//img.uscri.be/pth/33a769d4b17b231a274926c848a5991ae07df6d1
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'enseignement des littératures francophones

220 pages
Ce volume, consacré à l'enseignement des littératures francophones, n'a pas la prétention de fournir le tableau encyclopédique d'un champ pédagogique unifié. Au contraire, l'éventail des contributions ici réunies voudrait d'abord ouvrir des perspectives, nourrir des réflexions, susciter peut-être des expériences nouvelles, en présentant des points de vue parfois éloignés, à partir de situations pédagogiques différentes (France, pays francophones, pays de français langue seconde ; enseignement supérieur et enseignement secondaire). On balise d'abord une problématique = analyse du statut propre des textes francophones et de leur intérêt pour les études littéraires, mais aussi mise en garde déontologique. On propose ensuite quelques exemples d'application pratique : comptes rendus d'expériences, travaux réalisés par des étudiants, à partir de textes belges, québécois, mauriciens, antillais. Enfin, on fait le point sur quelques situations et perspectives précises : réalités et difficultés de l'insertion de textes francophones dans l'enseignement (exemples pris en France et au Danemark, au Bénin, au Zaïre ou en Belgique). Un Cahier de Création, consacré à un important inédit du romancier algérien Nabile Farès, complète le volume.
Voir plus Voir moins

ITINÉRAIRES ET CONTACTS DE CULTURES

A PARAÎTRE
Volume 3 : Littératures insulaires. Volume 4 : Les littératures maghrébines.

COMITÉ DE RÉDACTION
Jacqueline ARNAUD, Michel GUERRERO, Jean-Louis Jacques BINET, Claude FIL TEAU, Jeanne-Lydie GORÉ, Bernard MAGNIER, Bernard LECHERBONNIER, Fernando LAMBERT, Maximilien LAROCHE, Jean-Marcel PAQUETTE. JOUBERT,

Toute correspondance et demande d'abonnement doit être adressée à l'adresse suivante: Éditions L'Harmattan, 7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris.

CENTRE D'ÉTUDES UNIVERSITÉ

FRANCOPHONES PARIS XIII

ITINÉRAIRES ET CONTACTS DE CULTURES
volume 2

L'enseignement

des littératures

francoPhones

Éditions L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1982 I.S.B.N. : 2-85802-235-6

SOMMAIRE

PROBLÉMATIQUE Serge BOURJEA : Identité de la littérature/Littérature de l'identité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . .
Michel HAUSSER: Déontologie des études littéraires africaines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Michel GUERRERO: L'enseignement des littératures francophones: communauté, spécificité et dialogue. . . . . .

9 35 57

PRATIQUE Alain BAUDOT:
Suzanne Lilar

Pour fêter Une enfance gantoise, de

....................................... GOLDENSTEIN: Ici, là-bas: et maintepropos du poème de Michèle Lalonde:

71 97

Jean-Pierre nant? (A

« Speak white»)

....................................

Jean-Louis JOUBERT: A l'autre bout de moi, de MarieThérèse Humbert, et la littérature mauricienne. . ......... 113 Solange MAUGARNY: L'espace, métaphore essentielle dans A l'autre bout de moi, de Marie-Thérèse Humbert. . 127 Françoise AMACKER: L'île dans Pluie et vent sur Télumée Miracle, de S. Schwarz-Bart. . .. . ... . . . . . . . . . . . . . . 140

SITUATIONS

ET PERSPECTIVES

P. NGANDU NKASHAMA: L'enseignement de la littérature africaine écrite à l'Université. Propédeutique et méthodologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153 Adrien HUANNOU : L'enseignement et l'accueil des littératures francophones au Bénin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169 Régis ANTOINE: La littérature des D.O.M. et notre responsabilité d'enseignants. ............................ Jacqueline ARNAUD: Notes sur l'enseignement de la littérature maghrébine de langue française. . . . . . . . . . . . . . Marie-Alice SÉFÉRIAN : Études maghrébines à l'Université de Copenhague. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180 189 197

Robert FRICKX : Littérature belge et enseignement. . . ..
CAHIER DE CRÉATION Nabile FARÈS : Carnet d'Ali-Said (Extrait)

