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L'enseignement non gouvernemental en Chine

De
298 pages
La Chine, dont le système scolaire est le plus important du monde actuel, voit réapparaître, depuis le début des années 1980, son enseignement privé dit "non gouvernemental". Grâce à des politiques spécifiques, ces écoles se sont développées de façon spectaculaire. Quels parents font le choix d'envoyer leurs enfants dans ces écoles performantes ? Quelles sont leurs stratégies ? Quel rôle les capitaux familiaux jouent-ils dans l'accès à un enseignement de meilleure qualité ? Quel est l'impact de ces établissements "non gouvernementaux" ?
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INTRODUCTION

L’enseignement privé en Chine remonte à l’antiquité, à l’époque de Confucius qui fut un des maîtres créateurs des premières écoles privées. Cet enseignement coexista pendant deux mille ans avec l’enseignement officiel. Il resta dominant à travers le temps jusqu’en 1949, année où la République populaire de Chine fut instaurée. Dès lors, ce pays le plus peuplé du monde a vécu une transformation radicale jamais connue auparavant. Les paysans, qui représentaient 87,54% de la population nationale en 1952, devinrent les privilégiés de cette nouvelle société, tout comme les ouvriers. La nationalisation s’est propagée et l’enseignement privé n’a pas été épargné. Tout le système scolaire est devenu public. Le progrès vers l’égalité fut spectaculaire : les ressources éducatives étaient réparties d’une manière plus ou moins équilibrée et la scolarité était gratuite à tous les niveaux. Les écoles pilotes, mieux subventionnées, restaient limitées et peu médiatisées. Ainsi, malgré les conditions d’enseignement insuffisantes, le principe de l’égalité était relativement bien respecté. Trente ans après, ce système monopolisé et centralisé a rencontré de sérieuses difficultés financières face à son effectif qui est le plus important à travers le monde. Par ailleurs, son enseignement uniforme et planifié ne favorisait pas autant le développement individuel. Avec la politique d’ouverture et de réforme adoptée en 1978 qui consistait à moderniser le pays par le développement économique et scientifique, le mécanisme de gestion privée introduit a permis au secteur économique privé de se redresser, faisant preuve d’une dynamique résistante et d’une compétitivité puissante dans une mutation délicate, tandis que le secteur public atteignait ses limites. L’ouverture change progressivement les mentalités de la population surtout urbaine, la croissance améliore rapidement les conditions de vie et la concurrence engendre à son tour la demande sociale d’un enseignement diversifié. Les nouveaux fortunés, les fonctionnaires, les groupes d’intérêt, etc. tentent de profiter de leurs avantages pour envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles qui sont naturellement limitées. Par ailleurs, les investisseurs et créateurs particuliers agissent pour former ce marché prometteur de l’éducation, et les écoles publiques cherchent à pratiquer des mesures souples dans la gestion afin d’améliorer les conditions d’enseignement et les salaires des enseignants. Dans ce contexte, l’enseignement privé, appelé officiellement « non gouvernemental », réapparaît au début des années 1980 avec un peu de
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retard par rapport à la genèse de l’économie privée. Il connaît un début douloureux et désordonné et une progression rapide et agitée. Ce secteur privé semble être demandé moins pour les raisons idéologiques que pour les performances académiques. Son originalité se traduit par son épanouissement sans influence religieuse ni assistance financière d’Etat. Dès sa genèse, le non gouvernemental est devenu une réalité à laquelle toutes les familles devaient s’habituer. La société chinoise attache traditionnellement une importance extraordinaire à l’enseignement, connu comme « moteur de la mobilité sociale » : il faut être bien instruit pour réussir. Or, avec l’apparition du marché de l’éducation, les disparités en éducation risquent de se creuser. Et les premières générations de l’après-Mao qui étaient imprégnées du principe d’égalité ont mal accepté le privé qui intervenait dans ce secteur éducatif considéré comme purement public. De nombreux débats sur son but lucratif ou non n’ont abouti qu’à une ambiguïté sans jugement officiel définitif jusqu’à présent. Ainsi, la « Loi sur la promotion de l’enseignement non gouvernemental » entrée en vigueur le 1er septembre 2003 ne s’est pas prononcée sur le but lucratif ni sur la permission des bénéfices pour usages personnels. Le véritable obstacle à son développement semble se trouver dans la concurrence avec le secteur public adoptant un mécanisme de gestion flexible, et surtout avec les écoles « Zhuanzhi » (établissements publics transformés en établissements non gouvernementaux) . La multiplicité de ce type d’établissement rendrait difficile un contrôle uniforme et centralisé. Il serait donc inapproprié de l’aborder en se détournant du sujet des inégalités, sujet qui constitue toujours un concept sociologiquement crucial, résistant à l’usure du temps et qui couvre un espace important dans les milieux à la fois académique et politique. Les inégalités scolaires sont-elles réellement aggravées ? Sont-elles liées aux aspects comme la croissance du privé, les politiques éducatives en faveur de l’efficacité, la flexibilité de fonctionnement autorisée dans l’enseignement public et le changement de mécanisme de gestion dans certaines écoles publiques ? Son parcours et en particulier son essor connu ces dernières années suscitent l’intérêt à plusieurs égards. D’un point de vue général, l’enseignement privé, élitiste et marchand, sert les enfants des familles aisées, et aide à reproduire la hiérarchie sociale et donc à renforcer l’inégalité sociale. En tant que fonctionnaire de l’Education nationale de Chine, j’ai pu observer une situation ambivalente. D’une part, le non gouvernemental élitiste stimule le choix de l’école payante. Les écoles publiques « pilotes » et semi-publiques « Zhuanzhi » ainsi sensiblement améliorées, feraient régresser la scolarisation à la carte symbolisant ainsi le principe d’égalité au niveau de l’enseignement obligatoire. Ces écoles de qualité au niveau du primaire et du secondaire recruteraient des élèves brillants issus de milieux économiquement et culturellement favorisés. Aidant à reproduire la hiérarchie sociale, l’école privée ne semble pas être largement recommandée par certains chercheurs, en particulier certains sociologues. (Mon présent travail a conclut déjà en 2003
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que la réforme de « Zhuanzhi » devait être revue, alors qu’elle n’a été partiellement révisée ou suspendue qu’à partir de 2007 dans certaines grandes villes.) D’autre part, cet enseignement pourrait être aussi non élitiste et popularisé à certains degrés. Ainsi, même dans certains pays industrialisés, les écoles privées en milieu rural sont beaucoup moins caractérisées par la prédominance des classes sociales supérieures. En Chine, il existe des écoles non gouvernementales simples en zones éloignées rurales ainsi que des écoles urbaines pour les enfants des migrants qui semblent permettre le renforcement de la scolarisation obligatoire que le secteur public n’est pas capable d’assumer totalement à cause de diverses contraintes. Il aiderait à apaiser la tension entre la demande sociale croissante et le budget public restreint et fournirait à un grand nombre de démunis un enseignement peu onéreux. Les universités non gouvernementales auraient admis des lycéens diplômés ayant échoué à l’examen d’entrée à l’université publique. Aidant à alléger les charges publiques, à développer l’accès à l’enseignement et à renforcer l’innovation et les performances scolaires, l’école privée paraît être encouragée plus par des hommes politiques et des économistes que par des chercheurs et des sociologues. L’enseignement non gouvernemental chinois aide-t-il d’une part à généraliser la scolarisation des enfants issus des régions éloignées rurales et des familles immigrées urbaines et d’autre part à soutenir les inégalités des chances en matière d’éducation entre les différentes catégories sociales ? Le présent travail essaie de justifier les deux hypothèses suivantes : Plus il y a d’élèves issus des milieux favorisés qui ont pu réussir, à travers leurs conditions familiales avantageuses, plus il y a un accès croissant aux écoles non gouvernementales de qualité comme « Zhuanzhi », anéantissant ainsi les efforts gouvernementaux dans la réduction des inégalités des chances d’accès par la scolarisation sectorielle. Un nombre considérable d’étudiants non-admis issus de familles populaires ou économiquement favorisées s’orientent, par des stratégies familiales contraignantes, vers les écoles non gouvernementales supérieures, et de nombreux écoliers issus de familles paysannes vers les primaires non gouvernementales modestes en zone rurale ou en ville, obtenant ainsi des chances de poursuivre leurs études. Autour du sujet, le questionnement se fait sur une série d’éléments : le privé traditionnel, ses finalités, l’origine sociale à l’école antique, l’attitude des empereurs vis-à-vis du privé, le concept de l’égalité dans l’Antiquité, l’influence occidentale à l’époque moderne, la genèse de l’actuel enseignement non gouvernemental, son évolution, ses caractéristiques, ses fonctions sociales, ses usagers, les stratégies familiales, les inégalités des chances d’accès, l’attitude gouvernementale, la réforme du secteur public, le rôle des capitaux financier, culturel, social et sociopolitique, l’enjeu social face au risque de la marchandisation de l’enseignement. Pour mesurer l’ampleur des inégalités des chances liées au marché de l’éducation et justifier son double rôle dans le développement de l’accès et de
