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Guide du professeur des écoles stagiaire

De
270 pages
Toute formation est en soi déstabilisante parce qu'il s'agit, en cours de formation, pour autant que la formation soit sérieuse, de provoquer des transformations identitaires profondes et que toute transformation identitaire est vécue douloureusement. Des stagiaires ont décidé en commun d'écrire leurs inquiétudes, leurs attentes, leurs difficultés avec d'autre futurs professeurs des écoles stagiaires.
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Guide du professeur

des écoles stagiaire
à l'IUFM
et Regards sur les formations d'enseignants à l'étranger

~ L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.iibrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04259-9 EAN : 9782296042599

Sous la direction de

Nadine Baudin Sonia Briançon Mathilde Mohamed

Guide du professeur

des écoles stagiaire
à l'IUFM
et

Regards sur les formations d'enseignants à l'étranger

Ouvrage collectif du groupe PE2 8 (2006-2007) IUFM Versailles Centre de Cergy

L'Harmattan

Collection Éducation comparée dirigée par Dominique Groux La collection Education comparée est destinée aux enseignants et futurs enseignants, aux formateurs et aux parents d'élèves, aux chercheurs et décideurs. Elle veut montrer l'utilité et les bénéfices que l'on peut attendre de la démarche comparative dans le domaine éducatif et la nécessité absolue de mettre en place des échanges au niveau des écoles, des collèges, des lycées et des universités.

Déjà parus
Dominique Groux, Louis Porcher, Les échanges éducatifs, 2000. Dominique Groux, Nicole Tutiaux-Guillon (dir.), Les échanges internationaux et la comparaison en éducation, pratiques et enjeux, 2000. Azzedine Si Moussa, Internet à l'école, 2000. Louis Porcher, Violette Faro-Hanoun, Les politiques linguistiques, 2000. Soledad Perez, Olivia Strobel, Education et travail: divorce ou entente cordiale? 2001. Richard Etienne, Dominique Groux (dir.), Echanges éducatifs internationaux, difficultés et réussites, 2002. Dominique Groux (dir.), Pour une éducation à l'altérité, 2002. Dominique Groux (dir.), Soledad Perez, Louis Porcher, Val D. Rust, Noritomo Tasaki, Dictionnaire d'éducation comparée, 2003. Dominique Groux, Henri Holec (dir.), Une identité plurielle. Mélanges offerts à Louis Porcher, 2003. Denis Poizat, L'éducation nonformelle, 2003. Philippe Masson, Pour uneformation des enseignants à l'Europe, 2004. Véronique Pugibet, Seformer à l'altérité par le voyage dès l'école, 2005. Dominique Virna (dir.), L'Europe: objet d'enseignement?, 2005. Régis Malet, Estelle Brisard (dir.), Modernisation de l'école et contextes culturels, Des politiques aux pratiques en France et en Grande-Bretagne, 2005. Dominique Groux, Jürgen Helmchen, Elisabeth Flitner, (dir.) L'école comparée. Regards croisés franco-allemands, 2006. Dominique Groux, Anne Baillot (dir.), La revue française d'éducation comparée -Raisons, comparaisons, éducations, Langue, littérature, culture à l'épreuve de l'autre, nOI, mars 2007.

SOMMAIRE
Préface (parDominique Groux) Introduction. ère 1 partie: L'IUFM : historique, présentation.. De la création des Ecoles normalesprimaires aux IUFM Les Ecoles normalesprimaires La création des IUFM Quel est le statut des IUFM aujourd'hui? , ., ,.,. Il 15 17 19 20 24 27

Q u apporte l mtegratIOn des IUFM a l ,'UnIversIte.? ............. 30 ' Une identité IUFM ? 33 Les IUFM permettent-ils de former des enseignants compétents? 35 L'IUFM de Versailles. Le Centre de Cergy 36 Laformation initiale des professeurs des écoles 38 L 'IUFM: recherche et ouverture sur le monde 39

2èmepartie: professeurs

Regards croisés sur la formation des écoles: les attentes

des 41
43 43 43 44 44 47 51 51 55 58 59 60 62 62

Le point de vue des professeurs stagiaires Les stagiaires du groupe PE2 8 Quelques chiffres Présentation des stagiaires Les stagiaires avant le concours Le concours et sa préparation Les stagiaires et leur formation Les attentes .,. Premier bilan L 'IUFM, les cours et le groupe Lefonctionnement des cours à l'IUFM Les partenaires rencontrés durant laformation Le déroulement des rencontres - Les rencontres organisées à l'IUFM 7

- Les rencontres
Conclusion.

organisées sur le terrain Ces rencontres sont-elles adaptées...

