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L'histoire romaine dans les universités africaines

De
280 pages
Comment réussir les examens d'histoire romaine dans les Universités africaines sans frauder ? Après avoir montré la spécificité de l'histoire romaine, l'auteur, praticien de l'enseignement, recense les pistes "propres" qui existent. S'y ajoutent des conseils et exercices pratiques portant sur la dissertation historique et le commentaire de textes.
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L’HISTOIRE ROMAINE DANS LES UNIVERSITÉS AFRICAINES

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10907-0 EAN : 9782296109070

Hugues MOUCKAGA

L’HISTOIRE ROMAINE DANS LES UNIVERSITÉS AFRICAINES Passer les examens sans fraude

Préface du Professeur Théodore Nicoue Lodjou Gayibor Postface de Maurice Bazemo

L’Harmattan

Publiés par le même auteur Chez l’Harmattan La Rome Ancienne : 1er siècle avant Jésus-Christ-1er siècle après Jésus-Christ, 2006 (Préface du Professeur Fabien Kange Ewane ; Postface du Professeur Saliou Ndiaye) ; Vivre et Mourir à Rome et dans le Monde Romain, 2007(Préface du Professeur Pierre Solina N’dombi) ; L’Abécédaire de la Rome Ancienne, 2008 (Préface du Professeur Alexis Mengue M’Oye) ; Méthodologie pour un Compte Rendu critique, 2009 (Préface de Fabien Kange Ewane ; Postface de Moustapha Gomgnimbou). En préparation Les Bapunu du Gabon (Sexualité, veuvage, alcoolisme, esclavage, maraboutage, anthropophagie). Pour tordre le cou à certaines idées reçues ; Les Romains et la Mer dans l’Antiquité : Textes de référence ; Lexique de l’impérialisme romain dans l’Antiquité. Rome et ses grands Hommes ; Apprendre aux apprenants. Eléments de pédagogie à l’usage des Enseignants des Universités et Etablissements d’Enseignement Supérieur ; Histoires punu(es). Répertoire de faits historiques relatifs à un groupe ethno-linguistique du Sud-Gabon ; Guide Pratique pour l’élaboration et la soutenance d’un travail de recherche (Mémoire, Thèse) en Histoire ; Politiques gouvernementales et réalités culturelles au Gabon sous le magistère d’Omar Bongo Ondimba, de Lazare Digombe à Paul Mba Abessole (1992-2009) : Verbatim.

-

A Hugues-Edouard « Djami » et à mes Maîtres, d’ici et d’ailleurs : Joseph Mouckagni Nguembi, ancien Instituteur Principal à l’Ecole Saint Kisito de Mouila ;

- Lazare Digombe alias « Ladigo » et Alphonse Aleka Alike Tschinyoka Mujing, respectivement Maître de Conférences et Maître Assistant d’Histoire Ancienne à l’Université Omar Bongo (U.O.B.) Libreville ; Pr Jean-Pierre Martin, ancien Professeur d’Histoire Romaine à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et Professeur émérite à l’Université de Paris IV-Sorbonne.

Avec l’expression de mon réel, entier, profond et filial attachement. (Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. Lc., 6. 38)

« Il y a trois priorités pour le développement de l’Afrique : l’éducation, l’éducation, l’éducation. » L.S. Senghor

« L’école, c’est la lumière. » Tiken Jah Fakoly

REMERCIEMENTS
Mené tambour battant, ce travail n’aurait pu aboutir et gagner en maturité sans le concours précieux d’un certain nombre d’Universitaires, véritables réceptacles du savoir, que nous voudrions remercier tout spécialement. Monsieur le Professeur Théodore Nicoue Lodjou Gayibor, Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines en Histoire Africaine, Professeur Titulaire dans cette discipline à l’Université de Lomé (Togo), ancien Président des Comités Techniques et Spécialisés (C.T.S.) Lettres et Sciences Humaines du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (C.A.M.E.S.), ancien Directeur des affaires Académiques de l’Université de Lomé, ancien Président de l’Université de Lomé, éminent Universitaire, chercheur prolifique et émérite, personnage affable, qui a accepté de réaliser la Préface de cet ouvrage ; Monsieur Maurice Bazemo, Docteur Nouveau Régime en Histoire Ancienne de l’Université de Franche-Comté (Besançon), Maître de Conférences en Histoire Moderne et Contemporaine dans cette discipline à l’Université de Ouagadougou (Burkina Faso), qui a bien voulu rédiger la Postface de cet opus ; Tous les autres nôtres qui nous ont toujours encouragé dans notre production scientifique et qui ont toujours accepté de participer, à nos côtés, chaque fois que nous les sollicitons, à toute aventure intellectuelle de haute portée : Messieurs les Professeurs Saliou Ndiaye, Professeur Titulaire en Histoire Ancienne à l’Université Cheikh Anta Diop (U.C.A.D.) de Dakar et Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (F.L.S.H.) au sein de cette Institution, Fabien Kange Ewane, Professeur en Histoire à l’Université de Yaoundé I et ancien Recteur de l’Université Des Montagnes (U.D.M.) à Bangangté (Cameroun), Pierre N’Dombi, H.D.R. en Histoire Economique à l’U.O.B., Alexis Mengue M’Oye, Maître de Conférences H.D.R. en Histoire Ancienne à l’U.O.B., Dieu-Donné Meyo-Me-Nkoghe, Maître de Conférences en Histoire Sociale à l’Ecole Normale Supérieure (E.N.S.) de Libreville, Moustapha Gomgnimbou, Maître de Recherches au CE.NE.RE.S.T. de Ouagadougou (Burkina Faso), Messieurs et Mesdames les Docteurs JeanFrançois Owaye, Maître Assistant en Histoire Militaire et Etudes de Défense à l’U.O.B., Roger Mboumba Mbina, Maître Assistant en Histoire Ancienne à l’Ecole Normale Supérieure (E.N.S.) de Libreville, Constant-Félix Pambo Louéya, Maître Assistant en Histoire Economique et Sociale à l’U.O.B., David Mokam, Chargé de Cours au Département d’Histoire de l’Université de Ngaoundéré (Cameroun), Monique Mavoungou Bouyou, Maître Assistant en Histoire Africaine à l’U.O.B. et Doyen de la F.L.S.H., Eliane Bouendja et Gwladyss Immongault Noméwa, Assistantes en Histoire Ancienne à l’U.O.B., Léopold Codjo Rawambia, Assistant en Histoire Africaine à l’U.O.B., William Charlies Mbadinga, Doctorant en Histoire Ancienne à l’Université de Paris XII-

Val de Marne et Sonia Dibouanga Doctorant en Histoire Economique et Sociale à l’Université de Rouen (France). Enfin, last but not least, tous ceux dont l’action a été déterminante pour la conduite et l’aboutissement de cette réflexion : Claudine, Taty, Alex Désiré, Tapoyo, Solange Ntsame, Joséphine Essoba et Laetitia Lishou. Que tous veuillent bien agréer l’expression de notre profonde, entière et respectueuse gratitude !

