La planification de l'éducation en Afrique.

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Cet ouvrage montre que la recherche sur les problèmes et les méthodes de la planification de l'éducation a besoin d'être organisée. Pour que les capacités intellectuelles et les ressources dont on dispose dans ce domaine soient utilisées au mieux, il ne faut pas les disperser sans but dans toutes les directions à la fois, il faut les concentrer sur certains problèmes éducatifs avec assez de force pour aboutir à des connaissances et à des pratiques nouvelles de grande portée.
Publié le : mardi 15 septembre 2015
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EAN13 : 9782336390482
Nombre de pages : 354
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EtudesLa planifi cation de l’éducation
africafricafricafricaiaiaiainesnesnesnesen Afrique Série Education
Mode d’emploi
Cet ouvrage montre que la recherche sur les problèmes et les
méthodes de la planifi cation de l’éducation a besoin d’être
organisée. Pour que les capacités intellectuelles et les ressources Chrysostome C K
dont on dispose dans ce domaine soient utilisées au mieux,
il ne faut pas les disperser sans but dans toutes les directions à
la fois, il faut les concentrer sur certains problèmes éducatifs avec La planifi cation assez de force pour aboutir à des connaissances et à des pratiques
nouvelles de grandes portées.
Une grande partie de cet effort devra tendre à résoudre les de l’éducation en Afriqueproblèmes pratiques particuliers et à répondre aux besoins des
planifi cateurs et des économistes de l’éducation, et cela dans
le temps le plus court possible. De par la nature du sujet traité,
cette recherche devra donc s’appuyer sur un grand nombre de Mode d’emploi
domaines spécialisés théoriques et pratiques. J’espère que cet
ouvrage pourra transmettre, non seulement la sagesse accumulée
par notre profession, mais aussi son enthousiasme et son sens
des responsabilités.
Chrysostome CIJIKA KAYOMBO est Docteur en Sciences
de l’éducation, spécialiste en économie de l’éducation.
Il est professeur des Universités, enseignant les cours
ci-après : Finances et fi nancement de l’éducation,
Socio-économie de l’éducation, politique de l’éducation
et Alphabétisation et développement. Il est Secrétaire
général académique de l’Institut Supérieur d’Études
Sociales (ISES) de Lubumbashi. Il est également auteur de plusieurs
ouvrages et articles publiés dans les annales de la Faculté de
psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de
Lubumbashi, en République Démocratique du Congo.
ISBN : 978-2-343-07087-2
36 €
La planifi cation de l’éducation en Afrique
Chrysostome C K
Mode d’emploi








La planification
de l’éducation en Afrique

Mode d’emploi

Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection
« Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera
toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se
déclinera désormais également par séries thématiques : droit,
économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
NGALIEU (Désiré), La secondarisation de l’agriculture en Afrique
subsaharienne : une clé pour l’émergence, 2015
KIYINDOU (Alain), ANATE (Kouméalo), CAPO-CHICHI
(Alain) (Dir.), Quand l’Afrique réinvente la téléphonie mobile, 2015
FAME NDONGO (Jacques), Essai sur la sémiotique d’une civilisation
en mutation. Le génie africain est de retour, 2015.
TCHAKOTEU MESSABIEM (Liliane), Droit OHADA - Droit
français. La protection des créanciers dans les procédures collectives
d’apurement du passif, 2015.
AMBOULOU (Hygin Didace), Le Droit des entreprises en difficulté
dans l’espace OHADA, 2015. U (Hygin Didace), Le Droit de l’arbitrage et des
institutions de médiation dans l’espace OHADA, 2015.
BASSÈNE (René Capain), Casamance. Récit d’un conflit oublié
(19822014), 2015.
DOSSI (Faloukou), L’universalisation de la démocratie, Vers la théorie
habermassienne de la démocratie, 2015.
NDOMBET (Wilson-André, dir.), Processus électoraux et immobilisme
politique au Gabon (1990-2009), 2015.
ANGOULA (Jean-Claude), L’Église et l’État au Sénégal, Acteurs de
développement ?, 2015.
MOUCKAGA (Hugues), OWAYE (Jean-François) WANYAKA
(Virginie), Démocratie et/ou démocrature en Afrique Noire ?, 2015.
TOPPÉ (Gilbert), Éducation aux archives. Théorie, pratique et
valorization, 2015.


Ces dix derniers titres de la collection sont classés Chrrysostomme Cijikka Kayommbo







La planification
de l’éducation en Afrique

Mode d’emploi


















Du même auteur
Quelles stratégies pour une éducation idéale en Afrique?,
L’Harmattan, 2014.




















© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07087-2
EAN : 9782343070872
PREFACE

L’intérêt croissant que les économistes de l’éducation
portent à la planification de l’éducation, et la part croissante qu’ils y
prennent, constituent l’une des tendances les plus encourageantes que
se soient récemment manifestées dans le domaine de l’éducation, et
ont appelé l’attention de l’auteur sur les problèmes du développement
de l’éducation. Il voit dans une approche interdisciplinaire la
meilleure façon d’aborder les problèmes qui se posent dans ce
domaine si vaste et si complexe sont de plus en plus nombreux. C’est
depuis quelques années seulement que les éducateurs s’attachent à
faire coopérer les administrateurs de l’éducation avec les
économistes et avec d’autres spécialistes.
Certes, le principal souci de ces éducateurs était
initialement d’obtenir pour l’éducation une augmentation de crédits
d’origine tant intérieure qu’extérieure. Il n’en reste pas moins que le
rapprochement ainsi opéré a certainement frayé des voies nouvelles et
il est généralement admis désormais que l’éducation est un préalable
nécessaire du développement général. Autre résultat de cette
innovation : les éducateurs, tant dans les pays riches que dans les pays
dits pauvres, ont pris conscience de la nécessité de procéder à une
réévaluation des objectifs et des méthodes de l’éducation, tant général
que particuliers. Mais ils mesurent encore mal combien il est
important pour eux de mieux connaitre les théories économiques et
leurs applications aux problèmes éducatifs. Les économistes, pour leur
part, ne tiennent pas encore suffisamment compte de la longue
histoire de l’éducation et des recherches pédagogiques ; il leur est
même parfois arrivé de perdre complètement de vue le rôle culturel et
social de l’éducation, chose que montre l’auteur avec précision.
Cependant, ces deux groupes de spécialistes sont
actuellement en quête de solutions nouvelles ; ils s’occupent de
définir leurs problèmes communs et se font une juste idée des
difficultés à vaincre et des limites du possible. Les autres chapitres du
présent ouvrage fournissent, d’autres exemples de cette évolution. Me
mettant à la place de l’auteur, cet ouvrage s’adresse non seulement
aux spécialistes chargés de conseiller les gouvernements en matière de
planification de l’éducation, mais surtout aux économistes qui
s’intéressent à cet aspect de la planification et qui sont disposés à
contribuer à l’élaboration d’une méthode judicieuse pour l’étude des
problèmes d’éducation et de formation.
7 Je suis d’avis avec l’auteur que je connais
particulièrement bien, alors comme étudiant, et avec qui je partage
certains points de vue, la seule différence entre lui et moi, est pour lui,
l’éducation est un bien et un investissement qu’il nomme « aventure
inconnue ». Etant donné que la planification de l’éducation sert à la
fois du cadre de référence et de point de départ à l’approche
interdisciplinaire. Elle constitue également la réaction logique à la
tendance universelle vers une planification intégrale du
développement, ainsi donc, la planification de l’éducation est un
instrument, non un but ni une fin en soi. C’est une aptitude qui répond
au désir d’un changement ordonné et c’est aussi la méthode
stratégique qui permet d’opérer ce changement.
Paraphrasant le Secrétaire Général U. Thant, en
présentant ses propositions au sujet de la décennie des Nations –
Unies pour le développement, avait déclaré : « Le développement n’est
pas simplement synonyme de croissance économique ; c’est une
croissance économique accompagnée de transformations ». Nulle
part, dit l’auteur, cette idée s’est illustrée de façon plus frappante, en
quête de solutions nouvelles à apporter aux vieux problèmes de la
misère, de la faim, de la pauvreté et de l’ignorance, surtout en Afrique.
La planification de l’éducation en Afrique est une force
de cohésion qui assure la coordination et l’orientation des nombreux
éléments différents dont l’ensemble constitue un système éducatif et
qui permet de poursuivre, surtout en Afrique. Cette planification dit
l’auteur, suppose une évaluation réaliste des ressources humaines et de
ses structures institutionnelles ainsi que d’autres facteurs dont dépend
en partie le succès des plans d’éducation. Cela veut dire que l’auteur
prouve que la planification de l’éducation ne fourni pas, telle une
formule magique, de solutions toutes faites. C’est plutôt un instrument
qui permet de canaliser toutes les connaissances relatives à
l’élaboration et aux disciplines connexes vers l’élaboration et la mise
en œuvre des plans à court et à long terme de développement de
l’éducation.
Attendu que Mode d’emploi de planification de
l’éducation est avant tout un instrument du développement, il a sa
place dans les cadres socio – politiques les plus divers et peut
s’adapter aux buts particuliers de chaque pays. Pour pouvoir planifier
l’éducation, à déterminer jusqu'à quel point le pays est capable de faire
face à cette situation, et à prescrire les mesures à prendre. Parce que la
planification de l’éducation exige une approche globale, elle fait
8 apparaitre des déficiences et des besoins que l’on avait jusqu’alors
négligés ou ignorés, surtout dans les pays africains dit – il. En plaçant
ces déficiences et ces besoins dans la perspective qui convient, elle
permet une répartition équilibrée des énergies et des ressources
disponibles pour une action à court et à long terme.
En outre, c’est aux planificateurs de l’éducation
qu’incombe la tâche difficile de faire en sorte que cette éducation
s’insère harmonieusement dans le processus d’évolution qu’elle soit
suffisamment moderne pour qu’elle forme les élites sociales et
techniques et la main – d’œuvre qualifiée dont le pays a besoin, tout
en garantissant la continuité et l’épanouissement de la personnalité
culturelle de la société en cause.
Tout le monde n’est pas d’accord sur la question de
savoir laquelle des deux tâches doit avoir le pas sur l’autre, mais, sur
la nécessité de les combiner harmonieusement et de les mener
conjointement, il ne saurait y avoir contestation. Je partage donc les
idées finies évoquées dans cet ouvrage plus techniques, rationnelles et
convaincantes. Notamment, les services de planification de
l’éducation peuvent être efficaces que s’ils sont assurés de la
coopération d’une bonne administration scolaire, ce qui suppose des
échanges mutuels d’informations à tous les niveaux du système
éducatif, bref, une bonne formation.
En lisant cet ouvrage, j’ai appris franchement, je
l’avoue, pas parce que l’auteur est un jeune universitaire plein
d’avenir dans un domaine si dur et si passionnant, mais je me suis
aussi rendu compte de mes propres limites là où il perce avec facilité.
Pour aller plus loin, disait-il un jour, il faut se former davantage. Et
c’est donc avec beaucoup de plaisir et d’enthousiasme que je vois des
personnes comme lui, aller plus loin dans la formation de la jeunesse,
la réflexion et la pratique de la planification de l’éducation.
Je souhaite que cet ouvrage soit lu, mais encore plus
que, que sa lecture aboutisse à des connaissances pointues, et nous
puissions mieux comprendre et mieux assumer notre profession, nous
universitaires.

