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Histoire de l'école laïque en France

De
238 pages
Voici les origines lointaines de notre enseignement public dans la Révolution française lorsque la Première République met l'école au coeur du débat politique. Cet héritage est repris un siècle plus tard par les Républicains (1880-1870) qui sécularisent l'institution scolaire. Puis partisans et adversaires de la laïcité scolaire ne cesseront de se diviser tout au long du XXe siècle, jusqu'à ce que l'enseignement privé soit considérablement financé par les pouvoirs publics. Aujourd'hui, la question scolaire divise moins, pourtant l'école laïque est confrontée au multiculturalisme et aux poussées communautaristes.
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JeanMarie Gillig
Histoire de l’école laïque en France
Histoire de l’école laïque en France
Pour Comprendre Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud  L’objectif de cette collectionPour Comprendreest de présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192 pages) une question contemporaine qui relève des différents domaines de la vie sociale.  L’idée étant de donner une synthèse du sujet tout en offrant au lecteur les moyens d’aller plus loin, notamment par une bibliographie sélectionnée.  Cette collection est dirigée par un comité éditorial composé de professeurs d’université de différentes disciplines. Ils ont pour tâche de choisir les thèmes qui feront l’objet de ces publications et de solliciter les spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair, de faire des synthèses.  Le comité éditorial est composé de : Maguy Albet, Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel, Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquignot, Denis Rolland. Dernières parutions Jean-Baptiste ESAÜ,Les élections présidentielles Aux Etats-Unis,2014. Gérard PETITPRÉ,Les trente Glorieuses de la Ve République (1958-1988), 2014. Xavier BOLOT,Les Trois Réalités. Physique, perçue, représentée ici, maintenant, évolutions, 2014. Alain DULOT,Ce que penser veut dire. Essai, 2013. Claude-Michel VIRY,Guide historique des classifications de savoirs, 2013. Maixent LOUBASSOU-NGANGA,L’immigré et la gestion du patrimoine, 2013. André MESIN,De Smith à Marx : deux approches du capitalisme, 2013. Xavier BOLOT,Comment représenter l’action. Le bonheur d’appliquer les sciences de la vie aux arts du vivants, 2012. Thomas SEGUIN,Le postmodernisme. Une utopie moderne, 2012. Nicolas BALTAZAR,La place des salariés dans l’entreprise de demain. Que cache la rationalisation des entreprises françaises ?, 2012. Denis MONNEUSE,Les jeunes expliqués aux vieux, 2012. Gérard PARDINI,Grands principes constitutionnels. Institutions publiques françaises, deuxième édition, 2012. Bernardin MINKO MVE,L’anthropologie, 2012. Georges M. CHEVALLIER,Systèmes de Santé. Clés et comparaisons internationales,nouvelle édition, 2011. Charles KORNREICH,Une histoire des plaisirs humains, 2011. Jean-Jacques TUR,Les nouveaux défis démographiques, 7 milliards d’hommes… déjà !, 2011.
Jean-Marie Gillig Histoire de l’école laïque en France
Du même auteur La question scolaire en Alsace de 1918 à 1939. Confessionnalisme et bilinguisme à l’école primaire. Thèse de doctorat en sciences de l’Education, Université des sciences humaines de Strasbourg , 1979 Ecrire des textes au collège avec des élèves en difficulté, en collaboration avec Antoine Cintas et Marlise Weiss, Armand Colin, 1995 Intégrer l’enfant handicapé à l’école, préface d’Henri Lafay, Dunod, 1996, seconde e édition revue et complétée, 1999, 3 édition revue et complétée, préface de Bernadette Wahl, 2006 Le conte en pédagogie et en rééducation, Dunod , 1997, réédition 2005 L’aide aux enfants en difficulté à l’école, Problématiques, démarches, outils, Dunod, 1998 Les pédagogies différenciées : origine, actualité, perspectives, Bruxelles, De Boek Université, 1999 L’enfant et l’école en quarante questions, Dunod, 1999 Remédiation, soutien et approfondissement à l’école, Hachette, 2001 Mon enfant aussi va à l’école, La scolarisation des enfants et des adolescents handicapés en 20 questions, Eres, 2007 Bilinguisme et religion à l’école, l’Alsace divisée, La Nuée Bleue, 2012 © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03630-4 EAN : 9782343036304
Je remercie Laure Gillig-Amoros pour l’aide précieuse qu’elle a apportée à mes recherches et à la mise au point du manuscrit, et aussi pour sa participation stimulante au questionnement sur la laïcité scolaire
AVANT-PROPOS
Non, l’école de Jules Ferry n’est pas morte, contrairement à l’affirmation 1 d’un ouvrage déjà paru en 1974 ! Si cela était, cela se saurait, cela se verrait. À e chaque génération depuis le début du XX , nous avons été plus de 80% d’écoliers à user nos fonds de culottes sur les bancs de « la laïque » et autant continuent à la fréquenter aujourd’hui. Nous nous sommes tellement accoutumés à sa présence que nous ne la mettons que rarement en question. Mais au fait, que connaissons-nous d’elle et de son histoire ? Le nom peut-être d’un de ses illustres fondateurs ? Une image d’Épinal intitulée « Les bons et les mauvais écoliers » ? Il ferait beau voir ce qu’une enquête d’opinion nous révélerait des connaissances que les parents ont de l’école laïque, si on les interrogeait à l’entrée ou à la sortie des classes. Laïque ? Vous avez dit laïque ? Mais encore, que signifie ce terme? Commençons par expliquer ce mot et quelques autres dérivés et apparentés de la lexicologie de l’école laïque.
