L'enfant porte-symptôme

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On connaît l'importance des interactions de l'environnement physique, social et affectif sur le développement et le devenir de l'enfant. L'auteur après un recensement de données fournies par de nombreux bilans psychologiques met en évidence les liens possibles entre les perturbations du fonctionnement psychique et intellectuel de l'enfant d'un côté, et l'environnement et sa biographie de l'autre.
Publié le : mercredi 1 octobre 2008
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EAN13 : 9782336269603
Nombre de pages : 255
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PREFACE

On connaît l’importance des interactions de l’environnement physique, social et familial sur le développement et le devenir de l’enfant. Les difficultés du couple parental, ses dysfonctions, ont de fréquentes répercussions sur les fonctionnements psychiques, intellectuels, comportementaux et sociaux de l’enfant. La famille constitue un dispositif groupal qui perpétue, de génération en génération, ses habitudes, parfois ses secrets, des règles, des “non-dits” ou encore des représentations qui peuvent avoir un certain retentissement sur les comportements actuels et futurs de l’enfant et aussi la façon dont il va s’approprier les apprentissages ou les refuser symboliquement. Actuellement, les théories explicatives des troubles du comportement par des modèles de type biologique ou génétique sont favorisées ; les troubles présentés par les enfants relèveraient plutôt de déterminismes pré-établis, immuables. Cependant, l’Histoire et l’expérience montrent bien qu’au cours des crises sévères que peut traverser une société, et, avec l’endurcissement 13

sous-jacent des mentalités au cours de ces périodes, certaines sciences humaines peuvent être décriées, voire subir des attaques dures et injustifiées. Parmi elles, la psychanalyse peut être singulièrement et cycliquement montrée du doigt, tel un bouc émissaire, alors que, par ailleurs, ses apports à la psychopathologie de l’enfant, de l’adolescent, de l’adulte ou du couple humain sont incontournables grâce aux travaux reconnus d’auteurs comme Freud, Mélanie Klein, D. Winnicott, F. Dolto, R. Spitz, D. Anzieu, et bien d’autres… C’est dans le cadre de la soutenance d’un mémoire et de la validation d’un diplôme de praticien en psychosexologie que l’auteur s’est employé à formuler puis à vérifier l’hypothèse d’une corrélation importante entre d’une part la structuration du couple parental et d’autre part les troubles présentés par l’enfant à travers leur symptomatologie. L’école est l’un des endroits où l’enfant est susceptible de manifester sa souffrance ou son mal être ; ce lieu implique l’inévitable séparation, exige un fort investissement, suggère la sublimation, interpelle le narcissisme et l’image de soi ou encore d’autres potentialités et capacités comme celle de se projeter dans l’avenir… Pour étayer son hypothèse, l’auteur s’est basé sur un important recueil de données constitué par plus de 170 bilans psychologiques d’enfants en souffrance à l’école (l’anonymat des enfants et adultes concernés ayant, bien entendu, été strictement respecté et garanti). Un recensement et une étude très détaillée des facteurs pouvant induire des troubles de l’apprentissage et du comportement ont donc été réalisés dans le but de mettre en évidence de possibles liens entre les perturbations du fonctionnement psychique et intellectuel de l’enfant et les interactions avec son environnement et sa biographie. L’auteur soulignera également la fréquence d’apparition de certaines perturbations de l’appareil cognitif de l’écolier, notamment par rapport aux multiples “dys…” (dysphasies, dyspraxies, dyscalculies, dysorthographies, dyslexies,…), de nature à interpeller bien au-delà des simples explications génétiques ou neurologiques. Cependant, sur ce point, seules des recherches multifactorielles, 14

