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La réforme du système éducatif africain pour l'autonomie et le développement continental

De
198 pages
Y a t-il développement sans instruction ? Que signifie "s'instruire" en Afrique après un demi-siècle d'indépendance ? Quelles sont les méthodes pratiques, les pédagogies idoines pour bâtir une instruction africanisée, seul gage de développement et de stabilité ? L'auteur s'est engagé depuis 2004 dans un travail de recherche à travers l'Afrique, afin de pouvoir répondre à ses questions. Dans cet ouvrage, l'auteur définit l'instruction africanisée et développe une pédagogie propre au continent.
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La Réforme du Système Educatif Africain pour l’Autonomie et le Développement Continental.
Pédagogie appliquée

JOSE AFANOU

La Réforme du Système Educatif Africain pour l’Autonomie et le Développement Continental.
Pédagogie appliquée

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-07793-5 EAN : 9782296-077935

De nos jours, un pays qui se fait construire ses infrastructures est voué à la servitude et compromet fortement son développement. José V.K. AFANOU

Préface

Le système d’enseignement développé en Afrique est éloigné de la mission d’humanisation qui est la sienne si l’on considère l’enseignement comme étant un cheminement vers une parfaite connaissance de tout ce que les hommes peuvent savoir ; car le projet de connaissance inscrit au cœur de tout système d’enseignement doit intégrer dans sa démarche pédagogique les préoccupations de l’environnement immédiat. Comment pouvons-nous estimer apprendre ce qui se passe ailleurs si nous n’arrivons pas à dompter la nature afin de solutionner les multiples difficultés qui se posent à nous quotidiennement ? Après l’indépendance, l’Afrique doit définir une existence, une présence non seulement physique mais aussi par la parole, l’intelligence et la création. L’Afrique doit construire son développement sur la confiance et l’affirmation des Africains. L’ignorance est le mal qui gangrène et tue l’Afrique. Seule l’école est le lieu où s’apprend cette conjonction entre confiance et affirmation, nécessaire pour un vrai développement du continent noir. L’école, pas telle qu’elle est aujourd’hui mais une école nouvelle, dotée de structures et de pédagogies idoines permettant à l’esprit de rechercher des solutions à ses difficultés quotidiennes ; telle est la démarche susceptible d’ouvrir le chemin vers un réel développement humain et global. Une école ainsi repensée, peut être un moteur d’autodétermination, de mutation et de création de petites 7

et moyennes entreprises où l’on crée et innove, loin des embarcations de fortune navigant dans un désespoir suicidaire vers des lieux sans cesse repoussants.

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Introduction Ce manuel ne se substitue ni ne remet en cause le travail effectué par les systèmes éducatifs des différents pays africains. L’Afrique est le seul continent sur lequel la variabilité et l’aspect hétéroclite de l’enseignement sont fortement prononcés. Ceci s’explique en grande partie par le manque de moyens et la précarité de certaines infrastructures éducatives. L’effort que font les enseignants, les conseillers pédagogiques, les inspecteurs, les directeurs d’enseignement est louable. Les potentialités dont dispose le continent pour améliorer, rendre plus dynamique et pratique l’enseignement, sont aussi innombrables qu’inconnues donc inexplorées. Comment reformer le système d’enseignement qui, à lui seul, constitue la pièce maîtresse du développement économique, de l’émancipation et de la démocratisation d’un pays ? Quel doit être l’engagement des responsables politiques en la matière ? J’ai fait mes études primaires et collégiennes en Afrique rurale avant de préparer un baccalauréat en zone urbaine. J’ai préparé par la suite mon diplôme d’ingénieur à Bruxelles. J’ai ensuite donné différents cours dans des lycées belges avant d’être chargé de cours dans une haute école bruxelloise, ayant à charge des étudiants en dernières années Master science de l’ingénieur finalité électromécanique. J’ai dirigé en outre plusieurs travaux de fin d’études. A chaque étape de ma carrière de chargé de cours, je me suis rendu compte que l’autonomie, la 9