Dans l’édition duNouveau dictionnaire de pédagogieet d’instruction primairede 1911, Ferdinand Buisson s’interroge sur l’origine et la signification du mot « laïque ». Au Moyen-âge on employait la forme adjectivalelaicomme dansles frères lais. L’édition du dictionnaire de l’académie de 1694 comporte cette mention et indique également l’adjectiflaïqueen l’opposant à clerc et ecclésiastique. Encore aujourd’hui, le substantiflaïcun adepte d’une désigne religion qui n’est pas clerc et celui delaïcat l’ensemble des chrétiens qui ne sont pas ecclésiastiques. Selon Pierre Fiala, les dictionnaires n’enregistrent le e2 termelaïqueque dans la seconde moitié du XVII siècle comme variante delai. Dans son intervention à la Chambre, le 19 février 1850 au moment des débats sur la loi Falloux, Edgard Quinet emploie quatorze fois l’adjectiflaïque pour qualifier les termes « société, domaine, enseignement, pouvoir, école, 3 principe ». Le néologismelaïcitéest introduit dans les dictionnaires en 1873 avec une connotation politique. Fiala estime qu’il a été utilisé sans doute pour la première fois dans une délibération du 8 novembre 1871 du Conseil général de la Seine et précise qu’il est mentionné dans le journalLa patriedu 11 novembre de la même année. Ferdinand Buisson reconnaît dans l’articleLaïcité du Nouveau dictionnaire de 1911 que « ce mot est nouveau et quoique correctement formé, il n’est pas encore d’un usage général. » La laïcité, à cette parution, a été définitivement validée par les lois scolaires du 28 mars 1882, du 30 octobre 1886 et par la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905. Ces trois textes la définissent comme un principe juridique de la neutralité de l’État, de séparation entre la sphère publique des institutions et la sphère privée des libertés individuelles. Sur le plan scolaire la laïcité
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concerne trois domaines de neutralité : les programmes d’enseignement, les personnels, l’espace scolaire dans lequel les signes ou emblèmes religieux sont interdits. Quant aulaïcisme,il s’agit d’un terme controversé et polémique qui est en usage chez les opposants à la laïcité pour en dénoncer l’idéologie lorsqu’elle est à visée antireligieuse. Le vocabulaire de l’histoire de l’école laïque fait souvent usage des termes Cléricalisme etanticléricalisme. Qui ne connaît l’exclamation de Léon Gambetta à la Chambre en 1877 « Le cléricalisme voilà l’ennemi ! » ? L’anticléricalisme n’existerait sans doute pas si le cléricalisme ne l’avait précédé, et si ce dernier ne consistait pas à exercer un pouvoir temporel du clergé sur toute la société. Cléricalisme/ anticléricalisme, ces deux termes sont solidaires d’un seul couple et ne peuvent s’expliquer que dans un rapport d’antagonisme. Historiquement celui-ci caractérise « le conflit des deux France » : la France « fille aînée de l’Église », cléricale ; la France de la 4 déclaration des droits de l’homme de 1789, anticléricale . L’émergence et la signification de ces concepts ayant été exposées, entrons de plain-pied dans l’histoire de l’école laïque. En 1879, à la fin des années de l’Ordre moral, les républicains obtiennent à la Haute assemblée des sénateurs la majorité qu’ils avaient déjà à la Chambre des députés depuis 1876. Il y a là quelques personnages politiques, plus ou moins amis de Jules Ferry, qui se nomment Paul Bert, Léon Gambetta, Jean Jaurès, tous épris du désir de prendre leur revanche sur leurs adversaires de la droite catholique conservatrice qui, alliée à l’Église, n’avait cessé de recourir à la religion pour soumettre la société civile à son emprise. Les plus intransigeants des réactionnaires qui étaient parvenus au pouvoir en 1870 font partie, comme Adolphe Thiers, du camp de ceux qui avaient voté la loi Falloux du 15 mars 1850, confisquant l’enseignement à l’université et le plaçant sous le joug du clergé à tous les niveaux. La donne change à la fin de la décennie 1870 lorsque les républicains ont enfin le champ libre pour consolider les institutions selon les principes de laïcité et transmettre à leurs contemporains et aux générations futures l’héritage de la Révolution restée en friche près d’un siècle. En moins de quatre ans, Ferry, tantôt ministre de l’Instruction