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La construction de savoirs pour l'action

De
240 pages
Les notions de savoir d'action et de savoir actionnable occupent une place grandissante dans les pratiques de "formation tout au long de la vie" et dans les recherches en sciences de l'éducation et de gestion. Elles font néanmoins l'objet de nombreuses questions, auxquelles ce travail pluridisciplinaire s'efforce de répondre en dépassant le dualisme théorie-pratique.
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LA CONSTRUCTION DE SAVOIRS POUR L'ACTION

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-02887-6 EAN : 9782296028876

Sous la direction de Marie-J osé AVENIER et Christophe SCHMITT

LA CONSTRUCTION DE SAVOIRS POUR L'ACTION

L'Harmattan

ACTION ET SAVOIR - Série RENCONTRES Dirigée par Jean-Marie Barbier.

ACTION ET SAVOIR - Série RENCONTRES est une collection d'ouvrages collectifs s'adressant à des professionnels et à des chercheurs intéressés par la théorisation de l'action dans différents champs de pratiques, et par les rapports entre construction des activités et construction des sujets.

Dernières parutions Richard WITTORSKI (Coord.), Formation, travail et professionnalisation,2005. M. TOZZI et R. ETIENNE (Sous la dir.), La discussion en éducation et enformation, 2004.

REMERCIEMENTS

Nous tenons tout particulièrement à remerCIer Michaël BENEDIC, Claude PARADEIS, Olivier PORTENSEIGNE et Isabelle SCHMITT pour les différentes relectures du manuscrit.

SOMMAIRE

Introduction Mettre en résonance divers éclairages des savoirs pour l'action (lMarie-José AVENIER et Christophe SCHMITT) 15 Partie 1 Savoirs d'action, savoirs actionnables : de quoi parle-t-on? Chapitre 1 Savoir(s), connaître, agir en organisation: attracteurs épistémiques (Alain-Charles MARTINET)
Chapitre 2 Le vocabulaire des rapports entre sujets et activités crean -Marie BARBIER)

...29

49

Chapitre 3 Dire, faire et savoir. Remarques sur leurs relations à l'occasion des "discours d'expérience" 69 (PhiliPP e ASTlE R) Chapitre 4 Une mise en perspective de modes d'investigation de l'activité humaine (Géraldine RIX) 87

Partie 2 Des savoirs d'action aux savoirs pour l'action Chapitre 5 Scientificité et actionnabilité des connaissances en sciences de gestion: renversons la perspective! (Albert DAVID) 109
Chapitre 6 Repères pour la transformation conSClence (Marie-J osé A VENIER)

d'expérience

en science avec 139

Chapitre 7 La construction de savoirs pour l'action par intégration de connaissances pratiques "tacites" et de savoirs scientifiques "classiques" (P ascal LIE VRE)

171

Chapitre 8 La communication de savoirs pour l'action (Christophe SCHMIT!) Postface Accords, désaccords, et premières mélodies (Marie-José AVENIER) Présentation des auteurs

195 215 215 227

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INTRODUCTION

METTRE

EN RESONANCE

DIVERS ECLAIRAGES

DES SAVOIRS POUR L'ACTION

Marie-J osé AVENIER et Christophe SCHMITT

"Toute connaissance acquise sur la connaissance devient un moyen de connaissance éclairant la connaissance qui a permis de l'acquérir. Nous pouvons alors ajouter une voie de retour au sens unique épistémologiescience, et effectuer des passages d'un niveau de connaissance à l'autre et viceversa.Nous pouvons du même coup envisager un développement transformateur où la connaissance élaborante essaie de se connaître à partir de la connaissance qu'elle élabore, et qui lui devient ainsi collaborante" E. Morin, La Méthode. Tome 3, 1986.

