Philosophie de la guérison dans l'epérience pentecôtiste : défis d'une religion thérapeutique

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La médecine subirait-elle de nos jours l'offensive de la religion ? A cette question, l'observateur scientifique ne peut échapper. En effet, la prolifération des communautés thérapeutiques demeure un phénomène marquant de notre modernité ; ce qui peut surprendre vu les progrès de la médecine scientifique rationnelle. Qu'y aurait-il donc de plus à suivre des prescriptions empiriques, non validées par la faculté ? Serait-ce le contact chaleureux ? Serait-ce la prise en charge de la totalité de la personne humaine ; ce que ne ferait pas la médecine moléculaire ? Cette médecine religieuse se baserait-elle sur une nouvelle anthropologie ? Autant de questions auxquelles il faudrait répondre devant les miracles de la guérison par la foi.


Dans cette étude qui prend le Pentecôtisme comme paradigme, l'auteur entend démontrer la logique de ces communautés et leurs pratiques, lesquelles s'appuient sur une lecture des Textes bibliques ainsi que leur philosophie de l'acte de guérir.


Il s'agira par ailleurs de signifier dans cette étude, les limites de ces pratiques qui récusent, le plus souvent la médecine conventionnelle.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844506467
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PhILOSOPhIE DE LA GUéRISON… - MAxBéLAISE
1. l’iDeNTiTé CHaRisMaTiCO-PeNTeCÔTisTe?
1.0 ConSIdÉràtIonS prÉLImInàIrES Quiconque veut, un tant soit peu, saisir la nÉbuleuse pentecôtiste doit s’en rÉfÉrer à l’HistoricitÉ de ce mouvement pour mesurer les enjeuX de son eXpansion. On ne peut improviser dans cette (en)-quête au sein de cette galaXie, des mouvements de l’Esprit. Etonnemment, le pentecôtisme est en passe de devenir la seconde confession cHrÉtienne à travers le monde. Dans les pays dits du Sud, il pro-gresse et s’adapte au point de pHagocyter la culture ambiante et l’intÉgrer à sa liturgie. Les individus sont attirÉs et se laissent attirer. Que peut signi-fier cette progression dans la vie d’individus, moins portÉs à faire face à leur quotidiennetÉ et à son lot de souffrance mais, avides du dÉpaysant-refuge et de l’eXotisme de ce mouvement ? Dans leurs tÉmoignages, vÉri-tables confessions publiques, ils se sentent entrant dans un groupe qui manifeste les vertus de la famille et de la fraternitÉ. Dans les rassemblements, tout est diffÉrent du quotidien; car s’y côtoient, et se bousculent pour les prêcHes des prÉdicateurs dÉbordant de cHarismes, des individus de toutes conditions mus par l’unique mobile d’êtreau contact du Seigneurdes cieuX et de la terre; et certainement du seigneur des lieuX, prêtres-cHamanes des temps modernes mais aussi apôtres, propHètes selon la qualification de l’École de l’Esprit. Là, il importe de se sentir toucHÉ par le feu de l’Esprit ; et en communiant à l’Évènement qui se dÉroula, certes, à la pentecôte; mais qui demeure contemporain du rassemblement cultuel, faire partie de la famille univer-selle des enfants de l’Esprit qui s’est manifestÉ lors de cet Évènement His-torique. Aucune manifestation venant des spHèrescélestesne trouve plus vif accomplissement qu’en ces moments où cHacun se veut et se sent acteur, refuse toute passivitÉ par peur de repartir sans la visitation tant sou-HaitÉ. Cette dimension de la cÉlÉbration est à la fois don du ciel et consÉ-quence de la consÉcration de l’être de cHacun. L’adepte est à même d’être officiant de cette grand-messe et d’être le point de passage de cette « puis-sance d’en Haut » qui libère sur cHaque participant l’Énergie vitalisante dont il a besoin pour sa vie propre et pour assumer sa mission de prosÉ-lyte. Son être est le lieu où se dÉverse la bÉnÉdiction dont il a besoin pour sa situation. C’est dire que la prÉoccupation matÉrielle semble être le fac-teur essentiel de cet entHousiasme et ce, beaucoup plus qu’une dÉmarcHe ontologique et eXistentielle. L’individu, sous ces latitudes, trouve un moyen de rompre avec la dure rÉalitÉ de son eXistence. Cette rupture se