63

- aux besoins futurs

- aux besoins immédiatsdes stagiaires de PE2

65

des PE2 lorsqu'ils seront enseignants. 65 66 69 69 70 70 71 72 73 74 74 77 77 77 77 78 80 80 81 82 82 82 83 84 85

Le point de vue des formateurs sur l'année de PE2 Le passé professionnel des formatrices Les attentes par rapport à la formation; théorie et pratique. Sur la matière enseignée Sur les différents stages Sur les validations Pour conclure sur la formation Les attentes par rapport aux stagiaires PE 2 Les relations formateurs - PE 2 Les points de vue extérieurs sur les IUFM Introduction , Connaissez-vous la signification du sigle IUFM 7 Connaissez-vous un IUFM 7 Qui forme-t-on à l'IUFM 7 Pendant combien de temps 7 Quels sont les enjeux d'une formation à l'IUFM 7 Voyez-vous une utilité à la formation à l'IUFM 7 Comment pensez-vous que les futurs enseignants sont formés 7 Pensez-vous qu'il y a un réel travail à fournir. .. Pendant laformation? Quand on est enseignant? Que pensez-vous de la formation dispensée 7 Quels changements pourraient être effectués 7 Analyse critique Conclusion '" ......

8

3èmepartie: véc u

Les réalités de la formation

et son 87
89 91 98

Le plan de formation Comparaison des formations dans différents IUFM Les sta ges

Le stage filé 100 Le stagefilé mis en cause 101 Témoignagesde stagiaires 101 Le stagefilé in situ 104 Le point de vue des élèves sur les stages 109 Le stage de pratique accompagnéeou stage d'observation 111 Deux stages en responsabilitégroupés 111
L'évaluation et la validation L'évaluation des stages en responsabilité L'évaluation du mémoire professionneL L'évaluation des enseignements La validation générale La peur de la non-validation 115 115 116 118 119 120

4èmepartie: Regards sur les formations d' enseignan ts à l'étranger Les formations d'enseignants Présentation de différents systèmeséducatifs La formationdesenseignants u premierdegréen Espagne d

123 125 126 129

La formation des enseignants du premier degré en Angleterre ...132 La formation des enseignants du premier degré en Allemagne.. 135 La formation des enseignants du premier degré en Suède 141 La formation des enseignants du premier degré en Tunisie 143 Conclusion 149 Quelques grandes tendances en Europe (par Olivier Rey)... 151 Mesures formelles et pratiques réelles: un débat international (par Olivier Rey) 175

9

Sèmepartie: Bilan et propositions, essai d'analyse de la formation à l'IUFM
Le bilan de notre formation à l'IUFM Articulation théorie/pratique Avons-nous eu des réponses à nos attentes de début d'année? Contradictions et incohérences de laformation Propositions de remédiation La répartition horaire Les stages. Les formateurs Les contenus disciplinaires Les validations Bilan de formation: trois points de vue Conclusion. Evaluation différée Les résultats de l'évaluation/la validation Les affectations

179
181 181 182 182 184 184 185 186 186 187 188 197 197 199 200

Annexes

...

......

...

203
250 251 255

Les sites web utiles au professeur des écoles Les adresses utiles au professeur des écoles Pour nous joindre

Bibliographie...
Postface (par Jean-PierrePérol)

......

