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Le brevet professionnel jeunesse et sport

De
249 pages
A l'occasion de l'arrivée au gouvernement en 1997 de la "gauche plurielle", Marie-Georges Buffet, ministre de la jeunesse et des sport ouvre plusieurs chantiers. L'un d'eux concerne la remise à plat du schéma général des formations et doit faciliter l'essor de l'emploi dans les champs d'activité concernés. Le deuxième sur l'avenir de l'éducation populaire permit de réinterroger les pratiques associatives et la qualité publique du fonctionnement des administrations. Curieusement ces deux chantiers resteront imperméables l'un à l'autre et un premier nouveau diplôme de niveau IV apparaîtra : le Brevet Professionnel "jeunesse, éducation populaire, sport".
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LE BREVET PROFESSIONNEL JEUNESSE ET SPORTS
Analyse d'une politique ministérielle d'éducation populaire

Travail du Social Collection dirigée par Alain Vilbrod
La collection s'adresse aux différents professionnels de l'action sociale mais aussi aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants souhaitant disposer d'analyses pluralistes approfondies à I'heure où les interventions se démultiplient, où les pratiques se diversifient en écho aux recompositions du travail social. Qu'ils émanent de chercheurs ou de travailleurs sociaux relevant le défi de l'écriture, les ouvrages retenus sont rigoureux sans être abscons et bien informés sur les pratiques sans être j argonnants. Tous prennent clairement appui sur les sciences sociales et, dépassant les clivages entre les disciplines, se veulent être de précieux outils de réflexion pour une approche renouvelée de la question sociale et, corrélativement, pour des pratiques mieux adaptées aux enjeux contemporains. Déjà parus

Alain VILBROB (dir.),L'identité incertaine des travailleurs
sociaux,2003.

Mustapha POYRAZ, Espaces de proximité
socioculturelle, 2003.

et animation

Sylvie CLEMENT, Vivre en caserne à l'aube du XXlème siècle.L 'exemple de la gendarmerie, 2003. Emmanuel JOVELIN (éd), le travail social face à l'interculturalité, 2002. Elisabeth VIDALENQ, Paradoxes et partenariat dans le travail social, 2002. J. AUTRET, Le monde des personnels de l'hôpital, 2002. Alberto GODENZI, Laura MELLINI, Jacqueline De PUY, VIH / sida, lien de sang, lien de cœur, 2001. Maryline BARILLET-LEPLEY, Sexualité et handicap: le paradoxe des modèles, 2001. Marie-Christine HÉLARI, Les éducateurs spécialisés entre l'individuel et le collectif, 2001. Gilles SERAPHIN, Agir sous contrainte, 2001. Raymond CURIE, Banlieues et universités en Île-de-France, 2001. Catherine BOUVE, Les crèches collectives: usagers et

représentations sociales, 2001.

Stéphane MARTIN

LE BREVET PROFESSIONNEL JEUNESSE ET SPORTS
Analyse d'une politique ministérielle d'éducation populaire

Préface d'Olivier Douard

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@

L'Harmattan, 2003

ISBN: 2-7475-5332-9

PREFACE
Quand Alain Vilbrod, directeur de cette collection, m'a proposé aimablement de rédiger la préface de cet ouvrage, dont j'avais pu lire les épreuves en avant première, je n'ai guère hésité tout en considérant le caractère iconoclaste d'une telle critique de la production de l'État et de son administration en dehors des arènes politique et syndicale. Cet écrit, indubitablement courageux, m'a surtout marqué pour ce qu'il est avant tout: un très bon exemple de travail d'éducation populaire. Il s'inscrit même explicitement dans la démarche que nous avions proposée, dès 1998, dans le cadre de l'Offre publique de réflexion (OPR) sur l'avenir de l'éducation populaire initiée par Marie-George Buffet, alors ministre de la jeunesse et des sports. Cette démarche - et cet ouvrage en est la preuve - continue, ici ou là, de produire du débat et des savoirs utiles pour l'action collective. Devenue offre «permanente» de réflexion sur l'éducation populaire, elle est plus que jamais une offre publique d'intelligence politique. En échappant au ministère qui l'a lancée, elle montre sa maturité et assume son indépendance; en se portant au sein même du ministère qui l'a engendrée, elle s'affranchit de toute arrière pensée manipulatoire. Stéphane Martin se saisit à la lettre, et surtout pas innocemment, de l'injonction ministérielle: « Citoyens, chiche1 ! » Au-delà de l'intérêt que présente une authentique démarche d'éducation populaire, cet ouvrage contribue à point nommé à la réflexion, réactivée depuis quelques années, sur l'animation (que certains qualifient toujours de «socioculturelle »). Quand en 1996 nous lancions dans la revue Agora débats jeunesses2, à l'époque un
l Titre donné par la Direction de la jelUlesse et de l'éducation populaire au «livre blanc}} de l'éducation populaire, publié en 2000. 2 Revue de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire éditée chez I'Hannattan et principalement centrée sur les problématiques concernant les jeunes. 7

