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L'école réinventée ?

200 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 321
EAN13 : 9782296273719
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L'ÉCOLE RÉINVENTÉE?
LE PARTENARIAT DANS LES ZONES D'ÉDUCATION PRIORITAIRES

COLLECfION «BIBLIOTHEQUE DE L'EDUCATION» Collection dirigée par Smaïn LAA CHER
Si l'institution scolaire est au centre de débats scientifiques, philosophiques et politiques sans cesse renouvelés, c'est parce gu'elle a, peut-être plus que toute autre institution, partie hée avec I avenir de la société. Du même coup, toutes les questions posées à son sujet deviennent des questions vitales, et concernent aussi bien l'éducation, que les dispositions culturelles, la formation, l'emploi. Aussi, les nombreuses transformations qui touchent aujourd'hui aux fondements et aux finalités du système scolaire ne laissent indifférent aucun groupe social.
La collection
«

Bibliothèque de l'éducation»

veut à sa manière

contribuer à une connaissance plus grande de ces transformations en accordant un intérêt tout particulier aux textes fondés sur des enquêtes effectuées en France et ailleurs. L'analyse des pratiques scolaires des agents, des groupes au sein de l'Ecole (de la maternelle à l'enseignement supérieur), y côtoiera celle des modes de fonctionnement de l'instItution et de ses relations avec les autres champs du monde social (politique, économique, culturel, intellectuel). Parus dans la même collection: - Marie DURU-BELLAT, L'école des filles. Quelle fonnation pour quels rôles sociaux?, 232 pages, 1990. - Antoine LEaN, Colonisation enseignement et éducation, étude historique et comparative, 320 pages, 1991. - Yvette DELSAUT, La Place du maître, 175 pages, 1992. - Claude F. POLlAK, La Vocation d'autodidacte, 256 pages, 1992. - Geneviève PAICHELER, L'invention de la psychologie moderne, 350 pages, 1992.
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@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1682-9

DOMINIQUE

GLASMAN

L'ÉCOLE RÉ INVENTÉE ?
LE PARTENARIAT DANS LES ZONES D'EDUCATION PRIORITAIRES

Avec la collaboration de P. BLANC, Y. BRUCHON,G. COLLONGES, P. GUYOT, C. POULETTE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005Paris

AVANT-PROPOS
La logique de la recherche n'est pas celle de l'action. Mener un travail de recherche sur le partenariat dans les Zones d'Education Prioritaires (ZEP), c'est bien sûr tenter de comprendre la manière dont les acteurs "de terrain" conçoivent et conduisent jour après jour leur action. C'est donc, inévitablement, poser des questions, soumettre à l'examen, tenter de débusquer de fausses évidences, qui font le quotidien des coordonnateurs, des enseignants, des travailleurs sociaux ou des bénévoles engagés dans la ZEP. Le texte que l'on propose ici, après plus d'une année de recherche sur le thème du partenariat (1), peut donc apparaître fort critique, et peu amène, aussi bien pour des hommes et des femmes qui s'efforcent, au prix de quelles difficultés, de faire avancer les choses, de rendre possible une meilleure scolarité, ou de favoriser de nouvelles relations de quartier, que pour les institutions qui leur donnent parcimonieusement orientations et directives. Ce ne sont pas les chercheurs qui ont à s'affronter, sans répit, à l'échec de certains enfants, à leur socialisation problématique, à leur improbable insertion professionnelle et sociale, ou encore à la dégradation de la vie dans le quartier; ils observent le chantier mais n'y pataugent point. Qu'il soit bien clair, une fois pour toutes, qu'il n'entre aucunement dans nos objectifs de juger les actes ni même les intentions des différents acteurs. "Faire de l'insertion sociale" écrivait récemment R. Castel, dont nous reprendrons le propos en l'appliquant aux ZEP, "est difficile: ces activités exigent une mobilisation, une inventivité, une participation de toute une gamme d'intervenants qui commande le

1- Ce livre est tiré d'une recherche réalisée pour le compte du Fonds d'Action Sociale et de la Direction des Populations et des Migrations. à la suite de l'appel d'offres ayant pour thème: "Le partenariat au sein des ZEP". Elle a été faite par l'équipe de sociologie du Centre de Recherches en Education de l'Université de Saint-Etienne.

