La communication du savoir à distance

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296320598
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La communication du savoir à distance

COLLECTION dirigée par MICHEL BERNARD
Le rôle déterminant

ÉDUCA

TION

ET FORMA

TION

RECHERCHES-ÉTU DES-PRATIQUES

de l'éducation et de la formation est désormais unanimement reconnu. Cependant, les questions relevant de ce champ sont complexes; elles nécessitent donc

plus que jamais des contributions majeures: et c'est l'objectif premier de cette collection d'être l'une de ces contributions. Plusieurs aspects caractérisent la collection. En particulier: I. Les ouvrages retenus sont centrés, ou sur des questions relevant de la conception et du fonctionnement de l'éducation et de la formation, ou sur des pratiques et des actions relatives à l'éducation et à la formation. Il. Les ouvrages s'inscrivent dans une perspective d'éducation permanente. ID. La collectionse situe à l'inter-facedes deux versants: - proposer des savoirs pluridisciplinaires orientés vers l'éducation et la formation prenant en considération les développements visés; - contribuer aux orientations praxéologiques pour mieux concevoir et réaliser les actions entreprises dans ce champ. IV. La collection s'inscrit dans une perspective francophone... et progressivement internationale. ÉDUCA TION ET FORMATION comprend deux séries:

Références: il s'agit de livres d'au moins 220 pages qui constituent sur une question donnée et dans un domaine donné des ouvrages de références. Guides: il s'agit de livres de 80 à 160 pages environ, destinés à devenir des guides appréciés pour auto-produire et co-produire des savoirs pluridisciplinaires et des orientations praxéologiques.

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Comité d'orientation -

1994:

Michel BATAILLE (Dijon) Michel BERNARD (Paris II) Marie DURU (Dijon) Jean HASSENFORDER(INRP) y ves REUTER (Lille) Georges VIGARELLO (Paris V)

@L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4342-7

Jacques PERRIAULT

La communication

du savoir à distance
Autoroutes de l'information et télé-savoirs

Préface de Michel MOREAU

Editions L1Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan [NC 55, rue Saint Jacques Montréal-Québec Canada H2Y lK9

Du même auteur: - Eléments pour un dialogue avec l'infonnaticien, La Haye, Mouton, 1971 - La Photo Buissonière, L'expérience d'une école de village, Avantpropos d'Armand Biancheri, Paris, Fleurus, 1977 - Mémoires de l'ombre et du son, Une archéologie de l'audiovisuel, Préface de Bertrand Gille, Paris, Flammarion, 1981, Grand prix 1981 d'Histoire de la Photographie - La logique de l'usage, Essai sur les machines à communiquer, Préface de Pierre Schaeffer, Paris, Flammarion, 1989 - avec Danièle Linhart et Annie Fouquet (sous la direction de), Le travail en puces, Nouvelle Encyclopédie Diderot, Paris, 'Presses Universitaires de France, 1992 Remerciements: à Annie Fouquet, pour ses suggestions et critiques tant sur le contenu que sur la mise en forme

AVANT-PROPOS

Le lecteur risquerait d'être surpris par une façon qu'il pourrait estimer désinvolte de traiter du problème de la Connaissance, s'il n'avait constamment présent à l'esprit le fait que ce qui est appelé dans cet ouvrage "industrie de la connaissance" est la traduction obligée de l'américanisme "knowledge industry". Le monde de l'intelligence artificielle a fait un abondant usage du terme "knowledge": knowledge transfer, knowledge experts, just in time knowledge, knowledge industry, etc...qui dénote un respect moindre du concept que celui que lui porte la philosophie européenne. Ce terme ne désigne pas ici la faculté de connaître, qui est le propre d'Homo Sapiens, pas plus que la réponse à une question qu'on se pose, comme Gaston Bachelard la définissait. L'industrie de la connaissance véhicule en fait des séquences d'informations qui représentent sous fonne imprimée, codée, ce qu'on pourrait qualifier de "savoirs", c'est à dire des textes, des images et des données relatifs à un objet de pensée. Aux deux bouts de la chaîne, l'expert et l'étudiant interprètent ces matériaux en tant que savoirs et construisent des connaissances avec. En tout état de cause, une réflexion à la fois conceptuelle et tenninologique s'iInpose. Puisse cet essai contribuer à la susciter. La plupart des chapîtres de ce livre sont des remaniements souvent très importants, d'articles que j'ai publiés dans des actes de colloques ou des revues scientifiques. Le chapitre 4 est une traduction très partielle de "New requirements for educational systems in industrialized countries due to changing training needs" in Davies G., Samways B., Edrs, "Teleteaching" IFIP Transactions, A-29, North-Holland, Elsevier Science Publishers, 1993,

