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La Ruche de Kabylie

De
224 pages
La Ruche de Kabylie, fondée en 1937 par des soeurs missionnaires d'Afrique, était un mouvement de jeunesse, adaptation du modèle scout, destiné à réunir des jeunes filles de Kabylie, leur permettant de s'affirmer en dehors du modèle féminin traditionnel. Cette nouvelle édition (1ère éd., Achab, 2009) est celle des réminiscences. Des témoins de la période des missionnaires, de la Ruche mais aussi du mouvement scout musulman (MSA) livrent leurs souvenirs et réflexions.
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Bahia AmellalLa Ruche de Kabylie
Témoignages sur un mouvement vernaculaire
né d’une mission africaine 1938-1975
La Ruche de Kabylie
Cette édition est celle des réminiscences. Des témoins de la période
des missionnaires d’Afrique s’expriment aujourd’hui. Des Abeilles
Témoignages sur un mouvement vernaculaire de La Ruche d’Algérie et aussi des hommes ayant intégré le
mouvement scout en montagne, mis en place par les Pères-Blancs né d’une mission africaine
et/ou celui qui l’a suppléé, le mouvement scout musulman (MSA),
1938-1975livrent leurs souvenirs et réfl exions.
La Ruche de Kabylie, ce mouvement vernaculaire, féminin, né à la
fi n des années trente, a fermé ses portes dans les années
soixantedix et le scoutisme en montagne, a cessé ses activités à la veille des
années de guerre. Bien que long, le temps qui nous sépare de ces deux
dates n’a pas dilué la mémoire ni altéré la fi abilité des réminiscences.
Il a cependant éteint nombre de voix, incapables aujourd’hui de dire.
Nonobstant les différences qui caractérisent ces récits,
car refl étant des parcours singuliers mais aussi des réfl exions et des
sentiments individuels et propres à chacun, ils s’inscrivent toutefois
dans la même sphère géographique et rejoignent la même entité
temporelle.
Les femmes et les hommes qui ont décliné ma demande de
témoigner de cet épisode de notre histoire, viennent conférer à ce
travail un caractère authentique et répondent de ce fait au devoir de
reconstitution. Mieux, cet acte de transmission marque le début du
dégel de la parole.
Bahia Amellal-Saheb est Docteur ès-sciences, spécialisée en
virologie et en biologie-moléculaire. Elle est par ailleurs, auteure de
Dans le giron d’une montagne (2011, éditions Achab) et fera paraître
aux éditions Tafat (Béjaïa) un essai : La politesse en Kabylie :
de la vertu d’hier à la nécessité d’aujourd’hui.
Préface de Karima Dirèche
ISBN : 978-2-343-04904-5
23
La Ruche de Kabylie
Bahia Amellal
Témoignages sur un mouvement vernaculaire né d’une mission africaine 1938-1975



















































































La Ruche de Kabylie© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04904-5
EAN : 9782343049045Bahia Amellal
La Ruche de Kabylie
Témoignages sur un mouvement vernaculaire
né d’une mission africaine
1938-1975
Préface de Karima Dirèche
L’HarmattanOuvrages du même auteur

La Ruche de Kabylie (1940-1975). Editions Achab. Algérie. Octobre, 2009.

Dans le giron d’une montagne. Editions Achab. Algérie. Février, 2011.

En cours d’édition :

La politesse en Kabylie : De la vertu d’hier à la nécessité d’aujourd’hui.
Editions Tafat. Printemps 2015.

De La Ruche de Kabylie à La Ruche d’Algérie. Une compilation de 48
bulletins. 2015.































Préface



Bahia Amellal ouvre une page d’histoire oubliée de la Kabylie
montagneuse. Celle des espaces de formation et de loisirs que les
missionnaires d’Afrique ont, patiemment, consacrés aux enfants kabyles du
XXème siècle. A partir d’un intérêt particulier à l’action missionnaire en
Kabylie, Bahia Amellal est allée à la recherche de ceux et de celles qui ont
eu à fréquenter les écoles des Pères Blancs et des Sœurs Blanches. Elle a
sollicité la mémoire des anciens et a réactivé en eux des souvenirs liés à leur
enfance et à leur adolescence. Au delà de l’action scolaire de ces religieux
qui a marqué, pendant un temps, le paysage culturel de la Kabylie
montagneuse, c’est le dispositif parascolaire (scoutisme, ouvroirs, camps de
vacances) destiné à encadrer les jeunes écoliers que l’auteure restitue avec
une minutie quasi-ethnographique ; et c’est là un aspect bien peu connu de la
présence missionnaire. Même si elle s’en défend, Bahia Amellal a entrepris
une démarche d’historienne. Elle s’y engage simplement, humblement,
armée de sa curiosité et de sa sincérité. Par ses enquêtes orales, par sa
documentation archivistique, par ses collectes d’informations multiples
(anecdotes, chants, comptines, adages, poèmes…), elle dresse un tableau de
la société kabyle confrontée à la nouveauté des enseignements, des
techniques, et des savoir-faire apportés par les missionnaires, mais aussi à
ses espoirs et à ses résistances. Mais, surtout elle accède à une histoire
sociale de la jeunesse kabyle de ce début du XXème siècle.

