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L'université et la recherche au Sénégal à la croisée des chemins

De
392 pages
Comment se construit aujourd'hui le système d'enseignement supérieur et de recherche au Sénégal ? C'est la question centrale de cet ouvrage, qui porte sur ses transformations, les pratiques des acteurs, les modalités d'organisation face aux crises et réformes. En partant du cas du Sénégal, l'auteur élargit le propos, analyse les processus d'adaptation au changement des systèmes dits « contraints », les conditions de production de l'action publique ou les facteurs de résistance au changement...
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L u n i v e r s i t  e t l a r e c h e r c h e a u S  n  g a l
C O L L E C T I O N« Thélème » Collection dirigée par Jean-Émile Charlier 1. J.-É. CHARLIER, S. CROCHÉ& A.K. NDOYE(dir.),Les universités africaines francophones face au LMD2. J. RUGENGANDE,L’enseignement privé au Rwanda3. S. CROCHÉ,Le pilotage du processus de Bologne4. B. GARNIER,Figures de l’égalité. Deux siècles de rhétoriques politiques en éducation (1750-1950)5. A. GORGA,Les jeux de la qualité. Impacts sur les politiques éducatives et la vie académique en Suisse et en Roumanie6. J.-L. SIROUX,La fabrication des élites. Langage et socialisation scolaire7. P. DELVENNE,Science, technologie et innovation sur le chemin de la réflexivité. Enjeux et dynamiques duTechnology Assessmentparlementaire8. C. FALLON,Les acteurs-réseaux redessinent la science. Le régime de politique scientifique révélé par les instruments9. B. BEYAMALENGU,L'État-nation à l'épreuve de la mondialisation. Edgar Morin et Jürgen Habermas : deux penseurs de l'option post-nationale10. J.-É. C , S. C & B. L (dir.),Contrôler la qualité dans HARLIER ROCHÉ ECLERCQ l’enseignement supérieur11. F. BALUTEAU,Enseignements au collège et ségrégation sociale12. S. D’ANGELO,Politique et marabouts au Sénégal (1854-2012)13. C.FALLON&B.LECLERCQ(dir.),Leurres de la qualité dans l’enseignement supérieur ? Variations internationales sur un thème ambigu 14. J.A.L. GOUDIABY,L’université et la recherche au Sénégal. À la croisée des chemins entre héritages, marché et réformes LMD15. J.-L. DEROUET& R. NORMAND(dir.),La question du leadership en éduca-tion. Perspectives européennes
Jean Alain L. Goudiaby Luniversit et la recherche au Sngal
 la croise des chemins entre hritages, march et rforme LMD THLME •14
Photo de couverture par Jean Alain Goudiaby D/2014/4910/31 ISBN 978-2-8061-0174-7
© Academia-L'Harmattan s.a.Grand’Place, 29 B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVETous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.www.editions-academia.be
Avant-propos
Il y a des thèses que l’on fait pour pouvoir exercer un métier. Il y a des thèses qui restent aux mains de spécialistes et de quelques personnes inté-ressées par la thématique abordée. Il y a des thèses qui, pour plusieurs raisons, finissent par devenir accessibles à un plus grand nombre. La thèse que nous avons soutenue pour l’obtention du doctorat de sociologie rentre dans cette troisième catégorie. Ce livre sur l’enseignement supérieur et la recherche au Sénégal reprend les grandes lignes de ce travail universitaire. Il faut dire que les problématiques qui gravitent autour de l’ensei-gnement supérieur et sur sa gouvernance sont rapidement entrées dans mes champs de réflexion. Déjà, en licence de sociologie, une étude avait été réalisée sur l’implication des étudiants de l’université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) dans le mouvement syndical étudiant et, partant de là, comment ils participaient à la marche de l’institution. On pouvait rete-nir que cette participation s’effectuait en fonction des interconnaissances et moins par une conscience syndicale avérée. Quelques années plus tard, pour les besoins de l’obtention du diplôme d’études approfondies de socio-logie, j’ai travaillé sur la recomposition des systèmes publics d’enseigne-ment supérieur en Afrique de l’Ouest francophone en comparant le sys-tème national de six pays : Bénin, Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, Sénégal et Togo. Il était apparu que les universités de ces pays évoluaient dans des espaces fragiles et fragilisés, mais qu’il était possible de dépasser la seule analyse centrée sur les crises. C’est de là qu’est né le projet de thèse en pre-nant comme terrain d’étude le Sénégal. Ce projet a été réalisé dans le cadre d’une cotutelle entre l’université Toulouse le Mirail (France) et l’université Gaston Berger de Saint-Louis et a été soutenue sous le titreDynamique de construction et enjeux de développement du système d’enseignement supé-rieur et de recherche au Sénégal. Que toutes les personnes et institutions qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à la réalisation de ce travail, reçoivent ici, encore une fois, mes remerciements. Remerciement spécial aux professeurs Daniel Filâtre et Gora Mbodj. Récolter des don-
