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Le harcèlement dans l'enseignement

De
294 pages
Dans l'enseignement, le harcèlement, le houspillage, la cabale, le bizutage peuvent se développer tranquillement au détriment de la qualité de la transmission du savoir et des méthodes. L'auteur a été un harcelé insupportable car toujours rebelle, un spectateur désagréable dans sa volonté d'arbitrer, un arbitre déplaisant car efficace. Avec son vécu et ses observations, il analyse les rapports de pouvoir qui émergent dans ce dysfonctionnement et conclut par un bilan des différentes stratégies qui s'offrent à la victime pour sortir de cette situation maléfique.
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LE HARCÈLEMENT DANS L'ENSEIGNEMENT
Causes- Conséquences-So lutions

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Roger BENJAMIN, Humanisme et classes sociales, 2003. Ezzedine MESTIRI, Le nouveau consommateur, 2003. Elie SADIGH, Plein emploi, chômage, 2003. Bertrand MARTINOT, L'Euro, une monnaie sans politique ?, 2003. Philippe RIVIALE, Sur la commune, 2003. Antony GAUTIER, Affaire Paul Voise, 2003. Pierre FREYBURGER, Les niqués de la république, illustrations V éesse, 2003. Martine CORBIERE, Le bizutage dans les écoles d'ingénieurs, 2003. Robert MAESTRI, Du particularisme au délire identitaire, 2003. Bertrand MOINGEON, Peut-on former les dirigeants ?, 2003. Liliane MEMERY, L'insertion: plaidoyer pour une clinique anthropologique,2003. Said KOUT ANI, Connaissance et concurrence, 2003 Jean-Christophe GRELLETY, 11 septembre 2001 : comme si Dieu n'existait pas ?, 2003. Liliane MEMERY, L'insertion: plaidoyer pour une clinique anthropologique,2003. Said KOUT ANI, Connaissance et concurrence, 2003 Lionel TACCOEN, Le pari nucléaire français, 2003. André TIANO, La lutte contre l'exclusion dans le languedoc maritime, 1789-2000, 2003. Me Michel PAUTOT, Le sport spectacle, 2003.

Hubert FAES, Peiner, œuvrer, travailler, 2003.

Philippe ARQUÈS

LE HARCÈLEMENT DANS L'ENSEIGNEMENT
Causes-Conséquences-Solutions

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Ouvrages

du même auteur

1987: "Moteurs Alternatifs à combustion interne. Editeur MASSON. Paris. (épuisé). 1989: "Théorie générale des machines. Editeur MASSON. Paris.

"

"

1990: "Théorie des machines alternative et rotative, combustion. Études et problèmes commentés." . Editeur MASSON. Paris. 1992: "Inflammation
Editeur

Combustion Pollution.
(épuisé).

MASSON. Paris.

" "

1996: "Diagnostic prédictif de l'état des machines.
Editeur MASSON. Paris.

1998: "La Pollution de l'air. Causes. Conséquences. Solutions." Editeur EDISUD. Aix-en-Provence. 1999 : "Moteurs alternatifs à combustion interne." Théorie et analyse. Editeur ELLIPSES. Paris. 2000: "Conception des Moteurs alternatifs à combustion interne.
Editeur ELLIPSES. Paris.

"

2001: "Transmissions mécaniques de puissance. Editeur ELLIPSES. Paris.

"

cg L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5425-2

Sommaire
Avertissement Introduction

1 3

I 1 2 3 4 5 II 1 2 3 4 5 6 III 1 2 3 4 5 6 7 IV

Analyse

Définitions. . . . . L'histoire. . . . . . . . . Le présent . . . . . . . . . L'homme et le travail. . . La souffrance en termes de
Le lieu Le lieu du travail. . . . Les protagonistes. . . . Le pou voir. . . . . . . . Le système. . . . . . . Les unités. . . . . . . . Analyse critique. . . . Harcèlerie L'agression. . . . . Pourquoi? . . . . . . Les chiffres. . . . . Différentes catégories. Le démarrage. . . . Qui gagne? . . . . . Dégâts collatéraux. . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . santé
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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7 7 15 24 33 35
37 37 44 53 58 72 92

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107 108 115 124 128 152 165 169

Les acteurs 171 1 Le harceleur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173 2 Le harcelé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186

3 4 V 1 2 3 4 VI 1 2 3 4

Les spectateurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . 202 Les arbitres et les complaisants. . . . . . . . . . . . . 207 La sortie Volonté de sortir. . Stratégie de sortie. La construction de la Les guides. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sortie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225 226 232 234 247

263 Existe-t-il une vie après le harcèlement? Processus de réconciliation. . . . . . . . 264 Retrou ver une vie sociale normale. . . . . . . . 268 Enseigner et innover. . . . . . . . . . . . . . . 269 Pourquoi une association? . . . . . . . . 281 285

Conclusions

Avertissement
Chez chacun d'entre nous, la violence est naturelle, elle est contrariée par l'éducation familiale et scolaire et pourtant c'est dans la famille, parfois, et à l'école que se développent actuellement des formes de brutalités incontrôlées. La violence scolaire concerne tous les usagers : personnels administratifs et techniques, enseignants, élèves dans tous les cycles: de la maternelle à l'université, dans tous les pays: développés ou non. Dans quelques pays, la fraction féminine de la population, ou une part de cette fraction, est maintenue en dehors du système scolaire pour des raisons politique, culturelle ou religieuse, c'est là aussi une agression. Dans cet ouvrage, nous présentons comment, et pour quelles raisons, la violence se développe dans ce lieu destiné à l'apprentissage des connaissances et des méthodes, ainsi qu'à l'acquisition des moyens propres à l'autonomie et à la citoyenneté par réduction de la brutalité innée. En particulier, nous analysons les causes, le développement et les conséquences de ce qui est maintenant appelé communément: "le harcèlement moral sur le lieu de travail". Dans l'enseignement 1, c'est une pratique aberrante, vexatoire et particulièrement inutile, dont, finalement, les étudiants sont les seuls pénalisés. Le harcèlement a toujours été hors la loi dans certains de ses actes: injures, menace, menace de mort, voie de fait, etc. Dans la législation, il est devenu maintenant une relation 2 illégale: cèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération: 1 Le fait qu'il ait subi ou refusé de su0

"Aucun

fonctionnaire

ne doit subir les agissements

répétés de har-

bir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa,. 2
1. Rapport du médiateur de l'éducation nationale pour 2002. Documentation Française. 2. Loi n° 83 - 634 du 13 juillet 1983 portant sur les droits et obligations fonctionnaires.

