement permanent d'événements multiples, hétérogènes, imprévus, inédits. Apprendre à rendre formateurs ces événements permanents et souvent perturbateurs semble une nécessité urgente. Dans un autre groupe de recherche, depuis le 3èmecongrès mondial sur l'autoformation à Marrakech en 2005, sur Rencontres interculturelles et apprentissages formels, informels et non formels, émerge ce qui est appelé la planète de l'autoformation mondialoguante (G. Pineau, 2006, p. 9). C'est-à-dire d'une auto et écoformation par dialogues avec les éléments du monde qui nous arrivent. Chaque arrivée n'est-elle pas un événement avec lequel il faut composer? Chercher en effet comment ouvrir un chantier

10

d'envergure, se montre comment le continuer?

combien

stimulant

mais intriguant.

Et

Un moyen me semble d'opérer une seconde liaison avec une autre grande recherche parente, mais aussi intrigante: celle de la construction d'une herméneutique événementiale selon C. Romano. L'herméneutique événementiale de Claude Romano

Comme cette recherche sur Evénements et formation de la personne, la recherche du philosophe C. Romano pour construire une compréhension des événements, se présente sous forme de trois ouvrages: L'événement et le monde (1998); L'événement et le temps (1999) ; Il Y a (2003).
Difficile d'énoncer, avec plus de concision, l'ampleur et l'importance de cette recherche sur l'événement et ses liaisons avec le monde et le temps. Pourquoi C. Romano se lance-t-il dans cette aventure? Parce qu'il veut comprendre « l'événement avant toute chose et comprendre l'individu humain à partir des modalités différenciées selon lesquelles il peut advenir à soi à partir de ce qui lui advient» (1998, op. cit., p. 1). Pour permettre cette compréhension, il doit passer d'un ontologisme statique à une anthropo-formation dynamique. «L'événement est pur mobilité» (1998, op. cit., p. 1). Ce qui nécessite de forger des concepts pertinents pour approcher cette mouvance permanente, complexe, paradoxale, incertaine, transitionnelle, transdisciplinaire, transectorielle. La conduite automobile est la meilleure situation de référence pour représenter cette mouvance permanente à piloter: il faut constamment utiliser ce qui arrive à tout moment pour arriver où l'on veut aller. En se défendant de tout néologisme trop hermétique, il pioche au plus près du bassin sémantique d'événement, pour construire ses concepts les plus adaptés afin de tenter de comprendre ce mouvement permanent: - Advenant, « pour nommer davantage un processus en instance qu'une réalité constituée: moins un sujet au sens classique que

Il

des modes diversifiés de subjectivation par et à travers lesquels un «je » peut advenir, répondre à ce qui lui arrive à partir de ses noyaux de sens que sont pour lui les événements» (c. Romano, 1998,p.2); - Aventure,« pour désigner ce que l'ontologie d'appeler existence» (1998, op. cil., p. 2) ; a coutume

- Éventualité, « pour signifier non un possible contingent qui pourrait ou non survenir, mais le sens proprement événemential de la possibilité» (1998, op. cit., p. 2) ; « Tous ces vocables se raccordent à la même racine qu'événement, avènement, avenir, avent; ils décrivent le mouvement d'une arrivée indissociable d'une transformation» (1998, op. cit., p. 2). Il ferraille pour s'émanciper de l'analytique existentiale de M. Heidegger: «Les existentiaux sont ces diverses modalités d'un unique événement d'être» (1998, op. cil., p. 27). Les constructions conceptuelles autour du trajet anthropologique et de la trajectivité pour comprendre le cours d'une vie, tentant d'articuler ce qui lui arrive des objets et sujets de l'environnement, offriraient des concepts plus adaptés pour cette herméneutique événementiale. C. Romano (1998, pp. 96-10 1) explicite longuement la situation, pour lui archétypale, de l'événement fondateur, avant toute chose: la naissance; « Evénement premier qui ouvre pour la première fois le monde de l'advenant... » ; « mais la naissance est d'abord cet événement qui m'échoil impersonnellement... ». « Naître, en ce sens c'est avoir une histoire, avant d'avoir son histoire» (1998, op. cit., p. 107). Pour construire son histoire, il faut advenir personnellement, c'est-à-dire naître à cette naissance, co-naître, reco-naître. L'advenant n'est, que dans la mesure où il naît et renaît. Advenir serait renaître en permanence à l'état naissant. Etat naissant qu'un grand analyste des mouvements sociaux et humains, F. Albéroni (1992), définit «comme exploration des frontières du possible, visant à maximiser ce qui est réalisable entre une expérience vécue et des solidarités construites. » 12