créativité et la capacité d’innovation dont disposent mes étudiants sont incomparables à celles des étudiants africains. Il est incontestable que dans plusieurs domaines et dans certains établissements africains, la qualité de l’enseignement dispensé est d’un niveau élevé et dépasse même ce que l’on peut rencontrer dans certaines écoles européennes toutes proportions gardées. En témoigne la facilité avec laquelle certains étudiants, bacheliers africains, réussissent leurs études supérieures en Europe. Cependant les méthodes d’enseignement et les pédagogies développées dans les pays africains méritent une révision complète, profonde et un recadrage par rapport aux développements technologiques actuels, aux exigences globales du vingt unième siècle et surtout aux besoins réels du continent. Un demi-siècle après la colonisation, l’Afrique doit s’approprier son système d’enseignement et l’orienter pour son propre développement. Mais comment s’approprier un enseignement déjà dispensé dans une langue elle-même étrangère ? Il ressort de toute évidence que la projection lointaine que les élèves africains se font de la langue de Molière ou de Shakespeare, n’augure pas une expression parfaite des connaissances qu’ils élaborent. Il est également incontestable que dispenser de nos jours un enseignement dans les langues africaines serait une entreprise excessivement rétrograde. La situation actuelle est en partie inhérente à la colonisation ; mais comment dépouiller cet héritage de ses facteurs aliénants et greffer sur le substrat restant, cette nouvelle plante qui incarnera la stabilité, le développement industriel et le décollage du continent africain ? L’Afrique stagne dans le sous-développement avec toutes les conséquences que cela 10

entraîne. Pour la plupart des jeunes Africains, la survie passe par l’immigration. Les possibilités de réussite locale se sont graduellement effritées et l’horizon s’avère étanchement hermétique. On a du mal à voir périr ses parents. La précarité et la faim tuent dans des pays dont le sous-sol regorge de richesses enviables. Pour sortir de cette situation, il faut une politique visionnaire, une capacité d’anticipation comme celle qu’a eue Indira Gandhi qui, entre autres, a fait de l’Inde ce qu’elle est aujourd’hui. V. K. AFANOU

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1°/ PRESENTATION DE L’ETAT ACTUEL DU SYSTEME EDUCATIF AFRICAIN L’Afrique a hérité de la colonisation, un système d’enseignement dédié à la « transmission » des connaissances. Le colon était considéré comme le modèle dans le domaine, doté de tout ce qu’il y a de mieux à transmettre à l’autochtone. Ce dernier était alors appelé à accepter, voire avaler la nouvelle culture au détriment de la sienne qui sombrait dans une vacuité sans précédent. De nombreuses années après l’esclavage, la colonisation, et la vague des indépendances, cette conception séculaire, cette pédagogie antique n’a malheureusement pas évoluée et est fondamentalement au l’un des contrepoids les plus déterminants développement, à l’autonomie et même à la démocratisation des peuples africains ; car seule l’instruction transforme l’animal humain en homme ou femme responsable. Si autrefois, ce mode d’enseignement pouvait être justifié par le fait que l’ « indigène » était supposé « dépourvu » de connaissances et devrait donc tout recevoir du transmetteur des savoirs et des bonnes manières qu’était le missionnaire, de nos jours, la donne a fondamentalement changé. Garder cette pédagogie rétrograde serait aller à contresens de l’évolution globale actuelle. Si jadis, « enseigner » était synonyme de « transmettre la connaissance », de nos jours enseigner, c’est guider l’apprenant dans un processus de découverte des connaissances ; découverte illimitée et appropriation des savoirs en développant par là même, sa capacité 13

personnelle et autonome à approfondir les recherches nécessaires pour faciliter son existence dans un monde en perpétuelle mutation. Enseigner est devenu « apprendre à apprendre, apprendre à s’adapter, apprendre à se développer ». Autrefois, enseignant et apprenant étaient dans des classes différentes, dans un monde séparé, chacun dans une bulle individuelle. De nos jours l’évolution globale et les techniques d’information cassent ces différences en fusionnant les différentes classes. Enseignant et apprenant sont dans un espace unidimensionnel où les seconds marquent les pas des premiers. Si le « SAVOIR » peut être défini comme étant l’ensemble des connaissances possédées par un individu, dans une pédagogie de « transmission », il découle de toute évidence que le « SAVOIR » de l’apprenant est limité puisqu’il ne constitue qu’une partie de la connaissance du « maître », celui-ci étant incapable de transmettre l’intégralité de son « SAVOIR ». Le meilleur des indigènes possédera donc un savoir asymptotique à celui du maître dans le parfait des cas. Dès lors, le champ de développement d’activité mentale de l’apprenant s’amenuise et cette restriction se trouve à chaque phase profondément accrue à mesure que l’ « apprenant » d’autrefois devient le « maître » par la suite. On se trouve dans une suite géométrique dont la raison rend dégressive la valeur des termes consécutifs. Il convient de noter ici que la variabilité et la multiplicité des maîtres, ajoutées à l’apport extrascolaire font que cette suite, heureusement, n’est pas continuellement décroissante. Mais elle arrive souvent à un niveau stationnaire, qui, en termes de connaissances se trouve très nettement en dessous des 30% de la capacité de la mémoire que ne dépassent la plupart des humains dans le courant de leur vie. 14