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Le chapitre 5 reprend en très grande partie mon article intitulé: "L'acquisition et la construction des connaissances par les jeux informatisés" publié en 1994 dans la revue Réseaux. Dans le chapitre 6, j'utilise "Deux études de cas sur l'intégration de l'enseignement à distance dans les politiques de développement régional", publiées par le Conseil de l'Europe en avril 1991 Le chapitre 8 reprend mon rapport de synthèse de l"Atelier sur le développement de l'éducation et de la formation ouvertes et à distance en Europe", qui s'est tenu à Poitiers les 7 et 8 octobre 1993. sous les auspices de l'actuelle DG XXII de l'Union Européenne à Bruxelles, Le texte concernant la subsidiarité, inclus dans le chapitre 9, a été discuté dans le séminaire de comparaisons internationales qu'anime Alain Prigent à l'Ecole Normale Supérieure de Cachan. Cette contribution va être publiée dans la revue "Comparaisons internationales". Le chapitre 10 s'inspire de et met à jour "Towards hybrid teaching and learning facilities" que -j'ai présenté au Colloque organisé à Tallin par EDEN en 1994. La publication se trouve dans les actes: European Distance Education Network, Human Resources, Human Potential, Human Development: the Role of Distance Education" Proceedings of the 1994 EDEN Conference, Milton Keynes, The Open University, 1995 . - Divers éléments du chapitre Il sont repris d'un texte de conférence en cours de publication dans un recueil édité par le groupe automobile PSA. - Le chapitre 12 contient une reprise très remaniée d'un texte publié par Sylvie Allix et moi-même "L'échange horizontal des savoirs: du réseau au tissu", in Joffre Dumazedier, "Actes du colloque pour le bicentenaire de la mort de Condorcet", publiés à l'Harmattan, - Enfin le chapitre 13 constitue une reprise, très remaniée elle aussi, de "De l'usage élégant des medias pour apprendre", in Images numériques, mondes virtuels, nouvelles médiations du savoir? Colloque OA VUP, Université de Poitiers, 1994. Les indications bibliographiques sont données à la fin de chaque chapitre.

PREFACE

A la façon des meilleurs historiens, le Professeur Jacques PERRIAULT a, dans le présent ouvrage, pénétré le passé récent de l'enseignement à distance pour éclairer plus finement les contours d'un avenir que d'aucuns annoncent prometteur sans toujours s'expliquer. Profitant opportunément de cet observatoire privilégié qu'est le Centre National d'Enseignement à Distance, l'expert réputé et le chercheur fécond réunis dans la personne de l'auteur ont pertinemment rassemblé beaucoup d'indices, puis suggéré des conclusions qui dépassent très largement l'évolution contemporaine des techniques de communication, aussi brillante soit-elle. Le changement est d'abord dans les mots: enseignement et formation à distance remplacent désormais dans le discours l'enseignement par correspondance. Sans doute veut-on marquer par là la fin d'un règne exclusif, celui de l'écrit, sur la relation pédagogique établie, malgré la distance, entre le maître et son disciple~ mais la véritable explication _est dans la nature nouvelle du télé-enseignement. Rapidement reconnu dans les vastes pays aux populations peu nombreuses, souvent dispersées (Canada ou Australie, par exemple), l'enseignement par correspondance a été longtemps perçu, notamment en France, comme l'ultime recours, le palliatif, voire le pis-aller, pédagogique lorsque le face-à-face traditionnel entre l'élève et l'enseignant se révélait matériellement impossible à organiser: c'était la bouée de sauvetage jetée aux "naufragés du savoir", la "roue de secours" d'un système éducatif. Sans renier ce passé et cette vocation sociale, l'enseignement à distance est désormais perçu comme un mode normal de formation~ c'est d'ailleurs ainsi qu'il est analysé et présenté dans les récentes lois tchèques et hongroises sur l'éducation. L'idée s'impose ainsi qu'enseignement traditionnel et enseignement à distance ne s'opposent pas, ne s'ignorent plus mais peuvent se compléter, faisant à l'occasion naître un enseignement 9

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"ouvert", "sur mesure", favorablement apprécié en matière de formation continue. Ce changement radical de l'enseignement à distance dans sa nature comme dans sa fonction est au fond la véritable justification du riche travail de Jacques PERRIAULT. Au fil de sa belle étude, il s'attache judicieusement à la double origine du mouvement: la croissance sans précédent de la demande de formation, la pertinence de l'enseignement à distance. 1. L'enseignement à distance ne se limite pas aux personnes empêchées de fréquenter l'établissement classique pour suivre une formation initiale~ cette catégorie d'usagers est même devenue une minorité. Rappelons, à titre d'exemple, que le Centre National d'Enseignement à Distance accueille, parmi ses 360 000 inscrits, 80 % d'adultes et que les 20 % de mineurs (relevant de l'enseignement scolaire) sont pour plus de la moitié des enfants qui fréquentent normalement écoles, collèges, lycées et attendent de l'établissement d'enseignement à distance soutien, rattrapage ou complément de formation. La mesure 60 du Nouveau Contrat pour l'Ecole voulue par M. François BAYROU, Ministre de l'Education Nationale, franchit un pas supplémentaire en introduisant l'enseignement des options à distance dans les lycées afin d'élargir, dans un souci d'égalité, le choix des élèves. Des observations comparables sont faites dans l'enseignement supérieur, notamment pour la préparation au concours de recrutement d'enseignants~ les candidats s'inscrivent assez souvent à la préparation classique et à la préparation à distance pour augmenter leurs chances de succès. Mais comme le souligne Jacques PERRIAULT, la demande de formations s'est surtout exacerbée pendant le temps de la vie professionnelle, ce qui illustre bien le thème européen de "la formation tout au long de la vie". Les individus, comme les collectivités qui les emploient, se préoccupent de l'évolution accélérée des métiers et de la nécessité d'adopter les compétences de ceux qui les exercent. Se posent alors - ce qui est excellemment développé dans l'ouvrage - les questions d'identification des compétences, de validation des acquis, de formations personnalisées... toujours délicates pour des personnes pas forcément disponibles et des collectivités (entreprises ou administrations) soucieuses de gérer au mieux une politique de formation à la fois nécessaire et coûteuse. Enfin, dans une période de mondialisation des échanges justement rappelée par l'auteur, il convient de prendre toute la mesure d'une 10