203

211

PROBLÉMA TIQUE

Identité de la littérature/Littérature

de l'identité

par Serge BOURJEA UFRJ /UERJ, Rio de Janeiro

La Littérature

souffre

aujourd'hui

de deux grands

maux:
-

une hypertrophie un pédagogisme
ces deux

de sa théorie chronique,
c'est-à-dire

qui la rend plus complexe; invariablement.
l'intellectuel entre

qui l'anémie Infini,

Entre

fléaux,

ne jurant que par l'Entretien ne jugeant parti! que par les moyens dra que le cas est douteux

et le technocrate ... on convienest mal

d'enseigner

et que le littéraire

Nous avons essayé par ailleurs on pouvait pratique; tenter de réduire comment,

(1) de montrer analyse

comment et

la fracture entre théorie de

par une meilleure espérer

des foncnouvelle

tions littéraires, l'enseignement, çais langue

ainsi que par une réorientation une situation notamment

on pouvait

pour la "littérarité", étrangère".

dans le cadre du "fran-

Il faut pourtant insuffisantes tuelle, question

convenir

que ces indications

restent ac-

et laissent

intact le problème de l'écriture le veuille

essentiel: que sous de la litté-

ce qui reste en jeu dans la crise de la littérature aussi bien sous l'angle est, qu'on d'identité. celui de la lecture,

ou non, une

Quel est l'être profond

-9-

rature?

(Qui est-elle

?) Quel est son pouvoir inévitables textuelle,

sur l'être (Que peut-

par qui elle naît et sur celui qui la reçoit? elle ?). Voici les questions faire l'économie. surtout) lettre. C'est cette question aimerions aborder jours à séparer en essayant constitue centrale d'une identité que de celui de la réception si l'on n'est qu'un professionnel

dont on ne peut même (et peut-être le pâle media

tant du point de vue de la production "utilisateur",

par qui s'enseigne,

tant bien que mal, la

que nous tou-

à présent,

mais en nous refusant

la théorie

de la pratique,

c'est-à-dire (ce qui et la littécultudu

de marquer

l'articulation l'objet

qui doit exister

entre la littérature aujourd'hui

dans son être de langage de la théorie)

rature dans son expressivité met les identifications. relIes).

(dans ce qui, en elle, persociales, toutefois à la théorie

personnelles,

Nous nous en tiendrons

Texte d'une part, parce que le Texte constitue la plus littéraire "francophone" a exacerbé de la littérature; aux niveaux très d'autre

la partie

à la production structural, aussi la sou-

part, parce que la "francophonie" Dans quelle mesure "parisienne"

les problèmes

bien que thématique quête d'une identité

ou culturel. littéraire,

vent, s'accorde-t-elle ture de l'identité tre vraie question, par laquelle problème

aux développements

d'une littéraVoilà nodu

dans les pays francophones? l'interrogation, nécessairement littéraire.

pour nous capitale, la solution

semble passer

de tout enseignement

I. Identité

de la Littérature "Est écrivain celui pour qui le langage fait problème, qui en éprouve la profondeur, non l'instrumentalité ou la beauté." BARTHES
10-

La difficulté tionnaires tiellement prenante, leuse, trois

majeure,

rencontrée de collègues littéraire.

tant auprès des étuainsi que de gesdonc essenFaire reconnaitre et de façon surtantôt périlA cela,

diants que de bon nombre français la spécificité

de la Culture,

concerne

une "littérarité"

apparait

régulièrement

comme une tâche tantôt téméraire, façons quasi impossible!

et de toutes

séries de raisons: de l'enseignement à enfermer officielle, du français à

1) Les technocrates l'étranger semblent dans le cadre d'une gée pour les besoins clarés "classiques" gulièrement

s'obstiner culture

la littérature

revue et corriIls demandent des ré-

de leur cause, ou "exemplaires". c'est-à-dire et versée
(2)

faite de textes dé"oeuvres" véritainalièna-

que soient

lues et célébrées

et non des "textes", blement "exorcisée"

des écrits dépossédés

de leur valeur d'écriture, (mais consommable

une lettre récupérée, au patrimoine

sous cette forme appauvrie

et confortable)

ble des "belles lettres". 2) Les étudiants, Le travail soumis,

de leur côté, sont habitués de la langue auquel dans ce cadre,

à exi-

ger du texte qu'il manifeste d'apprentissage est largement

un sens clair et jaugeable. ils sont des textes de cet état d'esprit, des informations (donc lui, se déun

responsable

dans la mesure d'argumentation dit toujours effectivement robe toujours

où sont utilisés destinés

à communiquer

entre un locuteur

et un récepteur. est assurée

Le texte d'arguments cette chose est

quelque perçue.

chose et sa compréhension lorsque Or le texte littéraire,

celle de la langue)

au sens parce qu'il est littéralement

excès du sens, ainsi que nous allons le voir. 3) Une certaine traditionnelle) re qu'elle critique littéraire (glosatrice et

est également

à incriminer.

