Ponctuation et énonciation

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Que signifie la ponctuation ? Par quelles constructions ? Et comment se les représenter ?


L'étude fait l'hypothèse que la ponctuation contribue certes à la lisibilité des textes, mais constitue surtout une composante déterminante de la mise en communauté énonciative du sens. Les dimensions argumentative et pragmatique de la ponctuation en sont la manifestation.


Après une synthèse critique des conceptions de la ponctuation et un examen des prises qu'elle offre à la description - quels signes, pour quels niveaux de structuration ? - , Véronique Dahlet propose une formalisation de la ponctuation selon deux fonctions majeures : une fonction séquentielle et une fonction énonciative. Elle montre ensuite combien l'acte de ponctuation joue sur le croisement et l'hybridation discursive de ces deux fonctions, aussi bien en contexte monologal que dialogal. Sont éclairés ainsi la vaste gamme des accomplissements catégoriels et des variations sémantiques impliqués et réélaborés au fil des processus complexes de la ponctuation.


Centré sur l'organisation du sens dans la communication écrite et appuyé sur de très nombreux exemples, l'ouvrage s'adresse à tous, enseignants et étudiants de langue maternelle ou étrangère, préoccupés de mieux intégrer le jeu de la ponctuation dans la diversification de leurs choix d'écriture.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844506788
Nombre de pages : 160
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PONCTuATION ET éNONCIATION
Chapitre 1 DéfinIr la poncTuaTIon
DéfinIr 1 DÉfinir la ponctUation est Un eXercice retors et difficile pUisqUe, comme on le verra à l’analyse de propositions de dÉfinition, il s’agit toUt à la fois de doter la ponctUation de son statUt lingUistiqUe, de la dÉmarqUer dU matÉriaU alphabÉtiqUe et enfin, d’indiqUer le principe directeUr de sa fonction. Mais il s’agit aU prÉalable de dÉgager les diffÉrents niveaUX concer-nÉs par la ponctUation.
Niveaux La ponctUation opère à trois niveaUX : - niveaU demoT, - niveaU dephrase, - niveaUTexTuel.
La ponctuation de mot Son domaine est rÉpUtÉ être celUi de l’orthographe. Sans doUte est-ce la raison poUr laqUelle il n’y a pas, dU moins à ma connaissance, d’ÉtUde spÉcifiqUe sUr la ponctUation de mot, qUi dU reste n’est qUe rarement Évo-qUÉe dans l’ensemble des travaUX sUr la ponctUation dU français. QU’elle relève de la norme orthographiqUe fait trop vite conclUre à Un objet stable et fiXÉ à l’avance, à Une fonction UniqUe qUi se fondrait avec celle de l’or-thographe. On verra les dÉfaUts d’Un tel jUgement.
La ponctuation de phrase En principe, les signes phrastiqUes sont ceUX qUi de droit s’actUalisent 2 dans l’UnitÉ de la phrase . Mais l’Évidence est trompeUse, car si l’on prend
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On note peU d’essais de dÉfinition dans les diverses ÉtUdes, comme si cela allait de soi. PoUr Un toUr de la qUestion,cf.l’eXcellente synthèse de J. La-P. JaffrÉ (1991), « ponctUation dU français: ÉtUdes lingUistiqUes contemporaines. »
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en compte les paramètres tels qUe la natUre dU signe (par eXemple, les cro-3 chets et l’astÉrisqUe, voire la flèche, sont-ils des signes de ponctUation ?) oU la diffÉrenciation entre manUscrit et imprimÉ (l’imprimÉ possÉdant Un plUs grand rÉpertoire de signes), il n’est pas sûr qUe toUs les signes non alphabÉtiqUes sUsceptibles d’apparaître dans Une phrase pUissent être rÉfÉ-rÉs à des signes de ponctUation.
La ponctuation de texte Elle renvoie à l’ensemble des blancs qUi donnent aU teXte sa forme, le plUs petit blanc Étant alors l’alinÉa. L’intÉgration des procÉdUres de mise en page, qUi relèvent de la typographie et qUi « donne(nt) à lire et à voir », 4 prodUit cette conception Élargie de la ponctUation .