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respect" (2). Nous ne pouvons que faire nôtres ces quelques remarques de P. Bourdieu dans un article récent, introductif à un ~1Umérode sa revue consacré à "la souffrance": "C'est dans la mesure où (le sociologue) est capable de s'objectiver lui-mê ne, qu'il peut, tout en restant à la place qui lui est inexorablement assignée dans le monde social, se porter en pensée au lieu où se trouve placé son objet et prendre ainsi son point de vue, c'est-à-dire comprendre que s'il était, comme on dit, à sa place, il serait et penserait sans doute comme lui" (3) Mais justement, on n'est pas à leur place; et cette distance au terrain est sans doute la condition pour pouvoir distinguer ce que les acteurs sont plus mal placés pour apercevoir, ou sont peu disposés à formuler avec quelques chances d'être entendus. Est-ce à dire que le métier, ou plutôt la position de chercheur, permet seul l'accès à une lucidité sur ce que font les acteurs? Pas exactement. Les acteurs, à travers les entretiens recueillis, font preuve, comme on pourra enjuger, d'une finesse de perception qui n'a rien à envier à quiconque. Et on ne peut pas avancer, sans autre forme de procès, que le sens de leur action leur échappe. Toutefois, nous écartant en cela des écoles sociologiques qui prennent le parti de "laisser parler les acteurs", nous faisons quatre considérations. En premier lieu, le recul et l'absence d'implication directe permettent de voir, et de concevoir, ce que des personnes prises dans l'action ne peuvent percevoir. Ensuite, la perspective multiple, obtenue en interrogeant des acteurs placés en différents points du champ, est éclairante mais interdite, par construction, à chacun des acteurs pris isolément. Ajoutons encore que le champ de l'action est aussi un champ de jugements croisés; tout ce que les acteurs perçoivent n'est pas dicible, car ce qui est dit engage les relations qu'ils entretiennent avec les autres acteurs; seraient-ils donc placés de manière à tout voir, ils ne pourraient pas nécessairement le formuler, car la formulation même signerait l'arrêt de mort de certaines actions, ou de certaines collaborations, qui sont parfois, au moins provisoirement, plus pré2- R. Castel: "L'insertion, et après ?" in Libération du 20 Avri11992. 3- P. Bourdieu: "Introduction
cherche en Sciences Sociales N°90

- Décembre

à la socianalyse". Actes de la Re1991

- page

5. Souligné par

nous.

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cieuses aux acteurs que la lucidité ou que l'expression d'opinions. Enfin, au total, si les chercheurs gagnent quelque chose à maintenir une distance au terrain, ils perdent aussi en connaissance intime, en saisie de la complexité. Nous allons revenir plus en détail sur ce point. Au fur et à mesure de l'avancée de la recherche, nous avons éprouvé le sentiment curieux, et paradoxal, d'une complexité croissante. Ce qui, après six mois de travail, nous a paru clair parce que relativement simple, nous paraît, après plus d'un an, infiniment plus difficile à comprendre, parce que complexe. On pourrait attribuer ce balancement à une méthodologie incertaine, mal adaptée à son objet. Si la fin d'une recherche sonne aussi l'heure des regrets, dont les regrets sur certains aspects de la méthode de travail adoptée, ce n'est cependant pas là que nous chercherons les raisons de cette impression de complexité croissante. C'est plutôt vers l'objet "ZEP" lui-même que nous nous tournerons. Comme nous essayons de le mettre en évidence dans ce livre, la ZEP fonctionne plus comme une structure que comme une institution; l'objet du partenariat entre les différents protagonistes est loin d'être toujours précisé. Ceci sera démontré en son temps. Pour l'instant, en avant-propos, on fera plutôt état d'une réflexion générale, sur l'objet "ZEP", comme objet problématique. La ZEP est définie administrativement: telles écoles, tel collège, tel lycée. Au delà, le flou s'installe: géographiquement, elle s'étend, -jusqu'où 1- vers le quartier; institutionnellement, elle implique des agents de divers organismes ou associations, sans que le cercle en soit jamais totalement ni définitivement fermé. Et quand il s'agit de dire ce qu'est la ZEP, on entend aussi volontiers des définitions "en creux" , disant ce que la ZEP n'est pas, que des définitions précises de ce qu'elle est. La ZEP semble se refuser à sa propre existence. Par exemple: la ZEP se défend de faire de la pédagogie de compensation, et elle met en place des "ateliers-langage" qui en sont quasiment le prototype; elle se refuse à l'interculturalisme, et elle en fait la base de certaines actions. Comme si, au fond, la ZEP ne s'identifiait que dans des images; images qu'elle cherche à donner d'elle-même pour se conforter dans son sentiment d'existence, et continuer à exister. Si l'on osait, l'espace d'un instant, une évocation, on di9