Le commentai-

développe

nécessairement

(qu'il soit para-

-11-

phrastique finalité

ou plus astucieux) de produire

signifie

ou mieux,

a pour Il tra-

obligée

de la signification. tout en escamotant littéraire. française le Cimetière prêtant

duit en quelque sans vergogne, récrire ~,

sorte le texte littéraire sa spécificité courant"

et le fait pasainsi, céà L'exemple s'appliquant (...) à

ser en "langue accessible",

lèbre de ce colonel de l'armée "en langage celui de Madame

Marin de Valé-

Bovary en français-facile convenir

sont sans doute des caricatures sourire. Il faut pourtant que tout à fait primaire faire apparaltre transitif, la fois.

généralement

que ce stade pédagogidans la plu-

n'est guère dépassé

part des cas etque l'on s'efforce c'est-à-dire

auj ourd' hui encore de comme exclusivement et communicable à

le texte littéraire communiquant

Or, le Deqré zéro de l'Ecriture toute la critique contemporaine, dre que la littérature fie comme littéraire té", son "écriture", vain est une activité qu'il faut parvenir les conséquences: de conununiquer.

(1953), et par delà la quali-

nous ont fait compren-

dans ce qui, justement, sa "textualité") fondamentalement

(indifférenunent dans sa "littérariest à l'évidence intransitive. mais claire, pleinement et que "écrire" pour l'écriun peu rigoureuse littéraire

une "contre communication" C'est à cette définition,

et dont il faut mesurer le Texte

n'a pas pour fin

"L'écriture n'est nullement un instrument de communication, elle n'est pas une voie ouverte par où passerait seulement une intention de langage." "L'acte littéraire ... est un acte absolument intransitif ..."

"Ecrire est un verbe intransitif
là que l'écriture pas de produits." ne procrée

...

dans ce sens

pas. Elle ne délivre Critiques

(Barthes. Le Deqré Zéro p.21 ; Essais p.140, Sur la Littérature p.41.)

- 12-

Kristeva

comme Barthes

(il est vrai à des époques totale

et

avec des fins quelque tement montré aboutissent sont encore sa "vérité", inspirées sclérosent langue, tûute point

peu différentes) littéraires les nôtres:

ont ainsi parfâià laquelle qui fixés scientistes obstinément

les causes de l'impasse

les approches bien souvent

sur la sacrosainte

signification

du texte

(c'est-à-dire ces approches manquent ou la

son "communrLcable"prétendus) saussurienne du texte, engendre

de la linguistique la signifiance

qui seule le qualifie est ce qui éclate ou régènère (de non plus

en sa spécificité.

Or "signifiance" le sens;

ce qui, infiniment,

façon sub-vertit)

ce qui se désigne

tant par la polysémie par sa fonction

du texte, que beaucoup de "dissémination" (Blanchot/Barthes) entré dans les (3)

justement moeurs,

(Derrida)

ou, pour employer

un terme davantage

par sa "pluralité"

"signifiance est précisément cet engendrement illimité et jamais clos (...) ce procès hétérogène." "La signifiance devenant une infinité différenciée dont la combinatoire illimitée ne trouve jamais de borne, la "littérature" (le Texte) soustrait le sujet à une identification avec le discours communiqué ..." (Kristeva. Sémeiotiké p.15 et p.10) "Interpréter un texte ce n'est pas lui donner un sens (plus ou moins fondé, plus ou moins libre) c'est au contraire apprécier de quel pluriel il est

fait..."

