//img.uscri.be/pth/6f3e9ae6ba5007df41b0d50e70ed85df6b183af3
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La Fédération de l'Education Nationale pendant la guerre d'Algérie 1954-1958

De
218 pages
L'histoire de la FEN pendant la guerre d'Algérie est intéressante pour deux raisons principales : La FEN, qui plonge ses racines dans l'histoire du mouvement ouvrier français, est restée indépendante de l'Etat et des partis politiques ; elle respecta dans son fonctionnement la démocratie ouvrière et fut la seule organisation à proposer, avec la Table Ronde, une solution démocratique au problème algérien et s'est prononcée dès son congrès de novembre 1954 pour l'émancipation du peuple algérien.
Voir plus Voir moins

LA FÉDÉRATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE
PENDANT LA GUERRE D’ALGÉRIE Jacques SIMON
1954-1958
L’histoire de la FEN est liée à celle du syndicalisme ouvrier. En 1880,
Jules Ferry facilite l’organisation des instituteurs dans un syndicat qui
adhère à la CGT en 1895. La Grande Guerre est suivie après la révolution
russe par la création du PCF et la division syndicale. Resté à la CGT, le LA FÉDÉRATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE
SNI milite pour l’unité syndicale en 1936 et en 1943. En 1947, il refuse la
scission de la CGT et adopte au congrès de mars 1948, la motion Bonissel- PENDANT LA GUERRE D’ALGÉRIE
Valière qui maintient l’unité du syndicat.
Hostile à la politique coloniale de la France, la FEN condamne à son
1954-1958congrès de novembre 1954, la répression en Algérie et exige la libération
de Messali Hadj.
Opposé à la politique algérienne du gouvernement, le SNI adopte à son
congrès de juillet 1955 une motion sur la Table ronde pour une solution
démocratique au problème algérien. Il condamne l’émeute algéroise du
6 février 1956, puis le vote des pouvoirs spéciaux, le 12 mars. En 1957,
la FEN adopte une motion, internationaliste sur l’Algérie, l’agression
tripartite de Suez et la répression en Hongrie. Elle relance l’action pour
l’unité syndicale (MSÙD) et Forestier (SNI) défend dans La Commune,
avec Messali Hadj la Table ronde. Soutien actif de L’Union syndicale des
travailleurs algériens (USTA) dont elle salue les motions adoptées à son
congrès de juin 1957. Elle condamne la politique du FLN et ses crimes,
à Melouza et pire encore celui de la direction de l’USTA en plein Paris.
Le 13 mai, la FEN défend les institutions républicaines et elle organise
la grève générale contre le « coup d’État démocratique » du général de
Gaulle sans le soutien des partis ouvriers et des syndicats. Au final, elle
reste la seule organisation du syndicalisme français à avoir milité pour une
Table ronde en Algérie.
Jacques Simon est né à Palat (Algérie) en 1933. Lycéen à Tiaret, Mascara
et Alger, puis étudiant à Paris (Lettres et Droit). Il participe en 1956 à la
création de l’Union Syndicale des Travailleurs Algériens (USTA) qui sera
soutenue par la Fédération de L’Éducation Nationale, la gauche socialiste,
A. Breton, A. Camus, E. Morin. Jacques Simon a dirigé plusieurs journaux
et revues (L’Étincelle, Tribune algérienne, Libre Algérie, Cirta). Docteur
en histoire, il préside le Centre de Recherche et d’Étude sur l’Algérie
contemporaine (CREAC).
Illustration : Denis Forestier. « France Observateur » juillet 1960
ISBN : 978-2-343-04522-1
21,50 e
Collection « CREAC-HISTOIRE »
dirigée par Jacques Simon
LA FÉDÉRATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE
PENDANT LA GUERRE D’ALGÉRIE Jacques SIMON
1954-1958







LA FÉDÉRATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE
PENDANT LA GUERRE D’ALGÉRIE 1954-1958
















© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04522-1
EAN : 9782343045221JACQUES SIMON



LA FÉDÉRATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE
PENDANT LA GUERRE D’ALGÉRIE 1954-1958





















L’HARMATTAN CREAC-HISTOIRECentre de Recherches et d'Études sur l'Algérie Contemporaine

