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Ils se sont engagés dans les Maisons familiales rurales

De
166 pages
Dés 1937, la première Maison familiale, créée par un groupe d'agriculteurs dans le Lot-et-Garonne, concevait une formation inédite qui permettait de rattacher les études à une expérience professionnelle vécue, d'associer le savoir à l'intelligence en suscitant l'intérêt et la motivation. Cette formation dans la vie et par la vie faisait alors appel tout naturellement à la responsabilité éducatives des familles. A l'occasion de leur 70e anniversaire, un florilège de témoignages est rassemblé dans ce volume.
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Ils se sont engagés dans les Maisons familiales rurales

Ils se sont engagés dans les Maisons familiales rurales
TÉMOIGNAGES

Textes réunis et présentés par Bernard Crépeau, Gilbert Forgeard, Patrick Guès, Marie-Thérèse Pigé et Robert Rouillier

Préface de François Subrin Introduction de Jean-Claude Daigney

L'HARMA TTAN

2007 5-7 rue de l'École Polytechnique; Paris 5e www.Iibrairieharmattan.com harmattanl~V{anadoo.IT diffusion.harmattan~V{anadoo.IT

@ L'Harmattan

ISBN: 978-2-296-03459-4 EAN : 9782296034594

PRÉFACE
Par François SUBRIN1

L'histoire des Maisons familiales rurales a déjà été écrite plusieurs fois. Jamais pourtant ce mouvement n'avait collecté les témoignages directs de ses responsables. Cette idée a germé au sein de 1'« Association des anciens» qui publie un ouvrage sur ce sujet. Le Conseil de l'Union nationale des Maisons familiales rurales a souhaité l'étendre aux acteurs actuels. Un appel a été lancé dans chaque association. Très rapidement, les témoignages ont afflué en grand nombre. Cette envie d'écrire s'explique par la nature particulière de l'engagement dans les Maisons familiales qui trouve son origine dans:

- la SOIF des parents d'attester d'abord de la réussite de leurs enfants qui retrouvent un appétit pour les études grâce à l'alternance ou grâce à un parcours de promotion sociale adapté, - la JOIE profonde de voir sa fille ou son fils s'ouvrir, progresser, s'épanouir grâce à l'accueil et à l'accompagnement d'une équipe éducative attentive à chacun, - la VOLONTÉ de transmettre ce que l'on a reçu et la volonté de permettre le développement d'un système éducatif original et précieux pour les générations à venir, - le CHOIX enfin, pour les salariés qui se sont exprimés, d'un métier tout aussi passionnant qu'exigeant.
Ces témoignages frappent par la forte motivation de toutes ces personnes qui n'ont pas hésité à prendre la parole, par la puissance de leurs réflexions, par l'envie qu'elles ont de vouloir agir à leur niveau pour un monde meilleur, par la satisfaction qu'elles retirent de cette prise de responsabilité. L'avenir du mouvement des Maisons familiales a toujours reposé et reposera toujours sur cette dynamique. Il dépendra également de la conjugaison d'une vie associative forte et du professionnalisme d'une équipe motivée. La densité des productions recueillies nous conforte dans ces choix. Merci de nous l'avoir rappelé. La richesse et la profondeur de l'engagement des femmes et des hommes d'aujourd'hui feront la réussite des Maisons familiales rurales dans les années à venir. Le 70èmeanniversaire de la création de la première Maison familiale, fêté en juillet 2007, confirmera cette volonté d'entreprendre ensemble pour construire demain.
I François Subrin est président de l'Union nationale des maisons familiales rurales.