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situe, ou le situe, dans le placenta de la communautÉ ecclÉsiale qu’il vient à constituer avec d’autres coreligionnaires. La communautÉ, vÉritable refuge, fait de lui un Homme nouveau dont le cHangement de vie se limite à une croyance qui en dÉfinitive s’impose à lui. Si par la suite il manifeste son adHÉrence auX doctrines ÉnoncÉes, celle-ci ne doit pas se situer en rÉbellion par rapport à l’ordre instituÉ. Ainsi, persuadÉ d’être cet Homme nouveau, il adoptera les contraintes de ce statut et ne manquera pas de le faire connaître autour de lui. Il transcende sa condition et entre dans cette vaste famille de ceuX et de celles qui ont vaincu l’opprobre de leurs ori-gines sociales, qui ont trouvÉ motifs de vivre et d’eXister. Certains ont ÉtÉ portÉs sur les devants de la scène au moyen de leur religiositÉ devenant acteur de la citÉ. C’est ainsi que, dans certaines contrÉes d’AmÉrique du Sud, de simples individus inspirÉs par l’Esprit et propulsÉs par le mouve-ment sont venus à s’intÉresser auX laissÉs pour compte de la sociÉtÉ mer-cantile et ont ÉtÉ mandatÉs politiquement pour cette mission. Mais, tous ne participent pas à la noble cause qu’elle soit sociale ou politique ; l’ici-bas n’est pas du ressort des enfants de Dieu. Seul importe le royaume à venir 39 d’autant que son surgissement est imminent. La polaritÉ escHatologique est, dans certaines brancHes, particulièrement dÉveloppÉe et celle-ci ne peut que prendre de l’ampleur à mesure que l’on approcHe la fin du millÉ-naire. L’adepte en s’y conformant n’aurait aucune raison de s’intÉresser à une Terre vouÉe à la colère destructrice du Dieu des pentecôtistes. Ce dis-cours contraste avec les possibles et les rares interventions des adeptes dans la vie sociÉtale.
C’est qu’il y a polymorpHie des discours, laquelle ne tiendrait en rien d’autre qu’à une lecture des teXtes bibliques, car l’eXÉgèse des pentecô-tistes se refuse à la scientificitÉ tHÉologique. Pratiquer cette science de Dieu, c’est pactiser avec le père du mensonge, lequel n’est autre que Satan. Pour les leaders de cette confession, les dÉviances de l’Eglise ne serait que la faute de ces discoureurs qui ne visent qu’à troubler le peuple de Dieu plutôt qu’à l’aider. De toutes les façons, le concours de l’Esprit suffit et il importe de mettre de côtÉ la rationalitÉ qui ne mène qu’à la ruine de l’âme. L’intervention de l’esprit est la conditionsine qua nond’une HermÉneu-tique dont la dialectique serait dans bien des cas manicHÉenne et consiste-rait à opposer au bien, le mal et celui qui en est l’incarnation à savoir, le diable. Mais, la pensÉe occidentale, conçoivent-ils, « basÉe sur une facultÉ de raisonner typiquement Humaine, rÉagit fortement lorsqu’on lui suggère que des forces spirituelles mauvaises complotent la ruine de l’Homme et 40 travaillent de façon invisible » .
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L’escHatologie est la science des fins dernières de l’Histoire. Elle a trait à la fin du monde. M. harper,Le ministère de guérison de Jésus, Nîmes, Vida, 1995, p. 32.
