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Le fantasme métropolitain. L'architecture de Ross et Macdonald

De
179 pages
Le piéton qui déambule dans les principaux centres-villes du Canada ne pourra éviter de passer devant un édifice signé Ross et Macdonald. Leurs immeubles (comme l'édifice Dominion Square à Montréal ou l'hôtel Royal York à Toronto) sont autant de témoignages d'une époque pendant laquelle les métropoles se bâtissaient à coups de gratte-ciel et d'édifices blocs.
Né de la fascination exercée par les métropoles du début du XXe siècle, le gigantisme architectural répondait à un besoin de pragmatisme dans la planification des grands immeubles. C'est pourquoi Ross et Macdonald dessineront des édifices inspirés des principes du nouvel académisme de l'École des beaux-arts de Paris. Ce seront des édifices dont l'organisation s'accordera au rythme croissant des grandes villes et de ceux qui les habitent.
L'étude de Jacques Lachapelle met au jour les liens étroits unissant le design des façades à la planification de l'espace intérieur de ces grandes constructions. Il nous fait visiter des hôtels, magasins et édifices à bureaux conçus par des architectes qui n'ont pas hésité à adapter leur pratique à celle des hommes d'affaires, maîtres des nouvelles métropoles. Aussi la rigueur des conceptions de Ross et Macdonald a-t-elle su s'allier aux exigences d'efficacité d'une société en route vers la modernité.
Architecte et docteur en histoire de l'art, Jacques Lachapelle est professeur agrégé à l'École d'architecture de l'Université de Montréal. Il enseigne l'histoire de l'architecture canadienne et le design depuis 1982. Il s'est particulièrement intéressé à la production protomoderne des XIXe et XXe siècles qui est devenue le sujet de sa thèse de doctorat.
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BUREAUX , MAGASINS ET HOTELS
1905-1942
LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
Extrait de la publicationCouverture :
À droite : Banque Royale, Toronto, 1913-1915.
Extérieur. Photographie tirée de Construction,
juillet 1915
À gauche : édifice Price, Québec, 1928-1930.
Perspective reproduite de JRAIC, juin 1930, p. 213.
Conception graphique : Gianni Caccia
Mise en pages : Folio infographie
Données de catalogage avant publication (Canada)
Lachapelle, Jacques,
1959Le fantasme métropolitain : l'architecture de Ross
et Macdonald : bureaux, magasins et hôtels de Ross
etd 1905-1942
Comprend des réf. bibliogr.
ISBN 2-7606-1754-8
e1. Immeubles commerciaux - Canada - Histoire - 2o siècle.
2. Architecture - 20' siècle - Canada.
3. Ross, George Allen, 1878-1945.
4. Macdonald, Robert Henry, 1875-1942. I. Titre.
^6214.03132 2000 725'.2'097109041 coo-94Ooi5-x
Dépôt légal : 3° trimestre 2001
Bibliothèque nationale du Québec
© Les Presses de l'Université de Montréal, 2001
Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération
canadienne des sciences humaines et sociales, dont les fonds
proviennent du Conseil de recherches en sciences humaines du
Canada.
Les Presses de l'Université de Montréal remercient le ministère
du Patrimoine canadien du soutien qui leur est accordé dans le
cadre du Progamme d'aide au développement de l'industrie de
l'édition.
Les Presses de l'Université de Montréal remercient également le
Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des
entreprises culturelles du Québec (SODEC).
Imprimé au Canada
Extrait de la publicationRemerciements
Je dois à madame Béatrice Sokoloff, professeure titulaire à l'Institut d'urbanisme de
l'Université de Montréal, l'initiative de ce projet de livre et ses encouragements à le
mener à bien. Le manuscrit repose sur les recherches qui ont servi à trois chapitres
d'une thèse de doctorat présentée à l'Université Laval en 1994 et dans laquelle j'ai dû
replonger. Ces études avaient bénéficié d'une bourse du Conseil de recherches en
sciences humaines. Elles ont été menées sous la direction de Claude Bergeron que je
remercie à nouveau. Quant à la présente publication, elle bénéficie d'une bourse du
Programme d'aide à l'édition savante de la Fédération canadienne des sciences
humaines et sociales.
Les recherches ont nécessité la consultation de plusieurs fonds d'archives parmi
lesquels je dois souligner le Centre Canadien d'Architecture qui m'a donné accès au
fonds Ross et Macdonald afin de procéder à son dépouillement. L'importance de
cette institution dans l'avancement de la connaissance sur l'architecture canadienne
est inestimable. Son personnel affable mérite d'être remercié, en particulier monsieur
David Rosé qui a indexé le fonds Ross et Macdonald et qui a eu la générosité de me
fournir de précieuses informations alors qu'il faisait lui-même un mémoire de maîtrise
sur les hôtels de ces architectes. Le personnel des Archives publiques de l'Ontario
où est conservé le fonds de la compagnie Eaton a lui aussi fait montre d'une aimable
attention. Quelques mois avant que la compagnie Eaton ne soit démantelée par une
faillite, la direction du magasin du centre-ville de Montréal m'a autorisé à
photograephier son restaurant du 9 , comme on l'appelait familièrement. Les événements qui
ont suivi donnent une saveur particulière à ce privilège. Devant le danger d'une
éventuelle démolition, il est heureux que le ministère de la Culture et des
Communications du Québec ait procédé au classement de ce lieu comme monument
historique. Pour les visites de leurs édifices et pour les photographies qui ont été
gracieusement offertes, je suis également redevable aux hôtels Macdonald à Edmonton et
Royal York à Toronto, qui font partie tous deux du réseau du Canadien Pacifique, et
aux hôtels Fort Garry à Winnipeg et Saskatchewan à Regina.