Le CREAC entend :- promouvoir la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le
domaine public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de l'histoire.
- Présenter et éditer des textes et documents produits par des chercheurs,
universitaires et syndicalistes français et maghrébins.
Déjà parus:
La Fédération de France de l'USTA (Union Syndicale des Travailleurs Algériens.
Regroupés en 4 volumes par Jacques SIMON, en 2002).
Avec le concours du Fasild-Acsé
- L’immigration algérienne en France de 1962 à nos jours (œuvre collective sous la
direction de Jacques Simon)
- Les couples mixtes chez les enfants de 1 'immigration algérienne. Bruno Lafort.
- La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (1881-1914). Mahmoud Faroua,.
- L'Etoile Nord-Africaine (1926-l937), Jacques Simon,.
- Le MTLD (Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (1947-1954)
(Algérie), Jacques Simon
- La réglementation de, l’immigration algérienne en France. Sylvestre Tchibindat.
- Un Combat laïque en milieu colonial. Discours et œuvre de la fédération de Tunisie de
la ligue française de l’enseignement (1891-1955). Chokri Ben Fradj
- Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J. Simon
- Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912) Abdelkrim Mejri
- Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d’indépendance. Jean René Genty.
- Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat.
- Les communautés juives de l’Est algérien de 1865 à 1906. Robert Attal. -Le PPA (Le
Parti du Peuple Algérien) J.Simon
-Crédit et discrédit de la banque d’Algérie (seconde moitié du XIXe siècle) M.L.Gharbi
-Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche
-Le massacre de Melouza. Algérie juin 1957. Jacques Simon
- Constantine. Le cœur suspendu. Robert Attal
- Paroles des communautés juives de l’Est algérien de 1865 à 1906. Robert Attal.
- Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) J. Simon
e- Crédit et discrédit de la banque d’Algérie (seconde moitié du XIX siècle) M. L. Gharbi
- Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche
- Le massacre de Melouza. Algérie juin 1957. Jacques Simon
- Constantine. Le cœur suspendu. Robert Attal
- Paroles d'immigrants : Les Maghrébins au Québec. Dounia Benchaâlal
- « Libre Algérie ». Textes choisis et présentés par Jacques Simon.
- Algérie. Le passé, l'Algérie française, la révolution (1954-1958). Jacques Simon.
- Messali avant Messali. Jacques Simon.
- Comité de liaison des Trotskystes algériens. Jacques Simon.
- Le MNA. Mouvement national algérien. (1954-1956). Nedjib Sidi Moussa J. Simon
- Algérie. L'abandon sans la défaite (1958-1962). Jacques Simon
- Constantine. Ombres du passé. Robert Attal
- Biographes de Messali Hadj. (C. A. Julien, D. Guérin, M. Kaddache, C. R.Ageron, R.
Gallisot... M. Harbi, B. Stora). Jacques Simon
________________________________________________________________
2010 Algérie. Naufrage de la fonction publique et défi syndical. (Entretiens) L. Graïne
2011 L'Algérie au passé lointain. De Carthage à la Régence d'Alger. Jacques Simon
2012 L’Assemblée constituante dans le mouvement nationaliste algérien. Jacques Simon
- Juif berbère d’Algérie. Itinéraire. Jacques Simon
2013 L’occident méditerranéen. Jacques Simon
2014 LE NATIONALISME ALGERIEN selon Benjamin Stora. Jacques SimonPRÉSENTATION
En 1943, Alger est devenue après l’installation du général de
Gaulle, président du Gouvernement Provisoire de la République
Française (GPRF), la capitale de la France Libre. Désormais,
l’empire allait jouer, avec l’armée d’Afrique, un rôle important
dans la victoire des Alliés contre l’Allemagne nazie.
En 1945, la France libérée retrouve sa Grandeur dans les
relations internationales et un siège à l’ONU. De ce fait, de
Gaulle refuse la transformation de l’Empire en un
Commonwealth. Il combat l’émancipation des peuples colonisés
en Indochine, en Afrique, et de façon violente en Algérie, clé de
voûte de l’empire africain de la France.
erDix ans après la répression de mai 1945, l’insurrection du 1
novembre 1954 devient un problème majeur de la vie politique
française.