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INTRODUCTION

GÉNÉRALE
Par Jean-Claude DAIGNEy2

Crise de l'emploi, révolution technologique, bouleversement des métiers, concurrence internationale... Face à ces défis, l'éducation est devenue un enjeu majeur. Nous percevons tous que notre avenir en dépend: sur le plan individuel pour nos enfants, sur le plan collectif pour notre pays. Notre système éducatif a accompli depuis trente ans des efforts considérables pour permettre l'accès de tous à l'enseignement secondaire. Il a réussi cetteétape. II peine aujourd'hui à s'adapter à la diversité des talents, des rythmes d'acquisition, des motivations, des parcours de chacun. II recherche de nouvelles voies pour faire davantage coopérer familles, école et entreprises, sans toujours y parvenir. Dans ce contexte, l'existence des Maisons familiales rurales (MFR) suscite la curiosité. Leur originalité surprend. Leur développement intrigue. Voilà un mouvement associatif, né dans une société paysanne, il y a plus de soixante-dix ans, qui non seulement perdure malgré les changements économiques, sociaux, politiques, mais qui connaît même une vigueur accrue depuis plus d'une décennie. Voilà une initiative qui s'est construite en dehors des normes scolaires habituelles et qui revendique même son originalité pour s'ouvrir à un large public. Dans un système éducatif marqué par une longue tradition de centralisme, les Maisons familiales rurales se caractérisent en effet par leur extrême décentralisation. Chaque Maison familiale est autonome, pleinement responsable des formations qu'elle propose, de son budget, de son organisation, de son personnel. Les enseignants ne sont jamais des spécialistes d'une discipline mais interviennent toujours dans plusieurs. Ils s'appellent «moniteurs », sont présents auprès des jeunes en dehors des
2 Jean-Claude Daigney est directeur de l'Union nationale des maisons familiales rurales.

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cours, en soirée. Ils jouent le rôle de «passeurs» entre découvre, s'apprend en famille, à la Maison familiale, formation en effet se déroule pour l'essentiel en dehors de salle de classe, dans la vie, en s'appuyant sur l'expérience social et professionnel.

ce qui se vit, se en entreprise. La l'école, hors de la acquise en milieu

Les familles, loin d'être de simples usagers, sont plus que des partenaires, ce sont les premières responsables de la Maison familiale: celles par qui et pour qui elle existe. Quand une Maison familiale grossit, elle choisit le plus souvent de se diviser, pour rester à «taille humaine ». Une taille qui permet à chaque jeune, à chaque famille, d'être connu, reconnu. Ainsi, la pratique des Maisons familiales rurales vise à l'essaimage, à la multiplication de petites structures ancrées localement quand partout ailleurs le regroupement est la règle en concentrant les établissements à proximité des villes le plus souvent. La formation professionnelle ne vient pas en complément d'une instruction générale préalable mais tout au contraire sert de support, de motivation à la formation générale. L'internat est toujours privilégié alors qù'il a si souvent été ailleurs abandonné... On pourrait ainsi continuer longtemps, tant la liste est longue des anomalies qui singularisent les Maisons familiales rurales dans le paysage éducatif. Et pourtant ça marche! 450 Maisons familiales rurales en France. Chaque année, une ou deux nouvelles associations qui se créent. Plus de 50000 élèves scolarisés dans les formations du ministère de l'Agriculture pour une partie dans les secteurs traditionnels de la production agricole et pour beaucoup dans ceux de l'aménagement, des services en milieu rural. Près de 12 000 apprentis et pré-apprentis pour l'essentiel dans des formations validées par des diplômes du ministère de l'Education dans les secteurs de l'artisanat, du bâtiment, de la mécanique, du commerce, du tourisme... 7 000 adultes en formation. Des résultats aux examens comparables, voire supérieurs à ceux de l'enseignement traditionnel. Des taux d'insertion professionnelle remarquables... On peut bien sûr expliquer cette réussite par les méthodes pédagogiques. Les Maisons familiales rurales sont les pionnières de la formation par alternance. Cette formule tant décriée hier est maintenant montrée en exemple. On peut aussi se dire que le regain d'intérêt manifesté aujourd'hui pour les Maisons familiales provient de la rencontre des attentes nouvelles des familles en matière d'accompagnement éducatif et de la culture d'un mouvement qui a su conserver son approche personnaliste. Mais au-delà, quand tant d'initiatives éducatives ou pédagogiques novatrices ont été si souvent marginalisées ou laminées, pourquoi l'expérience des Maisons familiales rurales a-t-elle perduré? Comment s'est-elle adaptée pour passer