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importante demande de formation~ elle émane en particulier de pays en développement au système éducatif en crise, qui voient dans l'enseignement à distance l'ouverture scientifique et le complément pédagogique indispensables. 2. Pour Jacques PERRIAULT, comme pour les experts les plus solides, l'enseignement" à distance se transforme et s'affirme avec le renouvellement, à bien des titres exceptionnel, des techniques de communication. L'écrit demeure mais il n'est plus pour le pédagogue le seul support possible pour la bonne transmission du savoir~ la Poste fait progressivement une place aux Télécommunications entraînant l'émergence irrésistible de services interactifs qui confèrent à la relation pédagogique à distance une efficacité nouvelle puisque le temps aussi peut être gommé. Grâce aux techniques interactives, l'éventail des services pédagogiques s'élargit rapidement: du plus simple (le tutorat téléphonique) jusqu'au plus complexe (télé-enseignement sur inforoute) en passant par la vidéotransmission interactive (comme la pratique le CNED au Futuroscope au rythme de deux cents heures d'émissions satellitaires par an) ou la visiocommunication. L'essentiel n'est donc pas dans la technique de communication ellemême mais dans l'enrichissement (varié) de l'échange pédagogique qu'elle autorise. L'apprenant isolé trouve dans le tutorat interactif l'occasion de stimuler sa motivation et d'augmenter ses chances de réussite~ la télématique peut y ajouter la rencontre avec des inscrits à la même formation. Ainsi affectées au service de la pédagogie (et des pédagogues), les techniques de communication contribuent à renforcer la pertinence de l'enseignement à distance et à favoriser une démarche d'hybridation - pour reprendre le mot de Jacques PERRIAULT - mêlant efficacement, notamment en formation continue, la formation en face-àface et l'enseignement à distance. C'est sans doute à cette condition que la société d'information, si propice a priori à la formation, ira progressivement vers une société de la connaissance. Fort justement, le présent ouvrage insiste sur l'industrie de la connaissance soulignant au passage ses enjeux internationaux (et francophones). Il revient en conséquence aux opérateurs de télé-enseignement de maîtriser les techniques de communication (anciennes et nouvelles) pour répondre aux exigences croissantes de publics sans cesse plus diversifiés~ mais il est aussi de leur responsabilité de s'inquiéter de l'accès aux techniques les plus modernes pour éviter d'approfondir les fossés entre les individus, les régions ou les pays. Il

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Fidèle en cela à l'esprit inculqué au Futuroscope par le Président René MONORY, le Centre National d'Enseignement à Distance va développer sur les inforoutes un programme de télé-enseignement baptisé IICampus Electronique Il. Il s'agit dès cette année de constituer une plate-forme de référence en matière de services éducatifs les plus divers, et de ce fait largement ouverte au partenariat. Mais dans le même temps, une étude théorique et pratique tendant à développer un réseau de IImaisons du savoir", lieux-ressources et d'accès aux inforoutes a été mise en oeuvre, comme le confirme l'analyse de Jacques PERRIAULT au chapitre 12. Le CNED est légitimement fier de ce travail de recherche, fruit d'une longue expérience et d'une compétence régulièrement sollicitée. La continuité de la pensée s'exprime dans l'unité des analyses pourtant conduites dans des articles au départ distincts mais aujourd'hui heureusement rassemblés. En 1994, le Professeur Jacques PERRIAULT a pris la direction du Laboratoire de Recherche du CNED sur l'Industrie de la Connaissance (le LARIC). Constitué d'équipes géographiquement séparées réunies en réseau, ce laboratoire sans murs n'existe que par ses travaux et donc par ses publications. Chacun sait qu'en matière d'enseignement à distance la production en langue anglaise est abondante et de qualité. Le CNED souhaite privilégier la recherche scientifique française afin de contribuer à éclairer l'avenir riche, mais parfois incertain, de l'enseignement à distance. Il entre dans la mission de l'établissement de tirer parti des travaux de qualité; il lui revient aussi de les favoriser en soutenant les chercheurs.

