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La Geste Formation

De
241 pages
Tout métier porte des gestes et des valeurs. Ce livre est consacré à l'analyse des pratiques, à la question des gestes professionnels et à celle de leur transmission dans les métiers de l'enseignement et de la formation. Cet ouvrage n'est ni un livre de didactique, ni de psychologie ou de clinique de l'enseignement mais il approche ces différents aspects par une analyse multiréférentielle, sémiologique et anthropologique des pratiques et des gestes d'un métier qui s'apprend.
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à Kéziah

Sommaire
Préface Vous coiffez ? 1ère étude - Petit moment de grammaire analytique 2ème étude - Les gestes professionnels 3ème étude - Transmettre l'expérience Former 4ème étude - Sujet de langage et Sémiologie des pratiques 5ème étude - Place et rôle du récit en analyse des pratiques 6ème étude - Langues et Cultures Nous avons tous une dette Bibliographie Table des matières 11 15 27 45 95 135 139 175 207 226 229 235

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Préface Philippe Meirieu Au plus près du plus vif
Christian Alin est, décidément, un homme de l’ « entre ». Entre des cultures qu’il sait articuler et féconder réciproquement sans les dissoudre. Entre des positions institutionnelles qu’il parvient à concilier quand tant de forces concourent à les séparer. Entre des postures intellectuelles qui s’enracinent dans des histoires différentes et que les polémistes ne cessent d’opposer. Entre des discours issus de plusieurs traditions et que la pensée facile rechigne à considérer ensemble… Pour autant, ce n’est pas un homme du « juste milieu », au sens traditionnellement bien tiède que l’on donne à cette expression. Il n’est un homme du « milieu » que dans la mesure où la crête est au milieu, le passage le plus difficile et escarpé… là, aussi, où, sur fond de ciel et d’universalité, se rejoignent les chemins qui montent. « In médium stat virtus », disait Aristote. Et cette vertu là n’a rien à voir avec les équilibres tacticiens, les calculs à court terme, les intérêts immédiats de toutes sortes. Cette vertu là sait reconnaître les tensions fécondes à l’œuvre dans toute entreprise humaine. Elle sait qu’il n’est possible d’écarter un des pôles de ces tensions qu’au risque d’un dramatique appauvrissement de la réalité. Elle sait pratiquer la dialectique, mais pas comme une partie de ping-pong théorique où l’on se renverrait les arguments dans l’espoir de mettre l’adversaire en défaut. Tout au contraire, la dialectique, la vraie, sait « sortir par le haut » ; elle est inventivité sans cesse renouvelée et, surtout, obstination créative pour que nul ne soit jamais, en vain et pour sa seule satisfaction ou son désespoir, ni perdant ni gagnant. Il y a, pourtant, une dialectique que Christian Alin ne pratique pas. C’est celle de ce couple éculé et infernal de la « théorie » et de la « pratique ». Quoi de pire, en effet, que cette opposition factice et enrôlée systématiquement pour servir toutes les mauvaises causes ? Comment peut-on soutenir qu’il existerait une théorie dégagée de toute pratique ? Quel théoricien peut-il imaginer sa théorie coupée de toute pratique de recherche et de transmission ? Et qui ne voit que les pratiques de recherche et de transmission sont déterminantes sur les résultats de ces recherches, comme elles éclairent sur les valeurs et les finalités, implicites ou explicites, des chercheurs ? De même, personne ne peut croire sérieusement qu’il existerait des pratiques qui ne soient soutenues, ouvertement ou à l’insu même de ceux qui les mettent en œuvre, par des théories qui nous disent toujours quelque chose sur ce que l’on veut faire de soi et dans le monde ? L’humain est condamné à la théorie. Heureuse condamnation, mais qui comporte des exigences : exigence, pour tous les 11