rait que la ZEP apparaît souvent comme un hologramme. On en voit l'image colorée, mais, en tendant le bras, on referme la main sur de l'insaisissable. Et, au fond, les plus certains d'eux-mêmes pour prétendre énoncer ce qu'est la ZEP, ce sont ceux qui la critiquent, qui se posent comme adversaires d'une politique, ou comme contempteurs d'une structure locale, composée d'hommes et de femmes singuliers. Est-ce surprenant? Il est toujours plus simple d' "épingler", au risque de stigmatiser et de caricaturer, que de décrire les complexités d'un dispositif dans lequel on est "pris", où l'on est dans l'obligation de se situer, on allait dire de vivre. Ce qui nous frappe, c'est que les personnes impliquées dans la ZEP peuvent en parler longuement, parfois avec passion, sans que l'objet ZEP luimême soit jamais clairement défini. D'où, au gré des entretiens, des élargissements, des rétrécissements, des considérations inédites sur les missions de la ZEP, des revendications d'appartenance ou de participation de la part de personnes qui n'étaient pas initialement présentées comme parties prenantes de la ZEP, etc... Voilà que, depuis un moment, nous employons l'expression générale "la ZEP", au lieu de nous référer plus simplement aux deux ZEP dans lesquelles nous avons conduit nos investigations. Ceci renvoie à un troisième point que nous voulons préciser pour terminer cet avant-propos. Ce livre entend traiter du partenariat au sein des ZEP. Pourtant, et selon les termes mêmes de la commande qui fut à l'origine de cette recherche, nous avons observé essentiellement deux ZEP de la Loire, tout en nous donnant quelques points de comparaison ponctuels dans deux autres, dont une de l'Isère. Qu'est-ce qui nous permet de donner un titre général aux résultats d'une recherche qui s'appuie sur la vie de deux ZEP ? On ne pouvait pas imaginer de réfléchir sur la question générale du "partenariat" sans tenter d'en suivre les arcanes en des sites bien particuliers. Ce travail, amorcé dans un autre cadre (4), s'est poursuivi systématiquement dans nos

4- Voir D. Glasman et J.P. Payet: Réflexions sur deux figures imposées du travail social: partenariat et évaluation. Université de Saint-