Depuis le début des années 2000, la notion de savoirs actionnables telle qu'introduite initialement par D. Schon (1983) et développée plus avant par C. Argyris (1993) suscite un intérêt renouvelé et un nombre croissant de travaux en sciences de gestionl. Cependant ces travaux, même les plus récents, font apparaître que cette notion reste encore problématique (A.C. Martinet, chapitre 1 ; M.J. Avenier,
1 Cf. notamment Martinet, 2000 ; Blanco et Lesca, 2002 ; Avenier, 2004 ; Reynaud, 2004 ; Lièvre, 2004 ; Schmitt, 2004; David, 2004 ; Scouarnec, 2004 ; le n° thématique de la Revue Internationale PME consacré à l'actionnabilité des connaissances en 2004, ou encore le thème de la Conférence de l'Academy of Management en 2004 : "La création de savoirs actionnables" (http://meetings.aomonline.org/2004), etc.

chapitre 6 et postface). Une raison parmi diverses autres tient à ce que, jusqu'à présent, la notion de savoir actionnable a été développée essentiellement dans un référentiel épistémologique néo-positiviste, ce qui ne permet pas d'appréhender le caractère foncièrement pragmatique, tâtonnant de la construction de ces savoirs. Les chercheurs désireux d'inscrire leurs recherches dans un référentiel épistémologique autre, tel que, par exemple, un référentiel constructiviste, se trouvent ainsi orphelins à la fois d'une conception de cette notion dans un tel référentiel et de repères pour l'élaboration de savoirs actionnables susceptibles d'être reconnus comme des savoirs académiques légitimes dans un tel cadre. Un des projets de cet ouvrage est d'apporter un certain nombre d'éléments visant à combler ce vide. Parallèlement, au milieu des années 90, une autre notion a émergé dans le champ des sciences de l'éducation, celle de savoir d'action (Barbier 1996). Cette notion est au cœur du développement d'un courant de recherche qui propose une vision renouvelée du lien entre recherche et pratique. Les recherches menées visent principalement à effectuer un travail réflexif sur le vocabulaire utilisé et à étudier le fonctionnement ainsi que la fonction sociale des dispositifs qui s'y réfèrent (Barbier et Galatanu 2004). Les recherches telles qu'elles se sont déployées autour des notions de savoirs actionnables et de savoir d'action se sont développées en parallèle respectivement dans les sciences de gestion et dans les sciences de l'éducation, sans que des connexions ne soient établies entre elles malgré la proximité sémantique de ces notions. Pourtant ces courants de recherche partagent la particularité de se développer en relation à des champs de pratiques professionnelles relevant de l'intervention dans l'activité humaine. Les sciences de gestion ont en effet pour finalité de développer des savoirs sur et/ ou pour la gestion des organisations socio-économiques. Les recherches en sciences de l'éducation qui s'articulent autour de la notion 16

de savoirs d'action ont pour but d'étudier les dispositifs de construction des sujets sociaux en liaison avec leurs pratiques professionnelles. A partir de ces premières proximités repérées entre les travaux menés autour de ces deux notions (proximités sémantiques, recherches menées en liaison avec des pratiques professionnelles), il nous a semblé qu'une mise en relation de ces travaux pourrait faciliter leur fertilisation croisée. Ce projet a pu se concrétiser sous les auspices du Programme européen Modélisation de la Complexité1 et avec le soutien de la Maison de la Recherche sur les Pratiques Professionnelles2. Il a consisté à faire dialoguer au cours des années 2005 et 2006 des chercheurs ayant à leur actif diverses publications sur ces notions en sciences de l'éducation, en sciences de gestion, et en anthropologie3. Ces dialogues ont connu deux temps forts, qui ont pris la forme de deux Journées d'échange et de recherche4 préparées par l'envoi mutuel préalable de documents écrits. Un objectif de cet ouvrage collectif est d'apporter une contribution aux travaux contemporains qui visent à dépasser
1 Le projet et les activités du Programme européen Modélisation de la Complexité (MCX) sont présentés sur le site web du Programme: www.mcxapc.org. 2 La Maison de la Recherche sur les Pratiques Professionnelles (MRPP) a été créée au sein du CNAM en 2002. Son projet et ses activités sont présentés sur le site web du CNAM : www.cnam.fr. 3 Le groupe de réflexion ainsi constitué comprend: Philippe Astier, MarieJosé Avenier, Jean-Marie Barbier, Albert David, Pascal Lièvre, Philippe Lorino, Alain-Charles Martinet, Géraldine Rix, Christophe Schmitt. Nous tenons à remercier Philippe Lorino, qui n'a pas rédigé de chapitre dans cet ouvrage collectif mais a enrichi la réflexion collective par sa participation à différents échanges de ce groupe. 4 La première Journée s'est tenue sous la forme d'un workshop organisé sur le thème 'Savoirs actionnables dans les sciences de l'organisation entendues comme des sciences de conception', au sein du Congrès de l'Union Européenne de Systémique (paris, septembre 2005). La seconde Journée a été organisée à la Maison de la Recherche sur les Pratiques Professionnelles au CNAM (paris, janvier 2006). 17