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PRÉFACE
Le Professeur Hugues Mouckaga n’en est pas à son coup d’essai. Il se confirme comme un bon spécialiste de l’histoire romaine dans une université africaine, à travers les ouvrages déjà publiés sur le sujet. Le présent essai se veut un outil pédagogique, destiné aussi bien aux enseignants qu’aux étudiants en histoire romaine. Les universitaires africains publient peu, encore moins des manuels didactiques pour aider les étudiants désespérément privés de documentation scientifique dans des bibliothèques universitaires parfois à l’allure de salles de lecture municipales dans des cités-dortoirs européennes. La portée de la production scientifique des universitaires africains -là où elle existe- demeure malheureusement très limitée, en raison, non seulement du désintérêt du public local pour ce genre de littérature, mais aussi de l’absence de structures idoines de publication et surtout de distribution à travers les campus francophones du continent. Faute d’échanges, ces productions ne sont pas écoulées et les auteurs sont méconnus de leurs homologues qui auraient pu bénéficier de leur expertise. A quand une véritable politique de promotion et de distribution des productions scientifiques africaines à travers nos universités ? Le mérite du Professeur Mouckaga est double. Enseigner une spécialité rare -parce que peu abordée- dans les départements d’Histoire des universités africaines devient une curiosité. Ils sont en effet peu nombreux, les collègues historiens africains réellement formés dans cette spécialité. S’il n’a jamais été question de supprimer l’enseignement de l’histoire de l’Antiquité grécoromaine des programmes universitaires, rien ne semble avoir été fait, au niveau des institutions, pour le promouvoir. Aucune spécialité ne semble d’ailleurs avoir eu les faveurs des autorités universitaires, l’unique facteur d’engouement étant souvent la facilité avec laquelle tel ou tel autre sujet de doctorat pouvait être rapidement circonscrit à travers des archives bien constituées ; ce qui explique le grand nombre de spécialistes en histoire coloniale ou post-coloniale facteur du déséquilibre des programmes d’histoire en cours, au détriment de l’histoire africaine précoloniale et de celle des autres aires et périodes de l’histoire universelle. Il est certes évident que ce schéma souffre de quelques exceptions. Cheikh Anta Diop a suscité bien des vocations aussi bien à Dakar que dans quelques autres universités africaines. Mais la disparition de ce grand homme et les difficultés d’approche de l’Egypte pharaonique sont en train de faire retomber cet engouement. A quand une politique cohérente et concertée de l’enseignement de l’histoire dans les universités africaines ? Le Professeur Mouckaga aime écrire. On le sent à travers son style fluide et facile à lire, au point que l’on peut regretter qu’il se laisse parfois aller à la tentation de la paraphrase. Mais peut-on le lui reprocher, face au mutisme de l’immense majorité de nos collègues qui ne ressentent sans doute pas ce besoin de s’exprimer, dans ce cas particulier pour communiquer à leurs

collègues, ainsi qu’aux étudiants, les fruits de leurs expériences individuelles ? Il est évident que les difficultés structurelles expliquent en partie cette carence. Le Professeur Mouckaga mérite donc d’être félicité pour avoir su mener ce projet à terme. Tous les thèmes traités sont d’actualité sur le terrain, et l’ouvrage sera d’un intérêt certain pour tous ceux qui voudraient bien s’y plonger. Mais gageons qu’il n’atteindra pas ses objectifs, en ce qui concerne le phénomène de la triche dans les universités africaines, thème qui semble avoir motivé la rédaction de l’ouvrage. Il est évident que ce fléau n’affecte pas seulement les départements d’histoire ou uniquement les universités africaines. Vouloir le combattre par la seule thérapie didactique me semble un leurre. En effet, au moment où la course à la mondialisation impose aux sociétés une plus grande maîtrise de la science et de la technologie par la formation de ressources humaines de plus en plus aguerries, on observe en Afrique des structures universitaires à bout de souffle, avec des crédits insignifiants pour faire face à des défis colossaux : des cohortes d’étudiants de plus en plus importantes, des effectifs pléthoriques, des amphithéâtres bondés, des enseignants débordés et sans grandes ressources qui doivent, au moment des examens universitaires qu’ils redoutent, corriger parfois des centaines, sinon des milliers, de copies, dans un laps de temps relativement court... Inutile de continuer à énumérer les maux dont souffrent les structures universitaires du continent ; tout le monde les connaît. La triche n’en est qu’un parmi tant d’autres, et l’université africaine est en train de rater le coche de la véritable révolution qu’offre l’opportunité de l’adoption et de l’application du LMD. On prête ces mots terribles à un ministre africain : « un jour d’appui vaut mieux que cent ans d’études ». La mal-gouvernance qui affecte la majorité des Etats africains n’incite pas à l’optimisme. La culture de l’excellence dans la formation in domo des futurs cadres ne semble pas préoccuper les élites dirigeantes. Au besoin, leurs héritiers seront bien encadrés et mieux formés dans les structures universitaires occidentales. Que dans les universités nationales la triche soit érigée en institution presque légalisée, ne doit pas étonner. L’inadéquation des offres de formations aux besoins réels des acteurs, l’inefficacité des mesures prises ici et là pour enrayer ce phénomène, et surtout l’impuissance des enseignants face à la détermination du nombre de plus en plus croissant d’étudiants malhonnêtes, y sont pour beaucoup. Alors, à quand une véritable moralisation de nos universités ? Les enseignants-chercheurs des universités francophones ont heureusement le C.A.M.E.S., qui les incite à s’efforcer de gravir les échelons académiques. Cette institution accuse certes bien des lacunes dues en grande partie au manque de moyens adéquats de fonctionnement. Mais elle a le mérite d’exister et de pousser les postulants à un effort soutenu, toujours récompensé, en raison du caractère international des jurys. Que n’existe-t-il pas pareil mécanisme de récompense de l’effort soutenu et du travail bien fait dans les autres structures de la société dans les pays africains ? La jeunesse a besoin de 16