peu comme un défi, un appel à relancer les études et la recherche dans ce champ, relayé à distance par Jean-Pierre Augustin et JeanClaude Gillet dans un autre numéro de la revue, nous ne pensions pas susciter autant d'intérêt. Nous avons vu depuis un certain nombre d'étudiants s'engager dans des travaux universitaires sur ce thème, un séminaire co-organisé par l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP) et l'unité Dyalang du CNRS s'est mis en place alors que l'ISIAT de Bordeaux organisait le sien, la DRJS de Normandie et l'Institut du développement social (IDS) proposait aussi en 2001 un premier colloque, puis un autre l'année suivante. Le premier point d'orgue dans cette dynamique fut sans doute, quelles qu'en soient les incertitudes sur sa destinée finale, le rapport sur la place de l'animation dans l'intervention sociale commandité par M-G Buffet, et remis, après le changement de gouvernement et l'éclatement du ministère de la jeunesse et des sports, au cabinet de Ferry en décembre 2002. Car, en somme, le travail de Stéphane Martin pose bien, en arrière plan, la double question de la définition de l'animation et de la place de cette fonction dans l'intervention sociale aujourd'hui. Au fil du texte cette place nous apparaît, dans son originalité et sa complexité, au regard de celles des situations sociales pour lesquelles les animateurs sont aujourd'hui convoqués, bon gré mal gré. Ce travail de ré-articulation entre animation et éducation populaire, dans une recherche de cohérence sans doute utopique mais nécessaire, s'inscrit dans un courant historique fondé sur l'idée que le travail social, et plus généralement l'intervention sociale, ne peut se concevoir autrement que comme le «travail du social». C'est sans doute cette orientation de la réflexion qui fait que la collection éponyme dirigée par AlainVilbrod accueille cet ouvrage. Si le chantier ouvert par le ministère de la jeunesse et des sports sur la formation, objet de l'étude, s'avère être un excellent révélateur des enjeux et des rapports de force dans ce champ particulier, il est aussi - et probablement surtout un extraordinaire révélateur des enjeux de définition que seul un travail de déconstruction peut nous

-

8

permettre d'appréhender un peu mieux. Pour l'animation, comme pour le travail social, il est illusoire de croire que l'on puisse « définir pour enfinir », comme l'écrit Saül Karszl. Mais l'exercice de la pensée critique, posture citoyenne s'il en est, permet d'être un peu plus lucide et de pointer quand c'est nécessaire les contradictions à l' œuvre dans ces situations institutionnelles qui se présentent et s'imposent aux participants comme des espaces fonctionnels a-idéologiques. Si cette attitude ne résout pas tout, elle a l'avantage d'être responsabilisante et de renvoyer acteurs individuels et collectifs, professionnels et institutions, à des décisions, à prendre alors « en connaissance de cause ». En refusant de naturaliser les contraintes sociales, de techniciser les dossiers, l'éducation populaire pousse à dépasser les évidences, politise le débat et engage chacun à être acteur «actant» et revendiquant l'émergence des conditions minimales d'exercice de sa responsabilité citoyenne, au prix du conflit, vu comme une « économie politique des signes », pour emprunter à un titre de Jean Baudrillard2.
Si cette démarche - elle-même conçue comme une praxis