Vivre l'événement:
entre évanescence

une expérience aventureuse, et monde naissant

Ces références rapides montrent que les auteurs d'Evénements et formation de la personne ne sont pas seuls pour prolonger l'événement de l'ouverture de ce chantier planétaire complexe de fonl1ation, par et avec les événements. Des sous-chantiers apparaissent pour aider à le faire advenir: méthodologiques, herméneutique, phénoménologiques... Fascinante aventure, relativement inédite, mais sans doute nécessaire à poursuivre. Face à l'autre événement de la mort à vivre, pas d'autre choix que de s'y lancer. S'ouvrir à l'inconnu de l'événement propulse une expérience humaine, fascinante mais aventureuse, entre évanescence et monde naissant.

13

Bibliographie Albéroni F., (1992), Génésis. Mouvements et institutions. Paris, Ramsay. Gigand G., (2007), Ingénierie du regard transdisciplinaire. L'événement entre incomplétude, autoréférence et indétermination. Paris, L'Harmattan.
Morin E., Motta, Ciurana E.-R., (2003), Eduquer pour l'ère planétaire. La pensée complexe comme Méthode d'apprentissage dans l'erreur et l'incertitude humaine. Paris, Balland. Pineau G., (2006), « Moments de formation de l'autos et ouvertures transdisciplinaires » in Education Permanente, n° 168, pp.5-18. Romano c., (1998), L 'Evénement et le monde. Paris, PUF. Romano C., (1999), L 'Evénement et le temps. Paris, PUF. Romano c., (2003), Il Y a. Paris, PUF.

14

Présentation
Martine

générale2
Lani-Bayle3

« Aujourd 'hui encore je me souviens plus de la lumière effilochée des jours que des événements de ma propre vie. » Christian Babin

N

ous proposons ici la troisième étape d'une recherche, étendue sur l'ensemble des continents, et dont les débuts ont fait l'objet d'un premier tome paru en septembre 2006 (suite à une journée d'études qui a eu lieu à l'université de Nantes le 8 octobre 2005) ; puis d'un deuxième en décembre de la même année (comportant les actes d'un séminaire qui s'est déroulé, à Nantes toujours, les 16 et 17 juin 2006). La phase rapportée ici a été amorcée par un colloque à L6di en Pologne, ville de départ de la recherche, du 14 au 16 septembre 2007. Elle peut être abordée indépendamment des deux précédentes - ou leur être reliée. Globalement, biographique, cette recherche interroge le fait, devenu dans son rapport à la construction des savoirs.

Genèse et localisations recherche

internationales

de la

« Je voyais le chemin que j'avais pris. « Y a-t-il vraiment un désastre au bout du chemin? Quel désastre? Je viens d'empoisonner mon père. Qu'est-ce qui est un désastre: le nuage du champignon [Nagasaki) ou l'empoisonnement?» Aki Shimazaki

2 Cette présentation reprend, complète et actualise celles qui ont inauguré les tomes I et 2, permettant d'y entrer directement par ce dernier tome sans avoir pris connaissance des précédents. 3 Professeure en sciences de l'éducation, Université de Nantes, France.