La guerre d’Algérie a fait l’objet d’innombrables ouvrages.
D’une manière générale, elle est considérée comme la guerre de
libération du peuple algérien sous la direction du FLN. La
majorité des auteurs traitent des différents aspects du conflit
militaire (les opérations contre l’ALN, la bataille d’Alger, la
guerre des frontières, le plan Challe) et de la crise morale qu’elle
a entraînés avec l’emploi de la torture, les déplacements de
populations, les représailles… Deux aspects ont été minorés,
ignorés ou dénaturés : la dimension internationale du problème
et la guerre d’extermination menée en Algérie et en France par le
FLN contre le MNA et les syndicalistes algériens de l’USTA pour
s’imposer comme l’unique direction du peuple algérien.
La signature des Accords d’Évian de la France avec le GPRA
a conforté cette analyse, acceptée par la quasi-totalité des
5 historiens français. Notons qu'elle fait l’impasse sur l’histoire du
syndicalisme enseignant étudiée que dans une dizaine de livres
et de travaux universitaires.
L’histoire de la FEN pendant la guerre d’Algérie présente
pourtant un immense intérêt pour deux raisons principales :
1) La FEN qui
plonge ses racines dans la longue histoire du mouvement ouvrier
français est restée indépendante de l’État et des partis politiques.
2) La FEN respecta
dans son fonctionnement la démocratie ouvrière, permettant aux
différents courants de s’exprimer dans la presse des syndicats
qui la constituaient et à leurs représentants de participer aux
organes de la direction en fonction des votes obtenus pendant les
congrès. En respectant les principes qui l’avaient constituée :
l’indépendance, l’unité syndicale, la démocratie ouvrière et
l’internationalisme prolétarien, la FEN fut la seule organisation
à proposer, avec la Table Ronde, une solution démocratique au
problème algérien.

Pour éclairer la position de la FEN pendant la Guerre
d’Algérie, nous avons inscrit, dans une longue, mais nécessaire
introduction, l’histoire du syndicalisme enseignant dans celle du
mouvement ouvrier avec sa tradition de lutte contre
l’exploitation capitaliste, l’impérialisme et le colonialisme. Cette
tradition, la FEN l’a mise en application, à son congrès de
novembre 1954 en se prononçant pour l’émancipation du peuple
algérien.
Le choix fait de n’étudier la politique algérienne de la FEN
eque jusqu’à l’installation du régime de la V république,
s’explique par une raison majeure : la capitulation du mouvement
ouvrier en juin 1958. Au pouvoir, le général de Gaulle n’a
recherché qu’un accord avec le GPRA pour larguer « le boulet
algérien » et redonner à la France sa Grandeur. Il n’existait plus
alors de solution démocratique possible au problème algérien.
Pour comprendre les débats menés dans le SNI et la FEN sur
le problème algérien, nous reproduisons en annexe, des extraits
de documents importants qui donnent chair à cette histoire.
6 PREMIÈRE PARTIE

AUX ORIGINES DE LA FÉDÉRATION
DE L’ÉDUCATION NATIONALE










CHAPITRE I

LA RÉPUBLIQUE ET LE PARTI CLÉRICAL
La victoire allemande, l’effondrement du Second Empire et
l’écrasement de la Commune de Paris ont créé un traumatisme
profond dans le pays. La défaite, interprétée comme une
inadaptation de l’école française, conduira à faire de l’éducation
une question prépondérante de la vie politique, jusqu’en 1914.
Le régime provisoire s’achève après la chute du
gouvernement Thiers, l’échec de la Restauration monarchique, la
défaite des conservateurs, partisans d’un renforcement de
l’autorité de l’Église sur l’État et le vote des lois
constitutionnelles de 1875 qui fondent la République. Elle
confiait le pouvoir exécutif à un président élu pour 7 ans et le
pouvoir législatif à deux assemblées élues : le Sénat et la
Chambre des députés. Son installation est difficile, mais après la
victoire législative aux deux assemblées du parti républicain,
l’épreuve de force s’engage entre les deux camps pour aboutir à
1l’avènement de la « République des Républicains. »
Elle est dominée par Jules Ferry, le père fondateur de l’école
laïque. Partisan de la guerre de revanche contre l’Allemagne, il
mène de front l’industrialisation du pays, la création d’un Empire
en Afrique et en Asie et la formation de cadres pour les besoins
de l’industrie, de l’armée et de l’administration française et
coloniale.