Elle le fait avec un souci de la chronologie et des temporalités historiques.
Car l’histoire de la Kabylie, en cette fin du XIXème siècle et au XXème
siècle est une histoire chargée en événements et en ruptures liés à la
domination coloniale (répression, pacification, évangélisation, émigration,
guerre de libération). Cette histoire, bien trop souvent dramatique, se déroule
dans un espace montagneux difficile, âpre, pauvre où l’enfance ne dure
jamais bien longtemps. Les maladies, la mortalité infantile, les ravages de la
tuberculose, l’absence de travail, les départs en émigration ont fait de la
Kabylie montagneuse un espace arc-bouté sur une culture d’opiniâtreté et
d’acharnement à la survie. En réveillant les souvenirs des anciens écoliers et
écolières, l’auteure nous permet de mesurer à quel point ces espaces ludiques
étaient précieux pour ces enfants plongés très tôt dans des existences de
contraintes et de privations. Les souvenirs sont vifs, les détails fascinants par
leur précision, les émotions nostalgiques non pas seulement parce qu’ils
renvoient à une jeunesse perdue mais parce qu’ils évoquent des moments de

- 7 -
joie et d’insouciance, trop rares en ces temps et accordés,
parcimonieusement, par le groupe familial et la société dans son ensemble.
Apprendre à chanter, à jouer, à partager dans des valeurs et des codes
nouveaux ont certainement contribué à renforcer le dispositif scolaire
missionnaire ; mais à l’échelle de ces enfants, ces moments d’apprentissage
et de détente sont souvent vécus comme des moments uniques d’affirmation
de leur personnalité et d’expression de soi libérés de la régulation sociale et
de la contrainte familiale. Parenthèses de liberté suspendues dans un univers
rural dénué de toute légèreté, insouciance de l’enfance mais également
initiation et intégration de certaines formes de la modernité apportée par la
colonisation.

Les missionnaires ont exporté en Kabylie la culture de l’hygiénisme, des
valeurs morales chrétiennes et du civisme que tous les patronages de France
appliquaient depuis le dernier tiers du XIXème siècle. Leur présence en
Kabylie (depuis 1873) a été jalonnée de difficultés matérielles et confrontée
en permanence à la résistance de la population locale. L’idée d’une
évangélisation, à grande échelle, de la Kabylie apportée par Charles de
Lavigerie a progressivement disparu dès les années 1920 et les missionnaires
investissent d’autres terrains et registres d’activités bien éloignés de la
prédication catholique. Représentants, à leur façon, d’une certaine idée de la
France et de sa mission coloniale, ils ont été attentifs et soucieux de
l’éducation des enfants kabyles et ont mobilisé leur énergie dans un
dispositif scolaire performant. Ils ont été des acteurs attentifs à l’évolution de
la société kabyle et aux dynamiques qui l’ont traversée. Avec les camps de
scouts, les ouvroirs, les colonies de vacances et les activités pédagogiques de
la Ruche, les missionnaires ont certainement contribué à ouvrir des portes
sur l’extérieur et à modeler les jeunes esprits avides de connaissances et de
nouveautés.

Un des mérites de cette enquête orale et historique est d’avoir fait resurgir
une ancienne institution, la Ruche, consacrée uniquement aux filles kabyles.
Fondée en 1940 par les Sœurs Blanches, la Ruche est une organisation,
spécifique à la Kabylie, qui a permis aux fillettes et aux jeunes adolescentes
de s’affirmer en dehors du modèle féminin traditionnel farouchement
intransigeant à leur égard. Pourtant, au regard d’aujourd’hui, la rigueur du
modèle éducatif missionnaire, l’exigence d’obéissance, le respect des classes
d’âge, l’obligation de se soumettre à une discipline codifiée n’ont rien de
léger et d’insouciant. Malgré cela, nous découvrons de très jeunes filles
curieuses, enthousiastes, vives et empressées d’apprendre. Le passage par la
Ruche semble les avoir marquées à vie et a représenté, bien souvent, dans
leur existence, un moment unique d’affirmation d’elles-mêmes. Cela permet

- 8 -
certainement d’évaluer le rigorisme de l’éducation kabyle à l’égard des filles
qui ont trouvé, à la Ruche, la seule possibilité d’échapper, pour un temps, à
leur destinée.

