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Evolutions de la documentation

De
109 pages
L'auteur contribue à révéler l'existence d'une nouvelle didactique en caratérisant la documentation comme une discipline à part entière dans le milieu scolaire, en définissant avec précision le savoir de la documentation et en consolidant ainsi une identité professionnelle pour les professeurs-documentalistes. Il s'agit de mettre en lumière les avatars de la documentation, de réfléchir à ce qui la fonde en substance et d'exposer comment sa mutation nous fait passer d'une logique de conservation à une logique de formation en milieu scolaire.
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EVOLUTIONS DE LA DOCUMENTATION
Naissance d'une discipline scolaire

Collection Mouvement

des savoirs

dirigée par Bernard Andrieu

L'enjeu de la collection est de décrire la mobilité des Savoirs entre des sciences exactes et des sciences humaines. Cette sorte de mobilogie épistémologique privilégie plus particulièrement les déplacements de disciplines originelles vers de nouvelles disciplines. L'effet de ce déplacement produit de nouvelles synthèses. Au déplacement des savoirs correspond une nouvelle description. Mais le thème de cette révolution épistémologique présente aussi l'avantage de décrire à la fois la continuité et la discontinuité des savoirs: un modèle scientifique n'est ni fixé à l'intérieur de la science qui l'a constitué, ni définitivement fixé dans 1'histoire des modèles, ni sans modifications par rapport aux effets des modèles par rapport aux autres disciplines ( comme la réception critique, ou encore la concurrence des modèles). La révolution épistémologique a instauré une dynamique des saVOIrs. La collection accueille des travaus d' histoire des idées et des sciences présentant les modes de communication et de constitution des savoirs innovants.
Herbert Bernard Bernard Suzanne 2002. FEIGL, Le « Mental» et le « Physique », 2002. ANDRIEU, L'interprétation des gènes, 2002. BARSOTTI, Bachelard critique de Husserl, 2002. Sainte-Anne DARGASSIES, Recherches néonatales,

1941-1986,

Muriel Frisch EVOLUTIONS DE LA DOCUMENTATION
Naissance d'une discipline scolaire
Préface de Jean-Pierre Astolfi

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4034-0

Sommaire Préface du Professeur Jean-Pierre Astolfi. Introduction p. 13-14. Chapitre I: p. 15-30.

p.7-11

Instauration d'une pratique sociale de référence de gestion L'origine de la documentation. Démocratisation et émancipation liées à l'encyclopédisme du siècle des lumières. Evolution des pratiques de conservation vers des pratiques de gestion qui fondent la bibliothéconomie comme discipline originelle

Chapitre II : p. 31-38
Mutation d'une "documentation archive, stockage, gestion" en science de référence Evolution de l'ancienne bibliothéconomie en bibliographie. Elargissement du concept de bibliographie. Naissance d'un champ scientifique de référence: la bibliologie puis la documentologie.

Chapitre III : p. 39-53
Constitution du concept de documentation et des pratiques documentaires Apparition et signification de la terminologie "documentation". Les années 30 et ses réels débuts. Un ensemble de pratiques professionnelles en constante évolution. Rupture épistémologique et caractérisation de la nature du déplacement.

Chapitre IV : p. 55-95
La documentation aujourd'hui Un ensemble de concepts "phares". La question des disciplines de référence. Naissance d'une documentation scolaire. Missions du documentaliste d'établissement et pratique d'une "GestionPédagogique". Didactisation de la documentation: de nouveaux savoirs à l'école.

Conclusion: p. 97-99 Bibliographie: p.l0l-l07

PRÉFACE
Faire de la documentation une discipline scolaire à part entière est encore aujourd'hui un enjeu, auquel contribuent les travaux de Muriel Frisch, issus de sa thèse et relatés dans cet ouvrage. Certes, les éléments de reconnaissance institutionnelle sont déjà nombreux, au premier rang desquels le recrutement des enseignantsdocumentalistes par un Capes. Pourtant, un doute subsiste socialement, que l'on peut exprimer par les questions suivantes. Au vrai, la documentation ouvre-t-elle réellement à une émancipation intellectuelle, ou ne développe-t-elle utilement que des techniques de repérage et d'organisation? Le documentaliste intervient-il comme un véritable enseignant, ou n'est-il qu'un professionnel du conseil méthodologique et de la relation d'aide individuelle? Son domaine relève-t-il d'un champ de savoirs identifiables, ou se limite-t-il à un champ de pratiques sociales intégrées à la vie scolaire? En remontant aux sources historiques de la documentation et en nous faisant parcourir les étapes de son émergence, cet ouvrage vient en rupture avec bien des idées reçues et introduit une problématique dynamique et stimulante. Méthodologie technique ou émancipation intellectuelle? De façon évidente, l'origine de la documentation est gestionnaire. Depuis l'Antiquité et dans les différentes civilisations, les centres successifs du pouvoir ont stocké des manuscrits, à l'égal d'autres biens, comme les bijoux précieux et les œuvres d'art. Les richesses symboliques et spirituelles s'ajoutent aux richesses matérielles pour servir d'emblème fort. Pouvoir et Savoir ont toujours eu partie liée de façon intime. Dès l'origine, quelque chose de transcendant et sacré se joue autour du Livre, comme l'a rappelé la Bibliothèque nationale de France avec son exposition inaugurale: Tous les savoirs du monde.