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l’inégalité, le présent travail s’est centré sur trois aspects : exploiter les données sur les inégalités des chances d’accès à l’enseignement non gouvernemental à travers l’origine sociale de ses usagers ; analyser les facteurs institutionnels, naturels et individuels générant ces inégalités ; démontrer les risques que la société prendrait en glissant vers un extrême, contribuant ainsi à la réflexion sur les politiques concernées. Pour traiter le sujet d’une approche méthodologiquement complète, l’enseignement non gouvernemental est positionné dans un ensemble d’éléments sociaux, institutionnels, historiques, culturels et politiques sous sa multiplicité à travers différents échelons et de diverses régions. Les attentes sociales, les règlements scolaires, le passé socio-historique, les mentalités culturelles traditionnelles, les attitudes gouvernementales sont particulièrement analysées. Mis à part de nombreux articles, il existe quelques ouvrages qui retracent les aspects socio-historiques de l’enseignement non gouvernemental. Il s'agit de "Private Education in Modern China" (DENG Peng, 1997) et de "Social Transformation and Private Education in China" (LIN Jing, 1999). Bien qu’utiles, certaines informations contenues dans ces deux ouvrages semblent aujourd’hui dépassées du fait que le pays connaît un changement rapide que les auteurs n’ont pas pu suivre compte tenu de leur immigration aux Etats-Unis. Quant à l’ouvrage en chinois intitulé Enseignement privé, école privée et études sur l’enseignement non gouvernemental en Chine (WANG Bingzhao, 2002), il constitue une source importante dans l’exploration de l’enseignement privé traditionnel. Or, peu de cette littérature aborde les questions sur les inégalités des chances avec la genèse du secteur privé et les fonctions sociales de l’école privée. La présente recherche serait ainsi parmi les premières à aborder l’origine sociale de l’enseignement non gouvernemental chinois à l’aide d’une enquête de terrain, tout en actualisant l’évolution de ce secteur. Compte tenu de l’ampleur et de la nouveauté du sujet, la documentation qui existe et ce de la façon la plus complète que possible a été consultée en termes d’ouvrages, de périodiques, d’articles, de rapports et de données, obtenus dans les bibliothèques et les bureaux d’autorités locales et auprès d’établissements scolaires. L’enquête sur le terrain constitue une partie importante de ce travail, faute de données suffisantes et de par la nécessité d’une recherche scientifique, elle est aussi un défi permanent pour tous les chercheurs chinois qui doivent faire face au refus de la visite des établissements, à l’accueil bureaucratique, aux détours de questions tabou ou administrativement sensibles telles que les recommandations utilisées par les élèves dans leur admission, les « transactions » avec des autorités ou les parents d’élèves, etc. Aidé de mes relations professionnelles, l’enquête a été ainsi menée, bien qu’avec quelques difficultés, entre 2003 et 2006, portant sur 42 écoles dans cinq localités : Beijing (grande ville politiquement et culturellement favorisée), Canton (grande ville économiquement avancée), Xian (vieille ville géographiquement reculée et culturellement privilégiée), Wenzhou (ville moyenne du Sud où la
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croissance économique est impressionnante) et Xuzhou (ville moyenne du Nord où l’économie se développe moins rapidement que les régions du Sud). Ces écoles choisies, dont 32 ont été invitées à remplir le questionnaire, couvrent tous les degrés et les types d’enseignement, du préscolaire jusqu’au supérieur. Géographiquement différentes, elles sont représentatives. Un échantillon de 1 509 personnes interrogées dont 1 421 (94%) m’ont rendu des questionnaires exploitables. L’enquête a été réalisée sous forme d’entretiens et de questionnaires auprès des chefs d’établissement, des directeurs des autorités locales compétentes, des fonctionnaires, des chercheurs, des élèves et des parents d’élèves, au sujet des éléments tels que la situation socioprofessionnelle, les motifs de choix, les modalités d’admission, les notes d’examen unique, l’influence parentale sur l’habitude de lecture, l’achat des livres et les activités extrascolaires, etc. Les données du questionnaire ont été analysées à l’aide du logiciel statistique SPSS. Le sujet de l’origine sociale à l’école, faisant rappeler la lutte des classes dans le passé, reste implicitement un tabou depuis quelques décennies en Chine, pays davantage orienté vers le développement économique. Ce sujet devient pourtant l’axe principal de la recherche et cela est basé sur des facteurs objectifs comme la profession et le niveau d’instruction des parents, la structure familiale, les ressources économiques, le lieu d’habitation et la nation, ainsi que sur des facteurs subjectifs comme les attentes des parents, les attitudes éducatives des parents, les modalités d’enseignement familial. La classification des métiers est basée sur la division faite en 2002 par l’Institut de sociologie de l’Académie des sciences sociales de Chine qui suggère dix catégories sociales. Les inégalités sont appréhendées davantage à travers les comparaisons entre types d’écoles qu’entre le présent et le passé. Avec le système des écoles pilotes, l’examen standardisé, les manuels scolaires peu différents, l’ultime finalité de réussir à l’examen, les nombres différents de titres d’honneur pour enseignants/élèves dans les écoles, il est pratique de repérer la qualité et le classement des écoles à divers échelons. Dans le travail d’interprétation théorique des inégalités scolaires, sont ici empruntées le concept de reproduction sociale des déterministes (P. Bourdieu) et les stratégies familiales de la méthodologie individualiste (ex. M. Duru-Bellat). Ces dernières montrent que les élèves et les familles comparent les coûts et les avantages afin de choisir leurs stratégies individuelles. Les stratégies variant selon l’origine sociale, relèveraient, au fond, de l’habitus culturel familial. Deux théories, peu abordées en Chine, inspirent mes réflexions sur l’origine des inégalités scolaires. Or, certains phénomènes en Chine s’avèrent exclusifs : la sélection implicite à tous les degrés d’enseignement, le déploiement familial de multiples efforts dans l’accès et l’existence des patrons paysans aisés et culturellement moins favorisés en Chine. Le système scolaire caractérisé par la méritocratie est basé largement sur la mémorisation des savoirs qui nécessite un travail intense. De nombreux enfants issus du milieu populaire, ont mieux réussi l’examen d’entrée à
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l’université, ceci a incité à revoir l’effet de « capital culturel » à travers des indicateurs comme la situation socioprofessionnelle, l’influence des habitudes de lecture des parents, le pilotage des parents dans les méthodes d’apprentissage, etc. au lieu de ceux traditionnellement utilisés en Europe comme pratiques du théâtre, des concerts, d’arts et de musique classique. D’après mon observation, il est possible que la mobilisation de multiples capitaux familiaux augmente les chances des enfants d’accéder aux écoles de qualité. Le capital financier est représenté par les frais scolaires, les cours privés et l’achat de livres extrascolaires ; le capital social par les informations possédées sur les écoles ; et les « recommandations » pour avoir l’accès à l’école de qualité font partie du capital sociopolitique auquel s’ajoute le statut de citadins de grandes villes ou de privilégiés. Peu de chercheurs se penchent sur ce capital sociopolitique qui est pourtant non-négligeable dans ce pays. Mon travail tente de montrer qu’un fort capital culturel complété par d’autres capitaux dont les parents disposent sur le plan financier, social et sociopolitique, joue un rôle décisif dans l’accès à des écoles non gouvernementales de qualité. Le monde du vingtième siècle a été marqué par le développement de l’enseignement public avec les fonctions de l’Etat renforcées. Les individus aspirent à l’excellence, les groupes recherchent l’équité. Le système scolaire doit offrir équitablement les chances d’accès à l’éducation, or ceci paraît plus compliqué en ce début du nouveau siècle. Dans le contexte de la mondialisation économique, la flexibilité de fonctionnement du public, la diversité des établissements et la multiplicité de l’enseignement non gouvernemental sont plus que jamais réaffirmées. Les pratiques à cet égard, s’inspirant des réformes menées par les pays industrialisés ces trois décennies, consistent à revaloriser l’excellence, le choix de l’école et l’expansion afin d’améliorer la compétitivité face à la mondialisation. Ainsi, au niveau mondial, le nombre d’effectifs dans le secteur privé atteint déjà 30% du total. La modernité globalisée se fait quelquefois au détriment des cultures locales. Il paraît crucial de trouver une alternative rationnelle pour satisfaire divers besoins sociaux et réduire les inégalités à la fois, sans glisser vers l’extrémité du pur socialisme ou celle du pur libéralisme. C’est dans ce double aspect : « développer les chances » et « égaliser les chances », qu’un enjeu social émerge dans un pays qui compte un cinquième des élèves du monde. Le futur de l’enseignement non gouvernemental chinois intrigue de nombreux chercheurs. Une récente visite sur le terrain faite en août 2009 a permis de voir que les prédictions du présent travail se sont révélées convenables. Dans le présent travail, le premier chapitre tracera le parcours socio-historique de l’enseignement privé traditionnel et à décrira l’évolution de l’enseignement non gouvernemental. Le deuxième chapitre montrera la multiplicité des créateurs et des demandeurs. Le troisième chapitre abordera la différenciation des établissements non gouvernementaux et traitera du phénomène du choix de l’école. Le quatrième chapitre analysera les stratégies
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habituelles et multi-référentielles des familles économiquement ou culturellement favorisées dans l’accès à un enseignement non gouvernemental de qualité, à travers l’origine sociale de ses usagers et leurs motifs de choix. Le cinquième chapitre examinera les stratégies restreintes des familles défavorisées dans le choix du non gouvernemental, justifiant l’existence de ces écoles qui, contrairement au chapitre précédent, fournissent des chances d’accès à l’enseignement. Le dernier chapitre indiquera l’enjeu social et remettra en cause la réforme qui a pour conséquence de renforcer l’écart entre établissements, aidant la marchandisation de l’enseignement.