Définitions On saisira plUsieUrs dÉfinitions poUr centrer les qUestions qU’elles posent aUtoUr de qUatre points : dÉlimitation dU corpUs, morphologie, fonction, et statUt dU signe de ponctUation par rapport aUX aUtres compo-santes dU système de l’Écrit. DÉfinition 1 (N. Catach, 1980 : 21) Ensemble de signes visUels d’organisation et de prÉsentation accom-pagnant le teXte Écrit, « intÉrieUrs » aU teXte et commUns aUX manUs-crits et aUX imprimÉs; la ponctUation comprend plUsieUrs classes de signes graphiqUes discrets et formant système, complÉtant oU sUp-plÉant l’information alphabÉtiqUe. DÉfinition 2 (J. Anis, 1988 : 246) graphème ponctUo-typographiqUe, qUi contribUe à la prodUction dU sens, en tant qU’organisateUr de la sÉqUentialitÉ et indicateUr syntag-matiqUe et Énonciatif. DÉfinition 3 (Cl. ToUrnier, 1980 : 36) La ponctUation est l’ensemble des graphèmes pUrement plÉrÉmiqUes, non dÉcomposables en UnitÉs de rang infÉrieUr, et à caractère discret.
Délimitation du corpus Si la ponctUation est comprise comme ensemble de signesgraphiques (dÉfinitions 1, 2 et 3), ceUX-là procèdent d’Une manifestation « plUs ». C’est le cas de toUs les signes, eXceptÉ l’alinÉa, dont la singUlaritÉ repose sUr sa manifestation « moins », pUisqUe sa morphologie est celle dU blanc.
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Ainsi par eXemple F. Boch (1998) aUrait tendance à assimiler la flèche à Un signe de ponctUation. « Donner à lire et donner à voir, les deUX fonctions de la mise en page », Delord (2001 : 13).
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Cette distinction a son importance, car elle oUvre la voie à Une pos-sible eXtension dU corpUs des signes. En effet, à partir dU moment où l’on assimile à Un signe de ponctUation le blanc de l’alinÉa (recUl de plUsieUrs espaces par rapport à la marge de gaUche), poUrqUoi ne pas intÉgrer les blancs sUpÉrieUrs, telle la ligne blanche et la sUrface blanche de fin de cha-5 pitre ? Se pose ici la qUestion crUciale dU (non) recoUvrement de ce qUi ressort de la ponctUation et de ce qUi revient à la mise en page, qUi fait le partage entre Une dÉfinition restreinte oU eXtensionnelle des signes ponc-tUationnels. HistoriqUement, on l’a dit, la ponctUation des teXtes Était l’af-faire des imprimeUrs. A mon sens, Une dÉfinition restreinte me paraît plUs opÉratoire poUr l’analyse fonctionnelle des signes. C’est poUrqUoi je rejoins la restriction qU’apporte N. Catach lorsqU’elle spÉcifie qUe les signes de ponctUation sontau texte« intérieurs » , et je place l’alinÉa comme Ultime niveaU capable d’être intÉgrÉ aU champ interne aU teXte.
Morphologie D’Un point de vUe morphologiqUe, la ponctUation se manifeste soit de façonnon lIée– graphème oU blanc alinÉaire –, soit de façonlIée, à tra-vers le sUpport alphabÉtiqUe – gras, italiqUe/soUlignement, capitale –. On reviendra sUr la notion de graphème, mais signalons d’entrÉe de jeU les trois types de graphème qUi caractÉrisent la ponctUation : • graphème non alphabÉtiqUe; • graphème [moins] manifestÉ par le blanc alinÉaire; • graphème « de coalescence », dans le cas des ponctUations qUi se manifestent moyennant le sUpport alphabÉtiqUe (cas de la majUscUle et de l’italiqUe, par eXemple).