- a un

peu

à voir avec la recherche, c'est très clairement en refusant toute tentative de réification du savoir, d'impasse sur sa nécessaire utilité sociale. « Les savoirs officiels, reconnus, ont toujours partie liée avec les représentations et les idéologies propres au fonctionnement social, et contribuent au refoulement de tout ce que celui-ci doit forclore pour durer3 »:J nous rappelait André Lévy. En cela, l'auteur-acteur, impliqué dans son objet mais capable de le maintenir à distance pour s'exercer à la critique, peut légitimement se revendiquer d'une recherche-action et d'une perspective d'éducation populaire, c'est-à-dire, in fine, d'un travail collectif à visée de transformation sociale et politique. Dans cette logique le
I

Sociologue et philosophe,
Pratiques sociales.

enseignant

à la Sorboooe et animateur

de

l'association
2

Baudrillard, Jean, Pour une critique de ['économie politique du signe, Gallimard, Paris, 1972 3 André Lévy, La recherche-action et l'utilité sociale, Coooexions, n° 43, 1984. 9

lecteur est convoqué pour participer de la critique et, bien entendu, de l'éventuelle - et probablement indispensable - critique de la critique. A lui de voir s'il en accepte la posture et s'il a envie de jouer le jeu de la mise en débat, au nom de l'intérêt supérieur des citoyens les plus directement concernés, les professionnels de l'animation bien sûr, mais aussi et surtout les publics avec lesquels ces derniers agissent. En cela Stéphane Martin aura fait œuvre utile, et que l'on soit d'accord avec ses analyses ou pas, son invitation est le signe d'un remarquable respect du lecteur à qui il s'adresse en postulant son intelligence politique potentielle et en l'encourageant à l'exercer, sans concession. Tâche redoutable... et pour certains sans doute inassumable.

Olivier DOUARD Sociologue, chercheurl

1 Olivier DOUARD, membre du comité de pilotage de l'Offre Publique de Réflexion sur l'éducation populaire, fut chargé d'en coordonner la mise en œuvre au sein de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP). TIfut ensuite chargé par Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, d'lUle mission d'étude sur la place de l'animation dans l'intervention sociale. 10

,

INTRODUCTION

I

« L'éducation populaire est tout à la fois une philosophie de l'histoire, une configuration et un outil. Elle est au carrefour de l'éducation permanente, de l'éducation des adultes, de l'éducation ouvrière, de l'animation socioculturelle et de l'économie socialel. »

I Lu.c Carton, «Les défis de l'éducation populaire », in ministère de la jeunesse et des sports, Rencontres pour l'avenir de l'éducation populaire, Editions Ellébore, 1999, p.2I.

Le mIDi tère de la jeunesse et des sports (MJS) est un mIDi tère s s formateur. Il s'est engagé depuis plus de deux ans dans la redéfinition de son schéma général des formations, prenant en cela les devants vis-à-vis de la future loi de modernisation sociale qui devrait voir le jour d'ici peu. La démarche engagée « s'inscrit dans le droit fil de la volonté gouvernementale de réformer la formation professionnelle (réforme confiée et engagée par Madame Nicole Pery, secrétaire d'Etat aux Droits des fèmmes et à la Formation Profèssionnelle). En effet, le ministère de la jeunesse et des sports est le quatrième ministère à s'être doté d'une CPC (Commission Professionnelle Consultative), après l'Education Nationale, l'Agriculture et le ministère de l'Emploi et de la Solidarité1. » Le MJS est actuellement bâti autour, en plus de l'habituelle direction de l'administration générale, de deux directions propres à l'institution que sont d'un côté celle du «sport» (DS), de l'autre côté, celle de la «jeunesse et vie associative » (DNA), rebaptisée récemment «jeunesse éducation populaire» (DIEP), et enfin de l'ex Délégation aux Formations (DAF) renommée récemment Délégation à l'Emploi et à la Formation (DEF). La mise en place de ces nouvelles directions est significative de la politique du mIDistère impulsée par madame la mIDistre Marie-George Buffet. La formation doit être pensée en articulation avec la problématique de l'emploi, afin de favoriser son essor; parallèlement le MIS est bien celui qui doit contribuer au développement de l'éducation populaire, et par l'intermédiaire duquel peuvent trouver à se concrétiser de nouvelles pratiques de réinterrogation de la qualité publique du fonctionnement de sa propre administration et de celle de l'ensemble des administrations publiques, notamment sur les politiques de lutte contre le chômage et pour l'insertion professionnelle. C'est en ce sens qu'il a lancé en 1998, à la suite des « Rencontres de la Sorbonne pour l'avenir de l'éducation populaire », un appel d'offre publique à réflexion sur l'éducation populaire (OPR), appel
1 François Signoles, Discours d'ouverture de la première séance de la Commission Professionnelle Consultative des métiers du sport et de l'animation, directeur de cabinet, au nom de Madame la Ministre de la jeunesse et des sports, le 19/01/00. 13