0

Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique
La des

ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements;

3

0

Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les

ait relatés. Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé aux agissements définis ci-dessus." Cette illégalité ne semble gêner personne et, en tout cas, pas ceux qui sont chargés de faire respecter la loi dans l'application de l'article 3 40 du code pénal. L'analyse que nous présentons est confortée avec l'étude de la structure dans son flou parfois généralisé et par la recherche des solutions pratiques permettant de sortir du harcèlement dans un système rénové. Quel que soit le pays, heureusement, toutes les unités ne fonctionnent pas sur ce mode dénaturé. Beaucoup travaillent dans le respect des droits de la personne appliqués à tous les usagers. Seul un très petit nombre, sous l'impulsion d'un responsable ou d'un groupe, adopte ces méthodes, parfois d'une manière transitoire, ce sont ceuxlà que nous voulons apprécier. Certains lecteurs, inutilement pervers et dans un transfert ultime, peuvent imaginer que l'auteur fantasme: nous espérons ne pas les décevoir . Un tel délire ne doit pas rester ignoré, mais, au contraire, être révélé à tous dans sa cohérence achevée. A ce stade, chacun appréciera. D'autres, révoltés et exaspérés par cet acte d'écriture héroïque, exigeront systématiquement le crâne du responsable pour s'en repaître à tête reposée. Ils risquent d'être déçus à jamais par un harcèlement qui ne dit pas son nom et qui restera sans conclusion dans un rejet sans avenir. Les différentes parties de cet ouvrage sont agrémentées d'exemples imaginés à partir de notre vécu ou de l'expérience de nos collègues tant français qu'étranger dans les rôles d'harcelé, d'harceleur, d'arbitre et de spectateur du harcèlement. Ces exemples sont romancés et détachés de tout contexte réel et ce serait pure coïncidence fortuite qu'une personne puisse se reconnaître dans l'un des personnages imaginaires ainsi mis en scène uniquement pour illustrer l'écrit. Avec cet ouvrage, nous espérons montrer combien ces pratiques illégales et archaïques sont inutiles et coüteuses pour la collectivité et, par conséquent, les faire évoluer dans le cadre d'une gestion plus humaine des usagers de tous les centres d'apprentissage.
3. Article 40.[. . .]Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. 2

Introduction
Aujourd'hui, trois 4 salariés sur dix estiment avoir subi un harcèlement moral sur leur lieu de travail, c'est-à-dire avoir été l'objet de conduites abusives. Elles se sont manifestées notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes ou des écrits répétés, pouvant nuire à leur personnalité, à leur dignité ou à leur intégrité physique et psychologique. Depuis quelques années, le concept 5 de harcèlement moral sur le lieu de travail a été découvert par le public. Révéler, c'est-à-dire dénommer, permet de mieux comprendre, de prendre de la distance, d'exprimer le ressenti, de se reconnaître dans le vécu des autres et donc de se resituer dans le milieu social qui semble vous avoir abandonné. Des mots ont caractérisé les situations de malveillance. Le responsable a été clairement désigné et nommé, son dysfonctionnement psychologique est devenu un repère pour toutes les victimes et les analystes 6 7.
"Les individus pervers narcissiques sont ceux qui, sous l'influence de leur soi grandiose, essayent de créer un lien avec un deuxième individu, en s'attaquant tout particulièrement à l'intégrité narcissique de l'autre afin de le désarmer. Ils s'attaquent aussi à l'amour en soi, à la confiance en soi, à l'auto-estime et à la croyance en soi de l'autre. En m~me temps, ils cherchent d'une certaine manière, à faire croire que le lien de dépendance de l'autre envers eux est irremplaçable et que c'est l'autre qui le sollicite." "La violence perverse confronte la victime à sa faille, aux traumas oubliés de son enfance. Elle vient exciter la pulsion de mort qui est en germe chez chaque individu. Les pervers cherchent chez l'autre le germe d'autodestruction qu'il suffit ensuite d'activer par une communication déstabilisante. La relation avec les pervers narcissiques fonctionne comme un miroir négatif. La bonne image de soi est transformée en non-amour."

Les agressions ont été répertoriées et reconnues comme ne respectant pas les droits fondamentaux de la personne. L'angoisse et
4. Etienne MERCIER. "Sondage IPSOS d'une Enquête réalisée par Ipsos pour Rebondir". Sondage auprès de 471 salariés constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, ont été interrogés par téléphone, les 5 et 6 mai 2000. Echantillon construit selon la méthode des quotas: sexe, âge, profession du chef de famille, catégorie d'agglomération, région. 5. M.F .HIRIGOYEN "Le harcèlement moral". Edition POCKET. 6. A.EIGUER "Le pervers narcissique et son complice". Dunod. Paris 1996. Cité par M.F.HIRIGOYEN. page 151. 7. M.F.HIRIGOYEN "Le harcèlement moral". Edition POCKET. page 167.1998.

la peur ont été appréciées, dévoilées et sont devenues insensées. La culpabilité ressentie par le souffre-douleur a été avouée et refusée. La lâcheté des arbitres, l'indifférence des spectateurs ont été stigmatisées et rejetées comme impropres aux relations sociales. Des personnes se sont dressées seules ou associées pour reprendre, aider et revitaliser les victimes. Le harcèlement concerne les différents aspects de la personnalité de la proie. Il peut être sexuel c'est-à-dire pénétrer au plus profond de l'être humain, insister sur les infirmités ou les paramètres hors normes, exaspérer les handicaps ou seulement les différences, désapprouver l'âge, le genre ou même les méthodes, c'est-à-dire tout ce qui fait la singularité de chaque individu qui est complétée par les règles qui forment l'autonomie de la personnalité au sein de la société. Bien que ce tourment sur le lieu du travail ne soit pas un phénomène nouveau, la discussion 8 sur cette relation humaine dénaturée et son extension en d'autres lieux reste encore floue. Le harcèlement existe depuis toujours: dans le bannissement d'un membre de la tribu, dans l'antiquité et plus récemment avec les esclaves, sous l'ancien régime avec les serfs, aujourd'hui, dans certaines entreprises avec les employés et ouvriers, dans les grandes écoles avec le bizutage et à travers toute l'histoire avec l'espoir de former les soldats à la discipline. Du point de vue médical, ce qui est nouveau, ce n'est pas le harcèlement, mais la perception de l'aggravation de ses conséquences psychopathologiques. Certains pensent qu'une fragilisation psychologique générale des structures de la personnalité du harcelé est à l'origine de ce processus. D'autres pensent, au contraire, que ce sont les agresseurs qui se multiplient et y voient le signe d'une augmentation des perversions dans notre société. D'autres, encore, estiment que ce processus est lié à une évolution du travail collectif. L'évaluation individualisée des performances associée à une précarisation de l'emploi suscitent des relations de compétition qui dérivent jusqu'aux conduites immorales. En réalité, il semble que l'agression chronique n'est que l'expression 910 d'une relation sociale imposée par l'un et refusée par l'autre plus autonome. C'est dans ce refus qu'émerge la notion de harcèlement. C'est dans le renforcement de l'autonomie et
8. C.DEJOURS "Désolation et harcèlement moral". Le Monde. 10/4/0l. 9. Ph.ARQUES "Enseignement supérieur et harcèlement". Conférence présentée au Congrès de l'Association Canadienne Contre le Harcèlement Sexuel en Milieu d'Enseignement Supérieur. Victoria. (Canada).29/10/2000. 10. Ph.ARQUES "Le harcèlement dans l'enseignement supérieur". Conférence présentée au Congrès de l'Association Canadienne pour la Prévention de la Discrimination en Milieu d'Enseignement Supérieur. Winnipeg. (Canada) .24/ 10/2002.