La Geste Formation « praticiens », de mettre à jour les théories qui les animent, et exigence pour les « théoriciens », de ne pas renvoyer les premiers dans les limbes d’une vie sans théorie. « Le mot pratique n’a pas de contraire » dit si justement Bruno Latour. Mais il a un corollaire : débusquer, expliciter, rendre compte, raconter, prêter du sens à ce qu’on fait, s’inscrire dans une interlocution qui permet d’accéder ensemble à « l’humaine condition ». C’est cela que Christian Alin explore et met en œuvre dans le bel ouvrage qu’il nous livre. Il le fait sur la question de la formation des maîtres, question « experte » par excellence. Experte parce que le métier d’enseignant est un vrai métier d’expert : la nécessaire mise en place de routines n’exonère, en effet, jamais de prendre en permanence des décisions en fonction de ce qui advient là, dans la classe ; le pilotage automatique n’est possible qu’accompagné d’une extrême vigilance ; tout ce qui se fait, à chaque instant, comporte des enjeux et rien n’est jamais ni complètement « innocent », ni purement « technique ». Mais, question experte aussi parce que la formation des enseignants, longtemps cantonnée dans des modèles mimétiques ou renvoyée au charisme de militants volontaristes, prend, aujourd’hui, avec la démocratisation de l’accès à l’école, une dimension nouvelle. Il faut beaucoup de sottise ou de mauvaise foi – à moins qu’il ne s’agisse d’un calcul sordide – pour dénier à la formation des maîtres une dimension professionnelle de haut niveau. Il faut un terrible aveuglement pour refuser aux futurs enseignants ce qu’on donne aux infirmiers et aux médecins, aux notaires et aux juges, aux ingénieurs et aux pilotes de ligne : une vraie formation en alternance à un haut niveau d’exigence, permettant d’acquérir progressivement la maîtrise des enjeux des gestes professionnels qu’on sera amené à mettre en œuvre. Or, ce sont, justement, ces gestes professionnels que Christian Alin travaille ici. Avec, au cœur du propos, un projet insensé et, pourtant, éminemment nécessaire : « transmettre l’expérience ». En effet, l’expérience peut apparaître comme, justement, ce qui ne se transmet pas, mais s’acquiert de manière singulière, au gré de l’histoire de la personne. « Chacun, dit-on, doit faire ses expériences ». « Les expériences des uns ne peuvent servir aux autres ». « L’expérience est simplement le nom dont les hommes baptisent leurs erreurs », disait Oscar Wilde… Et, pourtant, il nous est impossible de tout réinventer à chaque génération. Une société, un métier qui ne parviennent pas à sédimenter leurs expériences et à les transmettre pour permettre à ceux et celles qui arrivent de faire un peu d’économie d’histoire est condamnée à un bégaiement infernal, à un éternel retour qui est aussi, inévitablement, un éternel échec. Les hommes ont un impérieux devoir d’antécédence. Et s’y dérober est lâcheté ou trahison. Il faut donc transmettre ce qui ne se transmet pas. Il faut enseigner ce qui ne peut que s’apprendre. Contradiction essentielle. 12

Préface À regarder en face, au risque de fuir dans tous les schématismes possibles et de refuser notre mission de liaison entre les générations. L’enjeu est là. Et Christian Alin nous donne, avec son livre, des moyens précieux pour le relever. Des moyens précieux, mais pas des « recettes » faciles. On ne forme pas, en effet, en manipulant les « y a qu’à ». On ne forme pas en décrétant la formation. On forme en se coltinant un travail, sans cesse à remettre en chantier, de réflexion, d’analyse, de modélisation et d’observation de l’action. Un travail en spirale et non en boucle, qui revient toujours sur lui-même, mais pour avancer vers plus de précision, de justesse, de vérité. Et l’on verra, en lisant ce livre, que ce travail est tout sauf une vague discussion, une caricature de débat ou un échange aimable « au niveau du vécu », comme le laissent penser certaines « méthodes » en vogue dans les entreprises et le « développement personnel » réunis. Ce travail est lui-même en tension entre une nécessaire explicitation : « Une pratique n’est rien si elle n’est pas montrable et racontable à tout instant », répète ici l’auteur dans la lignée de Theureau. D’où l’effort pour parler et penser juste ; d’où la nécessité d’outils précis pour y parvenir ; d’où une posture formatrice d’une extrême exigence… Mais, en même temps, une action échappe toujours à ce qui permet de l’objectiver. Un métier est toujours irréductible à la somme des compétences nécessaires pour l’exercer. Une décision dépasse toujours l’ensemble des attendus qui ont permis de la prendre. Un geste est toujours porté par une intentionnalité qui n’est jamais directement accessible et descriptible. D’où la conviction nécessaire pour tout formateur que le sens est toujours « barré » et qu’il y a bien, comme le disait Husserl, une « opacité incontournable de la conscience d’autrui ». D’où l’impératif de l’échappée belle, qui, dans le moment même de l’interlocution exigeante, permet de laisser une place à l’Autre. D’où la modestie nécessaire de quiconque se targue de formation et doit se méfier comme de la peste de la tentation de la toute-puissance. Au cœur de la contradiction vive. Telle est la place de ce livre. Dans une écriture au plus près du plus vif. Avec la volonté que le vif permette de rester vivant, dans cette « poétique de la relation », chère à Edouard Glissant et sur laquelle s’achève cette belle contribution de Christian Alin. Philippe Meirieu Professeur à l’université LUMIERE-Lyon2