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Tableau 0.1
Villes Wenzhou Canton Xian Beijing Xuzhou ss/total Total sup. 1 1 1 3 0 6

Etablissements scolaires visités
sec./ prim. 9 6 6 7 6 34 préscol. 1 1 0 0 0 2 42 pub. pilote 2 0 1 0 1 4 pub. 1 1 0 4 1 7 Zhuan zhi 1 1 1 2 0 5 priv. assisté 2 1 1 1 2 7 priv. 5 4 4 1 2 16 enfants migrant 0 1 0 2 0 3 42 Total 11 8 7 10 6 0 42

Graphique 0.1

Villes enquêtées en 2005 et 2006

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CHAPITRE I L’ENSEIGNEMENT PRIVE DANS LE PASSE ET LA GENESE DE L’ENSEIGNEMENT NON GOUVERNEMENTAL

1. LA SITUATION SOCIO-HISTORIQUE Le passé éclaire le présent1. Une réalité présente ne peut être comprise et intelligible si l’on n’évoque pas l’influence du passé qui continue à jouer un rôle, tout en s’actualisant. L’enseignement non gouvernemental a à peine trente ans. Pour établir un panorama de tous ses éléments facilitant la compréhension des divers problèmes, il est donc nécessaire de faire une description générale de son évolution ancestrale, cette description restant toujours la solution pratique du problème de l'interprétation2. De façon générale, l’évolution de l’enseignement privé est fortement affectée par certains facteurs : cet enseignement connaît différentes périodes en fonction des situations politique et économique du pays ; ses diverses formes qui existent chaque pays durant une même période sont dues aux conditions historiques et politiques. Son parcours dépend donc beaucoup des interactions entre le pays et le monde extérieur. On constate une caractéristique commune qui est la coexistence équilibrée entre le secteur public et le secteur privé. Quand le privé est prospère, c’est souvent le moment où le public n’inspire plus confiance ; quand le public connaît une croissance rapide, le privé est habituellement en récession, ceci constitue une règle intrinsèque. 1.1. 1.1.1. 1.1.1.1. L’enseignement privé traditionnel (770 av.J.-C.-1840 ap. J.-C.) Le privé antique, appareil idéologique et culturel Le privé et le confucianisme

De par la longévité de sa civilisation, la Chine possède un des systèmes d’enseignement les plus anciens. Sima Qian, historien du deuxième siècle avant J.-C. pensa que l’enseignement avait déjà atteint un certain niveau sous
1 LEFEBVRE Henri, "Perspectives de la sociologie rurale", Cahiers internationaux de sociologie, 1953, XIV, repris dans Du rural à l’Urbain, Paris : Anthropos, 1970, p.63-78. 2 PHARO P., Problèmes empiriques de la sociologie compréhensive, Revue française de sociologie, 1985, n°1, p.120-149.

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l’époque de Yu (2000 av. J.-C.). Sous l’époque de Zhou (841-476 av. J.-C.), naquit un enseignement gouvernemental composé de l’école nationale et d’écoles locales3. La production de la conscience ne se développa qu’au sein des clans familiaux de même sang et des familles de la noblesse, sans se répandre dans la société populaire. Le système social de l’époque de Xizhou (9ème siècle-256 av. J.-C.) fut composé de trois éléments, à savoir, la propriété du sol appartenant à l’Etat, le régime du clan patriarcal et l’enseignement donné dans l’administration4. L’enseignement privé n’existait pas encore. A l’époque du Printemps et de l’Automne et des Royaumes des Combattants (722-256 av. J.-C.), la société connut de fortes mutations. A mesure de l’utilisation des outils agricoles en fer, de la charrue à bœuf et du développement des irrigations agricoles, la productivité s’améliora rapidement. La détention des terres par le roi et l’Etat pratiqué à l’époque de Xizhou se détériora et la privatisation des terres évolua.5 Les rites furent profanés ; la politique et la culture, notamment les arts musicaux de l’époque déclinèrent. La société passa de l’esclavagisme au féodalisme, l’enseignement au sein de l’administration perdit progressivement son fondement, et beaucoup furent démoralisés, abandonnèrent leurs champs et se mirent à la poursuite des succès et des profits immédiats dans l’enseignement 6 . Ainsi, la catégorie d’intellectuels appelés « shi » (les lettrés) fit son apparition. Avec le déclin de l’enseignement d’Etat, la culture et les connaissances furent accessibles à la société civile et se popularisa. L’enseignement privé opéra sa genèse. Les « shi » militaires se transformèrent en « shi » civils. Ils ne se limitèrent plus aux familles et ne s’attachèrent plus aux clans forts. Ils formèrent un groupe qui, à travers leur moralité, leur comportement et leurs compétences, exercèrent une influence collective. Ils virent leurs chances dans l’enseignement privé, destiné aussi à la classe moyenne. Dès lors, étant accessibles par différentes catégories sociales, ils furent reconnus en fonction de leurs compétences et de leur personnalité7. Confucius (551-479 av. J.-C.) brisa le système d’éducation destiné uniquement à la classe noble en créant une première école privée d’une grande envergure, qui était désormais également ouverte à la classe populaire8.
3 DENG Peng, Private Education in Modern China, High Point University in North Calorina, Westport : Praeger, 1997, p.16. 4 Hou Wailu et al., Zhongguo sixiang tongshi (Histoire générale des pensées chinoises), Volume 1, Edition du Peuple, 1957, p.25-26. 5 ZHOU Zhenfu, Shijing yizhu (Interprétation du Canon des poèmes), Volume 5. Beishan, Beijing : Compagnie des livres Zhonghua, 2002. 6 WANG Xinshen, Hanfeizi Jijie (Interprétation des Sélections de Hanfeizi), volume 11, Waichushuozuoshang, Epoque de la dynastie des Qing, réédition en 1998, Beijing : Compagnie des livres Zhonghua. 7 LIN Chuili, Xianqin sixue xingqi de yaosu ji yingxiang fenxi (La genèse de l’enseignement privé avant la dynastie des Qin et analyse de son influence), Journal des sciences de l’éducation, l’Univ. normale de la Chine de l’Est, 2005, n°5. 8 YANG Huanying, Kongzi zai jiaoyushi shang de yingxiang he diwei (Influence et importance de Confucius dans l’histoire de l’éducation chinoise), Recherche sur Confucius, 1987, n°2 ; JIN Zheng, Keju : wenguan zhidu yu kongzi (Keju : le mandarinat et Confucius), Culture traditionnelle et modernisation, 1993, n°3.