Fréderic GROSSJEAN

Strasbourg, le 10 juillet 2015


9 AVANT – PROPOS

L’ouvrage traite de La planification de l’éducation en
Afrique, sujet très important. Sachant que tous les pays du monde,
qu’ils soient riches ou pauvres ont chacun besoin de bien connaitre ces
questions pour pouvoir, comme il se devra, intégrer leurs plans
d’éducation à l’ensemble de leur développement économique et
social.
L’inventaire de l’emploi et des besoins à court terme,
s’il est établit correctement, répond à trois objectifs : il permet d’abord
de déterminer les besoins immédiats à court terme ; il fournit une base
de comparaison avec les autres pays et l’évaluation des besoins futurs,
enfin, il fournit un cadre pour des inventaires périodiques ultérieurs
des besoins de main d’œuvre. Cet ouvrage montre que l’inventaire de
la main d’œuvre exige le rassemblement d’une masse considérable de
données statistiques et faisant ainsi appel au jugement et à
l’expérience (notamment lorsqu’il s’agit d’établir une corrélation entre
profession et niveau d’éducation). Il signale en outre, que les
problèmes conceptuels et méthodologiques de la planification de
l’éducation restent pourtant relativement simples.
Souvent, l’appréciation d’un système éducatif existant
est une tâche assez nettement définie. Parce qu’on a besoin de
connaitre les effectifs scolaires par groupes d’âge pour les diverses
classes à tous les niveaux de l’enseignement, le nombre d’enseignants
par niveau et par filière, le nombre d’élèves par enseignant, le taux de
déperdition (redoublement et abandon) d’effectif et la proportion
d’élèves qui poussent leurs études jusqu’au bout, à chaque niveau de
l’enseignement. On devra évaluer les programmes, pour voir quels
changements ou quelles améliorations il conviendrait d’y apporter
dans l’immédiat, les dépenses d’équipement et les dépenses courantes
devraient faire l’objet d’estimations distinctes pour chaque niveau de
l’enseignement et, à chacun de ces niveaux, pour les différents types
d’enseignements.
Cet ouvrage fournit aux spécialistes en éducation des
modes quantitatifs et qualitatifs consacrés à chaque niveau et à chaque
type d’éducation. Toutefois, des enquêtes peuvent porter, par exemple
sur les écoles primaires, les écoles secondaires et supérieures. Nous
avons examiné ici comment on procède à ces études. Il importe par
surcroit de noter, que beaucoup d’enquêtes sur la planification de
l’éducation faites dans le passé ont entièrement laisse de coté la
11 formation en cours d’emplois qui, pourtant, elle aussi est très
importante. Nous avons par contre estimé que, les évaluations de
l’éducation devraient faire partie d’une analyse plus large en tenant
compte des problèmes relatifs aux ressources humaines, faute de quoi
les objectifs à long terme ultérieurement assignés au développement
risquent de manquer de réalisme.
Il nous semble beaucoup plus important, dans une étude
des problèmes du développement des ressources humaines, de ne rien
laisser de coté que de pousser les choses à fond. Car si le cadre
assigné à l’évaluation de la situation présente est trop étroit, la
planification en vue du développement ultérieur perdrait tout sérieux,
faute de contact avec la réalité.
Cet ouvrage est donc recommandé non seulement aux
chercheurs, aux spécialistes et aux étudiants en planification de
l’éducation encore, aux nombreux experts qui travaillent sur
l’éducation et surtout à ceux des pays africains que nous sommes,
pour résoudre les multiples problèmes que pose le développement
économique et social. Je crois qu'il leur rendra d’énorme service.