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uis et Marylin, deux cyclones aux jolis noms inoffensifs, viennent de nous accueillir. Arrivés des côtes lointaines de l’Afrique de l’Ouest, ils ont balayé la Guadeloupe de leur souffle rageur, puis ils sont partis au nord vers les Etats-Unis, laissant encore une fois l’île à son renouveau. Hugo, à lui seul, avait été plus méchant. J’étais venu un an après cette catastrophe, en 1991, pour animer une préparation à l’agrégation interne d’EPS2. L’île se relevait à peine de ses plaies. Ici, on suit sa destinée au rythme des morts et des naissances de la nature. Soleil et pluie, rires et larmes, lascivité et révolte, passivité et violence se succèdent comme un cycle naturel. Ne vous heurtez jamais du visage fermé d’un guadeloupéen. Un mot d’humour, de chaleur et il vous offrira un de ses beaux rires remplis de vie et de bonheur qui font le charme des Antilles. On dit que lorsque la Guadeloupe vous reçoit avec du mauvais temps c’est qu’elle va vous aimer. Je verrais bien... Le 3 septembre 1995, j’ai touché le sol des Antilles pour venir prendre possession de mon premier poste universitaire de Maître de Conférences à l’UFR STAPS de l’Université des Antilles et de la Guyane. J’ai 47 ans... Là devant moi, un fauteuil, un fauteuil de dentiste! Un fauteuil rouge, au cuir las de tous les dos qu'il a pu accueillir, un de ces fauteuils de mon enfance quand mon père m'emmenait chez un coiffeur. Je suis rentré dans la boutique d'un coiffeur. J'ai les cheveux longs. Pourquoi celui-ci ? Caroline me l'avait montré. Elle avait remarqué l'insolite de cette case qui ne montre au passant, dans la lumière qui filtre l'ombre, qu’un fauteuil rouge... — Il y a quelqu'un ? — J'entends une espèce de gargouillis, et d'un seul coup, venu de je ne sais où, il est là devant moi, tenant à peine sur ses jambes comme s'il sortait d'un autre monde. Il est vieux, d'un autre âge. Il bave. Il veut me parler et c'est un dentier gluant qui sort de sa bouche. — Vous coiffez ? Vous coupez les cheveux ? — Sur ma droite, il y a une grande glace, au-dessous des étagères et ça et là des ustensiles qui, à leurs formes, doivent effectivement servir à couper des cheveux. Il opine de la tête. On comprend très vite que la fluidité verbale de la conversation ne va pas atteindre le concours d'entrée de l’E.N.A. — Je ne les voudrais pas trop courts, une simple coupe, un rafraîchissement. — Il fait 30°. Dans ce visage las et ridé, les yeux sont précis. Ils montrent le fauteuil rouge. Autour de mon cou, il passe un linge blanc, propre. On peut dire propre. Ses mains tremblent, les doigts de sa main gauche semblent rigides. Il prend de sa main droite une paire de ciseaux. Il doit être droitier. Pourquoi ne suis-je pas parti ? Pourquoi suis-je là dans ce fauteuil d'un autre temps, avec un vieux bonhomme d'un autre temps, prêt à confier mes cheveux à un homme
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Vous coiffez ?1

Ce texte constitue l’introduction d’un article sur notre parcours de vie, la formation et à la recherche : Chemin de vie, Itinéraire de Formation et de Recherche in Perspectives Documentaires en Education n°52, INRP, pp 9-20. 2 EPS, Education Physique et Sportive.

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La Geste Formation qui bave, qui ne parle pas et qui tremble, au moins de la main gauche ? Mon corps est bien, sans aucune résistance. Le peigne pénètre dans ma tignasse, les ciseaux claquent. Très vite le bruit s'atténue et une main fine et précise vagabonde tout autour de ma tête qui n'en revient pas. Le vieux bonhomme est un « pro ». Les ciseaux sont précis, le rasoir aussi. La coupe est finie, le vieux bonhomme me regarde. — C'est parfait. La technique ! La technique, Elle est là, elle est toujours là, elle ne vous quitte pas — Le corps, le buste, la tête, d'un seul coup, d'un seul, se sont redressés. — J'ai coiffé aux Champs-Élysées, à Paris — La phrase est sortie, distincte, claire, malgré le dentier qui continue à chevaucher entre ses dents. Ses yeux pétillent... J’ai écrit cet événement de vie, le 15 septembre 1995, peu de temps après mon arrivée. À le relire, il a une double symbolique : celle d’une culture technique, d’une pratique professionnelle qui perdure au-delà des âges, des instants et des lieux et qui intéresse mes recherches actuelles et puis, surtout, celle de l’avènement à ma mémoire de toute cette enfance antillaise masquée de la Garonne que j’avais mise de côté depuis si longtemps. Je suis né d’un père d’origine martiniquaise, de couleur noire, et d’une mère d’origine normande, de couleur blanche. La différence, l’hétérogène font partie de ma vie. Ils ont dès l’enfance, constitué les difficultés et les ressorts positifs de ma présence au monde. Ils ont médié ma vie et ils me servent à la médier. Tant et si bien que je ne me sens aucun mérite à me vêtir si facilement de ces habits de médiateur si importants dans le domaine de la recherche-action ou de la rechercheintervention. Hélène 1er septembre 1975, après trois années passées à la Direction Départementale de Jeunesse et des Sports à Caen et une année de service militaire, je vais enfin prendre en main ma première classe de lycée, à Bayeux, célèbre pour sa tapisserie et le discours du Général De Gaulle qui a suivi le débarquement des alliés du 6 juin 1945. En 1971, après le CAPEPS3 j’avais été nommé à Caen, ma ville, mais pas dans un lycée ou un collège. Mon désir d’exercer mon métier de professeur d’EPS dans une structure scolaire est enfin exaucé. La classe de quatrième est là, au grand complet à la porte du gymnase. Elle attend le nouveau « prof de gym ». On ne disait pas encore « prof de sport ». Le titre de « prof d’EPS » a toujours eu du mal à s’imposer face à ces deux expressions, probablement pour cette discipline scolaire la prégnance de la pratique sur les principes, de la pratique sur les mots. Hélène, petite, blonde, pétillante, pleine de vie, est en tête ou plutôt à la tête du groupe d’élèves. Tout au long du chemin qui mène au stade Henri Jeanne elle me prend en main. Elle m’interroge sur les activités programmées, m’indique celles qu’elle
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CAPEPS, Certificat d’Aptitude au Professorat d’Education Physique et Sportive.