qui, selon les vœux plus récents de la ministre, a vocation à devenir un appel permanent à réflexion comme moyen de proposer des procédures permettant à la société civile de contribuer à définir les politiques publiques. Une hypothèse centrale était soumise à la sagacité des participants de cette OPR: « le travail de la culture dans la transformation sociale et politique» pourrait constituer l'axe stratégique par lequel les dynamiques actuelles de production d'inégalités croissantes entre citoyens du monde pourraient être enrayées. Plusieurs centaines de groupes se sont constituées partout en France et ont produit une réflexion qui a trouvé une synthèse en octobre 2000 avec l'université d'automne de La Londe-Ies-Maures. Un rapport d' étape a, par la suite, été rédigé, et le tout a donné lieu récemment à un livre intitulé « Citoyens Chiche! Le livre blanc de l'éducation populairel ». L'articulation du projet de remise à plat du schéma général des formations et de l'appel d'offre public à réflexion sur l'éducation populaire n'est pas la moindre des problématiques qu'ait à gérer le ministère. En effet, cette articulation donne à voir les contradictions dans lesquelles sont prises toutes les politiques publiques, comme si l'institution était écartelée entre deux logiques opposées, l'une d'adaptation aux règles du marché, soi-disant «imposéeS» par la force des choses, et l'autre de leur contestation constructive débouchant sur des actes politiques permettant à la société d'infléchir concrètement le cours de ces choses. L'ancien schéma général des formations qui a prévalu jusqu'aujourd'hui, est construit sur le même schéma que l'organisation de l'institution: d'un côté, les formations et diplômes relatifs aux métiers du sport, de l'autre ceux concernant les métiers de l'animation, les passerelles entre les deux étant quasiinexistantes. Seul le Brevet d'Aptitude Professionnelle d'Assistant Animateur (BAPAAT) est configuré de telle manière qu'il se trouve de fait à cheval sur les métiers du sport et de l'animation. Ce diplôme de niveau V a été mis en place en 1993 par le MIS essentiellement en réponse aux besoins émergents d'un nouveau
1 Jean-Michel Letenier, Citoyens chiche! populaire, Les Editions de 1' Atelier, 2001. 14 Le livre blanc de l'éducation

type d'animateur, et devant pennettre principalement d'offrir un cadre d'emploi à des jeunes de ces quartiers et en difficulté d'insertion professionnelle: l'animateur socio-sportif intervenant dans les quartiers populaires dits « difficiles». Dans une note du 8 juin 1998, le ministère de la jeunesse et des sports motive sa démarche: « L'architecture actuelle des formations et des diplômes du ministère de la jeunesse et des sports présente l'aspect d'un ensemble passablement hétérogène où les principes directeurs qui avaient présidé à leur création, il y a une quinzaine d'années, sont de moins en moins lisibles sous le foisonnement des règles particulières, des exceptions, des constructions dérogatoires. Pour ce qui concerne l'encadrement des activités sportives, la rénovation des formations et des diplômes ne peut être disjointe de la préparation du projet de loi modifiant la loi du 16 juillet 84. Les modifications qui pourront être apportées aux articles 43 et suivants de l'actuelle loi, qui réglementent l'activité rémunérée d'éducateur sportif se traduiront nécessairement par des modifications du dispositif de formation et de certification qui accompagne cette réglementation. Néanmoins, il est possible de poser dès maintenant les grands principes d'organisation qui régiront l'ensemble des formations et des diplômes, non seulement parce que le secteur «jeunesse éducation populaire» n'est concerné que de façon indirecte ou partielle par le chantier législatif mais aussi parce que, dans le domaine du sport, la question de la réglementation de la profession ou de l'activité peut être assez largement dissociée de celle des formations et de la certification des compétencesl. » Sur la base de ce constat, quatre objectifs sont posés par le ministère: Prendre en compte la réalité des métiers et des compétences,