4

de la citoyenneté que se situe l'aggravation de la perception que nous avons des phénomènes de tourment. Bien que l'âge de l'acquisition de l'indépendance financière augmente, le développement actuel des conduites individualisées implique et explique l'accroissement de ces manifestations. Dans l'observation de ce désordre sur le lieu de travail, des constantes sont toujours détectées.
-

La disparition frauduleuse des règles, qui ramène bien souvent
apparaissent pour justifier

à l'abus de pouvoir, tandis que d'autres l'injustifiable.
-

L'absence de parole réciproque. Les décisions sont prises sans

la participation des personnes concernées ce qui, souvent, est ressenti comme une agression et aboutit à une absence de demande d'explications de leur part devant le fait accompli.
-

Les ordres deviennent alors une expérience vécue comme trau-

matisante. - Avec la disparition volontaire de leur singularité, les opérateurs sont ramenés au rang d'objet avant leur élimination en tant qu'être humain. - Les agressions multiples de toute nature avec pour objectif de manipuler la victime jusqu'à ce qu'elle craque. Etudier le harcèlement: c'est en redécouvrir l'historique, et comprendre ses relations étroites avec le travail, évaluer l'école comme un lieu privilégié où toutes les formes de brutalité peuvent se développer entre tous les acteurs. L'avenir de la victime est la conséquence d'une sortie réussie de cette situation maléfique. L'histoire. Le premier chapitre définit ce supplice. Il présente des situations qui ont réellement existé sur le plan historique ou qui ont été imaginées avec pour objectif l'apprentissage de l'autonomie ou la distraction. Le travail de chacun des acteurs est analysé en explicitant les dysfonctionnements dans lesquels les sévices peuvent s'insérer. Le lieu. Les structures d'apprentissage des connaissances et des méthodes, structures qui sont semblables dans tous les systèmes, sont examinées dans le deuxième chapitre. Le harcèlement ne peut naître et subsister que dans un contexte où la médiocrité est tolérée. Imposer l'excellence dans le système est une manière de s'opposer à une telle dérive. Le plus haut degré de perfection suppose des méthodes sans compromis, elles sont recherchées dans ce chapitre.

5

Le harcèlement. Troisième chapitre, les différentes formes de violence chronique: houspillage, bizutage, acharnement, intimidation, etc. sont décrites et disséquées. Tourmenter par de fréquentes attaques est un jeu pervers et la théorie des jeux s'applique. Qui est en posture de gagner? Qui gagne finalement? Comment? Pourquoi? La réponse à ces questions permettra de tenter une sortie. Les acteurs. Bien se connaître, comprendre et deviner son adversaire, sont les clés de la réussite. Les conduites humaines et inhumaines des acteurs de cette conjoncture cruelle: le harceleur pervers et narcissique, le harcelé autonome et lucide ou dépendant et perdu à jamais, l'arbitre potentiel et couard ou courageux et efficace, le spectateur curieux ou émergeant, toutes, sont répertoriées et analysées dans le chapitre quatre. La sortie. Comment sortir de ce contexte malfaisant, si possible sans dégât? Partir pour faire plaisir ou rester pour lutter? Construire sa propre sortie, est-ce la meilleure solution? Les stratégies de résolution de ces types de conflits sont jugées. Des guides pratiques sont présentés dans le cinquième chapitre. L'avenir. Ensuite: comment reprendre une vie normale? Les réconciliations sont encore rares, l'angoisse guette l'ex-harcelé. Comment concevoir une autre structure des établissements d'apprentissage pour que de telles situations puissent se résoudre rapidement ou même n'apparaissent plus? A quoi sert une association? Tous ces thèmes sont développés dans le dernier chapitre.

6

Chapitre

l

Analyse du harcèlement
Le harcèlement est un acte social dont la violence n'est pas exclue et dont les conséquences sont souvent graves même si cela n'apparaît pas toujours. Il est lié aux capacités réelles ou non d'autonomie d'un individu ou d'un groupe et donc à la notion de liberté. Par conséquent, il a toujours existé et il se développe évidemment d'autant plus que l'individualisme croît dans nos sociétés modernes. Les conséquences graves en font maintenant un phénomène de société et, pour cela, il est largement analysé, conté, mis en scène et simulé.

1

Définitions

Différentes définitions 12 3 4 5 du harcèlement ont été élaborées. Elles décrivent clairement la situation vis-à-vis d'une personne qui subit des actes vexatoires et inutiles et dont la santé s'altère. MF .HIRIGOYEN: "Toute conduite abusive se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits, pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l'intégrité physique ou psychique d'une personne, afin de mettre en péril l'emploi de celle-ci ou dégrader le climat de travail". LEYMANN: "Le concept de mobbing définit l'enchaînement, sur une assez longue période, de propos et d'agissements hostiles, exprimés ou
1. M.F.HIRIGOYEN "Le harcèlement moral". Edition POCKET. 2. H.LEYMANNN "Mobbing". SEUIL. PARIS. 3. C.DEJOURS "Désolation et harcèlement moral". Le Monde. 10 avril 2001. 4. http://perso.club-internet.fr /lextel/. mai 2001. 5. Organisation International du travail "La violence sur le lieu de travail- Un problème mondial". BIT 98/30.20/7/1998.

manifestés (la cible).

par une ou plusieurs personnes envers une tierce personne Par extension, le terme s'applique aussi aux relations entre et leur victime".

les agresseurs

"Le harcèlement moral est une forme clinique de l'aliénation sociale dans le travail résultant de contraintes psychiques exercées de l'extérieur sur un sujet pa,r l'organisation du travail, par les modes de gestion et d'évaluation ou de direction de l'entreprise". C.DEJOURS:

P.BOUAZIZ: "Le harcèlement moral vise tout comportement fautif de l'entreprise portant ou pouvant porter atteinte à la dignité du salarié etlou à sa santé morale". X : " Le harcèlement professionnel est un comportement fautif répété dont le caractère vexatoire, humiliant ou attentatoire à la dignité perturbe l'exécution du travail de la personne qui en est victime." Bureau International du Travail: "Le harcèlement est le
comporte-

ment abusif ou tyrannique vis-à-vis d'un subalterne ou d'un pair, la
personne qui se comporte de cette façon blessante cherche à amoindrir un ou plusieurs employés en utilisant des moyens vindic61tifs, cruels,
malicieux ou humiliants".
-

Le harcèlement moral est défini dans l'article 122

49 du Code

du Travail. moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions
de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité,

"Aucun

salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement

d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir
professionnel. Aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire

l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, notamment
en matière de rémunération, de formation, de reclassement, d'affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat pour avoir subi, ou refusé de subir, les agissements définis à l'alinéa précédent ou pour avoir témoigné de tels agissements ou les avoir relatés. Toute rupture du contrat de travail qui en résulterait, toute disposition ou tout acte contraire est nul de plein droit". Les articles suivants définissent: les sanctions disciplinaires, l'obligation de prévention, l'aménagement de la charge de la preuve, l'action de substitution des syndicats, l'instauration d'une procédure de médiation, les sanctions pénales. Les droits 6 et obligations des fonctionnaires sont définis dans l'article 6 de la loi n° 83 - 634 du 13 juillet 1983.
6. rappelés dans l'avertissement.