Michel MOREAU Recteur d'Académie Directeur Général du CNED

INTRODUCTION

Un phénomène inattendu est en train d'émerger dans le monde de l'éducation et de la formation. Il a commencé au début des années soixante-dix dans certains pays, tels l'Angleterre. Il a vraiment pris corps au milieu des années quatre-vingt et se propage aujourd'hui dans le monde entier. Il constitue peut-être une chance historique d'adapter les systèmes éducatifs à une société en mutation. Partout, au Nord, à l'Est, au Sud, en Amérique, ils sont loin de rendre les services qu'on attend d'eux, comme ils le firent au XIXème siècle, époque à laquelle ils prirent leur essor dans bien des pays.
L'ENSEIGNEMENT À DISTANCE

L'enseignement à distance se trouve à l'origine de ce phénomène. On appelle ainsi un mode de transmission des connaissances qui a occupé dans bien des pays et jusqu'à une date récente, une place utile mais marginale dans les systèmes éducatifs. Jusqu'à la fin des années soixante, cet enseignement concernait surtout les personnes empêchées pour diverses raisons de se rendre dans des écoles ou des universités: personnes malades, fils de diplomates, itinérants de toutes sortes. Le lien entre les professeurs fut initialement le seul courrier d'où l'appellation initiale de "cours par correspondance". Il reste encore très utilisé. Les cours imprimés sont envoyés chez l'étudiant qui les travaille tout seul et qui envoie régulièrement à l'institution des devoirs qui lui ont été demandés. Cette dernière transmet les copies au professeur concerné pour les corriger. La relation qui s'instaure entre le correcteur et l'élève est une relation souvent forte qui s'exerçait jusqu'à une date récente uniquement par le truchement des corrections en marge des devoirs et de quelques courriers d'accompagnement. Ce mode de formation requiert une forte discipline personnelle et inculque le sens du travail méthodique. 13

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Sinon et c'est là le risque inhérent à ce genre pédagogique, c'est l'abandon, car l'élève peu méticuleux a égaré ses fiches ou n'a pas respecté son calendrier. Deux qualifications principales distinguent traditionnellement les professeurs: la rédaction et la correction. Les professeurs rédacteurs conçoivent et rédigent les cours, d'où leur nom. Cette spécialisation diffère fortement de celle qui renvoie à la. conception d'un manuel scolaire, en cela que le lecteur du cours à distance est solitaire et ne peut requérir à tout moment les éclaircissements du maître. Il appartient donc au rédacteur d'envisager, quand il conçoit son cours, la plupart des pièges et des incompréhensions qui peuvent faire trébucher le lecteur. Cela suppose une grande expérience de l'enseignement. Il n'est d'ailleurs pas rare de rencontrer de jeunes maîtres qui utilisent en classe des cours d'enseignement à distance, car ils sont particulièrement bien faits. Le professeur correcteur a une tache très différente. Un certain nombre d'élèves lui sont affectéS-. Il reçoit leurs copies, les corrige et y reporte ses observations. Malgré ce moyen de communication extrêmement ténu, ces professeurs connaissent souvent très bien leurs élèves. De même les élèves apprécient beaucoup cette relation singularisée avec les professeurs et portent beaucoup d'attention à leurs obselVations. Dans les pays anglo-saxons, les correcteurs ont eu de tout temps une fonction de tutorat, qui n'existe pas dans le système français. Le tuteur est en fait un conseiller pédagogique affecté à chaque étudiant. En France, beaucoup de professeurs-correcteurs évoluent progressivement vers cette fonction de tuteur. Un bon nombre d'entre eux organise désormais chaque semaine des sessions au cours desquelles leurs étudiants peuvent leur téléphoner, voire les rencontrer, s'ils se trouvent à proximité.
LES SOURCES DE L'ENSEIGNEMENT À DISTANCE.

Il Y a toujours eu des transmission des connaissances à distance. Au Moyen Age, les étudiants faisaient le tour des universités européennes. Au XVllème et au XVllIètne siècles, les colporteurs diffusaient les livrets de la Bibliothèque Bleue sur lesquels des générations se sont exercées à la lecture. Plus prés de nous, au XIXème siècle, les plaques qui servaient à faire des projections lumineuses dans les cours du soir, voyageaient par la poste, de dtême que les ouvrages de la "bibliothèque circulante" du Musée Pédagogique. Dans les années vingt, l'enseignement par correspondance fait son apparition en France. Dans le secteur privé tout d'abord. En 1922, la Fdération du Bâtiment compte déjà 22.000 inscrits à ses cours. En 1933, Jean Sablon chante, sur des paroles de Mireille:

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LA COMMUNICATION

DU SAVOIR A DISTANCE

J'apprends l'anglais par correspondance J'apprends le tennis par correspondance...