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d'un public essentiellement agricole à un public rural très diversifié, voire rurbain ? Le présent ouvrage n'a pas la prétention d'apporter des réponses mais de fournir des éclairages. Au fil des témoignages qui se succèdent, une constante apparaît: si les Maisons familiales rurales marchent, si les Maisons familiales rurales durent, c'est que tout simplement elles sont portées par des hommes et des femmes qui y tiennent, qui y croient. Loin d'être de simples bénévoles, ou salariés, ceux qui portent les Maisons familiales rurales, qui animent leurs Conseils, qui s'engagent à les développer, sont directement concernés par l'action qu'ils conduisent. Ils agissent pour leurs enfants, pour leurs métiers, pour l'avenir de leurs villages, de leurs quartiers. Cette «volonté d'agir» est la marque de l'engagement de chacun. Parce qu'ils se sont sentis considérés au sein de la Maison familiale, à travers leurs enfants, parce qu'ils ont été sollicités par l'alternance, parce qu'ils se savent utiles, nécessaires même, les uns et les autres apportent leur contribution à la vitalité du mouvement, à son évolution, à la perpétuelle adaptation des formations. Cet «engagement qui dure» pour reprendre le thème du 70ème anniversaire des Maisons familiales rurales, en cette année 2007, n'est pas le propre d'une société rurale. Des expériences en périphérie de villes ont aussi démontré que des familles d'autres milieux socioprofessionnels sont prêtes à s'impliquer dès lors qu'elles sont sollicitées, considérées, valorisées. Le mouvement n'est pas non plus cantonné à l'hexagone: les Maisons familiales rurales ont essaimé dans plus de trente pays aussi divers que le Brésil ou le Bénin, le Maroc ou le Canada, le Vietnam ou l'Espagne, Madagascar ou l'Argentine sans oublier la présence dans tous les départements d'outre-mer, en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie. Le mouvement compte plus de 500 associations de type Maisons familiales hors de France. Dans chacun de ces contextes, les Maisons familiales rurales ont dû aussi rechercher le :&agile équilibre entre d'une part, l'initiative locale, la responsabilité des familles et d'autre part, la reconnaissance et l'appui par les pouvoirs publics. Equilibre aussi difficile à trouver dans les pays du Nord que dans ceux du Sud. Entre l'abandon pur et simple par certains Etats des questions éducatives et de développement rural et le trop d'Etat qui étouffe l'initiative, la voie est étroite. Là encore, les Maisons familiales de France, après 70 ans d'existence, peuvent servir de repères. A force de débats, de combats aussi parfois, elles ont progressivement construit grâce aux élus et aux pouvoirs publics un cadre qui reconnaît leur originalité, garantit leur liberté et permet leur financement. Elles peuvent ainsi témoigner, comme le

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rappelait plaisamment l'an passé le célèbre historien britannique, Théodore Zeldin3, en découvrant l'expérience des Maisons familiales rurales, que « la France a encore des choses à apporter au Monde ».

3 Théodore ZELDIN: Professeur à Oxford, Théodore Zeldin est reconnu comme l'un des historiens les plus importants de notre époque. Grand connaisseur de la France, il a écrit, entre autres, deux ouvrages intitulés Les Français et Histoire des passions françaises J848-J945.

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CHAPITRE I UN JOUR..., UNE RENCONTRE
Par Robert ROUILLIER 4

Pour exprimer leur engagement, tous ceux qui se sont exprimés dans ce livre font un retour sur leur passé, sur leur histoire de vie. Et ils n'échappent pas à la narration de ce premier contact avec une Maison familiale rurale. Effectivement, un jour, il y a eu cette rencontre importante, comme un virage dans leur vie personnelle et familiale. Pour certains, c'est à l'adolescence, en tant qu'élèves, qu'ils ont découvert ce nouveau système de formation. Pour les plus anciens, témoins des années 1950-1960, ils se plaisent à rappeler le contexte d'un monde rural en pleine transformation, d'un besoin impérieux de formation, d'une explosion de techniques nouvelles qui métamorphosent les campagnes. D'autres disent avoir eu la chance de rencontrer les Maisons familiales en tant que parents d'élèves, en inscrivant leur fils ou leur fille. C'est aussi, pour d'autres encore, par leur engagement social, familial ou professionnel que la rencontre s'est produite. Enfin, pour certains, c'est le monde du travail qui les conduit dans une Maison familiale rurale où ils vont participer à son fonctionnement en tant que salariés. Quelles que soient les circonstances, ils sont nombreux à parler d'un choc, de marques indélébiles, de bons souvenirs... Ils expriment fréquemment une envie naturelle et rapide d'intégration, un vécu intense dans une deuxième famille... Ils sont aussi très souvent marqués par des exemples d'engagements de responsables pétris d'attention aux autres et investis au service de la collectivité. Ce sont souvent là les premières

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Robert Rouillier a été directeur de la Maison familiale rurale de Bressuire dans les Deux-

Sèvres.