(Barthes. SiZe

p.ll)

"Le Texte pratique le recul infini du signifié, le Texte est dilatoire ... le Texte est pluriel. Cela ne veut pas dire seulement qu'il a plusieurs sens, mais qu'il accomplit le pluriel même du sens: un pluriel irréductible." (Barthes. De l'oeuvre au Texte p.227) Ne croyons à la théorie ment: se trouve pas être, par ces allusions du Texte éloignés du concret d'une pédagogie très exactement L'étudiant multipliées de l'enseigne_

tout le problème au contraire fondamental.

de la littérature posé et condensé son

sur ce point

et bien souvent

- 18-

professeur,

ne sont pas habitués et "irréductible" cet aspect

à considérer

la part ou,

"insaisissable" si l'on préfère, s'en moquer ailleurs, absente

de la littérature, en elle qui la

spécifique jusqu'à

fait perpétuellement immaitrisable,

"se jouer de la langue"

(à la fois et toujours

et la tricher),

se rendre proprement sorte, toujours

tout en même temps plurielle ou, en quelque

plus éloignée

au sens. "mais-qu'est-ce-que-ça-veut-dire ou tout bonnement apparent, deviennent preuve leurs baillements comme leur alors la plus évide l'inadéquation Une pédesans conviction ?"

Le très fameux: de nos étudiants, d'ennui, manque d'intérêt d'un enseignement ponses dagogie cohérente

leurs interrogations

dente et la plus significative qui s'efforce là, où, par nature, assumer

encore de donner des rédu fait littéraire charge de dire que rien d'autre que le qui le façon

il n'en peut exister.

et respectueuse la lourde (du moins,

vrait évidemment

"ça" ne veut rien dire le dire; fonde; parle,

"ça"); ou mieux, que "ça" dit le rien, c'est-à-dire: que le livre est habité par une absence que la littérature à propos est bien d'une certaine

le vide ou l'insubstantiable formes vides, Citons

... dans le sens où Proust de "grandes !

des poèmes de Baudelaire,

comme des sacs à jambon" pour confirmer

Blanchot

cette absence-de-fond s'empresseront clarté sont d'une

de la lettre, de qualifier aveuglante textuelle:

en deux textes que beaucoup d'abscons, alors qu'ils

tant pour la réception

que pour la production

"L'angoisse de lire: c'est que tout texte, si important, si plaisant et si intéressant qu'il soit (et plus il donne l'impression de l'être), est vide - il n'existe pas dans le fond; il faut franchir un abime, et si l'on ne saute pas, on ne comprend pas." (23)

-14-

"Ecrire", "former" dans l'informel un sens absent. Sens absent (non pas absence de sens, ni sens qui manquerait ou potentiel ou latent). Ecrire, c'est peut-être amener à la surface quelque chose comme du sens absent, accueillir la poussée passive qui n'est pas encore la pensée étant déjà le désastre de la pensée ... Un sens absent (qui) maintiendrait l'affirmation de la poussée au delà de sa perte." (Blanchot. L'Ecriture du Désastre p.23 et 71) Citons Pierre Fédida et la psychanalyse incessamment du langage la littérature et sa vacance post-lacaniencomme déri(son aisan-

ne, pour faire entendre sens qu'affirme sion ce) (destruction)

(si l'on peut dire) le jeu du

"La lecture est l'intention de l'absence; sitôt appelée, la ligne disparait. Jouer met en scène l'absent avant qu'il soit rejeté dans l'absence. Ecrire est ainsi _ l'absence est au coeur, potentiel: il est la marge, l'horizon du blanc (...) Le dit n'est pas (dans ces conditions) l'explicite. rI est plutôt -telle la marge ou tel l'horizon- les potentialités muettes du non-dit." (Fedida. L'Absence p.36) Voici, jourd'hui nous semble-til, la première ce qui devrait constituer au-

visée du professeur littéraire, à nouveau

de littérature pour

en quête de l'identité re et son plaisir des étudiants part communicable taire, argumentale) littéraire

ce par quoi la lectuconcevables : montrer que la très peu

seraient

"de langue étrangère" de la littérature

(sa valeur documen-

est très souvent dérisoire, pour elle-même. est ailleurs:

de toute façon, à la limite banale ou sans inMais montrer au niveau du que la spécificité même, autres d'une potentialité, du texte littéraire, d'une disponibilité aujourd'hui

térêt réel, si on l'analyse réciproquement jeu de langue, au niveau, "l'effet fait de cette banalité sans fin ni intention de texte" (5). - 15-

que celles de sa jouissance,

en fait, de ce que l'on appelle

Ce que dit le texte prête bien hypocrite contraire! Liécrivain m'obsède", roman! n'y déclare "je souffre" jamais,

(constamment)

à l'ennui

et le

est celui qui s'efforce

de prétendre

au fond des choses,

que de sédui-

sa pauvreté:

"je suis amoureux",

"ceci me blesse ou comme on dit, tout un rapidement pleure" et devient ... tous on nous

... bref, notre quotidien, est assez fréquBmment "tourne" "Werther

quoi il n'y a pas lieu de faire, Si son affabulation elle sante et intrigante, lassante: communiqués
l'accordera.