257
261

10

Préface
Il me faut d'abord dire un mot de la genèse du Guide du professeur stagiaire à l'IUFM et regards sur la formation d'enseignants à l'étranger. L'idée de cet ouvrage est née en septembre 2006, peu après la reprise des cours à l'IUFM de Versailles, au centre de Cergy plus exactement. J'étais chargée de l'enseignement de formation générale pour un groupe de professeurs stagiaires de 2ème année, le groupe PE2 8, et je devais assurer, de plus, la coordination pédagogique de ce groupe. Avec la mise en place au débotté du stage filé à la rentrée 2006, les stagiaires se sont très vite sentis insécurisés. Il est vrai qu'il était très difficile pour les formateurs de leur donner des informations rassurantes et définitives, pour la bonne raison que les formateurs eux-mêmes devaient aller à la pêche aux informations auprès de l'administration de l'IUFM qui elle-même s'informait dans le même temps auprès de l'inspection académique qui essayait de colmater les brèches après avoir enregistré les dégâts collatéraux. Bref, le remplacement des directeurs par des stagiaires, inexpérimentés par définition, en ce début d'année scolaire 20062007, avant même qu'un seul cours n'ait eu lieu à l'IUFM, ne s'est pas fait sans mal, comme on pourra le découvrir à la lecture des témoignages de stagiaires. Il était donc difficile, voire impossible, dans ces conditions, de ne pas entendre les stagiaires et de ne pas prendre en compte leurs inquiétudes et leurs interrogations sur le métier auquel ils se destinaient, puisqu'elles allaient souvent jusqu'à des remises en cause du choix qu'ils avaient opéré en se présentant au concours de recrutement des professeurs des écoles J'année précédente. Les deux premières séances du cours de formation générale ont donc été consacrées à la formation des enseignants, aux enjeux de cette formation, à ce que l'on pouvait en attendre, à ce qui était proposé ailleurs, dans d'autres pays. Il fallait s'interroger, pour paraphraser La Borderie ou Perrenoud, sur le «métier de 11

stagiaire », sur les attentes du stagiaire, sur les frustrations que cette formation ne manquerait pas de faire naître. Il fallait réfléchir au fait qu'un stagiaire, par définition, ne sait pas ce dont il a besoin pour sa formation, que le formateur dont c'est le métier sait certainement mieux que lui ce qu'il faut faire pour développer les compétences qui feront de lui un enseignant responsable, exigeant, curieux et généreux. Développer chez un futur professeur des écoles la soif de connaissances, lui donner l'envie de partager ses savoirs avec ses élèves, de développer leur curiosité, d'en faire des humains dignes, cultivés, ouverts et responsables, c'est là le défi majeur d'une véritable formation d'enseignants. La lettre de Camus à son instituteur I est une magnifique illustration de ce propos et les paroles simples de remerciement adressées au maître ont une charge émotionnelle forte qui ne peut laisser indifférent aucun apprenti professeur. Il fallait faire comprendre aux stagiaires que toute formation est en soi déstabilisante parce qu'il s'agit, en cours de formation, pour autant que la formation soit sérieuse, de provoquer des transformations identitaires profondes et que toute transformation identitaire est vécue douloureusement. En revêtant l'identité professionnelle de l'enseignant, ce sont les vêtements du «vieil homme» qu'il faut laisser sur le chemin et se confectionner peu à peu, et le mieux possible, d'autres vêtements. L'ouvrage qui est présenté ici traduit ce cheminement difficile, parfois douloureux, mais réellement formateur, des stagiaires du groupe PE2 8 qui ont décidé en commun d'écrire leurs inquiétudes, leurs attentes, leurs difficultés pour les partager avec d'autres, avec de futurs professeurs des écoles stagiaires, pour les accompagner au cours de cette année de formation et leur fournir quelques outils qui pourront les aider dans la quête parfois difficile d'une nouvelle identité professionnelle. Pour conclure, n'oublions jamais qu'une formation est constitutionnellement (essentiellement) paradoxale. Je ne retiendrai que deux exemples recueillis ici même dans les propos des
1

Voir annexe 1, p. 205.

12

stagiaires. C'est d'une part, la reconnaissance des compétences des formateurs exigeants dont on s'est plaint toute l'année. C'est d'autre part, la découverte des vertus formatrices du fameux stage filé qui a été si difficile à mettre en place et qui a donné lieu à tant de critiques de la part des stagiaires et même des formateurs... Dominique Groux Professeur des universités Université de Cergy Pontoise - IUFM de Versailles

13

INTRODUCTION Pourquoi cet ouvrage?

