L'enfant et le langage

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Le langage de l'enfant fascine. Cet ouvrage se veut abordable par un maximum de lecteurs, pas forcément spécialistes des théories développées par la recherche scientifique. Il est notamment destiné aux parents, aux instituteurs et professeurs, aux tontons et aux tatas, parrains et marraines, papys et mamies, et, dans une moindre mesure, aux étudiants s'intéressant à la question du langage chez l'enfant et aux collègues chercheurs.
Publié le : samedi 1 novembre 2003
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EAN13 : 9782296341241
Nombre de pages : 194
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L'enfant et le langage
Une approche dynamique et développementale

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5447-3

Jérémi SAUVAGE

L'enfant et le langage
Une approche dynamique et développementale

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

SOMMAIRE

Avant -propos

9

PARTIE 1 Tous LES ENFANTSNE PARLENTPASPAREIL Chapitre 1: Chapitre 2: Variations, variabilité, erreurs, fautes... Une façon de parler propre aux enfants Au-delà du langage: à quoi ça sert d'apprendre à parler ? Voisement, babil... mais aussi regard et gestuelle

19

33 43

Chapitre 3:

Chapitre 4:

Langage et communication: quelle différence entre le singe et l'enfant ?... 63 Les sons, les mots et les phrases 71

Chapitre 5:

PARTIE 2 LE LANGAGE,LA PENSEEET LA CONSCIENCE

Chapitre 6 :

Le développement du langage et de la
pensée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 83

Chapitre 7 :

Exemple d'un processus rendant compte d'une évolution dynamique dans la production articulatoire de l'enfant 97 La conscience dans le développement langagier 111 L'exemple du développement de la conscience phono logique. 125 Apprentissage ou émergence? 141

Chapitre 8 :

Chapitre 9 : Chapitre 10 :

PARTIE 3 SOCIALISATIONLANGAGIERE

Chapitre Il :

La socialisation langagière: processus et instances

157

Chapitre 12 : Chapitre 13 : Chapitre 14 : 8

L'enfant a parfois besoin d'être aidé 165 La famille: parents, fratrie L'école maternelle: un lieu de socialisation particulier 171

183

Avant-propos

Le langage de l'enfant fascine. Tous les ans, chaque magazine consacré à l'enfance et à la famille propose un dossier plus ou moins important sur la question, avec des explications, des conseils, des exemples ou des témoignages. Nous, les adultes, ne cessons de nous émerveiller face à des mots d'enfants, des expressions qui font sourire, des tournures de phrases si particulières. Les raisons de cette fascination sont multiples. Tout d'abord, nous avons tous oublié comment nous étions lorsque nous étions enfants. Bien sûr, il est toujours possible de revivre à travers le discours des personnes qui nous ont connus très jeunes les comportements que nous avions dans le passé. Nous évoluons tous dans un monde construit par et pour les adultes. Cette majorité à l'âge arbitraire, 18 ans, est censée marquer le passage d'un statut d'adolescent à celui d'adulte proprement dit. En conséquence, il s'agit de s'assumer, de jouer un rôle actif dans la société, de pratiquer différentes activités sociales qui sont les preuves de ces responsabilités: travailler, fonder une famille, transmettre son savoir aux autres... Les enfants que nous avons été se sont développés et se sont construits pendant des années pour en arriver là où nous sommes.

Ensuite, le fait de grandir, d'être adulte, nous donne une perception du monde, dont nous sommes certains qu'il ne peut en être autrement. Nos comportements et nos pensées sont structurés par des règles sociales établies par les plus anciens et, plus largement, par l'histoire de notre culture et de notre société. Les congés payés n'étaient encore que de 4 semaines il y a 25 ans. La République Française vit sa cinquième période, c'est-à-dire que depuis plus de deux siècles se sont succédées différentes périodes durant lesquelles des hommes et des femmes sont à l'origine des codes qui déterminent nos comportements d'aujourd'hui. Et cette histoire de la Cinquième République ne se limite pas aux quatre premières constitutions. N'oublions pas les deux Empires, les restaurations, et autres régimes plus condamnables encore. Ainsi, nous sommes tous te résultat d'une Histoire collective et d'une Histoire individuelle. Un enfant qui grandit, c'est un Etre Humain en construction, qui va devoir apprendre un ensemble de savoirs et de savoir-faire qui lui permettront d'évoluer, une fois venu le moment de s'assumer dans la société. Et l'on a tendance à oublier les raisons justifiant qu'un enfant doive grandir. À quoi cela sert-il d'apprendre à parler, à écrire et à lire? Pourquoi faut-il être poli et dire bonjour, merci, au revoir, s'il vous plaît? Tout simplement pour respecter des règles sociales, des codes établis qui régissent les comportements de tout individu dans une société donnée. Et en cela, le développement du langage joue un rôle prépondérant. Nous verrons notamment dans cet ouvrage qu'apprendre à parler a des conséquences qui dépassent largement les compétences linguistiques. Au-delà de savoir « maîtriser» la langue écrite et orale, c'est grâce au langage que 10