Bahia Amellal s’inscrit dans cette lignée d’Algériens et d’Algériennes qui
veulent en finir avec une histoire idéologique et nationaliste. A la recherche
des souvenirs et des traces mémorielles de ses aîné(e)s, elle fait la part belle
au récit et à la mémoire et donne à l’histoire sociale de l’Algérie
contemporaine toute son humanité. Nous sommes loin des récits historiques
surdéterminés par le politique et par la guerre. Et même si celle-ci est
présente en Kabylie qui a payé, par ailleurs, un tragique tribut à sa
participation, c’est une autre Algérie, une autre Kabylie qu’elle a tenté de
faire revivre. En cela, elle a non seulement contribué au devoir d’histoire
mais également au devoir de mémoire de ceux et celles qui sont restés,
longtemps, silencieux.


Karima Dirèche,
Historienne

- 9 -











































Avant-propos à la nouvelle édition



Cette nouvelle édition, revue et augmentée, arrive à un moment où la
première, tirée en nombre restreint d’exemplaires, est épuisée. Elle est, pour
l’occasion, enrichie en informations, documents d’archives et en nouvelles
références écrites.

Cette version est celle des témoins qui évoquent leur passage dans des
structures annexées aux écoles des missions. Nombre d’entre eux étaient
alors enfants ou jeunes adolescents. Des Sœurs-Blanches, actrices du
mouvement La Ruche de Kabylie, livrent également leurs commentaires sur
cette création vernaculaire. C’est à un journal, la revue Partage (Mai, 2010)
qui les a sollicitées après la parution de la première publication de La Ruche
de Kabylie (Editions Achab, 2009, Algérie), qu’elles adressent leurs
interviews et commentaires. Elles sont reprises intégralement dans le
chapitre des témoignages pour rassembler les propos de l’une et de l’autre
des deux parties de l’association.

Les anciennes de La Ruche, indépendamment les unes des autres, soulignent
les valeurs enseignées au sein de ce mouvement : le travail, le partage, le
respect d’autrui, la tolérance…
Quant aux anciens scouts, ils décrivent le rôle joué par ce mouvement dans
la conscientisation et la formation de jeunes combattants pour l’imparable
lutte de libération nationale. En effet, cette activité implantée en montagne,
tôt au siècle dernier, par les Pères-Blancs a généré quelques années plus
tard, la naissance du mouvement scout musulman (MSA) qui a très vite
endossé et dans la clandestinité un caractère politique et ce, dès la fin de la
seconde guerre mondiale. Son précurseur, celui des Pères-Blancs, à caractère
universel, arborait les rôles de formateur et d’éducateur. Il a toutefois donné
des outils qui, d’une manière indirecte, ont également servi la cause
nationale.

Si les témoins qui ont apposé leur témoignage ici, ont accepté spontanément,
à répondre à ma requête, il est cependant faux de dire que toutes les
personnes sollicitées aient répondu favorablement. L’âge, l’épuisement et la
maladie n’en sont pas les seuls responsables. Durant la période où j’ai
entrepris des contacts pour saisir les pensées des anciens, j’ai eu à constater
de l’hésitation chez certains. Ceci témoigne de la difficulté qu’ont encore

- 11 -
aujourd’hui quelques uns à évoquer ce passé ou à s’introduire dans la culture
du témoignage publique.

Ma gratitude et ma reconnaissance vont à l’endroit de ceux qui ont accepté,
sans condition et avec diligence, d’enrichir cette édition par leurs
témoignages et réflexions ou par des documents d’archives. Ils ouvrent, par
ce geste, la voix à la parole vraie et encouragent ceux qui se cantonnent dans
le mutisme. Djoher Boudarene, ancienne de l’Essaim Orange, a mis à ma
disposition ses bulletins, qui datent de son passage à La Ruche et Françoise
Dillies, dirigeante de l’Essaim Jaune, a libéré des documents administratifs
anciens. D’autres participations, d’ordre technique et exprimées dans la
discrétion, m’ont été d’une grande utilité, je pense à Naceur Saheb, Amayas,
Yahia Boudarene, Karim Abdelli, Ferroudja Ousmer, Taoues et Farida
Ladjel et Moh-Mouloud Amellal.





























- 12 -
Avant-propos



Je dois l’inspiration de ce travail à mon père Makhlouf, écolier et scout à
Taguemount-Azouz (1928-1940) et à ma mère Fetta, écolière à Tizi-Hibel et
Abeille de l’Essaim Orange (1942-1955). Je leur dois aussi les nombreuses
et précieuses informations, anecdotes et paroles de chants. Nous avons,
ensemble, réalisé un saut au cœur de l’ancien temps, au cœur de l’homme
dont ils ont la nostalgie. Ce retour en arrière a ravivé les souvenirs les plus
lointains, un état d’âme. Il a éveillé la douce nostalgie des paysages, des
campements, des colonies, des camarades et des maîtres. Nous avons alors
retrouvé cet enfant kabyle, tiraillé entre les difficultés du quotidien et
l’incertitude de l’avenir.