L'année de stage qui suit le concours présente des difficultés parfois inattendues. Cet ouvrage a pour objectif principal d'aider à lever ces difficultés à l'aide d'une présentation critique de la formation dispensée par l'IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) et de donner une vision réaliste de la formation dispensée en deuxième année d'IUFM, selon le point de vue des différentes populations qui s'y croisent, à savoir les formateurs, les intervenants extérieurs, et les professeurs des écoles stagiaires (appelés aussi PE 2 : Professeurs des Ecoles de 2ème année). Le second objectif de l'ouvrage est d'offrir aux lecteurs les moyens d'une prise de recul par rapport au sujet traité, en présentant l'évolution de la formation des maîtres depuis le temps de l'école normale jusqu'à nos jours, les enjeux actuels et futurs de l'IUFM, et quelques formations d'enseignants du primaire dans différents pays européens. Sa lecture s'adresse donc aux futurs professeurs des écoles stagiaires afin qu'ils comprennent le fonctionnement de l'IUFM, qu'ils aient une vue d'ensemble de la formation et qu'ils assurent leur validation. L'ouvrage s'adresse également aux formateurs afin qu'ils se représentent mieux les attentes et les besoins de leurs étudiants. La lecture du livre s'organise ainsi: Dans la première partie, nous proposons un historique et une présentation des IUFM pour permettre au lecteur de mieux comprendre cette institution.

-

15

la deuxième partie, les attentes et les priorités des stagiaires au sujet de la formation sont mises en parallèle avec celles des formateurs et des intervenants extérieurs. - La troisième partie présente le vécu des stagiaires et le point de vue des formateurs à propos du travail réalisé à l'IUFM, des différents stages effectués pendant l'année et des formes d'évaluation utilisées pour valider la formation de l'enseignant. - La quatrième partie permet de découvrir d'autres systèmes de formation d'enseignants, à travers cinq pays différents. - La dernière partie propose de relever, sous la forme d'un bilan, les problèmes inhérents à la formation et de faire des propositions pour l'améliorer. Nous nous proposons, avant d'entrer dans la formation proprement dite, de présenter les IUFM et plus particulièrement l'IUFM de Versailles. Mais auparavant, il convient de faire un bref rappel historique.

- Dans

16

1ère PARTIE

L'IUFM : historique, présentation

L'IUFM : historique, présentation
De la création des Ecoles normales primaires aux IUFM2 Les premières interventions de l'État dans le domaine de l'éducation datent de la période de la restauration (au XIXème siècle), avec la création des premières Ecoles normales d'instituteurs. En effet, les Ecoles normales (une par département) ont, bien avant les IUFM, la charge de former les instituteurs. C'est la Monarchie de Juillet qui, avec la loi Guizot (du nom du ministre de l'Instruction publique, François Guizot) du 28 juin 1833, met en place une école dans chaque commune et une École normale dans chaque département pour former les instituteurs. Elle rend obligatoire le brevet de capacité pour les maîtres. Toutefois, l'enseignement n'est ni totalement gratuit ni obligatoire, ni laïque. Sous le second Empire, la loi Duruy impose aux communes de plus de 500 habitants, l'ouverture d'une école de filles. Sous la Inème République, l'enseignement primaire devient obligatoire jusqu'à 13 ans. Il est gratuit et laïque. En février 1879, Jules Ferry devient ministre de l'Instruction publique. Pendant son mandat, trois lois fondamentales pour l'école sont promulguées: - la loi du 9 août 1979 (dite loi Paul Bert), qui instaure l'obligation pour chaque département de créer une École normale d'instituteurs ou une École normale d'institutrices, la loi du 16 juin 1881, qui instaure la gratuité de l'école . publique,

-

2 Cette partie (de la p. 19 à la p. 24) est extraite, dans ses grandes lignes, de l'ouvrage de Gilles Laprévote, Les écoles normales en France /879/979, Presses universitaires de Lyon, 1984.