Enfin, une recherche comme celle-ci a beau se faire dans une relative solitude,
l'aide et l'encouragement des parents et amis font toute la différence. Je les remercie
tous, sachant qu'ils sauront se reconnaître mais je m'en voudrais de ne pas nommer
Marthe Aikman, Manon Guité et René Tirol, trois personnes dont le soutien
indéfectible m'a été des plus précieux.
Extrait de la publicationPage laissée blanche
Extrait de la publicationSigles
AAPQ Association des architectes de la province de Québec
ACP Archives du Canadien Pacifique
AF The Architectural Forum
ANCs nationales du Canada
ANQ Archivess du Québec
ANQMs nationales duc à Montréal
APOs publiques de l'Ontario
AR The Architectural Record
CCA Centre Canadien d'Architecture
ΠThe Canadian Engineer
CN Canadien National
CPn Pacifique («Canadian Pacific Railway»)
CR The Contract Record
CRER and Engineering Review
CRMW Canadian Railway and Marine Word
GTR Grand Trunk Railways
GTPd Tronc Pacifique (Grand Trunk Pacific Railways)
IRAC Institut royal d'architecture du Canada
JRAIC Journal of thé Royal Architectural Institute of Canada
MBAM Musée des beaux-arts de Montréal
MIT Massachusetts Institute of Technology
A/I5W Marine and Shipping World
OAQ Ordre des architectes du Québec
RIBA Royal Institute of British Architects
RMW The Railway and Marine World
SÉAC Société pour l'étude de l'architecture au CanadaExtrait de la publicationIntroduction
Au Québec comme ailleurs, l'histoire de la modernité en art et en architecture a
souvent obéi à une vision manichéenne qui oppose l'inertie des conventions à une
liberté créatrice qui doit refléter le temps présent. D'apparence quasi mythique, cette
lutte contre une tyrannie du passé comporte une part de vérité et une part de
masque. La vérité, c'est qu'il est indéniable qu'après la Deuxième Guerre mondiale,
le désir d'être et de paraître moderne, autrement dit le modernisme, a été fécond et
a suscité des œuvres extraordinaires. A Montréal, des lieux comme la Place
VilleMarie, la Place Bonaventure, les stations de métro et l'ancien pavillon des États-Unis
(l'actuelle Biosphère), pour n'en nommer que quelques-uns, ont chamboulé les idées
reçues et sont devenus des icônes de la modernité. Le masque, c'est que la rupture,
par définition, exclut. En effet, le discours moderniste, avec son désir de faire neuf,
tend à s'approprier en entier le concept de modernité. Ainsi, on a laissé dans l'ombre
el'inventivité des architectes victoriens du xix siècle et, ce qui concerne de plus près
la présente étude, le professionnalisme des architectes des premières décennies du
exx . Les uns et les autres avaient beau s'inspirer des styles du passé, cela ne les
empêchait pas d'éprouver, eux aussi, le sentiment d'être moderne, c'est-à-dire de
suivre, et peut-être à l'occasion de subir, les progrès de la société industrielle. Pour
eux, la modernisation signifiait l'urbanisation, le relativisme des styles, l'apparition de
besoins spécifiques à l'essor d'une économie capitaliste, les contraintes et les
opportunités des nouvelles technologies en construction, etc. Ces changements
prenaient leur plein essor dans les métropoles de telle sorte que celles-ci ont fini par
constituer le rêve pour ne pas dire un fantasme, auquel les grandes villes devaient
aspirer. C'est à ce modernisme naissant et vacillant que cette étude sur les grands
immeubles convie. Elle rejoint à plusieurs égards un courant historiographique qui
tend désormais à relever des traces de modernité dans des faits de culture qui ne se
1
réclamaient pas d'une esthétique radicalement nouvelle .
eAu cours des quatre premières décennies du xx siècle, le gigantisme architectural,
dont le gratte-ciel fait partie, est au cœur de la transformation des grandes villes
industrielles. On sait que, du point de vue de la technologie, le gratte-ciel, apparu à la
efin du xix siècle aux États-Unis, est la résultante de deux innovations
complémentaires: l'ascenseur et la charpente métallique. La première permet de dépasser la
contrainte naturelle de l'ascension à pied, généralement fixée à un maximum de six
Ross et Macdonald. Architects' Building, Montréal, 1929-1954. Démoli. lINTRODUCTION 11
Perspective reproduite de JRAIC, juillet 1950.2étages . La seconde abolit le problème du poids et de la massivité des structures en
maçonnerie. À cet égard, le fait que les murs extérieurs ne soient plus porteurs, mais
portés par la structure d'acier de telle sorte qu'ils ne conservent qu'une fonction de
parement ou d'écran a constitué un tournant décisif. Ces murs-rideaux peuvent être
minces et légers et, comme on s'en étonnait encore dans les années 1920, érigés à
3partir de n'importe quel étage et non plus nécessairement à partir du sol .