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étincelles d'une envie de donner à son tour pour le mouvement, de s'engager par le bénévolat ou par le métier...

A

- ILS ONT ETE ELEVES

. ..

,

1 La découverte d'une autre école
Ces témoins ont été eux-mêmes élèves de Maisons familiales ou stagiaires dans un Centre de promotion sociale pour adultes, ils ont donc vécu le système de l'intérieur. Pour un bon nombre, ils précisent que cette orientation s'est faite après un rejet de l'école classique. Pour certains, les plus âgés, c'était aussi une époque où l'on restait presque systématiquement travailler dans l'entreprise familiale, l'exploitation agricole le plus souvent. Pour tous, ce fut la découverte d'une autre école, un bain dans un système où l'on est marqué et impressionné... Et ils énoncent des souvenirs d'hommes et de femmes, directeurs, moniteurs, mais aussi de maîtresses de maison à l'instinct maternel. En fait, c'était toute une ambiance qui permet ouverture aux autres et ouverture sur le monde, et d'où résulte une reprise du goût pour l'école, pour cette école-là... Et, ils ont été si marqués par ces années-là qu'ils proposent souvent, plus tard, cette voie à leurs propres enfants. De plus, ils s'engagent dans le mouvement, en y travaillant pour certains, en y prenant des responsabilités bénévoles au sein des associations pour bon nombre d'entre eux.

-

Quelle bonne idée ont eu mes parents Jean Camgrand, administrateuren Pyrénées-Atlantiques
« Il y a quarante-cinq ans, je rentrais à la Maison familiale rurale. Ce fut pour moi l'occasion de rencontrer des copains avec qui je pouvais librement échanger mes premières découvertes de la vie. Ces temps là m'ont aidé à grandir dans mon adolescence. Défait de toutes contraintes parentales, environnementales et religieuses, ce furent des moments forts. Je prenais goût à communiquer, à partager la vie en commun (sport, loisirs, travail, découverte d'exploitations agricoles). Quelle bonne idée mes parents ont-ils eue de me faire connaître ce mode de formation et d'éducation. Je pense que ma scolarisation au collège a dû fortement les influencer. La méthode employée était pour moi beaucoup trop autoritaire et sans effet.

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Après ces quelques années passées en Maisons familiales rurales, je devins agriculteur et je fondai par la suite, un foyer. La venue de mes enfants m'a amené à me découvrir un égoïsme encore trop fort. Je n'imaginais pas combien il était nécessaire d'être aussi proche d'eux. Avec ma femme, nous décidions de leur proposer un type de formation et d'éducation tel que nous l'avions vécu. Notrefils rentrait de ce fait en Maison familiale à Mont. »

La Maison familiale m'a redonné confiance Claude Lombard, administrateurdans le Tarn
« C'est au mois d'Octobre 1960 que j'entrais à la Maisonfamiliale de Gaillac pour une formation en agriculture-élevage. Le choix fut vite fait
puisque qu'il n y avait que cette formation avec une vingtaine d'élèves. D'emblée, la formule de l'alternance m'a paru séduisante et aussi efficace dans son principe d'allier la théorie à la pratique. Ces quatre années en Maisons familiales ont été savoureuses à bien des égards. Le souvenir, encore intact, de la maîtresse de maison (une dame d'un certain âge) qui nous considérait comme ses propres enfants avec toute l'affection qu'il en résulte, qui nous gâtait avec des pâtisseries succulentes et notamment le riz au caramel et les crèmes au chocolat. La particularité de la Maison familiale rurale, c'est d'être reconnu à part entière, avec nos faiblesses, mais surtout en revalorisant nos atouts et nos propres compétences car chacun avait ses propres talents qui ne demandaient qu'à éclore. Personnellement au collège, j'ai subi les sarcasmes d'un « Jules Ferriste» convaincu qui prétendait que je n'étais apte qu'à devenir « un petit paysan et garder les vaches! » du fait que je faisais plus de cinq fautes à la dictée. De tels propos à quatorze ans peuvent être démoralisateurs à tout jamais ! Et bien oui, j'ose l'affirmer haut et fort et de tout mon être, la Maison familiale rurale m'a redonné confiance en moi, a stimulé ma personnalité pour démarrer dans ma vie professionnelle et « réussir autrement. »

Une expérience déterminante Marie-Agnès Renard, administratriceen Auvergne
«J'ai découvert les Maisons familiales en étant élève. Une expérience déterminante dans ma vie qui m'a permis, je crois, de me connaître, de m'épanouir, d'apprendre, de découvrir que l'action est surtout efficace en groupe.
.