8

Lorsqu'elle n'est pas d'indifférence, toute relation humaine qu'elle soit d'amitié, d'amour, professionnelle, ludique, etc., met en présence plusieurs personnes. Chacune de ces personnes a un passé, des compétences, une personnalité et une maturité qui s'expriment dans les capacités d'autonomie qu'elle développe pour progresser. Deux situations peuvent prendre place séparément ou alternativement. L'une se base sur le respect mutuel où la compétence, l'autonomie et la personnalité des uns et des autres se partagent et s'entremêlent pour le plus grand bénéfice de tous. L'objectif est commun et peu importe qui mène: c'est toujours celui qui se montre le plus compétent à l'instant. Chacun des participants est capable de relayer l'autre dans une dynamique où toute erreur, fortuite ou non, est épongée par l'action commune dans le cadre d'une efficacité sans cesse renouvelée. L'autre se base sur un rapport de force lié à la distance entre compétence et autonomie entre les différents participants. La tentative de réduction de cette distance va se traduire par la création d'une situation de harcèlement. Le harcèlement met donc aux prises deux groupes, qui peuvent se réduire à deux personnes, dont l'une croit détenir compétence et autonomie qui sont, en fait, réellement détenus par l'autre. Dans ce rapport inverse de la réalité, le plus faible va ressentir sa nullité, si ce n'est son inexistence, qu'il va interpréter en termes d'assaut contre sa personne. Ceci va l'amener à réagir: D'une part en agressant selon le principe que la meilleure défense: c'est l'attaque. L'agression peut être verbale, physique, faible ou forte. Elle est là. D'autre part par une demande de soumission afin de pouvoir ravir la compétence et l'autonomie de l'autre qui sera bien en peine de les lui céder définitivement même s'il donne l'impression d'un transfert au cours de l'agression. Don qui est suivi d'une rétrocession lorsque la situation est redevenue normale. Cet effet est aggravé par la situation hiérarchique ou numérique des protagonistes. Basée sur des concepts et non sur la description d'une situation, une définition du harcèlement s'exprime ainsi: Le harcèlement est l'ensemble des dispositions mises en œuvre par une personne (le harceleur) pour obtenir une soumission totale ou partielle d'une autre personne (le harcelé) sans que le libre arbitre de cette dernière soit reconnu dans le cadre de son autonomie. 9

Ensemble des dispositions. Il n'y a pas de limites aux dispositions que peut imaginer le harceleur vis-à-vis du harcelé, dans le temps: jour et nuit, dans l'espace: sur le lieu de travail mais aussi dans l'espace familial, dans la perversité: est-il nécessaire de le préciser?, dans la médiocrité: c'est l'objet de cet ouvrage. Soumission. Obtenir la soumission signifie extorquer une obéissance sans réserve dans un cadre de relations hiérarchisées de seigneur à vassal. Cette soumission peut être partielle: psychologique ou physique. Elle peut être totale: psychologique et physique: harcèlements moral et sexuel pour obtenir des faveurs sexuelles. Dans l'inféodation, il existe une contrepartie: l'assujetti reçoit une parcelle de pouvoir de celui qui possède et soumet. Certains refusent et n'ont que faire de cette parcelle de pouvoir car ils sont autonomes, c'est avec cet acte de refus que le harcèlement se met en place. Lorsqu'une personne se soumet à une autre personne volontairement, c'est-à-dire avec son libre arbitre, il ne s'agit plus de harcèlement mais d'un choix. Chacun peut accepter librement cette dépendance pour des raisons particulières: danger de situation, sentiment d'incapacité et d'incompétence devant la spécialisation de l'autre, basse estime de soi, dépression ne permettant plus d'exercer son autorité sur soi-même. Ce choix ne peut se faire que dans un cadre de confiance et d'intermittence: lorsque la situation évolue alors ce choix est reconsidéré, renouvelé ou retiré. Libre arbitre. Le libre arbitre représente la liberté de l'homme envers lui-même. Ce concept a été défini et commenté au dix-huitième siècle par BOSSUET7, KANT 8 et surtout JJ .ROUSSEAU9 dans le contrat social. Le libre arbitre représente la puissance qu'a la volonté de choisir entre plusieurs parties sans motif extérieur, c'est le pouvoir de se déterminer sans aucune autre cause que la volonté elle-même (autonomie 10) dans le cadre de l'absence de toute contrainte considérée comme anormale, illégitime et immorale.
7. BOSSUET" Je dis que la liberté ou le libre arbitre est certainement en nous, et que cette liberté nous est évidente." Libre arb. 2. Extrait du Littré. 8. KANT Maxime de la liberté" Agis toujours de telle sorte que tu puisses te considérer comme le législateur et comme sujet dans un règne des fins rendu possible par la liberté de la volonté". Morale par A.BRIDOUX. HACHETTE. page 151.1945. 9. J.J .ROUSSEAU Le contrat social "Renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de I'humanité, même à ses devoirs. [...]. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l'homme; et c'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté." http://abu.cnam.fr. 10. L'autonomie est un concept qui a été défini récemment: 1751 10

Autonomie. L'autonomie est le droit pour l'individu de déterminer librement les règles 11 auxquelles il se soumet dans la limite des lois définies par la société dans laquelle il vit. C'est l'aboutissement, la finalité du libre arbitre pour l'individu dont la conduite devient cohérente dans les choix et les objectifs qu'il fait et non dans ceux qui sont faits pour lui. Evidemment, lorsque les règles qui gouvernent l'émancipation du citoyen sont en désaccord avec celles de la société dans laquelle il évolue, alors une situation conflictuelle apparaît. Lorsque la relation avec la collectivité est transitoire, une prise de conscience simultanée des oppositions est effectuée généralement sans conséquence. Lorsque le contact est continu ou renouvelé périodiquement, alors apparaissent des dysfonctionnements réciproques pour chaque être vis-à- vis de la communauté. Le dénouement de cette situation conflictuelle peut prendre plusieurs formes dont la violence n'est pas exclue. - Abandon du groupe dont les règles sont en opposition avec celles de l'indi vid u.
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Obliger l'institution à modifier ses lois. C'est là un aspect émi-

nemment politique, ce n'est pas l'objet ici, mais également trivial: il suffit pour l'individu de "refaire le monde". Verbalement: c'est immédiat 12 et l'efficacité est assurée, réellement cela se révèle beaucoup plus long et difficile avec une finalité dont l'échec n'est généralement pas absent. Les règles de chaque membre doivent se mettre en accord avec celles du corps social. Dans tous les cas, il semble nécessaire que l'individu passe par une phase de raisonnement, de réflexion puis de restructuration des préceptes qu'il a choisis librement. Le harcèlement est mis en place pour l'y aider rapidement et lui faire comprendre les bons principes qu'il doit adopter. Que l'ensemble des normes imposées soit souvent incohérent n'est pas un problème pour cet ensemble ou son représentant! Vivre avec ses propres normes, dans un monde qui ne les accepte pas, provoque en général la réaction de harcèlement pour peu qu'un narcissique pervers soit partie prenante. La société humaine n'est pas binaire, elle ne se partage pas entre dominant et dominé, gagnant ou perdant, possesseur ou possédé, il
11. J.J .ROUSSEAU Le contrat social" . .. il faut bien distinguer la liberté naturelle, qui n'a pour bornes que les forces de l'individu, de la liberté civile, qui est limitée par la volonté générale; et la possession, [.. .J qui ne peut être fondée que sur un titre positif". http:/ / abu.cnam.fr. 12. Ceci explique pourquoi le harceleur fait l'objet en permanence de la conversation. Chacun essaye de refaire le monde en l'éliminant, or ce n'est généralement pas possible, la conversation est donc interminable.