L’anticléricalisme et l’enseignement
Ministre de l’Instruction publique dans plusieurs cabinets,
influencé par Condorcet et le positivisme qui a investi la
francmaçonnerie, Jules Ferry considère que l’Église est un obstacle au
développement économique, une menace pour la nation, les
9 individus et les familles ; le combat contre le cléricalisme est
2indissolublement lié à la République.
Disciple de Renan, pour qui l’Université est le lieu naturel de
l’enseignement, Ferry la libère de la tutelle du pouvoir politique
et de l’Église. Puis, par une série de lois et de décrets échelonnés
de 1881 à 1886, il fait adopter les principales mesures de réforme
de l’enseignement public : la gratuité et le caractère obligatoire
de l’enseignement primaire, la laïcité de l’école dans ses
programmes et dans son personnel dont le recrutement est
3organisé.
L’enseignement secondaire public des jeunes filles, fondé par
Victor Duruy sous Napoléon III est réorganisé : des lycées de
jeunes filles sont créés pour « donner des compagnes
républicaines aux républicains ».
4Cette législation est défendue par la presse républicaine et
par les instituteurs que Ferry encourage à s’organiser dans des
syndicats professionnels. Les conditions de cet exercice étaient
favorables avec la liberté de la presse, l’établissement des
grandes libertés publiques et la loi municipale du 5 avril 1884 qui
étendait l’élection des maires par le conseil municipal à toutes les
communes de France, sauf Paris.
Le cléricalisme est activement porté par des romanciers
comme Erckmann-Chatrian ou le physiologiste et homme
politique Paul Bert. Plus important est l’affrontement qui se
produit dans les campagnes entre les instituteurs laïques formés
5par les Écoles Normales et les congréganistes.
1902. Les radicaux l’ayant emporté aux élections, Combes
forme le gouvernement. Il adopte un anticléricalisme militant,
appliquant avec rigueur la loi de 1901, refuse les autorisations
demandées et expulse de nombreuses congrégations.

La renaissance du syndicalisme
La loi de 1884 qui abolit la loi Le Chapelier de 1791 facilite
la formation des syndicats professionnels aux conditions légales
qui obtiennent la personnalité civile, le droit d’ester en justice et
de posséder les immeubles nécessaires à leur fonctionnement.
Elle permet, en 1886, la création du Parti ouvrier français (POF)
de Jules Guesde qui préconise la subordination de l’action
10 syndicale à l’action politique. La même année, l’institution de la
Bourse du Travail permet aux syndicats de se libérer de la tutelle
des partis politiques et au syndicalisme de s’implanter
définitivement en France. C’est alors que « La Fédération des
syndicats et groupes corporatifs de France. » se dote d’un Conseil
6fédéral à majorité guesdiste.