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nées et les traiter pour qu’elles permettent la mise à l’épreuve de schémas théoriques est une entreprise toujours difficile au Sénégal. Mes remerciements s’adressent aussi au professeur Jean-Émile Charlier, qui a rendu possible cet ouvrage et à Mary-Anne Chiffre, pour son travail de relecture et de correction. Mes remerciements à ma grande famille du Sénégal et de France, à Pauline Goudiaby-Botella et à Roséliane. Cet ouvrage veut donner accès à une modélisation et surtout restituer la complexité du système d’enseignement supérieur et de recherche au Sénégal. La thèse principale qui y est défendue, celle de la « dissociation raisonnée » comme logique de construction, met en lumière des méca-nismes d’hybridation, qui expriment la recherche d’un juste milieu. Tout au long de l’ouvrage, l’enseignement supérieur et la recherche au Sénégal seront présentés comme des arènes où s’affrontent différentes légitimités ; tout au long du chemin, le système produit un modèle fondé sur des compromis non stabilisés et peut être lu par la théorie de la justification ou de la domination. Le politique peut affirmer sa volonté dans cette logique de construction, et en même temps, les légitimités dévoilées transcendent les différentes sphères organisationnelles. Cet ouvrage présente ainsi une sociohistoire de l’enseignement supé-rieur et de la recherche au Sénégal qui n’avait jamais été écrite, même si certains développements gagneraient à être poussés un petit peu plus loin encore. Il va peut-être inspirer d’autres recherches au Sénégal et dans des pays voisins, ce qui permettrait de réaliser des analyses comparatives, qui seraient bien utiles. Ce livre s’adresse à tous ceux qui veulent connaître le système d’ensei-gnement supérieur et de recherche sénégalais ou œuvrer à le rendre plus performant pour le Sénégal et pour sa sous-région. Il vise également à contribuer à la compréhension des mécanismes qui entourent la création et le fonctionnement des universités et des centres de recherche, notam-ment dans les pays du Sud.
Introduction gnrale
Faut-il brûler l’université africaine ? Telle était la question que posait A. Sawyerr (1998), il y a plus de dix ans. Le contexte dans lequel cette question était posée est toujours d’actualité. Les universités africaines, de même que les centres de recherche connaissent des difficultés impor-tantes, qu’elles soient internes ou qu’elles soient le produit de l’évolution globale des systèmes d’enseignement supérieur et de recherche. Parallè-lement, ces universités et centres de recherche continuent à se construire, à fonctionner, dans un contexte de fortes contraintes, en produisant des diplômés et une recherche qui peut être de grande qualité eta minimade qualité comparable aux universités des pays développés. Le Sénégal n’échappe pas à cette réalité qui s’impose à la plupart des pays africains. La situation interpelle et fait réagir. Situé à l’avancée la plus occidentale du continent africain, le Sénégal est limité à l’ouest par l’Océan atlantique, au nord par la Mauritanie, à l’est par le Mali, au sud par la Guinée Bissau et la Guinée. La Gambie, ancienne colonie britannique, constitue une enclave, tout en largeur, sui-vant le fleuve Gambie d’où elle prend son nom, dans la moitié sud du pays. Le Sénégal couvre une superficie de quasi 200 000 km avec une population estimée à près de treize millions d’habitants. Le pays est divisé en quatorze régions : Dakar, Diourbel, Fatick, Kaffrine, Kaolack, Kédou-gou, Kolda, Louga, Matam, Saint-Louis, Sédhiou, Tambacounda, Thiès et Ziguinchor. En s’intéressant au processus de construction du système d’ensei-gnement supérieur et de recherche au Sénégal, on prend conscience de l’évidence de sa capacité d’adaptation. Mais, s’adapter par rapport à quoi, par rapport à qui ? S’agit-il de répondre à des questions sociales, de faire face aux crises internes, de modeler les actions en fonction des différentes