19

1882, qui établit l'obligation scolaire (de 6 à 13 ans) et supprime l'instruction religieuse (désormais remplacée par l'instruction morale et civique). Sous le gouvernement de Vichy, le baccalauréat est exigé pour les maîtres. A partir de 1990, les enseignants du primaire sont recrutés au niveau de la licence et les instituteurs deviennent des professeurs des écoles. Les Ecoles normales sont remplacées par les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres. Les Ecoles normales primaires Officialisée comme instance de formation des instituteurs par la loi Guizot (1833) et parvenant en 1881 à son état d'achèvement qui ne devait pas connaître de transformations majeures jusqu'en 1969, l'Ecole normale a été, en raison de sa stabilité, un élément marquant du système d'enseignement français. Premier trait caractéristique des Ecoles normales: elles recrutent des élèves jeunes, gardés pour un séjour prolongé au sein de l'école. En 1881 par exemple, les élèves-maîtres sont admis dès l'âge de quinze ans et leur scolarité dure trois ans. Celle-ci est orientée, à travers des études générales, vers un développement et un perfectionnement de la culture du maître (en 1881, les matières enseignées sont l'histoire, la géographie, la physique, la chimie, les sciences naturelles, la géométrie, le calcul algébrique, la littérature française, et les langues étrangères). L'enseignement à l'Ecole normale comporte également des disciplines ayant trait à la culture professionnelle de l'instituteur: celles qui touchent directement à la pédagogie (théorie de l'éducation, méthodologie, histoire de l'enseignement, législation, morale, instruction civique, 20

- la loi 28 mars

psychologie) mais aussi le dessin, l'écriture, le chant et la musique, et pour les garçons l'agriculture et l'horticulture. La réussite au concours inaugure alors pour les normaliens ou élèves-maîtres- une existence nouvelle et éloignée des conditions de vie très dures de leurs milieux d'origine. Cette vie est assimilée à un miracle républicain, qui doit être mérité et réactivé, car la menace d'exclusion va peser sur toute la scolarité normalienne. Cette menace a une dimension financière: « Tout élève qui quitte volontairement l'école ou en est exclu, (...) est tenu de restituer le prix de la pension dont il a joui» (Dictionnaire Ferdinand Buisson, Article «Frais de pension », édition électronique, INRP, dieo FB, www.inrp.fr). La réclusion à l'école normale introduit une rupture dans la vie des normaliens. Les élèves portent l'uniforme. Le règlement autorise quelques heures de sortie le jeudi et le dimanche sous la conduite d'un surveillant ou d'un chef de promenade qui doit déclarer l'itinéraire au directeur. Il y a des congés au nouvel an, à Pâques, à la Pentecôte, et pour sept semaines en été. Voici un exemple d'emploi du temps quotidien vers 1920 en Vendée: - réveil à 5 h. - étude jusqu'à 7 h. -7 h à 8 h : petit~déjeuner, récréation, entretien de l'école. - 8 h à 12 h : cours (quelques minutes de récréation à 10 h). - 12 h à 13 h : déjeuner et récréation. - 13 h à 16 h : cours.

-

16 h à 17 h : récréation

et gymnastique.

- 17 h à 19 h : étude. - 19 h à 20 h : repas et récréation. - 20 h à 21 h : étude. - coucher à 21 h.

21

Les deux premières années (et les trois premières années avant 1905) sont consacrées à l'approfondissement des connaissances demandées au brevet élémentaire. La fin de la seconde année est sanctionnée par le passage du brevet supérieur. Jusque là, les élèves-maîtres ont été tenus en haleine par des contrôles, des classements semestriels, et un arsenal de sanctions qui va jusqu'à l'exclusion. La troisième année contraste alors avec les années précédentes. Le texte de 1905 réserve la troisième année « à une certaine culture libre et désintéressée capable d'inspirer aux élèves le besoin de continuer à se développer intellectuellement lorsqu'ils auront quitté l'école ». Les élèves-maîtres sont orientés selon leurs appétences personnelles; il Y a peu de cours magistraux, mais des lectures et des études personnelles. C'est la conquête de l'autonomie intellectuelle, mais celle-ci n'est pas favorisée dans un univers clos, surveillé et chargé de dépendances. En effet, si les normaliens ont toutes les chances d'être bien instruits, et de développer ostensiblement leurs qualités morales, à cause de leurs études « normales », il est moins sûr qu'ils puissent prendre des initiatives individuelles, ou qu'ils possèdent le goût de la recherche ou de la création. La troisième année est sanctionnée par un « examen de fin d'études normales ». La préparation professionnelle des élèves-maîtres s'effectue dans les écoles d'application (ou écoles annexes si elles sont situées dans l'enceinte de l'école normale). Avant 1905, pendant les trois années de scolarité, les élèvesmaîtres y effectuent deux à trois passages tous les ans. Après 1905, les stages se placent en troisième année, chaque élève-maître effectue deux stages d'un mois, avec changement de cours chaque quinzaine. Une période de une à deux semaines supplémentaires est prévue pour les élèves-maîtres pour lesquels l'éducation professionnelle paraît insuffisante. 22