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Vous coiffez préfère, me décrit la vie au lycée, à Bayeux. Qui a pris la classe en main ? Qui a pris l’autre en main ce jour-là ? Ce moment-là fut une rencontre. La prise en main de ma première classe est passée par l’alchimie d’une rencontre et d’un dialogue dont je ne sais pas qui en a tissé les fils. Le professeur d’expérience que je suis devenu découvrira que la prise en main d’une classe, son contrôle et le contrôle de soi face aux évènements de la classe, passe souvent par une rencontre privilégiée, positive ou conflictuelle, avec un (e), deux, trois élèves seulement d’une classe. Cédric 30 Juillet 2008 - Un courriel ! Cédric ton étudiant le plus mauvais en orthographe. Trouver ton adresse n’a pas été trop difficile, moi je continue mon petit rêve. Je suis prof dans un LEP4 et une SEGPA5pas trop loin de chez moi, j’étais TZR6 jusque-là, c’était génial. J’ai beaucoup bougé et vu des publics très différents avec des journées un peu particulières (matin cours avec des 6 émet SEGPA, après une classe de lycées, l’après midi un cours de basket au SUAPS7 et le soir entraînement du pôle espoir de basket. Bref, tout ça pour te dire que je pense régulièrement a toi, que moi j’ai passé un BE de basket que j’entraîne le pôle espoir basket tout les soirs. Je me suis trouvé un terrain et je viens de finir de construire une belle petite maison (EDF m’installe l’électricité demain) au-dessus d’une baie ou j’ai pêché toute mon enfance et que je connais mieux que personne au monde. Je surfe un peu toujours quand j’ai le temps, et j’interviens à la fac de Schœlcher deux fois par semaine pour le SUAPS et l’option basket. Je donne aussi quelque cours d’anatomie pour la préparation du tronc commun pour le BE foot. Je garde quelques nouvelles de l’UFR STAPS8 de Guadeloupe par l’intermédiaire de C. H. et d’O. H., avec je l’avoue parfois une petite nostalgie de ne pas avoir fait un troisième cycle, mais bon je suis content d’être rentré tout de suite. Je me sens vraiment chez moi et puis j’ai aidé à monter un club de baby basket, à relancer le club de Trinité etc.… et j’espère que toi tu vas bien, je voulais te faire partager ma joie d’accomplir le deuxième rêve de ma vie après celui de devenir « professeur de sport » construire une maison d’où je peux voir le matin en me levant « la plage des surfeurs ». Bonne continuation. Continues à faire confiance à tes étudiants, ça les aide à grandir. Merci pour tout. PS. - une chambre d’amis toute neuve et une petite salle de bain t’attendent si tu veux oublier quelque temps tes
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LEP, Lycée d’enseignement professionnel. SEGPA, Section d'Enseignement Général et Préprofessionnel Adapté. 6 TZR, Titulaire en Zone de Remplacement. 7 SUAPS, Service Universitaire d’Activités Physiques et Sportives. 8 UFRSTAPS, Unité de recherche et de Formation des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives.