Ce dont les témoins d’aujourd’hui ne peuvent se rappeler se rapporte au
traumatisme vécu par leurs aînés lors de l’intrusion de ces missionnaires. Un
de plus qui se rajoute à celui de la colonisation et de la pacification. Nos
aïeux ont eu à s’opposer farouchement à cette nouvelle vague. Cependant,
l’école, la Ruche et les camps scouts ont survécu dans cette région et dans
une époque, des années 1870 aux années 1970, chargées d’évènements. Les
moments de joie et d’insouciance partagés dans ces refuges en ont fait deux
îlots de gaieté dans un océan de tourmentes ; ces souvenirs semblent bien
gravés dans les mémoires de celles et de ceux qui les ont fréquentés.

La culture à laquelle on accède dans ces organisations est différente de la
culture locale, mais sans mettre le kabyle devant la difficulté du choix, car,
d’une part, le civisme, les valeurs humaines et morales y prédominent et,
d’autre part, les parents ont veillé à ce que la culture locale soit respectée.
Aussi, des acquis sont venus enrichir et moderniser quelque peu ce qui est
transmis par les ancêtres. La religion chrétienne a certes constitué une sorte
de barrière à ne pas franchir, mais celle-ci n’a pas empêché les principaux
acteurs, écoliers, maîtres et parents, de tirer bénéfice des différents
enseignements.

Cet écrit aborde l’école primaire, plus particulièrement l’école des missions
qui a recruté un nombre considérable d’enfants dans une Kabylie où les
structures scolaires se font rares. Très tôt, le mouvement scout a pris forme
autour des écoles des missions. Ce mouvement, connu à grande échelle et
destiné aussi bien aux garçons qu’aux filles, aura en Kabylie la particularité
de ne recruter que des garçons. Bien plus tard, on assiste à la création d’un

- 13 -
« mouvement scout féminin » : ce sera la Ruche, née en 1938 et dont les
Lois et Devises sont inspirées du scoutisme. La Ruche est un mouvement
propre et spécifique à la Kabylie, né de l’exigence que les principes
kabylomusulmans soient respectés. Pour parler de cette organisation unique, il m’a
semblé nécessaire de faire un retour sur le contexte historique et un rappel
sur le mouvement scout, à l’origine de la genèse de la Ruche.

Cet ouvrage est aussi un cocktail de souvenirs, d’anecdotes, de chants tous
révélateurs d’une formation culturelle empruntée à des européens ayant
atterri dans une contrée isolée.

Si éloge il y a dans ce travail, il s’agit de celui de l’école dans sa globalité et
de ce qu’elle peut apporter à une population livrée au hasard. Les structures
annexes ont repêché les enfants de l’errance. L’encadrement dont ils ont
bénéficié et la discipline parfois sévère à laquelle ils étaient soumis, les ont
soustraits à l’ignorance en améliorant leur quotidien. Ces établissements
avaient la particularité de dispenser des cours de haute qualité, un
enseignement aux méthodes efficaces que les missionnaires et moniteurs
kabyles détenaient. Bien entendu, durant la période coloniale, l’enfant
algérien a subi la censure de l’information qui concerne sa propre identité, sa
patrie, son histoire et sa culture. Malgré tout, l’école qui offrait au moins
l’arme de la langue française, dans une Algérie française, était souhaitée.

Tout n’est pas dit dans cet ouvrage que je dédie à tous les anciens écoliers,
toutes écoles confondues, et aux maîtres mais surtout à toutes les Abeilles
d’Algérie, en espérant qu’il réveille en eux le meilleur des souvenirs. Aux
nouvelles générations qui souhaitent renouer avec le passé de leurs
parents ou intéressées par la vie d’antan et à ceux qui restent nostalgiques de
l’époque enfantine, en espérant qu’ils trouvent ici une hospitalité amicale.

Mes remerciements s’adressent à ceux qui m’ont aidée à glaner des
informations dont d’anciens élèves des écoles des missions ou publiques,
d’anciens scouts, filles de la Ruche, enseignants dans des villes d’Algérie
durant la période coloniale ou post-coloniale.

Les témoins de cette période, sont cités comme références en témoignage de
la confiance que je leur manifeste.





- 14 -
Partie 1 : Rappels



1. Le contexte scolaire

Durant la période 1830-1962, les enfants algériens sont pour la plupart
privés de scolarisation. Si les politiques en place manifestent, quelquefois, la
volonté d’atténuer l’analphabétisme qui touche les autochtones, certains
colons puissants, à la tête de municipalités ou même d’écoles primaires,
résistent à ce changement et rendent vaines les tentatives des politiques. En
1890, on évalue à 0,3 le pourcentage d’enfants scolarisés dans la population
musulmane. Rapporté au nombre d’enfants scolarisables, il est en deçà de
2%, un chiffre trois fois supérieur à celui de 1883. La situation ira en
s’améliorant mais de peu. Ce taux s’élève à 5% en 1914. En 1948, les
musulmans âgés de 10 à 14 ans sont illettrés pour 92,4% d’entre eux. En
1954 la population indigène est neuf fois supérieure à la population
a1-3européenne et seul un enfant sur six accède à l’école primaire. Les écoles
publiques ne manquent pas dans les villes, accueillant majoritairement des
enfants européens.