Fonction En attribUant aUX signes Une fonctiond’organisation et de présenta-tiondU teXte, la dÉfinition 1 a l’avantage de montrer la ponctUation de l’Écrit dans ses deUX versants de prodUction et de rÉception. ToUtefois, le rôle d’accompagnateUr dU teXte (accompagnant le texte écrit) gomme le fait qU’elle est consUbstantielle à la mise en teXte; elle est elle-même opÉ-rateUr syntaXiqUe et opÉrateUr sÉmantiqUe. C’est ce dont rend compte la dÉfinition 2, qUi cerne aU plUs près le faire ponctUationnel.
Statut Le signe En français,signede ponctUation est homonyme designeaU sens lin-gUistiqUe dU terme. Cl. ToUrnier assUme pleinement la comparaison (1980 : 36) :
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On se limite ici à mentionner ce point, sUr leqUel on reviendra.
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Ce n’est pas seUlement par respect poUr la tradition qUe noUs parlons de « signes » de ponctUation. Comme le signe lingUistiqUe, celUi-ci est, en effet, constitUÉ d’Un signifiant (le ponctUant), et d’Un signifiÉ (la ponctUance), et l’eXpÉrience noUs montre qUe le même signifiant (la majUscUle, par eXemple) peUt avoir plUsieUrs signifiÉs (dÉbUt de phrase, nom propre, mise en valeUr, etc. ).
Reprendre aU compte dU signe de ponctUation la bipartition signi-fiant/signifiÉ se fait aU priX d’Un dÉtoUrnement des deUX termes de la bipar-tition. Sans doUte convient-il de reprendre ici la dÉfinition dU signe telle qUe SaUssUre l’Énonce dans sonCours de linguistique générale(1995 : 98) :
Le signe lingUistiqUe Unit non Une chose et Un nom, mais Un concept et Une image acoUstiqUe. Cette dernière n’est pas le son matÉriel, chose pUrement physiqUe, mais l’empreinte psychiqUe de ce son [. . . ].
Le caractère psychiqUe de nos images acoUstiqUes apparaît bien qUand noUs observons notre propre langage. Sans remUer les lèvres ni la langUe, noUs poUvons noUs parler à noUs-mêmes oU noUs rÉciter men-talement Une pièce de vers. C’est parce qUe les mots de la langUe sont poUr noUs des images acoUstiqUes qU’il faUt Éviter de parler des « pho-nèmes » dont ils sont composÉs.
PoUr ce qUi concerne le signifiant, rappelons qUe les signes de ponc-tUation sont « sans correspondance phonÉmiqUe » (ToUrnier, 1977 : 225). De fait, on se rend bien compte qU’en coUrs de lectUre d’Un teXte, les signes de ponctUation ne sont pas poUrvUs d’image acoUstiqUe, mais qU’ils le sont, en revanche, dès lors qU’ils entrent de fait dans le champ dU signe lingUistiqUe.
Prenons trois cas qUi illUstreront cela : • lorsqUe je lis Un ÉnoncÉ tel qUe « Le roman de Clarisse Lispector,Un apprentissage ou Le livre des plaisirs»,, commence par Une virgUle le leXèmevirgulen’a rien en commUn avec le signe lUi-même, car on passe dU signe lingUistiqUe, alphabÉtiqUe, à Un signe non alpha-bÉtiqUe; • qUand on lit à haUte voiX, les signes de ponctUation sont mUets, on l’a dit. Dans le cas contraire, il y aUrait dU brUit (dans le sens lin-gUistiqUe dU terme). Il eXiste toUtefois Une sitUation, celle de la dic-tÉe à l’École primaire, où les signes de ponctUation sont oralisÉs. Le fait est qUe, poUr être jUstement Une sitUation d’oralisation particU-lièrement artificielle, la prononciation des signes de ponctUation compense la perte partielle dU sens qU’entraîne l’ÉlocUtion eXtrême-ment lente, celle-ci se rÉglant sUr la vitesse dU moUvement grapho-moteUr de la main qUi Écrit soUs la dictÉe; • le dernier cas qUi illUstrera ce propos concerne la convention choi-sie ici-même. En effet, poUr rÉfÉrer à Un signe de ponctUation, je le mets entre barres obliqUes. Le motvirguleapparaîtra par commmo-ditÉ de la manière sUivante : /, /. Mais qUe l’on s’entende bien sUr le fait qU’il s’agit là d’Une convention, et qU’à ce titre, la forme /,/ est
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à convertir alphabÉtiqUement poUr le faire fonctionnercommesigne lingUistiqUe ! Il ne faUdrait poUrtant pas infÉrer qUe toUt signe (mais le mot convient-il ?) est dÉpoUrvU de correspondant phonÉmatiqUe à partir dU moment où il est non alphabÉtiqUe. Ainsi, on convertit immÉdiatement en système alphabÉtiqUe les chiffres et les symboles mathÉmatiqUes.