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La Geste Formation réunions, le JO9 et autre BO10 qui n’annoncent rien de positif quant à l’avenir de l’EPS au sein de l Ecole. Pour les besoins du livre, Cédric, j’ai corrigé les quelques fautes d’orthographe. Mais qu’elles me sont agréables ces fautes ! Merci pour ce cadeau du temps qui passe. En ces jours d’été où je m'attelle à cet ouvrage tes mots me renvoient en toute simplicité ce geste si important de la transmission, autrement dit, du partage du savoir, du passage de l’expérience, et dans lequel chacun touche et vit la liberté de son chemin. Entre Hélène, ma première élève et Cédric, plus de trente année de vie professionnelle et la marque inopinée, mais oh combien signifiante de deux gestes professionnels : celui de la prise en main d’une classe et celui de la transmission d’une expérience. Continue à faire confiance à tes étudiants, ça les aide à grandir. Rencontres, traversées du temps, partage d’expériences, le travail de l’enseignant, la préoccupation du formateur, la vie de l’éducateur sont ainsi faits, de savoirs académiques, de pouvoir d’agir, de transmission de valeurs, mais aussi de la découverte, par chacun, maître et élève, de la curiosité si chère à M. Foucault : « Quant au motif qui m’a poussé, il était fort simple. Aux yeux de certains, j’espère qu’il pourrait par lui-même suffire. C’est la curiosité, – la seule espèce de curiosité, en tout cas, qui vaille la peine d’être pratiquée avec un peu d’obstination : non pas celle qui cherche à s’assimiler ce qu’il convient de connaître, mais celle qui permet de se déprendre de soi-même. Que vaudrait l’acharnement du savoir s’il ne devait assurer que l’acquisition des connaissances, et non pas d’une certaine façon et autant que faire se peut, l’égarement de celui qui connaît ? ».11 Probablement, au final, est-ce cette curiosité et la recherche non seulement du vrai mais aussi de la vérité qui anime l’écriture et la rédaction de ce collage d’études et auxquelles j’invite, le (la) lecteur (trice). En tous les cas, je voudrais tant qu’il en soit ainsi. Les études qui suivent représentent des éléments du travail professionnel et du programme scientifique conduits à partir de 1995, date de ma prise de fonction comme maître de conférences à l’université des Antilles et de la Guyane. Je les poursuis aujourd’hui comme professeur des universités à l’IUFM de l’académie de Lyon, à l’université de Lyon112. Chacune d’entre elles est écrite, pour être lue et appréhendée de façon indépendante, autonome. Elles ont toutes été publiées, pour tout ou partie dans des revues scientifiques, des colloques, des conférences, des ouvrages mais réécrites pour ce livre. Elles
JO, Journal Officiel. BO, Bulletin Officiel. 11 Michel Foucault, L’usage des plaisirs, Gallimard, Paris, 1984. 12 Je dirige un groupe appelé LIRMEF : Laboratoire d’Innovation et de Recherche sur les Métiers de l’Enseignement et de la Formation au sein du département SPORT du CRIS : Centre de Recherche Interdisciplinaire sur le Sport EA 647.
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Vous coiffez s’appuient sur ma discipline professionnelle de prédilection, l’Education Physique et Sportive. En revanche leur problématique interroge les métiers d’enseignant, de formateur, de conseiller pédagogique quelle que soit leur discipline d’enseignement d’origine. Je fais le pari d’une aide à la lecture et à la compréhension d’une pratique professionnelle et d’une approche scientifique grâce à des études diverses et des angles d’analyse différents. Les études sont classées du numéro 1 au numéro 6, mais le (la) lecteur (trice) peut très bien commencer sa lecture par l’une ou l’autre. Pour autant, pourquoi aije choisi cet ordre ? Étude n°1— Petit moment de grammaire analytique Ce sont les pratiques qui font la langue et ses emplois, non l’inverse. L’EPS13 a expérimenté à son détriment la vérité de cette assertion. Qui dans le monde de l’enseignement et de la formation mais aussi dans le grand public ne se souvient pas de cette expression devenue célèbre de référentiel bondissant pour désigner le ballon en sports collectifs dans des articles à vocation, professionnelle, didactique, voire scientifique ! L’expression a été reprise à juste titre14 pour dénoncer le jargon des sciences de l’éducation, de la didactique ou des pédagogues soit disant novateurs. Elle a même donné création à une pièce de théâtre. Le référentiel bondissant n’a pas modifié les pratiques. Il s’est très vite estompé du vocabulaire professionnel, didactique et scientifique. Les mots n’ont pas de sens, ils n’ont que des emplois, « Meaning is using » (Wittgenstein, 1989). Sous les usages, on trouve le concept. L’analytique du langage est une pratique et une technique qui consiste à traquer les usages de la langue et à circonscrire leur validité en faisant apparaître la logique de leur cohérence ou de leur incohérence. Il s’agit de montrer tous les emplois non consistants avec la pratique proposée, autrement dit qui n’ont pas de sens ou de rapport pertinent, concret et vrai avec elle. Il s’agit de lister les formes opératoires qui caractérisent les cas d’emplois. L’analytique du langage cherche à établir comment les contraintes signifiantes du langage structurent l’intelligence sociale des pratiques. Ce sont les pratiques et la culture, dans laquelle elles se manifestent, qui forgent la langue et les langages, pour preuve s’il en est, l’immense succès de Liyannaj kont pwofitasyon (LKP). Cette expression et ces trois lettres, nées dans le conflit social, sociétal et identitaire de la Guadeloupe ont structuré l’intelligence sociale de compréhension du quotidien des Guadeloupéens, des Antillais et de

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Une pensée, un travail d’interdisciplinaire ne peut vraiment se réaliser sans un fort ancrage dans une discipline d’appui pour justement stimuler et affiner les singularités, les différences et ainsi mieux apprécier les ressemblances. 14 Même si parfois l’expression servait, à l’évidence, une rhétorique politique de mauvaise foi et de déni vis-à-vis de sciences humaines

