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L'école flottante

De
128 pages
On ne s'y retrouve guère, en matière d'éducation, comme sur la plupart des sujets importants de notre société. Tout flotte sans que l'on sache sur quel navire on navigue, dans quelle direction, comment et pourquoi. L'auteur de cet ouvrage affirme que l'enseignant ne peut ni ne doit rester neutre. Ce sont donc vingt nouvelles pièces du grand puzzle éducatif qui sont ici rassemblées pour aider parents, politiques et personnels de l'éducation à comprendre et agir.
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aux perversions idéologiques. En plus, l’école se doit d’être flottante.
expérimental, tout doit flotter (mais rien ne baigne). L’école flottante en éclaire des aspects inattendus. L’observation de l’architecture scolaire
Contrairement aux idées reçues, l’auteur de ce livre affirme que
ère bouleversée, ne peut ni ne doit rester neutre.
du grand puzzle éducatif qui sont ici rassemblées pour aider parents,
Auteur de plusieurs essais sur le système éducatif, d’ouvrages littéraires destinés à la jeunesse ou aux adultes, de travaux de linguistique et de pédagogie, Docteur en sciences du langage et titulaire d’un DEA de lettres modernes, a enseigné de la 6 à l’université. Il est actuellement professeur de français en Ardèche.
Frog, Alexas/Pixabay
Frédéric Gobert ns contemporaines Q L’ÉCOLE FLOTTANTE
Questions contemporaines
L’école flottante
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Max MEMMI,Cette France que nous aimons, 2016. Louise FINES,Géographies policières. Ignorance concertée et propagande ennemie, 2016. Alain RENAUD,La France, un destin, 2016. J. Fidel CORCUERA, Antonio GASPAR, Mónica DJIAN, Javier VICENTE et Chesús BERNAL (Coord.),Les discours politiques. Regards croisés, 2016. Nathalie DROAL,Emploi. Le Royaume-Uni, un modèle pour la France ?,2016. Daniel ARNAUD,La Corse et l’idée républicaine. Nouvelle édition revue et augmentée, 2016. Francis CHOISEL,Comprendre le Gaullisme, A propos de quelques contresens sur la pensée et l’action du général de Gaulle,2016. Daniel LAGOT,Le droit international et les guerres de notre temps,2016 Zéphirin ROMANOVSKI,Les réseaux de migrants haïtiano-guyanais dans l’espace américain, 2016. Frédéric GOBERT,Le système éducatif français à l’ère des perversions idéologiques, 2016. Corentin BULTEZ,Zygmunt Bauman. La nouvelle question éthique, 2016. Nicolas TANTI-HARDOUIN,Santé et grande précarité, L’exclusion par le soin des populations roms, 2016.
Frédéric Gobert L’école flottante
Du même auteur Bibliographie sélective Glossaire bibliographique des sciences du langage,Panormitis, 2001.
«La dénomination “étymologie populaire” ou l’utopie d’une dénomination non ambiguë», o Cahiers de lexicologien 81,2002, p. 5-38.
«Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la sexualité des linguistes sans jamais oser le demander», Le signe et la lettre. Hommage à Michel Arrivé, L’Harmattan, 2002, p. 223-226.
«L’incarnation de la barbarie», Les Langues Modernes,2/2006, p. 34-41.
«Le pastiche dans un parcours d’écriture personnel», Modèles linguistiques,t. XXXI, vol. 61,L’écriture mimétique II,Actes du colloque sur les écritures mimétiques organisé par Daniel Bilous (Université du Sud-Toulon Var, avril 2008), Éd. du Dauphin, 2010.
«Se confronter au monde tel qu’il est», o Les Cahiers pédagogiquesn 489, 2011 (www.cahiers-pedagogiques.com).
Bas-Occident – Civilisation nucléaire, dernières années,Éditions Les 2 Encres, 2011.
Le système éducatif français à l’ère du ludique, de l’hédonisme et de l’adulescent,L’Harmattan, 2016.
Le système éducatif français à l’ère des perversions idéologiques, L’Harmattan, 2016.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11125-4 EAN : 9782343111254
INTRODUCTIONQuel est le point commun entre l’école, la monnaie et l’attention? Entre un établissement scolaire, l’art et la bourse? Un irrésistible flottement. La monnaie est devenue flottante et avec elle l’attention des 1 2 3 enfants, celle des adultes , l’école , le travail , la lecture 4 électronique , les critères esthétiques, les soldes, les catégories 5 de la pensée, la vie, l’amour … Cerise sur le gâteau, la 6 traduction française de MOOC est… FLOT (prononcezflotte).