héros, de modèles à copier, sur lesquels calquer leurs efforts pour réussir comme eux. Si nous voulons que nos étudiants deviennent performants, qu’ils s’attèlent sérieusement aux études, donnons-leur des raisons d’espérer des lendemains meilleurs. Que les jeunes médecins, fraîchement sortis de nos facultés de médecine ne soient plus obligés, pèse-personnes et stéthoscope en mains, d’aller, tels des saltimbanques, proposer leurs services aux femmes du marché pour quelques sous, alors que, paradoxe extrême, les centres de soins (hôpitaux et dispensaires) de nos villes et surtout des campagnes manquent de personnel technique. Que les diplômés de nos facultés des sciences, des lettres, de nos écoles d’ingénieurs ne soient plus obligés de se « prostituer » en allant brader leur savoir dans les établissements d’enseignement secondaire privés, pour moins de 30.000 FCFA par mois, ou de s’improviser conducteurs de taximoto pour ne pas « crever de faim ». L’alibi des ajustements structurels ne tient plus. Les conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale ont été dénoncées depuis quelques années déjà. Et tant que la situation économique et politique des pays africains ne donnera aucun espoir à la jeunesse, l’Occident aura beau se barricader, les candidats à l’immigration-suicide seront de plus en plus nombreux et la triche dans les établissements de formation continuera de plus bel. Le Professeur Mouckaga a bien du mérite à se préoccuper de la formation de la jeunesse africaine. Que ses paroles ne tombent pas dans des ronces pour être vite desséchées par la chaleur et dissipées par le vent. Mais qu’elles produisent tous les fruits que l’on est en droit d’en espérer. Lomé (Togo), le 24 février 2009

Professeur Théodore Nicoue Lodjou Gayibor

Docteur 3e cycle en Histoire Africaine et Docteur d’Etat ès lettres et Sciences Humaines de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne (France), Professeur Titulaire en Histoire Africaine à l’Université de Lomé (Togo), ancien Directeur des Affaires Académiques de l’Université de Lomé, ancien Président des Comités Techniques et Spécialisés (CTS) Lettres et Sciences Humaines du Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur (CAMES), ancien Président de l’Université de Lomé, auteur de nombreux articles et ouvrages, parmi lesquels : Migrations, Société, Civilisation, les Ewè 17

du Sud-Togo. Thèse de Doctorat de 3e cycle, Université de Paris I, 2 Tomes, 1975, 600 p., « Les origines du royaume de Glidji » in AUB (série Lettres), N° 3, 1976, pp. 75-102, Offori Benbeneen alias Foli Bebé, fondateur du royaume Glidji, Lomé, INSE/ UB, 1983, 60 p., (avec Ligier F.,), Foli Bebé ou l’épopée des Gâ du Togo, Abidjan, NEA, 1983, 146 p., Peuples et royaumes du Golfe du Bénin, Lomé, INSE/UB, Didactiques, N° 1, 1983, 75 p., « Agokoli et la dispersion des Ewè de Notsè » in Medeiros F. (de), Peuples du Golfe du Bénin, Paris, Karthala, CRA, 1983, pp. 21-94, « Quelques éléments de polémologie en pays Ewè » in Cultures et développement, t. 16, 3-4, N° spécial sur les guerres africaines, 1984, L’aire culturelle ajatado des origines à la fin du XVIIIe s. Thèse de Doctorat d’Etat, Paris I-Sorbonne, 3 vol. 1985, 1305 p., « Ecologie et Histoire : les origines de la savane du Bénin » in CEA, 101-102, XXVI-1-2, 1986, pp. 13-41, « Les villes négrières de la côte des esclaves au XVIIe s., » in Processus d’urbanisation et composantes sociales de la ville en Afrique, Paris, L’Harmattan, t. 1, 1988, pp. 50-58, « Le remodelage des traditions historiques : la légende d’Agokolo, roi de Notsè », in C.H. Perrot, Sources orales de l’Histoire de l’Afrique, Paris, CNRS, 1989, pp. 209-214, « Rôle et importance des Tashimon au sein de la société aja (Togo ») in AJS, UB, 2, Lomé, 1990a, pp. 77-90, « Toponymie et toponymes anciens de la côte des esclaves » in Toponymie historique et glossonymes actuels de l’ancienne côte des esclaves ( XVe-XIXe), Lomé, Presses de l’UB, 1990 b, 142 p., Le Genyi. Un royaume oublié de la côte de Guinée au temps de la traite des Noirs, Lomé, Haho et Karthala, 1991, 321 p., « Kpoyizu ou la fin d’une époque » in AUB, série Lettres, tome XI, 1991, pp. 25-41, Les peuples du Sud-Togo, Lomé, Presses de l’UB, 1992, 80 p., Traditions historiques du bas-Togo, Niamey, CELHTO, collection Etudes, N° 1, 1992, 209 p., « Les conflits politiques à Aného de 1821 à 1960 » in Cahiers du CRA Paris-Sorbonne, 8, 1994, pp. 195237, « Les rois de Glodji (Togo) : une chronologie révisée » in History of Africa, 22, 1995, pp. 191-222, Histoire des Togolais (sous la dir.), 3 vol., Université de Lomé, Département d’Histoire, Presses de l’UL, Lomé, 2005.

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INTRODUCTION
En 1970, une décennie après l’accession du Gabon à l’indépendance, le Président de la République d’alors, Albert Bernard Bongo1, soucieux d’assurer la formation des élites nationales susceptibles de promouvoir le développement du pays, prit la décision de créer, sur les cendres de la Fondation pour l’Enseignement Supérieur en Afrique Centrale (F.E.S.A.C.), structure d’enseignement supérieur commune aux quatre Etats de l’ancienne Fédération de l’Afrique Equatoriale Française (A.E.F.) -Gabon, Tchad, Congo, République Centrafricaine-, une Université : l’Université Nationale du Gabon (U.N.G.)2, rebaptisée en 1978, au lendemain de la grève des Etudiants qui leur valut l’incorporation temporaire dans les différentes unités des forces de défense et de sécurité, l’Université Omar Bongo (U.O.B.). Erigée à Libreville, capitale administrative et politique du pays, où elle fut enserrée dans une large muraille3, elle fut subdivisée en trois Centres d’Enseignement Supérieur (C.E.S.) : C.E.S. de Lettres, C.E.S. de Droit et Sciences Economiques, C.E.S. de Sciences, dont la gestion fut confiée à un coopérant français, François Chopin, docteur ès