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Cette simplification de l’interprÉtation eXpliquerait ce succès du mou-vement qui radicaliserait l’une des formules-clÉs de la RÉforme protes-tante qu’estla sola scriptura. Le croyant, tout en Étant tributaire du groupe, n’a besoin d’aucune lecture savante, qui ne lui serait d’aucun secours, mais a seulement besoin d’être mis en contact avec l’Esprit. Il serait, en apparence, libre de tout clergÉ mais la rÉalitÉ dÉmontre une dÉpendance qui laisse certains penser auX pasteurs comme à de vulgaires gourous, si ce n’est à des papes des fiefs-communautaires qu’ils ont le plus 41 souvent fondÉ . L’eXÉgèse pentecôtiste se veut fondamentaliste, littÉraliste faisant de la lettre la clÉ de l’interprÉtation. Pour le tHÉologien catHolique canadien R. Bergeron, « le fondamentaliste estsolus cum sola scriptura, à 42 la fois eXÉgète, tHÉologien et pape » . Toute l’HermÉneutique reste prison-nière de la lettre à cause du refus d’accorder un quelconque crÉdit auX sciences Humaines. Seul demeure valide ce qui reçoit le sceau de l’Esprit. Ce critère totalement anacHronique reste le seul qui soit objectivable pour 43 les pentecôtistes. D. Lecourbe , Écrit pour sa part, que pour les fonda-mentalistes amÉricains « il faut croire à la vÉritÉ littÉrale de la Bible dont le teXte est intÉgralement et directement d’inspiration divine ». Le fonda-mentalisme plus Érudit ne quitte pas ce terrain pour autant et n’accorde aucune attention à une lecture critique. Les consÉquences sont quelquefois catastropHiques pour nombre d’individus qui n’articulent pas à leur pra-tique quotidienne cette ÉtHique qui se veut tHÉologique.
44 Il n’est donc pas Étonnant que la qualification de secte ait souvent ÉtÉ appliquÉe à ces communautÉs d’une part, à cause du repli identitaire, de la rupture d’avec le monde et sa culture -ce qui la justifie comme secte eu Égard à la typologie Eglise/secte de Weber et de TroelscH pour qui l’Eglise est coeXtensive à la sociÉtÉ- d’autre part, par l’absence d’une libertÉ qui permettrait à cHacun des membres d’être penseur de son acte religieuX et de sa vie. Mais en ce domaine tout a ÉtÉ observÉ. L’insidieuX et le perni-cieuX se côtoient et cèdent peu la place à la libre eXpression et la libre rai-son de cHacun des membres. La singularitÉ de l’individu, ce qui fait de lui un être indivis et donc unique, n’est pas prise en compte. Contester et le discours et les pasteurs, revient à être anatHÉmatisÉ et lorsque cela ne relève que de l’anecdote -selon le point de vue de l’autoritÉ- se voir rap-peler que l’on attriste l’Esprit, autrement dit que l’on offense la troisième
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L’Histoire retiendra le cas d’un de ces pasteurs ayant vendu avec les locauX de son Église, cHacun des membres de sa communautÉ. C’est lors de son premier office que le repreneur de pasteur informa la communautÉ, qui ignorait tout de la transaction, que cHacun des membres Étaient « son bien » puisqu’il paya contre monnaie son-nante et trÉbucHante cHacun d’euX. R. Bergeron,Les fondamentalistes et la Bible, QuÉbec, Fides, 1987, p. 56. Ibid., p. 88. L’etHnologue N. Luca et le journaliste F. Lenoir dans leur enquête soulignent cette dÉrive sectaire. N. Luca, F. Lenoir,Sectes, mensonges et idéaux, Paris, Bayard, 1996, pp. 61-66.