12 INTRODUCTION

Il semble nécessaire, si nous voulons réfléchir en
universitaire sur cette problématique que nous dépassions le moment
de l’événement, du quotidien, de l’accidentel, pour nous attacher aux
lignes de force de l’évolution et de l’application de la planification de
l’éducation. Dans la phase d’accélération de l’éducation dont nous
sommes témoins depuis quelques années à nous désorienter de ses
finalités.
Mais ce recul est absolument nécessaire si nous voulons
éviter de tomber dans la recherche du déterminisme simpliste, des
responsabilités individuelles ainsi que des faits quotidiens. La seule
méthode de connaissance qui soit féconde est celle qui s’appuie sur
une analyse historique de la planification de l’éducation, des
institutions de base et des rapports économiques et sociaux de
l’éducation. Ce recul ne devra cependant pas servir à fonder un
pessimisme que les faits et la situation actuelle interdiraient.
L’introduction de la dimension historique de la planification de
l’éducation qui a donné d’ailleurs à la crise de l’éducation une
ampleur plus grande, une allure sans doute encore plus catastrophique
d’analyse, surtout en Afrique. Ce recul n’est pas destiné à nous
détacher de la réalité encore plus que nous ne le sommes déjà, nous
autres universitaires africains.
Au contraire, la perspective historique devra guider
notre réflexion dans la recherche des forces, des structures
économiques qui devront animer l’éducation dont nous voudrions
qu’elle soit en gestation, et à laquelle vous espérez, je ne m’en doute
pas, participer un jour à part entière. Notre réflexion devra non
seulement s’appuyer sur un temps élargi à la dimension de l’histoire
de la planification de l’éducation, elle doit également embrasser
l’ensemble des peuples saisis par une problématique identique à la
notre. Si notre réflexion doit donc être historique, elle doit aussi, et
j’ajouterai bien avant, être personnelle.
Il ne suffit pas d’affirmer l’importance de l’éducation et
de rappeler sa fonction générale dans le développement et dans la
croissance économique. Il importe aussi de préciser de quelle
éducation il s’agit, d’expliciter ses fonctions et ses modes
d’organisation, son contenu, ses structures, ses limites et ses objectifs.
Il arrive que le développement de l’éducation produise des résultats
contraires au développement national, faute d’une bonne politique en
13 matière de planification, que ce soit à cause de sa qualité déficiente ou
de l’inadaptation de sa structure, ou encore parce que les valeurs et les
objectifs qu’il propose contestent ceux de la société. Cette éducation si
elle n’est pas planifiée elle peut en effet former des médiocres
techniciens et mauvais fonctionnaires, qui détruiront forcément les
moyens de production et les rouages administratifs qui leur sont
confiés.
Mais si l’ajustement quantitatif et qualitatif de
l’éducation aux besoins d’une société, exprimés en services qualifiés,
préoccupe fondamentalement les responsables d’une politique de
l’éducation, il est une adaptation qui importe davantage, l’éducation
devrait rencontrer ces besoins fondamentaux, qui ne s’expriment pas
seulement en termes de cadres, de techniciens ou d’efficacité
économique, mais qui concernent aussi le service même de la société
comme entité culturelle ou politique particulière, sa transformation
profonde, son développement et finalement son insertion dans
l’ensemble des sociétés industrielles et post – industrielles.
Dans les sociétés africaines, soumises jadis par la
contrainte extérieure à un rythme de changement brutal et mises de
nos jours au défi de se transformer rapidement elles mêmes en
orientant l’organisation des forces de changement, vers les objectifs
sociétaux, tout en intériorisant leur propre système de valeurs, les
relations entre l’éducation et la société, tendent, plus radicalement
qu’en Occident, à se constituer selon un mode dialectique des
transformations et des contestations réciproques. Par le caractère
universel de son contenu, par l’objectivité de ses règles de la
connaissance, par sa fonction de préparation professionnelle et
technologique, l’éducation remplit une fonction critique et
rationnalisante, qui affecte immanquablement les structures et les
valeurs en vigueur dans les sociétés africaines. Son action contribue
inévitablement à déduire les structures sociales et les valeurs
anciennes pour en susciter des nouvelles mais qui sont de fois mal
maitrisées.
Planifier l’éducation en l’adaptant aux besoins et aux
exigences immédiates et futures de la société est donc une entreprise
délicate, si, au préalable, on n’admet pas que les relations entre
éducation et société sont dialectiques et conflictuelles, surtout dans
une société longtemps sujette à des processus de changement et ou les
intellectuels sont mis en demeure de repenser des institutions à la
formation desquels ils n’ont pas été associés. Il s’agit de confirmer ici,
14 que l’éducation planifiée peut, dans certaines conditions, représenter
une force productive orientée vers le progrès, un facteur positif de
transformation, et pas seulement une superstructure ou l’enclave
idéologique d’une certaine classe. L’éducation, comme n’importe
quelle autre force productrice, entrera en conflit ouvert avec le
système social, surtout lorsque les contradictions entre ses finalités et
sa capacité de transformer la société, et la rigidité des structures
sociales, deviendront insurmontables faute d’une planification
conséquente. Car la vigueur d’un arbre se mesure à la solidité et à la
profondeur de ses racines, disait ma mère.
Dans cet ouvrage, nous montrons que le
développement de l’attitude scientifique, que ce soit dans les sciences
dures ou dans les sciences humaines, constitue la condition essentielle
d’une rationalisation générale du savoir, des attitudes et des
comportements. L’apprentissage de la rationalité, l’adhésion aux
valeurs d’une civilisation technique, l’intériorisation des schémas
essentiels de l’organisation moderne, si on veut qu’ils concernent
l’ensemble de la société et pas seulement quelques individus isolés. La
pensée n’a de sens que dans son mouvement, elle est effective, réelle,
là où elle s’invente, et le calcul raisonnable et rationnel des fins et des
moyens, l’appréciation exacte des possibilités et des délais, l’attitude
réfléchie du planificateur ou de l’économiste de l’éducation à l’égard
des conditions matérielles possibles, le rejet des considérations
effectives ou particularités dans la connaissance à la pratique des
affaires politiques, dépendront de cette rationalité (planification)
diffusée à partir d’un groupe d’intellectuels assumant la fonction de
modèle culturel pour la société globale. L’enseignement de la
planification de l’éducation, la recherche scientifique, la rigueur et
l’objectivité de l’éducation constitueront ses objectifs essentiels,
c'està-dire le futur, l’avenir de la société, c’est le domaine à la fois, les
normes, de la doctrine et de toute la politique et aussi celui de la
prospective, donc, de la prévision basée sur un calcul et des
projections fondées sur le possible, le faisable.
Si la fonction de la planification de l’éducation a pris
une envergure nouvelle. Outre les forces institutionnelles de
l’éducation, elle porte à présent sur toutes les autres prestations
éducatives importantes dispensées à l’école. L’intérêt consacré à
l’expansion et au développement des systèmes éducatifs est complété,
voire parfois remplacé, par le souci croissant d’améliorer la qualité du
processus éducatif dans son ensemble et de contrôler les résultats
15 obtenus. Enfin, planificateurs et économistes de l’éducation sont de
plus en plus conscients de l’importance des stratégies, de mise en
œuvre et du rôle joué à cet égard par les divers mécanismes de
régulation, notamment ; le choix des méthodes de financement,
d’examen et de délivrance des diplômes, ou d’autres structures de
régulation et d’incitation. La démarche des planificateurs de
l’éducation répond à une double préoccupation : mieux comprendre
la valeur et le rôle de l’éducation pour l’observation empirique des
dimensions particulières qui sont les siennes, et contribuer ainsi à
définir des stratégies propres à amener le changement attendu par elle.
Cet ouvrage s’inspire autant que possible des travaux
menés antérieurement. Cependant, il importe de souligner que les
sources et certaines analyses sont de qualités très variables et
aboutissent à des conclusions très différentes. Nous nous proposons
d’engager une réflexion sur la planification de l’éducation en Afrique
dans l’optique des nouvelles lignes, qui reposent sur une analyse
sélective des ouvrages qui existent sur la planification de l’éducation
déjà menée à l’initiative d’organisations internationales, telles que
1 2 3l’IIPE , OCDE , l’ADEA , la Banque mondiale, l’Union Européenne,
la Banque Africaine de Développement et par des experts de
renommée mondiale.
Cet ouvrage s’adresse aux décideurs, aux spécialistes
ainsi qu’aux étudiants en sciences de l’éducation qui, parce qu’ils sont
très occupés, n’ont ni le temps, ni l’occasion de lire d’ouvrages sur
toutes les questions évoquées. Nous espérons que celui-ci les aidera à
découvrir de nouvelles idées et à retrouver les anciennes théories
parmi les sources citées.