On peUt formaliser comme sUit ces qUelqUes observations, qUi pren-nent place dans la discUssion, plUs large, de l’hÉtÉrogÉnÉitÉ de l’Écrit d’Une part, et d’aUtre part, des correspondances oU non correspondances phonÉ-matiqUes qUi en dÉcoUlent :
signe lingUistiqUe
signe de ponctUation
chiffres, symboles
tab l e au i : Hé T é ro g é n é I T é de l ’ é c rI T
rÉalisation phonÉmatiqUe
+
+
rÉalisation graphÉmatiqUe alphabÉtiqUe
+
rÉalisation graphÉmatiqUe non alphabÉtiqUe
+
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Ainsi, poUr ce qUi concerne lesignifiantappliqUÉ aUX signes de ponc-tUation, il peUt par eXtension se comprendre dans le sens designifiant gra-6 phique, matÉrialitÉ graphiqUe dU signe ponctUationnel. C’est en ce sens qUe l’emploie ToUrnier (cf.le même signifiant (la majuscule, par exemple)). Mais dans ce cas, on gagnerait davantage à s’appUyer sUr la 7 bipartition Établie par Hjelmslev dans le plan de l’eXpression . En effet, le plan de l’eXpression se dÉcompose ensubstance de l’expression– dans notre cas : l’encre, la chaîne graphiqUe – et enforme de l’expression– dans notre cas : le graphème –. S’appUyer, donc, sUr la forme de l’eXpression, et se limiter à cela, à savoir, aU graphème. QUant aU signifiÉ dU signe de ponctUation, on a toUt intÉrêt à poUr-sUivre dans le cadre de la description thÉoriqUe dU lingUiste danois, cette fois sUr le plan dU contenU.
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Titre dU n° 59 deLangue Française, septembre 1983, dirigÉ par J. Anis. Le signi-fiant graphiqUe renvoie alors à la disposition spatiale de l’Écrit sUr la page qUi, en poÉsie notamment, permet la plUralisation dU sens. Les concepts de plan de l’eXpression et de plan dU contenU mis aU point par Hjelm-slev sont prÉsentÉs notamment dans le chapitre 13, « EXpression et contenU» des Prolégomènes à une théorie du langage(1968-1971), et approfondis dans plU-sieUrs chapitres de l’oUvrage, ainsi qUe dans sesEssais linguistiques(1971).