Indépendamment des considérations techniques, le gratte-ciel est le fruit de la
spéculation qui a suivi l'urbanisation rapide des villes industrielles: le sol et
l'architecture sont désormais vus comme sources de profit. Dans ce contexte, le
gratte-ciel a constitué, en termes d'espace, d'infrastructure et d'image, une réponse
aux attentes des promoteurs immobiliers dans le secteur tertiaire. Si Chicago et
New York ont particulièrement contribué à son évolution, l'édifice en hauteur s'est
répandu à un point tel qu'il a transformé la physionomie du quartier central de la
plupart des villes nord-américaines.
Cette architecture s'inscrivait parfaitement dans les audacieuses explorations du
victorien tardif. Mais après une période d'enthousiasme et de fascination, la course
à la hauteur a été freinée, et les mots gratte-ciel ou tour, qui suggèrent des volumes
élancés, ne s'appliquent qu'à quelques cas. Il vaut mieux alors parler de gigantisme
e
ou de grands immeubles. C'est qu'au tournant du xx siècle, un vent de réforme
politique et idéologique a soufflé sur l'Amérique et entraîné dans son sillage la
question urbaine. En architecture, un discours sur le beau, fondé sur les préceptes
de l'Ecole des beaux-arts de Paris, a remplacé le modèle victorien. Un grand nombre
d'architectes ont suivi ce mouvement de retour à l'académisme, c'est-à-dire à la
discipline, aux règles et à la normalisation des compositions. On cherchait ainsi à
mettre fin à l'éclectisme parfois farfelu du victorien tardif, mais du même coup, on
écartait des pistes innovatrices en émergence, comme l'Art nouveau et l'école de
Chicago, en particulier l'œuvre de Louis H. Sullivan. C'est ce qui explique que ce
courant académique ait longtemps été perçu par les historiens comme un
conservatisme mal venu. Encore aujourd'hui, ceux pour qui l'évolution de l'architecture est
le combat du modernisme contre toute forme d'inertie sont désarmés par la
répétition des solutions de design qui caractérisent la période. La production du début du
exx siècle ne peut les amener qu'à conclure au vide créatif et surtout à une
inadéquation dans l'expression d'une quelconque modernité. La révision critique récente,
généralement moins attachée au seul modernisme, est plus nuancée. Mais on retient
surtout les édifices institutionnels traités de manière monumentale, et auxquels on
reconnaît aisément une qualité de planification et d'exécution digne du
professionnalisme dont les architectes se réclamaient.
Pour ce qui est de l'architecture du secteur tertiaire qui nous intéresse ici, elle n'a
pas échappé à cette discipline de la règle et de l'imitation. Sans ignorer les besoins
nouveaux que les grands immeubles d'affaires satisfont et leur importance dans
l'environnement urbain, les architectes les considéraient souvent comme une quantité
négligeable du point de vue artistique, comme un pis-aller, car à leurs yeux, seule la
commande publique était suffisamment prestigieuse pour permettre la pleine
expression de leur art. Une fois l'enthousiasme de la nouveauté passé, c'est en regard de
cette contradiction fondamentale entre la soi-disant intemporalité des règles
acadé12 LE FANTASME METROPOLITAIN
Extrait de la publicationmiques et la rapidité des bouleversements de la société industrielle que les immeubles
d'affaires seront réalisés au début de ce siècle. Dans ce contexte, ils ne méritent pas
tous les reproches qu'on leur a faits. Pour le démontrer, nous analyserons
l'ensemble de la question, de sa dimension urbanistique jusqu'à la planification
intérieure. Outre un premier chapitre qui donne des indications sur cette perception
de la ville en ce début de siècle et sur le débat concernant la conquête de la
hauteur, trois types architecturaux seront abordés : les édifices à bureaux, qui sont
les plus répandus mais aussi les plus typés; les grands magasins, qui permettent de
renouveler le commerce ; et les hôtels, qui sont les plus complexes des grands
édifices. Cependant, pour éviter de nous éparpiller dans des critères de classification
toujours discutables, nous allons privilégier l'étude de cas, plutôt que l'inventaire et
le répertoire. Nous pourrons ainsi nous concentrer tant sur l'extérieur, que sur
l'intérieur des édifices. Pour cela, nous avons retenu les œuvres de l'agence Ross et
Macdonald, qui fut active de 1913 à 1944, ainsi que celles de Ross et MacFarlane, qui
l'a précédé de 1905 à 1912.