Pour affermir leur autorité, les élèves-maîtres sont également invités à la surveillance des études, et à la pratique des exposés oraux dès la première année. En 1920, les stages sont réintroduits dès la première année. En 1946, les trois premières années sont consacrées à la préparation du baccalauréat qui remplace alors le brevet supérieur. Une année de formation professionnelle leur fait suite, sanctionnée, à la fin de cette 4ème année, par un «certificat de fin d'études normales». La formation professionnelle se trouve fortement dévalorisée du fait que l'objectif central des études est devenu la préparation du baccalauréat. De plus, les professeurs qui, en 1946, sont chargés de la préparation au baccalauréat ne sont pas issus des circuits du pnmaue. Cette réforme pose de nouveaux problèmes dont l'évasion de l'Ecole normale, après l'obtention du baccalauréat, qui vise par exemple en 1968, 47% des élèves-maîtres de l'Ecole normale de Paris. De plus, ce sont les meilleurs éléments qui partent. Le malaise est né de la secondarisation des écoles normales, et de la perte de leur finalité professionnelle. Cette dernière est renforcée par le recrutement latéral et massif d'instituteurs entre 1950 et 1960. Ainsi, entre 1951 et 1964, l'Ecole normale a fourni 75 000 instituteurs (dont un sur six a pris une autre direction) et 97 500 ont été recrutés par voie de suppléance. La quatrième année, à l'exception des temps de stage (un par trimestre), apparaît alors comme une année de profonde régression, marquée par la paresse, la monotonie d'une vie

23

sans perspective, où l'internat et la claustration sont de plus en plus mal tolérés3. La décadence de l'institution est alors totale. A l'issue des événements de mai 1968, c'est l'ensemble de la scolarité qui est réorganisé par la circulaire du 18 octobre 1968 et celle du 6 juin 1969. Désormais, la préparation au baccalauréat n'est plus assurée par l'Ecole normale. Elle se consacre exclusivement à la formation professionnelle d'un nombre plus important d'élèves-maîtres externes (ce qui doit conduire à la suppression du recrutement latéral des instituteurs-remplaçants), et des instituteurs titulaires en stage. La formation comprend, en première année, un enseignement théorique (pédagogie générale, psychologie de l'enfant, pédagogie spéciale, anthropologie sociale, éducation physique, culture esthétique, langue vivante et une option) associé à quatre stages d'observations de quinze jours en maternelle, et dans les trois niveaux de l'élémentaire. La seconde année comporte également des stages: un stage de trois mois en situation, au cours duquel l'élève-maître est suivi par le directeur, les professeurs de l'école normale, les inspecteurs départementaux et leurs conseillers pédagogiques, et un second stage d'une durée d'un mois si possible à l'étranger. La création des IUFM Les IUFM ont été créés par la loi d'orientation l'éducation en 1989 (loi Jospin). sur

« L'article 17 de la loi d'orientation sur l'éducation (n089486 du 10 juillet 1989) peut être considéré comme l'acte de naissance officiel des IUFM »4 :
3

cf. Annie Emaux, annexe 2, pp. 206-207.