portant sur des études à la fois transversales et longitudinales, pourraient donner des indications valables sur l’incidence des dimensions psychologiques et cliniques. L’enjeu d’une telle recherche serait pourtant de taille, car s’il devait s’avérer que les troubles des apprentissages, pour beaucoup d’enfants, seraient d’origine psychogène, cela aurait probablement des incidences sur les thérapies proposées qui se limitent actuellement le plus souvent à la sphère instrumentale. La question serait alors de savoir s’il ne vaut pas mieux s’attacher à traiter les causes de la souffrance et du trouble, au moyen de thérapies ou d’aides appropriées, plutôt que de se pencher simplement et uniquement sur les effets, à coup de remédiations, de rééducations spécialisées ou encore de traitements pharmacologiques… Tout comme pour ces adultes vivant en couples sur le mode dysfonctionnel, y compris dans le registre de leur intimité, et qui recherchent un mieux-être par des demandes de prises en charge psychothérapiques, ne faudrait-il pas aussi viser à prendre en charge d’une manière plus soutenue ces enfants qui souffrent parfois gravement (dépressions, phobies scolaires, conduites à risques, automutilations, installation dans des pseudo-déficiences ou au contraire des intellectualisations effrénées,…) dans le cadre de nos écoles où ils sont pourtant sensés se construire ? Il s’agit aussi de se poser la question de savoir si une surmédicalisation du trouble du comportement et de la difficulté scolaire représente la solution unique et la plus judicieuse pour une problématique qui touche au domaine de la santé psychique de nos jeunes générations. Ne s’agit-il pas d’un problème d’équilibre psychique et de santé publique en général concernant toute une population ? Si notre but est d’éviter la répétition intergénérationnelle des dysfonctions et d’apporter le bien être à des individus en situation de souffrance, il y a sans doute lieu de s’interroger encore et toujours sur la nature, les modalités des prises en charge, leur fréquence, le lieu et 15

le niveau de formation et de compétence des professionnels ayant à intervenir, qu’ils soient soignants, thérapeutes ou éducateurs… Le présent ouvrage cherche avant tout à permettre de faire une sorte d’état des lieux autour de la symptomatologie de l’enfant en difficulté et en souffrance dans le cadre scolaire mais aussi à s’interroger sur ce qu’il donne à voir par rapport à ce qu’il a vécu en amont ou à ce qu'il vit parallèlement à sa scolarité.

Docteur Robert Gellman Psychiatre des Hôpitaux Directeur d’Enseignement au Diplôme Inter-Universitaire de Sexologie de Paris V, René Descartes.

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INTRODUCTION

Le sujet de cette étude trouve son origine dans l’observation, l’analyse, l’examen clinique et la prise en charge, dans le cadre scolaire et notamment du Réseau d’Aides Spécialisées aux Enfants en Difficultés, dont le psychologue à l’école est une composante, d’enfants dont les troubles du comportement constituent un obstacle majeur aux apprentissages scolaires et à la socialisation. L’examen psychologique complet de l’enfant comporte, entre autres, un ou plusieurs entretiens cliniques avec les parents. Dans de nombreuses situations et à travers ces entretiens, il apparaît que la nature des difficultés trouve souvent des éléments explicatifs qui sont en rapport avec la dynamique familiale, des troubles de la parentalité ou des dysfonctions du couple qu’il est possible, pour un psychologue d’orientation “clinique et pathologique”, de décoder. Toutefois, pour le psychologue à l’école , le cadre scolaire ne saurait constituer le lieu de la thérapie familiale et il se trouve donc dans la nécessité d’orienter la famille et l’enfant vers des structures ou des professionnels extérieurs (psychiatres et pédopsychiatres, centres médico psychologiques, centres médico psycho - pédagogiques, hôpitaux de jour, CAMPS, sophrologues et relaxologues institutionnels ou libéraux...) avec, bien souvent, les réticences que 17

cela implique de la part des familles qui ne veulent pas se reconnaître comme dysfonctionnelles même si à l’évidence, pour le psychologue, l’enfant apparaît comme le “porte-symptôme”. Ce travail de recueil et d’analyse de données tient compte de l’apport de nombreux auteurs et de psychothérapeutes de terrain qui se sont penchés sur le problème de la structuration du couple humain et dont l’approche souvent kleinienne se prête fort bien au sujet traité ici. Il nous sera également donné d’aborder quelques considérations portant sur les avantages et les inconvénients d’une approche exclusivement psychanalytique ou encore des autres approches visant à éliminer tout autre orientation. Précisons encore qu’une grande partie du contenu de la présente étude avait fait l’objet d’une soutenance, en novembre 2005, à l’issue d’une formation post universitaire, en trois ans, de thérapeute en psychosexologie (Ecole Française de Sexologie, Paris). Dans cet ouvrage on trouvera également l’apport de Geneviève Djenati, portant sur les troubles de la parentalité et le passage adolescence - vie adulte, psychothérapeute familiale, vice présidente de PSYFA (Psychanalyse et Famille), chargée d’enseignement à l’Université René Descartes / Paris V et anciennement responsable de la formation des psychologues scolaires. Un recueil de données, portant sur 172 enfants dont les troubles du comportement et les difficultés d’apprentissage sont à l’origine des demandes d’intervention du psychologue scolaire via le Réseau d’Aides, constitue le matériel d’étude et d’analyse qui va permettre de confirmer, d’infirmer ou de nuancer notre hypothèse de départ, à savoir : “On devrait observer une forte corrélation entre les dysfonctions du couple parental et les troubles de l’enfant”. D’autre part, si l’on peut supposer que des facteurs relatifs à la transmission transgénérationnelle sont susceptibles de favoriser la répétition des comportements et des attitudes dysfonctionnels de par 18