Compte tenu des objectifs de cette étude, deux de ces architectes, Ross et
MacFarlane, ont le mérite d'avoir une formation académique typique de leur
génération et les trois se sont spécialisés dans les immeubles d'affaires. Pour ce qui
est de la formation, avec la valorisation de l'académisme au tournant du siècle, le
curriculum idéal d'un architecte canadien ne pouvait plus contenir, comme autrefois,
qu'un simple apprentissage auprès d'un praticien. Il devait inclure des études
universitaires, de préférence aux États-Unis. Un voyage en Europe était vu comme un
complément utile qui permettait de se familiariser avec les vénérables modèles du
passé, tandis que l'École des beaux-arts était devenue un lieu de pèlerinage pour la
jeune génération américaine. C'est exactement le parcours qu'a suivi George Allen
Ross (1878-1946). En 1902, il a complété un programme d'études de deux ans au lieu
de quatre au MIT à Cambridge. Il y a suivi les cours de l'architecte français Constant
Désiré Despradelle qui s'inspirait de ses propres études à la célèbre école
pari4sienne . Ross a par la suite fait un stage chez Parker et Thomas à Boston, puis un
autre chez les renommés Carrère et Hastings à New York, ce qui lui a permis de se
familiariser avec la pratique dans de grandes agences. Lors d'un voyage en France et
5en Italie, il s'est arrêté à l'atelier Redon, rattaché à l'École des beaux-arts . David H.
MacFarlane (1875-1950) a fait de même, mais plus modestement: brèves études au
MIT, stages dans des agences montréalaises (Maxwell et Maxwell, Hutchison et
Wood), puis court séjour en Europe. Pour ce qui est de Robert Henry Macdonald
(1875-1942), son parcours s'avère différent. Australien d'origine, il a occupé des
emplois au Canada et aux États-Unis, entre autres chez George B. Post et fils à
New York. Il s'est familiarisé avec la production américaine avant de travailler chez
Ross et MacFarlane dès 1907. C'est par suite de la rupture de cette dernière agence
que Ross s'est associé à Macdonald en 1913.
Ross et Macdonald ont formé ce qui allait devenir l'une des plus grandes agences
6au Canada, peut-être même la plus grande vers la fin des années 192O . La pratique
à grande échelle suit un modèle américain intimement lié à l'industrialisation de la
esociété. Dès le xix siècle, au lieu de travailler seuls au service de la bourgeoisie et
des institutions, certains architectes ont aligné leur pratique sur celle des hommes
INTRODUCTION 13d'affaires. Ils se regroupent et forment
des sociétés. Les associés se partagent le
profit tandis que leurs employés, souvent
nombreux, obéissent à une taylorisation
du travail. La productivité de l'atelier de
conception et l'efficacité du design
constituent deux de leurs principaux
objectifs. Il s'agit d'offrir le meilleur service
professionnel au client en profitant d'une
équipe solide qui peut élaborer
rapidement une architecture de qualité.
Ross et Macdonald ont clairement adopté
cette approche. Les plans de leurs .
bureaux dans l'Architects' Building
témoignent de leur succès et de
l'organisation serrée du travail. Il y avait
même une section d'ingénierie. Les
patrons sont isolés, laissant croire que
leur rôle est avant tout administratif, ce
que confirment les articles de
7Macdonald . Il est important de souligner
cet aspect, car il appuie le caractère
accessoire que prennent les architectes
dans cette étude. Il n'est pas question en
effet de pousser la connaissance sur les
individus pour tenter d'identifier une
quelconque psyché dans un travail
artistique. Ce serait dérisoire dans une
pratique où le design se fait en équipe et
où la participation de-s patrons
architectes est incertaine. Pour Ross et
Macdonald, l'objectif principal qui consiste
à satisfaire leur clientèle va à rencontre
d'une vision de l'architecture comme art
d'expression, mais attention, cela ne
signifie pas que leur œuvre soit anonyme.
De fait, George A. Ross a poussé très
Ross et Mocdono/d. Architects' Building, Montréal, 1929-1954.
loin ce rôle de l'architecte homme
Plans des bureaux de /'agence Ross et Macdonald aux
d'affaires, au point de faire parfois partie
douzième, treizième et quatorzième étages.
de syndicats de promoteurs pour desReproduits deJRAlC, septembre 1951.
immeubles au centre-ville de Montréal,
devenant ainsi son propre client. Il avait
alos une certaine latitude dans le design.
Comme le nom l'indique, l'Architects'
Building comptait parmi ces édifices.
LE FANTASME METROPOLITAINH
Extrait de la publicationIl existe peu d'architectes qui, comme Ross et ses associés, se soient spécialisés
avec autant de succès dans la commande commerciale au cours de cette période.
Mais ils sont d'autant plus intéressants pour les fins de cette étude que leur
production comprend un nombre élevé de grands immeubles, pour ne pas dire
d'immeubles de plus en plus grands. Ainsi, l'édifice Transportation (1909-1912), de
Carrère et Hastings en association avec Ross et MacFarlane, détenait en 1909 le
8
record du plus grand édifice de l'Empire britannique . Puis, en 1913, le Read
(19129
1913) devenait «le plus grand édifice d'affaires au Canada ». Un an plus tard, la gare
10Union à Toronto (1914-1921) était comparée aux plus grandes gares des États-Unis .