le dualisme théorie-pratique en proposant des manières différentes d'envisager la relation faire-connaître. Il n'a pas pour but de proposer une théorie unifiée achevée. Il s'agit plutôt de mettre en résonance des éclairages reflétant différents regards et perspectives possibles. Derrière cette volonté délibérée de laisser s'exprimer autant les dissonances que les consonances entre les textes, nous avons cherché à susciter le questionnement du lecteur et à stimuler sa réflexion en lui donnant à voir divers points de vue et les arguments avancés par les co-auteurs. Premiers éléments de synthèse du travail collectif Il peut paraître surprenant de proposer dès l'introduction des éléments qui ont émergé d'interactions au sein du groupe de réflexion. Fournir au lecteur d'emblée un certain nombre de clés de lecture qui se sont dégagées au fll des échanges nous a semblé déterminant pour la compréhension du projet et de l'architecture de l'ouvrage. Il est apparu que si les recherches dans les deux champs s'intéressent effectivement à des 'savoirs liés à l'action', elles sont souvent développées relativement à des fmalités et dans des perspectives différentes. Les travaux de ces chercheurs apportent ainsi divers éclairages à un même phénomène complexe qu'ils étudient à travers divers prismes, selon des perspectives et relativement à des fmalités différentes. Les différences de perspectives et de finalités des travaux dans les deux champs, qui sont précisées ci-après, expliquent l'introduction et la coexistence de deux notions différentes, celles de 'savoir d'action' et de 'savoir actionnable'. Celles-ci sont défmies de la manière suivante. Un savoir d'action désigne la formulation par un acteur d'un énoncé relatif à l'action professionnelle et considéré par lui comme élaboré dans celle-ci et bénéficiant d'une efficacité particulière G.M. Barbier, chapitre 2). Il s'agit donc d'une construction se situant dans le champ des rapports entre les 18

sujets et leurs activités. Dans la notion de savoir d'action, est précisée la manière dont les énoncés sont censés être élaborés par un acteur: dans le cadre de son activité professionnelle. Un savoir actionnable est un savoir susceptible d'être mis en action dans la vie quotidienne par des acteurs intervenant dans des organisations sociales CArgyris 1993 : 1). Dans la notion de savoir actionnable est donc mise en exergue la destination de ce savoir au sein d'organisations: être susceptible d'être exploité dans des actions futures. Contrairement à la notion de savoir d'action, cette défmition ne préjuge pas de l'origine de ces savoirs ni de la manière dont ils sont élaborés. Comme on le verra au cours des chapitres 6 et 7, ces notions ne sont cependant pas sans liens. Concernant les différentes finalités qui animent ces recherches, l'une d'elles, à l'œuvre plutôt en sciences de l'éducation, est d'étudier les dispositifs de construction des sujets sociaux. L'énonciation de savoirs d'action par les acteurs eux-mêmes est un moyen important de ces dispositifs. Ces recherches s'intéressent moins au contenu des savoirs d'action qu'aux processus individuels et collectifs de leur production, car ceux-ci sont considérés comme présentant un risque moindre d'obsolescence rapide que les savoirs eux-mêmes. L'autre finalité, à l'œuvre plutôt en sciences de gestion, est de développer des savoirs ayant un certain degré de généralité CA. David, chapitre 5) ou de généricité (M.J. Avenier, chapitre 6), susceptibles d'être mobilisés par des praticiens de la gestion pour mettre en acte leurs intentions. Le contenu des savoirs généraux ainsi élaborés est au cœur de ces recherches. Les perspectives associées à ces deux types de finalités apparaissent, elles-aussi, différentes. Dans le premier cas, il s'agit d'étudier non seulement les dispositifs mis en place pour l'énonciation de savoirs que les praticiens considérés disent mobiliser dans leur action, mais aussi l'incidence des conditions d'énonciation sur le contenu de ces savoirs ainsi que sur le processus de construction de ces praticiens en tant que sujets
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sociaux (ph. Astier, chapitre 3). Dans le second cas, il s'agit d'étudier les conditions d'élaboration par des chercheurs, de savoirs jugés valables à la fois au plan académique et par certains praticiens de la gestion, ainsi que les conditions d'appropriation et de mobilisation de ces savoirs par ces praticiens. Ces recherches peuvent donc être menées selon diverses perspectives complémentaires telles que l'élaboration de savoirs par des chercheurs (A. David, chapitre 5 ; M.J. Avenier, chapitre 6 ; P. Lièvre, chapitre 7), la communication de savoirs entre chercheurs et praticiens (C. Schmitt, chapitre 8). Autrement dit, dans le premier cas, la perspective adoptée est celle du sujet praticien élaborant des énoncés relatifs à sa pratique professionnelle. Dans le second, la perspective est essentiellement celle du sujet chercheur1 dans son activité d'élaboration de savoirs actionnables relatifs à une pratique professionnelle autre que la sienne propre, et/ou de communication de savoirs à des praticiens de cette autre pratique professionnelle. Dans ce cas, lorsque la recherche place le praticien au centre, c'est traditionnellement pour s'intéresser à la manière dont il va s'approprier ou mobiliser des savoirs préalablement construits par d'autres personnes (C. Schmitt, chapitre 8). Mais c'est aussi de plus en plus souvent dans une perspective de co-construction de savoirs par des praticiens et des chercheurs (A. David, chapitre 5), ou
1

