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Grandir et apprendre en langue des signes

De
190 pages
Il est nécessaire pour l'enfant sourd de bénéficier d'un environnement bilingue serein. Voici un espace de réflexion sur l'usage de la langue des signes dans l'éducation et l'enseignement. Quels effets produit l'usage de la langue des signes au quotidien dans la famille, à l'école ou en établissement spécialisé ? Quels moyens, quelles méthodes, quels supports et outils sont utilisés ? Quels obstacles persistent, quelles questions restent en suspens ?
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G R A N D i R ET A p p R E N D R E CONTACTS
E N l A N G U E D E S S i G N E S
Oui, mais comment ? SOURDS-ENTENDANTS
La Langue des signes française occupe actuellement le devant de la
scène dans les débats éducatifs et pédagogiques relatifs à l’enfant sourd. GRANDi R ET App RENDRE
Serait-ce un simple effet de mode, lié à cette fascination, qu’éprouve
l’entendant à contempler un langage, inscrit au plus profond de lui, perdu, EN lANGUE DES Si GNES
enfoui à jamais, retrouvé chez certains ? S’agit-il d’un effet de balancier qui
amènerait inexorablement les systèmes d’un extrême à l’autre ? Il semble Oui, mais comment ?
au contraire que ce soit bien un juste retour à l’équilibre. Certes le chantier,
pour avoir été longtemps laissé en friche, est si vaste à explorer, à défricher
et ensemencer, qu’il apparaît à la fois chronophage, énergivore et onéreux,
mais aussi passionnant et prioritaire.
Après le temps de la revendication légitime, le temps de la reconnaissance
et celui de la reconstruction du paysage de l’éducation des enfants sourds,
vient déjà le temps des premières vendanges, où l’on triera peut-être le bon
grain de l’ivraie.
Convaincu, dès sa création en 1981, de la nécessité pour l’enfant sourd
de bénéfcier d’un environnement bilingue serein, où il puisse s’épanouir
sans tension, le GERS souhaite ouvrir un espace de réfexion sur l’usage
de la langue des signes dans l’éducation et l’enseignement, qui fasse le
point sur les avancées pratiques induites par l’évolution du cadre législatif
et institutionnel.
Quels effets produit l’usage de la langue des signes au quotidien dans
la famille, à l’école ou en établissement spécialisé ? Quels moyens, quelles
méthodes, quels supports et outils sont utilisés? Quels obstacles persistent,
quelles questions restent en suspens ?
Contributions de Véronique Allier, Delphine Cantin, Patrice Dalle, Séverine
Dechaud-Jô, Virginie Denis-Lanfranchi, Chantal Dupont, Elisabeth-Francisco
Gaila, Béatrice Gautier, Aurélie Gono, Annette Gorouben, Mélanie Hamm,
Denis Lefèvre, Marie Perini et Anne Vanbrugghe.
ISBN : 978-2-296-56476-3
18 e
Grandir et apprendre en lSF
CONTACTS






























© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56476-3
EAN : 9782296564763
GRANDIR ET APPRENDRE
EN LANGUE DES SIGNES
Oui, mais comment ?GERS
Anne Vanbrugghe
34, boulevard de Pésaro, 92 000 Nanterre
www.gers-biling.net
Le bilinguisme, aujourd’hui et demain
Comment, pourquoi le bilinguisme précoce ? Bilinguisme et implants
cochléaires, qu’en est-il ?
Novembre 2003 - 17 €
Le bilinguisme : bien lire, aimer lire
Comment utiliser fructueusement la connaissance de la LSF pour entrer
dans l’écrit ?
Novembre 2004 - 15 €
N° 1 - Relations Sourds-Entendants dans les équipes
Que se passe-t-il dans les équipes sourds-entendants ? Parents,
professionnels sourds et entendants, quels points de vue ?
Novembre 2005 - 18 €
N° 2 - Être biculturel : le cas des sourds
Être biculturel est fréquent chez les entendants. Qu’en est-il des personnes
sourdes ? Vivre sa surdité en étant biculturel, bilingue, sans complexe,
pour une meilleure qualité de vie...
Mars 2007 - 15 €
N° 3 - Le jeune enfant sourd. Consensus et controverses
Le monde change, les lois aussi. Sommes-nous tous d’accord avec les
nouvelles orientations ?