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Avec la création des premières écoles privées à l’époque des Printemps et des Automnes (722-481 av. J.-C.) où les seigneurs et les mandarins se précipitèrent à faire former des « shi » au service de leur gouvernance et de leur hégémonie, naquirent de nombreux courants de pensées. Selon Mao Lirui9, sous l’époque des Royaumes combattants (403-221 av. J.-C.), l’enseignement privé devint une mode sociale et « Cent Courants de pensées » s’opposèrent et s’enrichirent considérablement et furent représentés par leurs écoles privées, en s’appuyant sur leurs propres spécialités10. « Six grands courants de pensées » (le Confucianisme, le Mozi, le Taoïsme, le Légisme, le Ying-Yang et le Ming)11 exercèrent une influence considérable sur les sciences humaines dans l’histoire chinoise. L’école confucianiste et l’école Mozi furent les plus influentes et possédèrent de nombreux disciples 12 . Confucius attacha une grande importance à la bienveillance et aux rites, les « Liujing » (Six textes classiques : « Shi »-livre des Odes, « Shu »-livre des documents antiques, « Li »-livre des rites, « Yue »-livre de la musique, « Yi »-livre des mutations et « Chunqiu »-annales des printemps et automnes) servirent de manuels et les «Liuyi » (Six arts : les rites, la musique, le tir, l'équitation, l'écriture, les chiffres) durent être appris. Le courant Mozi prêta une importance particulière aux connaissances scientifiques et aux techniques, tout en s’intéressant aux combats et aux discussions. Le taoïsme y opposa l’éducation artificielle (forcée) et préféra la nature (auto formation et conscience), ayant pour manuel principal le « Daodejing » (Livre de la Voie et de la Vertu). Le légisme réaffirma l’importance de l’enseignement de la loi, tout en enseignant les connaissances pratiques sur la juridiction, l’art de la guerre et la culture. Les contributions de Confucius ont été significatives. Il collectionna, préserva et diffusa systématiquement la culture et l’histoire de la Haute Antiquité chinoise13. Ses pensées éducatives contribuèrent à l’apparition du premier ouvrage didactique « Xueji » ainsi qu’à l’enseignement en Chine14. Les manuels qu’il édita furent le plus longuement utilisés dans le monde. Les premiers manuels relativement complets dans l’histoire de l’éducation chinoise reviennent à ses « Six textes classiques». Ces ouvrages didactiques traitent essentiellement des rapports sociaux et de l’éthique, et abordent aussi de très
9 MAO Lirui, Zhongguo gudai jiaoyushi (L’histoire de l’éducation antique chinoise), Beijing : People’s Education Press, 1979. 10 BAN Gu, Hanshu : yiwenzhi (Livre des Han : textes littéraires). Epoque de la dynastie des Han, Sun Kaitai, “Chunqiu zhanguo shiqi de baijia zhengming (Les cent courants de pensées sous l’époque du printemps et l’automne”, Connaissances littéraires et historiques, 1998, n°2. 11 Sima Qian, Shiji ( Les mémoires historiques) , Epoque de la dynastie des Han, Zhonghua Books Company, 1959. 12 ZHANG Shuangdi et al., Lushi chunqiu yizhu (Interprétation des annales des printemps et des automnes de Lu), Shishunlun Diwu : Youdu, Editions Université de Beijing, 2000. 13 XIA Zhentao, Zhongguo Renshilun Sixiang Shigao (Mémoires historiques sur les pensées épistémologiques en Chine), 1ère partie, Editions Université du peuple de Chine, 1992, p.22. 14 DING Mingkuan, Jianping kongzi de jiaoyu sixiang (Remarques sur les pensées de Confucius sur l’éducation), Recherche sur les pensées éducatives de Confucius, Editions Education du peuple, 1985, p.112 ; HAN Yanming, LI Rumi, Kongzi jiaoyu guanli sixiang tanwei (Etudes préliminaires sur les pensées de Confucius dans l’administration de l’éducation), Recherche sur Confucius, 1998, n°4.

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nombreux autres domaines, entre autres la philosophie, l’histoire, la politique, l’économie, la culture ou l’art musical, couvrant presque toutes les connaissances et pensées accumulées avant son temps. Seuls les techniques et l’artisanat de la production agricole et les savoirs des sciences naturelles ne sont pas inclus : Confucius et ses disciples méprisèrent le travail manuel en faveur de la spéculation et préconisèrent que l’homme de « bienveillance » ne jouait pas avec les techniques15. Avec cette influence, l’enseignement antique, impérial en particulier, était rarement concerné par l’apprentissage des techniques et de l’artisanat. Concernant les méthodes pédagogiques, Confucius influença les générations suivantes en travaillant sur les relations entre l’enseignement et l’apprentissage, l’apprentissage et la réflexion, les théories et les pratiques, et en inventant des méthodes comme « enseigner de manières différentes selon les différentes aptitudes des élèves »16. Il s’interrogea déjà sur la signification de l’enseignement que le maître assume en tant qu’enseignant, ce qui était d’avant-garde dans l’histoire mondiale de l’enseignement de l’Antiquité17. Il fut le premier dans l’histoire mondiale de la pédagogie à avancer la méthode heuristique qui consiste à « enseigner en inspirant les élèves afin de dépasser des règles conventionnelles et de les motiver vers la découverte »18. Il travailla dans l’héritage du passé et la transmission vers l’avenir, en fondant les pensées pédagogiques traditionnelles. Quant aux relations entre maître et élèves, le maître se doit de perfectionner sans être ennuyeux et enseigne les savoirs sans lassitude. Il garde l’honnêteté, la bonté et le traitement égalitaire envers ses disciples. Croyant que « parmi les trois personnes, il y en a certainement une auprès de qui les deux autres peuvent apprendre 19 », il préconise les échanges, les discussions et la non-dépendance entre maître et élèves20. Cette relation jadis nouvelle entre maître et élèves pourrait être liée à l’émancipation des pensées après la décadence des rites. L’essence de Confucius se trouve dans sa finalité de l’éducation : former l’homme pour qu’il puisse devenir l’homme de « bienveillance » (ren). La « bienveillance » désigne le degré supérieur que l’homme ainsi que la société doivent s’efforcer d’atteindre, sans pour autant faire à autrui ce qu’il ne veut
15 Lunyu : weizheng (Les Entretiens de Confucius : la gouvernance),China Books Company,1980, p.67. 16 Lunyu : Yongye (Les entretiens de Confucius : Harmonie) ; ZHANG Rui, Quanmian pingjia kongzi de jiaoyu sixiang (Evaluation complète des pensées confucéennes), Recherche sur les pensées éducatives de Confucius, Edition Education du peuple, 1985, p.17 ; CHEN Jingpan, Kongzi de jiaoyu sixiang (Les pensées éducatives de Confucius), Sélection des essais sur les pensées éducatives de Confucius, Changsha : Editions de l’éducation du Hunan, 1985, p.30. 17 XU Mengying, Kongzi zai zhongguo jiaoyushi shang zuida de gongxian shishenme ?(Quelles sont les contributions les plus importantes de Confucius dans l’histoire de l’éducation chinoise ?), Recherche sur les pensées éducatives de Confucius, People’s Education Press, 1985, p.69-70. 18 LIU Epei,Lun kongzi qifashi jiaoyu de xianshi yiyi (La signification actuelle de l’enseignement heuristique de Confucius), la collection des essais sur Confucius, Editions Sciences de l’éducation, 1987, p.330. 19 Lunyu : Shuer (Les Entretiens de Confucius : être transmetteur) 20 Xunzi traduit et annoté par WANG Jie, Editions Huaxia, 2001.

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pas qu’on lui fasse à lui-même 21 . La bienveillance de la société est la responsabilité de l’homme qui s’y sacrifie pour que la société atteigne cet état bienveillant22. Sa pensée de « bienveillance » correspond aux intérêts et aux besoins de la classe régnante dans le maintien de l’ordre et de l’harmonie sociale. L’équilibre entre classes sociales n’est obtenu que par l’unification de la moralité intérieure et de comportements standardisés et l’ajustement des sentiments et des mentalités individuelles. Avec la modération de soi-même et la renaissance des rites d’antan, toute la société atteindra la bienveillance humaine. Cette devise élimine la poursuite humaine de la force surnaturelle, affaiblit le culte et la croyance superstitieuse, permet d’être réaliste dans le monde afin de réussir sa vie. Une telle idéologie a permis aux propriétaires fonciers d’acquérir le pouvoir que conférait l’instruction et de générer des hommes de talent, ce qui servait à la classe gouvernante. Les gouvernants ultérieurs ont ainsi valorisé le confucianisme et bâti partout les temples de Confucius, « grand maître suprême ancestral ». Avec cette finalité, ses pensées ont formé la base permanente de l’enseignement traditionnel, son dogme « instruire des jeunes pour devenir un homme de bien » a été institutionnalisé. Formant ses 3 000 disciples de diverses classes sociales, il a bouleversé le monopole de l’enseignement par les nobles et du régime héréditaire des nobles. S’attachant au système structuré de la gouvernance de l’Etat et répondant au changement, le confucianisme constituait la force légitime de la société face aux autres courants, y compris le bouddhisme, et demeurait dominant au travers du fleuve historique du pays. A partir de la dynastie des Han, l’empereur Wudi fonda en 124 av. J.-C. le Collège impérial et ordonna en 136 av. J.-C. de « proscrire toutes les écoles de pensées et de ne s’en tenir qu’à la seule doctrine confucéenne »23. Le reste des grands courants de pensée fut éliminé. A la fin du règne des Han de l’Ouest, l’enseignement privé « confucianisé » arriva à son apogée. Sous les dynasties des Wei, des Jin, du Sud et du Nord (220-589) qui connurent les divisions et les fusions des nations, le privé se redressa avec ses caractéristiques spéciales. Les trois pensées (confucianiste, taoïste et bouddhiste) jadis interdépendantes, fusionnèrent et la pensée métaphysique naquit. Sous l’époque des Jin, les disciples confucianistes furent nombreux : le maître Song Qian en eut trois mille24. Sous la dynastie des Tang, l’enseignement impérial fut développé et le système d’examen national pour entrer dans l’administration « Keju » fut amélioré. Les empereurs eurent l’esprit ouvert et laissèrent l’enseignement privé croître et se populariser dans une large mesure. Parmi les candidats à l’examen, les « Shengtu » (issus de l’enseignement impérial/public) furent beaucoup moins nombreux que les « Xianggong » (privés)25. De nombreux
21 22 23 24 25 Ibid. Lunyu : Weilinggong (Les Entretiens de Confucius : Le prince Ling du royaume Wei). Hanshu : wudi jizan ( Livre des Han : Empereur Wudi). Jin Shu, volume 94, Yinyizhuan (Histoire des Jin : être ermite), Zhonghua Books Company, 1974. WANG Bingzhao, 2002, op. cit. p.193.