1 Institut International de Planification de l’Education, c’est un organe technique de
l’UNESCO
2 Organisation de Cooperation de Developpement Economique
3 Association de Développement de l’Education en Afrique.
16 Chapitre Premier
APERÇU HISTORIQUE

I. LES ANNEES ECOULEES

Au cours des vingt dernières années, on a assisté dans le
monde entier à un développement extraordinaire de l'éducation. Dans
de nombreux pays, - riches ou pauvres - le nombre des inscriptions a
doublé; les sommes consacrées à l'éducation ont rapidement
augmenté, tandis que l'assistance multilatérale et, de façon plus
massive, l'aide bilatérale apportaient un soutien substantiel aux projets
d'ordre éducatif ; le nombre des salles de classe, laboratoires, livres et
autres moyens d'enseignement s'est considérablement accru ; le degré
d'instruction et la productivité potentielle de la population active se
sont améliorés ; les responsables de la politique économique ont admis
que l'éducation n'est pas seulement un service social souhaitable, mais
qu'elle est un élément essentiel de l'ensemble du développement
national.
Pendant cette même période, la planification globale de
l'éducation a pris forme et on admet maintenant généralement qu'elle
est indispensable au développement ordonné et efficace de l'éducation.
Dans ses activités, l'Unesco a donné la priorité absolue à la
planification de l'éducation, en recourant notamment pour la mise en
œuvre de son programme à l'organisation de conférences
ministérielles et des réunions techniques, à l'envoi d'experts en matière
de planification de l'éducation à plus de 80 pays, et à la création de
centres régionaux et internationaux de formation et de recherche. Des
organisations régionales et des institutions nationales ont largement
contribué à la mise au point des nouveaux concepts et des nouvelles
méthodes.
Tel est le côté favorable de cette décennie au cours de
laquelle l'éducation a pris un essor remarquable. Cet essor s'est produit
en même temps que s'effectuait dans le monde entier des
transformations révolutionnaires de diverses sortes : progrès
extraordinaires de la science et de la technique, rapide expansion
démographique toujours encours, et révolution constituée par la
montée d’espoirs qui ont enflammé l'imagination de grandes masses
de population aux quatre coins du monde. Des droits de l'homme
restés longtemps lettre morte sont maintenant proclamés ouvertement
être clamés avec vigueur, notamment le droit à l'éducation. La
17 mobilité sociale s'est accélérée et l'emporte sur des obstacles
séculaires. Mais aux triomphes se sont mêlées des déceptions, et ce
bilan brillant de la décennie de l'éducation présente certains points
noirs (DEBAUVERIS, 1960, p30).
Malgré une expansion spectaculaire de l'éducation, des
centaines de milliers d'enfants du monde entier, - scolarisés ou non -
ne reçoivent pas encore l'éducation dont ils auraient besoin et
pourraient tirer profit. Et Il reste impossible à des millions d'adultes -
ouvriers, agriculteurs, mères de famille ou cadres - d'augmenter leur
productivité ou leur bien-être faute de pouvoir acquérir une formation
spécialisée, mettre à jour ou améliorer leurs connaissances ou
appendre à lire et à écrire.
Outre ces insuffisances, l'inadaptation des systèmes
éducatifs un milieu en voie d'évolution rapide pose des problèmes
aussi graves. C'est ainsi que, souvent, à un fort taux d'inscriptions
correspond un nombre élevé et statistiquement significatif d'enfants
qui ne réussiront jamais à recevoir le minimum d'instruction. La
tendance générale a été, en réalité, de continuer à faire sur une plus
grande échelle, ce que l'on faisait auparavant, ce qui équivalait dans
bien des cas à le faire moins bien, alors que l'époque exige qu'une
large expansion quantitative de l'éducation s'accompagne de
changements aussi importants de sa structure, de son contenu et de
ses méthodes. Ce défaut d'adaptation explique en partie une situation
paradoxale : bien que la croissance économique de nombreux pays
continue d'être freinée par des pénuries de main-d'œuvre spécialisée,
les diplômés formés en nombre croissant aux différents niveaux de
l'enseignement ont de plus en plus de difficultés à trouver un emploi.
Ces distorsions en matière de main-d'œuvre indiquent que les
systèmes éducatifs ne se sont pas adaptés aux besoins de la société
(p.40).
Il n'est pas surprenant que les efforts récemment
déployés pour planifier l'éducation aient été eux aussi caractérisés par
de graves insuffisances. Il y a toujours eu, et il en va de même encore,
un large écart entre les paroles et les actes - entre une politique
proclamée par des ministres assistant à une conférence et les mesures
prises dans leurs pays, entre les méthodes mises au point par des
théoriciens et leur application au processus effectif de planification.
Les nombreux services de planification de l'éducation récemment
créés par les gouvernements sont souvent restés squelettiques ; ils sont
mal reliés aux diverses régions du pays et se trouvent isolés des
18 principaux centres de décision en matière d'éducation, ainsi que de la
planification économique et sociale existante. En même temps, faute
d'une planification d'ensemble intégrée, les priorités fondamentales de
l'éducation ne cessent d'osciller, passant de l'enseignement primaire au
début, à l'enseignement professionnel, à la formation des enseignants,
à l'enseignement général du second degré, à l'enseignement supérieur,
enfin à l'alphabétisation des adultes et à l'éducation permanente. Il en
est résulté inévitablement des déséquilibres ruineux, tant à l'intérieur
du système éducatif qu'entre ce système et le milieu où il s'intègre
(EURYDICE, 2002, p.14).
Lorsque les conditions étaient plus favorables et que le
processus de planification de l'éducation a commencé à fonctionner, la
situation s'est améliorée, mais c'est l'expansion quantitative qui
retenait toute l'attention. La planification de l'éducation n'a pas encore
été en mesure de résoudre l'important problème qualitatif. Elle a donc
risqué d'accélérer l'extension d'un système éducatif mal adapté, qu'il
sera d'autant plus difficile de modifier ultérieurement.
Ce déséquilibre a été nettement perçu par les
participants à une réunion d'éducateurs d'Amérique latine il y a
plusieurs années. Reconnaissant les insuffisances de la planification
antérieure de l'éducation, fragmentaire, à vue courte et sans
intégration, ils avaient élaboré une nouvelle formule, selon laquelle la
planification de l'éducation devrait :(1) s'appliquer à. l'ensemble du
système éducatif, à tous ses niveaux et dans toutes ses parties, en
tenant compte autant de ses aspects qualitatifs que de ses aspects
quantitatifs; (2) se placer dans une perspective plus lointaine,
dépassant une année pour couvrir au moins plusieurs années et,
lorsque c'est possible, une période de durée comparable au cycle
scolaire; (3) être entièrement intégrée à la planification du
développement économique et social(SCHIEFELBEIN, 1992, p.60).
Dix ans plus tard, il parait difficile d'améliorer les
grandes lignes de cette formule, sauf pour ajouter que la planification
de l'éducation devrait faire une place accrue aux innovations en
matière de structure, de contenu et de méthodes. Mais de la
conception à la réalisation et des plans à leur exécution, il y a fort loin.
Couvrir cette distance reste la tache essentielle des dix prochaines
années.
Si l'on cherche à déterminer objectivement les raisons pour
lesquelles l'éducation n'a pas été adaptée avec plus de succès, au cours
des dernières années, aux besoins actuels et futurs, et pourquoi la
19 planification de l'éducation n'a pas fait des progrès encore plus
considérables, on trouve que cela tient, dans une très large mesure, à
une combinaison des contraintes externes et internes. Ces contraintes
diffèrent d'un pays à l'autre. Voici la liste des facteurs négatifs le plus
souvent rencontrés : (1) inertie fondamentale et conservatisme social
des systèmes éducatifs, qui fait que l'écart s'accroit de façon
alarmante entre la cadence de rénovation des systèmes éducatifs et
l'évolution de la société; (2) attitude réservée devant l'idée que
l'éducation est un investissement d'importance capitale Pour le
développement national, et la notion même de planification de
l'éducation; (3)manque de continuité dans la direction de l'éducation,
se traduisant par des flottements des politiques et des objectifs
fondamentaux de l'éducation, et par l'abandon des plans déjà
approuvés; (4) résistance socio-psychologique à la planification, de la
part de nombreux administrateurs; (5) absence d'intégration de la
planification de l'éducation avec les activités de planification
connexes, lorsqu'il en existe, ou en termes de communication et
d'engagement - avec les processus décisionnels et l'application chez le
personnel de l'éducation lui-même ; (6) absence d'efforts parallèles de
planification pour l'ensemble de l'économie pour la main-d'œuvre et
pour le développement social, efforts qui sont indispensables pour
fournir un cadre à la planification de l'éducation; et, dans d'autres
cas,(7) faiblesse de l'administration de l'éducation, mal adaptée aux
immenses taches de développement qu'elle doit maintenant assumer et
dont les fonctionnaires, comprenant mal la planification, craignent
qu'elle n'empiète sur leurs responsabilités et sur leurs prérogatives;
(8) insuffisance des ressources économiques, qu'aggrave souvent un
taux de croissance économique d'une faiblesse décevante; (9) montant
incertain des ressources disponibles en raison de la difficulté
d'obtenir des engagements de fonds publics s'étendant sur plusieurs
années; (10) absence de documentation sûre et à jour permettant
d'apprécier les tendances récentes et l'état actuel de l'éducation;(11)
systèmes de formation des enseignants n'offrant pas à tous les
enseignants le moyen de renouveler constamment leurs connaissances
professionnelles et d'améliorer leur situation ; (12) pénurie de
personnel qualifié et emploi des méthodes convenant mal pour la
planification de l'éducation ( LEWIS, 1961, p.80).
Tous ces facteurs, qu'ils s'inscrivent à l'actif ou au
passif du bilan des dix dernières années, contiennent d'utiles
enseignements pour l'avenir. Ils nous permettent notamment de nous
20 faire une idée plus claire de ce que la planification de l'éducation
pouvait et deviendrait. Ils nous aident aussi à entrevoir bon nombre
des principaux problèmes auxquels les spécialistes du développement
de l'éducation auront à faire face au cours des dix prochaines années.