les liens de filiation, il serait également possible d’admettre que d’autres variables, d’ordres plutôt biographiques et environnementales (école, prise en charge analytique, rencontres de personnes et de situations fortuites, groupe des pairs, thérapies...) et pouvant échapper à l’emprise du système familial, pourraient permettre à certains individus de s’écarter d’un possible “syndrome de répétition”. La nature des troubles, des souffrances et des difficultés des enfants constituant cet échantillonnage va nous conduire, en outre, à aborder, d’une façon quasi incontournable, des thèmes aussi divers que : - le groupe, la famille en tant que dispositif groupal, les processus à l’œuvre dans le groupe, les pulsions dans le lien de groupe, le groupe comme lieu de la relation, d’appel et d’emplacements psychiques, la dynamique de groupe... - l’échec scolaire en tant que symptôme, la fonction de la dépression chez l’enfant, l’origine des manifestations anxieuses et de l’angoisse chez l’enfant et les mécanismes de défense mis en œuvre (agitation motrice, troubles de l’attention, comportements clastiques et violents, auto dépréciation, automutilation...) - la focalisation de la famille “actuelle” sur l’enfant, la dimension narcissique de l’amour, l’amour dans la famille et les relations précoces mère - enfant, la notion d’enfants - rois et tyranniques qui “poussent à bout…” - les problématiques à l’adolescence, notamment par rapport aux identifications... - des éléments explicatifs de psychologie et de psychopathologie de l’enfant... Si l’échantillonnage d’étude concerne essentiellement des enfants de quatre à douze ans et se trouvant donc au stade pré-opératoire et au stade des opérations concrètes pour la plupart (selon Piaget) ou encore dans la période du conflit œdipien et la période de latence (Freud), il semble toutefois intéressant d’aborder également les problématiques liées à l’adolescence, ne serait-ce que pour les repositionner par rapport à la relation d’objet et au lien à l’objet qui concernent l’individu à tous les stades de la vie : enfance, adolescence, âge adulte, 19

maturescence, sénescence... L’enfant dans sa famille Dans le cadre du travail thérapeutique avec l’enfant en souffrance beaucoup de praticiens ont acquis leur conviction que les méthodes exclusivement d’orientation psychanalytique montrent leurs limites : l’enfant est extrêmement dépendant de son environnement, et le milieu familial, souvent de manière inconsciente, ressent l’intervention sur l’un de ses membres comme une remise en question de l’ensemble de son équilibre groupal. La tendance familiale consiste bien souvent à éviter toute prise en charge psychologique qui risquerait de déboucher sur une remise en cause de son fonctionnement groupal. En effet, ce qui empêche les parents de venir consulter avec leur enfant, ce ne sont pas des objections d’ordre théorique, mais beaucoup plus une blessure narcissique ou une réaction affective inconsciente qui leur fait redouter l’accès de l’enfant à l’autonomie par l’intermédiaire de la thérapie. Il y a souvent des partenaires qui masquent leurs fragilités et leurs difficultés personnelles en formant un couple. Pour ceux-ci, il y a une réelle difficulté à supporter la moindre évolution du lien conjugal, dont par ailleurs l’enfant souffre, parfois au point d’en devenir le porte-symptôme, car si la structuration de tels couples a un effet stabilisateur pour les parents, elle peut avoir un effet perturbateur, voire pathogène, pour l’enfant issu de parents dont il est pourtant aimé. Nous verrons dans les pages qui suivent et notamment dans la partie interprétative des données toutes les symptomatologies qui peuvent être manifestées par ces enfants, notamment dans le cadre scolaire, qu’il s’agisse d’apprentissages ou de “savoir être”...