MJS-DAF, Propositions pour redéfinir l'architecture d'ensemble des formations du ministère de la jeunesse et des sports, Docmnent de travail, 8 juin 1998. 15

1

Prendre en compte les acquis professionnels et les compétences acquIses, Faciliter les parcours de formation permettant un élargissement ou un approfondissement progressif des compétences, Faciliter les passages vers les formations organisées par d'autres ministères.

La méthode choisie par le ministère est la concertation avec les partenaires sociaux: une commission professionnelle consultative (CPC) des métiers du sport et de l'animation a été mise en place par arrêté du 27 septembre 1999. Elle se décompose en deux sous-CPC, une CPC «Animation », et une CPC «Sport », chaque instance travaillant évidemment sur son propre domaine de compétences, la CPC étant le lieu de synthèse des propositions de chacune des deux sous-CPC. Ces instances sont composées officiellement de six représentants des organisations d'employeurs, de six représentants des organisations de salariés, huit représentants des pouvoirs publics issus de différents ministères (ministère de l'éducation nationale de la recherche et de la technologie, ministère de l'emploi et de la solidarité, ministère de l'intérieur, et un représentant du Céreq), ainsi que de sept personnalités qualifiées. A ces vingt-sept membres peuvent se joindre des experts désignés par le ministère de la jeunesse et des sports. La Délégation à l'emploi et aux formations anime ces instances. Le ministère de la culture et de la communication, ainsi que la délégation interministérielle à la ville (DIV) ne sont pas représentés. Les travaux présentés à la CPC pour avis sont élaborés en partie dans le cadre d'une autre instance, technique celle-là, dénommée le groupe méthodologique national (GMN), la DEF y contribuant aussi pour une bonne partie, sans doute la principale. Ce groupe est constitué d'une trentaine de personnes issues pour l'essentiel du ministère de la jeunesse et des sports, de ses organismes déconcentrés (DRDJS) et établissements publics (CREPSl et écoles nationales), ainsi que de l'INJEP (Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire) et de l'INSEP (Institut National du Sport et de l'Education Physique). Notons que la composition de cette
1 Centres Régionaux d'Education Populaire et de Sport. 16

instance soulève quelques interrogations sur sa capacité de prise en compte des logiques, des problématiques et des enjeux de l'animation jeunesse et de l'éducation populaire, puisque la très grande majorité des personnes qui y siègent ont une filiation avant tout sportive. C'est donc en interaction avec ces instances que s'élabore officiellement le nouveau schéma général des formations du ministère de la jeunesse et des sports. Les travaux ont débuté par la formation de niveau IV, qui a été reconnue comme le niveau de qualification de base des métiers de l'animation et du sport. Ces travaux débouchent aujourd'hui sur un nouveau diplôme dont la formalisation du cadre général est en cours d'achèvement} : le brevet professionnel «jeunesse éducation populaire sport» (BP JEPS). La CPC du 12 avril 2001 a adopté ce nouveau diplôme à la quasiunanimité. Seule la CGT (au sein de laquelle je milite) s'est abstenue, regrettant, malgré son accord sur la philosophie générale du projet de décret, un certain nombre de lacunes ou de dérives, entre autre la prégnance des logiques marchandes et un très net recul des valeurs et principes de l'éducation populaire. Par ailleurs, à l'occasion de la réunion du Comité Technique Paritaire MinistérieP (CTPM) de début juillet 2001, la FSU a aussi voté contre le projet pour des raisons relativement proches. Nous faisons l'hypothèse que cette nouvelle organisation de la formation et la structure d'ingénierie qui la supporte ne contribuent pas à la redynamisation d'une éducation populaire, telle que la souhaite pourtant le ministère lui-même, notamment au travers de l'offre publique de réflexion qu'il a initié et des positions qu'il a prises sur ce dossier.