II. APERCU ACTUEL DE LA PLANIFICATION
DE L'EDUCATION

Pour que les débats soient fructueux, il faut qu'ils
reposent sur une conception suffisamment claire de ce qu'est la
planification de l'éducation et de ce qu'elle peut devenir. Mieux vaut
peut-être commencer par dire ce que la planification de l'éducation
n'est pas. Ce n'est pas une panacée miracle pour les systèmes éducatifs
qui souffrent de maux divers. Ce n'est pas une formule standardisée
applicable à toutes les situations, sans tenir compte de leurs
importantes différences. Ce n'est pas une conspiration visant à
supprimer les libertés et prérogatives des enseignants, des
administrateurs et des élèves ni un moyen de permettre à un petit
groupe de technocrates d'usurper le pouvoir qu'a une société de choisir
et de décider en ce qui concerne les objectifs, les orientations et les
priorités de l'éducation.
La planification de l'éducation est avant tout
l'application à l'éducation elle-même de ce que les véritables
éducateurs s'efforcent d'inculquer aux élèves- à savoir une façon
rationnelle et scientifique d'examiner des possibilités et de choisir
judicieusement entre elles, puis de passer systématiquement à
l'exécution des choix ainsi faits. Dans cette perspective, la
planification de l'éducation est beaucoup plus que l'élaboration d'un
projet c'est un processus continu, qui entraîne la série suivante d'actes
interdépendants : La définition plus précise des objectifs de
l’éducation, L’analyse de la situation actuelle et des tendances
récentes, le bilan critique des choix possibles, comment traduire les
plans en actes, l’évaluation et ajustement ainsi la stratégie de la
planification de l’éducation (OCDE, 2001, pp. 37-40).

A. Définition plus précise des objectifs de l'éducation

Un système éducatif dont les objectifs sont imprécis est
comme un navire en mer sans destination: il ne peut tracer sa route et
finit souvent par tourner simplement en rond. Les objectifs d'un pays
21 en matière d'éducation doivent être fixés par la société dans son
ensemble, et les dirigeants qu'elle s'est choisis à cette fin doivent
incarner l'idée qu'elle se fait de son propre avenir. Mais les
responsables de la planification de l'éducation peuvent jouer un rôle
utile en insistant sur le fait que des objectifs sont nécessaires et que
ces objectifs doivent être suffisamment précis pour servir de base à la
détermination des mesures appropriées. Ils peuvent insister utilement
aussi pour que les divers objectifs forment un tout suffisamment
cohérent et soient rangés selon un ordre de priorité, puisqu'il est
impossible de chercher à les atteindre tous rapidement et en même
temps. Ils doivent s'assurer que la définition des objectifs et la fixation
de leur ordre de priorité soient considérées comme des tâches
permanentes, et qu’il y ait à cette fin des révisions périodiques
(GAUTHIER, DEMBELE, 2004, p, 17).

B. Analyse de la situation actuelle et des tendances récentes

Pour déterminer l'itinéraire rationnel qui permettra
d'atteindre les objectifs choisis, il faut d'abord savoir d'où part le
système éducatif et quelles forces susceptibles d'influer sur son avenir
peuvent être discernées dans un passé récent. Pour faire cette analyse,
les planificateurs de l'éducation doivent utiliser les faits les plus surs et
les meilleurs instruments d'analyse dont ils disposent. Des données
même très imparfaites peuvent permettre un départ utile; mais il est
évident que s'il y a dans la documentation relative au système éducatif
existant des graves lacunes et même des erreurs importantes, il sera
difficile de tracer avec certitude la route à suivre dans l'avenir.

C. Bilan critique des choix possibles

Le développement d'un système éducatif est limité dans
l'avenir par un certain nombre de contraintes, dont nous avons déjà
noté certaines. Il n'y aurait guère d'intérêt à construire un "modèle
idéal" ou à fixer des objectifs "ambitieux" qu'il sera manifestement
impossible d'atteindre. Le but de la planification est de permettre de
progresser le plus possible, compte tenu de la marge de manœuvre dé
finie par les contraintes, et, lorsqu'on le peut, de surmonter certaines
de celles-ci. Il faut souligner que ces contraintes ne sont pas seulement
d'ordre physique et économique ; elles sont également politiques,
sociologiques, administratives et psychologiques. Le planificateur qui
néglige de tenir compte des principales contraintes va au devant
22 d'échecs et des déceptions (GAUTHIER, BISSONNETTE,
RICHARD et DJIBO, 2003, p. 60).
Cela dit, il importe ensuite de déterminer les principales
possibilités d'acquisition qui s'offrent dans les limites des contraintes
probables, afin que leurs avantages, inconvénients et conséquences
respectifs puissent être évalués en toute connaissance de cause par les
personnes à qui le choix incombe. En général, ces possibilités sont
multiples ; la tache du planificateur consiste à identifier les
principales. Là encore il importe de souligner que la planification ne
consiste pas simplement à projeter en ligne droite le passé dans
l'avenir; son but est de modifier l'avenir A partir du passé, afin de faire
mieux qu'auparavant. La question essentielle n'est donc pas : à quel
rythme pouvons-nous progresser dans la voie actuelle? Mais plutôt :
quelles sont les diverses possibilités qui s'offrent à nous, et quelle est
celle qui nous permettra d'aller le plus vite et le plus loin, compte tenu
de nos moyens inévitablement limités?

D. Comment traduire les plans en actes

Un plan est une base d'action, mais il n'engendre pas
par lui-même l'action. Un "plan national d'éducation" n'est qu'une
ébauche approximative tant qu'il est subdivisé en programmes
particuliers judicieusement conçus, adaptés aux diverses activités et
régions géographiques, et tant que ces programmes n'ont pas été
euxmêmes traduits en projets précis bien organisés et conformes au plan
général. Alors seulement le plan d'ensemble peut être mis à exécution,
s'il était au départ réaliste, si l'administration est à même d'accomplir
sa tache et s'il ne surgit pas de difficultés imprévues. L'élaboration
d'un plan d'ensemble, puis sa mise en application sont des taches plus
complexes en régime fédéral qu'en régime centralisé, et plus
complexes également dans un système d'éducation mi-public mi-privé
que dans un système uniquement public. Mais en tout cas, il doit y
avoir communication et interaction constantes entre les différents
niveaux. Théoriquement peut-être, un plan d'ensemble devrait être
élaboré à partir de la base, dans le "cadre" général que circonscrivent
les limites des ressources, les objectifs et les priorités. Même s'il n'est
pas tout à fait possible de procéder ainsi, les responsables du plan
d'ensemble doivent néanmoins tenir très soigneusement compte des
conditions et possibilités locales, et surtout des différences locales,
faute de quoi leur plan serait irréalisable (GOLDSTEIN, 1958, p.132).
23 E. Evaluation et ajustement

Aucun planificateur ne peut prévoir l'avenir avec
précision; mais il peut du moins prédire avec certitude que celui-ci
réservera de nombreuses surprises, bonnes et mauvaises. On lui
pardonnera de nombreuses erreurs de jugement faites de bonne foi sur
les tendances et les possibilités futures, mais non de ne pas corriger
une erreur devenue évidente. Un plan d'éducation doit donc être
soumis à un "ajustement continu" à mesure que l'avenir révélera ce qui
est encore caché aujourd'hui. Mais pour que le plan puisse être ainsi
ajusté, et ajusté à temps, il faut que l'on dispose de larges moyens d'en
vérifier à tout moment l'exécution, les progrès et les échecs
(FLETCHERS, 1963, p. 17).
Les diverses étapes de la planification de l'éducation
que nous venons d'esquisser correspondent à une progression logique,
mais en pratique il est probable qu'elles seront toutes abordées
simultanément. Un premier plan peut être en cours d'exécution et
d'ajustement permanent, alors que l'on s'occupe d'en élaborer un
nouveau. De toute évidence, il n'est pas facile d'élaborer une méthode
efficace de planification. Il faut des années pour développer et mettre
au point une méthode de ce genre ; heureusement, les efforts déployés
peuvent commencer à produire de bons résultats longtemps avant
qu'on y soit parvenu (p.67).