En Kabylie, la situation n’est pas meilleure. A l’issue d’une enquête
4journalistique réalisée en 1939, A. Camus constate: Aujourd’hui, un dixième
seulement des enfants Kabyles en âge de fréquenter l’école peuvent
bénéficier de cet enseignement. En Kabylie montagneuse, région pauvre et
enclavée, peu d’infrastructures et pour cause, peu d’européens y vivent.
Dans la région de Sidi-Aïch, au village du Vieux-Marché, 200 postulants se
4sont présentés en octobre. On en a reçu une quinzaine . Ceci explique cela :
l’enfant kabyle à l’instar des autres enfants algériens, est cruellement privé
4d’instruction. Camus condamne , à juste titre, la politique de l’époque qu’il
décrit comme consistant à donner une poupée de 1 000 francs à un enfant
4qui n’a pas mangé depuis trois jours. Pour appuyer ses dires, il présente
entre autres, le cas suivant : 0n peut déjà noter que Tizi-Ouzou, qui possède
4une belle école indigène de 600 places, refuse 500 écoliers par an . Il en est
de même pour les grandioses structures scolaires de Djemâa-Saridj,
TiziRached et de Tililit. Nonobstant, l’exemple le plus frappant pour lui reste
celui d’Aghrib où une somptueuse école, créée au milieu d’une zone
désertique, est le symbole de cette absurde politique qui aurait mieux fait de
multiplier les structures simples, là où nécessaire, au lieu de consacrer les
budgets à l’édification d’écoles de luxe, presqu’inutiles puisqu’elles ne
couvrent pas la demande. S’ajoutent à ces anomalies, les promesses non

- 15 -
tenues. Ce pays manque d’écoles, mais il ne manque pourtant pas de crédits
pour l’enseignement. De 1892 à 1912, la construction d’écoles a marqué un
temps d’arrêt total. A cette époque, le projet Joly-Jean-Marie envisagea la
construction de nombreuses écoles à 5000 francs ; le gouverneur général
Lutaud, le 7 février 1914, annonça même solennellement la construction en
Algérie de 62 classes et de 22 écoles par an. Si la moitié de ce projet avait
été exécutée, les 900 000 enfants indigènes qui se trouvent aujourd’hui sans
4école, auraient été scolarisés .
Les zaouïas, écoles coraniques, prodiguent aussi des enseignements de
qualité mais sont peu nombreuses et n’offrent pas beaucoup de débouchés.
Certaines d’entre elles formaient des cadis et des muftis. Vers 1900, les
principales zaouïas de Grande-Kabylie, étaient celles de Sid-Ali-Mousa,
Cheikh Bachir, Taguemount, Bouassem, Boukhalfa, Sidi-Mansour,
Sidi6Mousa, Oudris, Sidi- Abderrahmane et Sidi-Ali. Dans la commune mixte de
Sidi-Aïch de 1888, il y avait les zaouïas de Si Mohamed Ben Haddad (tribu
d’Ikedjan), Sidi-Zian (Barbacha) ; Tagma (Béni Khateb) ; Ibahlal (Béni bou
Beker) ; Sidi-Khali (Beni Djelil) ; Sidi-El- Djoudi ; Sidi-Saïd (Senhadja) et
les quatre zaouïas de la tribu des At- Ouaghlis : de Sidi-Moussa (Tinebdar) ;
de Sidi-Mohamed-Zerouk (Izerouken), de Sidi-Yahya-ou-Moussa et de
SidiEl-Hadj-Hassain. En moyenne, sept cents enfants par an fréquentaient ces
5zaouïas. De toute évidence, il est faux de prétendre que les missionnaires,
arrivés en 1873 en Kabylie et créant plusieurs écoles depuis, aient renversé
les chiffres.

6-8,58, 63 2. Histoire d’une implantation

C’est au lendemain du soulèvement insurrectionnel de 1871, où la
Kabylie tente de recouvrer sa liberté, que les missionnaires s’introduisent en
terre occupée. Ils trouvent une population qui porte une haine sans nom à
l’égard de celui qui l’a écrasée militairement. Les montagnards accueillent
les chrétiens de la pire manière. L’administrateur, le militaire et l’ecclésiaste,
ne représentent qu’un : l’ennemi.
C’est donc cette Kabylie affamée et démunie que Charles Lavigerie,
archevêque d’Alger (1867-1892), cible pour lancer sa large opération
d’évangélisation : L’Algérie n’est qu’une porte ouverte sur un continent,
disait-il. L’ambitieuse mission Africaine, prend son point de départ en
Algérie avec une première implantation des missionnaires d’Afrique,
communément appelés Pères Blancs, à Taguemount-Azouz le 15 février
1873. D’autres postes s’ouvriront pour cerner la région, un siècle durant.

a Dans le chapitre Références, en fin de volume, on trouvera l’ensemble des sources (écrites et
orales) consultées, affectées du même numéro que celui attribué dans le texte.