Mars 2008 - 17 €
N° 4 - L’adolescent sourd - son parcours et ses questions
Mai 2009 - 16 €
N° 5 - Devenir parents d’enfants sourds aujourd’hui
Janvier 2010 - 13,50 €Actes
Journée d’étude du 29 janvier 2011
GRANDIR ET APPRENDRE
EN LANGUE DES SIGNES
Oui, mais comment ?CONTACTS
SOURDS-ENTENDANTS
N° 6 Juillet 2011
La revue Contacts Sourds-Entendants a été fondée par le GERS
en 2005 pour être un lieu de diffusion des idées échangées entre
Sourds et Entendants ; également pour promouvoir une éduca-
tion des Sourds conforme à leurs besoins identitaires, avec le
souci constant de leur donner le maximum de chances tant sur
le plan culturel que sur celui de leur épanouissement personnel.
Le « bilinguisme », français oral / écrit et langue des signes, en
est la pierre angulaire.
Tout comme l’accès à la lecture, et à l’oralisation quand cela
est possible, le droit de l’enfant sourd à la langue des signes
doit être respecté. Cette langue témoigne du génie humain, de
sa capacité à générer une langue gestuelle riche et complexe.
Pour de nombreux Sourds profonds et sévères, elle représente
un besoin vital.
Nous souhaitons aborder ici tout ce qui peut intéresser la
surdité des enfants et des adultes, dans un large esprit
d’ouverture.
Les propositions de textes sont les bienvenues ; un document
rassemblant les normes de présentation est à la disposition des
auteurs.
Directrice de la publication : Anne Vanbrugghe
Directrice adjointe : Annette Gorouben
Dessin de couverture : Laure Cadars (laurecadars.com)
Dessins : Pascal Finjean (contrefish.com)
Infographie : Marc et Martine Renard (Éditions du Fox)
GERS : 24, boulevard de Pésaro, 92 000 Nanterre (gers-biling.net)Sommaire
Introduction
Anne Vanbrugghe ..................................................................... 11
Portrait de famille sourde : la langue des signes en héritage
Delphine Cantin ........................................................................ 15
L’accueil en crèche d’enfants et de parents sourds
Véronique Allier et Chantal Dupont ......................................... 23
Entrer dans la langue française sans la parler
Béatrice Gautier ........................................................................ 31
Historique d’un projet bilingue
à l’Institut des jeunes sourds de Bourg-en-Bresse
Denis Lefèvre ........................................................................... 57
Un exemple de travail au collège
sur la linguistique de la LSF
Élisabeth Francisco Gaiola ....................................................... 71
Technologies de l’information et de la communication
au service de la LSF
Patrice Dalle ............................................................................. 89
L’orthophonie dans un cadre bilingue
Séverine Dechaud-Jô .............................................................. 111
Grandir et se construire avec la LSF
Virginie Denis-Lanfranchi ...................................................... 133
Grandir et apprendre selon ses besoins
Dialogue de sourds et dialectique des méthodes
Anne Vanbrugghe ................................................................... 145
La grande oubliée
Mélanie Hamm ....................................................................... 163
Clin d’ œil sur le progrès
Annette Gorouben ................................................................... 171
Hommage à ...et publications de Cyril Courtin
Anne Vanbrugghe et Aurélie Gono............................................ 181Dessin de Pascal Finjean
pour le colloque du GERS du 22 novembre 2008À Cyril Courtin,
chercheur sourd en psychologie cognitive,
qui nous a quittés le 25 décembre 2010,
pour sa droiture, son honnêteté et ses travaux
résumés dans une bibliographie en fin de revueCONTACTS - N° 6 - Grandir et apprendre en LSF. Oui, mais comment ?
Comité de lecture
Anne Vanbrugghe
Professeur-formateur, présidente du GERS
Annette Gorouben
Orthophoniste, ex-présidente du GERS
rD Jean-Claude Gorouben
Pédiatre, ancien Interne des Hôpitaux de Paris
Ex-chef de Clinique
Hélène Hugounenq
Doctorante en ethnologie
rD Élisabeth Zucman
Médecin de rééducation fonctionnelle,
Présidente honoraire du GPF
Remerciements
La traduction, en langue des signes française (LSF), des conférences
de la journée du 29 janvier 2011 a été assurée par les interprètes
du SILS (Service d’interprètes en langue des signes), la vélotypie par RISP
Chaleureux remerciements à Marc et Martine Renard pour leur aide précieuse
et amicale pour la mise en page de cette revue depuis 2005
10Anne Vanbrugghe
Professeur formateur
Présidente du GERS
Introduction
Grandir et apprendre en LSF
Oui, mais comment ?CONTACTS - N° 6 - Grandir et apprendre en LSF. Oui, mais comment ?