La Bourse du travail de Paris suivie par celles des grandes
villes de province adopte une position différente. Dans ce climat,
le débat ouvert sur la grève générale comme moyen d’action
révolutionnaire dans les congrès de la Fédération des syndicats
de 1892 et 1893 se termine en 1894 par victoire de la tendance
libertaire et par la rupture entre le syndicalisme et la politique.
C’est dans cette voie que, sous la direction de Fernand Pelloutier,
Émile Pouget et Paul Delesalle, l’activité syndicale s’organise et
7que se crée le courant anarcho-syndicaliste.
1895. Naissance de la Confédération générale du travail (CGT)
au congrès de Limoges. Elle vise à unifier toutes les forces
syndicales. Elle admet, « en dehors de toutes les écoles
8politiques », syndicats, unions et fédérations de métiers.
1898. L’Aurore publie une lettre d’Émile Zola au président de la
République d’un titre foudroyant « J’Accuse ». Le drame du
capitaine Dreyfus devenu « l’affaire » partage la France en deux
camps opposés.
1902. Après sept années difficiles, la fusion entre la Fédération
des Bourses du travail et de la CGT est réalisée au Congrès de
Montpellier.
1905. C’est une année agitée avec trois faits majeurs : la
catastrophe de Courrières suivie de la grève des mineurs du
Pasde-Calais, la crise diplomatique avec l’Allemagne sur le Maroc
et la séparation de l’Église et de l’État. C’est la fin du Concordat
de 1801. La loi reconnaît la liberté de conscience et de culte,
9mais elle ne subventionne aucun culte.
1906. Le parti socialiste unifié devient la SFIO avec L’Humanité
comme journal dirigé par Jean Jaurès. Au congrès d’Amiens, à
l’issue d’une longue préparation et de vifs débats, la CGT
affirme dans une charte son indépendance à l’égard de tous les
partis politiques et assure que le mouvement syndical doit être
11 révolutionnaire, antimilitariste et doit agir contre la guerre par le
sabotage de la production et la grève générale. La tendance
anarcho-syndicaliste l’a emporté au sein de la CGT. Le congrès
socialiste de Limoges adopte la même position sur
l’indépendance syndicale.
1907. Congrès de Marseille. Importantes décisions sur la
formation des fédérations d’industrie, le défaitisme
révolutionnaire et la propagande antimilitariste et
antipatriotique.
1909. Les grèves, les campagnes d’agitation antimilitariste et
antipatriotique menées par une minorité agissante éloignent
beaucoup de travailleurs de la CGT, créant des divergences au
niveau de la direction, entre les réformistes et les
révolutionnaires qui fondent La Vie Ouvrière, organe de
réflexion et d’éducation. Elle sera animée par des militants
comme Pierre Monatte, Alphonse Merrheim, Georges
10Dumoulin, Alfred Rosmer et l’économiste Francis Delaisi.
L’influence de ce noyau dur est certaine, mais elle reste
minoritaire au congrès confédéral extraordinaire de la CGT de
1912 où elle réaffirme sa volonté pacifiste et internationaliste
ainsi que sa tactique : la grève générale contre la défense
nationale.
1914. la CGT lance dans la Bataille syndicaliste une campagne
d’agitation contre la guerre sans mener toutefois une action
révolutionnaire pour l’empêcher. En juillet, elle adopte une
11attitude inverse et se rallie à l’union nationale.

Le syndicalisme enseignant
De 1880 à 1914, les instituteurs sont regroupés dans des
amicales dont l’évolution est liée à celle que prennent le
mouvement syndical et les organisations socialistes. Pendant la
mise en place de l’école publique, les instituteurs adhèrent
largement au parti républicain. Celui-ci a voté la loi du 21 mars
1884 qui « autorise la formation libre d’associations
professionnelles ou de syndicats » qui obtiennent la personnalité
civile et le droit d’intervenir en justice.
12 1885. Le maire du Havre convoque un congrès international des
instituteurs publics et privés qui se tient en présence du ministre
1de l’Instruction publique.
1887. Dans un contexte social et politique transformé par le
développement des Bourses du Travail, des syndicats, des
grèves et du progrès des groupes socialistes, le courant
syndicaliste des instituteurs s’affirme au Congrès de Paris.
Inquiet, le gouvernement publie la circulaire Spuller qui précise
les conditions des réunions professionnelles : la réglementation
du droit de grève, les réunions sous le contrôle et avec
l’autorisation de l’administration, l’autonomie, mais pas de
syndicat dans la fonction publique, « qui n’est pas une
2 profession, de même qu’un traitement n’est pas un salaire. »
Bloqué, le mouvement corporatif des instituteurs repart à la fin
3 des années 90 lors de l’affaire Dreyfus. Il s’implique dans la
campagne pour la révision du procès, entraînant une vague
d’antimilitarisme, d’anticléricalisme et le passage de la laïcité
4au laïcisme. Cette campagne s’amplifie pendant la crise
boulangiste pour aboutir à la victoire électorale du parti radical
5qui dominera la Chambre.
1901. Le mouvement corporatif des instituteurs s’organise au
congrès de Bordeaux dans une Fédération nationale des
Amicales. Celle-ci s’engage dans la défense de l’école laïque et
élabore dans des revues pédagogiques comme La revue de
6l’enseignement primaire supérieur . À la même période, les
journaux fixent dans les représentations collectives, les portraits
de l’instituteur et de l’institutrice et le visage nouveau de la vie
communale.
De 1899 à 1905, pendant le ministère Waldeck Rousseau, la
défense de la laïcité est menée par les loges maçonniques ou la
Ligue des droits de l’homme et par le parti radical, le parti radical
socialiste et les groupes socialistes qui s’unissent pour former la
SFIO, en 1905. C’est aussi le moment où se réalise l’unité
syndicale ouvrière avec la création de la Confédération générale
du Travail (CGT).
Au Congrès des Amicales d’instituteurs de Paris (1900), de
Marseille (1903) et dans le Manifeste adopté par le Congrès de
la Fédération des Amicales de 1905, se dégage une aspiration à
construire un syndicat indépendant, affilié à la CGT. Certains
13 amicalistes souhaitent l’adhésion à la SFIO et militent pour son
implantation dans les communes du pays.