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grands maîtres comme Liu Zongyuan, Han Yu, etc. rejetèrent les pensées bouddhistes et préconisèrent la restauration de la tradition des pensées confucéennes. Sous l’époque des Cinq Dynasties et Dix Royaumes (907-960), un grand nombre d’académies Shuyuan furent créées par les confucianistes grâce à un environnement favorable à la culture après les guerres. Proches de la nature, elles enseignèrent les pensées confucéennes. Certains maîtres eurent jusqu’à une centaine d’élèves26. Au milieu de la dynastie des Song du Nord (960-1127), conscients du rôle de l’enseignement confucéen dans la stabilisation de l’ordre social et la protection du pouvoir autoritaire impérial, les empereurs revalorisèrent l’« école du principe confucianiste » (lixue : une métaphysique dite néo-confucéenne développée sous les Song en intégrant des éléments taoïstes et bouddhistes, centrée sur la justice normale (tianli) et la réflexibilité, s’attachant à la nature et à la loi naturelle (tiandao) dans les discussions et réflexions. Il s’agit d’un système logique et strict comportant l’ontologie du monde, le système de la vie et l’évolution du tout sur la Terre, la théorie du bon et du mauvais dans la nature de l’homme, les études sur la gouvernance par la recherche des principes. La réalisation de l’état spirituel du grand maître est considérée comme l’objectif définitif de la vie), ceci correspondit aux intérêts du règne impérial. Ce furent les maîtres Cheng Hao (1032-1085), Cheng Yi (1033-1107) et Zhang Zai qui s’inspirèrent de l’enseignement des anciens maîtres et abandonnèrent les méthodes traditionnelles d’enseignement centrées sur la transmission des notes et des explications des livres antiques pour argumenter de manière plus convaincante la rationalité des éthiques et des Trois rapports cardinaux (roi et sujets, père et fils, femme et mari) et Cinq vertus constantes (humanité, bienséance, rectitude morale, connaissance et sagesse, honnêteté et loyauté) de Confucius. À la dynastie des Yuan, l’enseignement privé de Miaoxue fut organisé dans les temples. Il combina les études sur les grands courants ancestraux avec le lieu d’études (les temples ou les salles)27, centrant sur les études confucéennes28. Cet enseignement put exister et fonctionner grâce aux donations populaires et collectives. Confucius mondialement influent (selon Zhu Qianshi de l’Université de Beijing, les « Quatre livres » ont déjà été traduits par l’italien Mathieu Ricci (1552-1610) en latin en 1593), reste inséparable avec l’enseignement privé. Ses textes canoniques considérés comme les pièces maîtresses de l’enseignement sont étroitement liés à l’histoire des écoles privées antiques. Lui vouant un
26 Ibid. op. cit. , p.7. 27 WANG Jianjun, Cong miaoxue dianli kan yuandai shizuchao he chengzongchao de ruxue zhengce (Les politiques confucéennes sous le règne des empereurs Shizu et Chengzong de la dynastie des Yuan à travers les cérémonies de l’école du temple), Collection des essais sur l’histoire des Yuan et l’histoire des nations, 2003, n°16, Editions Nanfang. 28 SHEN Wanli, Yuandai miaoxue kaobian (Etudes sur l’école du temple sous la dynastie des Yuan), Journal de l’université de la Mongolie intérieure, 2003, n°2.

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culte, la Chine antique politiquement centralisé, fut dotée d’un système d’enseignement privé largement répandu, qu’il soit destiné aux enfants ou aux adultes. Les types et appellations d’écoles privées furent nombreux. Le nom de « Sishu », le plus populaire (école privée ou plus précisément école de petite taille et gérée par le précepteur) fut la première appellation connue dans l’Antiquité pour désigner les écoles privées comme celle ouverte par Confucius. Le nom de « Shuyuan » signifie l’académie de lecture créée depuis les Song. Elle fut aussi une forme de « Sishu », mais au degré supérieur. L’école de « Mengxue » (ou Tongmeng, Mengyang), fut apparu à la Dynastie des Han pour les enfants qui apprenaient les caractères et les mots. Elle relevait d’un enseignement du degré inférieur. L’école de « Shexue », connue pour sa nature mixte publique et privée29, fut établie sous la dynastie des Yuan, dans chaque communauté composée de 50 familles. Elle fut relancée en 1384 sous les Ming et même ordonné par l’empereur Yongzheng des Qing à s’intégrer dans l’enseignement impérial. Il existait d’autres appellations comme Jiashu, Zushu, Xueguan, Yixue, Yishu, Shuwu, Shutang, etc. 1.1.1.2. Le privé du degré inférieur et les écoles Mengxue

L’enseignement de base Mengxue commença sous la dynastie des Han, arriva à maturité sous les Song, et s’étendit sous les Yuan, Ming et Qing. Ces écoles scolarisèrent des enfants à partir de 8 ou 9 ans. La plupart furent créées par le secteur privé30. Elles furent aussi appelées « Mengguan » sous les Ming et les Qing. A travers les caractères et les mots tirés de Xiaojing (les Textes de piété filiale) et de Lunyu (les Entretiens), elles transmirent l’éthique confucianiste, préparant ainsi les enfants dans la maîtrise des rites féodaux comme la subordination et l’obéissance dans la société hiérarchisée. Il existe divers types de manuels scolaires31 : l’apprentissage des caractères intégrant les diverses connaissances générales comme « Sanzijing » (textes canoniques dont chaque locution est composée de trois caractères), « Baijiaxing » (cent caractères qui représentent cent noms de famille), « Qianziwen » (texte composé de mille caractères) ; l’apprentissage des poèmes et des vers comme « Qianjiashi » (les poèmes de mille auteurs), « Tangshi Sanbaishou » (trois cent poèmes des Tang), « Guwen Guanzhi » (les textes antiques connus), « Tangsong Badajia Wenchao » (les textes transcrits des huit grand auteurs des Tang et des Song) ; les connaissances historiques comme « Mengcius » édité par Li Han des Jin ; la culture générale comme
29 SUN Changying, Zhongguo lishi shang sixue ruogan tedian tanxi (Analyse de certaines caractéristiques de l’enseignement privé dans l’histoire chinoise), Recherche sur l’enseignement non gouvernemental, 2001, n°8. 30 WANG Bingzhao, Zhongguo sixue sili xuexiao minban jiaoyu yanjiu (L’enseignement privé, l’école privée et études sur l’enseignement non gouvernemental en Chine) , Jinan : Editions Education du Shandong, 2002, p.192, 848 p. 31 MAO Lirui, Histoire générale de l’éducation chinoise, Jinan : Edition de l’éducation du Shandong, 1987, p.449.

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« Mingwumengqiu » écrit par Fang Fengchen des Song ; la morale et l’éthique féodale « Xinglizixun » élaborés sous les Song et des Ming, combinant l’ordre éthique et réglementaire de la société féodale avec la formation idéologique et formant ainsi la base d’orientation pour moraliser l’enseignement destiné aux enfants32. S’agissant des méthodes utilisées, l’enseignement fut composé de la lecture, de l’écriture et de la composition, s’attachant à la procédure de l’écriture, aux réquisitions pratiques, aux instructions concrètes et aux exercices constants33, influençant l’enseignement actuel. La priorité fut donnée au rôle magistral du maître : la punition fut fréquente envers les élèves. Quant aux qualifications des maîtres, à partir des Tang et des Song, un nombre considérable était des candidats ayant échoué à l’examen Keju34. Le privé du degré supérieur et les académies Shuyuan

1.1.1.3.