"Emma a un amant",

assez peu palpitants

à la longue,

Ce que ne dit pas le texte, jargon critique son "inter-dit" ses lignes à la mode:

c'est-à-dire,

selon le entre

son "in-dit",

son "dé-dit", celle que

; ce que le texte donne à entendre

(6), est alors sa part primordiale,

l'on doit investir et même fonder à la limite (puisqu' objectivement une interrogation ne repose ici que sur le vide) ; il est son infini, son seul réel
.

son impossible,

c'est-à-dire

finalement
possible")

(Lacan:

"le réel, c'est l'im-

II. Littérature

de l'Identité

("francophone")

"Ecrire poétiquement consiste à dire le monde, à créer le monde en se disant, en se créant soi-même, en vivant en symbiose avec le monde". SENGHOR Notre réflexion sif du "langage afin de l'ouvrir à ce paradoxe tif) et, au-delà, sur la littérature comme volonté à toutes austérité comme refus subver-

instrument"

(du sens en tant que définide jouer la langue à vide nous condu~t pratiquement ses potentialités, de définition, assumé

donc à une certaine

très largement

aujourd'hui:

- 16-

"La parole poétique (-c'est-à-dire justement la partie littéraire de la littérature-est une parole intransitive, qui ne sert pas: elle ne signifie pas, elle est." (Todorov) Une question nôtre: études dont nous avons lisation se pose alors dans mesure modernes, signalé l'importance l'optique qui est la

dans quelle littéraires du langage

la littérature répond-elle

francophone, à cette désidéacomme ir~

dans le champ des

littéraire, francophone

à cette dissémination est traditionnellement do~umentaire (procès du choc tex(conséquences

(prolifération) réductible? exploité,

opérée par une lettre reconnue dans sa valeur

Le texte en effet,

du colonialisme) des cultures)

ou pSjehologique
..,

et très peu dans sa valeur proprement

tuelle, dans sa littérarité
Nous nous heurtons tion irréductible.

ici, en apparence,

à une contradic(Blanchot),

Si le texte est le "neutre"

c'est-à-dire s'il est sans référence en dehors de luimême, s'il n'y a de science du texte que le texte luimeme, cette ble pour: conception est considérée généralement vala; -une littérature contemporaine (parisianisée)

-une littérature occidentale (culture chrétienne -capitaliste). Or, l'un des principaux mérites de la création africaine, bécoise, ropéen absurde absent, surprenant antillaise est justement ou, dans une certaine d'avoir rompu comme mesure, quéeuavec l'e courant

et de s'être établie de l'écriture n'existe de soutenir qu'il

renouvellement française.

souvent est

en langue

Il parait

que le "dit" du texte francophone ici qu'un message, que ces littératures

un communicable idéologinéentendent

sans intérêt: cessairement.

ce serait faire fi des aspects

ques et sociologiques,

Nous ne soutiendrons Aborder la francophonie (le Brésil)

pas exactement qu'avec

le contraire. antbropolo-

dans un pays non francophone un support

n'est possible

- 17 -

gique conséquent, lonialisme) absurde. diaspora dous" sans lesquels

des appuis

historiques dérisoire

(histoire du coautochtone)
,

et culturels l'analyse expliquer

(mode de pensée devient Césaire

ou franchement la

Comment

sans considérer

nègre et dans l'ignorance lire Senghor aux traits culturels

des "békés" et "douet l'animisme, et wolofs? sérères

? Comment approcher

sans le griot

sans allusion Comment

Rabemananjara

dans la méconnaissance malgache? rompt le plus cela ne à la définition le consont Il

'du culte des ancêtres Pourtant, souvent

et du "famadinha"

si la littérature

francophone échappe

avec la littérature La lettre,

franco-française,

signifie pas pour autant qu'elle profonde. ici comme sa profondeur traire serait lifications l'objet et affirmer une certaine

là, est bien la même dans supposer les disqua-

ou seulement

façon de justifier
, "imitation"

habituelles

dont les écrits

francophones etc...).