l'enfant va se construire comme personne sociale, comme futur individu appelé à évoluer dans une société. Cette fascination pour le monde enfantin, dont la façon de parler fait partie, a toujours intrigué les chercheurs: les philosophes, les sociologues, les psychologues, et bien sûr, les linguistes. Les linguistes sont des scientifiques dont la discipline générique est appelée « Sciences du langage ». On parle aussi parfois de «linguistique» mais ce terme étant également utilisé pour caractériser les langues étrangères (un séjour linguistique en Angleterre), la formulation de sciences du langage reste préférable pour éviter la confusion. Aujourd'hui, les deux disciplines s'intéressant au développement langagier de l'enfant sont la psychologie et les sciences du langage. Bien entendu, le langage de l'enfant n'est pas toujours l'objet d'étude des psychologues et des linguistes. L'histoire de ces deux disciplines est assez différente, même si elles ont beaucoup de points communs. Tout d'abord, elles sont jeunes: un siècle (seulement, en comparaison aux Mathématiques) de réflexions et de recherches caractérisent ces deux sciences de I'Homme. Ensuite, elles ont toutes deux comme objet d'étude les comportements humains. Mais elles sont très différentes dans leur manière d'appréhender les observations et de poser leurs problématiques. Ainsi, le psychologue aura plus facilement tendance à construire des situations expérimentales pour recueillir des données à analyser, tandis que le linguiste cherchera souvent (mais pas toujours) à recueillir des données langagières les plus « naturelles» possibles. La démarche du linguiste, à propos du langage de l'enfant, sera d'essayer de Il

comprendre les productions langagières observables, et ceci à plusieurs niveaux: étant donnée la complexité d'une langue et sa composition en plusieurs composantes (les sons, les mots, les phrases, etc.), comment un enfant fait-il pour apprendre l'usage de cette langue? Que se passe-t-il si l'entourage de l'enfant est composé de plusieurs langues (enfant bilingue, voire trilingue...)? Existe-t-il une ou plusieurs façons d'apprendre à parler une langue? Etant données les spécificités de l'Anglais et du Français, par exemple, un enfant anglais et un enfant français rencontrent-ils ou non les mêmes difficultés dans leur développement langagier ? Mais aujourd'hui, s'intéresser au langage de l'enfant implique de dépasser ces barrières disciplinaires. Nous verrons notamment dans cinq chapitres plus difficiles (Partie 2) que le langage et la pensée entretiennent des rapports étroits. C'est pourquoi, quelle que soit sa discipline de formation, un chercheur travaillant sur le développement langagier est une sorte de psycholinguiste. Tout en gardant leur statut disciplinaire particulier (le psychologue restera psychologue et le linguiste sera toujours linguiste), les études portant sur l'enfant sont devenues depuis plusieurs années maintenant pluridisciplinaires. En tout état de cause, l'important n'est pas l'étiquette à laquelle se rattache le chercheur mais bien son objet d'étude. On peut remarquer de plus en plus de travaux impliquant psychologues et linguistes, parfois issus d'écoles théoriques différentes, mais dont l'objet de recherche est le même en tout point: le langage de l'enfant. Chacun apportera alors les outils développés par sa discipline d'origine et ils réfléchiront ensemble pour comprendre ce qu'aucune discipline n'a jusque-là réussi à expliquer de façon précise. 12