24

L'article 17 de cette loi indique: «Sera créé, dans chaque académie, à partir du 1er septembre 1990, un institut universitaire de formation des maîtres, rattaché à une ou plusieurs Universités de l'académie pour garantir la responsabilité institutionnelle de ces établissements d'enseignement supérieur [. ..]. Dans le cadre des orientations définies par l'État, ces instituts conduisent les actions de formation professionnelle initiale des personnels enseignants. Celles-ci comprennent des parties communes à l'ensemble des corps et des parties spécifiques en fonction des disciplines et des niveaux d'enseignement. Les instituts universitaires de formation des maîtres participent à la formation continue des personnels enseignants et à la recherche en éducation. Ils organisent des formations de préparation professionnelle en faveur des étudiants. » 5 Trois établissements voient le jour à la rentrée 1990 (Grenoble, Lille, Reims), avant que l'expérience ne soit généralisée à l'ensemble du territoire national dès la rentrée suivante (op.cil., p. 9). Le 1er août 1990 est publié le décret n090-680 créant le corps de professeur des écoles. La réforme des IUFM se poursuit selon la volonté des différents ministres de l'Education nationale:

-

le 27 février 2001, Jack Lang, ministre

de l'Education

nationale, annonce un « plan de rénovation des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) » qu'il juge "décalés" par rapport aux évolutions de la société: «inscription plus facile en IUFM pour les aspirants
Robert A. D. et Terrai H., Les IUFM et la formation des enseignants aujourd'hui, PUF, Paris, 2000. 5 Extrait de l'article 17 de la loi d'orientation sur l'éducation n089-486 du 10juillet 1989. 4

25

professeurs et harmonisation nationale des programmes des épreuves; formation continue des jeunes professeurs au cours des deux premières années d'exercice; limitation de l'accès aux postes de formateurs en IUFM aux seuls enseignants ayant eu une expérience récente dans l'enseignement. » 6 9 avril 2003, Luc Ferry, ministre de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche, assure une Communication en Conseil des ministres, sur la formation des enseignants et son plan de réforme des IUFM, dont les principaux contenus sont les suivants: « recentrer sur l'Université la formation théorique et la préparation des concours de recrutement, développer la logique de formation professionnelle en alternance en deuxième année d'IUFM et rallonger à deux ans le stage en responsabilité des futurs enseignants; enseignements en IUFM assurés par des enseignants chercheurs de l'Université et par des professeurs du premier et du second degré chargés de cours; relancer la formation continue (mastères professionnels) par les Universités et les écoles d'ingénieurs. » 7 La loi n02005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme, dite loi filIon, en créant un nouvel article dans le Code de l'Education (Art. 1. 625-1) réaffirme que « la formation des maîtres est assurée par les instituts universitaires de formation des maîtres. Ces instituts accueillent à cette fin des étudiants préparant les concours d'accès aux corps des personnels enseignants et les stagiaires admis à ces concours. La formation dispensée dans les
6

- Le

Extrait du dossier L'enseignement du premier degré (1989-2005) -

Chronologie: L'école contemporaine. Voir annexe 3, p. http://www.vie-publique.fr/po litiques-pub Iiques/enseignementprimaire/chronologie/rub831/, mise en ligne juillet 2005.
7

Extrait du dossier L'enseignement du premier degré (1989-2005) -

Chronologie: L'école contemporaine. ]itiques-publiques/enseignementhttp://www.vie-pubtique.fr/po primaire/chronologie/rub831/, mise en ligne juillet 2005.

26

instituts universitaires de formation des maîtres répond à un cahier des charges fixé par arrêté des ministres chargés de l'enseignement supérieur et de l'éducation nationale après avis du Haut Conseil de l'éducation. Elle fait alterner des périodes de formation théorique et des périodes de formation pratique. » 8 Par son article 45, elle transforme les IUFM en «écoles faisant partie des Universités ».9 Dans son article 85, elle stipule que «dans un délai maximum de trois ans à compter de la publication de la présente loi (23 avril 2005), les instituts universitaires de formation des maîtres sont intégrés dans l'une des Universités auxquelles ils sont rattachés par décret pris après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ce décret précise la date à laquelle prend effet l'intégration. Une convention passée entre le recteur d'académie et cette Université précise en tant que de besoin les modalités de cette intégration. »10 Quel est le statut des IUFM aujourd'hui? processus d'intégration aux Universités? Où en est le