F. La stratégie de la planification de l'éducation

Pour atteindre ses objectifs à long terme, toute
planification de l'éducation- quel que soit son -propre stade de
développement - doit s'appuyer sur une stratégie précise, qui inspire
tout le développement de l'éducation et l'adapte aux conditions
particulières du pays intéressé.
Il n'existe pas de stratégie uniforme, toute faite et
pouvant convenir à tous les pays ; chaque pays -doit élaborer la
sienne, qui dépendra dans une large mesure de son niveau de
développement et de la rapidité de ses progrès. Par exemple, un pays
ou une région d'un pays qui ne fait qu'entamer le processus du ent et qui ne dispose que des ressources limitées pourra
juger nécessaire d'adopter une stratégie qui temporairement, mettrait
l'accent sur une éducation des adultes orientée vers le travail plutôt
que vers la culture générale; sur l'enseignement secondaire plutôt que
24 sur l'enseignement primaire (en vue, par exemple, de réaliser un
meilleur équilibre entre les deux) ; et sur l'enseignement de la science
dans les établissements du second degré, et la formation des
ingénieurs dans les universités, pour favoriser le développement
scientifique et technique. Dans un pays plus développé, il sera
peutêtre mieux indiqué d'adopter un ordre de priorité exactement inverse.
Mais une stratégie bien conçue représente un ensemble plus complet
de directives, car elle suppose de nouveaux modes d'approche pour
atteindre les objectifs à long terme (PLATT, 1960, p.200).
Si différentes que soient leurs stratégies de l'éducation à
d'autres égards, il est un objectif que tous les pays doivent mettre au
premier plan au cours des prochaines années: tous, en effet, doivent
s'efforcer d'améliorer l'efficacité et la productivité de leur système
éducatif. Toutes ces questions sont d'ailleurs étroitement liées.
Le rendement d'un système éducatif considéré de
l'intérieur est directement lié à son efficacité interne - c'est-à-dire à la
relation entre les ressources utilisées et les résultats obtenus. Un
système éducatif par exemple, peut améliorer son efficacité en
adoptant des méthodes nouvelles qui lui permettront d'accroître sa
productivité ainsi que la qualité des résultats obtenus sans
augmentation proportionnelle des ressources.
Le rendement d'un système éducatif considéré de
l'extérieur par la société ou les anciens élèves, est directement lié à sa
productivité externe, c'est-à-dire au rapport entre les ressources
investies dans l'éducation et les avantages qu'en retirent plus tard les
élèves et l'ensemble de la société en fonction de ses objectifs à long
terme. Quand un système d'éducation enseigne de nombreuses choses
qui seront plus tard inutiles ou de médiocre valeur, pour ses élèves, ou
pour le développement et l'enrichissement de la société dans son
ensemble, quand il ne s'adapte pas aux changements sociaux et
technologiques, sa productivité est faible. Pour améliorer celle-ci, il
faut alors modifier le contenu de l’enseignement (CORREA, 1962, pp.
776-785).
Toutefois, la difficulté que l'on éprouve à mesurer la
productivité externe d'un système éducatif est souvent accrue dans une
large mesure par certaines contradictions entre les objectifs
économiques annoncés et les aspirations sociales.
Les planificateurs de l'éducation, qui jusqu'ici se sont
préoccupés davantage de développer les vieux systèmes que
d'améliorer leur fonctionnement interne et le contenu de
25 l'enseignement, devront dorénavant s'efforcer de résoudre d'urgence
ces derniers problèmes, car, dans les circonstances actuelles, les pays
se voient contraints d'utiliser de façon efficace et productive des
ressources insuffisantes. Le jour approche où il faudra établir des
comptes à ce sujet. La planification de l'éducation doit affiner ses
conceptions et ses outils d'analyse en vue de l'étude de l'efficacité et
de la productivité - et des moyens de les améliorer - dans tous les
aspects du système éducatif. A cet égard, les planificateurs trouver ont
peut-être avantage à utiliser les techniques de l'analyse des coûts
unitaires, de la recherche opérationnelle, de l’analyse des systèmes et
des budgets programmés.
Ce que nous venons de dire au sujet de l'efficacité et de
la productivité revient à affirmer que dans une très large mesure, bien
que non totalement, il incombe aux éducateurs eux-mêmes de faire en
sorte que l'éducation soit "un bon investissement" du point de vue de
la croissance économique et du développement social. Cette
généralisation quelque peu simpliste - aujourd'hui largement acceptée-
et reprise à leur compte par d'éminents économistes, mérite d'être
examinée de plus près. Il est certain que l'éducation du fait qu'elle met
en valeur les ressources humaines - est un pré-investissement
nécessaire qui permet à tous les autres secteurs de contribuer au
maximum au développement national. Mais il ne s'ensuit pas que toute
dépense, quelle qu'elle soit, consacrée à l'éducation constitue un "bon
investissement". Certaines peuvent en être un, d'autres non. En
profitant de toutes les occasions d'améliorer l'efficacité et la
productivité de l'éducation, on peut faire de celle-ci non seulement un
bon investissement (dans l'ensemble) mais un investissement
progressivement meilleur (COTOROVE, 1962, p. 67).

III. IMPERATIFS POUR L'AVENIR

Il sera particulièrement nécessaire de faire appel aux
formes de planification de l'éducation et aux stratégies que nous
venons de définir, pour venir à bout des taches qui attendent les
systèmes éducatifs du monde entier en raison de l'action conjointe de
forces déjà à l'œuvre et nettement décelables. Pour moi, les
perspectives paraissent être les suivantes :
La demande sociale d'éducation continuera
d'augmenter rapidement, en dépassant les possibilités d'accueil des
26 systèmes d'éducatifs pendant une période où le nombre des jeunes à
éduquer, former et employer s’accroîtront de plus de 10 % par an.
La pression économique sur les systèmes éducatifs -
dépendant d'un taux modéré de croissance économique - se renforcera
; cette pression a deux causes : le ralentissement probable du taux
d'expansion des ressources disponibles pour l'éducation, et
l'augmentation continue des coûts unitaires.
Les systèmes éducatifs seront de plus en plus mal
adaptés à leur environnement, à moins que des mesures beaucoup
plus énergiques ne soient prises rapidement pour adapter le contenu
des programmes et l'orientation des élèves aux exigences du marché
du travail et au cadre différent dans lequel vivront demain les élèves
d'aujourd'hui.
Les personnes instruites connaîtront de plus en plus le
chômage dans beaucoup de pays en voie de développement pour les
raisons suivantes : le système économique ne fonctionne pas de façon
efficace; l'éducation ne lui fournit pas les catégories de diplômés dont
il a besoin; et l'on s'attend souvent à ce que l'instruction acquise
donne automatiquement accès à un poste de très hautes
responsabilités, sans orientation professionnelle appropriée
(GAUTHIER, BISSONNETTE, RICHARD et DJIBO, 2003, p.19).
Bien entendu, les perspectives se présentent aussi sous
un jour plus encourageant. A maints égards, les administrateurs des
systèmes éducatifs sont aujourd'hui beaucoup mieux armés qu'il y a
quelques années pour résoudre leurs problèmes et effectuer les
ajustements nécessaires. En outre, ils voient maintenant bien plus
nettement en quoi consistent leurs problèmes et les sortes
d'ajustements qui s'imposent. Mais il n'en reste pas moins que la
planification de l'éducation aura à faire face à d'énormes problèmes. Il
lui faudra passer d'une décennie de formation à une décennie d'action
accrue: une action qui supposera l'application non seulement de ce que
l'on a déjà appris sur la planification et la direction de l'éducation,
mais aussi des connaissances nouvelles encore à acquérir, et cela dans
un esprit nouveau.
Notre ouvrage a pour tâche de formuler des
recommandations sur la façon dont la planification de l'éducation peut
aider à résoudre ces problèmes futurs et, à cette fin, sur les moyens de
la renforcer.
On trouvera ci-dessous plusieurs aperçus généraux
contenus dans le document de travail, que le souci de brièveté oblige
27 ici à formuler de façon plus tranchée et qui visent à provoquer et à
alimenter les débats. Ce ne sont que de simples hypothèses, destinées
à être rejetées, adoptées ou modifiées.