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Personne de la trinitÉ. En dÉfinitive, l’individu, du fait de sa redevabilitÉ à l’Égard de la communautÉ qui l’a aidÉ à se rÉHabiliter et retrouver sa dignitÉ, se doit la stricte observance au risque d’eX-communi(cati)on et de nouveau d’errements dans ses voies. A cela s’ajoute le cortège de propHÉ-45 ties aussi ubuesques les unes que les autres. NombreuX sont donc les stra-tÉgies de dÉfense des uns et des autres pour Éviter toute nÉvrose ecclÉsiogène. Les tÉmoignages que l’on peut recueillir font, d’ailleurs, contester le propos du sociologue de la religion qu’est J.P. Willaime quand il considère « le pentecôtisme comme vecteur de modernitÉ à travers la 46 moralisation de l’individu qu’il opère » . Nombre d’adeptes en crise de pentecôtisme ou en passe de rupture seraient offusquÉs de cet Éloge dont ils ne manqueraient pas de contester l’objectivitÉ. Ayant dans la plupart des cas dÉcHantÉ une fois passÉe la pÉriode d’eupHorie liÉe à la dÉcouverte, ces adeptes se sont trouvÉs en rÉvolte contre euX-mêmes, estimant qu’il y a tromperie, et ayant fait peu usage de leur libre arbitre. Mais peut-être ce constat du sociologue ne serait-il valide qu’en rÉgions plus nanties, là où le pentecôtisme est en prise directe avec la modernitÉ et de ce fait ne peut s’en eXtraire. Autrement dit, dans les pays du Nord, la rÉalitÉ serait toute autre et le cHarismatico-pentecôtisme, après s’être fait fustiger par les Eglises institutionnalisÉes, serait contributeur de progrès pour les indivi-dus membres. Ce faisant, le tableau prÉcÉdemment dÉcrit ne prend en compte que des tÉmoignages d’individus vivant au pays de Descartes là où la science fait des bonds gÉants parce que reposant sur les principes de l’eXpÉrimentation et de la tHÉorisation des faits observÉs. Si donc pour une partie de l’HÉmispHère terrestre, la carence matÉrielle accule les individus à la religion comme opiacÉe, dans l’autre partie - la plus aisÉe matÉrielle-ment - c’est l’effet pervers de la tecHnicisation de la sociÉtÉ qui font des personnes des « proies » de ces communautÉs très prosÉlytes. D’ailleurs, c’est l’eXplication qu’avancent les pentecôtistes qui dÉcrivent en ces termes ces sociÉtÉs aisÉes : « beaucoup sont dÉsespÉrÉs par une sociÉtÉ matÉrialiste et sans buts spirituels, ils se sentent seuls, incompris dans un 47 monde froid et sans amour » . C’est dans le but de venir en aide auX lais-sÉs pour compte des pays dÉveloppÉs que les pentecôtistes dÉploient leur activante Énergie et de ce fait entendent convaincre « les pHilosopHes
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Celles-ci sont prononcÉes lors de transes des individus qui s’adressent à l’audi-toire. CHaque membre prenant, au passage, ce qui lui est destinÉ. Certains sont des inconditionnels de ces propHÉties qui constituent le moteur de leur vie. Celles-ci lui seront d’un secours dans le cHoiX d’un(e) conjoint(e) mais dans d’autres domaines tels le cHoiX d’une carrière, l’annonce d’une maladie. Les risques de se tromper sont rares car cela vient de Dieu. J. P. Willaime, « Le pentecôtisme : contours et paradoXes d’un protestantisme Émotionnel », inArchiv es des sciences sociales des religions, 1999, n°105, p. 23. G. Fo,Miracles en France aujourd’hui, Grezieu la Varenne, Viens et Vois, 1993, p. 91.
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incrÉdules, rationalistes, cartÉsiens de la nÉcessitÉ de connaître le Sauveur merveilleuX » comme le postule le prÉfacier d’un ouvrage dont le titre est 48 Évocateur « GuÉri par la parole » . Dans le cadre de la santÉ, objet de notre recHercHe, une efficace tHÉrapeutique prend pour nom de discipline la 49 BibliotHÉrapie avec comme support le livre le plus lu et le plus vendu au monde à savoir la Bible.
Nous sommes donc face à un mouvement dont l’universalitÉ tient à la propagation de ses doctrines sur diffÉrents supports et par l’apostolat de ses ambassadeurs qui font le tour du monde propageant, quelquefois, plus leur culture et leurs peurs que la Bonne nouvelle des Ecritures eXaminÉes à la lumière des dÉcouvertes rÉcentes. D’où vient donc ce mouvement et d’ou tire-t-il sa force ?