Il

existe une troisième voie: celle de l'autonomie qui conduit à la liberté. En réalité, le conflit ne se réduit pas à deux groupes: l'individu et la société. D'autres émergent implicitement: les spectateurs et les arbitres officiels, ils sont également parties prenantes dans le conflit même s'ils tentent souvent de l'ignorer dans leur inaction. La naissance de ces groupes fait également appel au libre arbitre de chacun. Par autonomie, certains spectateurs vont prendre une attitude active d'arbitre potentiel, tandis que des arbitres officiels, pour la raison opposée, vont se déclarer spectateurs. Reconnu. Ici, "reconnu" est écrit avec le sens d'accepter, de tenir compte, de prendre en charge l'avis, de se soumettre à l'autorité du libre arbitre. Conclusions. La société est à géométrie variable et cela concourt aux différents cas qu'il est possible de rencontrer. Lorsque la société a l'envergure d'un pays, alors apparaissent des situations conflictuelles entre les individus, qui en rejettent les règles, et l'Etat.
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Avec l'hypothèse que la nation est réellement démocratique.

Si les individus sont isolés, le conflit reste mineur et consiste en une application juste ou injuste de la loi qui peut être considérée comme inéquitable par certains. Lorsque les citoyens se rassemblent alors l'application de la législation est plus difficile car des procédures d'évitement sont mises en place par les groupes afin de mettre la légalité en échec. La situation conflictuelle est généralisée, il est nécessaire de la régler par des mesures d' éd ucation, de formation, d'attributions sociales, etc.
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Si le gouvernement n'a pas une conception démocratique

des libertés individuelles, alors ses services peuvent utiliser des méthodes de résolution des conflits que certains qualifieront de harcèlement pour le moins et de génocide pour l'extrême. Lorsque la société associe quelques dizaines ou centaines de personnes, la résolution du conflit met face à face des groupes, dont l'un: celui de la victime, à la limite, peut être unitaire. Le nombre de particuliers concernés par le conflit n'est jamais réduit à deux si les spectateurs et les arbitres potentiels sont décomptés. C'est ici que prend place le harcèlement qui fait l'objet de cet ouvrage. Le tyran cerne et agresse la proie afin de la réduire à sa merci, sans aucune possibilité d'autonomie, et l'oblige à respecter les règles, parfois floues, qu'il a mises en place.

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Le bilan de cette situation est instructif. Avant la phase de harcèlement: l'agresseur, la cible, l'arbitre et les spectateurs, qui, souvent, ignorent encore leur rôle respectif, sont réunis:
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Le persécuteur futur est en manque d'autonomi€. S'il était

autonome: il n'aurait pas embauché, marié, accepté la venue d'une personne dont les règles de fonctionnement sont, de toute évidence, contraires et en opposition aux siennes. Il existe ainsi la marque d'une attitude confuse quant au rapport entre les choix, les objectifs et les décisions.
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Le harcelé futur est autonome. S'il tombe dans le piège, c'est

qu'il ne pense pas que son autonomie, qu'il n'a pas cachée, puisse lui interdire de fonctionner dans la société où il est accepté. En général, les qualités d'autonomie sont appréciées et même recherchées, c'est pour cela qu'il intègre la communauté avec son accord. La confusion est un élément supplémentaire pour qu'il soit pris dans le piège. En effet, actuellement la réaction des individus n'est pas: "flou ou confusion signifie harcèlement potentiel" mais" dans le flou et la confusion, j'arriverai bien à tirer mon épingle du jeu". Ceci est aggravé par le fait que ces dysfonctionnements sont généralement attribués à la situation et non à son auteur ce qui est finalement une erreur grossière d'appréciation. Pendant la phase de harcèlement et tout de suite après: Le harceleur a l'impression qu'il est devenu autonome. Il a obligé, parfois par la force, la victime à adopter et respecter les règles que lui, harceleur, a définies. Le respect de ces règles conforte la décision qu'il a prise et donc son autonomie. Le fait que le libre arbitre du souffre-douleur ait disparu n'est pas explicité et, au contraire, généralement dissimulé, parfois il est apprécié et même savouré.
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Le harcelé

ne respecte

plus les principes

qu'il s'est définis. Il a

donc perdu son autonomie. Lorsqu'il disparaît, par la fuite ou dans l'absence médicale, alors: il n'honore plus les règles que le despote a définies. Ce dernier perd donc son autonomie,
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il peut à nouveau respecter ses principes. Il a retrouvé son

autonomie. Ainsi, finalement, tout se passe comme si le harcèlement n'était que l'acquisition par la force de l'autonomie d'une proie par l'oppresseur qui est en manque. Acquisition qui n'est que transitoire. Lorsque la traque agressive se termine, il existe un gagnant, un perdant et ce ne sont pas toujours ceux qui sont plébiscités. Parfois, il apparaît un arbitre et parfois, seulement, des spectateurs.

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Définitions Dans cet ouvrage, nous utiliserons les termes de "Harceleur" pour celui qui met en œuvre l'ensemble des dispositions pour obtenir une soumission. "Harcelé" pour celui dont un asservissement est attendu. "Harcèlement" pour décrire l'action. "Harcèlement" ou "Harcèlerie" pour décrire la situation. Le "Spectateur" est celui qui observe le supplice sans intervenir. Le "Gentil", est celui qui met en place le harcèlement à la demande du harceleur, c'est le "Bourreau" bien souvent. Par sa position, l''' Arbitre" est celui qui arrête ce calvaire et réintègre le harcelé dans l'ensemble de ses droits en le déculpabilisant. Selon le lieu et l'âge, le harcèlement et ses acteurs sont désignés par des mots spécifiques. La multiplication des termes souligne le manque de clarté de cette relation dévoyée. Dans les pays anglo-saxons, le terme" bullying" est réservé à la maltraitance, aux brimades et au bizutage des écoliers et des étudiants et le terme de "mobbing" au harcèlement des adultes. De nombreux experts considèrent que le terme de "victime" ne doit pas être utilisé afin de ne pas" victimiser" le harcelé et qu'il est préférable alors d'utiliser le terme de "cible". Ceci est important, tant que la cible n'est pas touchée, elle n'a pas de raison de se sentir réduite à l'état de victime. En réalité tout dépend de l'intensité du harcèlement. Aux faibles degrés, il est effectivement important de ne pas attacher trop d'importance à ce qui n'est, finalement, qu'une dérive passagère, lassante mais supportable. Aux niveaux élevés de harcèlement, il semble préférable de mesurer le danger de la situation. Se sentir victime ou pas n'a plus grande importance, l'important est de démarrer des stratégies de sortie dont la réussite est assurée. Les concepts fondamentaux. Les trois concepts: la discrimination, l'agression, le développement d'un environnement hostile, seuls ou regroupés, associés à la répétition, mais ce n'est pas obligatoire, caractérisent le harcèlement. Cette situation commence dès la première agression qui, dans certains cas, peut ne pas être répétitive faute d'adversaire, mais qui peut se reproduire avec des partenaires successifs. Le terme de harcèlement peut alors paraître comme inadéquat. Le monde ne se sépare pas entre les bons: les harcelés, les arbitres et les méchants: les harceleurs et les spectateurs. Chacun d'entre nous a des talents d'agresseur plus ou moins cachés ou révélés et les utilise selon les circonstances à l'égard d'une autre personne. De même chacun d'entre nous peut se retrouver dans la situation de victime quelle que soit sa personnalité simplement parce qu'il projette une image d'autonomie qui coïncide avec le fantasme d'acquisition 14

d'un harceleur. Dans bien des cas, le système d'agression chronique reste insignifiant et transitoire, c'est un défoulement, une décompensation d'un stress trop important, souvent: une maladresse. Parfois, il prend une intensité inadmissible et caractérise le narcissisme réel et la perversité innée de l'agresseur. Ce sont ces cas qui sont examinés dans cet ouvrage.