Le 'sujet chercheur' est évidemment lui aussi un praticien d'une pratique

professionnelle, la recherche scientifique, et l'ouvrage (en particulier les chapitres 3 à 8) propose un certain nombre de savoirs pour l'action de chercheurs en anthropologie, en sciences de l'éducation, en sciences de gestion. Toutefois, dans cet ouvrage qui aborde des questions de méthodologie de recherche dans des sciences exotériques, le chercheur occupe une place singulière par rapport aux autres praticiens évoqués, qu'il est important d'identifier. Par conséquent, nous n'utiliserons pas le terme générique 'praticien' pour désigner un praticien de la recherche, mais celui de 'chercheur' .

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d'élaboration de savoirs pour l'action à partir de l'expérience de praticiens et donc sur la base de l'énonciation de savoirs d'action (M.J. Avenier, chapitre 6 ; P. Lièvre, chapitre 7). Les recherches prenant appui sur l'énonciation de savoirs d'action, quelle que soit leur finalité - compréhension de la construction d'un sujet social ou élaboration de savoirs actionnables à partir de l'expérience de praticiens -, soulèvent la question des méthodes disponibles pour l'investigation de l'activité humaine. A cet égard, plusieurs méthodes différentes sont mises en perspective dans cet ouvrage (G. Rix, chapitre 4). Avant de laisser au lecteur le soin de découvrir par lui-même au fil des chapitres et dans la postface d'autres éléments de débat et de questionnement qui restent ouverts à l'issue de ce travail, une dernière différence importante est à signaler dans cette présentation introductive. Les savoirs d'action étant définis en référence à des actions passées, leurs énoncés portent essentiellement sur des transformations intentionnelles possibles du monde. En revanche, les savoirs actionnables sont défmis en référence à la destination de ces savoirs, aux problématiques qu'ils sont censés aider à affronter. De ce fait, des savoirs visant à procurer une meilleure compréhension de fonctionnements potentiels du monde sans visée transformative1 peuvent aussi apparaître à certains praticiens comme des savoirs actionnables. Projet et organisation de l'ouvrage Le projet de cet ouvrage est double: d'abord, apporter à des chercheurs conduisant des recherches en relation avec des pratiques professionnelles, désireux de développer des savoirs à la fois susceptibles d'être utiles à l'action dans ces pratiques professionnelles et reconnus comme des savoirs académiques
1 Autrement dit, en reprenant la terminologie définie par .M. Barbier dans J le chapitre 2, l'élaboration de savoirs actionnables peut s'effectuer dans le cadre de 'recherches en intelligibilité' tout autant que dans celui de 'recherches en optimisation'. 21