La pédagogie nous invitait sans cesse à oser, oserpartir en stage, oser
oser entreprendre et expérimenter, oser partir.

s'exprimer,

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Je ne peux passer sous silence que je garde de cette période le
souvenir de très bons moments, de franches encore aujourd'hui. » rigolades et d'amitiés durables

J'ai aimé l'ambiance de ce Centre de promotion sociale Sylvia David, administratrice en Ille-et-Vilainè « La Maison familiale rurale, j y suis arrivée par des chemins
détournés. Bien que mes parents soient agriculteurs, j'ai suivi une formation générale jusqu'à l'obtention d'un Baccalauréat Secrétariat. En fait, peu m'importaient la nature du Bac et l'obtention du diplôme... Ce qui m'intéressait, c'était d'avoir le niveau afin d'entrer en Brevet Technicien Supérieur Analyse et conduite des systèmes d'exploitation. C'est alors que se fit mon entrée dans un Centre de formation supérieure à Montfort-sur-Meu qui avait une bonne réputation. Ainsi, forte d'exemples familiaux, ayant bien réussi grâce à ce type de formation professionnelle, j'ai aimé l'ambiance de ce Centre où les relations avec les moniteurs étaient excellentes, épanouissantes et responsabilisantes. BT~ en poche et plein de souvenirs de voyages et de stages à travers le monde, j'entreprends, avant d'entrer à fond dans une profession, un complément de formation commerciale par contrat de qualification. En effet, pour moi, l'alternance c'est mon truc... C'est un moteur qui, avec la pédagogie des Maisons familiales rurales, entraîne loin. »

J'avais été élève, vingt ans auparavant MichelineGuérin, présidente dans les Deux-Sèvres
« Grande était ma surprise car cela faisait vingt ans que j'avais fréquenté la Maison familiale. Je me suis laissée convaincre et une rencontre a été organisée. J'ai vite apprécié le charisme du président. Le regard respectueux et positif qu'il portait sur les personnes m'a convaincu du bien-fondé de cet engagement. J'ai découvert bien sûr une école qui avait évolué. De l'école ménagère exclusivement féminine qui n'ouvrait que peu d'horizons professionnels, elle était devenue un établissement qui préparait à des formations diplômantes qui conduisaient à des métiers. Et la direction était assurée par un homme! »

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BTS: Brevet de Technicien Supérieur

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J'ai tout de suite senti la différence Jean Raguin, président en Haute-Saône
« Dis pépère, tu es toujours parti, tu laisses la mémère toute seule, c'est quoi au juste les Maisons familiales rurales? «Eh bien! Tu vois Louise, c'est une histoire qui remonte à bien longtemps. Quand j'avais quatorze ans, en 1961, mon père m'a inscrit à la Maison familiale parce que j'en avais marre de l'école. J'ai tout de suite senti la différence. Les moniteurs me font confiance, ce ne sont pas des profs et avec eux je peux causer de mon travail, de mes projets, de ce qui m'intéresse. Mieux, ce qui fait partie de mon travail sur la ferme est important pour eux. Je suis questionné là-dessus dans mon plan d'étude. Tu parles si ça m'intéresse! De retour à la Maison familiale, nous faisons une mise en commun et ça nous motive, ça nous donne envie d'en faire plus. Ils arrivent à nous faire faire du français avec ce que nous faisons chez nous Tu n'es plus comme à l'école avec les rédactions où il fallait se creuser la tête pour remplir quelques lignes! Je suis une semaine à la Maison familiale et deux semaines avec le père sur la ferme. Et je fais comme toi avec lui: « Pourquoi fais-tu comme ça ? Pourquoi ceci? Pourquoi cela? » Au travail il faut bien se parler. Je ne peux pas faire la « gueule» bien longtemps. Les adultes ne sont pas là pour nous embêter mais pour nous aider à grandir. Et grandir, vois-tu, c'est une chose qui ne s'apprend pas tout seul! J'ai eu besoin de mon père. Nous n'étions pas toujours d'accord, mais je lui suis reconnaissant de m'avoir aidé et montré l'exemple. Il m'a appris qu'un champ même grêlé devait être ressemé à l'automne ... La vie à la Maison familiale est comme une deuxième famille. Nous avons une visite chaque semaine. Les cours sont intéressants. Tu parles, les moniteurs nous expliquent le pourquoi de ce que nous voyons. Chacun fait son lit et participe aux tâches domestiques (vaisselle, balayage...). Tu sais, quand on a déjà récuré la salle à manger, personne n'a envie de la salir. Ça a duré quatre ans. J'en garde un excellent souvenir. J'ai eu le BAA6 et le BP A7, j'ai même eu le BEPc!, moi qui ne suis jamais allé au cours complémentaire. Je ne regrette rien. »