1.1 UnE rELIgIon d’ImportàtIon À fortE potEntIàLItÉS àdàptàtIvES La rupture qu’engendre l’appartenance au mouvement, et dont nous avons vÉrifiÉ la rÉalitÉ, a ÉtÉ celle de ces Hommes et ces femmes, de toutes conditions, qui trouvèrent en son sein l’Énergie pour vaincre la rÉalitÉ ambiante de l’AmÉrique du dÉbut du siècle -discriminations raciales- et initier cette confession cHrÉtienne. Faisant fi de toutes considÉrations pour seulement recevoir, de l’AltÉritÉ divine, l’Énergie qui commuerait leur dÉsespoir en espÉrance, leur peur en courage. C’est en 1905, sous l’insti-50 gation d’un pasteur noir que prit naissance le pentecôtisme duquel le cHa-rismatisme est issu. L’eXpression renouvelÉe de celui-ci -communÉment 51 appelÉe le Renouveau - n’est que le pendant catHolique romain du pente-côtisme qui vit le jour dans les annÉes soiXante diX. ContestÉ par ceuX qui ne pouvaient tolÉrer pour des raisons raciales l’autoritÉ d’un pasteur de couleur, la postÉritÉ n’a pas retenu son nom. Pourtant, c’est de lui que vint l’Élan qui allait faire de ce mouvement un mouvement vital. L’utopie de Seymour rÉsidait dans sa perception d’une fraternitÉ de races et d’indivi-52 dus de toutes conditions laquelle serait scellÉe du sceau de l’Esprit-Saint. DÉsormais, s’ouvrait une ère nouvelle qui allait rÉvolutionner la vie Humaine dans sa terrestre condition. Cette vision allait prendre forme au sein de cette sociÉtÉ de pentecôte où très tôt la commune nature pÉcHeresse allait briser ce rêve, ÉveillÉ dirait-on. L’autoritÉ du leader cHarismatique bafouÉe, la dÉsaffection de nombreuX acolytes, la jalousie, ce cocktail dÉtonant et Étonnant, allaient avoir raison de la passion de Seymour. Les
48 P. Sadot, GuÉri par la parole, Feignies-France, Eternity PublisHing house, 1998, p. 5. 49 P. Sadot,Ibid., p. 38. 50 W. Seymour, pasteur baptiste noir. 51 Celui-ci est très diversifiÉ affirme l’antHropologue amÉricain TH. J. Csordas dans l’Étude qu’il lui a consacrÉ. TH. J. Csordas,The sacred self, California, University of California Press, 1994, prÉface p7. 52 P. hoecken Écrit ceci à propos du mouvement : « son caractère inter-racial et le fait d’être dirigÉ par un pasteur de race noire constituaient les deuX traits les plus
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Historiens de cette Époque, engluÉs dans les questions de races, ont peu citÉ cette figure de proue du mouvement. Cependant, tout laisse à croire que la marque de Seymour a ÉtÉ , de façon indÉlÉbile, apposÉe sur le mouvement pour des siècles durant. Le tHÉologien rÉformÉ belge W. hollenweger n’HÉsitera pas à dire que « le mouvement pentecôtiste est Également, à ma connaissance, la seule communautÉ ecclÉsiale cHrÉtienne fondÉe par un 53 cHrÉtien noir » . Etait-ce l’Humour de la troisième personne de la trinitÉ le maître d’œuvre de l’affaire, que de cHoisir cet apôtre des temps modernes ? En quoi donc cette empreinte se fait-elle relevÉe si la tHÉologie, discours rationnel sur Dieu, n’Était pas dans la ligne de mire des pionniers du mou-vement -peut-être ont-ils ÉtÉ comme monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir ? En revancHe, dans la liturgie, les origines etHniques se sont fait ressentir et ce, jusqu’à l’aujourd’Hui de ce jour.