légitimes, un certain nombre de repères pour l'élaboration de ces savoirs (chapitres 5 à 7) et pour leur communication aux catégories de praticiens auxquels ils sont destinés en priorité (chapitre 8). Cet ouvrage aurait donc pu être intitulé La constructionde savoirsactionnables. ous avons préféré employer N l'expression savoir pour l'action, qui présente l'avantage de n'avoir aucune connotation particulière a Priori et d'être suffisamment large pour accueillir la diversité des contributions. Le projet de l'ouvrage est aussi, en même temps, de donner à voir les limites des repères présentés, non seulement en laissant s'exprimer les divergences entre les différents coauteurs, mais aussi en présentant un certain nombre de questionnements ouverts et de débats existant encore à l'heure actuelle autour de ces notions et sur l'investigation de l'activité humaine (principalement, chapitres 1 à 4 et postface). La première partie explore les notions de savoirs actionnables et de savoirs d'action et s'intéresse à l'énonciation de savoirs d'action et aux méthodes d'investigation de l'activité humaine. Dans le chapitre 1, à travers un repérage épistémologique de la notion de savoir actionnable, A.C. Martinet donne à voir la complexité de cette notion. Il fait notamment apparaître que des savoirs actionnables élaborés dans une certaine épistémologie peuvent être mobilisés dans une autre épistémologie. Puis, il met en avant un cadre générique pour l'élaboration/légitimation de savoirs pour l'action dans les sciences 'exotériques', telles les sciences de gestion. Ce cadre repose sur une triangulation épistémique mettant en dialogue permanent une 'épistémologie de la possession', une 'épistémologie de l'activité', et une 'épistémologie de la réception' . Dans le chapitre 2, J.-M. Barbier s'intéresse au vocabulaire des rapports entre sujets et activités. Il propose ainsi des déf1nÎtions précises pour les notions de savoir, de 22

connaissance, de compétence, et évidemment de savoir d'action. il s'efforce de clarifier la distinction établie notamment entre savoir et connaissance, ou entre compétences et savoirs d'action, en mettant en évidence les relations à l'intérieur de ces paires de notions. Dans le chapitre 3, Ph. Astier explore l'influence des conditions d'énonciation des savoirs d'action par des praticiens sur la construction de ces praticiens en tant qu'acteur social. Il nous aide à comprendre les enjeux derrière cette énonciation. Ceux-ci ne portent pas seulement sur la difficulté qu'un praticien peut avoir à connaître les connaissances tacites qu'il développe spontanément dans son action, mais ils concernent aussi la pluralité des discours auxquels les énoncés mis en avant visent à répondre. Le chapitre 4 est consacré aux modes d'investigation de l'activité humaine. G. Rix s'intéresse à différents outils développés en sciences humaines afm d'approcher les pratiques du point de vue des acteurs en essayant d'intégrer la subjectivité de leur action. Le tableau de synthèse proposé en conclusion permet au lecteur d'identifier les convergences et divergences entre ces différentes méthodes. La seconde partie s'intéresse à deux versants complémentaires des savoirs pour l'action: l'élaboration de ces savoirs et leur communication à des praticiens que ces savoirs sont susceptibles d'intéresser. Dans le chapitre 5, A. David propose de renverser la perspective, en mettant de côté la question de savoir comment rendre actionnables des savoirs issus de recherches menées sans objectif explicite d'actionnabilité, pour se préoccuper de la manière et des conditions permettant à des connaissances produites dans l'action d'être généralisées. Pour cela, l'auteur s'interroge sur le statut des sciences de gestion ainsi que sur la place du terrain au sein de ces recherches. Ainsi, l'actionnabilité de connaissances en sciences de gestion n'est pas considérée comme un prolongement de la recherche à destination de 23