("sous-littérature"

faut notamment tellectuels

considérer

que si un certain "francisés" grégaire

nombre d'in-

et d'artistes

ont choisi d'écrire coloconla

(ont élu l'écriture nisante centrée

et non pas tel autre geste ou moyen), d'une culture bien parce que le lid'en marquer en ce s'acde

ce n'est pas par imitation vre leur offrait, tre cette culture différence

sur le livre, mais par nature,

le moyen de se dresser Nous dirons suggérée,

ou, plus précisément, à eux-mêmes.

par rapport

sens, sans croire être paradoxal, tité littéraire corde pleinement l'identité rature avec l'analyse

que la quête de l'idende cette littérature

telle que nous l'avons jusqu'à

que constitue,

nos jours, la litté-

francophone. le bien fondé de cette liaison, considérations, passant actuelle il fau-

Pour établir drait de longues fondamentaux également

par les points africains,

de la critique

du Texte, portant

sur de nombreux

exemples

d'écrits

- 18-

antillais
d'espace,

ou malqaches d'en marquer

... Nous nous contenterons, les aspects le Texte: pas résoudre interrogations fondamentales Quoi parle?

faute que ne

les plus caractéristiQui par-

ques selon les trois manque cation mais le ? Et pour qui? seulement ...

pas de susciter qui ne prétend

Il s'agit

là d'une forme de simplifitous les problèmes, et inviter à les mieux ap-

les proposer

profondir

1) - "Quoi parle ?". Question d'objet. Barthes a bien montré (dans S/Z et Barthes par lui-même notamment) que le Texte s'instaure toujours d'un "vol de langue", tout à la fois emprunt de codes destinés à d'autres usages, et mime (moquerie) de ces plus sérieux ou plus sociaux, codes. Le Texte est donc fait d'une langue détournée, d'une matière progressivement commence aussi en quelque annoncée sorte falsifiée puis rappelée ... Cette idée, vient de authentique l'inarbrutalement,

en fait de Sartre pour qui la littérature "avec la décision le détourner ticulable". volontiers abusive toujours de ses fins revient

de voler le langage,

(...) pour présentifier à un usage écrire en quelque foi). francophone,
"hors

(7) Dans les deux cas, la mimesis démystifiant:

des codes

comme des discours

la loi",

est une appropriation façon un acte celui de (étymologiquement

et un détournement; frauduleux

par nature la création

la ruse et de la mauvaise Si l'on considère viendra xystique languages tentrice séquences prunt" dans la constitution puisqu'il que cette nécessité

on conparodes

première

du 'vol de langue" devient ici de copier

de la "littérarité" s'agit non seulement

rodés à d'autres

fins, mais encore d'emprunter d'une autre culture et dé(8). On sait les consociologique

toute une langue, parfois

véhiculaire dramatiques

d'un autre mode de pensée

de ce "vol", de cet "emau niveau

plus ou moins contraints, - 19-

comme au niveau psychologique: cophones commence en ont parlé. à peine à mesurer

tous les écrivains

franau du

d'une manière par contre c'est-à-dire

ou d'une autre. On leur importance de la génération Un Roger

niveau de la "texture", son, du moins, afro-antillaise chez Césaire

texte aussi vien que de sa structuration. (9) a montré parfaitement chez Kristeva, est bien une "réécriture". (caricaturale)

Toumsur et

que l'écriture S'appuyant pour analyser du révèle

la théorie de l'intertexte la "copie" chez Glissant,

de Shakespeare martiniquais

l' "interpellation" parfaitement

(au sens propre

mot) de Saint-John un fonctionnement rature ture. Sa conclusion "francophone" Littérature

Perse, le critique textuel

de cette littéraà toute littéà la et, par delà,

est en fait applicable nous semble-t-il observées,

en général:

"sur la foi des deux transformanous avons été amené à comme la loi géné(p.127) de haute lutpeut apparaitre

tions intertextuelles dire que la réécriture rale du discours

littéraire

afro-antillais"

Quoi qu'il en soit, la "langue arrachée te" chez un Kateb Yacine, çaise" chez le sociologue créer une langue nouvelle" Albert Memmi,

la "lutte avec la langue franl' "effort pour ou "le devoir de chez Césaire

violence" imposé à la création chez Yambo ouologuem ... (la), toutes ces expressions renvoient également à la même évidence re centrale: ce qui parle dans la littératu(francophone ou non), ce qui est activé par la lettre, une langue qui se défait Citons : et se refait à ce propos

est avant tout une langue volée, une langue dont on refuse la maitrise, J. Rabemananjara dans l'acte même de la littérature.