15

Si la recherche est née en Pologne avec O. Czerniawska, en octobre 2003, elle a fait l'objet d'une première reprise au Japon avec M. Suemoto, en novembre 2003 alors que, effectuant un voyage d'étude d'un pays à l'autre (M. Lani-Bayle, 2006), je parlais de ce projet dans le second qui accepta aussitôt de s'y joindre. Avec la France, évidemment impliquée dès le premier accord passé avec la Pologne, et l'entrée du Japon, nous nous sommes alors dit qu'il serait intéressant de faire la même proposition, par le biais de co11ègues ou de doctorants, avec d'autres points du monde - prenant finalement soin, à la mesure de cette extension et au fil de cet intérêt, d'obtenir une représentation, même minime, de tous les continents. Ainsi sont entrés le Brésil, la Chine, l'Allemagne, les Etats-Unis, l'Inde, la Roumanie, l'Australie, la Corée, le Togo, le Maroc, le Québec4. Dans ce dernier tome récapitulatif, seront principalement présents les pays avec lesquels le travail a été le plus poussé grâce à nos correspondants locaux, à savoir la Pologne, le Brésil, le Japon, l'Allemagne, la Corée, le Togo, le Maroc. Aucun souci de représentativité, ni d'exhaustivité possible, bien entendu, dans un tel tour du monde. Simplement, nous avons saisi au passage des opportunités. Pour pointer d'éventuels contrastes: « Ceux qui ont du plaisir à observer considèrent que ce qui fait signe, c'est toujours une différence. Une information stéréotypée ne fait qu'engourdir l'intelligence en renforçant ce qu'elle sait déjà. C'est pourquoi les méthodes comparatives permettent de comprendre plus jàcilement. Pour innover, la pensée doit faire une association improbable, un coup de poésie qui surprend et éveille. La certitude est une antipensée, une litanie intellectuelle », remarque B. Cyrulnik (1993, p. 13).
4 Notons que c'est une recherche fonctionnant à partir de l'intérêt de chacun, ainsi que sur les ressources en langue française de nos différents partenaires, et sans budget propre. POUl1ant, ils n'hésitent pas à se déplacer pour nos rencontres en France ou en Pologne, même du Japon. Ceci fait partie des spécif~cités de cette aventure. NOLls ne les en remercions tOllS qLle pills vivement!

16

C'est avec un tel état d'esprit que nous voyageons dans et par cette entreprise qui se trouve aussi celle d'un groupe. En effet, notre aventure collective est tout sauf inerte, elle nous fait pénétrer chacun, non seulement au cœur de préoccupations majeures de notre pays et de ses habitants, mais el1e nous fait découvrir également celles des autres et par là, nous montre les nôtres bien autrement. En ce sens, elle est une véritable école historique, politique, géographique, psychosociologique..., en un mot humaine. Et elle fait œuvre de distanciation autant que de

tolérance, via des prises de conscience souvent surprenantes parfois déstabilisantes
-

qui donnent envie de poursuivre. Une

« recherche» productrice au plein sens du tenne. C'est sans doute là un de ses effets majeurs, non anticipés.

Recueil

des données

« L'événement défie nos théories dans le moment même où il surgit mais aussi dans « l'après-coup» quand il est possible de s'en ressaisir, d'en dégager du sens et d'en construire une connaissance. L'événement se raconte, s'interprète; il inaugure, provoque une intelligibilité qui fait suite, parfois, à une sidération ou à une construction défensive. L'événement résiste à une appréhension du monde, de soi et des autres, qui s'intégrerait naturellement dans nos expériences et nos conceptions préalables. Parce qu'il n'a pas été prévu, anticipé, il met à mal nos systèmes explicatifl' et nos savoirs construits, et requiert de ce fait des modes renouvelés d'intelligibilité. » Mireille Cifali et Florence Giust-Desprairies Il ne s'agit pas, nous l'avons dit et malgré son ampleur, d'une recherche « comparative» au sens habituel du terme, ni représentative de la répartition de la population dans le monde ou les cultures... : en l'état, elle aurait été infaisable. Nous avons simplement tiré parti de nos réseaux pour l'étendre afin de pointer des contrastes et diversités, mais aussi des rapprochements ou régularités entre les différentes entrées thématiques retenues. Ce qui a été rendu possible car nous sommes partout partis, non seulement de personnes de terrain implantées dans la culture interpellée, mais d'un même et simple protocole d'appel, laissant

17

ensuite chaque chercheur-collaborateur se l'approprier et en user à sa façon. Sur le thème d'appel des événements et de ce qu'ils nous font, nous avons proposé dans les différents pays (sauf en Allemagne), les phrases à compléter rédigées par O. Czemiawska (voir annexe 1, p. 291). Pour ne pas en rester à cette étape un peu artificielle, et pour approfondir les questionnements qu'elle entraînait, nous l'avons fait suivre, dans la mesure du possible, par des entretiens
d'approfondissement mais a accepté.
-

ce qu'O. Czemiawska

n'avait

pas projeté

Dans cette quête, et au regard des populations interpellées, nous avons aussi introduit une différenciation sur trois générations: 1. Nés avant la Seconde Guerre mondiale (que nous appellerons ici génération C).
2. Nés juste après -lors du dit baby-boom (génération B).