Recherche et développement

Il semble qu'on ne puisse éviter de conclure que, pour
que l'éducation soit en mesure d'apporter sa contribution propre au
développement de la société, les systèmes éducatifs de tous les pays
doivent, par l'application de méthodes scientifiques modernes,
connaître une révolution complète, à peu près comme l'agriculture, la
médecine, l'industrie et d'autres domaines d'activité l'ont déjà fait et
continuent de le faire.
Au cours des dix prochaines années des changements
fondamentaux doivent s'amorcer dans presque tous les aspects des
structures d'éducation et des modèles institutionnels existants, car
nombre de ces modèles et de ces structures n'ont jamais été conçus
pour jouer le rôle qu'ils sont maintenant appelés à jouer. Si aucun
changement n'intervient rapidement, ils éclateront sous la pression
qu'ils subissent (Le Thanh Khoi, 1971, p.78).
Mais comment les innovations pourront-elles apparaître
à une aussi vaste échelle dans les systèmes éducatifs alors que les
moyens institutionnels d'innover sont si insuffisants? Dans l'état actuel
des choses, les innovations en matière d'éducation sont généralement
sporadiques et épisodiques, car elles dépendent d'événements fortuits
au lieu d'être le produit d'un processus systématique et continu. La
seule solution est que l'éducation s'engage dans quelque" création
d'institution" qui lui soit propre, c'est-à-dire crée et dote de personnel
des moyens puissants qui lui permettront de faire sa propre critique, de
repérer les problèmes et les cas qui réclament attention, puis
d'appliquer l'analyse, la recherche et l'expérimentation à ces situations,
afin de donner naissance à un vaste courant d'amélioration
fondamentales dans les processus d'éducation. Sans doute l'éducation
aura-t-elle besoin de son propre dispositif; mais elle pourrait trouver
de nombreuses indications utiles en examinant les vastes programmes
de développement appliqués dans d'autres domaines, afin de voir
comment on est parvenu à y progresser de façon si spectaculaire. Pour
certains d'entre eux, on a disposé à coup sur de beaucoup plus d'argent
à cette fin, et l'éducation aura besoin elle aussi, de moyens financiers
28 accrus et bien utilisés ; mais il y avait là bien d'autres facteurs que
l'argent (ADESSESSIACH, 1962, p. 76)
Les techniques de recherche et de développement qui
ont tant fait dans d'autres domaines ne sont pas étrangères aux
systèmes éducatifs. Les universités ont largement contribué à élaborer
ces techniques et à réunir les connaissances scientifiques sur
lesquelles elles reposent. Ce qu'il faut maintenant, c'est orienter dans
une large mesure ce génie inventif des universités vers la solution des
problèmes de l'éducation elle-même, et faire en sorte que les
universités collaborent étroitement avec les ministères de l'éducation.
Les universités n'ont jamais eu une occasion si belle de servir le
système éducatif lui-même et elles ne se sont jamais trouvées devant
un ensemble de problèmes plus intéressants et stimulants du point de
vue de la recherche et de l'étude.
Mais la recherche qui s'impose aujourd'hui diffère
profondément de la "recherche en matière d'éducation" du passé, qui
était le plus souvent fragmentaire, descriptive et trop théorique et
n'avait, à quelques remarquables exceptions près, guère d'influence sur
l'évolution de l'éducation. Actuellement, la recherche en matière
d'éducation doit viser franchement à résoudre des problèmes laissés
sans solution, à créer des méthodes et trouver de nouveaux moyens de
répondre à certaines nécessités fonctionnelles qui n'ont encore jamais
été satisfaites, à découvrir de meilleurs procédés ou contenus que ceux
d'aujourd'hui. On ne saurait se contenter d'une recherche lien «
écolebibliothèque »; ce qu'il faut, c'est une recherche et un développement
liés à l'action. A cet égard, l'industrie peut-aussi s'avérer un partenaire
précieux et permettre d'utiliser pleinement la technologie afin de
trouver des solutions nouvelles.
Quel est le rôle des planificateurs de l'éducation dans
l'innovation? Ils ne peuvent être les innovateurs par excellence de
l'ensemble du système éducatif; c'est là l'affaire de nombreux autres
spécialistes et des enseignants eux-mêmes. Néanmoins, de leur point
de vue particulier qui leur ouvre de larges horizons, les planificateurs
de l'éducation peuvent aider à situer les besoins en matière
d'innovation dans une perspective plus nette et ainsi à mieux définir
l'ordre de priorité en matière de recherche et la répartition des efforts,
tout en échelonnant l'application des réformes résultant des
recherches. Ils peuvent aider à mettre au point des dispositions
institutionnelles nouvelles en faveur de l'innovation et contribuer à
leur donner un soutien approprié. En outre, ils peuvent aider à
29 convaincre les gens que l'innovation à grande échelle est maintenant
un impératif en leur montrant ce qui, faute d'innovation, se produirait
(VERMOT, 1963, p.56).

IV.LA PLANIFICATION DE L’EDUCATION

L’intérêt croissant que les économistes portent à la
planification de l’éducation et la part croissant qu’ils y prennent
constitue l’une des tendances les plus encourageantes qui se sont
récemment manifestées dans le domaine de l’éducation et ont appelé
l’attention des spécialistes d’autres disciplines sur les problèmes du
développement de l’éducation. Ceux qui voient dans une approche
interdisciplinaire, la meilleure façon d’aborder les problèmes qui se
posent dans ce domaine si vaste et si complexe sont de plus en plus
nombreux. C’est depuis quelques années seulement que l’éducation
s’attache à faire coopérer les administrateurs de l’éducation avec des
économistes et d’autres spécialistes. Certes, le principal souci est
initialement d’obtenir pour elle une augmentation de crédits d’origine
tant intérieure qu’extérieure.
Il n’en reste pas moins que le rapprochement ainsi
opéré a certainement frayé des voies nouvelles et il est généralement
admis désormais que l’éducation est le préalable nécessaire du
développement général. Autre résultat de cette innovation : les
spécialistes de l’éducation, tant dans les pays évolués que dans les
pays du Sud, ont pris conscience de la nécessité de procéder à une
réévaluation des objectifs et des méthodes de l’éducation, tant
généraux que particuliers. Mais ils mesurent encore mal combien il est
important pour eux de mieux connaitre les théories économiques et
leur application aux problèmes éducatifs ( p. 79)/
Les économistes, pour leur part, ne tiennent pas encore
suffisamment compte de la longue histoire de l’éducation et des
recherches pédagogiques ; il leur est même parfois arrivé de perdre
complètement de vue les rôles culturel et social de l’éducation
(XENOPHON, 1960, p. 176).
Cependant, ces deux groupes de spécialistes sont
actuellement en quête de solutions nouvelles, ils s’occupent de définir
leurs problèmes communs et se font une plus juste idée des difficultés
à vaincre et des limites du possible.
Le présent chapitre, s’adressent non seulement aux
spécialistes chargés de conseillers les gouvernements en matière de
30 planification de l’éducation, mais surtout aux économistes de
l’éducation qui s’intéressent à cet aspect de la planification et qui sont
disposés à contribuer à l’élaboration d’une méthode judicieuse pour
l’étude des problèmes d’éducation et de formation.