Quelle richesse de rencontrer de telles personnes Michèle Clavaud, directriceen Auvergne
« Ma rencontre avec les Maisons familiales rurales date des années 1970 et a été totalement imprévue: une recherche d'activité ou de formation, des voisins bienveillants qui trouvent au hasard d'une lecture une
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7 BP A : Brevet Professionnel Agricole 8 BEPC: Brevet d'Etude de Premier Cycle

BAA : Brevet d'ApprentissageAgricole

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« invitation» à rejoindre ce mouvement, des renseignements pris... et voilà comment on « tombe» dedans, sans préméditation 1 Quelle galère au début 1Formation générale inadaptée, aucune notion d'agriculture, pas de parents agriculteurs... vraiment tout pour bien aller 1 Et malgré cela, tout s'organise: évaluations en Centre de promotion à Savigny, stage de trois mois en agriculture dans l'Yonne, entrée en CCTAR9 à Semur-en- Auxois... tout ça pour une jeune auvergnate peu habituée aux changements géographiques: c'était prometteur 1 Et là, quelles rencontres 1 Une directrice de Centre qui sait écouter, qui prend les individus là où ils en sont pour les accompagner plus loin, qui sait deviner les problèmes ancrés au plus profond de soi, et qui est en même temps un sacré phénomène: de quoi vous faire évoluer en une année plus qu'en plusieurs réunies... En parallèle, une maîtresse de stage chaleureuse, compréhensive qui a compris que rien ne sert d'imposer, ilfaut amener à ... Un stage en Maison familiale dans les Deux-Sèvres (les voyages continuent I) et là, le summum: j'avais trouvé ma voie, moi qui voulais enseigner, aider les jeunes, mais qui ne m'y retrouvais pas dans le système Education nationale, j'allais pouvoir exercer ce pourquoi je me pensais être faite. Que d'échanges 1 Que de questionnements 1 Quelle richesse de rencontrer de telles personnes à vingt ans, quelle ouverture on y gagne, quelle volonté on y déploie. Cette première rencontre avec les Maisons familiales rurales a véritablement forgé le reste de ma vie professionnelle, sociale et même familiale. Je suis profondément restée attachée à ces personnes, même si la vie a effiloché nos chemins. »

Nous sommes en formation au Centre de promotion sociale Solange Lallement, monitrice en Côte-d'Or
« 1968: année des agitations, de désordre et d'une découverte... Nicole m'explique sa formation dans une Maison familiale des Vosges. De quoi s'agit-il? Je ne connais pas et je veux savoir. Intéressant semble-t-il ? Nous sommes stagiaires au Centre de promotion sociale de Savigny dans le Rhône et ce sont bien les anciennes élèves qui parlent le mieux de leur passé scolaire. Tout commence là. La suite sera marquée par différentes étapes: formation, rencontres, et toujours l'envie de réaliser un rêve de « petite fille », maîtresse d'école. Pourquoi pas? Si c'était encore possible? Renseignements pris, monitrice en Maison familiale rurale englobe davantage de fonctions, demande un travail d'équipe et dégage une ambiance chaleureuse qui correspond bien à mes attentes: veillées, conseil
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CCT AR : Certificat de Capacité Technique Agricole et Rurale

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