Université, lycée, collège, école; l’esquif éducatif, mal identifié, flotte. Où? On ne sait. Vers quelle chute, quel îlot, quelles Amériques?
Chacun reconnaîtra qu’en matière d’éducation comme sur la plupart des sujets importants de notre société, on ne s’y retrouve guère. À croire que la confusion est sciemment entretenue. Tout flotte, sans qu’on sache même sur quel navire on navigue, dans quelle direction, comment et pourquoi.
C’est évident, le système éducatif n’est pas déconnecté de son époque. Réformes néolibérales, pratiques managériales, 7 méthodes néopédagogiques … Ce qui est mis en œuvre dans le monde de l’enseignement du premier et du second degré depuis une quarantaine d’années a partie liée avec les bouleversements financiers, politiques, économiques, sociaux à l’œuvre durant la même période. Ce qui est moins évident, c’est de déterminer de quel «capitalisme» on parle quand on cherche à comprendre le monde contemporain et quelle est e la situation du système éducatif au sein d’un XXI siècle occidental souvent mal compris, si l’on utilise des outils qui
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8 étaient valables pour la société du spectacle de Debord ou le capitalisme des Trente Glorieuses, mais qui ne sont peut-être 9 plus appropriés . On n’a peut-être pas mesuré que le système éducatif s’est aussi mis plus généralement au service du 10 capitalisme artiste transesthétique . Les élites de l’ancienne 11 contre-culture et celles du capitalisme néolibéral se retrouvent dans la même volonté d’individualiser une éducation favorisant un «épanouissement» personnel qui passera par une consommation de plus en plus esthétisée et mise en scène.
Aucun des chapitres de ce livre ne prétend dresser un bilan exhaustif de chacun des points abordés. L’objectif est de mettre l’accent sur les différentes formes de flottement du système éducatif français – flottement qui se présente d’ailleurs non comme une spécificité nationale, mais comme l’une des caractéristiques essentielles des sociétés néo-12 libérales et même de l’Occident technolibertarien , en lequel e mue le néolibéralisme au XXI siècle. Ce cyberlibéralisme est fondé d’une part sur une fascination scientiste pour la technologie numérique confinant au transhumanisme et d’autre part sur l’aspiration idéologique à une liberté sans entraves qui sert essentiellement de rares intérêts privés. Essentiellement depuis le milieu des années 1990, cette version totalisatricedu néolibéralisme lamine l’humanisme 13 européen et la plupart des acquis juridico-politiques . Tout cela se fait au détriment des populations du globe, mais avec l’assentiment de la plupart des peuples occidentaux, qui sont séduits par l’atmosphérisation hédoniste, ludique et cool de ce massacre général. Le technoscientisme ultralibéral qui se développe aujourd’hui prend la forme d’une cyberféodalité branchée. La dépendance souvent pathologique à l’égard du numérique de la part d’un nombre croissant d’individus explique en partie l’adhésion suicidaire des peuples occi-dentaux aux préceptes antidémocratiques des maîtres de la Silicon Valley et de leurs émules. Dans ce contexte, les réformes de l’éducation n’ont qu’un seul objectif : adapter le ͸
système éducatif à cette évolution liberticide organisée par les responsables politiques (qui croient avec une naïveté confondante que la croissance et l’emploi suivront), avec la complicité aveugle des néopédagogues persuadés d’œuvrer pour la démocratie quand ils ne font que servir l’expansion d’un libertarisme tendance.
Mon souhait serait qu’après la lecture de mes différents livres sur le système éducatif, aucune situation rencontrée au sein d’un établissement scolaire, aucune recommandation péda-gogique, aucune directive, aucune réforme, aucun choix managérial ne génèrent plus la moindre incompréhension, aussi bien chez les parents que chez les personnels et tous ceux que ces questions intéressent.
Enfin en mesure de saisir les tenants et les aboutissants de toutes les installations, vannes, canalisations et autres tuyauteries de cette vaste usine à gaz qu’est le système éducatif contemporain, nous cesserons de ressentir ce malaise que l’on est si nombreux à éprouver face à des personnes dites compétentes. Nous disposerons des clefs permettant de situer leurs propos dans le cadre de l’idéologie ambiante (néolibérale voire libertarienne) que la novlangue capitaliste appelle «démocratique».