Si les IUFM sont des Etablissements publics d'enseignement supérieur, à caractère administratif, ils sont placés sous la tutelle du ministère de l'Education nationale par la loi de 1989, tandis que depuis 2005, ils passent sous la tutelle du ministre chargé de l'enseignement supérieur. Ils sont rattachés par convention aux Universités de leur Académie, avec pour objectif principal de maintenir des liens pédagogiques entre les deux structures, tout en conservant leur statut d'établissements autonomes.
8 Extrait de la loi n02005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de rrogramme. Voir annexe 4, p. 213. Ibid 10Ibid 27

En 2006, la France en compte trente-et-un (vingt-six en métropole et cinq dans la France d'outre-mer), soit un institut par académie, tous répartis sur plusieurs sites situés à l'emplacement des anciennes Ecoles Normales d'Instituteurs (ENI) de chaque département, soit cent trente lieux de formation au total. Leur implantation géographique a été calquée sur le même modèle: un siège académique situé dans une ville universitaire et des sites dans les divers départements de l'Académie. La transformation des IUFM en «écoles faisant partie des Universités» modifie sensiblement les modes d'organisation de ces organismes. Administrés par un conseil (présidé par le Recteur d'Académie) élargi à des personnalités extérieures qui peuvent représenter jusqu'à 50% des membres, les IUFM sont invités avec la loi de 2005 à s'ouvrir aux acteurs économiques au titre d'un ou plusieurs représentants. Le Conseil comprend au maximum quarante membres et se réunit au moins deux fois par an. « Le conseil définit le programme pédagogique et le programme de recherche de l'école dans le cadre de la politique de l'établissement dont il fait partie et de la réglementation nationale en vigueur. » Il Chaque IUFM est dirigé par un Directeur nommé par le ministre chargé de l'Enseignement supérieur. La durée de son mandat est de cinq ans, renouvelable une fois. Après la décision prise et promulguée par la loi pour l'avenir de l'école de 2005, c'est donc avant le 1er janvier 2008 que les IUFM doivent intégrer les Universités et changer de statut en devenant « Ecoles internes d'Universités ». «A compter de la date de son intégration, les droits et obligations de l'IUFM concerné sont transférés à l'Université dans laquelle il est intégré. Ces transferts ne donnent lieu à aucune indemnité,
Il Extrait de l'article L713-9 du Code de J'éducation. 28

droits, taxes, salaires ou honoraires. Les personnels affectés à l'Institut sont affectés à cette Université. » 12 A ce jour Guillet 2007), en plus des IUFM de Versailles (intégré à l'Université de Cergy-Pontoise) et celui d'Aix-

Marseille intégrés au I er janvier 2007, ceux de Créteil, Grenoble et Limoges ont également rejoint l'Université le 1er
mars, suivis ensuite par Lyon I, Nantes et Reims en mai 2007. Un Vade-mecuml3 a été élaboré par la Direction générale de l'Enseignement supérieur du Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, afin de faire l'état des lieux de toutes les incidences de l'intégration des IUFM aux Universités: fort de l'expérience des premières intégrations et premiers contrats signés entre IUFM et Universités, le Ministère recense tous les points à traiter pour mettre en place la démarche d'intégration: la gouvernance des IUFM, les personnels, le patrimoine, la comptabilité, la concertation, la politique contractuelle. Ce Vade-mecum - la première édition de ce document est parue le 30 janvier 2007, la seconde le 28 juin 2007 est un outil opérationnel pour tous les IUFM qui devront être intégrés

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pour le 1er janvier 2008. Dans ce Vade-mecum (page 6), le
Ministère précise que «le seul objectif de l'intégration de l'IUFM à l'Université est l'amélioration de la formation des enseignants. [...]. L'intégration doit avant tout se traduire par l'évolution des formations amenant aux concours de recrutement et la formation continue. Aussi, c'est la manière
12 Extrait de l'article 86 de la loi n02005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme. 13Pour consulter la 2e édition du Vade-mecum, voir à J'adresse internet suivante: www.iufm.ft/connaitre-iufm/speciale- integration/ documents/vademecum28juin_2007.pdf

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