L’enseignement du degré supérieur fut la forme originelle de l’enseignement privé. Il naquit avant l’enseignement de base Mengxue et montra sa diversité. Il aurait déjà existé à l’époque du Printemps et de l’Automne et des Royaumes des Combattants (722-256 av. J.-C.). L’école créée par Confucius releva d’un enseignement supérieur35. L’école Jixia Xuegong, créée par le royaume Qi et gérée par les particuliers, fut également un enseignement supérieur. Sous les Han, la Maison d’études des textes classiques (Jingguan) fut un lieu fixe où les grands maîtres rassemblèrent leurs disciples. Les manuels traitent des rapports sociaux et de l’éthique, et abordent aussi la philosophie, l’histoire, la politique, l’économie, la culture ou l’art musical. Les contenus ont pour origine les pensées de grands courants nés à l’époque des Printemps et des Automnes. Destinées aux adultes autodidactes, les méthodes d’enseignement furent variées. Mis à part l’autodidaxie assistée, d’autres méthodes apparurent : l’apprentissage par les voyages à l’époque de Confucius, l’enseignement selon les capacités sous les Han, la confession bouddhiste et les cours donnés par les grands disciples bouddhistes sous les Wei, les Jin et le royaume du Sud et du Nord, la compétition de la poésie exaltante et l’apprentissage par objets concrets sous les Tang36, la combinaison de la moralité et de l’utilitarisme sous les Song, la mise en pratique des pensées classiques sous les Qing37. Il est à

32 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.127. 33 SUN Changying, 2001, op.cit. 34 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.202. 35 LIU Rao, Woguo minban gaodeng jiaoyu de xianzhuang, wenti yu fazhan qushi (La situation, les problèmes et les tendances du développement de l’enseignement supérieur non gouvernemental, Recherche sur l’éducation, 2004, volume 25, n°9, p.71-76. 36 SUN Changying, 2001,op.cit. 37 ZHANG Chuansui, Zhongguo jiaoxuelun fazhan de shiji huigu yu zhanwang (Rétrospective et perspective sur le développement de la pédagogie), Recherche sur l’éducation, 2002, n°3.

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mentionner les discussions libres organisées par l’école Jixia Xuegong38 ainsi que les discussions académiques entre les différents courants, pratiquées par les académies Shuyuan, contribuant à la libération des pensées, à la multiplication des idées et au développement de l’enseignement. L’enseignement de degré supérieur reflétait l’idéologie principale et l’environnement social de son époque. Dans la dynastie des Han de l’Est (25-220), l’enseignement intégrait les éléments antiques et nouveaux face aux mutations sociales. Sous les Wei, les Jin, le Royaume du Sud et du Nord (220-589), trois grands courants comme le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme se développèrent rapidement grâce à la détente sociale. La dynastie des Tang (618-907) valorisa la poésie, les textes canoniques et les affaires politiques sous la prospérité culturelle. Lors des Ming (1368-1644), l’école Zhuxue et l’école Wangxue s’opposèrent sur la modernisation des textes canoniques de Confucius dans une société au chemin de croisement. On ne peut pas parler de cet enseignement sans évoquer les académies Shuyuan qui jouent un rôle irremplaçable dans la popularisation de la culture générale et l’amélioration du niveau d’instruction de la population 39 . Ces académies furent initialement une sorte d’institutions nationales de rédaction et de révision des livres et ne servaient pas de lieu d’enseignement à sa création40. Elles firent leur apparition à la fin des Tang et à l’époque des Cinq Dynasties (907-960), prospérèrent sous les Song41, mais déclinèrent sous les Ming et les Qing. Le budget provint de l’aide financière, des donations, de l’autosuffisance réalisée grâce à la possession des champs à cultiver. Au début de leur évolution, les Shuyuan manquèrent de l’indépendance en contenu et de caractères académiques et ressemblèrent à l’enseignement traditionnel ordinaire 42 . Sous les Song et les Ming, elles connurent une croissance rapide 43 , et remplacèrent même l’enseignement impérial local pendant un certain temps. Six académies Shuyuan (Bailudong -actuellement le mont Lu du Jiangxi, Yuelu -le mont Yuelu de Shanhua du Hunan, Yingtian -Shangqiu du Henan, Shigu -le mont Shigu de Hengyang du Hunan, Songyang -Dengfeng du Henan et Maoshan -Maoshan du Jiangsu) furent connues et attractives44. Les Shuyuan aidant à redresser les lettres et à cesser les pratiques
38 LIU Jie, Jianlun jixia xuegong yu woguo zunshi zhongdao chuantong (Ecole Jixia Xuegong et la tradition du respect des enseignants et des connaissances), Recherche sur Guanzi, 2001, n°3. 39 TAO Cheng et al.,Yongzheng Jiangxi Tongzhi (Histoire chronique du Jiangxi sous l’empereur Yongzheng), Shanghai : Maison d’édition des livres classiques, 1986. 40 WANG Xiaolong, ZHANG Qiuhong, Songdai shuyuan jiaoyu yu songdai lixue de chuanbo (Les Shuyuan et la diffusion des pensées de l’école de principe sous la dynastie des Song), Recherche sur l’enseignement non gouvernemental, Xian, 2004, n°3. 41 FANG Yanshou, Zuxi shuyuan yu menren kao (Académie Shuyuan de Zhuxi et ses disciples), Shanghai : maison d’édition de l’Université normale de la Chine de l’Est, 2000. 42 LI Dongyang, Huailutangji (La collection de l’Académie de lecture de Huailu), volume 65 : La reconstruction de l’Institut de lecture de Wending dans le district de Hengshan, Taiwan : Maison d’édition commerciale, 1986. 43 Tuo Tuo, Song Shi (Histoire des Song), volume 434 : la biographie de Lu Zuqian, 13ème siècle, Réédition en 1985, Compagnie des livres de Chine. 44 CHEN Lai, Zhuxi zhexue yanjiu (Etudes sur la philosophie de Zhuxi), Beijing : Editions des sciences sociales de Chine, 1987.

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militaire et martiale45, les pensées de Confucius furent largement diffusées et l’enseignement traditionnel connut alors son apogée46. Les Shuyuan combinèrent l’enseignement avec les réflexions. Sous la dynastie des Song, elles furent caractérisées par la simplicité structurelle (un seul organisateur, chef de file de l’école, assumant l’enseignement), la gestion auto disciplinaire ( Les enseignants et les élèves venaient librement, l’organisateur était recommandé démocratiquement et devait être remplaçable périodiquement, les élèves participaient à la gestion), la réglementation scolaire (avec contrat d’apprentissage, règle scolaire ou contrat d’enseignement : « les Règlements de l’Académie de Bailudong » élaborés par Zhu Xi comprenaient cinq objectifs de l’enseignement, cinq étapes d’apprentissage, ainsi que les pensées et les conduites morales) et la détente environnementale. Leur pédagogie fut marquée par les règles destinées à la fois aux élèves et aux enseignants, les méthodes comme l’autodidaxie, les discussions libres minutieusement organisées ainsi que le respect pour le maître et l’amour pour l’élève. A l’exception de certaines époques, elles servirent plus à la transmission des pensées et aux échanges académiques qu’à la préparation du Keju, alors que l’enseignement actuel glisse vers la finalité unique de réussir à l’examen. 1.1.1.4. Le privé revitalisé par les grandes familles du sud sous les Ming et les Qing

A partir des Song, furent généralisées les organisations basées sur familles et les clans afin de se protéger des agressions extérieures.47 Dans des provinces du Sud comme le Jiangsu, l’Anhui48, des villages ou des rues prirent le nom de grandes familles49. La nation étant composée du pouvoir impérial et des sujets, la famille avait des règlements similaires50. Pour maintenir leur dominance, renforcer leur célébrité et exercer leur influence dans la société51, de génération en génération, les grandes familles nées dans le Sud de la Chine grâce à une économie relativement développée 52 , eurent besoin de généraliser l’enseignement en leur sein53 en assumant l’enseignement de leurs enfants ou
45 LU Zuqian, Donglaiji (La collection de Donglai), volume 6 : Institut de lecture de Bailudong, 12ème siècle, Réédition en 1986, Maison d’édition commerciale de Taiwan. 46 WANG Bingzhao, 2002, op.cit., p.28. 47 Kangxi Huizhou fuzhi (Chronique historique de Huizhou sous l’empereur Kangxi), volume I : les coutumes,Jiangsu guji publishing house, 1998, p.160. 48 WANG Bingzhao, op.cit., p.60. 49 LI Mingwan, TAN Junpei, Tongzhi Suzhou fuzhi ( Chronique de Suzhou sous l’empereur Tongzhi), volume III, Epoque des Qing, Jiangsu Guji Publishing House, 1991. 50 LIU Guangan, Lun Mingqing de jiafa zugui (Les règlements des familles sous les dynasties des Ming et des Qing, Les Sciences juridiques en Chine, 1988, n°1. 51 CHEN Kuilong, Mengjiaoting zaji (Mélanges au Pavillon de Mengjiao), volume II, Epoque des Qing, réédition en 1985, Beijing, Maison d’édition de livres classiques, p.122. 52 HONG Mai, Rongzhai suibi, Sibi, volume 5 : Raozhou fengshu (Les coutumes de Raozhou), Epoque de la dynastie des Song du Sud, Shanghai : Guji Publishing House, 1978. 53 WANG Rigeng, Mingqing keju zhidu dui minyingjiaoyu de cujin (Le système de sélection Keju et sa contribution au développement des écoles privées sous les dynasties des Ming et des Qing, Journal of Xiamen