n choisissant cet intitulé, en forme de clin d’œil à
1EPhilippe Mérieu pour notre journée d’étude, nous
souhaitions souligner qu’après un long chemin vers la
reconnaissance de la langue des signes en éducation, le temps était venu
d’explorer davantage les modalités pédagogiques et
didactiques, les outils et les conditions permettant à un enfant et sa
famille ayant fait le choix de la langue des signes, de grandir
et d’apprendre dans les meilleures conditions. Nous
suggérons, comme lui, que l’apprentissage et le développement
harmonieux d’un enfant ne sont pas une entreprise aussi simple
qu’on voudrait se le faire croire, en élaborant en guise de
méthode, un ensemble de principes sous forme de « y’a qu’à, faut
que » et qu’il ne suffira pas de quelques cerveaux bien faits, ni
d’une journée pour en venir à bout.
Il ne s’agit plus essentiellement, depuis plusieurs années
déjà, de justifier le bien-fondé d’une éducation bilingue (LSF/
français) ou de légitimer la langue des signes, mais bien
d’aborder de façon très concrète les questions en suspens, de
décrire et analyser les dispositifs bilingues en place. Il nous
apparaît rassurant de voir que le bilinguisme appelé de ses
vœux par le GERS depuis une trentaine d’années, peut
désormais se consacrer essentiellement à des problématiques
1. Philippe Mérieu, Apprendre, oui, mais comment ?ESF 1987. Rééd.2009
12Introduction - Anne Vanbrugghe
ordinaires de mise en œuvre des dispositifs d’accueil, de
scolarisation, ou d’apprentissage. Certes, les disciplines telles que
l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie ou la
linguistique continuent d’explorer utilement la boîte de
Pandore, rouverte après un sommeil forcé, mais l’heure est
désormais aussi aux recherches en didactique et aux échanges de
pratiques. L’attente est forte et le chantier immense.
Nous ne pensons pas que la connaissance du réel et la quête
de vérités, particulièrement dans le domaine des sciences
humaines, passent exclusivement par les voies académiques. Le
champ de l’éducation en est une bonne illustration : il grouille
de « petits chercheurs » du quotidien, impliqués dans l’action,
mais plus souvent, qu’on ne croit, capables de rigueur, de
distanciation et surtout de l’inventivité nécessaire au progrès de la
connaissance. Par leurs observations et leurs questionnements
réguliers, par leurs essais, erreurs et ajustements incessants, un
parent, un enseignant, un orthophoniste ou un éducateur peut
apporter une idée, un regard, une analyse susceptible de faire
avancer la compréhension des phénomènes à l’œuvre en
éducation. Leur implication souvent décriée, jugée trop affective
et sujette à caution sur le plan scientifique, n’est parfois pas
moindre que celle d’un chercheur marqué par un rapport tout
aussi subjectif à son objet de recherche. L’association GERS
revendique cette complémentarité sans hiérarchisation entre
des recherches dites fondamentales, d’autres empiriques, voire
finalisées et celles de chercheurs non pas du dimanche, mais
bien du quotidien. Chaque regard particulier mérite d’être
entendu pour ce qu’il est, les intervenants de nos journées d’étude
ne reflètent ni l’ensemble de la diversité en matière de
bilinguisme, encore moins d’éducation des enfants sourds en
général, ni la ligne idéologique supposée unique de l’association,
mais simplement des possibles.
13CONTACTS - N° 6 - Grandir et apprendre en LSF. Oui, mais comment ?
Nous souhaitons que personne, y compris nous-mêmes, ne
s’exonère des questionnements ouverts et des remises en
questions indispensables à toute entreprise de libre pensée, honnête
et exigeante envers elle-même. Nous assumons, sans les
censurer les immanquables variations autour du bilinguisme, qui
témoignent non pas d’une cacophonie, mais bien plus d’une
polyphonie prenant en compte les personnes et les groupes
dans leur histoire et dans leurs particularités.