Ceci s’explique par le fait que l’apprenant est canalisé dans un processus de compréhension loin de toutes structures pédagogiques d’appropriation personnelle de la connaissance. Dans tous les cas, dans une pédagogie de transmission, l’instruction et les capacités de l’instruit suivent une courbe considérablement décroissante contrairement à ce qu’elles devraient être. Le premier objectif de l’instruction consiste à placer l’apprenant dans un milieu d’infusion éducative, dans un cadre où selon les compétences recherchées, l’observation, le toucher, la pratique et la déduction ramènent la connaissance à l’évidence dans une progression croissante. Autre phénomène notoire, c’est le contexte dans lequel l’enseignement est dispensé. Le mode d’enseignement en Afrique se présente comme un cirque où les acteurs sont domptés. Le comportement de l’apprenant africain vis-àvis de la connaissance crée un profond paradoxe. L’apprenant est un spectateur et non un acteur du mode d’apprentissage. L’étudiant africain assiste à un déroulement d’un film, d’un théâtre alors que l’esprit de l’instruction veut qu’il soit acteur principal de la reproduction. L’apprenant est dompté à reproduire des « compétences » précises dans des circonstances données. Cet apprentissage de cirque ouvre la voie à la passivité, à l’oubli facile et ne crée guère de liens directs et intrinsèques entre la connaissance et l’apprenant. Il inhibe donc l’adaptabilité du savoir aux besoins quotidiens. Quand on apprend à rouler à vélo, dès que la compétence est réellement acquise et maîtrisée, elle ne s’oublie plus. La maîtrise et l’appropriation par l’apprenant de ce « savoir faire » font que celui-ci peut se 15

permettre des fantaisies avec le vélo, créer des figures et faire des acrobaties. Il s’approprie ce savoir qu’il peut modeler à sa guise et transmettre. Voilà l’image de la connaissance que l’enseignement devrait conférer à l’apprenant quelle que soit la discipline enseignée et quel que soit le niveau de l’enseignement. L’instruction active, l’instruction concrète, l’instruction d’application, l’instruction dynamique et l’instruction par les projets : voilà les besoins pour une école africaine reformée. Tel n’est malheureusement pas le cas ; le système d’enseignement étant fortement disloqué et rendu fictif. L’enseignement africain ne se centralise pas sur les problèmes et leurs résolutions ; il ne provoque pas la recherche dans le concept de l’apprenant. Aucun enfant ne suit un cours théorique pour rouler à vélo. Cet apprentissage prend naissance dans la pratique. Enfin, la configuration du paysage éducatif africain ne reflète guère l’image des besoins des populations ni celle d’une politique nationale destinée à promouvoir un réel développement humain et industriel. Les institutions éducatives africaines sont calquées sur celles développées dans le pays colonisateur avec qui nous n’avons ni les mêmes besoins, ni le même niveau de développement industriel, ni les mêmes moyens. En outre, la mise à jour du système éducatif occidental ainsi que les projections futures en la matière ne sont pas suivies par l’Afrique. Plus que les besoins, les conditions et les situations sont également différentes selon chaque continent. Ce qui est très utile au Nord peut ne pas l’être au Sud. Enseignement général, enseignement de qualification, collèges techniques, instituts universitaires de technologie, écoles 16