Peu après, une association d’instituteurs intitulée
« L’Émancipation de la Seine » se développe et se transforme au
Congrès des Amicales de Lille (août 1905) en une Fédération
nationale des syndicats d’instituteurs et d’institutrices (FNSI).
Elle affirme sa volonté d’entrer dans les Bourses du Travail et à
la CGT, son indépendance à l’égard du gouvernement, de
l’administration et de la politique. Elle insiste aussi sur le rôle de
la classe ouvrière et des travailleurs dans l’émancipation
7souhaitée.
Le Congrès de 1906 de la FNSI adopte les statuts définitifs de
la Fédération des Amicales. Celui de Chambéry (1912) règle les
rapports entre amicales et syndicats et se déclare solidaire de tous
les ouvriers unis dans la CGT. Il décide de créer dans chaque
syndicat une œuvre du Sou du Soldat pour apporter une aide
matérielle et morale aux instituteurs accomplissant leur service
8militaire.

Dans les années qui précèdent la guerre, le gouvernement
s’inquiète de l’antimilitarisme et l’antipatriotisme des
instituteurs, qui dans leur grande majorité sont pacifistes et
engage un processus de dissolution de leurs syndicats.
En 1914, le syndicalisme enseignant est encore en voie de
formation. Il se caractérise par : un anticléricalisme militant, la
défense de la laïcité républicaine et un pacifisme qui se reconnaît
9 dans celui de Jean Jaurès. On relève aussi le désir de bâtir un
syndicat démocratique indépendant de l’administration. Le
problème de la grève fera l’objet d’une discussion pour
l’adhésion des syndicats enseignants à la CGT, les instituteurs se
refusant à faire grève en laissant les enfants à la rue.







14 Notes

1. Remond (R). L’anticléricalisme en France, Complexe, 1985
(p.2327).
Chastenet (J). Histoire de la IIIe République. T.II – La République des
Républicains, 1879-1893, Paris, 1954.
2. Barral (P). Les fondateurs de la Troisième République. Colin, 1968,
p.171-75 ; Nordmann (J. Thà). Histoire des radicaux, 1820-1973. La
Table ronde, 1974..
3. Ozouf (M). L’école, l’Église et la République (1871-1914. A. Colin
(Kiosque), 1963 (La législation laïque). Rost (A). Jules Ferry, ministre
de l’Instruction publique ou de l’Administration de la pédagogie. In
Jules Ferry, fondateur de la République. Actes du colloque organisé
par l’École des Hautes Études en sciences sociales, Paris, EHESS,
1985, p.161-169.
4. Barral, op .cité, (3. La laïcité).
5. Ozouf (J). (présentation). Nous, les maîtres d’école.
Autobiographies d’instituteurs de la Belle Époque, Julliard, Archives,
1967.
6. Lefranc (G). Le mouvement syndical sous la Troisième République,
Payot, 1967. (I - Ch.II – Les guesdistes contre le syndicalisme de
pacification sociale.) ; Willard (C). Les guesdistes (Thèse de Lettres),
Paris, 1965.
7. Lefranc (Ibidem). (II- Ch.1 – le syndicalisme révolutionnaire)
8. Aigueperse (H). 100 ans de syndicalisme, Martinsart, 1077 (Ch.IV
– Naissance de la CGT).
9. Mayeur (J.M). La séparation de l’Église et de l’État, Julliard, 1966.
10. Maitron (J). Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975
(T.I-III. Les anarchistes et les syndicats).
11. Kriegel (A)- Becker (J-J). 1914. La guerre et le mouvement ouvrier
français, A. Colin (Kiosque), 1964, p.145-169 : Rosmer (A). Le
mouvement ouvrier français pendant la guerre, t.1 : De l’Union sacrée
à Zimmerwald, P, Librairie du Travail , 1936.
Le syndicalisme enseignant