praticiens mais comme étant dans la nature même de la recherche dans cette discipline. La réflexion développée dans le chapitre 6 est délibérément inscrite dans un référentiel épistémologique constructiviste. Dans ce référentiel, M.] . Avenier propose un cadre méthodologique pour la construction de savoirs actionnables à partir de l'expérience de praticiens de la gestion, qui puissent être considérés comme des savoirs académiques légitimes. Dans ce cadre, la légitimation des savoirs repose sur le couplage du travail empirique avec un travail épistémique rigoureux mené tout au long du processus de recherche. Dans le chapitre 7, P. Lièvre, à travers des pratiques relatives aux expéditions polaires, insiste sur le fait que connaissances pratiques et savoirs scientifiques ne constituent pas pour autant des savoirs pour l'action. Afin de construire des savoirs pour l'action, ces connaissances et ces savoirs exigent qu'un travail spécifique de construction soit opéré: l'explicitation de connaissances pratiques et la mobilisation de savoirs scientifiques. A partir d'une des nombreuses expéditions polaires auxquelles il a participé, il présente un exemple de construction de savoirs pour l'action qui combine expérience pratique et travail de recherche. Dans le sèmeet dernier chapitre, C. Schmitt s'intéresse tout particulièrement à la communication de savoirs issus de la recherche en sciences de gestion auprès de praticiens n'ayant pas forcément été associés au processus de construction de ces savoirs. A travers ce chapitre, il met notamment en lumière la faiblesse des liens existant entre chercheurs et praticiens de la gestion. Pour améliorer la communication entre eux, l'auteur présente différents principes, comme les principes de mise en scène et de traduction, et différentes modalités de communication visant à rendre actionnables auprès de praticiens des savoirs issus de la recherche. Enfin, dans une postface, M.J. Avenier tente une synthèse, qui se veut constructive, du riche éventail de questionnements, 24

de perspectives, de postures épistémologiques autour de la construction de savoirs pour l'action, qu'offrent les diverses contributions de l'ouvrage. Puis, afin de permettre au lecteur d'exercer sa réflexion en disposant de l'éventail des arguments discutés dans le groupe de réflexion, elle rend compte des principaux débats au sein du groupe, autour de notions majeures mobilisées dans l'ouvrage, qui n'ont pu être tranchés. Bibliographie Argyris C., 1993, Knowledgeor Action) A Guide to Overcoming f Barriers to Organizational Change, San Francisco, Jossey-Bass Inc., (trad. franç. : Savoir pour agir, Paris, InterEditions, 1995). Avenier M-J., 2004, Transformer l'expérience en savoirs actionnables légitimés, en sciences de gestion considérées comme des sciences de conception, in Savall H., Bonnet M., Peron M., Traversée des frontières entre méthodes de recherche qualitativeset quantitatives,ISEOR, Lyon, pp. 801-822. Barbier J.M., Galatanu O., 2004, Les savoirsd'action: une miseen mot descompétences L'Harmattan, coll. Action et Savoir. ?,
Barbier J.M., 1996, Savoirs théoriques et savoirs d'action, PUF, Paris.

Blanco S. & Lesca H. 2002, Contribution à la capacité d'anticipation des entreprises par la sensibilisation aux signaux faibles, CIFEPME 2002, Montréal, Octobre. David A., 2004, Les connaissances en sciences de gestion: devons-nous choisir entre scientificité et actionabilité ? in Savall
H., Bonnet M., Peron M., Traversée des frontières entre méthodes de Lyon, pp. 851-876. recherche qualitatives et quantitatives, ISEOR,

Lièvre P., 2004, Vers un savoir d'action en sciences de gestion: le cas des expéditions polaires, Géreret Comprendre,n° 75, mars. Martinet praticable: A.C., 2000, Epistémologie de la connaissance exigences et vertus de l'indiscipline, in David A., 25

Hatchuel A., Laufer R., 2000, Les nouvellesfondations des sciencesde gestion, V uibert, Paris. Morin E., 1986, La Méthode. Tome 3 : La connaissance de la connaissance,Seuil, Paris.

Reynaud E., 2004, The Explanation of Actionable l<nowledge in the Strategic Decision Process: the Scenario Method, in Savall H., Bonnet M., Peron M., Traversée des frontières entre méthodes de recherchequalitatives et quantitatives, ISEOR, Lyon, pp.1573-1584. Revue Internationale et PME, 2004, Actionnabilité et Recherche
en Entrepreneuriat et PME, Vol. 17, n° 3-4.

Schmitt C., 2004, Pour une approche dialectique de la relation entre recherche et pratiques entrepreneuriales : une relation en quête de sens, dans RevueInternationale PME, vol 17, n°3-4, p. 43-68. Scouarnec A, 2004, L'observation des métiers: définition, méthodologie et "actionnabilité" en GRH, Management & Avenir, n01, juin, pp. 23-42.