Mais la conservation des documents, par sa vocation même à l'intégralité et à l'universalité, va plus loin que la simple compilation. D'abord parce que la thésaurisation même oblige à mettre au point des outils " bibliothéconomiques" pour s'y retrouver, y accéder, établir des liens: catalogues, index, procédés de navigation. .. Mais les exigences gestionnaires se sont métamorphosées en voies privilégiées pour la formation. Les instruments documentaires ont peu à peu montré qu'ils permettaient un accès direct à l'information, un mode d'entrée personnalisé dans les savoirs pour ceux qui les consultent, court-circuitant ainsi l'intermède du magister. C'est sans doute pour cela que, constitutivement, les documentalistes se vivent comme une" avant-garde" et qu'ils ont partie liée avec les pédagogies actives et l' innovation. La conception cumulative d'un savoir protégé par ses prêtres (dont font peut-être partie les enseignants disciplinaires), fait place à l'éloge de l'autonomie intellectuelle et du travail indépendant. La documentation se trouve ici aux côtés de la muséologie qui vit des évolutions comparables, comme le montre le succès de la Grande galerie de l'évolution du Muséum. Le document d'un côté, l'objet scientifique de l'autre apparaissent comme pouvant être à eux-mêmes leur propre pédagogie. On comprend ainsi que le projet des Lumières, avec son Encyclopédie disponible pour tous, ait fait de l'accès à la connaissance la clé de l'émancipation populaire. Par une sorte de renversement des instruments du pouvoir, la documentation a dès lors partie liée avec la démocratie.

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Enseignement ou conseil méthodologique? La fonction traditionnelle du bibliothécairedocumentaliste consiste évidemment à aider celui qui recherche un ouvrage, un document, une information, et il arrive souvent même qu'il se substitue à lui dans la recherche. Les traces de cette posture sont présentes dans le quotidien des CD!, les journées pouvant fort bien se passer dans une relation individuelle étouffante avec les élèves, et dans une relation subordonnée aux autres professeurs, qui réduisent le documentaliste à un prestataire de services au service de " leur" discipline. Difficile, dans ces conditions, d'envisager ce dernier comme un enseignant à part entière. Pourtant, il n'est nulle part écrit que le mot enseigner doive être réservé à la pratique d'un modèle transmissif et frontal, face à la classe. C'est là qu'on retrouve la question d'un modèle pédagogique alternatif, promu par la documentation. Car le fonctionnement de la langue française est sur ce point bizarre. En espagnol par exemple, on dira facilement au nouvel arrivant au sein d'une entreprise ou d'un service, qu'on va lui " enseigner" le fonctionnement de la maison... ce qui ne signifie pas qu'on va immédiatement lui infliger un cours formel. De ce point de vue, il est compréhensible mais assez regrettable que les défenseurs de pédagogies alternatives se soient démarqués de l'usage du mot enseignant (à cause de telles connotations traditionnelles), pour lui préférer celui de médiateur. Si l'on admet qu'il y a bel et bien enseignement dès qu'il y a intention d'instruire - et ce quels qu'en soient les dispositifs et les modalités -, alors le documentaliste peut être reconnu comme un enseignant.

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Champ de pratiques ou champ de savoirs? Dès lors qu'on accepte que le documentaliste soit un enseignant, se pose inévitablement la question de ses contenus d'enseignement. Nul doute qu'en tant que pratique sociale autonome, la documentation ne soit pas d'abord orientée vers des apprentissages (sinon de façon incidente), puisque son objet s'éteint en général avec l'obtention de l'information recherchée. Mais dès lors qu'elle fonctionne comme une référence sociale pour l'école, la question se pose de ce qu'elle permet d'apprendre. La tentation est alors grande d'opposer au caractère conceptuel des disciplines académiques le caractère méthodologique d'une documentation émancipatrice. Mais cela vient buter sur une double difficulté, épistémologique et psychologique. Difficulté épistémologique, puisque chaque discipline construit son objet dans un domaine bien délimité et avec les concepts qui lui sont propres. La question se pose alors des limites du domaine de la documentation - ou plutôt de l'absence de limites - qui couvre par principe la totalité du champ de la connaissance. Difficulté psychologique aussi, dès lors que sont aujourd'hui mises en doute l'existence de compétences transversales, et qu'est pointé le caractère très aléatoire du transfert des apprentissages. On croit souvent s'en sortir par l'usage d'expressions toutes faites, plates et mal conceptualisées, non exemptes d'ailleurs
d'idéologie,

Happrendre à apprendre ", etc. Ou bien alors on met en avant une dimension interdisciplinaire, qui cherche à esquiver les incontournables spécialisations, avec le risque de réveiller la nostalgie d'un savoir réunifié face aux chapelles, de restaurer le mythe d'une" tunique sans couture" de la connaissance.

telles que

H savoir-faire

",

H savoir-être

",

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