- 16 -
Cette mission a traversé les frontières kabyles pour s’étendre au Sahara, dans
la région du Mzab et aux Aurès où un seul poste a été ouvert en 1893 à
Arris, pour une durée de vingt-quatre années. Un hôpital s’y érigera en
décembre 1893 et une école en 1896. Ce poste ferme ses portes en 1917
58après son transfert, vers 1910, à Médina .
Les limites sahariennes sont franchies à leur tour par cette opération qui
63rejoint d’autres territoires africains dont le proche voisinage, la Tunisie .

Les moyens investis en Kabylie sont énormes et à l’échelle des espérances
de l’archevêque, sûr de pouvoir atteindre son objectif religieux dans cette
aire. On comprend donc l’enracinement profond de cette action, reconvertie
au culturel, alors qu’au Mzab et aux Aurès où les investissements étaient
beaucoup moins conséquents, la mission a avorté et n’a laissé que peu
58, 63d’empreintes .

Tout cela démarre une fin d’avril, en 1872. Mgr Lavigerie en visite pastorale
à Fort-National (Larbaâ-Nath-Irathen), demande que l’accompagnent des
orphelins kabyles provenant des famines de 1867-1868, transférés au centre
des Attafs à Orléansville (El-Asnam). Lorsque la petite troupe arrive non
loin de Fort-National, les enfants s’écrient : C’est notre village ! C’est
6Taguemount-Azouz !

Ainsi, le 2 février 1873, des Pères quittent Alger pour Taguemount-Azouz.
Ils font escale à Fort-National où la neige les contraint à l’immobilisation
pendant quatorze jours. Ce n’est que le 15 au soir qu’ils atteignent les
AtAïssi, où l’Amin et les notables de Taguemount-Azouz les conduisent à la
demeure qu’ils ont louée. Le propriétaire leur apporte une natte, une galette
et un peu d’huile. Dans la maison où nous venions de nous installer, on
remarquait pour tout ornement quelques jarres kabyles destinées à recevoir
l’orge et les figues, un poêle servant à la fois de foyer et de cuisine, en face
se trouve un bien modeste autel, fait d’une planche et de quelques linges, en
dessous coulait un ruisseau destiné à la salubrité de la maison. Les tables y
étaient inconnues et chacun écrivait où il pouvait. Le soir venu, on se
disposait à prendre son repos sur le sol mais il n’était pas rare de se voir
6troublé au milieu de son sommeil par des gouttières importunes .
L’habitation est voisine de celle de l’Amin qui, peu enchanté d’avoir de tels
voisins, propose un emplacement plus spacieux à l’entrée du village.

Les religieux se mettent vite à l’œuvre pour gagner les cœurs. D’abord une
école aménagée dans un gourbi que seuls quelques très rares récalcitrants
fréquentent. Ils écrivent sur les cantines des Pères. Les notables à la tajmaâït
interdisent l’envoi des enfants chez ces chrétiens. En 1874, rien que deux

- 17 -
enfants. Des « recruteurs » d’écoliers sont engagés. Ils perçoivent 50
centimes à chaque nouvelle « tête ». Un père punit son fils en le suspendant
par les pieds à une poutre car, poussé par la curiosité, il s’est rendu à cette
école. En 1891, une cinquantaine d’adultes de 15 à 30 ans fréquentent les
cours du soir. En 1923, on crée une troisième, puis une quatrième classe
pour arriver à une école digne de ce nom.
Pendant ce temps de nouveaux Pères arrivent et parcourent les villages
avoisinants. Il faut multiplier les postes.

Le 28 juillet 1873, ils se rendent chez les Aït-Arifs à Iberkanen
(BordjMénaël) pour louer une maison et, si possible, acheter un terrain. Si ces
objectifs sont atteints aisément, une cohabitation paisible avec les Aït-Arifs
n’a jamais été possible. Le 8 Avril 1879, au bout de vaines tentatives, la
station ferme.