3. Nés depuis 1968 (génération A). En effet, si nous pouvons être marqués par des événements survenus alors que nous n'étions pas nés, l'âge que nous avons au moment où ceux-ci adviennent n'est pas innocent quant à l'impact qu'ils peuvent avoir sur nous.

Relais

générationnel

à l'œuvre

dans

la recherche

« Un événement nous impose d'abord sa singularité et nous pousse à penser. [...] Un événement ne peut pas être un fait simplement décrit en extériorité, if est un bouleversement, qu'un sujet traverse, sans l'avoir forcément inauguré comme tel, if intervient à la rencontre entre un intérieur et un extérieur, entre du psychique et du social, if est porteur d'affects et d'émotion. » Mireille Cifali Nous avons alors réalisé que, dans la mise en œuvre de cette recherche et de ses étapes, nous observions également un relais générationnel :

. Génération

C pour l'origine (O. Czemiawska).

18

. Génération
. Génération

B intennédiaire pour la reprise et la diffusion (M. Lani-Bayle).
A pour la mise en œuvre (M.-A. Mallet).

Ainsi, la recherche s'interroge, dans différents points du monde, et à partir de quelques témoignages ponctuels, sur l'éventualité d'un effet génération (temporalité), et d'un effet site (espace), des événements (majeurs comme minimes, voire non-événements) sur la personne, et sur les liens de cette réactivité avec la construction personnelle du rapport au savoir.

Principales pistes réflexives (notamment autour la notion relative de « distance à l'événement»)

de

« Ce triste roman des roses constituait-il ou non un événement? [...) Je n'allais tout de même pas dire à papa que l'événement domestique, mobilisant toute la maisonnée, m'avait paru moins frappant que celui auquel tout un village avait été associé. » Stella Baruk Les premières «rédactions» demandées à l'école primaire commencent souvent par la consigne suivante, en guise d'appel à l'écriture: «Racontez ou décrivez un événement qui vous a frappé. » Les remarques préalables de cette recherche sont le fruit d'interrogations sur le rapport de l'avènement (que l'on pourrait définir, pour simplifier, comme ce qui arrive, avec un positionnement encore extérieur) à l'événementS (ce que chacun - à titre individuel nous sommes ainsi aperçu que ce qui paraît simple ne l'est jamais et surtout, que cela est très contingent aux différentes cultures. Une démarcation s'exerce, à ce niveau, entre Orient et Occident.

comme groupaI - en fait: ce qui va « faire événement »). Nous

Le rapport de distance/proximité, entre « global» (ou général) et personnel, a fait aussi l'objet de toute notre attention:
5 Voir, à propos des études sur ['événement:

Legrand, M. (1993, pp. 124-152).

19

.

. Dans

le temps (ponctuation par la frontière des générations). Dans]' espace (ponctuation par les frontières politiques et contextuelles).

D'autres filtres face à l'événement, articulés avec les précédents, ont aussi étémis à l'étude:

. Nous~mêmes
.
Les médias.

(et les travaux d'E.~T. proxémie). . Nos « proches» (familiaux, amicaux ).
..

Hall sur la

. Le

savoir (ce que l'on sait déjà comme ce que l'on ignore).

A la découverte,

dans If! cadre de cette recherche, des camps de

Birkenau et Auschwilz,septembre2007(co11.M. L..B.) D'ores et déjà, nous pouvons proposer quelques remarques sur la notion d'événement telle qu'eUe se montre à l'œuvre, comme déclencheur potentiel,. comme obstacle et/ou bascule, entre dimensions nocturne et diurne de la formation. L'événement serait ce qui fait passer « de l'autre cÔté ».

20

Dans tous les cas, cette recherche montre que l'événement bouscule le rapport proximité-distance, dans le temps comme dans l'espace, de ce qui nous marque et nous forme. Le diurne brutalement, par irruption du non-prévu, s'introduit dans l'arrièrefond nocturne de l'informel potentiel de nos vies, l'éclairant soudain, cassant l'alternance régulière et prévisible qui en ponctue normalement le cours. Il secoue par là notre rapport établi à la connaissance qu'il peut, dès lors, éveiller comme tuer, plus ou moins profondément ou définitivement.

