//img.uscri.be/pth/f0d870a1f48cef8e1e264b772325630239109f79
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La condition de l'enseignant vacataire au Cameroun

De
116 pages
Le vacataire est ce travailleur "arc-en-ciel", dont la présence dans le système éducatif, bien qu'acceptée, est une véritable pierre d'achoppement pour l'avenir de l'éducation au Cameroun s'il n'est pas pris en compte comme un des maillons essentiels. Non seulement le vacataire reçoit un salaire extrêmement bas, mais il ne jouit d'aucun statut particulier pouvant réglementer son activité au sein d'un corps éducatif pourtant bien structuré.
Voir plus Voir moins

LA co NdIt Io N de L’eNSeIg NANt Albert Jiatsa Jokeng
VAc At AIre A u cA merou N
Le vacataire est ce travailleur « arc-en-ciel », dont la pré- LA coN dIt IoN de
sence dans le système éducatif, bien qu’acceptée de fait, est
une véritable pierre d’achoppement pour l’avenir de l’édu- L’eNSeIg NANt VA c AtAI re
cation au Cameroun s’il n’est pas pris en compte comme un
des maillons essentiels. Au cAmerouN
Le problème de ce type d’enseignant est que ses conditions
de vie et de travail ne lui permettent pas de vivre convena- In Vacatarium
blement par rapport au poids de la tâche qui lui incombe.
Non seulement il reçoit un salaire extrêmement bas, mais il
ne jouit d’aucun statut particulier pouvant réglementer son
activité au sein d’un corps éducatif pourtant bien structuré.
Sans être exhaustif, sans toucher d’autres manquements
graves de ce système éducatif claudicant, ce texte aborde la
question des vacataires avec une simplicité et une «
digestivité » qui fait en sorte qu’il soit aisément lu tant par les
intellectuels que par des moins lettrés.
Enseignant de littératures et médias à l’École
normale supérieure (université de Maroua,
Cameroun), Albert Jiatsa Jokeng est
titulaire d’une thèse de doctorat PhD portant sur
« L’intermédialité dans l’œuvre romanesque
d’André Brink » de l’Université de Bayreuth
(Allemagne). Ses domaines de recherche portent sur la littérature
générale et comparée, la littérature française, francophone, et les
nouveaux paradigmes de l’écriture.
Préface d’Alain-Poaire Kamki
Photographie de couverture © Alberto Vaccaro.
13 €
ISBN : 978-2-343-04849-9
H-CAMEROUN_JIATSA-JOKENG_CONDITIONS-ENSEIGNANT-VACATAIRE.indd 1 19/01/15 19:10
LA co NdIt Io N de L’eNSeIg NANt VA c At AIre A u cA merou N Albert Jiatsa Jokeng






La condition de l’enseignant
vacataire au Cameroun


Albert Jiatsa Jokeng



La condition de l’enseignant
vacataire au Cameroun
In Vacatarium



Préface d’Alain-Poaire Kamki







































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04849-9
EAN : 9782343048499
AVANT-PROPOS
Ego vacatarium sum! Je finirais sans doute ma vie
professionnelle comme je l’ai commencée: comme enseignant
vacataire. Catégorie de travailleurs professionnels frappés
d’opprobre, les enseignants vacataires représentent pourtant
aujourd’hui l’une des seules et rares forces pédagogique et
didactique qui maintiennent tant bien que mal le cap d’une école en
totale dérive. Constituant un chiffre exorbitant et fluctuant
d’individus qui vendent leur âme au diable comme Faust, mais qui
ne trouvent en retour que dénigrements, critiques, insultes, coups
de Jarnac, délations, traîtrises, corruptions et j’en passe, ils
s’imposent de plus en plus comme une force incontournable dans
les systèmes de l’enseignement et de l’éducation dans la plupart de
1nos républiques bananières. Ce sont de jeunes diplômés qui, pour
fuir le chômage et la misère totale, se donnent à cette activité
parallèle et informelle en attendant de réussir à un quelconque
concours ou de trouver des moyens de s’exiler, comme c’est le
vœu secret de tous les jeunes ici. Le présent ouvrage est une
autopsie d’un voyage dans l’enfer de l’enseignant vacataire, le
vacatarium, un monde glauque, un monde hors du monde, un
monde enfermé, un monde renfermé, un monde invivable, afin de
suivre au quotidien l’existence de ces êtres hors du commun. En
quelques tableaux sont peints avec un humour caustique leurs
activités, leurs quotidiens, leurs difficultés, leurs joies, leurs peines,
leurs désirs profonds qui, loin d’être des activités pécuniaires et
normales qui nourrissent son homme, se révèlent aussi une
véritable khâgne, un Didakhê. Cher lecteur, tu es averti. Libre à toi
de plonger dans ces cloaques, ah in-fidèle ami ! Disons merci à
Dieu qui ne nous en empêche pas.
Dschang, le 20 juin 2011
Albert Jiatsa Jokeng