On explore la région des Ouadhias. Une demeure est louée à
TaourirtAbdellah le 28 mai 1873. Les Pères s’y installent et le hangar est dédié à
l’école. Les visites commencent à s’organiser, les mendiants ne tardent pas à
tendre la main et les malades à réclamer remèdes et soins. Octobre 1874, les
quarante enfants inscrits dans cette école viennent de tous les villages sauf
d’Aït-Berjel. Les femmes font obstacle. Fin 1875 : un seul enfant. Janvier
1876, le fondateur reproche aux Pères cet échec : Le poste sera fermé s’il n’y
a plus d’enfants. Les enfants se présentent enfin. Les Pères reçoivent des
livres, des cartes murales et des récompenses pour les méritants. La
distribution des prix a lieu en août, la première aux Ouadhias. Les
récompensés circulent au village avec leur gandoura neuve. Une vieille dame
se présente chez les Pères, réclamant sa part. C’est ainsi qu’en octobre 1876,
vingt-trois élèves franchissent le seuil de l’école. Un Cheikh a promis aux
Ath-Abdelkrim et Ath-Chellala d’ouvrir une école maraboutique et de
prendre en charge les démunis. N’envoyez pas vos enfants chez les Pères,
quand ils n’en auront plus ils quitteront le pays comme ils ont fait aux
AitArifs. L’administration hostile envers ces religieux, promet en 1893 la
construction d’écoles dans le secteur des Ouadhias. En attendant, l’école des
Pères accueille cent dix enfants et en renvoie cinquante, faute de place. Au
printemps on distribue 165 gandouras aux 110 élèves. Certains en ont pris
pour leurs frères !

Décembre 1876, les Pères s’installent dans un gourbi loué entre Ouaghzen et
Taourirt-Manguellat. Les sages interdisent à la population de se rendre chez
ces étrangers pour des raisons autres que médicales. L’école ouvre ses portes
le 2 novembre 1879. Une dizaine d’enfants se présentent. Août 1880 : les
Pères distribuent des prix aux meilleurs élèves.

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Les Pères sont à Bou-Nouh et à Tizi-Ouzou en 1874, à Ighil-Ali en 1879, à
Djemâa-Saridj et à At-Yanni (Aït-Larbâa) en 1883, à Kerrata en 1895, à
Fort-National en 1920 et à Oued-Aïssi en 1926. En somme,
les missionnaires s’enracinent dans un rayon d’une trentaine de kilomètres
autour de Fort-National. En Petite Kabylie, deux postes seulement : Ighil-Ali
et Bordj-Mira.

A noter que d’autres postes ont été créés puis supprimés ou transférés
ailleurs dont le poste de Tazmalt créé en 1877 puis transféré à Ighil-Ali en
1879 et le poste de Mekla créé en 1918 puis transféré à Djemâa-Saridj en
7 1921.

La date de construction des écoles peut être plus ou moins éloignée de la
date de création des postes respectifs. A titre d’exemples, à Ouaghzen il a
fallu attendre trois années entre l’ouverture du poste et le démarrage de
l’école. A At-Yanni et Djemâa-Saridj, la passation des postes Jésuites aux
Pères aurait freiné l’activité scolaire. Cette transition à Fort-National se
8 serait produite sans période creuse.

2, 5-9, 58 3. Etat des lieux à l’arrivée des Pères-Blancs

Le cas des At-Yanni est une belle exception. L’école Jésuite destinée aux
autochtones est créée en 1873, à At-Larbâa, elle revient en 1883 aux Pères
Blancs et continue de recruter des élèves. Cette année 1883 voit aussi la
naissance d’une école publique française, à Taourirt-Mimoun (école que
fréquentera, plus tard, Mouloud Mammeri) et dirigée par l’instituteur laïc
58 Verdy dont elle porte le nom. Durant la guerre de libération, cette structure
éducative a été détournée par l’armée française pour devenir un centre de
détention. La morale qui y était enseignée fût délogée par la torture. « Très
vite, cette prestigieuse école, berceau de plusieurs générations
68d’intellectuels, se transforma en un clin d’œil en un sinistre bunker » .
L’école Verdy a survécu à cet épisode et les enfants ont retrouvé leurs sièges
68légitimes dans la même enceinte dite du chahid Larbi Mezani . Avec ses
trois classes, cette école ministérielle est la plus vieille école française
d’Afrique. En 1894, on crée trois autres écoles à At-Lahsen, Agouni Ahmed
58et Taourirt Lhedjadj ainsi qu’une école manuelle à At-Larbâa . « La tribu
des Beni Yenni, d’après le dernier recensement, n’a que six mille deux cents
âmes et elle va voir dans quelques jours fonctionner six écoles : cinq écoles
58primaires et une école manuelle » . Un privilège qui a donné aux At-Yanni
une avance intellectuelle et manuelle sur leurs voisins.


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A Fort-National, il y a l’école des arts et métiers née en 1867 et l’orphelinat
6, 9de Taddart-Oufella fondé en 1884. Cette école ferme ses portes en 1898,
faute d’argent.

A Djemâa-Saridj, deux classes Jésuites ouvrent en 1873, pour 112 enfants
âgés de 9 à 18 ans. En 1875 c’est une grande école, à l’ombre des hêtres, qui
émerge de la terre de Djemâa.