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Le plan dU contenU se sUbdivise enforme du contenu– qUi correspond à Une UnitÉ significative – et ensubstance du contenu– qUi correspond aUX significations, à la sÉmantiqUe –. Laforme du contenucorrespond aU plan plÉrÉmatiqUe, dans leqUel Hjelmslev distingUe (i) les morphèmes et (ii) les plÉrèmes. A ce stade, je rejoins toUt à fait ToUrnier lorsqU’il dÉfinit les signes de ponctUation comme « des graphèmes pUrement plÉrÉmiqUes, non dÉcomposables en UnitÉs de rang infÉrieUr » (dÉfinition 3). En revanche, je ne le rejoins pas sUr le plan dU signifiÉ. LorsqU’il ÉvoqUe le signifiant majusculedotÉ deplusieurs signifiés : début de phrase, nom propre, mise en valeur, etc., on peUt se demander si lesignifiéen qUestion ne recoUvre pas indistinctement laforme du contenuet lasubstance du contenu. PoUr ma part, je dÉcompose le signe de ponctUation comme sUit, pre-nant poUr eXemple la majUscUle : • sUbstance de l’eXpressionencre • forme de l’eXpressiongraphème : M • forme dU contenUUnitÉ significative : opÉration • sUbstance dU contenUdÉbUt de phrase, nom propre, mise en valeUr, etc. La qUestion concerne ici le plan dU contenU. Je considère qUe la forme dU contenU de la majUscUle, mais aUssi de toUt signe de ponctUation, est 8 foUrnie par l’opÉration attestÉe par le graphème . Ainsi, par eXemple, le graphème de la majUscUle indiqUe qU’il y a opÉration sUr le mot qUi en est dotÉ, et qUe l’on poUrrait dÉsigner d’opÉration de marqUage (fraternitÉvs. FraternitÉ). Mais la forme dU contenU est identifiable comme telle non seU-lement grâce à son caractère systÉmiqUe, mais aUssi grâce à son position-nement (c’est ce qUi permet par eXemple à Hjemslev d’opÉrer la distinction entre plÉrèmes et morphèmes). Par rapport aU positionnement, on poUrrait rÉtorqUer qU’il est invariable, pUisqUe le graphème majUscUle affecte la première lettre d’Un mot (c’est d’ailleUrs ce critère, ajoUtÉ à celUi de la non contigUïtÉ immÉdiate dU même graphème, qUi distingUe la majUscUle de la capitale : FraternitÉvs.FRATERNITé). De fait, il convient d’envisager le positionnement dU graphème ponctUationnel non seUlement par rapport à l’UnitÉ qU’il affecte, mais aUssi par rapport à la place qU’occUpe l’UnitÉ mot dans la sÉqUence de la chaîne graphiqUe. Si l’on admet cela, on peUt alors dire qUe la sUbstance dU contenU (le signifiÉ poUr ToUrnier), c’est-à-dire la signification dU graphème de la majUscUle, ne peUt être traitÉe qUe par la complÉmentaritÉ : opÉration de marqUage + positionnement. En d’aUtres termes, l’opÉration de marqUage ne sUffit pas à accÉder à la sUbstance dU contenU, encore faUt-il prendre en compte le positionnement, comme on le verra plUs loin poUr la majUscUle. A mon sens, cette analyse vaUt poUr toUt signe de ponctUation. La forme dU contenU d’Un graphème ponctUationnel est /opÉration/. Mais, s’il est vrai qUe qUel qUe soit le graphème envisagÉ, la forme dU contenU est
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Y compris poUr l’alinÉa, graphème zÉro.
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/opÉration/, cela ne sUffit pas à constitUer pleinement cette forme dU contenU en tant qU’UnitÉ significative : il s’agit de le complÉter selon le graphème ponctUationnel retenU. Par eXemple, on a vU qUe poUr la majUs-cUle, l’opÉration est de marqUage; poUr la ponctUation de sÉqUence (alinÉa, 9 point, point-virgUle et virgUle) , la forme dU contenU est opÉration de sÉqUentialitÉ. On poUrrait voir Une contradiction dans ce qUe je viens d’avancer qUant à la ponctUation de sÉqUence, car après toUt, si Une forme de l’eXpression (graphème) et Une forme de contenU se dÉterminent mUtUellement, comment se fait-il qUe plUsieUrs graphèmes, par dÉfinition diffÉrents, peUvent dÉterminer Une et Une seUle forme de contenU ? C’est ici, encore Une fois, qU’intervient le positionnement, qUi poUr les signes de ponctUation me paraît crUcial dans la relation entre forme de l’eXpression et forme dU contenU. Par eXemple, le graphème dU point entretient Une relation bi-UnivoqUe avec sa forme dU contenU qUi est : opÉration de sÉqUentialitÉ de phrase.