Le présent ouvrage se veut abordable par un maximum de lecteurs, pas forcément spécialistes des théories développées par la recherche scientifique. Il est notamment destiné aux parents, aux instituteurs et professeurs, aux tontons et aux tatas, parrains et marraines, papys et mamies, et, dans une moindre mesure, aux étudiants s'intéressant à la question du langage chez l'enfant et aux collègues chercheurs. C'est pourquoi, la formulation pourra sembler parfois approximative à ces demie;rs ; merci de ne pas nous en tenir rigueur et qu'il n'y ait pas d'ambiguité: nous en sommes bien conscient. Paradoxalement, cet ouvrage pourra aussi paraître parfois difficile aux personnes peu familliarisées des questions traitées dans les chapitres suivants. Vulgariser des connaissances et expliquer des phénomènes, sinon compliqués, très souvent complexes, est un exercice souvent difficile. Il est impossible de faire l'impasse sur certains concepts, certaines théories, certaines idées, pour expliquer, même simplement, le développement langagier. L'ouvrage se compose de trois parties. La première partie est constituée des cinq premiers chapitres et tente de mettre en évildence un certain nombre de points fondamentaux pour aborder la question du développement langagier. Aussi le premier chapitre est-il consacré au fait que les enfants possèdent une façon de parler qui leur est propre. Puis nous nous attarderons dans le deuxième chapitre :sur les enjeux du développement langagier qui dépassent le simple cadre linguistique: l'enfant apprend plus qu'une langue en apprenant à parler. On a parfois tendance à réduire le langage à la parole, à l'articulation. C'est pourquoi le troisième chapitre s'intéressera aux 13

premières manifestations langagières: bien avant de produire de la parole, l'enfant entre déjà dans le langage, grâce notamment à la gestuelle, au regard. .. Le quatrième chapitre se veut une mise au point, indispensable nous semble-t-il, à propos de la distinction entre langage et communication. Enfin, cette première partie est cloturée par un cinquième chapitre traitant des premières productions linguistiques, du son à la phrase. La deuxième partie, qui est plus difficile, peut ne pas être lue par certains lecteurs, sans pour autant gêner la compréhension des première et troisième parties. L'objet de cette partie est d'approcher, de façon sommaire, la problématique de l'articulation du langage, de la pensée et de la conscience. Ainsi, le sixième chapitre traitera de quelques idées à propos du développement interrelationnel du langage et de la pensée. Puis nous proposerons, dans le septième chapitre, une illustration pour rendre compte d'un processus d'évolution possible concernant une production articulatoire. Les huitième et neuvième chapitres s'attacheront quant à eux au rôle de la conscience linguistique, et phono logique en particulier, dans le développement langagier. Enfin, cette deuxième partie se tennine par un dixième chapitre dans lequel nous essaierons de refonnuler la question de l'inné et de l'acquis, à la lumière des théories traitant cet aspect. La troisième et dernière partie, accessible à tous, abordera le développement langagier et social de l'enfant dans une perspective environnementale. Ainsi, le onzième chapitre présentera en quoi la notion de socialisation langagière est plus pertinente que celle d'acquisition du langage, pour rendre compte du développement langagier de l'enfant. Le douzième chapitre s'attardera sur le rôle prépondérant que les adultes (et les parents en particulier) 14

ont sur le développement du langage d'un enfant. Toujours dans cette même optique, le treizième chapitre s'intéressera à la famille comme instance de socialisation. Enfin, le quatorzième chapitre s'intéressera à l'école maternelle, comme lieu de socialisation particulier. Une brève bibliographie destinée à tous complètera ce texte.

15

Partie 1 Tous les enfants ne parlent pas pareil

Chapitre 1
Variations, variabilité, erreurs, fautes... Une façon de parler propre aux enfants

Les enfants ne parlent pas comme des adultes. Cette remarque serait une lapalissade si, nous les grands, ne nous étonnions pas sans cesse face aux paroles des enfants. Les magazines sur l'enfance et la maternité regorgent tous d'anecdotes, de mots d'enfants. La réaction de l'entourage de l'enfant peut se résumer en un mot: émerveillement. Même le chercheur-linguiste ne peut rester indifférent à ces paroles enfantines si particulières. «Comme c'est mignon! »Et l'on sourit, on s'empresse de faire partager ces mots d'enfants à d'autres adultes, qui eux-mêmes ne sauront s'empêcher de vous raconter à leur tour leurs propres expériences. Pourtant, toutes ces particularités deviennent rapidement inquiétantes. Le déclic est généralement amorcé par une personne étrangère à l'entourage proche 19

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