L'année suivante, l'édifice de la Banque Royale à Toronto (1913-1915) dépassait en
hauteur toutes les autres constructions de l'Empire britannique". En 1924, l'hôtel
Mount Royal à Montréal était déclaré le plus grand hôtel de l'Empire, mais cinq ans
12après, il était surpassé par le Royal York à Toronto . Et en 1928, le Dominion Square
13Building remportait le titre de plus grand édifice commercial du Canada . Ce goût du
colossal peut paraître futile, et pourtant, même s'ils ne rivalisent pas avec les
exemples états-uniens, ces records attestent des profondes mutations du paysage urbain
en ce début de siècle. À cet égard, l'agence Ross et Macdonald fait figure de chef de
file et acquiert une notoriété nationale. Sa production, fidèle au goût académique et
au professionnalisme qui distinguent cette période, constitue un groupe témoin
privilégié pour l'étude du phénomène singulier des grands immeubles au Canada.
Dans la mesure où l'architecture résulte d'un entrecroisement de forces
idéologiques diverses et parfois contradictoires, le contexte du début du siècle fournit
différents axes de questionnement qui orientent notre recherche. Le premier
concerne les rapports entre le grand immeuble et la ville. Pour les architectes et pour
la population, la ville est un lieu conflictuel : on éprouve à la fois un attrait et une
aversion face à la concentration et à la rapidité des changements qui ont lieu au
centre-ville. La question de la hauteur suscite crainte et fascination. Les réactions
sont fortes. La concentration de grands immeubles pose même un problème social
quant aux activités, voire même aux personnes qui y ont droit de cité. La première
partie de cet ouvrage touchera cette redéfinition du quartier central qu'entraîné
l'arrivée des grands immeubles.
Le second axe de questionnement est l'impact des idéaux d'efficacité économique
et de pragmatisme du milieu des affaires dans la planification des grands immeubles.
Si l'historiographie a surtout fait ressortir les aspects stylistiques de l'académisme des
Beaux-Arts et de l'Art déco, Ross et Macdonald ont dû tenir compte des logiques de
profit et de rentabilité. À travers leur œuvre, nous verrons que non seulement le
grand immeuble participe à une transformation de la morphologie urbaine, mais qu'il
change le sens du rapport entre les intérieurs et l'environnement extérieur. En fait, le
texte qui suit tentera de démontrer que la problématique des grands immeubles est
e
liée aux aspirations de la société industrielle canadienne du début du xx siècle.
Malgré l'apparent conservatisme qu'on peut leur reprocher après coup, les grands
immeubles de cette période ont contribué à la modernisation de l'architecture.
Extrait de la publication1 LES ENJEUX METROPOLITAINS
Transformer la ville croissance, veulent dépasser l'échelle du
quartier pour atteindre la ville entière et
e
À partir du xix siècle, la mesure de la sa région. Ils ont alors avantage à se
vitalité économique des grandes villes rapprocher les uns des autres, la
connord-américaines fait souvent référence centration assurant une masse critique
à deux figures emblématiques, l'une accrue : les travailleurs sont des
conexogène et l'autre endogène, soit la sommateurs potentiels et les clients
métropole et le quartier central. La d'un marchand peuvent devenir ceux
première figure consiste à présenter de l'autre, et vice-versa. La proximité
certaines villes comme des pôles facilite aussi les échanges de services
d'attraction et de rayonnement pour les entre les activités du secteur tertiaire.
activités qui ont une échelle régionale, Le partage des infrastructures devient
nationale ou même internationale. Dès un avantage. En même temps, les
lors, un certain fantasme métropolitain industries polluantes sont — autant que
— qui sert fort bien le milieu des possible — rejetées dans des quartiers
affaires et en particulier les institutions périphériques afin de préserver l'attrait
qui ont une emprise sur un vaste ter- de cette zone centrale. Seules les petites
ritoire — se met en place. On se targue manufactures sont tolérées.
des symboles du dynamisme de la ville, L'amélioration des moyens de circulation
de son progrès et de sa prospérité. La — le transport public ou la voiture —
qualité de l'environnement urbain et favorise d'autant cette concentration
J'architecture n'échappent pas à cet que la ville s'étale tout autour. L'accès
optimisme collectif qui porte les gran- au quartier central doit donc être facilité
des villes à se faire concurrence. Les de sorte qu'une fois sur place, les
projets ambitieux et coûteux ont sou- consommateurs puissent réaliser
vent été considérés comme des signes plusieurs transactions en peu
du caractère métropolitain d'une ville. de temps. Avec l'avènement du train,
Le grand immeuble, ne serait-ce que par la gare, plutôt que le port, détermine
sa taille, compte parmi ces signes. l'emplacement de ce secteur central. Le
La seconde figure est le centre-ville. train assure le lien entre le quartier des
eAvec l'étalement des villes au xix siècle, affaires et les régions, entre la
centracertains commerces, pour assurer leur nte du secteur et le rayonnement
LES ENJEUX MÉTROPOLITAINS V
Ross et Macdonald. Édifice Confédération, avenue McGII Collège,
au coin de la rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, 1927-1928. Photographie :J.L, iççç.