Sous le feu de l’Esprit, il n’y a pas d’ordre mais bien dÉsordre. L’or-ganisation Humaine dans ses ÉcHafaudages ne tient plus debout. Il y a à cÉder la place à l’invitÉ de marque, en la personne de l’Esprit. Cet Hôte n’est plus contrôlable et quand il se prend à saisir ceuX et celles qui l’ac-54 cueillent alors, il fait dans l’eXcès de la transe et de la glossolalie . Sous 55 son empire , on se tromperait en croyant l’assemblÉe sous l’emprise de la boisson alcoolique. Mais, il importe peu pour elle d’être qualifiÉe ainsi. Pour le Seigneur, l’opprobre est à supporter, vaillamment, stoïquement. C’est à ce rÉgime-là que l’on reconnaît les saints, ceuX qui ont subi l’École de l’Épreuve et de son acceptation . A ceci se mêlent danses et cHants, incantatoires et reconnaissants, dans un mouvement qui rappelle que dans cette confession, se mÉlangent pratiques africaines, afro-amÉricaines et pratiques cHrÉtiennes. En ce sens, Seymour a laissÉ sa griffe. Cette apprÉ-ciation n’a pas l’approbation de bien des Éminences grises du mouvement. Certains, timidement, mentionnent Seymour, d’autres pas du tout. Pour-tant, toute la pensÉe de ce mouvement nous semble dÉcouler de ce syn-crÉtisme de pratiques. Toujours est-il que le sociologue de l’UniversitÉ de harvard, harvey CoX, donna à titre postHume à ce ministre de couleur les lauriers qu’il ne reçut pas de son vivant. Dans son livre, compte rendu assez fidèle de l’atmospHère et de la pensÉe de ce milieu, il en parle comme d’un gÉnie religieuX qui a rÉussi l’alcHimie de la syntHèse entre cHristianisme et HÉritage spirituel africain. Est-ce ce fondement qui a
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W. hollenweger, « De l’Azusa street au pHÉnomène de Toronto », inConcilium, 265, 1996, p14. La glossolalie se rapporte à l’ÉvÉnement de la Pentecôte, tel que le rapporte le livre des Actes des Apôtres en son cHapitre deuX (2). Selon le narrateur, les Hommes et les femmes prÉsents reçurent le pouvoir de parler en langues. Et quoique de dialectes diffÉrents, ils purent s’entendre et se comprendre dans leurs propres idiomes. Les contrefaçons eXistent en ce domaine. De passage auX Etats-Unis, une de nos connaissances nous rapportait sa visite dans une de ces Églises où l’on n’HÉsita pas à installer un fils Électrique dÉlivrant une lÉgère dÉcHarge à ceuX qui Était invi-tÉs à s’approcHer de l’estrade pour l’imposition des mains. Là, les personnes tom-baient et l’on faisait croire à la possession de l’Esprit.
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56 poussÉ le rÉalisateur amÉricain , au nom francopHone, d’avoir fait son HÉros, prÉdicateur pentecôtiste de son État, grandir auX côtÉs d’une nour-rice de couleur qui le conduira rÉgulièrement dans sa communautÉ ? Si bien que devenu prÉdicateur, il usera de la verve des professionnels noirs du prêcHe pour sa rHÉtorique. Son imitation est telle qu’on s’y mÉprendrait en l’Écoutant, sans le voir, lors d’Émissions radiopHoniques par eXemple. Cette rÉussite alcHimique est peut-être celle d’un pays où toutes les greffes, pour autant qu’elles aient un arrière-plan religieuX, prennent. Une fois concoctÉe, la miXture à l’instar d’une boisson locale, rÉgionale, natio-nale puis internationale dont la devise adverbiale se dÉcline dans toutes les langues, peut aussi être proposÉe comme breuvage pour soif spirituelle ÉtancHant toute dipsÉitÉ d’absolu, et ce, quelques soient les miXtures locales.
Du mouvement de saintetÉ des mÉtHodistes anglais, qu’ont colportÉ les pèlerins en partance pour la Nouvelle-Angleterre, et de la spiritualitÉ africaine, est issue cette « RÉforme » du vingtième siècle, selon harvey 57 CoX . Celle-ci va donc s’adapter partout comme la boisson favorite a su le faire. Mais comment se fait l’adaptation à son contenu ? Dans le cas prÉ-cis de la religion pentecôtiste, elle demande un cHangement de rÉgime qui nÉcessite une conversion? Que signifie s’adapter à ce breuvage spirituel ?