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L'histoire

Alors qu'il semble émerger actuellement dans notre société et fait l'objet de commentaires, d'analyses, de lois, etc., en réalité, le harcèlement ne date pas d'aujourd'hui. Histoire Par le passé, beaucoup de sociétés, et en particulier la société française, ont fonctionné plus ou moins sur le mode de la "harcèlerie". Ceci résulte de l'évolution de notre situation politique et historique depuis plusieurs siècles avec une alternance de royauté de droit divin et de république de droit du peuple. Evolution associée probablement à un manque d'éducation laïque, approfondissant les qualités de la citoyenneté, alors que certaines vertus chrétiennes ne sont plus enseignées ou le sont moins. Dans l'Ancien Régime (avant 1789), les Français ont vécu sous un système politique de droit divin à tous les échelons de la société où les relations étaient soumises de vassal à seigneur, les seigneurs se soumettant au Roi. En retour, le seigneur assurait protection et sécurité au vassal. La révolte des insoumis au Roi est appelée la "Fronde" (1648-1652). Elle fut un échec et eut pour conséquence le développement de la "Cour" du Roi où les nobles turbulents échangèrent leur soumission contre honneur et finances. Ce type de relations subsiste encore et reste d'actualité dans les expressions: "droit de cuissage", "lettre de cachet", "exil dans les terres", "jeter aux oubliettes". Le fait d'avoir jugé, condamné puis exécuté LOUIS XVI n'a pas supprimé ce mode de relations dans notre inconscient collectif et il reste toujours vivace. La République n'a fait que changer les acteurs, en passant d'une noblesse de Cour à une Nomenklatura. Dans beaucoup de pays, la vassalité subsiste dans les associations malhonnêtes; en France, cette relation existe encore aujourd'hui sous des formes évoluées, plus ou moins intenses, où la dépendance totale n'est plus exigée en contrepartie d'une protection. Ce rapport social oscille entre les deux extrêmes: "parrainage" et "système mafieux". 15

"Tuteur, parrainage" : le parrain, dont le nom et la qualité sont passés dans les organisations corrompues, suppose, en dehors de toute notation religieuse, un transfert de connaissances et d'expériences d'une personne à une autre sans qu'une relation de vassalité ne soit exigée si ce n'est sur le plan moral. A ceux qui ne respectent pas cette liaison de dépendance implicite, il est reproché de "tuer le père fl. "Système mafieux" : le rapport de soumission est très renforcé et peut aller jusqu'à des actes extrêmes hors la loi. Il existe en plus une notion financière d'argent sale. Récit, conte et légende

Le harcèlement met en jeu des liens de possession et de soumission, de dominant et de dominé entre personnes, associées au refus ou, si nécessaire, à la révolte. Ce schéma est ancien, il se retrouve dans l'imaginaire collectif poétique, théâtral ou cinématographique. Les contes et autres comptines. Les contes de fées sont racontés pour stimuler l'imagination de l'enfant, l'aider à développer son intelligence, à ressentir et voir clair dans ses émotions, à analyser les difficultés tout en lui suggérant des solutions. La sagesse ne jaillit pas d'elle-même, elle s'élabore petit à petit. Pour pouvoir régler les problèmes 13 psychologiques de la croissance, l'enfant a besoin de comprendre ce qui se passe dans son être conscient et de faire face à ce qui se passe dans son inconscient. Les contes de fées lui permettent d'élaborer cette compréhension dans différents registres. Trois contes sont analysés, il en existe bien d'autres. Les trois petits cochons. Le conte des trois petits cochons a trait au dilemme: entre principes de plaisir et de réalité, lequel faut-il suivre? Seul l'échec à la méchanceté, une part mineure du récit, est considéré ici. Les trois cochons représentent la même personne à des stades différents de développement. Les deux premiers sont mangés par le loup: ce sont les plus jeunes, ils cherchent des satisfactions immédiates sans penser à l'avenir et au danger de la réalité. Le dernier, le plus âgé, le plus autonome, trompe trois fois le loup puis le tue en tenant compte d'une part: de la réalité de la menace de sa présence et d'autre part: de son acharnement à vouloir manger du cochon. Dans ce conte, l'enfant apprend comment se comporter pour mener un combat contre le loup, animal méchant qui cherche à nous
13. B.BETTELHEIM. LAFFONT 1976. "Psychanalyse des contes de fées". Collection POCKET.

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détruire: planifier, précéder l'évènement, se structurer, de la réalité avant d'éliminer son adversaire.

tenir compte

C'est le jour de la photo de classe à l'école maternelle. La maîtresse est assise sur un banc entourée de ses bambins debout et assis par terre. Certains sucent leur pouce, d'autres louchent, d'autres sourient au photographe. Il est là vêtu d'un jean noir, d'une chemise noire, d'un noeud papillon blanc et de gants blancs, à côté de l'appareil. Un petit garçon suce son pouce méthodiquement avec rage. Lorsque le photographe ouvre la bouche pour leur dire "souriez", il s'interrompt, désigne le photographe avec la main tendue et hurle" C'est le loup" en s'enfuyant. A ce moment, tous les enfants se lèvent et, criant, courent dans tous les sens pour échapper au loup. Merci petit cochon!

Cendrillon. Cendrillon est l'un des contes de fées les plus connus. Il en existe plusieurs centaines de versions, 345 ont été décomptées. C'est un conte sans détour, mais derrière cette simplicité, une masse d'éléments complexes, généralement inhibés, intervient. Il suscite les fantasmes et l'inconscient de l'enfant, qui écoute le récit, tout en lui certifiant qu'il existe une sortie. L'histoire de Cendrillon est construite autour des angoisses et des espoirs, qui forment le contenu de la rivalité fraternelle, et autour de l'héroïne triomphant du harcèlement de ses demi-sœurs et de sa belle-mère qui l'ont humiliée, écrasée et avilie. Cendrillon est une petite fille forte et bonne, qui subit en pleurant, et qui garde toujours l'espoir d'un monde meilleur. Elle présente des caractéristiques actives d'autonomie et, finalement, ne sera pas déçue. Ses demi-sœurs et sa belle-mère sont" belles et blanches de teint mais vilaines et noires à l'intérieur". L'envie et la convoitise des unes vis-à-vis de l'autre justifient les agressions et l'emprise. L'arbitre potentiel, le père est inexistant, il cède la place à un arbitre providentiel : le prince charmant. La fée, qui est créée par une action 14 de Cendrillon, représente la providence c'est-à-dire la chance que nous avons tous, un jour ou l'autre, à condition de savoir la susciter mais aussi la saisir. Finalement, Cendrillon épouse le prince charmant et les méchantes sont punies, elles deviennent aveugles: c'est parfait et c'est aussi un bon avertissement pour les harceleurs. Malheureusement, toutes les mères ne racontent pas Cendrillon à leurs enfants ou alors tous ne l'écoutent pas, c'est dommage.
Le petit poucet. Cette histoire 15 est un exemple de situation de harcèlement qui est appris très tôt aux jeunes enfants. Le petit
14. Cendrillon plante un rameau, cadeau de son père, sur la tombe de sa mère, le rameau pousse et une fée y est cachée, elle sortira au bon moment. 15. Gustave DORE. 17