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même en créant leurs propres écoles, ceci servit directement à la réussite de leurs membres à l’examen national Keju. Les jeunes issus de grandes familles du Sud firent ainsi mieux que ceux du Nord où l’on trouve plutôt de petits propriétaires terriens54. Il existait de nombreuses appellations pour les écoles créées par les grandes familles comme Jiashu, Zushu, Sishu, Xueguan, Yixue, Shuwu, Shutang, Shuyuan, etc. De nombreuses écoles «Shexue» furent créées sous les Ming par de grandes familles ou des associations des personnes fortunées à caractère local55. La préparation du Keju étant prioritaire pour les familles, les écoles créées par les grandes familles à Jiaxing dans la province du Zhejiang, participèrent au Keju avec un taux de réussite très élevé 56 . Dans certaines écoles, l’enseignement se divisa57 en degré inférieur « Shuwu » (primaire) et degré supérieur « Shutang » (préparation au Keju). La plupart furent du degré inférieur58. Les livres de Confucius comme Sanzijing, Baijiaxing, Qianziwen, Sishu et Wujing furent des manuels. Les frais d’études et de participation à la sélection provenaient de diverses sources telles que les donations, les champs agricoles servant de garanties pour ces frais59. A partir des Song60, de grandes familles de l’Anhui louaient des champs contre des ressources consacrées à l’enseignement61. 1.1.1.5. Le privé au service du règne impérial sous l’obscurantisme des empereurs

Le premier empereur féodal Shi Huangdi des Qin, qui unifia la Chine en 221 av.J.-C., ordonna, par règlements, de supprimer les différentes écoles de pensée et l’enseignement privé62. Il lança une campagne qui consistait à brûler
University (Arts et Social Sciences), 2001, n°4. 54 SU Yaochang, Huanan difang lishi de bianqian yu shijie tixi lilun (Les mutations du passé dans la région du sud de la Chine et la théorie du système mondial), Editions les livres classiques de Zhongzhou, 1987, p.58. 55 WANG Bingzhao, 2002, op. cit. p.95. 56 PAN Guangdan, Mingqing liangdai de Jiaxing wangzu ( Les prestigieuses familles à Jiaxing sous les Ming et les Qing), Editions Librairie de Shanghai, 1991. 57 Unité de recherche sur l’histoire des Shuyuan de l’Institut des sciences de l’éducation du Jiangxi, Jiangzhou chenshi dongjia shutang yanjiu ( Etudes sur l’Institut de lecture de Dongjia créé par la famille Chen à Jiangzhou) , 1989. 58 WANG Bianzhao, 2002, op.cit., p. 68. 59 LI Jiang, CAO Guoqing. Mingqing shiqi zhongguo xiangcun shehui zhong zongzhu yitian de fazhan (Le développement des champs collectifs des clans familiaux en zone rurale sous les dynasties des Ming et des Qing), Archéologie de l’Agriculture, 2004, n°3. 60 FAN Zhongyan, Fanwen zhenggong ji (Sélection de Fanwenzheng) : baoxiansi ji (Temple pour honorer les compétents) , volume II : Qian Gongfu Yitian ji ( Les champs de la culture pour l’école), Epoque des Song,WEN Juan, Fanzhongyan jiaoyu shijian shulun (Pratiques éducatives de Fan Zhongyan), Revue académique de Chuanshan, 2006,n°1. 61 WU Jingxian, Anhui shuyuan zhi (La chronique des Shuyuan dans la province de l’Anhui), Revue hebdomadaire de Xuefeng, volume II, 1932, n°48. 62 Groupe de rédaction de Hanfeizi, Hanfeizi : Heshi (Hanfeizi : la Famille He) , Epoque des Royaumes combattants, réédition en 1982, Jiangsu : Editions du peuple du Jiangsu.

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les livres63 et un an plus tard fit enterrer vivants les confucéens64 à cause de leurs divergences politiques, ceci dans le but de protéger l’autorité de son gouvernement et de faciliter son règne. La dernière dynastie (les Qing) interdit les associations, détruit les livres dissidents et emprisonna les lettrés. Ces actions rarement vues dans l’histoire, firent régresser l’enseignement privé65 malgré la place dominante qu’il avait acquise66. Après le renversement de la dynastie éphémère des Qin, l’empereur Xiaowu en tira la leçon et valorisa en 136 av. J.-C. uniquement le confucianisme au détriment des autres courants67 afin de consolider son règne. L’empereur Wudi de la dynastie des Jin de l’Ouest interdit en 267 les écoles astrologiques68 , car un grand nombre d’écoles des Ying et Yang, de l’art astronomique et de l’astrologie des constellations69 s’inspirèrent souvent du changement météorologique pour interpréter les êtres humains y compris les gouvernants 70 . La dynastie des Wei du Nord interdit en 447 les écoles bouddhiques à cause d’une résurrection des Hu à Lushui 71 et favorisa l’enseignement impérial. Même dans la dynastie des Tang où l’environnement politique était plus que jamais favorable à l’enseignement privé, l’enseignement astrologique et surtout l’art militaire furent interdit par l’empereur Gaozong72 en 653. L’empereur Taizong des Song stipula en 977 un règlement sévère en interdisant les livres astrologiques et occultes73, considérés comme enseignement obscur et stupide, sans fondement réel74. Sous les Ming, par crainte de discussions politiques, les Shuyuan furent strictement contrôlées ou même détruites pendant trois périodes : celle de l’empereur Shizong en 1537 75 , pour dissiper les critiques politiques, celle où Zhang Juzheng fut chancelier de l’empereur pour contrer les propos outranciers76 et celle où le Chancelier Wei Zhongxian dicta le pouvoir pour vengeance politique

63 SIMA Qian, Shiji (Les mémoires historiques), volume 6 : Qinshihuang benji (L’empereur Shihuang de la Dynastie des Qin),Dynastie des Han de l’Ouest, Editions Zhonghua Books Company. 64 Shiji(Les mémoires historiques).op.cit. 65 Shiji(Les mémoires historiques),op.cit. 66 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.18 67 Hanshu : wudi jizan (Livre des Han : l’Empereur Wudi) 68 Jinshu : shizu wudi ji (Livre des Jin : l’Empereur Wudi) 69 FANG Ye, Wenbaiduizhao Houhanshu, chuanshi cangshu (Histoire de la dynastie des Han ultérieur ), Editions China books company, 1965, p.2734. 70 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.35. 71 Shiji(Les mémoires historiques), op.cit. 72 LIU Junwen, Tanglushuyi (Les règlements de la dynastie des Tang),tom.9, Beijing : Zhonghua Books Company, 1983. 73 Tuo Tuo, Songshi (Histoire de la dynastie des Song), vol. 4, Epoque de la dynastie des Song, Beijing : Zhonghua Books Company,1985. 74 LI Tao, Xu zizhi tongjian changbian (Le miroir compréhensif pour aider à gouverner), volume 18, Epoque de la dynastie des Song du Sud, Beijing : Zhonghua Books Company, 1986. 75 ZHANG Tingyu, Mingshi : xuanju zhi (Histoire de la dynastie des Ming : Sélection et recommandation des personnes compétentes) , Epoque de la dynastie des Qing, Beijing : Zhonghua Books Company, 1974. 76 HUANG Yizhou, Jingji zazhu : lun shuyuan ( Mélanges de Jingji : les Shuyuan) Epoque de la dynastie des Qing, cite par ZHANG Liuquan, Zhongguo shuyuan shihua-songyuanmingqing shuyuan de yanbian jiqi neirong (Histoire des académies de lecture-les mutations et les contenus des académies de lecture sous les Song, Yuan, Ming et Qing), Beijing, Sciences de l’éducation, 1981.