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PREMIERE PARTIE

DONNEES THEORIQUES

A - A PROPOS DU COUPLE

Les thérapies de couple
Il semble assez évident que les effets des interventions en thérapie de couple ne seront possibles et efficaces qu’à partir d’une compréhension approfondie de chacun des partenaires. Pour le clinicien, une investigation très complète de la structure dyadique s’impose car il s’agit d’en avoir une approche synthétique. Il y a, en effet, obligation d’avoir une perception globale des mécanismes psychiques inconscients qui peuvent être mobilisés chez chaque sujet. Certains couples ont déjà pris une décision de séparation avant la consultation, d’autres couples viennent pour des problèmes ayant pu survenir suite à de sérieuses mésententes avec toutefois l’espoir d’améliorer leur fonctionnement. D’autres encore viennent à l’occasion de problèmes qui risquent de briser leur couple. Enfin, une dernière catégorie de consultants vient sur un mode plus préventif (conflit occasionnel, interrogations des partenaires avant de former un couple…) Une fraction non négligeable est formée de couples non officiellement mariés. Il reste aussi les couples qui se refusent au mariage institutionnel d’une part et d’autre part ceux à qui des dispositions légales 23

interdisent le mariage. Ainsi, l’ensemble des personnes qui viennent consulter, en thérapies de couple, constitue un panel important des différentes circonstances, souvent délicates ou particulières de l’histoire des itinéraires respectifs des conjoints. Concernant l’approche psychanalytique de ces problématiques, et pour la plupart des cliniciens, il n’est plus discutable aujourd’hui que la cure psychanalytique constitue le mode d’investigation le plus profond des mécanismes de l’inconscient. Cet abord permet la compréhension des processus, des défenses et des désirs de l’analysant, et ainsi de toute l’organisation intrapsychique et ses aménagements dont fait évidemment partie le choix de l’objet d’amour. En revanche, la durée même de la cure psychanalytique peut constituer un obstacle de taille pour ce qui est du choix de la thérapie surtout lorsque la souffrance, le désir ou la demande du couple n’admettent pas un traitement au long cours. Ainsi, dans certaines situations où le couple est au bord du drame de la rupture, des prises en charge plus brèves, au moins dans un premier temps doivent parfois être mises en place.

La structure dyadique du point de vue psychanalytique
Les fonctionnements psychiques respectifs de chacun des partenaires, dans la structure dyadique du couple, sont concernés de très près par tous les processus inconscients, et à ce titre ils ne sauraient être explorés sans la compréhension profonde des processus inconscients issus des travaux psychanalytiques. Toutefois, toute étude du couple humain ne saurait se réduire à la dimension psychanalytique dans la mesure où l’on a affaire à un groupe humain qui obéit nécessairement aux lois des groupes sociaux. Confrontés de la sorte à la dynamique de deux personnes qui 24

décident de former un couple, il peut nous paraître difficile de cerner et de comprendre les forces qui les y poussent : pressions sociales, culturelles, déterminismes économiques, pulsions, affects, ou encore celles qui plus tard tendront à les dissocier : intérêts matériels, conflits de famille, pulsions agressives, projections plus ou moins délirantes… Freud, dans ses tentatives d’interprétation des processus groupaux avait proposé un premier schéma du fonctionnement mental s’appuyant sur son concept de “triangulation œdipienne” : mère, père, enfant. Mais pour d’autres, comme Lewin, les comportements humains ne seraient pas seulement le résultat de forces psychologiques individuelles, mais aussi celui des forces des divers groupes d’appartenance de l’individu.

Le choix du partenaire
Y a-t-il un choix spontané ? En demandant à des partenaires d’évoquer les raisons qui les ont poussées à s’unir, ce sont souvent des réponses banales et relatives à la destinée et au hasard qui seront avancées en premier lieu. En revanche, les explications données spontanément par les partenaires en laissent paraître un peu plus, pour qui sait les entendre, à travers les oublis, les lapsus, les silences, les associations d’idées spontanées, les contestations réciproques de détails relatifs aux conditions de la rencontre, etc… De ce fait, une véritable écoute analytique saura repérer quelles sont ou quelles ont pu être les attentes latentes de chacun des partenaires au moment du choix... Qui épouse qui ? Sur cette question il convient de constater que l’étendue du champ 25

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