Découvertes

et autres surprises

« ... que fàisons-nous d'autre que d'imposer aux événements le sens qui nous convient, comme si on remplissait une grande boîte vide? » Gila Lustiger Partout, c'est le rapport à la vie au sens large (formation existentielle) qui s'est montré premier et persistant, englobant, sur le rapport au savoir et autres formes de formation formelles se greffant ultérieurement sur lui. Ce rapport à la vie constitue, ainsi, une réserve de potentiel attrapant toutes les marques de ce qu'il traversera, pouvant révéler un aspect tant constructeur que destructeur. De par sa position dans le monde, la personne s'en trouvera traversée, qui pour se protéger fera écran et pourra, dans son rapport au savoir, le contourner, refuser ou affronter, créant, à mesure de l'expérience de cette rencontre, fluctuante et imprévisible, des savoirs. L'événement introduira une chronologie en cette aventure, déterminant au fil du temps des « avants» et des « après ». La zone de contact intermédiaire à géométrie variable s'intercalant entre la personne et le monde, et dont nous avons constaté les manifestations ou les effets (cf l'espace potentiel de O.-W. Winnicott ou la ZPO de L.-S. Vygotsky, zone de développement proche, que J.-M. Baudouin compose avec la ZOO, zone de développement distale), constitue ce qu'en référence à la systémie, nous pouvons appeler le milieu (cf G. Lerbet, 1993).

Dès lors, si nous écoutons B. Cyrulnik (1999, p. 123): (( Le
problème est là : un événement ne peut faire souvenir que s'il est chargé d'émotion. Un enfant isolé finit par s'engourdir et ne rien

21

mémoriser puisqu'il n y a dans son monde aucun événement susceptible de l'alimenter. De même, un enfant trop protégé est lui aussi engourdi par un confinement affectif qui empêche la sensation d'événement. À l'inverse, un enfant suffisamment entouré ne met en souvenirs que les événements chargés d'émotion. Son aptitude à vibrer peut venir des traces de son passé qui l'ont rendu sensible à certaines circonstances, autant que son entourage qui les a soulignées. » La charge émotive: tiendrait-on là l'élément universel? Serait-ce alors le principal vecteur, en amont de tout ce qui suit, de formation de la personne: si toutefois le rapport au savoir, suivant la logique bachelardienne, nécessite de rompre avec les données de la sensibilité, peut-il pour autant s'en passer? «Mais aussi bien, ces mêmes événements, il s'agissait justement de leur donner la forme - distanciée, maîtrisée - d'une pensée qui prendrait en
elle tout le pathétique de l'expérience vécue et convertirait la substance vive d'une émotion en la matière plus rassurante d'une réflexion. [...] Mais l'émotion est toujours plus forte que la réflexion, et il est juste qu'elle le soit puisque c'est de son côté que se tient la vérité. Du coup, tout ce que l'expérience exigeait aussi de pensée se trouvait aussitôt perdu », remarque notre collègue et voisin P. Forest (2007, p. 170). En tout cas, et au-delà de ces aspects fondamentaux paradoxaux, nous avons d'ores et déjà remarqué: autant que

. Des
. Des

approches du « personnel» et différentes selon les pays et les cultures.
différences générationnelles

du

« global»

pouvant les rapprocher.

. Comme

l'a introduit notre collègue chinoise C. Ni, des «tiroirs vides» chez certains, utilisés chez d'autres: en effet, dans la mise en rubriques des éléments ressortant des questionnaires, il est intéressant de repérer celles qui servent à tous, et qui sont abondamment renseignées; et celles qui ne servent qu'à quelques-uns.

22

.

Une fructueuse confrontation de vocabulaire: les mots ne veulent pas dire la même chose partout. Pour cela, en dehors de la distinction événement/avènement, l'usage proposé par la Pologne de l'expression «événement global» s'avère fondamental, par les questions qu'elle soulève. Mais il est apparu que celle d'« événement personnel» qui, en Occident, paraît évidente, peut n'avoir aucun sens, même après tentative d'explication, dans d'autres points du monde, par exemple en Corée. frappe toujours deux fois et n'est pas actif nécessairement sur-le-champ. C'est ce que l'on nomme 1'« après-coup» et qui lui aussi, se prête à être imprévisible. « La notion d'après-coup, explique C. Blanchard-Laville (2007), est le fait qu'un événement passé, auquel du sens n'a pas été immédiatement accordé, peut devenir signifiant rétrospectivement. »

. L'événement

L'événement pourrait, dès lors, glisser le long des générations et un relais générationnel évolutif serait ainsi à l' œuvre dans les représentations, malgré soi ou volontairement, qui ferait que nous ne sommes pas marqués que par ce que l'on a vécu et que notre mémoire ne contient pas que nos propres souvenirs (tabeau nOl, p. 27). Ou : quand on doit apprendre des aînés pour (le) savoir...