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La Geste Formation la société créole. En ce début d’année 2009, associées à la pratique d’une grève générale singulière qui leur a donné naissance elles ont finalement imposé le mot profitation dans le vocabulaire même de la France métropolitaine. Ce qui est un renversement symbolique historique dans la circulation des mots entre le français et le créole. C’est donc à une méthode d’analyse analytique sur quelques gestes professionnels classiques appartenant à la pratique et à la culture de l’enseignement et de la formation comme, intervenir, conseiller, transmettre, que je convie le (la) lecteur (trice). La deuxième et la troisième étude auront, elles aussi, recours à l’analytique du langage pour appréhender des concepts liés à leur propos. La première place dans cet ouvrage d’un moment de grammaire analytique s’est imposée sans aucune résistance. Probablement, pour l’amour des mots et de la langue, assurément pour l’importance que j’accorde à la précision des langages mais aussi, peut-être, par défi. Dans les sciences humaines, ce type d’analyse logique a souvent été négligé, laissé aux philosophes et mis de côté soit par ignorance, soit par procès de pensée spéculative et de non objectivité scientifique.15 Étude n°2 — Les gestes professionnels Gestes professionnels, constatons que l’expression est attribuée facilement à bien des métiers, à bien des professions manuelles ou intellectuelles. En revanche, on l’accorde beaucoup moins aux métiers de l’enseignement, de la formation, de l’éducation. Posséder du savoir académique, obtenir un diplôme et ensuite avoir le don de la pédagogie ou à défaut du bon sens pour faire ces métiers, serait suffisant ! Chacun, pour peu qu’il soit persuadé qu’il possède un petit don de communication, de pédagogie ou d’expérience avec les enfants, se convint facilement qu’il pourrait exercer ces métiers de l’humain. Trois enfants, et on peut être candidat au concours d’entrée à l’IUFM16 Face aux difficultés du métier et à la baisse de sa reconnaissance sociale, on assiste à un effort important de la part des chercheurs, mais aussi des enseignants et des formateurs eux-mêmes, à convaincre et prouver à la société que le métier d’enseignant ne se réduit pas à l’image prototypique d’un travail de fonctionnaire aux vacances démesurées. Ils revendiquent que ce travail soit reconnu de façon pleine et entière comme un travail de professionnel. Enseigner est un métier qui s’apprend. Former est un autre métier qui s’apprend aussi. Dans cette lutte difficile, dans ce combat contre les allants de soi et les opinions rapides, tous bords politiques confondus, je pense que la lisibilité, la transparence, l’identification des gestes principaux de travail des
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L’attention aux questions posées par langue, la linguistique, la sémiotique commencent tout juste a pénétré de façon importante et significative les travaux en didactique, en ergonomie, en sciences de l’éducation, en éducation. 16 IUFM, Institut Universitaire de Formation des Maîtres.

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Vous coiffez enseignants, des formateurs, constituent scientifiques et politiques majeurs17. des enjeux professionnels,

Étude n°3 — Transmettre l’expérience A- Ce que les stagiaires attendent de nous, c’est un peu des recettes. Dans une situation, je fais quelque chose et ça va marcher, mais ça ne fonctionne pas S- Voilà, ce que tu appelles recette, c’est un mot bien trouvé. Il y a une base mais après, c’est à elle de s’approprier sa propre recette; ça c’est difficile, je trouve. Quel est ce mystère de la transmission de l’expérience. Quelle est l’attente profonde des stagiaires et comment y répondre ? Pourquoi ce sentiment souvent vécu par les conseiller(ère)s pédagogiques d’une impossibilité à transmettre leur expérience. Dans les pratiques de conseil pédagogique, comment se jouent les concepts de conseil, de transmission, de savoir-faire, de transmission d’expérience, de compétence pour le conseiller pédagogique ? Quels actes pragmatiques les significations dues aux usages concrets de ces termes entraînent-elles ? Ce chapitre présente toute une série de dispositifs, de préoccupations théoriques, de catégories d’analyse sur la question de la transmission de l’expérience professionnelle ? Il aborde la présentation et la définition des gestes et des obstacles didactiques professionnels du conseil. Il travaille plus précisément la relation conseiller pédagogique/stagiaire. Les analyses présentées montrent combien la question de la transmission de l’expérience assigne à sa résidence la connaissance de Soi et la rencontre de l’Autre en essayant d’être au plus prés du « dire-vrai » et du « franc-parler » de la parêssia grecque portée par Socrate et remise à notre mémoire par Michel Foucault. Former J’ai écrit ce texte en 1992 publié dans les Cahiers pédagogiques n°278 et dans un premier ouvrage aux éditions L’Harmattan en 1996 : Etre formateur – Quand dire, c’est écouter et placé juste après la préface. À le relire, il m’est toujours aussi présent. Dans toutes ces écritures, pratiques, théoriques, poétiques qui vont soit intéresser, soit détourner le lecteur, la lectrice, il est là, cette fois-ci, au milieu du livre, comme respiration philosophique, comme passion d’une poétique de la relation18 et du lien si difficile à transmettre entre les savoirs scientifiques et les savoirs expérientiels19. Je le trouve bien à sa place et je ne désire pas en changer une ligne.
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Pour preuve, la lutte contre les projets de réforme de la formation et du recrutement des enseignants en France en cette année 2009 et qui a fait de ces expressions des slogans. 18 Glissant, E., Poétique de la relation, Paris : Gallimard 19 Cf. l’ouvrage récent de des enseignants – Entre savoirs issus de la recherche et savoirs issus de l’expérience, Bruxelles : De Boeck.