1 Le. décret portant règlement général du nouveau diplôme a paru au Journal Officiel en août 2001, tandis que I ~ arrêté précisant les conditions de son organisation est toujours en discussion en cette fm d'année 2001.
~

2 Cette commission réunit des représentants d organisations syndicales et de
l'administration du ministère. 17

Ce travail de recherche vise à analyser en quoi le nouveau dispositif de formation de niveau IV du MJS contribue à promouvoir une démarche d'éducation populaire, entendue comme « actions collectives de construction de l'expression, de l'analyse et de la délibération des citoyens] » ou autrement dit en quoi le nouveau dispositif va-t-il permettre de former, sinon des éducateurs populaires, du moins des animateurs capables de contribuer de façon plus ou moins directe à un travail de la culture dans la transformation sociale et politique? Pourquoi s'attarder sur cette problématique de l'éducation populaire? Pour le comprendre, un petit détour par un exposé de la situation socio-économique s'impose. Le patronat, avec l'appui de l'Etat, justifie depuis les années soixante dix la mise au chômage d'un volant de personnes par l'inemployabilité dont ils feraient preuve. Ainsi l'Etat a-t-il mis en œuvre dès cette époque, avec les premiers dispositifs Habitat Vie Sociale, une politique d'insertion territorialisée aboutie, notamment durant les années quatre vingt dix, dans le dispositif « Zones Franches ». Cette insertion sociale passe par l'insertion professionnelle qui ellemême, toujours selon les organisations patronales, et d'une certaine manière l'éducation nationale, renvoie à la formation professionnelle. Les politiques publiques visant à l'insertion professionnelle des personnes se traduisent par des aides à l'emploi de toutes sortes, entre autres par les allègements fiscaux des entreprises, des allègements de charges sociales2, mais aussi par la mise en place de contrats de travail intermédiaires, des dispositifs de formation professionnelle, une adaptation des formations initiales dispensées par l'Education Nationale aux exigences des entreprises... et des emplois sans cesse plus précaires sans résultat
1 Luc Carton~ « Repères pour une synthèse des rencontres »~ in ministère de la jeunesse et des sports~Rencontres pour l'avenir de l'éducation populaire les 5 et 6 novembre 1998 la Sorbonne~ Editions Ellébore~ 1999~p.163. 2 Ces allègements sont passés d~environ 1 milliard d~euros en 1993, à près de 20 milliards d~euros en 2003.

18

en matière de baisse du chômage. Le coût économique de cette politique est en rapport inversé avec les résultats obtenus au regard des objectifs d'insertion affichés. Quant aux coûts politiques et sociaux, ils sont encore mal évalués puisque peu ou pas considérés. Qu'en est-il de la pertinence des politiques d'abaissement du coût salarial? Un des arguments les plus souvent utilisés par le patronat pour expliquer les difficultés qu'il rencontre dans la gestion des entreprises, consiste à stigmatiser les rigidités structurelles du marché de l'emploi français. Un critère de ces rigidités porte sur l'abaissement du coût du travail: il conviendrait d'écraser les coûts salariaux pour permettre un équilibre entre l'offre et la demande de travail. Une vérification de l'élasticité emploi-salaire, « c'est-à-dire la sensibilité de la demande de travail à toute variation du coût salarial », permet de constater que celle-ci est très faible en France. « Cela signifie qu'une baisse des salaires aurait très peu d'effet sur l'emploi ou encore qu'il faudrait baisser énormément le salaire des secteurs concernés pour créer des emploisl. » C'est pourtant bien cette logique qui est à l'œuvre en France depuis 25 ans. Les résultats sont éloquents: sept millions de personnes sont touchées par le chômage, un français sur trois depuis 10 ans... une proportion qui atteint 55% pour les 25-29 ans2. Dans le cadre plus large de l'Europe, les choses ne sont guère plus réjouissantes. « ''L'Europe est riche, riche de 40 millions de pauvres", proclamait au printemps dernier [1995] un placard publicitaire de la Fondation Abbé-Pierre. Et aussi de trois millions de sans-domicile-fixe et de dix-huit millions de chômeurs. Le monde est plus riche encore. Environ 30% de la force de travail mondiale, estimée, à deux milliards et demi de personnes n'a pas d'emploi productif Les pauvres ne sont plus nécessaires aux riches. C'est pourquoi ils risquent d'être de plus en plus oubliés. Un cinquième de la population mondiale pâtit de la faim, un quart n'a pas d'accès à l'eau potable et un tiers vit dans des
l Hoang-Ngoc Liêm, Salaires et emploi, une critique de la pensée unique, Syros 1996, p.50. 2 Henri Guaino, le rapport « Chômage: le cas français », La Documentation Française, 1998. 19