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PARTIE 1
Savoirs d'action, savoirs actionnables de quoi parle-t-on? :

Cette partie commence par un repérage au plan épistémologique des notions de savoirs actionnables et de savoirs d'action, et discute le vocabulaire de base qui sera utilisé dans la suite de l'ouvrage. Elle s'intéresse ensuite aux conditions et aux dispositifs d'énonciation de savoirs d'action. Elle s'achève par une mise en perspective de trois méthodes particulières d'investigation de l'activité humaine, une problématique essentielle pour la compréhension des rapports entre savoir et action.

Chapitre 1
SA VOIR(S), CONNAITRE, ATTRACTEURS AGIR EN ORGANISATION: EPISTEMIQUES

Alain Charles MARTINET

L'interrogation sur la connaissance valable et utile à l'action n'est en rien nouvelle puisqu'elle trouve l'une de ses sources essentielles dans l'opposition entre la raison pure et les idées parfaites de Platon d'une part, l'importance de la mise à l'épreuve de la perception sensorielle, de l'observation et de la réflexivité chez Aristote, d'autre part. On se souvient du pas décisif franchi par Kant pour qui la connaissance ne peut atteindre la chose en soi (noumène) et ne peut concerner que la réalité pour nous (phénomène), par un processus sollicitant l'expérience sensorielle comme la réflexion logique. Descartes, Vico, Hegel, Marx, Husserl, Bachelard, Merleau-Ponty, Popper et les pragmatistes américains Games, Dewey...) jalonnent la longue genèse épistémologique en Occident. Que savons-nous du monde? De quoi et comment se constitue ce savoir? Questions auxquelles cet Occident a plutôt répondu par la quête de l'origine (et donc des causalités), par des divisions célèbres (corps/âme, matière/esprit, science/technique, savoir/action...) et par l'idéal de maîtrise, affirmé tant par la Bible ("emplissez la terre et soumettez-là") que par Descartes ("se rendre maître et possesseur de la nature") et, bien évidemment par les Lumières et tout le modernisme. A l'autre bout du monde, la Chine professe plutôt la liaison systémique (tout a à voir avec tout) le désintérêt pour la question de l'origine au profit du fonctionnement du monde, de sa continuité. Un monde dès lors ni connais sable, ni

maîtrisable, mais qu'il convient au contraire d'habiter (I<amenarovic 2005). S'agissant de la tradition intellectuelle japonaise, il est fréquent de retenir aussi l'unité de l'humanité et de la nature, du corps et de l'esprit, du moi et de l'autre... (Nonaka et Takeuchi 1997). Deux grands pôles de civilisations qui, pour ce qui nous intéresse ici, organisent la saisie et la transformation du monde selon des couples de notions différents. Là où l'Occident invite à trancher (oui ou non, vrai ou faux, bien ou mal, clair ou obscur, progrès ou déclin, activité ou passivité, masculin ou féminin, esprit ou matière...) l'Extrême-Orient ne peut concevoir l'un sans l'autre (Yin et Yang, vide et plein, mouvement et repos, constitution et fonction.. .). C'est dire si la recherche sur la connaissance organisationnelle, particulièrement prolixe depuis vingt ans, comme en témoignent deux manuels récents (Dierkes et alii 2001; Easterby-Smith et Lyles 2003), est profondément marquée par ce que Juillen nomme le "pli occidental", clivage théorie/pratique qu'il considère comme le geste le plus fondamental de l'Occident moderne Guillen 1996). Pli tellement marqué que nous ne le voyons même plus. Nous concevons une forme idéale ("eidos"), que nous flXons comme but ("telos"), et nous agissons "ensuite" pour la faire passer dans les faits. La distinction formulation/mise en œuvre n'est que "la traduction" opératoire de la distinction épistémologique théorie/ pratique et du clivage platonicien connaissance/action. Elle continue de véhiculer aussi, spécialement dans les pays d'héritage gréco-romain, une hiérarchie épistémique et politique entre les disciplines nobles et ancillaires, entre ceux qui pensent et ceux qui font. Rendu plus lucide par cette mise à niveau de conscience du pli grec que conserve toute la pensée occidentale, l'on peut utiliser la notion de connaissance actionnable comme heuristique de départ, la déployer avant de styliser les formes qu'elle peut prendre dans les paradigmes organisationnels 30