1. Girault (J). Instituteurs, professeurs, une culture syndicale dans la
e esociété française (fin du XIX -XX siècle, Publ. de la Sorbonne, 1957,
pp ; 99-100.
2. Aigueperse (H)-Chéramy (R). Un syndicat pas comme les autres :
le SNI. Martinsart-Sudel, 1990, p.41.
3. Ozouf (M). L’école, ibid. (V – Formation des symboles)
15 4. Ibidem, (Ch.VII – De l’affaire Dreyfus au ralliement).
5. Aigueperse-Chéramy ;( Le SNI, Ibid, p.27-28).
6. Rebérioux (M). La République radicale, 1898-1914 ? , Le Seuil,
1975.
7. Girault, (Ibid, p.123-125).
8. SNI, (Ibid, p.41).
9. Ozouf, Ibid (Conclusion. Bilan de l’école laïque)



16 CHAPITRE II

L’ÉPREUVE DE LA GUERRE
erQuand la guerre éclate le 1 août 1914, la CGT dirigée par
Jouhaux s’aligne sur les positions de la SFIO qui se rallie à
l’Union sacrée. Son but est d’empêcher que la classe ouvrière
soit coupée de la nation et que les militaires se saisissent du
conflit pour étrangler la République. Face au péril extérieur, les
forces politiques opposées taisent leurs divergences. Jusqu’en
novembre 1917, les socialistes participeront à des
gouvernements.
Les instituteurs, dont les amicales ont soutenu depuis
longtemps la cohésion de la nation, n’opposent pas de résistance
1et rejoignent leurs affectations.
Après la bataille de la Marne, les positions se précisent. Le
Conseil national de la SFIO du 14-15 juillet 1915 adopte la
position des majoritaires acquis à la défense nationale contre
celle des minoritaires opposés à la guerre qui participeront à la
Conférence de Zimmerwald. Elle estime que seule une action
internationale simultanée menée dans tous les pays imposerait
une paix sans indemnité et sans annexion, ni vainqueur ni
2vaincu .
La résignation des instituteurs s’explique par la timidité du
congrès de la FNSI de 1913 et l’acceptation des résolutions de la
CGT. En 1915, Jouhaux qui préside la Confédération justifie
ainsi le ralliement du syndicat à l’Union sacrée :
« Cette guerre est une guerre défensive ; il ne peut être question
d’ajouter à l’exploitation capitaliste l’exploitation étrangère ; il
faut défendre les libertés démocratiques, libérer les
départements occupés et l’Alsace-Lorraine. L’Internationale a
été impuissante, les socialistes allemands ont voté les crédits.
Partout les socialistes participent à l’Union sacrée. La CGT n’a
3 rien à se reprocher. Elle fait son devoir. »
17 Une autre conférence se tiendra en 1916 en Suisse à Khiental
avec trois délégués socialistes et enseignants, d’où sortirent un
Comité socialiste international et un Comité de défense
syndicaliste. 1917 voit la montée du mécontentement. La misère,
les déboires militaires entraînent des grèves, des mutineries, des
ermanifestations contre la guerre le jour du 1 mai. La révolution
russe éclate en octobre. Ceci influence le syndicalisme qui se
reconstruit dans la classe ouvrière comme chez les instituteurs.
4Ils tiennent sur la même ligne, leur Congrès de la FNSI.
Le Congrès de la CGT du 18 juillet 1918 à Paris met fin à
l’autonomie des deux sections (Fédérations et Bourses) et
parachève son organisation intérieure en se dotant avec le Comité
Confédéral National (CCN) d’un organe de direction central. Il
se prononce aussi pour une paix sans annexion, le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes et l’arbitrage obligatoire pour
5les conflits internationaux par la Société des Nations.
La période de la formation du syndicalisme est close, une
autre s’ouvre, celle de son affirmation.