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La Geste Formation Étude n°4 — Sujet de langage & Sémiologie des pratiques S’il y a une préoccupation qui, dès le début de mes travaux et en particulier de ma thèse20, a agité mes réflexions, c’est bien celle du sujet et de la part de subjectivité dans les actes professionnels. Dans cette quête du sujet et de l’identitaire, le langage, la sémiotique et l’anthropologie tracent aujourd’hui la direction de mes pas. Comme aux premiers jours de mon itinéraire de publication21, je voudrais que la force de l’Écoute et la nécessité de l’Autre animent mon regard, mes pensées et mes actes. Bien qu’illustrée par deux analyses concrètes de cas, cette troisième étude est essentiellement théorique. J’y cours le risque d’un jargon accompagné de la double dérive de l’éloignement du terrain et de la non-reconnaissance scientifique. Mon ambition est de présenter tous les enjeux éthiques, théoriques et méthodologiques d’un programme de recherche consacré plus particulièrement à la sémiologie des pratiques sportives mais aussi à ce que j’ai nommé une approche ethno-archéologique des pratiques d’éducation et de formation. Il s’agit d’aller à la quête du sens et des significations que donnent, à leurs actes professionnels, les enseignants et les formateurs dans leur quotidien. « L’homme est signe » écrit Peirce. En complément des théories de l’action (Suchman, 1989, Theureau, 2005, Durand, 1998) utilisées en analyse des pratiques et telles qu’elles sont développées dans le cadre épistémologique de ce que Theureau appelle une “ anthropologie de la cognition située ” ou sur un autre plan celui de la clinique de l’activité (Yves Clot, 2005), je plaide pour une “ théorie du sujet de langage en analyse des pratiques ”. Moins que les actions en tant que telles, c’est l’activité du sujet, son statut, la rencontre de l’Autre, le processus d’attribution du sens, autrement dit la sémiose, qui me préoccupent. Que ce soit sur le registre de la formation ou sur celui de la recherche la prise en compte et la reconnaissance de l’individu comme sujet signifiant et possédant des savoirs, des pouvoirs, des résistances est trop souvent, mise de côté, évacuée ou volontairement niée. Déposséder le sujet de sa réalité existentielle ou langagière est assumé, voire revendiqué comme une nécessité méthodologique de recherche, le plus souvent22, de formation parfois23. C’est assurément contre une telle posture que je travaille. Discipline professionnelle et de prédilection oblige, la construction de l’identité professionnelle d’enseignant d’EPS me sert de point d’appui.

"Je, Je(ux) et En-je(ux) d'énonciation" (les stratégies de discours d'enseignants-formateurs dans des situations de communication professionnelle), Doctorat en Sciences de l’éducation, Université de Caen, 1990. 21 Alin (C.), (1996), Etre formateur - Quand dire, c’est écouter, Paris : L’Harmattan. 22 Sacro-sainte objectivité positiviste oblige ! 23 Dans l’enseignement, les approches cognitivistes sont souvent présentes au nom d’un autosocio-constructivisme parfois bien étroit.