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injonctions extérieures ou de suivre les orientations qui s’imposent aux centres de formation du supérieur et de recherche ? Le système d’enseignement supérieur et de recherche est à la fois sujet et objet de ce livre. Il est sujet dans la mesure où l’analyse s’intéresse aux transformations qui s’y vivent, en relevant les formes et les modèles d’orga-nisation et en contribuant à la compréhension des systèmes d’enseigne-ment supérieur et de recherche en général, et de celui du Sénégal en parti-culier. Le système d’enseignement supérieur et de recherche est également objet, car l’attention est portée aux processus d’adaptation au changement des systèmes dits « contraints », aux modalités et conditions de produc-tion de l’action publique, aux facteurs de résistance au changement et aux stratégies de contournement des acteurs. La capacité politique et les stra-tégies d’autonomisation des différents acteurs deviennent des variables importantes des processus de régulation. En somme, il s’agira de faire une analyse de « l’action publique sous contrainte ». Nous considérons que les phénomènes politiques, au rang desquels s’inscrit l’action publique, ne peuvent être appréhendés et appréciés qu’en attribuant une place importante aux acteurs et au contexte dans lequel ils interviennent. Ce contexte conditionne l’action et produit du sens pour les acteurs, ce qui entraîne l’intégration d’une dimension qui se fond dans une approche relativiste de la construction de l’action publique. Cette approche résulte moins d’une tension entre initiatives individuelles et collectives que d’une tension entre action locale et action globale, même si l’action locale peut ne pas toujours être clairement et entièrement définie. L’action locale se rapporte ici essentiellement au cadre national. Elle se traduit par des procédés de recomposition dans la gestion politique. Cette gestion intègre la spécificité du secteur de l’intervention (enseignement supérieur et recherche) et la variable territoriale. Le global sera ici compris comme le domaine d’action qui s’intègre dans l’évolution mondiale des systèmes d’enseignement supérieur et de recherche. C’est dans le fonc-tionnement de l’action publique que l’on trouvera ses fondements. Une approche organisationnelle sera alors développée. Elle accorde une importance certaine à la dimension culturelle. La démarche se basera sur
Introduction généraleune sociologie[…]fondée sur la connaissance de l’histoire, méthodolo-giquement flexible, imprégnée d’un esprit cosmopolite, infiniment curieuse de chaque manifestation de la vie humaine1994:6, cité par (Berger Coenen-Huther 2000:99).
Les étapes majeures de la démarche de recherche
Si l’on se focalise sur la constitution de la sociologie en discipline auto-nome, on se rend compte qu’elle s’est opérée par la définition et la déli-mitation de son objet-étude : les faits sociaux. Considérés par É. Durkheim comme un ensemble de manières d’agir, de penser et de sentir, extérieures aux individus et qui s’imposent à eux en vertu de leur force intrinsèque (Durkheim 2005/1895:5), les faits sociaux doivent faire l’objet d’un trai-tement impartial, ce qui n’empêche pas de chercher le sens que les acteurs eux-mêmes donnent à leurs actions (Weber 1995/1921:28). D’où l’im-portance de préciser sa démarche et les différentes étapes de son ques-tionnement. Il faut reconnaître, tout d’abord, que la distance est plus difficile à maintenir quand l’enquêteur est proche de son terrain d’étude. En même temps, sa proximité permet au chercheur en sociologie d’être plus à même de saisir certains comportements ou discours implicites des acteurs. Dans ce cas, comme le suggérait M. Weber dans son approche de la neutralité axiologique, être conscient de sa subjectivité permet de suspendre son jugement moral et, ce faisant, de pouvoir mettre en place des éléments de mesure qui permettent de saisir avec objectivité les réalités étudiées. L’action publique sera saisie tant par les récits, les logiques de configura-tion que par les pratiques des acteurs qui la recomposent. Cette recomposi-tion s’inscrit dans des dynamiques intermédiaires qui permettent une redis-tribution de l’autonomie au sein des collectifs (Filâtre & De Terssac 2005). Elle se traduit par la coordination des initiatives des différents groupes d’acteurs, coordination qui peut prendre la forme de projets, de conven-tions ou encore de configurations plus négociées par des échanges ou des
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