poucet est une personne hors norme par sa taille ce qui fait qu'il est le souffre-douleur de la maison. Compte tenu de la famine qui règne, le père veut abandonner les enfants, la mère veut les sauver, finalement, par soumission, elle les abandonnera deux fois. La seconde fois, ils auront affaire à l'ogre. Et oui! Souvent, un harceleur en cache un autre. Les pervers: le père et l'ogre ont toujours faim et sont à la recherche de nourriture, chacun d'eux sacrifie, à sa manière, les enfants à cette quête. C'est dans cette relation humaine dénaturée qu'ils sont en manque d'autonomie. Dans chacune des situations, c'est le petit poucet qui sauve ses frères avec intelligence et en construisant des solutions originales, c'est là que se situe sa maturité. La conclusion est claire: f.. .J Mais si l'un d'eux est faible, ou ne dit mot, On le méprise, on le raille, on le pille: Quelquefois, cependant, c'est ce petit marmot Qui fera le bonheur de toute la famille. Le harcelé non seulement se sortira du harcèlement, mais, avec lui, il entraînera les autres qui sont dans la même situation. C'est une solution. Comptines. Il existe bien sür les contes pour enfant. Ils indiquent clairement, même si ce n'est pas l'objectif principal, les stratégies de résolution du harcèlement. Il en existe également pour justifier le harceleur dans la soumission qu'il exige. La comptine 16 "Je voudrais un mari" indique bien dans son refrain la volonté du tyran et l'attitude de soumission attendue du mari qui, ici encore, est supposé hors norme: tout petit. Bizarrement, la mère n'existe pas, quant au père: il est grognon. Visiblement, il n'apprécie pas la trahison de sa fille, mais ne s'y oppose pas. Elle fait avec et chante ce refrain: Je voudrais un mari Docile et sans reproche Qui aille dans ma poche Un vrai petit mari Je le voudrais petit Mignon et bien gentil Et qui ne grogne pas Surtout comme Papa Je veux dans ma maison
16. http://www.momes.net

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Agir à ma façon Régner, gouverner à ma guise J'entends faire la loi Tant pis si ça le défrise La comptine continue en décrivant tout ce que le mari devra assumer chaque jour. Cette chanson est un hymne au harceleur. L'avis du conjoint harcelé: J'exigerai de lui

I...J
et que jamais il ne s'entête n'a pas beaucoup d'importance. Tout est confirmé dans la dernière strophe, l'époux dans sa soumission modèle doit être la proie des harceleurs: des moqueurs et des jaloux. [.. .J Je veux qu'aux yeux de tous Des moqueurs, des jaloux Il serve en tout lieu de modèle Cette comptine était connue dans les années soixante probablement pour rappeler à toutes les épouses qu'il existe une autre situation que celle de l'asservissement au mari. Aujourd'hui, elle n'est plus chantée car elles savent. Lorsqu'une jeune femme fredonne ce refrain, il est peut-être préférable d'exiger quelques garanties ou de fuir pour le regretter toute la vie car ce n'est qu'une comptine.

Le harcèlement société. La violence chronique peut être imde
plantée dans toutes les situations où il existe une relation humaine forte: dans l'esclavage et l'apartheid, dans le domaine de la religion, en politique, sur le lieu du travail, dans une relation amoureuse, etc. Lorsque la relation humaine est encore superficielle, elle se termine par la fuite du harcelé. Galilée. En 1589, GALILEEfut nommé professeur de Mathématiques à l'Université de Padoue. En 1610, ayant suscité de nombreux envieux, il fut dénoncé au Saint-Siège. En 1632, enseignant la théorie de COPERNIC: "la terre tourne autour du soleil et sur elle-même", il fut déféré devant le tribunal de l'Inquisition devant lequel il ne se défendit pas. Le procès dura 20 jours. Il dut prononcer à genoux l'abjuration de sa doctrine. GALILEE reçut l'ordre de ne plus professer, ce ne fut pas le dernier, et retourna à Florence. A ce titre, GALILEE représente le premier des enseignants harcelés connus. Depuis le dix19

septième siècle, il n'est plus demandé aux professeurs d'abjurer à genoux, ils peuvent maintenant le faire en restant debout. C'est là un énorme progrès! Jeanne d'Arc. Au quinzième siècle, pendant la guerre avec les Anglais, dite de "cent ans", une paysanne, adolescente, entend une voix dont elle dit que c'est celle de la Vierge. Cette voix lui commande de "sauver la France" , de "bouter" les Anglais hors de France, de faire couronner le Roi à Reims. En trois mois, de mai à juillet 1429, elle lève le siège d'Orléans et arrête les Anglais sur la Loire, rétablit la légitimité Royale, il lui reste à "bouter". Sous les murs de Compiègne, elle est capturée par les Bourguignons et vendue aux Anglais. Alors commence son procès où elle tient tête à l'évêque de Cauchon et à l'Inquisition et qui se termine par son martyre sur un bûcher de la place du vieux marché à Rouen. L'autonomie de Jeanne se manifeste dans ces voix qu'elle seule entend et qui la guident, dans son choix de vie: soldat, dans sa tenue vestimentaire: celle des hommes de l'époque et surtout dans sa foi religieuse profonde et passionnée. Le harceleur est l'évêque Cauchon, il est illustré 17 par cette description: "Ce serviteur zélé de la monarchie anglaise... Prélat politique... Promoteur et spectateur de grands massacres de Paris, Cauchon apprit à haranguer la plèbe, à manipuler l'opinion, à s'imposer aux notables. Il avait respiré [. . .] l'odeur du sang et connu l'ivresse des meurtres en série... En quelques années, grâce à son entregent, il parvint à accumuler bénéfices et prébendes. Rien de ce qui pouvait accroître sa notoriété et sa fortune n'échappait
à cette pieuvre...

Ici, c'est le harceleur qui gagne, apparemment. En réalité, Jeanne d'Arc en devenant une sainte est la seule qui peut revendiquer la victoire au prix de sa vie, c'est cher, mais peut-être était-ce le prix à payer à cette époque-là pour être femme et autonome. Le maccarthysme. Le maccarthysme est un harcèlement politique. Dans les années cinquante, un sénateur américain dénonce le communisme dans les milieux du journalisme et du cinéma. Il crée une Commission d'enquête ayant tout pouvoir pour requérir sur ceux qui sont supposés être" communistes" à tort ou à raison. Il développe une méthode d'instruction basée sur le harcèlement moral et public, associé à la délation avec l'indulgence de la Commission pour les félons. L'une des sanctions est l'interdiction de travailler. Devant la Commission harceleuse, les accusés ont eu différentes attitudes allant
17. M.PEYRAMAURE "Jeanne d'Arc". 20 Robert LAFFONT. 1999. page 469.