En 1939, le Ministère de l'Instruction Publique crée le Centre National d'Etudes par Correspondance. La guerre de 40 révèle très vite l'utilité de cette institution qui permet aux enfants déplacés par l'exode de suivre tant bien que mal une scolarité. Le centre créé à Paris est un lycée. Il servira les élèves de la zone occupée. Un autre est créé à Clermont-Ferrand pour la zone non occupée. Ce qui se passe en France à la Libération pour l'enseignement par correspondance préfigure ce qui se passe aujourd'hui à une plus grande échelle. On s'aperçoit dès la Libération que ce mode très souple de diffusion des connaissances peut corriger des déséquilibres massifs. Une ordonnance de 1945 ouvre en effet l'enseignement par correspondance "...aux maquisards, aux prisonniers de guerre" pour qu'ils puissent rattrapper le temps perdu. Et les années 47, 48, 49 voient affluer au Centre des adultes pour qui cette institution n'avait pas été initialement prévue. Les circonstances de l'Histoire l'ont purement et simplelnent détournée de son seul public initial, les élèves des lycées.
UNE DIFFUSION ÉLASTIQUE DES CONNAISSANCES.

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L'image de l'élastique caractérise assez ,bien la faculté qu'a l'enseignement à distance de servir des élèves disséminés géographiquement, qu'ils soient relativement proches ou bien très éloignés de l'institution émettrice. Celui qui y recourt n'a plus la contrainte de se rendre à période fixe dans un lieu déterminé. De ce fait, il est attrayant pour ceux qui ne peuvent se soumettre à celle-ci. Le maquisard de 1945 ne pouvait retourner sur les bancs de l'école pas plus qu'aujourd'hui une personne très éloignée d'un centre de formation continue ne peut commodément s'y rendre chaque semaine. Anticipant dès sa création une façon très moderne de concevoir le service fournie à une clientèle, qu'il soit public ou privé, l'enseignement à distance est par nature orienté vers les utilisateurs. Où que se trouvent ces derniers, doivent leur parvenir cours, devoirs et corrigés. Le gouvernement britannique a très vite compris l'intérêt d'un tel système pour la formation d'adultes et a créé en 1971 l'Open University. Ce faisant, il a donné à la formation à distance - ils disent formation ouve'rte et à distance - la dimension politique d'un régulateur social. Le

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gouvernement travailliste de l'époque voyait dans cette institution un outil qui permettait aux défavorisés de suivre des formations universitaires. Certes, l'Abbé Grégoire n'avait pas fait autre chose en proposant à la Constituante la création du Conservatoire National des Arts et Métiers. Cette institution fit d'ailleurs dans les années soixante dix une excellente formation à distance, Télé-CNAM. A la même époque, l'Office Français des Techniques Modernes d'Education diffusait des cours de français et de mathématiques par la télévision, RTS-Promotion. Cependant, à l'encontre de la Grande-Bretagne, la France n'a pas saisi à l'époque à sa juste mesure, la dimension de l'outil qu'elle détenait. Aujourd'hui l'Open University est soutenue aussi bien par les conservateurs que par le~ travaillistes et la Reine Elizabeth vient d'annoblir John Daniel qui en est depuis plusieurs années le Vice-Chancelier. Cette désonnais prestigieuse institution a célébré l'année dernière avec éclat son premier quart de siècle. Depuis sa création l'Open University et la BBC se concertent pour diffuser des séquences éducatives. Rappelons que la France dispose d'un outil puissant et moderne, le Centre National d'Enseignement à Distance mais qu'elle vient seulement de créer l'année dernière une chaîne à caractère éducatif, la Cinquième.
LE TOURNANT DE 1985

L'année 1985 apparaît à bien des égards comme une année charnière en France. A partir de cette année-là en effet, les effectifs de la formation à distance décollent. Dans le même temps, les technologies de l'information et de la communication sont au point, notamment magnétoscopes et minitels. De plus, la culture générale s'imprègne de l'usage de ces techniques, contrairement à la période antérieure où il était de bonne mise de renâcler à leur emploi. Les Communautés Européennes envisagent alors de grands programmes d'introduction des technologies dans l'éducation et la formation. Un colloque national sur la recherche en éducation et en formation, organisé cette année-là par les ministères de l'éducation nationale et de la recherche met en évidence la multiplicité des problèmes non résolus. A l'étranger, des ouvrages tels que The Closing of the American Mind, d'Allan Blooln, souligent l'urgence de solutions à trouver pour lutter contre la dégradation de la formation. L'Histoire dira si les initiatives prises depuis lors répondent directement à ces interrogations. Toujours est-il qu'clIcs foisonnent. Les institutions de formation à distance innovent en introduisant, à côté du papier, la vidéo, le minitel, le satellite et l'ordinateur dans les formations. Une clientèle nouvelle demande des formations directement liées à l'évolution