La fabrique du crétina paru en 2005. Tenter de comprendre le système éducatif français nous obligera à reconsidérer ce qu’affirmait son auteur. Avait-il raison? Plus de dix ans 14 après, où en est-on? La «mort programmée» de l’école était-elle d’actualité et l’est-elle aujourd’hui? «L’anéantisse-15 ment de toutes les facultés de l’esprit» était-il le projet dominant des responsables du système éducatif français? 16 L’est-il aujourd’hui?
Beaucoup de critiques ont été émises à l’égard de l’éducation officielle qui, depuis cinquante ans, accompagne la massi-17 fication scolaire. Dans une conférence faite à Spa en 1980 , Jacques Muglioni relève les travers des politiques éducatives
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alors dominantes, initiées bien avant 1968 et encore à l’ordre du jour. Il balaie toutes les dimensions d’une éducation officielle qui, aujourd’hui plus que jamais, se veut en phase avec le monde néolibéral considéré comme une donnée naturelle et évidente,laréalité. L’éducation promue aujourd’hui par des responsables politiques alliés aux néopédagogues est la même que celle qui était défendue à la fin des années 1970 par des responsables politiques alors de droite. Tous s’appuient sur la «recherche pédagogique» et les «avancées» des «sciences de l’éducation», et ce malgré la qualité et la pertinence des analyses, réellement dérangeantes, elles, de Jacques Muglioni, ancien inspecteur général de philosophie qui mériterait d’être relu. Le système français d’ensei-gnement, littéralement malade, voire fou, y est décortiqué avec une honnêteté et un sens de la justice qui font défaut aux spécialistes de la langue de bois néopédagogique. Jacques Muglioni relève — la liste est longue — l’alliance du conservatisme le plus étroit et du progressisme le moins lucide à des fins de capitulation sans condition de l’école, la rhétorique du changement comme instrument du conser-vatisme, la rhétorique de l’innovation comme instrument au service du fonctionnement de l’économie, le spectacle destiné à masquer les relations de subordination, l’école ouverte comme construction de la civilisation marchande, la culture et le savoir évacués au profit des techniques d’animation pédagogique ou d’apprentissage de type industriel, la psychologie instrumentaliste évacuant toute idée de réflexion et de culture, les expérimentations fondées sur le vécu des élèves en guise d’instruction, la place vacante laissée pour des tentatives de manipulation et d’embriga-dement en raison du mépris de l’instruction et du jugement, la «liberté» comme pouvoir de satisfaire ses désirs et de faciliter le fonctionnement de l’économie néolibérale plutôt que comme capacité d’accorder sa pensée et de régler sur elle ses actions, les platitudes et les contresens fondateurs des discours pédagogiques, ces derniers comme variantes du
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discours économique, l’enseignement comme collection de comportements et d’attitudes déterminés indifférente aux exigences d’intelligibilité et de vérité, le concept d’adaptation de l’homme comme ressource humaine et donc comme outil, la place des modes au sein d’une école «adaptée» à son époque, les théories infantiles de la motivation, l’école comme garderie ayant renoncé à la rigueur et livrant les enfants aux sentiments et langages sommaires et uniformes, la pédagogie contemporaine fabriquant ses propres preuves avec des élèves conformes à son projet, le préceptorat familial et la privatisation de l’enseignement pour pallier la fin volontaire et organisée de la transmission et de l’instruction, l’architecture scolaire tournée vers l’extérieur, le traitement de l’enfant en consommateur tendant à valoriser les préjugés jusqu’à en faire le fondement d’une éducation…
La plupart de ces aspects — et bien d’autres — ont été 18 étudiés dans deux ouvrages déjà publiés ou seront analysés 19 dans les pages suivantes , avec l’espoir qu’ils pourront aider les personnels de l’enseignement privé comme public, les parents, les étudiants, les élèves ainsi que les néopédagogues, les inspecteurs généraux, les responsables ministériels, les fonctionnaires territoriaux en charge de l’éducation à trouver des réponses et des repères qui leur permettront de se construire et de croître en tant que personnes, parents, professeurs et décideurs politiques capables de s’extraire des idéologies et des idées reçues de leur temps.
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