conditions de pauvreté extrême. Le cinquième le plus pauvre population mondiale reçoit 1,4% à peine du produit national (PNB) alors que le cinquième le plus riche accapare 84, 7%. des formes différentes et avec des intensités variables, la sociale atteint tous les paysl. »

de la brut Sous crise

En France, le pays n'a pas cessé de s'enrichir, voyant son produit intérieur brut sans cesse augmenter. Il a presque été muhiplié par deux sur les vingt dernières années2. Mais cette valeur ajoutée, créée par les travailleurs, est sur cette période de moins en moins équitablement redistribuée: «Les 2000 foyers les plus riches disposent de revenus 50 à 60 fois plus élevés que la moyenne, et 5% de la population détiennent près du tiers du patrimoine totaI3.» La dynamique de réduction des inégalités, constatée globalement sur l'ensemble du ~ siècle, est inversée depuis ces 20 dernières années; à nouveau se creusent les inégalités. La fracture sociale n'est donc pas de nature économique, au sens d'une insuffisance de richesses produites propres à satisfaire les besoins de tous, mais bien de nature culturelle et politique, au sens des choix sociétaux d'allocation de ces richesses. Dès lors, «le travail de la culture dans la transformation sociale et politique », qui est posé par nous, et par le ministère de la jeunesse et des sports, comme hypothèse centrale pouvant contribuer à la réduction des inégalités (et remettre sur ses pieds une éducation populaire mal en point), quand bien même celui-ci n'est pas à l'abri des idéologies dominantes et de ses structures de reproduction, trouve une légitimité certaine. Parce qu'elle est propice à l'ouverture de schémas et de mondes à rêver, l'éducation populaire est en effet un moyen de réhabiliter le politique, c'est-à-dire la capacité instituante et la volonté d'intervention du citoyen dans la vie de la cité, l'entreprise étant, bien entendu, l'une des composantes incontournables de cette cité.
1 Ignacy Sachs, «Contre l'exclusion l'ardente obligation du codéveloppement planétaire», Le Monde Diplomatique, janvier 95. 2 Alternatives économiques, les Chiffres de l'économie, Hors série 4 èmetrimestre 2000, p.8. 3 Alternatives Economiques, n0195, septembre 2001, article p.38-48. 20

Ayant, en tant que salarié et citoyen, un intérêt personnel à la réduction des inégalités (il est de plus en plus évident que, sous l'effet de la mondialisation, les interdépendances se renforcent, et que la qualité de vie des uns ne peut se réaliser sans celle des autres, quand bien même ceux-ci se trouvent à des centaines de milliers de kilomètres. .. un avion est si vite arrivé I), étant par ailleurs un professionnel du champ de l'animation socioculturelle, cette problématique de la rencontre de l'éducation populaire avec le nouveau schéma des formations du nrinistère qui, rappelons-le, s'est doté d'une direction de la jeunesse et de l'éducation populaire, me préoccupe «tout naturellement ». Nous traiterons la problématique en trois parties. La première fixera quelques repères sur ce que nous entendons être une action d'éducation populaire. La position de ce chapitre en début de cet ouvrage a une vocation pédagogique. Elle doit permettre, en entamant implicitement le travail d'analyse, de donner un sens à la lecture de la partie suivante. Celle-ci consistera dans la mise à plat de l'objet de recherche, c'est-à-dire le contenu du brevet professionnel mais aussi la structure d'ingénierie, matrice avec laquelle a été défini le BP. La troisième partie développera l'analyse autour de la problématique posée, selon trois axes: l'un sur l'ingénierie utilisée, l'autre sur le contenu même du BP, produit en grande partie inhérent à la matrice technologique utilisée, et la dernière sur la structure du dispositif d'élaboration du BP mis en place par la Direction Emploi-Formation du nrinistère de la jeunesse et des sports.