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personnelle77. Les mesures obscurantistes conduisirent les empires vers le déclin, freinèrent l’épanouissement des pensées académiques et approfondirent les incompréhensions mutuelles entre le gouvernant et le peuple. Or, la plupart du temps, les attitudes impériales furent favorables à l’enseignement privé. Durant l’époque des Printemps et des Automnes, il fut encouragé pour ensuite se populariser rapidement, ceci satisfaisant les différents groupes sociaux demandeurs de personnes qualifiées au service de leur lutte politique. L’école Jixia Xuegong, présidée par Henggong du Royaume de Qi, fut un exemple : de grands savants furent nommés aux postes de grands maîtres respectés78 comme Zou Yan et Chun Yukun aux postes de mandarins supérieurs «Shidaifu»79, des traitements privilégiés furent accordés au personnel et les activités académiques renforcées80. Ceci permit de former les personnes qualifiées et de transmettre les connaissances. L’enseignement privé devint ainsi largement dominant sous les Han de l’Est81. Sa prospérité était liée à la tolérance culturelle, religieuse et académique et à la politique souple, lors des transformations sociales profondes. Son sort dépendait largement des décisions des empereurs qui l’encourageaient ou l’oppressaient selon les besoins de leur gouvernance. 1.1.2. 1.1.2.1. Le privé au service des classes dominantes Le privé aidant la genèse de diverses pensées et savoirs académiques

Les maîtres de l’enseignement privé ont créé leurs propres écoles, transmis et perfectionné leurs pensées par l’enseignement et les discussions, renforçant le développement académique. Le confucianisme complété par d’autres pensées a exercé une profonde influence sur la Chine et le monde entier pendant plus de deux mille ans. L’enseignement privé antique avait aussi ses propres orientations académiques, mis à part son but de sélection méritocratique. Le pragmatisme était moins enraciné dans les mentalités. Confucius instruisit les disciples afin de réaliser les objectifs de la formation morale, de l’harmonie familiale, de la bonne gouvernance de l’Etat et de la paix. Mengzi préconisa la bienveillance, afin que les hommes apprécient la primauté des intérêts publics, s’efforcent de sauver le monde et de servir le peuple et soient prêts à se sacrifier à des fins
77 SUN Chengze, Chunming mengyu lu , réédition en 1983, Maison d’édition des livres classiques à Beijing, Epoque de la dynastie des Qing, Beijing Guji publishing house, 1992. 78 XU Gan, Zhonglun : wangguo, Epoque de la dynastie des Han, Beijing : Zhonghua books company, 1985. 79 SIMA Qian, Shiji (Les mémoires historiques) : tianjingzhongwan shijia,Beijing ; Zhonghua books company, 1982. 80 LIN Chuili, Xianqin sixue xingqi de yaosu ji yingxiang fenxi ( Facteurs de la genèse de l’enseignement privé avant la dynastie des Qin et analyse de son influence), Journal de l’Institut des sciences de l’éducation de l’Université normale de la Chine de l’Est, 2005, n° 5, op.cit. 81 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.31.

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collectives. Le Lixue (l’école du principe) de Cheng, sous la dynastie des Song, la pensée de la combinaison de la moralité et de l’utilitarisme de Ye Chen, sous les Song du Sud, le Shijing (les études sur les expériences historiques) de Song Yanwu et Yan Li, sous les Ming, toutes ces pensées furent transmises à travers l’enseignement privé comme les Shuyuan, centre de l’enseignement et des discussions académiques. L’enseignement privé assuma aussi la fonction de transmission de la culture générale tandis que l’enseignement royal s’orienta uniquement vers la sélection82. Il forma des hommes compétents ayant une éthique sociale, favorisant les intérêts collectifs au détriment des droits individuels, aidant les empereurs dans leur règne. Le privé contribua à la culture chinoise basée sur les réflexions philosophiques et éthiques. Il servit aussi aux sciences et aux technologies. Déjà, la pensée de Mozi comporta des savoirs scientifiques primitifs sur la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, la physique et le mécanisme, indiquant que « l’univers couvre l’est, l’ouest, le nord et le sud »83 ; durant deux mille ans, de nombreuses inventions purent apparaître comme le papier, la boussole, l’imprimerie, la poudre à fusil. Avec les connaissances scientifiques antiques chinoises, l’origine occidentale des sciences modernes pourrait être mise en cause84. Néanmoins, l’enseignement traditionnel privé transmit surtout les pensées confucéennes basées principalement sur l’homme, la société et la bienveillance. L’enseignement impérial, situé surtout dans les grandes villes et servant aux classes nobles ou aristocratiques, ont été détérioré par les guerres constantes traversant les dynasties. Le privé a pu résister aux mutations grâce à son rôle indispensable : des « shidafu » (mandarins intellectuels) en poste y transmettaient des pensées et des connaissances ; des intellectuels libres, démissionnaires ou non-admis dans la sélection Keju, y donnaient des cours pour se satisfaire et vivre ; les élèves s’instruisaient et se préparaient à la sélection des mandarins. 1.1.2.2. Le privé préparant l’examen d’entrée dans l’administration (Keju)

La sélection fut pratiquée par les classes dominantes pour obtenir des personnes qualifiées répondant aux besoins de leurs dynasties 85 . Les intellectuels furent aussi influencés par la pensée de Confucius qui dit : « Que celui qui excelle dans l'étude exerce une charge »86. Cette charge signifie le
82 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.145. 83 Mo Zi : jingshuoshang (Mozi : exposé du canon) 84 XING Zhaoliang, Cong Einstein de lunduan dao Needham nanti : cong kexue xingtai de jiaodu jinxing de lilun sikao ( From Einstein's Arguments to Needham Thesis ——some theoretical thoughts from the angle of the formation of science), Histoire des sciences sous la diversité culturelle : collection des essais de la 10ème conférence internationale sur l’histoire des sciences dans l’Asie de l’Est, Shanghai, Université de Jiaotong, 2005. 85 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.129. 86 Lunyu : zizhang (Les Entretiens de Confucius : Zizhang, n°19), Beijing : Zhonghua books company,1980.

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service administratif à rendre à la société et à l’empereur. Avec ce principe, la sélection méritocratique fut établie. Servir l’administration sous-entend l’honneur à soi-même et à ses parents, la fortune et un statut social élevé et le pouvoir. Ainsi, de nombreux intellectuels formés au sein du privé87 furent attirés par cette voie. La sélection par recommandation des intellectuels compétents fut un catalyseur de la genèse de la sélection par l’examen. En 178 av.J.-C., l’empereur Wendi des Han ordonna déjà la recommandation des « shi » (intellectuels compétents) pour le servir88. Avec Dong Zhongshu, sous les Han89, les contenus de la sélection furent centrés sur les pensées confucéennes. Selon une étude sur l’histoire des Han, près de trois cents « shi » furent sélectionnés comme « Xiaolian » avec plus de 70% issus de l’enseignement privé 90 , montrant le rôle du privé dans la sélection des mandarins. La combinaison causale de l’enseignement et du pouvoir administratif était à l’époque le seul processus pour la mobilité sociale jusqu’en 1952, année où le lien traditionnel entre l’enseignement et les fonctionnaires civils a été coupé par la nécessité de la cause communiste et la formation des ingénieurs et des techniciens91. Le fameux système Keju, adopté après les dynasties de Song et Yuan, par le Viêt-Nam, le Japon, la Corée et affectant la France et les Etats-Unis, bâtit une justice méritocratique pour une société hiérarchisée. Il germe sous les Han, apparaît sous les Sui, s’établit sous les Tang et est aboli en 1905, constituant un outil essentiel dans la sélection des fonctionnaires civils. Avant le « Keju », le système de sélection fut héréditaire (par les liens du sang) et fut pratiqué dans les époques des Xia, Shang et Zhou, écartant les chances de mobilité ascendante des catégories populaires. En 134 av. J.-C., l’empereur Wudi des Han autorisa chaque comté à recommander un mandarin sous le programme Xiaolian92 intégré dans le système de recommandation à travers l’observation (Chaju), système formel, régulier, permanent et indépendant de la volonté superflue des empereurs. Il exista d’autres programmes de sélection comme « Chalian », « Guanglusixing », etc. 93 La systématisation de la sélection apporta la paix sociale et la stabilité de l’ascendance, et permit d’unifier la politisation et l’idéologie. Mais ce système étant une recommandation par le haut, resta injuste au détriment de la classe
87 WANG Bingzhao,2002,op.cit., p.144. 88 BAN Gu, Hanshu : wendiji (Livre des Han : l’Empereur Wendi), Epoque de la dynastie des Han, Beijing : Zhonghua books company,1962. 89 BAN Gu, Hanshu : dongzhongshu zhuan (Livre des Han : biographie de Dong Zhongshu), Epoque de la dynastie des Han, Beijing : Zhonghua books company,1962. 90 HUANG Liuzhu, Qinhan shijin zhidu (Le système de sélection des personnes compétentes sous la dynastie des Qin et des Han), Xian, Maison d’édition de l’Université du Nord-Ouest de Chine, 1985, p.102. 91 LIU Jingming, Jiaoyu yu shehui fenceng jiegou de bianqian : guanyu zhonggaoji beiling zhiye jieceng de fenxi (L’éducation et les mutations de la stratification : analyse de la classe professionnelle moyenne et supérieure du col blanc), Journal de l’Université du Peuple de Chine, 2001, n°1. 92 BAN Gu, Hanshu : wudiji (Livre des Han : Empereur Wudi, volume 6), Beijing : Zhonghua books company, 1962. 93 HUANG Liuzhu, 1985, op.cit., p.198.

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