14Delphine Cantin
Enseignante de LSF
Petite-fille, fille et mère sourde de parents sourds
Portrait de famille sourde
La langue des signes
en héritageCONTACTS - N° 6 - Grandir et apprendre en LSF. Oui, mais comment ?
Résumé
1Cet article, écrit à partir d’une séquence filmée projetée
lors de la journée d’étude du GERS, témoigne de moments de
vie ordinaires d’une famille extraordinaire, puisqu’entièrement
sourde. À partir de ce document, l’auteur, Delphine Cantin,
elle-même sourde et membre de cette famille, montre, grâce
à quelques exemples commentés, comment la LSF transmise
depuis plusieurs générations porte en elle, un rapport
particulier à la langue vocale et à la langue des signes, qui fait écho à
l’histoire de la reconnaissance de la LSF en France.
Mots clés : sourds, famille, LSF.
1. Réécriture par Anne Vanbrugghe à partir d’extraits de films visionnés
lors de la journée d’étude du GERS et du commentaire qui en a été fait.
16Portrait de famille sourde - Delphine Cantin
randir et apprendre en langue des signes paraît une Gévidence, dès lors qu’on naît d’une famille sourde
depuis quatre générations. La langue constitue alors un héritage
familial qui prend tout son sens quand on sait l’oppression
qu’a connue la langue des signes en France, depuis la fin du
dix-neuvième siècle.
À travers quarante années d’extraits de films, c’est une
langue familiale que l’on découvre, empreinte de connivence,
avec ses codes propres, mais aussi une langue marquée par un
contexte sociohistorique particulier où l’interdiction plus ou
moins implicite pèse encore. Pour autant, en dépit de tant de
particularités, ce qui frappe le plus c’est la plus grande banalité
d’une famille qui vit comme toute autre et où la langue porte
en elle à la fois contrainte et liberté.
La séquence commence avec un homme, né en 1904, une
2vingtaine années après l’interdiction de la langue des signes , il
est déjà d’un certain âge, sur les films vieillis des années soixante,
il était élève de l’institut Gustave Baguer d’Asnières, où il a
2. 1880 est l’année du congrès de Milan qui a marqué l’histoire des sourds
en France et dans une partie de l’Europe, par ses positions contre la langue
des signes et en faveur de l’oralisme. Ce congrès semble sceller
définitivement l’interdiction de l’usage des signes dans l’éducation.
17CONTACTS - N° 6 - Grandir et apprendre en LSF. Oui, mais comment ?
vécu le déclin de la langue des signes. Ses enfants, sourds eux
aussi, ont vécu dans les années soixante-dix la montée en
puissance de l’orthophonie n’est que trente ans plus tard, dans les
années 2000, que tout semble bien loin pour sa descendance,
avec son arrière-petit-fils sourd, né à une période où la
langue des signes est désormais reconnue. Nous allons balayer ces
trois périodes successives.
NE PAS SIGNER EN PUBLIC
À l’issue d’un Noël en famille dans les années 1960, des
parents, leurs enfants et petits-enfants prennent congés, ils se
font la bise, rien de plus français : l’image d’une famille
française ordinaire. Pourtant on perçoit quelques signes esquissés
furtivement, dans un espace restreint, comme pour se cacher
encore d’un regard réprobateur. Et ce départ avec des au revoir
typiquement sourds, qui durent et n’en finissent plus : on se fait
une bise, on signe dix minutes, on se refait une bise, et on signe
à nouveau et puis ça continue dans le couloir et encore sur le
pas de la porte…
Une petite fille pleure, et son grand-oncle qui lui dit : « Eh
bien oui, c’est comme ça, il faut partir, on se reverra une
prochaine fois ! »
Dans ces moments-là, il fallait bien une langue pour
expliquer aux enfants les chagrins, les joies et les peines, les attentes
impatientes. Pour les enfants sourds privés de langue, on
n’expliquait pas.
C’est l’été, sans doute un dimanche, lors d’un pique-nique
tout ce qu’il y a de plus ordinaire en famille, sourde. Un
moment pourtant rare, à cette époque où les sourds ne signaient
pas dans la rue, et là sur les bords d’une rivière désertée,
personne aux alentours, aucun entendant en vue, chacun peut
signer en toute liberté. Les enfants regardent les adultes signer,
ils sont imprégnés de la langue des signes de façon naturelle et
fluide, il ne s’agit pas d’une langue imposée, mais au contraire
18