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Vous coiffez Étude n°5 — Place et rôle du récit en analyse des pratiques Les praticiens sont souvent démunis devant le problème de la transmission et/ou du partage de leur expérience professionnelle. Ils se contentent la plupart du temps du « Fais comme moi », ou bien du « Je fais comme ça », ou encore du « Regarde ». L’analyse réflexive de l’expérience et sa transformation en savoirs communicables apparaissent aujourd’hui, pour les praticiens et pour les chercheurs comme des questions majeures et des enjeux de professionnalisation. Cette cinquième étude est d’abord, pour sa plus grande partie, le plaisir d’une écriture à deux avec Mireille Snoeckx24. Elle est de mon point de vue symbolique d’un travail d’échanges, d’aller-retour, d’explication et de compréhension avec le constant souci de vérité qui au bout du chemin fait que l’Autre n’est jamais oublié. Elle est aussi le résultat d’une commande de Philippe Meirieu pour accompagner un ouvrage consacré aux débuts de jeunes enseignants de toutes disciplines, sortant tout frais émoulus de l’IUFM. Le corpus du livre est organisé autour d’échanges épistolaires entre ces derniers et leurs formateurs. Le récit et l’écriture y sont explicitement et volontairement convoqués. L’ouvrage dirigé par Jean-Luc Ubaldi, actuellement directeur adjoint de l’IUFM de Lyon1 a été publié sous le titre : Débuter dans l’enseignement, ESF, Paris, 2006. Seule une partie de cette étude trop longue pour l’ouvrage a été publiée, celle plus particulièrement consacrée au texte et à l’écriture. Quelle est la place du récit et de la transmission de l’expérience, dans la formation professionnelle des jeunes enseignants ? Quels sont les dispositifs d’analyse des pratiques que l’on peut mettre en œuvre ? Quels sont les rôles et les effets de l’écriture dans la construction de l’identité professionnelle de jeunes enseignants? À quels jeux de vérité, de savoir et de pouvoir, le mélange de fiction et de réalité que provoque la construction même du récit va-t-il donner naissance ? À quelle éthique, ces jeux, produits au sein d’une communauté professionnelle, conduisent-ils ? Telles sont les questions que ce texte écrit à deux mains tente d’aborder. Étude n°6 — Langues & Cultures Comment ne pas faire part de l’influence sur mon travail, mes réflexions et mon appréhension du monde, de ma présence pendant neuf années aux Antilles alors que d’origine antillaise, je suis né, j’ai vécu, j’ai travaillé en métropole jusqu’à l’âge de 47ans ! La dimension anthropologique et culturelle de mes recherches a véritablement commencé dans ces îles de beauté et de charme mais aussi de souffrance et de pleurs et situées à la croisée
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Mireille Snoeckx, membre du groupe de recherche pour l’explicitation - GREX – Présidente de l’association Antenne Suisse Explicitation – Membre associée au Laboratoire LIFE (Genève) – Chargée d’enseignement à la retraite, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Genève, Suisse.

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La Geste Formation géopolitique du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Comment ne pas commencer par évoquer Haïti, terre de couleur et de douleur, terre de créole, terre de liberté, terre d’espérance pousse le paradoxe d’être la première république noire libre tout en étant l’un des pays les plus pauvres du monde ! L’éducation y est la seule voie d’espérance. L’impuissance éducative y est toujours aux aguets mais pour autant la croyance en l’éducabilité et au créole est la plus forte. Face aux enjeux culturels, économiques et politiques de la mondialisation et de la globalisation, la dimension culturelle de l’homme est venue interpeller mes pratiques, d’enseignant, de formateur, de chercheur. « Raphaël, le créole est un patois de nègres sauvages et de coulis malpropres, oui, te serine t-elle, tu ne vois pas que les gens qui se respectent ne s’abaissent pas à l’utiliser ? Un si joli garçon à la peau claire tel que toi, tu ne dois pas salir ta bouche à employer des mots grossiers…!25 Quand autant d’enjeux identitaires sont en cause comment, promouvoir la culture, la langue et la musique créole ? Comment en faire les vecteurs unitaires d’une identité métissée quand la langue française impose ses nécessités de connaissances et de savoirs ? Comment former, éduquer, enseigner l’autonomie de la pensée critique, à des individus convaincus, de la faiblesse, l’inutilité et l’impuissance de leur créole, face au rouleau compresseur de la langue et de la culture française ? Comment former leurs enseignants dans un tel contexte, anthropologique et culturel ? 26 Nous avons tous une dette Nous avons tous une dette envers notre passé, elle n’est pas pour autant un obstacle à l’agir. Elle peut en être le moteur. Elle peut en être la mort. Elle peut en être la joie. Elle peut en être la douleur. Quoi qu’il en soit elle fait partie de mon histoire, de mon récit et de la mise-en-intrigue27 de ma vie. Cette dette est toujours mystérieuse, empêtrée dans ma chair et mes mots. Au nom de la raison certains, s’attachent à la dé-couvrir pour séparer absolument le vrai du faux, d’autres, au nom de la fiction à la cacher ou à la masquer pour permettre au rêve d’advenir. Mon expérience est traversée par cette dette et je voudrais la transmettre sans mettre de côté ni la raison, ni la fiction. C’est dans la rencontre, les rencontres que l’écriture puise sa force et sa vérité. Toutes comptent, celle, dans ces matins d’été, du sentier de randonnée qui craquent sous mes pas, celle de l’eau vive et froide du torrent qui rafraîchit mon corps mais aussi celle du feu que je n’avais pas invité et qui a brûlé ma
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Confiant R., écrivain et universitaire, extraits de Ravines du devant-jour, in Dossier, l’école dans les DOM-TOM, Revue, Les Cahiers pédagogiques, n°355, Paris, juin 1997. p.15. 26 Plus que jamais en ce début d’année 2009, au moment où les Antilles, en particulier mes deux iles de la Guadeloupe et de la Martinique sont soumises au vent d’une nouvelle tempête identitaire, ce texte écrit en 2001 me semble d’actualité. 27 Ricœur P., (1983), Temps et récit, Paris : Seuil.

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