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des techniques dans les entreprises, formations aux contenus très pointus: biotechnologies, chimie fine, matériaux composites, analyse biologique de laboratoire, parodontologie, etc... La régionalisation, décidée en france en 1981, conduit les collectivités territoriales à de multiples initiatives de développement de formations ouvertes et à distance, notamment le Nord- Pas de Calais, les Pays de Loire, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et le Conseil Général de la Vienne. Ce même mouvement se constate à l'étranger. Tout se passe comme si: - la technologie de l'éducation était tombée dans le domaine public. Jusqu'alors elle était l'apanage des spécialistes et exigeait de savants protocoles pour que l'on s'en serve. Désormais tout un chacun, faisant fi des recherches et des expérimentations, édite des cassettes vidéo et ouvre des messageries minitel. - l'enseignement à distance dont la quasi-totalité de l'opinion, sauf bien-entendu celle des personnes concernées, ignorait jusqu'à l'existence, prend place dans la vulgate. Il va de soi désormais qu'on peut acquérir des connaissances à distance. Un autre facteur a joué fortement. Le secteur de la formation à distance, jusqu'alors marginal dans les préoccupations de.s ministères de l'éducation et du travail, n'était pas de ce fait carroyé comme l'étaient l'enseignement initial et la formation continue par de multiples réformes et négociations. Il abritait un champ de pratiques éducatives où l'innovation pouvait s'exercer plus librement. Il est frappant de constater, à cet égard, une opposition radicale d'attitudes à l'égard des nouvelles technologies chez les enseignants traditionnels et chez ceux de la formation à distance. Pour les enseignants de la formation traditionnelle, les nouvelles technologies ont toujours revêtu un caractère plus ou moins dérangeant, sinon menaçant. Ils vivent très souvent l'introduction des machines comme une concurrenC6. Ils estiment - et en cela ils n'ont pas tout à fait tort - qu'ils suffisent pour transmettre des connaissances à un public qui est captif. Il en va différement pour les maîtres de la formation à distance. Ceuxci conçoivent volontiers que leur public constitue une clientèle - le mot ne fait pas peur à beaucoup d'entre eux - à fidéliser. Dès lors, les nouvelles technologies deviennent des alliées potentielles pour améliorer le contact avec les étudiants et les rendre plus fréquents. Aussi ont-ils bien accueillis les innovations proposées: messageries minitel, fax, par exemple et en proposent-ils eux-mêmes, telle la messagerie vocale pour l'entraînement aux langues étrangères.

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JACQUES PERRIAULT

LA MONDIALISATION EN COURS

Durant la même période, l'Union Européenne et le Conseil de l'Europe ont joué un rôle déterminant pour encourager le développement de la formation ouverte et à distance. Ils ont légitimé celui-ci en créant les programmes incitatifs COMETT et DELTA. Plusieurs millions d'ECU ont ainsi servi entre 1987 et 1992 à financer des initiatives régionales, des rapprochements entre universités et industrie et à créer des réseaux de coopération entre régions de l'Europe. Des programmes plus récents, le IVème programme-cadre pour la recherche-développement, LEONARDO, SOCRATES ont amplifié les ressources dédiées à ce développement. Toutes les régions du monde connaissent un développement similaire de la formation à distance, aussi bien les régions développées que celles en voie de développement. Toutes butent en effet sur l'incapacité des systèmes éducatifs à satisfaire globalement la demande. Dans les pays les plus démunis, du Sud notamment, la demande concerne la formation initiale pour tous. Mais des ressources éconQmiques limitées et une démographie galopante ne permettent pas de renforcer de façon satisfaisante les appareils éducatifs. Dans les pays les plus favorisés, les problèmes sont de deux ordres: - une grande partie de la population active, en France de l'ordre de 50%, est sous-qualifiée par rapport aux exigences des techniques modernes de production, qui, de plus, se perfectionnent sans cesse, - la population qualifiée, quant à elle, demande des formations de plus en plus diversifiées et constamment tenues à jour. Désormais formation .ouverte et nouvelles technologies sont prises en main par les gouvernants pour faire face à ces problèmes: Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe, Chine, Indonésie, Corée, Afrique du Sud, Turquie, Thai1ande, Australie,etc...mettent en place actuellement de puissants systèmes de formation à distance.
NOUVELLES TENDANCES.

L'histoire des techniques montre que l'arrivée d'une technologie nouvelle dans un champ d'activité exerce des effets en retour sur les mentalités, les modes de vie et sur l'appareil conceptuel d'une société. Il n'y a pas de raison pour que les secteurs de l'éducation et de la formation échappent à cette loi. Et de fait tout y bouge à la fois, dès lors que la gestion médiatisée de la distance intervient. Bien que la tache soit ardue, il est possible d'identifier des tendances lourdes dans ce tourbillon. 18