C'est là que le « transmission ».

bât

blesse,

en

terme

notamment

de

Ainsi, que se passe-t-il entre ce que l'on vit (niveau]), ce que l'on ressent à partir de ce vécu (niveau 2), et ce que l'on transforme en savoirs sur (niveau 3) ? Quand on vit quelque chose d'important ou de grave - voire traumatisant - souvent on n'a pas les mots
pour le dire, ou pas tout de suite, parce que la charge émotionnelle est trop forte pour avoir accès à la pensée sur ce qui vient de se produire. Le savoir est en quelque sorte d'abord interdit (M. LaniBayle, 2006), car « il y a des événements qui ne sont ni évocables, ni surtout questionnables, définitivement rangés au placard du silence, volontairement considérés comme n'ayant pas vraiment eu lieu », constate M. Hervy.

23

Si ce n'est le protagoniste direct (C) qui osera le savoir, c'est plus souvent une des générations suivantes qui pourra le rétablir, plus distanciée car n'ayant pas elle-même le vécu de ce qui en interdit l'accès: soit les B en qui le contact proche avec ceux-ci déclenchera des émotions indécodables sans le témoignage des précédents, provoquant un appel; soit, quand la charge est trap intense, les A (après ce qu'on appelle un « saut de génération ») qui, eux, comme les B n'auront pas de ressenti émotionnel par contact, mais une immense interrogation liée à l'impression que quelque chose a eu lieu, mais « avant» eux, et leur échappe car non dit. Ils ne pourront y mettre des mots seuls, sans les apports de la génération concernée: ils auront, les premiers, besoin d' « apprendre» ce qui s'est produit - au sens scolaire - pour le « savOIr ». Mais ils n'y parviendront que s'ils sentent que ceux qui savent tentent de leur communiquer quelque chose qui corresponde bien à ce qui s'est passé, s'il n'y a pas de décalage perceptible (la scordatura, in M. Lani-Bayle, 1999 et 2006) entre ce qui leur est dit et ce qui fut. « Ce que m'a transmis ma mère, c'est ce que je ne sais pas, ce quifail honte et peur et qui me pétrifie quand je croise son regard », constate E. Carrère (2007, p. 74). Notons que les temps changent à ce sujet, ce que cette recherche, tend à confirmer. C'est pourquoi le tableau na l, ci-après, distingue les générations C anciennes, qui maintenaient parfois une occlusion sur les savoirs de ce qui était trop douloureux (ce que j'ai appelé les «événements extrêmes »); et les générations C actuelles: maintenant, tout doit être dit et tout de suite, on n'a plus le droit de se taire ni de respecter un temps de silence entre le fait dramatique et son exposition, en images comme en mots (les phrases allant avec étant médiatiquement imposées aussi). Même l'émotion doit se transformer en dire de suite, au vu et au su de tous. Cette délégation implicite entre générations (concernant l'extrême qui est souvent, au-delà de ses différences, universel dans ses retentissements), en sera, sans nul doute, modifiée. Avec des conséquences possibles en termes de rapport au savoir.

24

. Enfin,

notons qu'une modification des points de vue des chercheurs s'est produite au fil du temps de la recherche. «Ainsi le narratif a-t-il une fonction essentielle dans le processus de formation, permettant une mise au travail de la pensée sur l'identité» remarque P. Fustier (in M. Cifali et F. Giust-Desprairies, 2006, p. 156).