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de la prostration totale (soumission) avec dénonciations mensongères de collègues au refus total de coopérer dans l'honneur (autonomie) conduisant à l'exil dans l'anonymat. Pour vivre, plusieurs victimes se sont expatriés en Europe et ont dü recommencer une carrière tandis que d'autres ont travaillé sous le couvert d'un prête-nom. Récemment (2000), plusieurs œuvres ont été réattribuées à leurs auteurs qui les avaient rédigées sous un faux nom. Le maccarthysme s'est effondré lorsqu'une dénonciation systématique du harcèlement a été faite dans les journaux qui avaient contribué, pour une part, à le mettre en place en ne le dénonçant pas dans une première période. Filmographie. Le harcèlement est un thème très présent dans les scénarios de cinéma. Toutes les situations où harceleur, harcelé, spectateurs et arbitres sont des groupes ou des hommes solitaires, ont largement été explorées et les multiples dénouements explicités. Certaines histoires sont pimentées d'une histoire d'amour où évidemment la victime ravit à l'agresseur son amoureuse déclarée. Celle-ci: "l'héroïne" entre les biens matériels qualifiés: titre, rang, fortune et les qualités humaines d'autonomie et d'indépendance, certifiées par le héros évidemment, préfère ces dernières et le choisit. Le pervers est donc ramené à sa nullité sur les plans professionnel, affectif et humain. A la fin, la défaite est donc totale. Dans la réalité, ce n'est pas toujours le cas. Les films sur ce thème sont nombreux. Ils ont du succès car ils satisfont notre morale inconsciente en mettant en évidence la lutte du "bien" (le harcelé) contre le "mal" (le harceleur) et la victoire du premier sous toutes les formes imaginables alors que dans la vie réelle, il est considéré comme perdant. Beaucoup de créations cinématographiques sont célèbres, quelques unes sont rappelées. Robin des Bois. L'histoire de ROBIN des Bois est l'histoire d'une oppression qui finit bien. Au début, c'est le prince Jean qui harcèle le peuple de son royaume sous les impôts élevés, les corvées sans fin et les pillages légaux. Ensuite, c'est ROBIN des Bois qui assaille le prince Jean et son autorité en occupant la forêt au nom des malheureux avant de se lancer à l'assaut de la ville et du château. Par ses qualités humaines, ROBIN des Bois séduit la princesse destinée au prince fidèle et soumis: "le gentil" du despote. C'est le Roi RICHARD (arbitre incontesté) qui sauve la situation en revenant et en excluant le prince Jean: tyran primaire et en rétablissant ROBIN des Bois dans ses prérogatives.

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Ce film montre clairement comment ne pas être harcelé: en devenant l'agresseur, mais ce n'est généralement pas suffisant sans l'intervention de l'arbitre, ici le Roi RICHARD. Il indique quelle est la stratégie en deux étapes à utiliser. Sur son propre terrain, la victime doit attaquer l'assail1ant puis se déplacer sur son terrain pour l'achever. La victoire est ainsi totale. Rambo I. Un film de Ted KOTCHEFF avec Syvester STALLONE (1983). Une histoire de harcèlement à l'état pur. Tout y est sauf l'amour. Le harcelé: héros méconnu qui a sauvé sa patrie et dont le terrain est la forêt mystérieuse pendant la nuit. Le shérif harceleur à l'aise dans sa ville: le jour. Les arbitres qui attendent la conclusion pour tirer les marrons du feu à leur profit. Le dénouement avec la victime devenu l'agresseur et réciproquement. Curieusement, comme dans ROBIN des Bois, le shérif est à l'aise dans la ville et Rambo l'est dans les bois. Ce dernier gagne en entraînant le shérif sur son terrain (les bois) puis en le poursuivant sur son propre terrain: la ville. Ainsi la victoire est complète pour la proie ainsi que la défaite pour le pervers. ROBIN des Bois est le champion de la population alors que RAMBO est un homme seul, mais le champion des spectateurs du film: c'est encore mieux. Les 7 mercenaires. Les harcelés: les villageois qui sont autonomes sur le plan de la subsistance et parce que, eux, ils travaillent. Les harceleurs: les bandits qui viennent prendre de force. Les spectateurs: les 7 mercenaires qui, payés, se transforment en défenseurs. Dans ce film, les arbitres tentent de restructurer les défenses des harcelés afin de les rendre autonomes par une défense personnelle, c'est encore une autre façon de faire, c'est la meilleure et généralement la plus efficace, c'est aussi la plus rare. D'autres films: "Sept morts sur ordonnance", "Les révoltés du Bounty", "Des hommes d'honneur", "Harcèlement", illustrent la harcèlement. Les "westerns". Beaucoup de westerns sont basés sur le thème du harcèlement: un propriétaire terrien agresse systématiquement ses voisins pour s'emparer de leurs terres. Passe un cow-boy, il deviendra l'arbitre par amour et par grandeur d'âme face à une population indifférente. Seul, il s'oppose à l'ignominie, renvoyant, dans le film, les témoins et les arbitres indifférents à leur propre incompétence et inexistence.

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Les règles du jeu sont bien établies et sont un reflet de la réalité: le harceleur est méchant, brutal, sournois, menteur, fourbe: l'antihéros. Le harcelé est souvent une jeune femme, autonome, belle physiquement et moralement 18 qui se révolte, mais qui, évidemment, ne dispose pas de la force nécessaire puisqu'elle est femme. Ces films datent des "sixties", l'émancipation féminine, bien avancée, n'était pas totale. Le "cow- boy", qui passe, ne souhaite pas être arbitre, il sait que la situation est difficile à dénouer. Lui aussi est beau physiquement et moralement, s'il ne l'est pas, HIe devient: c'est le héros, H est solitaire donc encore plus autonome. Il n'en existe qu'un et c'est celui-là qui arrive et qui s'arrête, quelle chance! Les autres spectateurs évoluent entre l'inaction, si ce n'est la complaisance, et la participation en choisissant d'arbitrer: c'est la population qui ne se mêle pas à l'action, sauf à la fin pour tirer les marrons du feu et rassurer le spectateur du film qui, ayant payé sa place, a droit à quelques égards. Le spectateur au cinéma doit s'identifier avec chacun des personnages, il le fait sans peine. Certains s'identifient à celui qui gagne, le héros: l'arbitre ou le harcelé, et d'autres à celui qui perd: le harceleur. C'est plus inquiétant. Seul le film issu de la réalité implique un méchant gagnant. C'est alors un fait divers. Les films, mais ce ne sont que des films, mettent parfois en évidence l'importance du "terrain" sur lequel se déroule les agressions. Le harceleur soumet le harcelé sur son territoire, la victime le fait sur le sien puis, ensuite, se déplace sur le terrain du harceleur afin de l'asservir pour que la victoire soit complète. Si, quel que soit le champ de bataille, le supplicié est capable de retourner la situation et de gagner: c'est parce que son autonomie, réelle et forte, lui permet d'être très mobile dans l'espace, mais aussi dans sa tête et, donc, dans les stratégies de résolution des situations conflictuelles. Dans la réalité, la proie est reconnue comme étant toujours perdante par les observateurs. Tout au plus peut-elle espérer un gain sur le plan personnel par renforcement de sa personnalité. La réalité est moins claire et évidente que dans les films. Le harcèlement, son développement et ses dénouements font partie de notre inconscient collectif et de notre éducation. Nous savons tous comment il se termine et pourtant il existe toujours. Sommes-nous prédestinés, programmés pour fonctionner toujours selon un mode de harcèlerie? Non, il existe d'autres modes de fonctionnement en société, encore faut-il apprendre à les connaître et à les faire fonctionner: c'est là le
18. Elle flirte pendant une heure et demie et n'embrasse le héros qu'à la fin, quand il a gagné. Parfois avant, quand elle n'est pas sür qu'il reviendra intact de l'affrontement: la confiance ne règne pas.

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