LA COMMUNICA nON DU SAVOIR A DISTANCE

La première est la focalisation de l'attention sur l'usager. C'est lui qui est à l'origine de la demande. Il n'est plus pendu comme jadis aux basques de l'institution académique. Il croit de moins en moins en effet que sa fréquentation assidue et soumise lui donnera du travail. La seconde est que les nouvelles technologies de communication, qui fonctionnent maintenant très bien, sont désormais incontournables, car elles permettent une gestion commode des rapports à distance. Cela est d'autant plus vrai que la génération montante a apprivoisé entre temps ces appareils dont elle fait un usage courant. La troisième est que l'industrie, de ce fait, a pris pied dans le domaine éducatif, ce qu'elle cherchait à faire depuis longtemps. Elle y est entrée pour ne plus en ressortir. Nous voilà donc confrontés avec la nécessité de considérer désormais la diffusion de connaissances comme un champ d'activité à caractère industriel. Cette question délic.ate est au coeur de l'interrogation que traite ce livre. Pendant une bonne trentaine d'années, il y a eu de nombreuses tentatives d'appliquer l'informatique, la vidéo, les télécommunications à l'acquisition des connaissances. Avec plus ou moins de succès. Pourquoi? Aujourd'hui on peut répondre sans grand risque de se tromper que l'offre technico-pédagogique rencontrait mal, voire pas du tout, les attentes du public. Celui-ci n'était pas prêt à utiliser les machines pour accéder au savoir. La télévision servait à se distraire, l'ordinateur à calculer et le téléphone à appeler les parents. Voilà qu'à partir des années 1985 les choses changent. Et l'on se met à acheter des cassettes vidéo pour apprendre. A faire de la gymnastique "aerobic", souvenons-nous de Véronique et de Davina, puis de la cuisine, puis de l'anglais. Mais une quatrième tendance lourde, de loin la plus significative, est celle de conforter l'enseignement et la formation traditionnels en y insérant, selon des modalités diverses, des apports par la voie de la formation ouverte et à distance. L'hypothèse faite ici par les décideurs est que ce mixage revitalisera les systèmes éducatifs. Les pratiques de terrain donnent du poids à cette orientation. Lorsque le CNED a ouvert en ] 989 un service de vidéotransmission interactive par satellite, les prestations offertes ne concernaient pas prioritairement les lycées, c'est à dire l'autre enseignement. Mais ces établissements accueillirent bien ce nouveau service. Le fait était pour le moins déconcertant. Les lycées qui n'avaient abusé ni des ordinateurs ni des circuits fermés de télévision, se portaient preneurs d'émissions venues du ciel. Comment comprendre cela, sinon en faisant l'hypothèse que cet accueil favorable côncerne une technologie extérieure à ces établissements. Si cette technologie devenait dérangeante, comme elle ne se trouve pas dans les murs, on pourrait en couper l'usage. Chefs

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d'établissement et professeurs conçoivent clairement l'utilité d'un selVice externe dont ils n'ont pas constamment besoin et dont ils peuvent moduler l'usage.
L'INDUSTRIE DE LA CONNAISSANCE.

L'hypothèse est donc que l'on doit aux utilisateurs la métabolisation dans la dernière décennie, des nouvelles technologies pour la transmission des connaissances. C'est donc en dernier ressort leur culture technique qui a aspiré l'industrie dans ce domaine. L'industrie y prend pied après une longue série de tentatives infructueuses parce que prématurées. Il est essentiel de comprendre comment la transiHon s'est opérée entre ce qui était voici quinze ans un mode d'enseignement bien spécifié et ce qui devient aujourd'hui un service protéifonne de délivrance des connaissances. Le terme d'industrie fait problème car il évoque d'emblée une technicisation de la production et de la diffusion du savoir. Mais il faut l'utiliser car il désigne clairement une activité qui existe déjà et qui investit aujjourd'hui des sommes considérables. On n'en parle pas, ou peu, alors qu'elle est structurante pour l'avenir. Ce livre n'est pas une ode à l'industrialisation. Il ne s'agit pas de dissimuler les craintes sur les risques d'uniformisation et de détérioration culturelles que suscite cette diffusion industrialisée des connaissances, en contrepartie d'une meilleure circulation du savoir qu'elle se propose d'accomplir. Ce projet d'industrie soulève notamment les questions suivantes: - la validité et la portée du concept .d'industrie de la connaissance qui a été proposé en premier, semble-t-il, par les experts de l'intelligence artificielle. Les vecteurs des connaissances, machines et canaux, relèvent de l'industrie l'électronique. Il existe aussi une industrie très importante de production des contenus, des logiciels, soft wares et des jeux vidéo. On est en droit de se demander jusqu'où ira l'industrialisation. Pourra-t-on identifier une industrie spécifique et globale de la diffusion des connaissances ou des industries spécialisées? - les relations qu'entretient et développera cette industrie avec l'institution éducative et avec le marché. Industrie et marché sont deux nouveaux venus dans ce paysage - l'effet rétroacti f de ] 'usage de ces technologies sur la constitution même des connaissances. Rappelons-nous, comme Lewis Mumford l'a montré, que l'on doit le concept de temps régulier à l'invention et à la diffusion de J'horloge au Xlème siècle.

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LA COMMUNICATION

DU SAVOIR A DISTANCE

PLAN DE L'OUVRAGE.