C. Damkowski par exemple en témoigne, de façon réitérée, ainsi (extraits de courriers): « C'est vraiment passionnant. Je suis tellement curieuse des résultats et questions des autres» (septembre 2006). « Je suis complètement fascinée par ce que j'apprends des pays participants. Et je suis motivée pour la suite » (déc. 2006). « Mon amie-interprète s'intéresse beaucoup à la recherche parce que j'ai tant parlé de ces /ivres extraordinaires et qui donnent tant d'informations sur les pays respectifs. Merci de m'avoir donné l'occasion de participer à cette recherche» Qanvier 2007). « J'ai appris autant de choses aussi sur moi, par ce travail qui m'enthousiasme toujours» (mars 2007). Nous reviendrons sur les réactions de C. Damkowski en fin de cet ouvrage. O. Czerniawska également: « Je suis sous l'influence de la lecture des deux volumes de la recherche. Le visage de la guerre au Japon, en Allemagne, en Roumanie... Quelle richesse! La subjectivité de la mémoire, la subjectivité du vécu de la guerre. Les agresseurs et les victimes, les victimes et les agresseurs, pour qui victimes et pour qui agresseurs? » (Courrier d'avriI2007). Ce travail aurait-il mis en œuvre une «pédagogie de l'empathie» ? Tous ses acteurs-auteurs font état de réflexions en ce sens: cette recherche ainsi se prête à faire elle-même événement, reliant événements globaux et collectifs à l'événement personnel. Une telle étude - inépuisable dans ses objectifs - pourrait se poursuivre, en tout cas notre collaboration va perdurer avec ses principaux acteurs internationaux. Elle prendra sans doute d'autres formes, ou persistera dans cette lignée: ce qui a été ainsi amorcé ne s'éteindra pas avec la parution de ce tome, si nous n'en avons pas encore précisé les formes.

25

Notons enfin que nous avons réalisé conjointement une recherche (M. Lal1i-Bay1e et M.-A. Manet, 2008) ayant fonctionné à J'envers, c'est-à-dire partie d'un même événement col1ectif (mai 1968) pour évaluer, à partir de ce qu'il en reste une quarantaine d'années plus tard, comment celui-ci a pu marquer les uns et les autres selon leur âge à l'époque. Et partons maintenant à l'écoute de cette internationale multiple et remplie de surprises. exploration

de la recherche â tôdi (Pologne) en septembre 2007 (colI. M. L.-B.)

26

Génération 1 (C) Ancienne Maintenant Vécu X Xou-

Génération 2 (B)

Génération 3 (A)

.,

(sans les
mots) X X

-

-

Ressenti i

X (par contact, sans le vécu) - <=:>+ Réclamé (manquant), conqUIs

-

Savoir LJ

Interdit ou refusé

+ Imposé (médias, TV)

X Appris, ill / « tu ne l'as pas vécu, tu ne peux pas le
savoir... )} ((je ne peux

pas le savoir, c'était avant ma naissance... »
Tableau 1 : Délégation entre générations ..., le monde ?)

(Comment s'apprend

27

Bibliographie
Blanchard-Laville C., (2007), « Pour une clinique d'orientation psychanalytique en sciences de l'éducation », Chemins de formation aufil du temps, Paris, Téraèdre, na 10.

Carrère E., (2007), Un Roman russe, Paris, P.O.L. Cifali M. et Giust-Desprairies F., (2006), De la clinique. Un engagement pour la formation et la recherche, Bruxelles, De Boeck.
Cyrulnik B., (1993), Les Nourritures affectives. Paris, Odile Jacob. Cyrulnik B., (1999), Un merveilleux malheur, Paris, Odile Jacob. Forest P., (2007), Tous les enfants saufun, Paris, Gallimard. Lani-Bayle Saint-Agne, M., (1999), Erès. L'Enfant et son histoire. Ramonville-

Lani-Bayle M., (2006), Taire et transmettre. Les histoires de vie au risque de l'impensable. Lyon, Chronique sociale. Lani-Bayle M. et Mallet M-A., (coord.), (2008), Quarante ans après mai 1968, Regards intergénérationnels croisés, Paris, Téraèdre. Legrand, M. (1993). Hommes et perspectives. L'Approche biographique. Marseille,

Lerbet G., (1993), Système personne et pédagogie,

Thiron, ESF.

28

Les événements autour de la planète
Marie-Anne Mallet6

A

vant de nous envoler pour faire un nouveau tour du monde, attardons-nous quelques instants sur la présentation des textes à venir et l'organisation de ce troisième ouvrage.