Il s’appellera plus tard, en 1973, El Hadj Omar Bongo, puis en 2004, El Hadj Omar Bongo Ondimba. 2 Il faut reconnaître que cette Fondation était caractérisée par une inégale répartition des Etablissements de formation : 5 dans la seule République congolaise : Ecole Normale Supérieure d’Afrique Centrale, Ecole Supérieure des Sciences, Ecole Supérieure des Lettres, Centre Inter-Etats d’Enseignement par correspondance, Centre Inter-Etats des Oeuvres Universitaires ; 1 seul dans chacun des trois autres Etats membres de l’ancienne A.E.F. : Institut Agronomique de Mbaïki pour la République Centrafricaine, Institut d’Enseignement Zootechnique et Vétérinaire pour la République du Tchad, Institut Universitaire de Technologie pour la République Gabonaise. 3 Voir comment se présente l’entrée principale de cette Institution, en Annexe. Dans son ouvrage, L’Afrique et le Gabon au XXIe siècle. Révolution développementaliste ou développement du sous-développement, Paris, mare et martin, 2007, p. 209, le Professeur M.L. Ropivia voit, à travers cette architecture, une velléité d’enfermement qui fait ainsi de cette Institution, un « vecteur d’enfermement du savoir, d’ostracisme de la part des pouvoirs publics, de banalisation de l’idée d’Université dans la société, de coupure entre l’université et le peuple et, finalement, de séparation entre l’institution universitaire et le reste des autres grandes institutions de la nation ». Il ajoute d’ailleurs ceci : « Cette barrière est encore l’expression d’une plus grande frontière, celle qui unit aujourd’hui la réalité de l’évolution socio-économique contrastée du Gabon, visible partout à l’extérieur de la muraille avec quelque chose d’aussi dégradé à savoir, la fiction intellectuelle dissimulée derrière les remparts ; deux univers identiques que l’on ne saurait offrir en contemplation, surtout à un visiteur étranger, au même moment ! » id., ibid. Pour corroborer cette approche, il faut ajouter que ce n’est pas un hasard si cette Institution est érigée à quelques encablures du quartier dit « Derrière la Prison ». Voir à cet effet la carte en annexe.

Sciences, avant qu’elle n’échût à un Gabonais, François Owono Nguéma4, lui aussi Docteur en Sciences. Dans la foulée de cette création, d’autres Universités virent le jour : en 1985, l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (U.S.T.M.), à Franceville, au sud-est du Gabon, pour marquer une réorientation des priorités de la formation au profit des cadres techniques et scientifiques et dix ans plus tard, pour donner un caractère particulier à la formation médicale et para médicale5, l’Université des Sciences de la Santé (U.S.S.), dans la commune d’Owendo, attenante à Libreville, sur le site du Centre Universitaire des Sciences de la santé (C.U.S.S.). Si globalement toutes ces structures de formation sont parvenues, nolens volens, à remplir les missions qui leur ont été dévolues, autrement dit la formation des élites dans la plupart des disciplines existantes, missions, parmi d’autres, contenues dans les textes organiques pris en ce sens6, il se pose, cependant, avec acuité, à l’Université Omar Bongo (U.O.B.), des problèmes de toutes natures qui constituent de véritables goulots d’étranglement dans le fonctionnement harmonieux d’une Institution universitaire digne de ce nom. Dans son excellent ouvrage qu’il a commis en 2007 chez mare et martin, avec un titre plein d’à propos, L’Afrique et le Gabon au XXIe siècle. Révolution développementaliste ou développement du sous-développement, le Professeur M.-L. Ropivia les passe au crible, sans la moindre complaisance : « absence de projet universitaire national, c’est-à-dire d’objectifs d’enseignement supérieur clairement définis par l’Etat ; inadaptation des filières à la modernité évolutive de la société gabonaise ; faible degré de professionnalisation des formations ; obsolescence des technologies éducatives et des outils pédagogiques ; insuffisance de qualification du corps enseignant ; balbutiement de la recherche scientifique ; vétusté et insuffisance des locaux ; absence criarde d’équipements de laboratoire et de moyens de communication ; connexion insuffisante aux autoroutes de l’information et aux réseaux spécialisés d’échanges d’activités de recherche ; administration universitaire non spécialisée »7 ; une série de maux auxquels l’on peut ajouter d’autres, de la même veine, que S. Ibouanga dénonce avec véhémence, dans le roman qu’il vient de commettre chez L’Harmattan, avec le titre suivant : Au pays des tyrans, et où il fait étalage des maux qui minent l’Université Omar Bongo, dénommée pour la circonstance, l’Université de katimambou : « A katimambou, les lobbies des cafards s’organisent pour démettre un recteur. Les donneurs de cours et leurs apprenants se regardent en chiens de faïence. Les premiers, pour l’obscurantisme de leur âme tordue ; et les seconds, pour la foultitude des maux auxquels ils étaient contraints : eau,
En Annexe, on le voit, en compagnie du Président Bongo, s’entretenant avec la jeunesse estudiantine, circa 1973. 5 Techniciens de laboratoire, Sages-femmes, Infirmiers d’Etat. 6 Voir les textes en annexes. 7 p. 214
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électricité, ordinateur, bibliothèque, et même les toilettes, tout était rêve d’enfant. Pour faire des selles, les donneurs de cours faisaient la queue au rectorat, tandis que les pauvres étudiants retrouvaient les serpents et les crocodiles dans la broussaille… L’Université de Katimambou… était une secte, la honte de tous les pays de l’Afrique de nos fiers guerriers… Quand on est seul, abandonné à soi-même, sans coq puissant, un parent battant ; abandonné à l’irresponsabilité spectaculaire des donneurs de cours gonflés, égoïstes, limités… Les grèves, perpétuelles, ou presque institutionnalisées, nous empêchaient de bien fonctionner : chaque mouvement de grève nous renvoyait dans nos foyers, et jusqu’à nouvel ordre ! … A Katimambou, il y avait deux types de grèves : celles que causait le fonctionnement des structures au sein même de l’Université : le restaurant fermé, les bourses payées en retard, pas d’ouvrages à la bibliothèque ; et celles « souterraines » que provoquaient certaines personnes du système et de l’opposition…C’est vrai que dans cette Université, les enseignants étaient de véritables bourreaux, mais certains étaient des hommes de cœur, des pères et des mères de famille, des défenseurs des enfants des pauvres. »8 Et, comme pour corroborer cet amer constat, Chr. Kouiga, dans un article intitulé « Capharnaüm » publié dans le quotidien d’informations l’Union du Mercredi 18 novembre 2009, p. 3, article réalisé au lendemain de la visite, sur le campus de l’U.O.B., du Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche, et de l’Innovation, Porte-parole du Gouvernement, S. Moundounga, n’y va pas par le dos de la cuillère : « … De l’inventaire » assène-t-il, « il ressort un constat amer, impensable et triste à tous égards. En ce sens que ce temple du savoir et de la connaissance, au fil des ans, est devenu finalement un habitacle de la mélancolie, vu les conditions dans lesquelles s’y effectue la transmission du savoir. A y regarder de près, l’université qui porte le patronyme du défunt président de la République n’existe plus en réalité que de nom. C’est l’arbre qui cache une forêt de frustration et d’amertume eu égard à la kyrielle des manquements. Car aussi désobligeantes soient-elles, les nombreuses carences inventoriées en son sein constituent, à tout le moins, autant d’adjuvants de découragement. D’abord chez les rares bonnes volontés, au titre des enseignants qui, en dépit de cet état des faits, continuent, malgré eux, de dispenser les cours dans une université devenue peu attrayante. Ensuite chez nombre d’étudiants, surtout les « bleus », que l’UOB ne séduit plus, et qui, pour tout cela préfèrent se tourner davantage du côté des grandes écoles, malgré les difficultés d’accès, au détriment des facultés. Le constat est resté le même, malgré les nombreux ministres qui se sont succédé à la tête de l’Enseignement supérieur. Conséquence, l’UOB amorce une descente aux enfers. Les efforts fournis par les pouvoirs publics sont, à tort ou à raison, jugés insuffisants. Pour peu que la racine du mal, entendez la restauration tous azimuts de l’université
pp. 56-72