Un graphème de quelle nature S’attachant à dÉcrire les composantes de l’espace graphiqUe, J. Anis s’appUie sUr le « postUlat de base » selon leqUel (1988 : 85) : Une langUe comme le français – mais c’est vrai de toUte langUe Évo-lUÉe, indÉpendemment de la rÉgUlaritÉ de ses correspondances gra-pho-phoniqUes – possède Unede l f o rme p h o n I que’ e x p re s s I o n et Uneg rap h I que’ e x p re s s I o n de l f o rme . Le graphème Étant dÉfini comme « UnitÉ minimale de la forme gra-phiqUe, dÉfinie par sa fonction dans la commUnication Écrite » (1988 : 245), J. Anis distingUe alors trois types de graphèmes : • l’alphagramme, « graphème alphabÉtiqUe, UnitÉ pUrement distinc-tive » (245), qUi relève « de laseconde articulation» (87); • leTopogrammegraphème ponctUo-typographiqUe, qUi contribUe, « à la prodUction dU sens, en tant qU’organisateUr de la sÉqUentialitÉ et indicateUr syntagmatiqUe et Énonciatif » (245); • lelogogrammegraphème UniqUe correspondant à Une UnitÉ signi-, « ficative (eX. &, $) oU groUpement tendant à Un fonctionnement syn-thÉtiqUe » (245). Le prÉfiXetopo-rend compte dU fait qUe les topogrammes «mettent en place[...] les UnitÉs teXtUelles, foUrnissent des indications syntagma-tiqUes indispensables » (88) ; Le prÉfiXelogo-rend compte dU fait qUe les logogrammes « forment gÉnÉralement des UnitÉs globales dotÉes d’Un signifiÉ oU en toUt cas ten-dent à fonctionner synthÉtiqUement et non analytiqUement » (139). Il s’agit donc des logogrammesstricto sensu(& - § - £ - $), des symboles mathÉ-matiqUes ainsi qUe des abrÉviations, des sigles, des logos, et enfin, des
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La ponctUation de sÉqUence sera dÉfinie plUs loin, p. 25.
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topogrammes « dÉtoUrnÉs », comme par eXemple, dans Une rÉpliqUe de dialogUe oU en marge d’Une copie, la sUccession de / ???!!! / qUi coUrt-cir-cUite le recoUrs aUX alphagrammes poUr renvoyer à la sUrprise, l’indigna-tion, etc. (139-143). Le doUble avantage à relier la ponctUation à l’espace graphiqUe consiste d’Une part à spÉcifier le statUt lingUistiqUe respectif des diverses UnitÉs graphÉmiqUes, qUi attestent de l’hÉtÉrogÉnÉitÉ graphiqUe de la langUe, et d’aUtre part, à rattacher la valeUr fonctionnelle de la ponctUation à la matÉrialitÉ graphiqUe. Enfin, prÉcisons qUe je considère comme graphèmes ponctUo-typo-graphiqUes aUssi bien la ponctUation de mot qUe la ponctUation de sÉqUence.
DélImITer Corpus des signes Ponctuation de mot La ponctUation de mot relève traditionnellement de l’orthographe. C’est poUrqUoi les grammaires ne la rangent pas dans la sUbdivision consacrÉe à la ponctUation. GÉnÉralement, on retient deUX signes de ponctUation de mot : le trait d’Union et l’apostrophe. Cependant, le corpUs est bien plUs important. Il comprend les signes sUivants : - point abrÉviatif - parenthèses - points de sUspension - trait d’Union - apostrophe QUant aU blanc inter-mots, il n’est plUs ressenti comme Une ponctUa-tion, et c’est la raison poUr laqUelle il n’est pas mentionnÉ en ÉtUde syn-chroniqUe. Dans la genèse de la ponctUation, le blanc dont la fonction essentielle vise la lisibilitÉ par la sÉparation des mots, est l’Un des premiers e signes apparUs. LexVIIsiècle garde encore des traces rÉsidUelles d’Écri-tUre en continU. Le phÉnomène est donc rÉcent. Mais c’est sUrtoUt son caractèresystématiqueet absolUmentmécanique(Une espace entre deUX mots) qUi en a fait Une ponctUation non marqUÉe. En effet, le blanc inter-mots n’est pas ressenti, qUand bien même c’est le cas, comme entrant en système avec les aUtres signes de même niveaU. Par eXemple, la relation d’eXclUsion mUtUelle entre l’espace et l’apostrophe passe inaperçUe, alors qU’elle se remarqUe immÉdiatement entre l’apostrophe et le trait d’Union (*aUjoUrd’-hUi).
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