4. Arrivée des Sœurs

En 1878 : les Sœurs sont installées aux Ouadhias. D’autres rejoignent les
autres postes où leurs collègues, les Pères, se trouvent. L’école féminine va
s’imposer à chacun de ces postes pour apporter à la fille kabyle sa part
d’enseignement. L’adjonction d’un ouvroir et d’une section ménagère à
l’école renforce la formation de ces fillettes à tous les niveaux : maîtrise de
la langue d’enseignement, initiation à des travaux appropriés et adaptés aux
usages locaux tels que l’hygiène domestique, la puériculture et l’instruction
6-7,9ménagère (couture, repassage, tricot, lessive...).

8La chronologie d’arrivée des Sœurs est la suivante : Ouadhias (1878) ;
AtSmaïl (1884) ; Djemâa-Saridj (1887) ; At-Manguellat (1894) ; Ighil-Ali
(1894) ; Tizi-Hibel (1895) ; Tizi-Ouzou (1919) ; Oued-Aïssi (1925) ; Akbou
(1928).

Pour des raisons pratiques, les Sœurs rejoignent parfois leurs collègues, les
Pères, pour travailler dans les mêmes lieux. Les villageois, toujours
méfiants, épient ces européens à la culture différente et les boudent à toute
occasion. De leur côté, attentifs aux exigences culturelles, les missionnaires
redoublent d’efforts, de subtilité et de patience pour reconquérir la confiance
de la population locale. Ils se lancent dans des études nouvelles, s’appliquant
7à une connaissance sérieuse de l’Islam et du droit coranique. Ils affichent
aussi de la prudence dans leurs gestes et faits. Les Sœurs et les Pères ne
partagent pas la même enceinte de vie, principe religieux qui plus est,
compatible avec la culture locale. Il est à préciser que cette évolution, lente
dans le temps, n’a abouti à une cohabitation stable et sereine qu’aux
alentours des années 1930, pas loin de l’année où apparaîtra la Ruche. A
partir des années vingt, le Kabyle cesse d’être agressif à l’égard de
l’administrateur et du missionnaire et donne un autre visage à sa résistance.
Celle-ci devient organisée, syndicale ou politique.




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5. Bourgeonnement des écoles des missions en Kabylie :
Entre la méfiance des uns et la détermination des autres

La pauvreté, le manque d’hygiène et la topographie accidentée de la
Kabylie ne sont pas les pires difficultés auxquelles ont été confrontés les
missionnaires, il fallait faire face également à la méfiance et au rejet de ses
habitants à leur égard. Les autorités administratives et militaires,
anticléricales pour la majorité, étaient aussi hostiles à cette présence qu’ils
savaient susceptible d’engendrer des réactions au sein de la population
58 encore très réactive et attachée à son Islam.
A tout cela, s’ajoute le problème de la langue. Les Pères font l’effort
d’apprendre l’arabe et le berbère mais endossent vite les rôles d’éducateurs
et de soignants. En attirant les autochtones dans ces enceintes, ils tentent de
mieux apprivoiser la population, communiquer et, pourquoi pas, se faire
accepter. Si les soins prodigués ne sont pas refusés par les habitants, les
salles de cours sont totalement boudées. La méfiance s’atténue au fil du
temps pour laisser place à une confiance naissante et les salles uniques se
6-10transforment alors en véritables écoles.

10 Mouloud Féraoun, en 1956, écrit dans Jours de Kabylie à propos de ces
missionnaires instituteurs : Ainsi, chez nous, ceux qui ont connu ces vieux
maîtres ne disent pas qu’ils furent des apôtres et des saints. Ils disent que ce
furent d’honnêtes gens, toujours prêts à rendre service, des savants qui
avaient bien vite gagné l’admiration, l’estime et le respect. Très souvent ils
ajoutent « Que Dieu leur réserve une place au paradis », ce qui est touchant,
malgré tout, car cette place au paradis, le Kabyle la souhaite rarement à qui
ne la mérite pas. Surtout lorsqu’il s’agit d’un roumi.

C’est donc dans un climat ponctué par des hésitations que les écoles des
missions ont bourgeonné au cœur des montagnes, pour n’accueillir que des
garçons, pour commencer. Malgré les embûches diverses et épuisantes, le
boycott de l’école pour un oui ou pour un non et le manque de
16reconnaissance , les missionnaires tout en respectant les frontières
kabylomusulmanes continuent leurs tournées villageoises, prodiguant des soins
parci et distribuant des dons par-là pour finalement voir poindre
progressivement une confiance et une grande popularité. Ainsi, leurs écoles
finissent par connaître une belle affluence. Les villageois, nombreux, ne
disposant pas d’école localement, se présentent chez les voisins. Les adultes
aussi réclament leur part d’enseignement ; on leur organise des cours du soir.
L’offre ne répond plus à la demande si bien que des enfants se voient refuser
l’école faute de place. Portés par ce succès inouï, les missionnaires sollicitent

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