d’ingénieur, facultés, centres d’alphabétisation, certificat de fin d’apprentissage ; quelle structure éducative doit être mise en place et comment créer un agencement entre ces unités éducatives pour l’émancipation du peuple, satisfaire aux besoins de la population africaine et créer une réelle autonomie, un développement intégral sur le continent tout en sauvegardant l’interférence entre l’instruction inspirée des réalités africaines et les normes universelles ? Par ailleurs, la prolifération des écoles et centres de formations que l’on connaît depuis quelques années sur le continent est une chose à encourager d’une part ; mais qui, d’autre part, demande une législation afférente, une structure fiable et un audit afin que l’instruction quelle qu’elle soit, et quel que soit l’institution qui la dispense, corresponde aux normes étatiques, encore faudra t-il mettre en place cette norme éducative nationale. L’enseignement en Afrique est profondément éclaté. Il existe des écoles qui suivent intégralement les programmes des lycées ou facultés européennes. Ce mode d’enseignement déracine et transpose l’apprenant dans un voyage imaginaire qui le pousse même à l’immigration. L’une des conséquences de la pédagogie de transmission est que les Africains ne « S’APPROPRIENT » ni le savoir, ni le développement. L’Africain est amené à ne pas relever le défi du développement industriel et à attendre qu’il vienne d’ailleurs. L’intuition et le développement des facultés de création se trouvent fondamentalement sevrés voire tronqués. Dans ce contexte, l’individu n’innove pas, il ne cherche pas au-delà de ce qu’on lui dit ou lui montre, il ne se sent pas maître d’une force de création inexplorée. Il 17

classe et assimile le développement technologique au « transmetteur » premier de la connaissance c’est à dire à « l’homme blanc ». Dans la pensée de l’apprenant, la référence ou le repère est placé sous d’autres cieux d’où vient tout ce qui est inventif. L’étudiant africain est conduit dans un processus de compréhension. Aucun élève africain ne pense à l’Afrique quand une leçon porte sur une mission spatiale, les technologies de la communication, sur un avion ou même sur le moteur d’une voiture. L’individu se réduit à un consommateur et est entretenu à rester tel. Cependant, les outils dont nous disposons sont énormes et nos besoins ne sont pas forcément les mêmes que ceux des pays occidentaux. Le système d’enseignement dans les pays développés n’est d’ailleurs pas le même si l’on passe d’un pays à l’autre. Ce n’est que récemment, dans le cadre de l’Union Européenne, que les pays tentent d’harmoniser certaines études supérieures mais encore, certains diplômes obtenus dans un pays européen ne permettent pas d’exercer dans un autre. C’est donc un leurre de vouloir calquer le système d’enseignement africain sur celui développé en Occident. C’est un handicap chronique et une farce par rapport à la réalité de ne pas prendre en compte la spécificité du continent africain dans nos politiques éducatives. L’africanisation de l’instruction est un passage indispensable pour l’autonomie et le développement du continent. L’instruction est un long fleuve dont les affluents constituent la spécificité de chaque pays. On ne demande pas à l’Africain d’inventer la poudre ou la roue mais nous, 18

Africains, devons entrer dans une phase d’appropriation de la connaissance, jusque là ignorée mais indispensable pour le développement global et particulièrement industriel du continent. Le passage de l’artisanat à l’industriel, du bricolage à la norme, de l’à peu près à une conception rigoureuse et exacte au service de la population, sont les transmutations qui conditionnent le développement d’une Nation et l’épanouissement d’un peuple. Ces valeurs s’apprennent et s’acquièrent à l’école et c’est cette nouvelle philosophie, cette nouvelle façon de découvrir la connaissance, cette nouvelle vision de l’instruction, cet enseignement dynamique, cette pédagogie de projets et de développement que nous devons mettre en place dans nos pays pour que demain, nos enfants ne demeurent plus esclaves de l’Occident et de l’Orient ; pour que demain, le contient africain ne s’appuie pas indéfiniment et dans tous les domaines sur l’Occident et l’Orient, eux-mêmes confrontés à des crises perpétuelles ; pour que demain, le continent africain puisse émerger d’un système éducatif propre, d’une culture, d’une identité et d’un savoir faire typiquement africain basés sur les valeurs et les spécificités de l’Afrique. Ce n’est pas en nous faisant construire nos routes, nos châteaux d’eau, nos stades, nos centrales électriques etc. que nous développerons nos pays. Ce n’est pas en nous faisant construire des raffineries et en nous faisant exploiter nos matières premières que nous créerons de l’emploi et de la richesse pour nos populations. Ce n’est pas en exportant nos produits agricoles et en important ceux transformés ailleurs que nous diminuerons la pauvreté et augmenterons le pouvoir d’achat. Ce n’est pas en attendant des autres, de l’aide de toute sorte, même alimentaire, que nous mettrons en valeur nos terres et développerons une politique d’autosuffisance alimentaire. 19

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