"Dérober à nos maitres leur trésor d'identité, le moteur de leur pensée, la clef d'or de leur âme, le sésame magique qui nous ouvre toute grande la porte de leurs mystères, de la caverne interdite où ils ont entassé les butins volés à nos pères et dont

- 20-

nous avons à leur demander des comptes 1 (. ..) Ce déli t (des "voleu.t'sde langups") au moins, nous l'avons commis 1" (Les Fondements de notre unité tirés de l'époque Coloni~l~. Présence africaine n024/ 25)
2)
-

"Qui parle

7". Question Question

non plus de matière

mais comun

de lieu d'écriture. me les critiques formaliste, sujet précis évidentes: supporter

de sujet. La philosophie héritées du cartésianisme ou non), "suppôt" de cerner constamment nommé

littéraires

se sont efforcées du discours ce "suppôt" (de répondre quelquefois devant

(littéraire

sujet staà des fins de

ble et responsable,

évidemment

permettre

du discours

et tout en même temps la précision comme Si reconnues

de lui servir de fondement), de son identité, indispensables "ça parlait" cogitans") étaient

sa définition, sérieuse

infailliblement bien que

à toute approche il fallait la pleine

du discours. (un "ego ...

"quelqu'un"

en assume

responsabilité en miettes.

Le sujet est aujourd'hui soit absent desséchant, dispersion comme semblait

reconnu

Non qu'il "éclaté"

le souhaiter apparait

un structuralisme à présent comme dans cette (Impossible parle; il du

mais par ce qu'il même, il trouve

ou "dispersé"

et que, dans cet éclatement aujourd'hui:

sa seule réalité. "Flaubert

de dire par exemple discours bilité minés). puisque etc..."

veut dire ceci et cela:

il est le seul énonciateur

; c'est le Texte qui assume sujet" n'est pas aliénable spécifiquement du procès

la responsa(non:O:1able) de l'hisla et

du sujet et qui le "parle" depuis des lieux disséCe "nouveau son être déjoue les aliénations (bénéfiquement) la pluralité

(de la culture malédiction se refuse

et de ses langages;

toire etc ...). En un sens, il répète de Babel puisqu'il à toute totalisation, également instaure

à toute univocité.

Puis-

qu'il diversifie

les lieux de la "prise de papar la façon dont il

role" et se caractérise

davantage

- 21 -

profère maitre

que par ce qu'il dit en réalité. n'est pas celui d'une de son propos), mais celui d'une

Ce "nouveau su(il n'est hétéromais véritable langue,

jet" enfin,

"cogitation"

nomie des choses. d'une énonciation
surienne"

Il est non pas sujet d'énoncés, ; il est sujet non d'une

(réglée une fois pour toute), écriture, c'est-à-dire et pourtant insaisissable,

"sausmais bien d'un déplacé, tou-

texte, d'une ment présenté

d'un être constam-

jours dérivant. Appliqué Choisissant pour à la production la littérature moi, écrivant "francophone", moins pour français" une telle conque

ception est tout particulièrement "s'interroger" (non pas:

riche de conséquences. "s'exprimer"

"voilà qui je suis", mais ? ...), l'écrivain à la déil évite

"qui suis-je, francophone signation.

choisit avant tout de se soustraire En se diffusant dans l'écriture,

d'une part de se laisser prendre au piège d'une langue qui lui est imposée: il (se) joue, ainsi que nous l'avons vu, des contraintes linguistiques venues d'ailet de leurs. Il pose d'autre façon très ample, dans le nouveau part. en langue étrangère socio-culturel

très libre, les termes de son identité qui est, malgré sans cesse le d'une la interrogeant

contexte

lui, le sien. La Littérature, sujet de l'écriture sant" si l'on veut), personnalité comme l'être remise fiée. De façon amusante, lui-même

(le mettant

en cause, le "dramati-

est alors le moyen privilégié mais aussi il appartient. d'une nouvelle d'être

remise en cause continuelle de l'écrivain, auquel décisif social et ethnique le procédé

du sujet social lui-même: celle du groupe Elle s'offre implication toujours de

(personnel et littéraire) en question et susceptible

dans le monde,

toujours modi-

c'est à peu près ce que dit Senghor en épigraphe de notre déve-

dans le texte placé - 22-