21

1ERE PARTIE: L 'EDUCATION
P'OPULA,IRE COM~ME LEVIER DE TRANSFORMATION SOCIA,LE ET POLITI'QUE

1. ESSAI DE DEFINITION DE L'EDUCATION POPULAIRE
La quête d'une définition de l'éducation populaire n'est pas chose simple. Elle nous renvoie inéluctablement à déployer un regard historique - et donc forcément idéologique - sur ce qu'elle a été. Sans développer cette dimension historique, nous pouvons en préciser les principaux axes. 1.1 PETIT RETOUR SUR L'HISTOIRE

L'histoire de l'éducation populaire est marquée par trois traditions qui se sont plus ou moins croisées, rencontrées, au gré des années et de l'évolution du contexte social, économique et politique, depuis la
fin du XVIUème siècle.

Le courant républicain laïque est incarné par Condorcet. La problématique centrale de ce courant est l'accès du peuple à la citoyenneté avec comme visée principale l'instauration de la République, et comme moyen de son projet, l'instruction de tous. La démocratisation des savoirs est la condition du développement de la démocratisation de l'exercice du pouvoir. Elle est l'apanage de la bourgeoisie industrielle de l'époque et des milieux protestants, et domine encore aujourd'hui les représentations de ce qu'est et doit être l'éducation populaire. La Ligue de l'Enseignement en a été, et reste encore, le mouvement d'éducation populaire de référence. Le courant confessionnel catholique, malgré la prise de conscience de sa figure emblématique, Marc Sangnier, de la problématique de l'exploitation, est marqué fortement par des logiques d'aide, d'assistance et de moralisation du peuple, tout particulièrement des milieux ouvriers. Celui-ci sera condamné par le Pape pour avoir lancé une invite à adhérer à la CGT en 1910. Ce courant, orienté vers la problématique actuelle du lien social se retrouve dans diverses formes d'action sociale que l'on retrouve notamment dans les centres sociaux.

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Les projets de ces deux courants sont marqués par un même type de rapport social: dans les deux cas il s'agit de groupes sociaux qui élaborent et réalisent des projets à l'intention des autres.

Le troisième courant est celui du mouvement ouvrier, né dans la siècle, avec la montée en puissance de deuxième moitié du ~e l'industrialisation et l'apparition concomitante de la classe ouvrière. Le rapport à l'instruction publique est particulièrement distancié, les ouvriers faisant preuve d'une certaine méfiance vis-à-vis de cette école républicaine tenue par la même bourgeoisie qui détient le capital pour l'enrichissement duquel ils sont exploités. Mais l'instruction est pensée malgré tout comme un levier de la révolte des ouvriers opprimés par des conditions de travail désastreuses. L'éducation populaire est, ici, la dimension culturelle de l'action collective du mouvement ouvrier, celle qui lui a permis de mutualiser la connaissance de l'exploitation dont il était l'objet, connaissance à partir de laquelle il a organisé pour lui-même ses propres structures économiques, sociales et culturelles de solidarité (cf l'histoire des bourses du travail). « Avant d'être une action spécialisée et bien avant de l'inscrire dans des associations labellisées, l'éducation populaire c'est la procédure qui permet de construire du syndicalisme, c'est-à-dire la production collective de connaissances, de représentations culturelles, de signes qui sont propres à un groupe social en conflitl. » Ce mouvement global va connaître une spécialisation de ses différentes dimensions entre les deux guerres. L'action économique sera accompagnée par les syndicats, l'action sociale par les mutuelles. Au sortir de la seconde guerre mondiale, une action spécifique en matière culturelle, émergeant avec l'apparition d'associations spécialisées dans la culture, va trouver par l'institutionnalisation dans l'appareil d'Etat, les conditions de son autonomisation. Celle-ci débouchera dès le début des années 60 sur sa fonctionnalisation dans un nouveau projet, celui de l'animation
l Luc Carton repris par Franck Lepage, Le travail de la culture dans la transformation sociale, Une offre publique de réflexion du ministère de la jeunesse et des sports sur l'avenir de l'éducation populaire, rapport d'étape, 01/01/01, p.36. Ce rapport est téléchargeable sur le site http/www/educpop.org. 26