Extrait de la publicationet l'intervention de l'État pour améliorermétropolitain. Il y a une logique
les conditions de vie des citoyens. Ilsd'ensemble.
veulent que chacun puisse profiter unCes figures reflètent l'idéologie
protant soit peu de la prospérité. Suivantgressiste dominante à l'ère victorienne.
e des principes de justice sociale, ils pré-Mais au xx siècle, même si l'économie
sentent le progrès comme une amélio-connaît une forte croissance et que
l'urbanisation reste intense, on souhaite ration du bien-être collectif, incluant la
améliorer ce modèle urbain. Les cou- santé, l'éducation et la culture, et non
rants réformistes sont responsables de plus comme un simple bilan
économique. Autrement dit, il s'agissait deces changements. Ils remettent en
faire bénéficier les masses, et non plusquestion plusieurs préceptes
aménales seuls individus, de l'enrichissementgistes du siècle précédent, dont ceux
de la hauteur et de la densification du général.
Daniel H. Bumham et Edward H.
Au début du siècle, l'espace urbain acentre-ville. On critique l'idéologieBennett, partenaires de 1903 o
1912. Vue vers /'ouest du projet de été vu comme un des moyens d'amélio-dominante qui a amené les hommes
Place du centre civique, planche politiques à centrer leurs programmes rer les conditions de la collectivité. Il a
132 du Plan de Chicago, 1909, sur la notion de progrès pour confor- suscité un débat original auquel ont
dessinée par Jules Guér/n
(Amémer l'administration publique aux contribué entre autres des médecins
ricain, 1866-1946), crayon et
préoccupés d'hygiène, des citoyens etbesoins et demandes des spéculateursaquarelle sur papier, 1908,
citoyennes soucieux de sécurité, et des75,5 x 105,5 cm. Prêt permanent et des industriels, ce qui se fait souvent
à l'Art Institute of Chicago de la architectes et des artistes convaincusau détriment du bien-être général, ou
Ville de Chicago, 28.148.1966. des bienfaits de l'art. Parmi les courantsdu moins au détriment des ouvriers'.
Photographie ©1998, The Art
de pensée qui ont émergé, on retrouveLes réformistes visent au contraire
Institute of Chicago. Tous droits
le City Beautiful Movement qui a été trèsl'assainissement des mœurs politiquesréservés.
LE FANTASME METROPOLITAIN18influent en Amérique du Nord, où il a humain, un attrait moral, un attrait pour
marqué la reconnaissance de la profes- améliorer Chicago, pas pour l'argent qui
sion d'urbaniste. Il est le pendant, à s'y trouve, mais pour les bienfaits
menl'échelle urbaine, d'une architecture taux, moraux et physiques qu'un plan bien
inspirée de l'Ecole des beaux-arts de ordonné peut apporter à la population.
Paris. Il évoque en effet l'urbanisme du
Le plan de Chicago n'est pas une panacée
baron Haussmann (1809-1891) et
pour tous les maux civiques de notre ville.
confirme l'intérêt des Américains pour
Son but vise simplement le
développela grande tradition classique française.
ment physique de Chicago pour le bien
Sa naissance est étroitement associée à
non pas d'une seule classe de la
popul'élaboration du plan pour l'Exposition
lation ou d'un secteur de la ville mais pour
colombienne de Chicago en 1893, par
le bien de tous les citoyens de Chicago,
Daniel H. Burnham (1846-1912) et 2pour le bien de tout Chicago .
Frederick Law Olmsted (1822-1903).
Conçu avant tout par des architectesCeux-ci avaient entre autres prévu de
et des architectes paysagistes de for-dégager une grande esplanade avec un
mation, les plans du City Beautifulbassin central devant la gare qui
détermettent l'accent sur l'esthétique et lesminait l'axe principal de la composition.
espaces verts. Au mieux, dans ce dernierPour les pavillons d'exposition, Burnham
cas, on espérait que les parcs aident àavait fait venir quelques-uns des
archiprévenir le crime, la malpropreté et lestectes de formation Beaux-Arts les plus
3maladies . L'importance accordée à larenommés des États-Unis. Chacun
nature rattache ce mouvement audevait se soumettre aux prescriptions
e
romantisme du xix siècle en amont, etgénérales dont la limite de la hauteur.
aux Congrès internationaux d'architec-L'ensemble présentait un effet
monuture moderne (CIAM) en aval. L'esthé-mental saisissant. Le City Beautiful fut
tique, quant à elle, avait pour objetpar la suite mis de l'avant dans de
nom« d'améliorer la santé et le sens moralbreux projets urbains dont ceux de
des gens et de stimuler la fierté locale etWashington (1902), Cleveland (1903),
4patriotique ». Cette cure de beautéSan Francisco (1904) et Chicago (1908),
urbaine nécessitait un plan d'ensembletous sous l'autorité de Daniel Burnham,
fondé sur des principes d'ordre, deprotagoniste principal de cet urbanisme
hiérarchie et de cohérence. Le Citymagistral de l'ordre et de la beauté.