L'ouvrage est divisé en deux parties, elles-mêmes subdivisées en deux. La première partie du document est consacrée à la continuité des travaux engagés depuis 2006 avec de nouveaux apports. Les auteurs sont ainsi majoritairement ceux précédemment rencontrés dans les tomes un et deux. Ils présentent des textes qui font état de l'avancée de la recherche dans leur pays, bien souvent, d'origine. En fin de première partie, sont présentés deux textes réalisés à partir de la recherche, sans toutefois être directement en lien avec le sujet traité, même si c'est d'événement dont il est question. Ainsi, dans suivants: les «apports nouveaux », nous avons les textes

O. Czemiawska s'interroge sur la portée du message éducatif à l'attention de la plus jeune des générations, «nos jeunes », suite au questionnement qui découle de la richesse des entretiens qu'elle a menés avec son équipe auprès de la population polonaise. L'écrit de C. Damkowski est très pudique. Après avoir annoncé que rencontrer des hommes allemands « enfants de la guerre» fut plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé, elle nous livre les premiers éléments d'analyse des entretiens réalisés.
6 Psychologue de formation initiale et docteur en sciences de l'éducation, chargée de cours à l'université de Nantes (France) et chargée de mission dans l'Enseignement Catholique des Pays de la Loire.

29

P. Brun s'enquiert de la relation école/savoir à travers les événements de vie des Togolais. Le texte de L. de Conti s'attache à relever la place de la mémoire culturelle dans le rappel des événements significatifs d'un sujet brésilien. E. Cheon-Pavageau médite sur la place des châtiments corporels, événements marquants dans la scolarité des jeunes Coréens et s'autorise à envisager une éducation coréenne plus humaine. Enfin, à partir de la présentation d'un récit de vie, le texte de M.-J. Lorrain présente l'inédit du biographique sur l'interprétation des impacts des événements de la vie d'une Japonaise et de la formation de celle-ci.
Les deux textes suivants présentent des recherches réalisées à partir de la recherche mais avec une méthodologie et des objectifs légérement différents. Toutefois, de par leurs origines, ils ont toute leur place dans ce recueil. A. Slowik se focalise sur les événements qui induisent des Polonais à migrer vers d'autres contrées, notamment le RoyaumeUni et relève ceux qui «justifient» l'abandon de leur pays. Et M. Melyani s'attache à définir le sens, pour les Marocains, de l'événement singulier dans la mémoire collective. Pour ce faire, il utilise l'exemple de l'apparition miraculeuse du Roi Mohammed V sur la Lune.

La seconde partie de cet ouvrage se veut transversale. Dans un premier temps, elle présente des textes rédigés par des personnes ayant directement participé à la recherche et qui ont initié une réflexion à partir de ce concept événementiel. Dans un second temps, sont présentés des regards tout autant transversaux mais par des personnes extérieures à la recherche, qui ont pris connaissance de celle-ci à partir de la lecture des deux premiers tomes.
Ainsi, nous avons tout d'abord les deux textes suivants:

30

Celui de M.-A. Mallet présente, à partir des questionnaires et des entretiens réalisés auprès de Français, d'Australiens et d'Américains, les conclusions les plus probantes issues de leur analyse comparative. Celui de M. Suemoto se focalise sur le rapport du collectif et du personnel sur le plan de la construction identitaire, en abordant aussi les rapports entre tradition et modernité.

Ensuite, nous avons les écrits de quelques collègues, universitaires ou non, qui ont porté un regard critique sur les deux premiers ouvrages et qui nous livrent le fruit de leur réflexion au fil de leur lecture. C. Nicolas a relu les deux premiers tomes en se centrant sur l'événement « négatif» qui ressort assez distinctement de certains textes et elle nous livre ainsi les conclusions de sa réflexion. Elle se propose ensuite de partir de l'influence formatrice des événements pour cheminer vers l'influence des événements sur le rapport à l'apprentissage. G. Gigand se concentre sur l'alchimie et les émergences que ces lectures ont provoquées. Enfin, le texte de M. Mallet, sociologique et transversal, tente d'identifier l'événement comme révélateur de phénomènes de globalisation.

Le texte de F. Texier, en guise de post-scriptum, définit quels sont les liens possibles, quand ils existent, entre un événement heureux et malheureux et pourquoi le premier s'accorde plutôt au singulier alors que le second, au pluriel.

Enfin, la conclusion poursuit la réflexion à partir d'un trialogue avec notre collègue allemande. Elle permet aussi de mettre en exergue l'intérêt d'avoir mis en œuvre une telle recherche au niveau international malgré un certain nombre d'obstacles tant heuristiques qu'humains! Elle ouvre alors de

31