1.2 là convErSIon : du mondE àu horS-mondE, d’unE dIàLEctIquE À unE àutrE Cet acte de la conversion est un acte fondamental pour le nouvel adepte. Il conditionne son appartenance à sa nouvelle famille. Pour les plus avisÉs, la rupture que va connaître le nouveau venu, est l’eXpÉrience de la conversion qui va faire de l’individu un disciple cHrÉtien. Cette rup-ture est synonyme d’abandon de pratiques jugÉes incompatibles avec la prÉsence de l’Esprit. Cela peut signifier ne plus entrer dans les salles obs-cures, lieuX de perdition, où s’Étale la bassesse de l’Homme, ou ne plus fumer pas seulement à cause de l’innocuitÉ du produit mais à cause de la nouvelle dÉcision de suivre le Seigneur. Certaines circonstances sont des catalyseurs de cet Évènementmétanoïqueartificiel. Le tÉmoignage qui suit n’est qu’un ÉcHantillon de ces circonstances : « ma mère devint cHrÉtienne et fit une eXpÉrience de conversion à un moment difficile de son eXistence : 58 ses affaires marcHaient mal et elle avait de gros problèmes financiers » . Il n’y a de vie pentecôtiste autHentique sans cet Évènement. Et cHacun relit sa propre Histoire afin de situer ce passage qui a fait de lui « un Homme nouveau », un être totalement cHangÉ qui a trouvÉ d’autres valeurs,
56 Il s’agit de Robert Duvall, rÉalisateur du film « Le prÉdicateur » sorti au printemps 1998 ; cette rÉalisation le conduisit pendant plusieurs annÉes à enquêter dans le milieu pentecôtiste. 57Ibid., p. 77. Il n’y a pas cHez CoX la moindre assimilation du mouvement à la secte. 58 G. Fo,op. cit., p. 35.
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d’autres ricHesses que celles d’ici-bas : des ricHesses spirituelles, les seules qui peuvent combler un cœur. Cette Étape est dÉcisive, sinon essentielle, dans la poursuite de l’ambition de sanctification de l’être, lequel est dÉbar-rassÉ ou est sur la voie de l’être, des scories de la vie terrestre contingente. C’est pour cela que J.SÉguy dit de cette conversion qu’elle est « conçue en termes essentiellement ÉtHiques et ressemble au concept monastique ori-59 ginel de laconversio morumMais pour les pentecôtistes, il ne peut y» . 60 avoir dÉcouverte « de la source incomparable de tout Amour » , sans cette rÉforme des mœurs. C’est cet Évènement de la conversion qui, par ailleurs, sÉpare un avant d’un après, et donne à l’individu la possibilitÉ d’une comparaison de ces deuX Époques de sa vie. L’avant-conversion est synonyme de vie ÉloignÉe de la source dont il Était question prÉcÉdemment, vie au cours de laquelle l’individu donnait libre cours auX passions de la cHair ; l’après-conversion signe une vie dont le seul but est de vivre autour de la congrÉgation et des coreligionnaires. C’est une consÉcration qui conduit l’individu à ne plus vivre selon le train de ce monde; mais à obÉir à l’injonction paulinienne d’être à la fois 61 dans le monde et Hors de celui-ci . Tout cet amendement aboutit à cette conclusion : « avant notre conversion, nous Étions à l’eXtÉrieur, un lion, plein d’ambition, avec une belle crinière qui en mettait plein la vue, alors 62 qu’au dedans, nous n’Étions que des misÉrables cHiens morts » . C’est aussi la conversion du trÉfonds de l’individu, « de sa pauvretÉ intÉrieure »; en dÉfinitive. C’est à une transformation de son être qu’est invitÉ l’indi-vidu. Dans son essai d’antHropologie, MicHel Fromaget dit de cette conversion qui est la première injonction du ministère terrestre du CHrist, « qu’elle consiste à se dÉtourner de son Égo, de sa personne, à ne plus se confondre avec le reflet, avec l’image et « à se retourner » afin de dÉcou-63 vrir son identitÉ vÉritable » . Les pentecôtistes auraient-ils donc raison dans l’interpellation qu’ils adressent à leurs semblables en vue de leur conversion, afin qu’ils ne se perdent pas dans l’auto-contemplation ? Cette dimension du dÉcentrement qui implique la mort à soi, se retrouve dans cette conversion, selon ce mouvement. Mais quelle est l’École religieuse, voire pHilosopHique, dont la conversion auX doctrines n’implique pas cette mort à soi ? Ainsi, la conversion pHilosopHique cHez Platon nÉcessite la mort idÉale du naturel non pHilosopHique. De la lecture de la Lettre 7, on conclut qu’à la base de la pHilosopHie, il y a la mort auX
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G. Fo,op. cit., p. 35. J. SÉguy, « Situation socio-Historique du pentecôtisme » inLumière et Vie, 1975, n°125 / tome 25, p. 33-58. G. Fo,op. cit., p. 66. C’est là, la recommandation de l’apôtre Saint-Paul à ceuX à qui s’adressent ses Épîtres. P. Sadot,Guéri par la parole, op. cit., p. 182. M. Fromaget,Corps, âme, espritLN, 1998, p. 17., BruXelles, Edifie L.