Le City Beautiful s'inscrit parfaitement Beautiful a de ce fait condamné le
modèle de la trame en damier héritéedans l'esprit de réforme de cette
edu xix siècle. Ce système, jugé pluspériode, puisque comme l'indique le
mécanique que rationnel, était considérérapport pour le réaménagement de
comme le propre d'architectes arpen-Chicago, il s'agit d'un programme
teurs mal formés. Il n'aurait satisfait queidéologique à la fois égalitariste et
les besoins de spéculateurs plus soucieuxeugénique :
de rentabilité que de qualité. Il est vrai
L'ordre est un des meilleurs investisse- que la régularité de la trame facilitait les
ments qu'une ville puisse faire, mais comparaisons d'échelle et de superficie
l'attrait du plan de Chicago n'est pas un et transformait les mises en marché en
attrait commercial. C'est un attrait de simples calculs de prix au pied carré.
1LES ENJEUX METROPOLITAINS 9
Extrait de la publicationMais, pour ses détracteurs, un plan densification. Cette critique est maintes
uniforme empêchait de mettre en valeur fois rapportée dans des articles au
tourles édifices publics ; il était insensible aux nant du siècle. La seconde conférence
particularismes. Pour compenser, l'archi- américaine sur l'urbanisme, en 1910, fut
8tecte victorien favorisait la disparité des même consacrée à cette question . Mais
édifices contigus en les individualisant par par un raisonnement de cause à effet
des effets spectaculaires, souvent qui fonctionne dans les deux sens,
clinquants. De l'ordre apparent du plan l'inefficacité des réseaux de rues était
naissait un paysage architectural éclec- elle-même dénoncée, parce que en
tique dont les gratte-ciel n'auraient fait partie responsable du phénomène des
9qu'amplifier les travers. Pour les uns, grands immeubles . C'est parce que l'on
ils étaient des monstruosités hors ne pouvait pas circuler facilement dans
d'échelle; pour d'autres, ils enlaidissaient la ville qu'il fallait concentrer les bureaux
la silhouette des villes. Le City Beoutiful et les commerces. Suivant cette
derMovement présentait la ville comme un nière logique, la verticalité des bâtiments
organisme nucléé, structuré et intégré, compensait l'inadéquation du système
plutôt que conçu comme une trame des transports. Aussi croyait-on qu'en
régulière et continue. Toutes les parties améliorant ce dernier, le centre-ville
étaient interdépendantes et reliées entre pourrait enfin s'étaler davantage au lieu
10elles par le réseau d'avenues, de parcs et de pousser en hauteur .
5de places . Pour casser la répétition d'une trame
En plus de l'esthétique, le plan d'ur- urbaine en damier et pour accélérer la
banisme devait résoudre la question du circulation à travers la ville, le City
transport, qu'il soit automobile, ferro- Beautiful favorisait les voies obliques qui
6viaire ou maritime . On pensait en effet sont devenues par la suite de véritables
qu'avec le développement du centre- figures fétiches du mouvement. Comme
eville, les rues tracées au xix siècle le veut la maxime «Time is money»,
étaient devenues trop étroites pour la elles devaient servir à diminuer les
ecirculation du xx siècle. Presque toutes pertes de temps, à réduire la fatigue des
de largeur équivalente, elles n'offraient travailleurs, et ainsi accroître leur
proaucune souplesse. Une rue résidentielle ductivité. On espérait sauver
annuelleet une rue commerciale n'étaient pas ment d'énormes sommes d'argent, du
différenciées, bien que le poids du trafic moins dans une perspective
macroy diffère énormément. La vitesse, la économique de la ville". Du point
mobilité, l'efficacité des métropoles se de vue de l'espace cependant, ces
voyaient contrariées. Le nombre accru boulevards confortaient l'héritage
de véhicules motorisés ne faisait victorien car ils servaient le
rayonnequ'aggraver le problème. De plus, aux ment symbolique et réel du centre-ville
heures de pointe, les piétons qui four- et, par le fait même, ils consacraient le
millaient sur les trottoirs trop étroits quartier central comme lieu de travail.