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Omar Bongo demeure entier. Les bâtiments, vétustes, accusent le poids des ans. L’existant est insuffisant…A cause de son nombre insuffisant d’amphis, l’UOB cherche désormais des consolateurs. La volonté étatique, manifestée à des degrés variés, se trouve souvent douchée par quelques compatriotes et/ou des entrepreneurs véreux qui excellent dans la surfacturation…C’est un doux euphémisme : les étudiants mangent peu ou mal. Et subsistent, à l’UOB, dans des conditions assimilables à celles d’élèves militaires (en formation) dans l’armée. Des chambres très réduites, à partager à deux, en forme de cellules, sont dépourvues de toutes commodités…. » Des maux graves, innommables, qui laissent aphone, mais qui restent inexhaustifs car ne figurent pas dans tous les catalogues des travers dénoncés, ceux en rapport avec les dysfonctionnements internes -doux euphémisme- ! de l’Institution et parmi lesquels la fraude aux examens, de la part des étudiants, occupe une place importante. Pour appréhender cette pratique, tenons-nous en d’abord à cette Note de service intitulée « Déroulement des épreuves. (Règlement intérieur de la F.L.S.H.) » prise, en cette session d’examen d’Octobre 2009, par l’Assesseur chargé de la Pédagogie et où figurent, en bonne place, sur les dix questions soulevées, trois en rapport avec la fraude : « 3. Les candidats doivent se débarrasser de tous les documents ou matériels non expressément autorisés dans le libellé du sujet d’examen. Le non-respect de cette disposition est assimilé à une tentative de fraude »9 ; « 8. Toute fraude ou tentative de fraude constatée fait l’objet, de la part du surveillant ayant constaté les faits, d’un rapport adressé au Doyen. En cas de flagrant délit, les documents prouvant la fraude sont annexés au rapport et le candidat expulsé immédiatement de la salle, sauf si la fraude est constatée avant l’expiration de la 1ère heure »10 ; « 9. L’utilisation du téléphone portable de quelque manière que ce soit est considérée comme une tentative de fraude. »11 Associons à ces faits ces deux autres, que nous avons personnellement vécus et qui font ressortir le comportement affiché par certains étudiants à l’occasion de l’épreuve d’Histoire Ancienne proposée aux examens. Le premier de ces faits remonte au mercredi 8 Juin 1988 : il est 9h30 mn ce jour-là. Depuis plus d’une heure, a lieu, dans une grande salle affectée à cet effet, l’épreuve d’Histoire Ancienne pour les étudiants de D.E.U.G. II, autrement dit ceux de 2e année inscrits au Département d’Histoire-Géographie. Notre dossier de recrutement pour un poste d’Enseignant ayant été accepté par le Conseil départemental et les autres Autorités académiques12, un futur collègue nous a sollicité pour l’aider à assurer la surveillance de son épreuve.
Note du 09 octobre 2009 revêtue de la signature de G. Zue-Nguema. Id., ibid. 11 Id., ibid. 12 Le Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (F.L.S.H.) et le Recteur de l’Université Omar Bongo (U.O.B.), avant d’être transmis chez le Ministre de l’Enseignement Supérieur, via le Directeur Central du Personnel.
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Jusqu’ici, tout se passe bien. La salle est pleine comme un œuf, tous les étudiants ayant tenu à être présents. L’absence à l’examen, sans justification conséquente, autrement dit attestée par un certificat médical, en effet, ne conduit-elle pas automatiquement à la plus forte pénalité, autrement dit à la collation de la note 00/20 ? La concentration aussi est à son comble. Et pour cause : les étudiants planchent sur deux sujets au choix mais de forte teneur ; l’un porte sur l’Histoire Grecque : La ligue de Délos : Force ou Faiblesse d’Athènes ? et l’autre, sur l’Histoire Romaine : L’oligarchie Sénatoriale de 70 à 31 av. J.-C. Notre attention, vive au départ, se relâche progressivement. Le Doyen de la Faculté, homme énergique, à la barbe broussailleuse et poivre et sel, connu pour sa gouaille, sa main de fer, sa poigne et sa grande rigueur, vient de faire « le tour des popotes » pour s’assurer que les épreuves de ce jour ont été bien « lancées » dans l’Etablissement dont il assure la tutelle. Après un échange avec nous au cours duquel il nous a encouragé à la vigilance, il s’en est allé, comme ragaillardi et rassuré. Puis, en sillonnant les allées de cette salle, pour la énième fois, notre attention est attirée par l’un d’entre ces étudiants : nous l’avons dans notre ligne de mire depuis quelques instants ; il s’agite, gesticule nerveusement, parfois se laisse aller à un monologue curieux, en ce qu’il ne ressemble en rien à cette réflexion que certains de ses condisciples ont parfois à haute voix. Au départ, nous pensons qu’il fait face à une difficulté majeure ; notre intention est donc de voler à son secours, de lui porter assistance et donc de nous rendre utile ! En cherchant à intégrer l’Université Omar Bongo, en qualité d’Enseignant, ne nous sommes-nous pas engagé, au-delà de notre ferme volonté de transmettre aux jeunes générations toute notre flamme en Histoire Romaine et d’amener à une spécialisation plus accrue dans cette discipline, restée comme une sorte de mythe en raison de la langue, le latin et, éventuellement, le grec, et de son exotisme présumé, à offrir aux élites montantes de notre pays les moyens d’une progression scolaire moins cahoteuse ? Notre objectif premier était de faire partager nos savoirs acquis auprès de toutes les sommités intellectuelles rencontrées en Occident tout au long de notre cursus studiorum, et de permettre à l’Afrique de tirer profit de l’expertise que nous avons accumulée ! Mais quand nous lui demandons s’il avait une préoccupation et que pour toute réponse il se met à frémir de tout son long et à bredouiller des mots inaudibles, transpirant à grosses gouttes, nous réalisons que la situation que nous vivons est inédite. Elle nous intrigue ! Après nous être interrogé quelques instants sur les raisons de cette situation, nous nous arrêtons à son niveau, le fixons pendant de longues secondes, surpris de voir qu’il est toujours mal à l’aise. Nous décidons alors de jeter un coup d’œil sur un lot de feuilles, censées être celles de brouillon, et qui sont posées sur sa table ; et là, ô divine surprise ! tout le cours portant sur le sujet proposé en Histoire Romaine est là, entièrement retranscrit. Il l’est au crayon papier, en micro caractères, donc pratiquement illisible, comme pour décourager tous les défaillants oculaires ! Après avoir eu un haut-le-cœur, nous 23