publique, tantôt président du Conseil, tantôt cumulant les deux fonctions, réussit à créer l’instruction gratuite, laïque et obligatoire pour tous les petits Français, réalisant un serment qu’il avait déjà fait en 1870. Il n’est pas le seul auteur de cette réalisation, à laquelle contribue grandement Bert, plus intransigeant que lui sur les questions de laïcité, mais bénéficie surtout de l’aide d’un personnage hors du commun, Ferdinand Buisson, son éminence grise et collaborateur direct, directeur de l’enseignement primaire au ministère de l’Instruction publique. Certains historiens voient en lui le vrai père de l’école laïque qui en a accompagné la création et le développement pendant plus de vingt-cinq ans, depuis la refondation des écoles normales en 1879 jusqu’à la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905. Il manquerait à l’histoire de l’école laïque une pièce maîtresse
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si elle passait sous silence la contribution extraordinaire de Buisson à sa fondation, à son essor et à son écriture, puisqu’il est l’auteur principal des deux monumentauxDictionnaires de pédagogie et d’instruction primaire,en 1882-1887 d’abord, puis en nouvelle version en 1911, qui sont une mine incomparable et inépuisable d’informations pour l’histoire de l’enseignement public, et constituent les premières sources de notre étude.L’histoire de l’école laïque, c’est aussi l’histoire de la République, à laquelle elle participe sur le mode fusionnel, histoire d’un combat sans fin entre deux e camps dont l’école constitue l’enjeu principal. La III République, sans cesse, est confrontée à ses adversaires de l’Église catholique qui a fait du cléricalisme son bras séculier et tente de reconfessionnaliser l’école après en avoir perdu définitivement la propriété en quelques années entre les lois Ferry de 1881 et 1882 et celle de Goblet en 1886. Par la suite, elle devra faire fructifier et consolider ce patrimoine en protégeant l’école laïque contre toute intrusion de quelque dogme que ce soit en même temps qu’étendre les principes de laïcité à toutes les institutions de l’État. Sans compter que le combat laïque consiste aussi en grande partie à défendre l’école publique contre le dénigrement dont elle est régulièrement l’objet, par exemple en 1909 et en 1925, quand l’épiscopat français se lance dans une campagne haineuse contre l’école laïque ou lorsque se poseront les questions d’affectation des deniers publics à l’enseignement privé. Au début des années 1920, la droite se préoccupe déjà de favoriser la liberté de l’enseignement par le subventionnement et suscite un débat passionné qui n’en finira pas de rebondir entre 1945 et aujourd’hui. Rares ont été les hommes d’Église qui ont admis le principe d’une liberté de l’enseignement non subventionnée par l’État, à part l’abbé Lemire, disant à ses collègues de l’Assemblée nationale le 11 décembre 1921, en réponse à une proposition d’amendement à la loi de finances portant création de bourses pour l’enseignement secondaire privé : « Quand on veut être libre, il faut savoir être 5 pauvre . » De 1940 à aujourd’hui, les défenseurs de l’école laïque ont fort à faire pour empêcher le recul de la laïcité. C’est d’abord l’épisode de la Révolution nationale de Vichy qui accorde des crédits à l’enseignement privé en même temps qu’elle tente de ruiner la présence de la laïcité au sein de l’école. Puis, à partir de 1951, les régimes successifs accorderont de généreux subsides à l’école privée qui est principalement catholique, de manière à parvenir à une équité entre le réseau de l’enseignement public et celui de l’enseignement privé. Mais cette égalité n’en est pas réellement une. De par la loi Debré de 1959, confirmée et amplifiée par les lois Pompidou de 1971 et Guermeur de 1977, les établissements scolaires privés sous contrat avec l’État jouissent d’un avantage considérable par rapport aux établissements scolaires publics : c’est le caractère « propre » garanti par la loi et inscrit dans le projet d’établissement qui leur permet d’échapper à la neutralité, et la non-astreinte de leurs usagers à la carte scolaire qui est la règle dans l’enseignement public.
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