Il Y a très peu de littérature en langue fra~çaise sur la formation à distance alors qu'elle est considérable en langue anglaise. L'importance de ce qui se passè dans ce domaine ne peut laisser indifférent le lecteur francophone. Le corps même du livre est composé de texte publiés entre 1991 et 1995 qui ont été soumis à discussion, le plus souvent internationale (voir avant-propos). Ma recherche a consisté à : - construire une analyse de ce qui se passe dans ce domaine, - éviter de le considérer comme un champ clos, ce qui serait une erreur, car il est traversé, tant dans les problématiques que dans les faits par de multiples courants et positions théoriques qui ne relèvent pas, loin s'en faut, de la pédagogie. La sociologie, les théories de la communication, l'économie, la technologie y interviennent fortement, - tenir compte des recherches et analyses effectuées en Europe et dans d'autres régions du mondc. De ce point de vue l'International Council for Distance Education constitue un renlarquable outil d'information, en l'occurrence, par le dernicr congrès mondial qu'il a organisé en juin 1995 à Birmingham. L'ouvrage comporte trois parties. La première est consacrée à l'évolution de la fonnation à distance dans la décennie qui va de 1965 à 1995. C'est la période où l'on réalise que les systèmes d'éducation et de formation sO,ntsaturés, où l'on tente et réussit les premiers usages significatifs des nouvelles technologies pour transmettre le savoir. L'enseigncn1ent à distance entre dans la vulgate et tente aussi bien ceux qui luttent contre l'exclusion - c'est le rapport de la mission Serres à laquelle j'ai contri bué - que les entreprises et les collectivités territorales, avec un cspoir à la clé, le développement régional. Ma position au départeInent recherche et innovation du CNED, puis au laboratoire de recherche de la Inême institution a constitué à cet égard un très bon poste d'observation. La seconde partie décrit le processus de mondialisation en cours. Une mission spécifique sur l'enseignement à distance au Conseil de l'Europe, de nombreuses expertises à Bruxelles et ma position d'animateur de l'Academic and Professional Section de EDEN (European Distance Education Network) m'ont permis d'avoir une bonne vue d'ensemble sur les grands enjeux et les grandes manoeuvres de la fonnation à distance. Le caractère dominant de l'évolution en cours est que, contrairement aux systèmes traditionnels de formation, l'enseignement à distance

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JACQUES PERRlAULT

s'internationalise très vite, ce qui n'est pas sans poser de difficiles problèmes aux Etats qui calent encore, chacun chez soi, leurs politiques respectives. La troisième partie est dédiée à l'interaction entre technologies de communication, savoir et société. Mon goût et mes travaux sur l'histoire des techniques m'ont conduit à examiner l'enseignement à distance sous cet angle de vue, qui a le mérite insigne de rendre compte de la dynamique d'une situation dont nous avons à comprendre l'évolution. L'usage des technologies engendre des déplacements. Nous examinerons le rapprochement en cours de la formation en présence et de la formation à distance. Nous débroussaillerons quelques pistes en matière de télétravail. Mais, comme cela a été dit plus haut, l'usage des technologies requiert une industrie. Nous la regarderons d'abord sous un aspect inattendu mais révélateur, celui de l'élégance des produits et services qu'elle fournit. Son positionnement par rapport au marché et à l'institution sera ensuite examiné. Enfin, un chapitre sera consacré à la recherche, sans laquelle les institutions risquent en avançant à l'aveuglette, de perdre jusqu'à leur âme.

Première

Partie

1985-1995

Essor et mutations
de la formation à distance

La période 1985 - 1995 se caractérise par un double changement dans la formation à distance. D'abord les clientèles qui y recourent sont beaucoup plus importantes et modifient leur c,omportement. Ensuite, la conception et la diffusion des formations ne sont plus l'apanage des instances traditionnelles et recourent aux medias. Le nombre d'utilisateurs a changé d'échelle. Au CNED, par exemple, la progression des inscrits s'accèlère en 19851. De 220 000 cette année-là, ils atteignent le nombre de 314.000 en 1990, soit une progression de 55%, a comparer à 240/0dans les cinq années précédentes. Aujourd'hui le nombre d'inscriptions voisine les 350.000. Durant la deuxième moitié des années quatre-vingt l'intérêt pour cette forme d'accès aux connaissance s'est acc.ru de manière significative. Des études plus approfondies devraient identifier les causes de cet engouement. Le comportement change. D'étudiants dociles, pourrait-on dire en forçant à peine le trait, les inscrits deviennent des consommateurs exigeants. Ils demandent des formations ailleurs introuvables, veulent du "sur mesure" pédagogique, des réponses rapides à leurs questions ainsi que des services de proximité. Les initiatives de formation multimedia se multiplient et proviennent d'acteurs nouveaux dans le champ de la formation. A partir de 1985, on quitte nettement la période commencée dans les années soixante-dix, pendant laquelle la technologie de l'éducation était restée confinée dans les établissements scolaires et universitaires. Les lieux d'initiative se diversifient: institutions publiques et privées d'enseignement à distance, universités - la Fédération Interuniversitaire d'Enseignement à Distance (FlED) naît au cours de cette période - groupements professionnels, grandes entreprises, collectivités territoriales. L'opinion publique et les décideurs prennent en effet conscience du déficit de formation de la population active. En France, le Haut Comité Education-Economie, qui siège auprès du Ministre de l'Education Nationale, publie dès 1986 des projections alarmantes. En 1992, la réflexion sur la lutte contre
1 Perriault J. Etude préliminaire à une réflexion prospective sur le CNED: évolution des effectifs inscrits et exercices de projection, CNED, Département Recherche et Innovation, 5 septembre 19~O. 25

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