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deux ZEP. Aucune ligne d'analyse n'aurait pu se dessiner sans cela. Cette plongée dans le "local" est d'autant plus nécessaire que -les acteurs ne manquent pas une occasion de le souligner- une ZEP ne ressemble à aucune autre. On peut assurément faire droit à cette revendication de spécificité, en notant avec nos interlocuteurs que, d'un site à l'autre, les organismes et les personnes impliquées ne sont pas systématiquement les mêmes, l'histoire de la ZEP est singulière, le public est sensiblement différent, et le Ilclimat Il, comme on dit, à nul autre comparable. Cependant, spécificité ne signifie pas pour nous irréductibilité. Produire des effets de connaissance suppose que l'on tente de dépasser la monographie. En deçà de cet effort, rien ne peut s'échanger d'autre que des expériences, ou des témoignages, qui n'autorisent aucune théorisation, aucune mise en perspective, aucun échange avec les autres équipes engagées dans des recherches sur le même thème. Sur ce point, tout chercheur sera d'accord, mais pourra contester que cet effort s'opère à partir de deux ZEP seulement. C'est la règle du jeu, en quelque sorte, à la suite d'une recherche limitée dans le temps et dans son budget, de risquer des généralisations, en parlant de partenariat au sein des ZEP plutôt que de partenariat dans deux ZEP de la Loire. La convergence de plusieurs équipes sur le même thème permettra, nous le pensons, les mises à l'épreuve ou les vérifications sans lesquelles il n'est pas de travail scientifique. Par ailleurs, les acteurs dits "de terrain" peuvent trouver, dans cet effort de dépassement des singularités locales, matière à réflexion de fond sur leur propre site. Notre. ambition est de soulever dans ce texte un certain nombre de problèmes, dont on considère qu'ils dépassent largement les terrains particuliers sur lesquels nous avons travaillé, et qui, c'est donc clair, ne mettent pas spécialement en cause les acteurs qui ont eu la patience de répondre à nos questions, de satisfaire notre curiosité et, parfois, de s'interroger avec nous.

Etienne, Service de Formation Continue, rapport d'une formation-recherche conduite pour le PAS Rhône-Alpes. Juin 1991.

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INTRODUCTION

La fortune d'un mot et le coup de force sémantique. Dans le vocabulaire politico-administratif, il est des mots voués à un succès certain. Peu importe pour l'instant de savoir qui, dans quel texte, et à quel propos, a employé le premier les termes de "partenariat" et de "partenaires", pour désigner des formes de collaboration entre membres d'organismes différents (1). Ce qui compte, c'est d'observer qu'aujourd'hui, dans le champ éducatif, ce terme fait florès, et qu'il est utilisé, pourrait-on dire, à temps et à contretemps. Sitôt que la participation d'une personne, ou d'un organisme extérieur à l'institution scolaire, va au-delà d'une intervention ponctuelle, pour s'étendre sur une période plus longue, le terme de "partenariat" semble s'imposer. Au point d'ailleurs que la formulation d'un appel d'offres de recherche, à l'origine de ce livre, puisse être: "Le partenariat au sein des ZEP". A l'évidence, l'intention d'une telle formulation est clairement de conduire la recherche vers l'analyse des relations entre les différents protagonistes qui oeuvrent côte à côte dans une ZEP. Mais le risque est de se laisser abuser par les mots, devenus presque "incontournables", et, piégé par les connotations égalitaires du terme, de ne pas voir que ce qu'il est convenu de nommer "partenariat" rassemble des agents sociaux et des instances dont le rapport à l'école est fondamentalement différent. Si l'on se risque en effet à lister
1- Exemple récent, et sans doute pas l'ultime, de la vogue de ce terme, cette affiche apposée dans les bureaux de poste à la fm de l'année 1990: "300.000 postiers présentent leurs voeux à leurs 58 millions de partenaires ", où seul le chiffre de 58 millions permet de comprendre que les ..partenaires" sont ici.. .les usagers (et encore, seules les personnes privées sont ici évoquées, pas les entreprises et les administrations publiques ou privées.. .). Par ailleurs, les habitués du chemin de fer n'ont pas pu ignorer en 1991 que la SNCF était "partenaire olympique" .

