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Guide historique des classifications du savoir

De
260 pages
Le besoin de classer les réalités du monde environnant représente l'une des activités primordiales de l'être humain. On peut se demander comment les différents modes de perception du temps et de l'espace influencent les images du monde produites par le biais de ces classifications. Si la répartition en classes relève du système idéologique dominant d'une époque, il ne s'agira pas ici d'introduire de jugement de valeur à leur sujet, mais d'appréhender les évolutions d'ordre culturel qui "sous-tendent" ces visions du monde.
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Claude-Michel Viry
Guide historique esclassifications de savoirs
Enseignement - Encyclopédies - Bibliothèques
GUIDE HISTORIQUE DES CLASSIFICATIONS DE SAVOIRS
Pour Comprendre Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud  L’objectif de cette collectionPour Comprendre est de présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192 pages) une question contemporaine qui relève des différents domaines de la vie sociale.  L’idée étant de donner une synthèse du sujet tout en offrant au lecteur les moyens d’aller plus loin, notamment par une bibliographie sélectionnée.  Cette collection est dirigée par un comité éditorial composé de professeurs d’université de différentes disciplines. Ils ont pour tâche de choisir les thèmes qui feront l’objet de ces publications et de solliciter les spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair, de faire des synthèses.  Le comité éditorial est composé de : Maguy Albet, Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel, Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquignot, Denis Rolland. Dernières parutions Maixent LOUBASSOU-NGANGA,L’immigré et la gestion du patrimoine, 2013. André MESIN,De Smith à Marx : deux approches du capitalisme, 2013. Xavier BOLOT,Comment représenter l’action. Le bonheur d’appliquer les sciences de la vie aux arts du vivants, 2012. Thomas SEGUIN,Le postmodernisme. Une utopie moderne, 2012. © L’HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Pariswww.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01730-3 EAN : 9782343017303
Claude-Michel VIRYGUIDE HISTORIQUE DES CLASSIFICATIONS DE SAVOIRS Enseignement - Encyclopédies - Bibliothèques L’HARMATTAN
A la mémoire de
Eric de GROLIER (1911-1998), informatiste, spécialiste de taxilogie Célestin FREINET (1896-1966), pédagogue, créateur de la « B. T. » Roger CUCHIN (1918-2011), pédagogue, fondateur d’« Inter CDI »
SOMMAIRE
LIVRE PREMIER : TEXTE
INTRODUCTION
I. L'ERE DU MONDE CLOS ET DU TEMPS CYCLIQUE (VIIIe/IVe siècles)
Les peuples primordiaux En Mésopotamie En Egypte ancienne L’Antiquité grecque L’Antiquité romaine
II. L'ERE DU PROJET DIVIN ET DU TEMPS ORIENTE (Ve-XVIe siècles)
L’Antiquité tardive Le Haut Moyen âge Le Moyen âge central - Le schéma scolastique classique (XIIe siècle) - La tension de la pensée entre « rationalité » et mysticisme (XIIe-XIVe siècles) - Exemple de représentation symbolique du monde chez Dante Le Moyen âge tardif et ses prolongements (XIVe-XVIe siècles) L'aube des temps modernes (mi-XVe-XVIe siècle) - le courant « rationaliste » - le courant ésotérique
III. LES CIVILISATIONS EXTRA-OCCIDENTALES (IXe-XVIIIe siècles)
L'Empire gréco-byzantin Le monde arabo-persan Le monde juif Le monde extrême-oriental - En Chine classique - En Inde classique - Dans le Japon moderne