Notes
1. SNI, Ibid., p.43 ; Girault, Ibid, p.148.
2. Les délégués étaient partagés entre ceux qui avec Lénine voulaient
jeter les bases d’une nouvelle internationale et les deux Français
Bourderon et Merrheim, plus réservés. Maitron, Ibid, p.12-15 ; Lefranc
(G). Histoire du mouvement socialiste, Payot, 1967, p.206 ; Dolléans
(E). Histoire du mouvement ouvrier T.II -1871-1920, A. Colin, 1953,
p237.
3. Lefranc Syndicats, Ibid, p.199
4. Rosmer, Ibid, t. II – De Zimmerwald à la révolution russe, La Haye,
Mouton, 1959.Aigueperse, Ibid, p.94-95 ; Lefranc, Socialisme, Ibid,
207-208.
5. Aigueperse, Ibid, p.98-99 ; Lefranc, Syndicats, Ibid, p.210-212

18 CHAPITRE III

LE SYNDICALISME DANS
L’ENTRE-DEUXGUERRES
Il s’est structuré en trois périodes, avec des synthèses et ruptures
liées à celles intervenues dans le mouvement ouvrier depuis la
création de la Troisième Internationale.

La liquidation de la guerre (1919-1922)
La paix signée, la France épuisée dresse un lourd bilan de la
1guerre : une saignée démographique aux effets prolongés qui
2sera compensée par un important recours à l’immigration , à quoi
s’ajoutent les dévastations matérielles, la perte ou la liquidation
d’une grande partie des avoirs français à l’étranger. Plus
importants encore furent les effets produits par la guerre sur la
société française, les mœurs, les convictions et le traumatisme
qui placera le pacifisme au centre de l’idéologie des anciens
3combattants.
En 1919, la droite conservatrice, alliée au centre et bénéficiant
du prestige de la victoire, l’emporte aux élections législatives et
forme le Bloc national. Elle réprime durement les grèves de 1920,
mais ne peut régler les difficultés. Le retour des mobilisés
entraîne le licenciement des femmes employées dans les usines
de guerre et l’exigence des travailleurs réembauchés de
conserver les acquis de 1936. Pour désamorcer une situation
prérévolutionnaire, le président du conseil Georges Clemenceau
accorde, en mars 1919, une série de « lois sociales » : loi sur les
conventions collectives, la journée de 8 heures et la loi Astier sur
4l’enseignement professionnel.


19
La CGT divisée
Congrès confédéral de Lyon (septembre 1919). C’est le
premier congrès d’après-guerre de la CGT qui ne fut jamais
aussi puissante. Les positions prises par la direction de la CGT
pendant la guerre et sur la révolution russe sont au centre des
débats. La majorité réformiste (Jouhaux, Merrheim) qui se situe
dans le cadre de la démocratie parlementaire, réclame sur le plan
économique la mise en place d’un Conseil économique du
Travail, une nationalisation progressive des secteurs essentiels
de l’économie et le contrôle ouvrier. Elle l’emporte sur les
minoritaires (Rosmer, Monatte). Influencés par la révolution
erusse, ils demandent la rupture avec la II internationale
ed’Amsterdam et l’adhésion à la III Internationale.
En 1920, la situation sociale et politique marque le
syndicalisme. Le principal conflit concerne les cheminots,
fortement installés dans la CGT qui déclenche une grève
générale. Mal préparée et mal dirigée pour un but incertain, elle
sera durement réprimée. Trotski critiqua la conception
« économique » dans le sens de corporatif, professionnel, comme
dans la conception « syndicalo-centriste » de « l’organisation de
5la classe ouvrière. » L’échec de la grève entraîne un repli
syndical, l’effondrement des effectifs qui avaient afflué au
syndicat en 1936 (agents des PTT, instituteurs, fonctionnaires) et
de vives divergences dans la CGT entre majoritaires et
minoritaires qui vont s’organiser dans des Comités syndicalistes
6révolutionnaires (CSR).
Congrès confédéral d’Orléans (septembre 1920). Il est
convoqué pour faire le bilan de la grève générale, la motion
majoritaire l’emporte sur celle des minoritaires (Bouet, Mayoux,
Thommasi). Dans le vote sur la résolution générale du congrès,
la minorité s’organise et crée un Comité central des CSR qui
adhère à l’Internationale syndicale de Moscou. Peu après le parti
socialiste se déchire.
Congrès socialiste de Tours (25-30 décembre 1920). Léon
Blum défend la position des socialistes qui refusent la plupart
7des conditions fixées par Zinoviev. Il rejette l’idée d’un parti
20
???