poussons un cri d’effroi. S’en suit alors une panique généralisée dans la salle ; de partout, des feuilles bruissent, des pieds glissent, des chuchotements se font entendre. Le futur collègue qui nous a sollicité pour l’assister dans cette ardue tâche de surveillance, se porte prestement vers nous. Il nous trouve là, interdit, pendant de longues minutes, comme inerte, parce que noyé dans un flot d’interrogations : pourquoi cet étudiant recourt-il à la fraude ? Pourquoi prend-il ce risque ? Pourquoi se laisse-t-il aller à un acte d’une telle gravité, sachant que les sanctions prévues par le Règlement Intérieur et contenues dans le Carnet de l’Etudiant, pour ce genre de délit, peuvent osciller entre la note 00/20, l’interdiction de poursuivre les examens et l’exclusion pure et simple de l’Institution universitaire pendant quatre ou cinq ans ? Pourquoi se risque-t-il dans une voie aussi aventureuse, aussi hasardeuse, en ce qu’elle peut, en cas d’insuccès, donner lieu à cette forte pénalité et même à une forte humiliation auprès des condisciples et des Enseignants ? Pourquoi entreprend-il une telle action qui dénote une profonde faiblesse, une paresse insigne, indigne et innommable et qui n’est guère, même si elle se solde par un succès, valorisante, gloriolisante ? En cas de réussite, à l’issue d’une telle opération d’escroquerie, de triche, de fraude et donc de vol caractérisé, est-il possible de se regarder dans la glace, d’être fier de soi et de se considérer comme méritant ? Que peut valoir une série de succès obtenus dans ces conditions calamiteuses et ignobles ? Ne vaut-il pas mieux se retrouver avec la note la plus basse, y compris 00/20 parce que l’on aura rendu une feuille vierge ou truffée d’incohérences et d’approximations, en sachant qu’on l’aura méritée, plutôt que d’en avoir une plus élevée, convaincu qu’elle est imméritée, qu’elle est le résultat d’un vol ? Et le pays, notre cher Gabon, qui s’est tant investi pour la formation de ses filles et de ses fils, en finançant parfois grassement leurs études, en mettant un point d’honneur à scolariser tous les enfants dès l’âge de 6 ans, sans discrimination d’aucune sorte, parce que convaincu que seule l’éducation, la formation des élites, permet le développement, quelle peut être sa trajectoire, s’il est tenu en mains par ceux qui s’étaient toujours singularisés, au cours de leur cursus studiorum, par des actes d’une telle malveillance ? Peut-il véritablement amorcer son développement et mener victorieusement le combat contre le malêtre, la mal gouvernance et figurer parmi les pays dits émergents ? Ne restera-til pas condamné, ad vitam aeternam, à connaître les affres du sousdéveloppement et à demeurer un pays au sous-sol riche, un « scandale géologique », un pays « béni des dieux », une « Suisse de l’Afrique », dénominatifs qui lui ont toujours été unanimement reconnus, mais toujours incapable de procéder à son take off ? Ne sera-t-il pas condamné, comme par fatalité, à vivre dans une situation de « dénuement intellectuel » et à ne pas espérer disposer, lui aussi, de savants de forte envergure, c’est-à-dire de ces personnes capables, par leur génie, d’aboutir à des découvertes, à des inventions dignes de changer le destin des Gabonais et, au-delà, des Africains et de l’Humanité tout entière ? Qu’attendre de ces élites en devenir dépourvues de 24