PhILOSOPhIE DE LA GUéRISON… - MAxBéLAISE
plaisirs mondains pour lesquels les Hommes se donnent beaucoup de peine, pour dÉcouvrir des vrais plaisirs que procurent la vie de la pensÉe et la fÉlicitÉ qu’elle provoque. Toutefois, cette mort, dans la pensÉe du fon-dateur de l’AcadÉmie, est cette capacitÉ « à abandonner une opinion fausse ou incomplète, ou vraie seulement en partie. C’est se soumettre d’emblÉe 64 à la vÉritÉ, et se rendre disponible à la pensÉe d’autrui » . Cette mort est loin d’être, cHez les pentecôtistes, le commencement d’une dÉmarcHe qui se voudrait rÉfleXive à l’instar de la dÉmarcHe pHilosopHique. Dans le cas de celle-ci, c’est l’acte de pHilosopHer qui Établit celui qui se convertit dans un État de sÉparation d’avec lui-même, ce que n’autorise pas la vie des communautÉs ecclÉsiales pentecôtistes et des ultras en la matière que sont les cHarismatiques. L’accès à la lumière, la sortie de la caverne est l’illustration d’une dÉmarcHe pour passer du sensible à l’intelligible. L’in-dividu en mourant ne s’oublie pas lui-même, mais cHercHe à s’approprier 65 le principe delpHique duconnais-toi, toi-mêmede la foi. Pour les atHlètes de pentecôte, le principe serait de s’oublier soi-même pour vivre les Émo-tions du groupe et de ses leaders. Nombre d’auteurs ont opposÉ à la super-ficialitÉ de la conversion cHrÉtienne pentecôtiste, la profondeur de l’engagement et la conneXion sujet-vÉritÉ / vÉritÉ-sujet; car il s’agit d’un acte qui implique que l’individu se laisse conquÉrir par sa passion. Dans cette conquête, le temps intervient, comme facteur dÉterminant. En effet, la temporalitÉ fonde le converti dans sa dÉmarcHe et il n’est ni manipulÉ dans son cHeminement, ni contraint de rendre compte de sa progression à des juges de sa transformation. L’obstacle, pour cette progression, ne peut provenir que de ces censeurs cHercHant à vÉrifier si l’individu est suffi-samment dÉcentrÉ ou pas. En somme, pour ces censeurs, il s’agit de vÉri-fier « si le Je prÉdomine ou si c’est le Seigneur; si l’individu s’est ÉpurÉ ou 66 s’est assagi » . Certains estiment pourtant qu’une dÉmarcHe graduelle est en opposition à l’intervention toujours brusque de l’Esprit. De cette conception de la conversion, laquelle fait des adeptes des individus rÉsolus qui refusent l’indÉcision -en suivant l’eXemple du psal-miste des Ecritures-; ayant cHangÉ de mentalitÉ, refusant la fatalitÉ et rom-pant avec « l’enfer intÉrieur dès ici-bas », surgira les fondements de la tHÉrapeutique pentecôtiste. En analysant de près cette dÉmarcHe, on est en droit de s’interroger sur le pHÉnomène qu’elle colporte et la nouveautÉ de celui-ci, et en repre-nant les mots de l’auteur du livre de l’EcclÉsiaste se demander ce « qu’il y aurait de nouveau sous le soleil ». Sa rÉponse connue, puisque devenue proverbiale, ne doit pas empêcHer l’eXamen de la rÉfleXion, pour la vÉri-fier dans ce conteXte religieuX où la passion l’emporte le plus souvent sur la paisibilitÉ ducogito.
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J. herscH,L’étonnement philosophique, Paris, Gallimard, 1993, p. 37. Cette mÉtapHore de l’atHlète est une des trouvailles de l’apôtre des nations qu’est Saint-Paul. J. henri,La v éritable conv ersion, Grezieu la Varenne, Viens et vois, 1983, p. 140 et 146.
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