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tous ceux qui, dans les textes, officiels ou internes à la ZEP, sont désignés à un moment ou à un autre par le terme de "partenaires", on trouve: l'école primaire, ou les instituteurs, le collège, ou son principal, ou tels enseignants, les travailleurs sociaux, les associations de quartier ou leurs membres, certaines associations à rayon d'action plus large, et leurs permanents ou leurs bénévoles, les conseils de parents d'élèves, le Centre Social, la Maison de Jeunes et de la Culture, la Municipalité, l'Inspection Départementale de l'Education Nationale, les familles, ou leurs aînés... Or, qu'y a-t-il de commun entre tous ces agents, tous ces organismes, sinon le fait qu'ils ont tous, a un titre ou a un autre, des relations durables avec l'institution scolaire? Si cela suffit à les ériger, dans le discours ou dans la pratique, en "partenaires", il nous faudra bien analyser leur position spécifique, en particulier par rapport à l'institution scolaire. L'us et l'abus du terme de "partenariat" et de "partenaires" prend naissance dans un contexte de déconflictualisation du champ social, ou plutôt d'euphémisation des conflits entre les classes, entre les services publics et les usagers, entre les institutions opérant sur des domaines cosécants. Il participe d'ailleurs de cette tentative visant, selon le mot d'un homme politique, à mettre la société française en paix avec elle-même. Cependant, la fortune de ce mot ne s'expliquerait pas s'il n'exprimait aussi, pour les acteurs autant que pour les "décideurs", un espoir de rénovation et de décloisonnement des institutions: selon le Ministre de la Fonction Publique, le partenariat doit devenir "une nouvelle valeur du service public. "(2) Les ZEP n'auraient pas vu le jour sans cette volonté de voir travailler ensemble des acteurs que tout semblait éloigner. S'il est vrai, comme le dit P. Bourdieu, que la façon dont on se représente le monde social contribue à le modeler, on peut penser que le mot de "partenariat" lui-même est producteur d'effets
2- M. Durafour, Ministre de la Fonction Publique, devant le club "République Moderne", le 12 Janvier 1991. Cité par Le Dauphiné Libéré du 13/01/91. Le Ministre ajoute: "L'actuel systême de commandement hiérarchique est trop lourd et n'est plus adapté à notre société moderne", et il souhaite la disparition des "cloisons étanches établies par des décennies d'habitude entre les différents services publics".

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sociaux, qu'il nous faudra analyser; mais il n'est en lui-même ni égalisateur de statuts, ni réducteur de conflits. Il ya, dans l'emploi de ce terme, comme un pari de Pascal: "faites semblant d'être sur la même longueur d'ondes et bientôt vous

le serez" . (3)

S'il Y a effectivement rencontre, collaboration, réalisations communes, entre des agents ou des institutions qui n'avaient pas, dans un état antérieur du système scolaire et de la gestion des quartiers "à risque", pris l'habitude de travailler ensemble, on voit vers quelles impasses pourrait conduire l'usage, sans précautions, des termes de "partenariat" et de "partenaires". Toute la recherche, tout le propos de ce livre, consiste à analyser ce que ces termes recouvrent, dans la vie quotidienne des ZEP. Si l'on emploie dorénavant, et sans guillemets pour alléger l'écriture, ces deux termes, c'est parce que l'usage semble les avoir consacrés. Il vaudrait mieux, pour forcer le regard à se déplacer, parler de "protagonistes" , mais aucun substantif ne peut désigner leur mise en relation, comme "partenariat" le fait pour
"partenaires
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Quelques précisions sur le matériel recueilli. Nous avons d'abord recueilli des interviewes, de la part d'acteurs divers dans deux ZEP: enseignants, travailleurs sociaux, responsables associatifs, Inspecteurs de l'Education Nationale (LE.N .), coordonnateurs. Par ailleurs, nous avons consulté les documents .produits par ces deux ZEP: projets de zone, compte-rendus de réunions,
3- Il serait sûrement piquant, et peut-être suggestif, de lire la ZEP comme une scène de théâtre, où chacun se grime en "partenaire". Sur cette scène, et autour d'elle, s'échangent des dialogues, oraux ou écrits, entre des acteurs de rangs divers, qui se livrent par ailleurs à des monologues ou des aparte. Des actions interviennent entre ces acteurs, alliant les uns avec d'autres contre d'autres encore.. .Ces actions et ces discours tendent à modifier sans cesse le rang et la place des acteurs sur la scène. Ceux-ci sont des personnes qui disent parfois représenter tel groupe ou telle instance, mais ne représentent souvent qu'eux-mêmes. On pourrait donc lire la ZEP comme un jeu, au sens théâtral, plus que comme un eI\Ïeu, si l'on oubliait que les ZEP ne sont pas seulement un théâtre d'ombres et qu'elles contribuent à transformer le champ scolaire.