formaient une masse mouvante mais à On croyait qu'il était préférable
d'habice point compacte qu'il devenait difficile ter loin de l'agitation du centre, dans
7de s'engager à contresens . une banlieue verte et tranquille où les
Le gratte-ciel était lui aussi accusé de valeurs familiales pouvaient le mieux
causer la congestion du trafic et la sur- s'exprimer. La réflexion n'allait pas plus
20 LE FANTASME METROPOLITAIN
Extrait de la publicationloin. Le problème inhérent à la dicho- uns aux autres et ils étaient en majorité
tomie entre un centre-ville comme lieu classiques. Ils avaient aussi une même
de travail et une banlieue éloignée qui ligne de corniche à soixante pieds de
deviendrait, selon l'expression usuelle, hauteur et leur couleur uniforme a valu
une ville-dortoir n'a à peu près pas été à l'ensemble le surnom de «ville
soulevé. La solution fut constamment blanche». Ainsi, comme ce fut le cas
réduite à une dimension technique. Le pour l'Exposition colombienne, les plans
tramway, le train, le métro, les boule- d'urbanisme du City Beautiful favorisent
vards et les autoroutes ont tour à tour une limitation de la hauteur. Au-delà de
soulevé l'espoir de régler cette ques- l'esthétique, il fallait, disait-on, éviter de
tion. En vain, car cet héritage de la trop densifier la ville, car cela n'aurait
culture industrielle où le quotidien est comme résultat que d'amener
partagé dans différents secteurs de la « désordre, vice et maladie, et par le fait
ville demeure un problème d'actualité. même [de] devenir la plus grande
Avec le City Beautiful, les boulevards menace au bien-être de la ville
elle12diagonaux avaient une autre fin : la mise même ». De telle sorte que, si l'on en
en scène urbaine. Exploitant la notion juge par les remarquables planches de
d'espace public, les avenues et les présentation du projet de Chicago,
places devaient offrir à la collectivité un l'architecture commerciale du
centrepaysage urbain grandiose et animé que ville devait former une masse uniforme,
les institutions publiques devaient étalée et découpée en îlots, comme si
embellir. Hôtels de ville, gares, biblio- l'on avait crevassé et retranché d'une
thèques, musées, etc. devenaient ainsi matière compacte les rues et les cours
des constructions privilégiées pour intérieures. S'attachant par leurs
signifier cette répartition des richesses discours à dénoncer la monotonie du
collectives. Puisqu'il y avait des liens plan en damier qu'une architecture
étroits entre l'académisme Beaux-Arts hétéroclite compense mal, les apôtres
et cet urbanisme, ces écrins des vertus du City Beautiful inversent ce rapport : ils
civiques recevaient idéalement un souhaitent la continuité de la texture
traitement classique monumental. Par un architecturale d'un édifice à l'autre,
curieux paradoxe, la position centrale et avec des accents toniques à des points
la majesté de ces bâtiments transcri- stratégiques du plan urbain, soit les
vaient souvent, de manière presque carrefours, les places, les entrées, etc.
impériale, les prétentions démocratiques Très souvent, il s'agissait de mettre en
de l'idéologie réformiste. Le City Beau- perspective les monuments les plus
tiful, comme l'architecture Beaux-Arts, significatifs. Par opposition aux
originan'a pas su éviter l'écueil d'une vision lités victoriennes qui faisaient des
élitiste et autoritaire de la culture et de édifices des emblèmes publicitaires,
la société. l'individualité des bâtiments privés devait
Les autres édifices devaient eux aussi dorénavant se subordonner à un projet
se plier à cette vision d'ensemble. Il collectif plus vaste: la ville. À Chicago,
fallait qu'ils soient en harmonie les uns Burnham a voulu donner la même
avec les autres plutôt que traités isolé- hauteur à tous les immeubles
commerment. À l'exposition de Chicago, les ciaux du quartier central et leur imposer
principaux pavillons étaient alignés les le même type d'implantation dans le
LES ENJEUX METROPOLITAINS 21
Extrait de la publicationTABLE DES MATIERES
7 Remerciements
9 Sigles
11 Introduction
17 1 LES ENJEUX MÉTROPOLITAINS
17 Transformer la ville
22 La peur des gratte-ciel
26 Le zonage : un compromis
31 2 LES ÉDIFICES À BUREAUX
31 L'héritage académique
31 La « rationalité voluptueuse » des premières œuvres
36 Vérités et mensonges architecturaux: le Transportation
43 « Look like business and nothing more» : colosses des années 1920
47 Un précurseur des mégastructures: l'édifice Dominion Square
52 Le gratte-ciel Beaux-Arts : la Banque Royale à Toronto
54 Déjouer l'ombre et la lumière: les gratte-ciel Art déco
61 3 LES GRANDS MAGASINS
61 Eaton ou le rêve inachevé
64 Les projets de Ross et Macdonald pour Eaton
79 4 LES GRANDS HÔTELS
79 Le prestige des hôtels
80 Les châteaux de chemin de fer
81 Le Château Laurier: une conception de Bradford Lee Gilbert
91 La vie de château
99 Le luxe du Château Laurier
100 Le charme pittoresque : l'hôtel Macdonald
104 Manhattan dans les Prairies: l'hôtel Fort Garry
112 L'affirmation du gigantisme: l'hôtel Mount Royal
121 La forme épurée: l'hôtel Saskatchewan
125 La ville dans la ville: le Royal York
137 En guise de conclusion : un modernisme avant l'heure
145 Notes
157 Glossaire
165 Archives
167 BibliographieAcheve d'imprimer
enaout 2001 sur les presse de
imprimeries scontimental inc.,
divison Meritoho
Imprimeu Cananda - Printed in Cananda
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