A. Aspect de la planification de l’éducation

Dans les pays à économie planifiée, la planification de
l’éducation fait partie intégrante de la planification générale de
l’économie. Tous les plans du développement à long terme assignent
invariablement à l’éducation et aux activités culturelles des objectifs
étroitement liés à d’autres objectifs économiques et sociaux. Entre les
uns et les autres, le lien est double : d’une part, il faut atteindre les
objectifs assignés à l’éducation pour réaliser le plan économique dans
son ensemble et, inversement, c’est seulement si on réalise le
programme économique qu’il deviendra matériellement possible
d’atteindre les objectifs assignés à l’éducation.
Dans ces pays, la planification de l’éducation présente
une autre caractéristique importante découlant des principes mêmes
qui régissent leur société : elle ne concerne que l’éducation publique
puisque l’éducation privée n’existe pas. Il en résulte que les ressources
disponibles pour l’éducation, à chaque étape du développement, sont
réparties selon un plan unique dans l’ensemble du pays et que toutes
les décisions importantes concernent l’éducation relèvent des
administrations centrales et locales.
La planification de l’éducation, dans ces pays, se fonde
sur le principe que le développement de l’éducation est à la fois un
moyen d’assurer à une économie en expansion le personnel compétent
dont elle a besoin, et un élément inséparable de l’amélioration du bien
– être général. Dans tous les pays à économie planifiée, les ressources
allouées par l’Etat à l’éducation représentent une part considérable du
revenu national et, cependant, on pourrait soutenir que la quantité
d’éducation dispensée à la population pourrait avantageusement être
augmentée. Il faut espérer que le jour n’est pas très loin où l’essor pris
par l’éducation permettra à tout membre de la société qui le désire
d’accéder à l’éducation supérieure. Cependant, au niveau actuel de
prospérité économique, aucun pays à économie planifiée, ni d’ailleurs
aucune société au monde, n’a les moyens d’universaliser ainsi
l’enseignement supérieur, et l’objectif principal de l’éducation est de
31 satisfaire les besoins du développement économique et culturel, en
personnel qualifié.
Telles sont les considérations qui déterminent l’ampleur
du montant total des crédits alloués à l’éducation ainsi que leur
répartition à l’intérieure de ce secteur.
Le but pratique de la planification de l’éducation dans
les pays à économie planifiée est de fixer les effectifs à tous les
niveaux et dans toutes les branches de l’enseignement, en se fondant
sur des considérations politiques et sociales, sur les besoins
économiques, sur l’évolution démographique et sur les ressources
disponibles. Il n’est pas facile de discerner exactement la part qui
revient à chacun de ces facteurs dans l’élaboration d’une politique
nationale de l’éducation. La suppression de l’analphabétisation, par
exemple, peut être considérée aussi bien comme un objectif politique
et social que comme un puissant moyen d’accélérer la croissance
économique. La formation des travailleurs scientifiques et du
personnel qualifié est presque aussi essentielle à l’éducation du niveau
culturel général de la société qu’au développement industriel
moderne. Lorsqu’on a fixé une norme pour l’obligation scolaire, le
principal élément qui détermine les besoins d’expansion de
l’éducation est de toute évidence l’accroissement démographique.

Les pays à économie planifiée ayant par définition un
plan général, mis au point et appliqué dans le détail, la tâche du
planificateur de l’éducation s’en trouve facilitée, encore qu’il doive
faire preuve d’une grande compétence pour calculer les besoins de
main d’œuvre à partir du plan économique national et fixer en
conséquence les objectifs de l’éducation. La transformation de la
société est indissolublement liée à l’apparition d’un nouveau type
d’homme en qui s’allient harmonieusement la richesse spirituelle, la
pureté morale et la perfection physique. Après avoir calculé les
incidences financières du nombre d’élèves inscrits dans
l’enseignement professionnel, secondaire et supérieur, les
planificateurs se trouvent en face d’un dilemme : ou bien allouer à
l’éducation les ressources qui lui permettront de fournir tout le
personnel qualifié dont l’économie a besoin, ou bien ramener les
objectifs du développement, il n’ya pas d’autres possibilités ;agir
autrement serait vouer le plan à l’échec dès le départ ( OCDE, 2001,
p.78).
32 Quels que soient les objectifs finalement assignés à
l’éducation, il faut prévoir d’abord des ressources suffisantes dans le
cadre du plan. L’application du plan relatif à l’éducation ne dépend
donc plus des ressources disponibles. Dans ces conditions, l’opération
essentielle de la planification de l’éducation, dans les pays à économie
planifiée, est l’évaluation précise des besoins de main – d’œuvre pour
le développement. Comme il s’agit d’ordres de grandeur élevés, une
petite marge d’erreur peut avoir, à ce niveau, des répercussions très
graves pour l’ensemble de l’économie nationale (Le Thanh Khoi, p.
21, 1967).
Mais aux triomphes dans les pays à économie planifiée,
se sont mêlées des déceptions dans les pays pauvres, et ce bilan
brillant des décennies de l’éducation présentent certains points très
noirs. Malgré une expansion spectaculaire de l’éducation, des
centaines de milliers d’enfants du monde entier scolarisés ou non – ne
reçoivent pas encore l’éducation dont ils avaient besoin et pourraient
tirer profit. Et il reste encore impossible à des millions d’enfants et
d’adultes d’augmenter leur productivité ou leur bien – être faute de
pouvoir acquérir une formation spécialisée, mettre à jour ou améliorer
leurs connaissances ou apprendre à lire et à écrire.
Outre ces insuffisances, l’inadaptation des systèmes
éducatifs à un milieu en voie d’évolution rapide pose des problèmes
aussi graves. C’est ainsi que, souvent, à un fort taux d’inscription
correspond un nombre élevé et statistiquement significatif d’enfants
qui ne sont pas scolarisés et de ceux qui ne réussiront jamais à
recevoir le minimum d’instruction. Ce défaut d’adaptation explique en
partie une situation paradoxale : bien que la croissance économique de
nombreux pays pauvres contienne d’être freinée par des pénuries de
main - d’œuvre spécialisée, les diplômes formés en nombre croissant
aux différents niveaux de l’enseignement ont de plus en plus de
difficultés de trouver un emploi. Ces distorsions en matière de main –
d’œuvre indiquent que les systèmes éducatifs ne sont pas adaptés aux
besoins de la société.
Il n’est pas surprenant que les efforts récemment
déployés pour planifier l’éducation aient été eux aussi caractérisés par
des graves insuffisances. Il y a toujours eu, et il en va de même
encore, un large écart entre les paroles et les actes, entre une politique
proclamée par des ministres assistant à une conférence, leurs discours
et les mesures prises dans leurs pays ; entre les méthodes mises au
33 point par des théoriciens et leur application au processus effectif de
planification.
Les nombreux services de planification de l’éducation
sont souvent restés squelettiques ; ils sont mal reliés aux diverses
régions du pays et se trouvent isolés des principaux centres de
décision en matière d’éducation, ainsi que la planification économique
et sociale existante. En même temps, faute d’une planification
d’ensemble, intégrée, les priorités fondamentales de l’éducation ne
cessent d’osciller, passent de l’enseignement primaire au début, à
l’enseignement professionnel, à la formation des enseignants, à ent général, à l’enseignement supérieur, enfin à
l’alphabétisation des adultes et à l’éducation permanente. Il en est
résulté inévitablement des déséquilibres ruineux, tant à l’intérieur du
système éducatif qu’entre ce système et le milieu où il s’intègre
(EDING, 1960, p.56).
Lorsque les conditions étaient plus favorables et que les
processus de planification de l’éducation ont commencé à fonctionner,
la situation s’est améliorée, mais c’est l’expansion quantitative qui
retiendrait toute l’attention. La planification de l’éducation dans les
pays pauvres n’a pas encore été en mesure de résoudre l’important
problème qualitatif. Elle a donc risqué d’accélérer l’extension d’un
système éducatif mal adapté, qu’il sera d’autant plus difficile de
modifier ultérieurement.
Ce déséquilibre est perçu par tout le monde avisé, en
reconnaissent les insuffisances de la planification antérieure de
l’éducation, fragmentaire, à vue courte et sans intégration, élaborant
une nouvelle formule, selon laquelle la planification de l’éducation
devrait :
- S’appliquer à l’ensemble du système éducatif, à tous les
niveaux et dans toutes les parties, en tenant compte autant de
ses aspects qualitatifs que de ses aspects quantitatifs ;
- Se placer dans une perspective plus lointaine, dépassent une
année pour couvrir au moins plusieurs années et lorsque c’est
possible, une période de durée comparable au cycle scolaire ;
- Etre entièrement intégrée à la planification du développement
économique et social.
Toutefois, il parait difficile d’améliorer les grandes
lignes de cette formule, sauf pour ajouter que la planification de
l’éducation devrait faire une place accrue aux innovations en matière
de structure, de contenu et de méthodes. Mais de la conception à la
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