9
15 16 20 21 29
33 35 41 43
48 54 61 63 68 73
75 77 85 86 90 95
IV. L'ERE DU MONDE INFINI OU LA PASSION DES SCIENCES (XVIIe-XIXe s.)
Le contexte culturel97 Le courant rationaliste 99 Le courant ésotérique 102 Le Siècle des Lumières ou la passion de l'encyclopédisme 107 L’épopée de la première « Encyclopédie » 108 Les sciences naturelles et l'invention de la taxonomie 113 La deuxième « Encyclopédie » et l'évolution vers la spécialisation scientifique 114 L'époque romantique face aux débuts de la Révolution industrielle - De la « philosophie de la nature » au courant encyclopédiste en Allemagne 118 - De l'idéalisme poétique au courant encyclopédiste en Angleterre 121 - De l’idéologie positiviste au courant encyclopédiste en France 124
V. L'ERE DE L’IDEOLOGIE DU PROGRES ET DU TEMPS REIFIE (XIXe-XXe s.)
Le questionnement sur la validité d’une classification des savoirs 133 L'extraordinaire profusion de théories classificatoires er du 1 tiers du XXe siècle 140 Apogée et déclin des classifications des savoirs 143 Les rapports entre les classifications des bibliothèques et les classifications des sciences 149 Le cas d'un isolat idéologique : l'Union soviétique et le bloc du socialisme scientifique 152 L'éclatement des catégories mentales traditionnelles et les méthodes pragmatiques 154 Le développement de la pensée systémique 161 L’organisation des connaissances et la classification documentaire 164
CONCLUSION
166
LIVRE DEUXIEME : TABLEAUX ET DOCUMENTS
Tableaux des classifications Références bibliographiques des sources consultées Index des noms de personnes Index des titres d’œuvres
171 232 237 248
LIVRE PREMIER : TEXTE
INTRODUCTION
« Nous sommes comme des nains hissés sur les épaules de géants qui voient, grâce à eux, plus loin qu’eux-mêmes. » Attribué à Bernard de Chartres (XIIe siècle)
Le besoin de classer les réalités du monde environnant représente l’une des activités intellectuelles primordiales de l’être humain, comme l’ont montré magistralementClaude Lévi-Straussdans (1908-2009), La pensée sauvage(1962), etLouis-Vincent Thomas(1922-1994), dansLes religions de l’Afrique noire (1969), en ethnologues s’intéressant aux classifications opérées par les peuples dits « premiers », en particulier dans leur effort pour donner un sens au monde environnant. Ainsi, il appert que l’être humain est, dès l’origine et par essence, unhomo ordonatorouhomo digestor.
Appréhender le vaste monde, tel est le programme assigné à l’être humain. Penser implique d’en inventorier tous les éléments perceptibles, puis, avant la phase de l’interprétation, de les classer. Une difficulté philosophique s’interpose alors. De même que les savants se demandent si la modélisation des phénomènes, par le truchement des mathématiques et des sciences physiques, correspond à la réalité « vraie » ou si elle n’est qu’une manière de rendre compte des seules apparences, toute classification risque de n’être qu’un artifice illusoire, au risque d’un « brouillage » de la vision ou d’une sclérose mentale.
Dans nos sociétés contemporaines, pour qui s'interroge sur la validité des classifications des savoirs, des classifications des bibliothèques et, même, des classifications de certaines encyclopédies méthodiques, bien des questions restent en suspens. Les exemples de classifications décimales, celle deMelvil Dewey et celle dePaul Otletde et Henri La Fontaine, fournissent l'occasion de mettre au jour des incertitudes, des ambiguïtés, voire des incohérences. Un petit inventaire des énigmes en jeu peut être aisément dressé. Ainsi,Jorge Luis Borgesoppose un jugement définitif aux tentatives de Otlet :
« L’Institut bibliographique de Bruxelles pratique lui aussi le chaos : il a morcelé l’univers en mille divisions, le numéro 262 correspondant au pape ; le 282, à l’Eglise catholique romaine ; le 263, au jour du Seigneur ; le 268, aux écoles du dimanche ; le 298, au mormonisme, et le 294 au brahmanisme, au bouddhisme, au shintoïsme et au taoïsme. Il ne répugne pas aux divisions hétéroclites ; par exemple, le numéro 179 : “ Cruauté avec les animaux. Protection des animaux. Le duel et le suicide du point de vue de la morale. Vices et défauts variés. Vertus et qualités variées ” ». (La langue analytique de John Wilkins, inAutres inquisitions, 1952) 9