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actes du stage ZEP. Il nous a parfois été possible d'assister à une réunion. Enfin, des documents émanant des établissements de la ZEP, écoles ou collège, ou encore de l'Inspection Académique, ont pu être consultés. Les analyses de ce livre s'appuient sur l'observation détaillée de deux ZEP de la Loire. Dans le souci de respecter leur anonymat et celui de nos interlocuteurs, elles sont appelées, dans la suite du texte, ZEP I et ZEP 2 (4). Il est clair que les lecteurs locaux pourront jouer au petit jeu de qui est qui, ou qui a dit quoi, et découvrir sans trop de peine qui s'exprime en telle ou telle occasion. Il était difficile de citer les propos dans leur richesse sans rendre du même coup reconnaissable tel ou tel de nos interlocuteurs, désigné par sa seule fonction. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans un chapitre où s'expriment sinon des polémiques du moins des récriminations, nous avons choisi exceptionnellement, mais délibérément, de rester dans un certain vague, en regroupant tous nos interlocuteurs sous leur seule étiquette institutionnelle (5). Organisation de ce livre: trois parties. La première partie opère une mise en perspective, de plusieurs façons. Le partenariat est une notion problématique, et c'est une pratique relativement récente, qui, loin de toucher seulement les ZEP., concerne aujourd'hui l'ensemble de l'institution scolaire. On ne peut comprendre ce qui se joue dans le partenariat au sein des ZEP si on ne dessine pas la toile de fond. On présentera ensuite les acteurs du partenariat dans les ZEP, et leurs positions spécifiques. Une attention particulière sera réservée au partenaire souvent ab4- Deux autres ZEP ont été observées, de beaucoup plus loin. Il s'agit d'une ZEP de l'Isère, appelée ici ZEP 3, et d'une autre ZEP de la Loire, la ZEP 4. On fait référence à l'une et à l'autre seulement de façon ponctuelle. 5- Notre intention dans ce travail est bien de contribuer à l'analyse d'un dispositif, et en aucune façon de montrer du doigt tel acteur, encore moins de le désigner, en raison de ses vues personnelles, à la vindicte de ses partenaires. . .ou des ses responsables hiérarchiques. Nous espérons que tous auront à coeur de jouer jusqu'au bout le jeu de la discrétion à l'égard de ceux qui ont pris le risque de s'exprimer.

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sent, "les familles". On s'interrogera enfin sur l'objet du partenariat. Ceci permettra d'aborder la seconde partie. Cette seconde partie s'intéressera au "partenariat au quotidien". La question sera de savoir à la fois ce qu'il recouvre, ce qu'il produit, et ce qu'il signifie. On examinera les projets et réalisations, les relations entre partenaires, le problème des ressources de la ZEP, pour terminer par une réflexion plus générale sur la ZEP. La troisième partie tentera une théorisation du partenariat et de ses difficultés, à partir de l'analyse des identités professionnelles différentes des partenaires, et spécialement des enseignants et des travailleurs sociaux. Enfin, à titre d'information, on présentera en annexe un exemple du travail méthodologique mené, basé sur les textes ministériels relatifs aux ZEP.

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PREMIERE PARTIE

LE PARTENARIAT:

LES SENS D'UN MOT

"La première chose que je ferai, quand je serai au pouvoir, sera de rétablir le sens des mots". Sans viser un objectif aussi prométhéen que celui-ci, affiché par Lao Tseu voici quelques siècles, nous voudrions commencer par faire le tri, dans tout ce que charrient les termes de partenaires et de partenariat. Le partenariat est-il plus qu'un sujet de discours, ... ou qu'un thème d'appel d'offres? Qu'appelle-t-on partenariat? Quel public vise-t-il, dans le système éducatif en général, et dans les ZEP en particulier? Quels en sont les acteurs? Sur quels principes repose-t-il ? Quelle représentation des "familles" fonde les actions des partenaires? Répondre un tant soit peu à toutes ces questions est pour nous une façon de "déblayer le terrain", qui nous permettra ensuite d'aborder, dans la seconde partie, le fonctionnement quotidien du partenariat.