1 Il faut reconnaître que certains fonctionnaires se constituent aussi vacataires
ailleurs que dans le service dans lequel ils sont affectés. Ma réflexion n’abonde
pas dans ce sens, même si de temps à autre j’y fais des incursions.PRÉFACE : ÉLOGES À LA VACATION
L’État camerounais peut-il se passer de l’enseignant vacataire
dans les collèges et lycées ? Pourquoi cet État ne le considère-t-il
pas comme un enseignant à part entière et non entièrement à part
comme c’est le cas jusqu’alors ?
Certainement par un réaménagement urgent de son statut. Car
l’enseignant vacataire constitue un maillon incontournable de la
chaîne éducative au point que, loin de tomber dans les oubliettes ou
en obsolescence, il est une cheville ouvrière dans le concert et le
giron du corps enseignant.
Considéré comme un véritable « sapeur-pompier » qui, dans un
élan salutaire, ne cesse de voler à la rescousse des apprenants
grouillant dans des salles de classe avec des effectifs
hyperpléthoriques, il croupit, cependant, dans une misère indescriptible.
Joindre les deux bouts est une gageure pour lui. Il est à la quête
d’un mieux-être et est à la recherche incessante de sa voie et de sa
voix dans le concert des voies et des voix. Son salaire, précaire et
dérisoire, se paye parfois en monnaie de singe. Il est quelquefois la
risée des collègues fonctionnaires qui se surestiment, se
survalorisent et se gargarisent de slogans creux parce que, dit-on,
ils ont été formés en pédagogie et en didactique dans de
2 3prestigieuses écoles comme l’ENIEG ou l’ENS . Tout compte
fait, le « vacatariat » est-il un sacerdoce teinté d’ingratitude ?
Malgré tout, l’enseignant vacataire, sous les efforts conjugués,
ne ménage ni ses forces, ni ses privations, ni ses souffrances pour
lutter ardemment et idéalement pour « sauver » la patrie dite en
danger sur le plan éducationnel. De la sorte, l’État se doit de jeter
un regard attentif sur la tâche indispensable et responsable qui lui

2 École normale d’instituteurs de l’enseignement général.
3 École normale supérieure.est assignée, ou qu’il s’est assignée, soit en l’intégrant dans la
Fonction publique, soit en lui octroyant un statut particulier digne.
Sur le double plan psychoaffectif et socioprofessionnel, il fait
mieux l’objet d’admiration et d’appréciation des apprenants que les
autres collègues parce qu’il ne foule aucunement aux pieds
l’éthique et la déontologie, d’où l’éloge qui lui est rendu par toutes
et par tous.
Sur le plan épistémologique et cognitif, il ne « dribble » pas les
enseignements, il ne « bâcle » pas le programme, il ne se verse pas
dans la critique sans complaisance du travail de l’autre ; bien que
conscient de ce que le travail harassant auquel il se livre ne lui
permet pas, somme toute, de manger à sa faim, de bien se vêtir ou
de se loger décemment. Il tire, à coup sûr, le diable par la queue.
Que peut donc faire cet « État non honteux » pour redorer la
personne du vacataire ? Cet « engagé de l’oubli » doit-il continuer
de se «débrouiller » dans cette société dominée par le jeu des
sectes, des loges, le foisonnement des jeux de hasard, les
phénomènes d’homosexualité et de pédophilie ? Le laxisme de cet
État « intrigocrate » qui, dans le viseur de la « démocrature », verse
dans le pseudo-programme de la répartition régionale, n’est-il pas
un écran de fumée dangereux pour le futur de la jeunesse scolaire ?
Quelle solution adopter eu égard au tourbillon et à la mouvance du
monde actuel hautement «technologisé»? Doit-on rester
camerouno-optimiste, camerouno-contextuel, camerouno-réaliste
sans à aucun moment sombrer dans la foultitude de mirages et
d’images d’Épinal colportées et répandues par les enseignants
fonctionnaires ou par les autres administrateurs fonctionnaires
envers et contre l’enseignant vacataire? Le vacataire n’est-il pas
devenu le « centre névralgique », à telle enseigne que ses repères
ne sauraient se dérober ?
Face à cette situation, l’État camerounais doit se saisir d’une
urgence : celle d’« attribuer » le matricule à ce loup aux dents très
longues, afin que le savoir soit distillé dans les salles de classe avec
quiétude, avec dévouement, avec affection, bref avec passion, car
8dit-on: «la jeunesse est le fer de lance de la nation» et
l’analphabétisme, la plaie d’une nation.
Le présent ouvrage pose certes un problème déjà posé ailleurs,
mais d’un point de vue original, avec une langue assaisonnée de
courts récits mis en abîme, des questionnements poignants, des
exemples à la portée des lecteurs de tout bord. Surtout, ce sont les
réflexions d’un vacataire qui a fait lui-même l’expérience, la dure
expérience de cette situation presque « zombique » où toute une
frange de la jeunesse essaye tant bien que mal de joindre les deux
bouts qui fondent toute leur légitimité : celle de survivre dans un
monde hors du monde d’une part, et celle de remplir son devoir
envers la nation d’autre part : éduquer la jeunesse !
Dr Alain-Poaire Kamki
Université de Metz-Université de Yaoundé I
9