tout sens d’éthique et qui s’approprient de façon éhontée la pratique du vol, de l’escroquerie ? N’est-ce pas qu’elles soient toujours réduites à n’être que des esprits « faiblardisés », partisans du moindre effort, incapables de surpassement et de transcendance, qui ne créent rien, et laissent leur intelligence dans le ronronnement permanent ? S’étant habituées à des « raccourcis » pour parvenir à leurs fins ultimes, ne finiront-elles pas par n’être que des consommateurs impénitents des savoirs des autres, et pour peu qu’elles soient en situation de gestion financière, des détourneurs professionnels de deniers publics, des budgétivores rapaces, mus par le désir absolu et unique de s’enrichir ostensiblement, n’hésitant pas à mettre au point toutes les stratégies pour y parvenir ? Elles seront, sans conteste, de mauvais serviteurs de leur pays, des gens qui ne feront rien pour assurer son devenir et son développement ! Nous restons, là, à ces interrogations, pendant de longues minutes, comme hagard, comme pétrifié ! L’étudiant incriminé tremble de tous ses membres ; des larmes chaudes perlent ses joues. Sans demander son reste, il se lève et sort de la salle. Le deuxième fait remonte au vendredi 15 octobre 1996 à 10h. Depuis quelques jours, a lieu, à l’Université Omar Bongo, la session de rattrapage, plus connue sous le nom de seconde session d’examens. Au Département d’Histoire et Archéologie, c’est la dernière épreuve, l’Histoire Ancienne, en Licence et en D.E.U.G. II. Les étudiants la redoutent, la trouvant hermétique et d’un abord peu aisé. Ceux qui composent en Licence ce jour sont en nombre relativement réduit : une vingtaine tout au plus. Nombreux sont, parmi eux, qui ont préféré répondre « aux abonnés absents », convaincus que leur prestation serait calamiteuse, quelques esprits brillants ayant réussi malgré tout à tirer leur épingle du jeu au cours de la session principale, celle de juin. Les plus rapides – les moins inspirés aussi - se sont acquittés de leur tâche ; ils ont rendu leurs copies : à moitié pleines – ou à moitié vides, c’est selon-, pour les uns ; vides, blanches, comme on dit, avec pour seule mention le nom et l’intitulé du sujet, pour les autres ; pleines, pour le petit reste. L’épreuve n’est pas nôtre, mais nous en assurons la surveillance. Celle dont nous assurons la tutelle se déroule dans une autre salle, où des appariteurs ont été affectés : le D.E.U.G. II. Alors que nos pensées sont plutôt tournées vers la période idoine pour la correction des copies qui nous seront portées après la séance d’anonymat, un fait inattendu, rare, se produit : un étudiant, tout en pleurs, se dirige vers nous et nous fait appel, suivi par l’appariteur. Et pas n’importe lequel ! Un personnage trapu, une force de la nature ; une « armoire à glace », aux biceps gourmands et à la voix tonitruante, mais aussi un personnage gouailleur, contestataire invétéré, « leader du mouvement syndical du personnel ATOS », le « SATOUG », qui a la réputation, en plus, d’avoir du flair, « d’avoir l’œil », et donc de déceler les moindres tentatives de fraude : un homme redouté des étudiants ! Nous allons à leur rencontre et les entraînons dans un coin discret. A la question que nous leur posons de connaître la raison de cet état lacrimal de l’étudiant, l’appariteur nous répond, tout de go, fulminant de colère : « Monsieur, cet étudiant est 25

régulièrement inscrit en D.E.U.G. II et compose dans votre discipline ; mais je l’ai surpris en flagrant délit de fraude ; la preuve est là ». Et de nous brandir avec rage, le lot de feuilles dont s’était servi l’infortuné : s’y trouve une copie d’examen comportant, parfaitement traité, l’un des sujets proposés ce jour. Nous sentant comme assommé, groggy, et voulant coûte que coûte se sortir de son guêpier, l’étudiant nous lance, alors, à la cantonade : « Monsieur, pardonnez-moi. J’ai accumulé pendant les semaines ayant précédé les examens, une série de problèmes personnels qui m’ont empêché de préparer sereinement votre épreuve. J’ai perdu coup sur coup maman et le petit-frère ». Et d’ajouter : « Monsieur, permettez-moi d’ajouter ceci : beaucoup de mes condisciples qui composent, « pompent » ; il ya en a qui ont des « topos » ; il y en a même qui ont fait « le biz » avec l’appariteur ; d’autres encore font la « défense en ligne » ; je suis prêt à vous communiquer leurs noms ». Après l’avoir entendu, nous restons interrogatif : « Et si notre responsabilité était entière dans cette tentative de fraude ? Et si notre cours était d’un abord mal aisé ? Et si nous n’étions pas un bon pédagogue ? Et si ? Et si ? ». De nombreuses questions fusent dans notre esprit et s’y bousculent, nous laissant pratiquement flageolant. Deux « faits divers » qui ont émaillé le quotidien de notre spécialité, l’Histoire Romaine, qui ont éclaboussé notre Département, touché notre Faculté et, au-delà, notre Institution Universitaire, et qui ont montré la récurrence de ce mal, au point de devenir un fléau, une gangrène purulente ! D’ailleurs, à l’Université Omar Bongo (U.O.B.), n’arrive-t-il pas souvent d’entendre, l’avant-veille ou la veille des examens, les étudiants échafauder des plans de toutes natures en vue de réussir leur fraude ? Et dans cette tendance, tout y est mis à contribution : messageries par téléphones portables avec des personnes extérieures pour leur demander de transmettre les grandes lignes du sujet, cours recopiés, « droit de cuissage », corruption des Enseignants et des surveillants, par le versement à leur endroit, des espèces sonnantes et trébuchantes, etc. C’est ce qu’ils appellent, trivialement, « la pompe ». Dans le même temps, ne les entend-on pas souvent, pour peu qu’on s’intéresse à leur galimatias, psalmodier des expressions du genre « le carreau »13, « la défense en ligne »14, « le topo », « le biz »15, « le djouz », etc. ? S’il reste donc indéniable que l’Université Omar
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Entendez le sujet proposé à l’examen et qu’ils se seront procurés de façon frauduleuse. 14 Méthode de fraude inspirée du foot-ball et du hand-ball consistant à se « mettre sur une même ligne », de manière à provoquer chez l’adversaire la situation de « hors jeu ». Plus concrètement, cette méthode consiste pour les étudiants à faire œuvre de complicité dans la gestion des sujets. Elle va du choix du sujet, à la manière de le traiter. 15 Déformation et diminutif du mot « business », autrement dit marchandage. Il s’agit, dans la majeure partie des cas, de monnayer un sujet. De l’aveu de L. Ditougou, ce terme a d’autres sens : « 1-Affaire secrète ou louche ; 2- Homme ou femme qui pourvoit aux besoins financiers de son amant (e) ; 3- Fricoter, faire l’amour » in On est

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Bongo ploie sous un « cortège d’écueils »16 qui en font un « bateau ivre », il reste aussi admis que parmi ces écueils, certains méritent d’être plus indexés que d’autres ; parmi ceux-ci figure la fraude aux examens ; d’où cette question : comment enrayer cette pratique ? Doit-on la considérer comme un passage obligé ? Autrement dit, les étudiants qui veulent réussir leur examen, n’ont-ils pas d’autre choix que d’user de cette méthode peu recommandable ? N’ont-ils pas d’autre alternative que ce qu’ils appellent « la pompe » ? N’ont-ils pas d’autre solution, surtout pour ce qui concerne les filles, que le « droit de cuissage » qu’on appelle, au sein du campus de l’Université Omar Bongo, « les Moyennes Sexuellement Transmissibles, MST » ? Ces mêmes filles, n’ont-elles pas d’autre choix que de se « coucher sur le canapé » ? Tous, sont-ils obligés d’offrir à leurs enseignants des espèces sonnantes et trébuchantes contre une correction baisée de leur copie ? Sont-ils obligés de s’assurer la complicité de leurs surveillants, les appariteurs en l’occurrence, pour procéder à la fraude en toute quiétude ? Apprendre, déployer le maximum d’efforts, s’investir à la tâche, corps et âme, est-ce une impossibilité pour nos élites montantes ? Depuis de longues années, des Enseignants de tous bords, férus de pédagogie et de science, se sont toujours efforcés d’aborder, par des ouvrages, des articles, des communications ou même de simples conseils, toutes les questions pouvant concourir au « mieux être éducatif » des étudiants17 ; mais la question relative aux moyens et aux conditions d’une réussite d’un examen et donc d’un succès sans fraude n’a pas encore fait l’objet d’une réelle et profonde théorisation. Après l’accumulation d’une cohabitation longue de plus de deux décades avec les étudiants de l’Université Omar Bongo au sein des amphithéâtres, et après l’expérimentation d’une série de pratiques, il nous urgeait donc de réaliser cette oeuvre ; non pas pour offrir des solutions clés en main, toutes faites, une sorte de « caverne d’Ali baba » ; non pas pour présenter un traité théorique définissant toutes les règles absolues susceptibles d’endiguer ou, si l’on veut aller au fond des choses, d’éradiquer la fraude aux examens, mais tout simplement pour offrir une série de pistes, d’outils, de « trucs » et d’astuces susceptibles d’aider les étudiants, les apprenants, à aborder cette phase essentielle de leur mode d’évaluation. Il s’agit donc d’un modeste « pense-bête anti fraude » à l’intention des étudiants mais également au service des Enseignants et des Pouvoirs publics africains ! Mais pourquoi l’Université Omar Bongo et, partant, le Gabon et, audelà, l’Afrique, tout spécialement ? Est-ce pour dire que cette Institution, ce
ensemble. 852 mots pour comprendre le français du Gabon, Libreville, Raponda Walker, 2009, p. 24 16 Terme utilisé par M.-L. Ropivia, op. cit., p. 214 17 Il en est ainsi des travaux sur la pratique de la dissertation, du commentaire de texte, de l’élaboration d’un Mémoire (Maîtrise ou Master), ou d’une Thèse, d’un compte rendu critique, etc. Voir à cet égard la Bibliographie en fin de texte.

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pays et ce continent sont les seuls où les étudiants pratiquent la fraude aux examens, comme pour reconnaître qu’ailleurs, sous d’autres latitudes, ce mal n’existe point du tout ou n’a pas les mêmes proportions ? Le prétendre nous paraît court et même loin de la réalité. Car ce mal, nous en sommes persuadé, est consubstantiel à toutes les Universités du monde. La preuve : en ce mois d’Avril 2009, les médias internationaux, n’ont-ils pas rapporté un fait de fraude qui a touché une Université provinciale française, en l’occurrence Toulon ? S’étonnant, dans cette Institution, en effet, de voir que seuls les étudiants originaires d’un pays asiatique, la Chine, réussissaient tous aux examens, sans bavure et que les autres peinaient à y parvenir, ces derniers s’en sont publiquement émus et ouverts aux Autorités officielles qui ont aussitôt diligenté une enquête au terme de laquelle l’on a découvert le pot aux roses : une fraude à grande échelle bénéficiant, avec le concours du personnel enseignant, à ces étudiants peu scrupuleux ! Le Journal du Dimanche du 18 octobre 2009, s’en est fait d’ailleurs largement l’écho, en produisant un article suffisamment détaillé sur ses contours ; le filet que nous reproduisons ci-dessous, nous permet d’en mesurer la portée : « Malgré des moyennes très faibles et des refus de passage en année supérieure dans leur établissement d’origine, ces quatre étudiants chinois-entre autres- ont été admis ces dernières années à niveau bac+5 à l’Université de Toulon. « Tous avaient obtenu les diplômes nécessaires à cette admission dans leur pays d’origine », se défend l’Université de Toulon. B.F., 22 ans. Echec en première année de Licence à Perpignan (moyenne de 1,2/20). Admis en master 2. ; C.Y., 24 ans. Deux échecs en première année de licence (bac+1) à Metz (moyenne de 3,2/20). Admise en Master 2. ; Y.R., 26 ans. Echec en master 1 à Strasbourg (moyenne annuelle de 6,5/20). Admis en master 2. ; M.S., 24 ans. Echec en Master 1 à Brest (moyenne de 6,75/20). Admise en master 2. »18 D’autres cas de la même veine existent dans cette même France. C’est le cas de celui-ci qui touche le propre rejeton de l’actuel Président français, Monsieur Nicolas Sarkozy et que nous ressert, en ce mois de novembre 2009, le journal satirique français, sous son style caustique, Le Canard Enchaîné du mercredi 18 novembre, p. 7, sous le titre suivant : « Pierre Sarkozy. Le salaire du rappeur » signé de David Fontaine : « …C’est également sous une identité semi-cryptée, Nagy-Bosca, la deuxième moitié du nom paternel, que Pierre s’est inscrit en fac de droit pour complaire à Papa, qui fait la moue devant son orientation rap comme autrefois devant ses dreadlocks… Mais en février 2006, lors d’un partiel de deuxième année à la fac de Nanterre, Pierre a la mauvaise idée de tenter de truander à dix minutes de la fin, en sortant ses notes de cours... Traduit en conseil de discipline, il a vu son épreuve invalidée. Il a ensuite lâché à un ami : « c’est la pression familiale qui m’a poussé à tricher ». L’Afrique n’est donc pas le seul continent touché, au niveau de ses Universités,
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