LE MALAISE ENCHANTÉ OU L'ENSEIGNEMENT DANS TOUS SES ÉTATS

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Chaque page de cet ouvrage renforce l'idée que la personne de l'enseignant peut servir l'apprentissage comme il peut le desservir. Mais cet écrit n'est pas seulement diagnostic, sa raison d'être est avant tout force de suggestions et mesures correctives précises. L'enseignement à besoin de créateurs, d'idées : écouter, analyser, réfléchir, comprendre, se projeter dans un nouveau temps que l'on n'apprend pas encore en conjugaison, le futur immédiat, et surtout agir pour (re)construire cette ruine, la plus visitée des monuments français : L'Éducation nationale.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 334
EAN13 : 9782296275492
Nombre de pages : 253
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Le Malaise enchanté ou L'Enseignement dans tous ses états

Philippe FOUBERT

Le Malaise enchanté ou L'Enseignement dans tous ses états

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Q L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-1782-9

A Bossuet. .. et à vos souhaits.

Aussi

haut qu'on puisse

remonter,

la valeur gastronomique

prime la valeur alimentaire

et c'est dans la joie et non dans la

peine que ['homme a trouvé son esprit. La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du

nécessaire. L 'homme est une création du désir, non pas une création du besoin.
Gaston Bachelard La Psychanalyse (Gallimard, dufeu. 1949)

Sommaire
Préface de Françoise Bernard Introduction

P 13 P 15

Chapitre 1

- Il suffirait de presque - Ce qu'ils ont cru
...

rien

Ce queje crois

- Des

bases solides... ça ne tient pas debout! - Jusqu'à la ceinture... - Le « sale air» de la peur - Le désastre du talent gâché - La panne de transmission - Ce plat pays qui n'est le bien
...

L'école ?.. Au carrefour, tu prends

P P P p P P P P P

21 27 31 41 45 49 53 57 61

à gauche, puis à gauche et encore à gauche... là, tu demandes ta route! - Généralités sur L'E.N.

P 65 P 69

Chapitre 2
- Ecrit et chuchotements - Oral oh ! désespoir - Je n'ai rien à vous dire, mais c'est à savoir par cœur pour demain - Je ne suis pas là pour « éduquer» - Eh ! Ducon ! - Le pouvoir de dire « ce n'est pas de ma faute» - Touche pas à « Rien », un point c'est tout - « Pas de vagues» à l'âme. .. au fond ...La ponction publique - A droite, rien de nouveau
...

P 79 P 87 p 95 P 101 P 105 P 107 pIll plIS P 119 P 123 P 127 P 131 P 133

A gauche, voire à droite... de nouveau

- Chaque fois qu'on fera demi-tour à nouveau... - Le temps passé à l'école ne se rattrape jamais

Chapitre 3

- Tiens, ça c'est

nouveau... - Tout un programme. .. - Réformons la réforme - De toute façon, moi, je suis en retraite dans quarante ans, alors... - Les ministres passent, l'E.N. trépasse - Le mammouth est un animal très gentil. .. et qui vit longtemps - Les parents« Dubout »... d'élèves - Demain, c'est promis, on travaille en équipe! - « Con cessions» à perpétuité - Si tous les bras cassés de France voulaient se donner la main, ce serait le pied! - Informatique et puberté L'élève, ce jeu de construction que l'on aime bien. .. détruire! - De l'évaluation à I '« évacuation» il n'y a qu'un « pas... d'accord» ! - Aphorismes et... périls en la demeure - Tu n'es pas prêt de rentrer à l'intelligence service!

p 137 p 143 P 151 P 155 P 159 P P P P 161 165 171 175

-

P 179 P 183 p 187 P 191 P 199 p205

Chapitre 4
- La passion selon Sainte-Anne - L'évolution qui manque d' «R» - Achevons ce qu'on n'a pas commencé, ce sera toujours cela de fait! - Confiance et longueur de temps... - ... Force et courage... à ceux qui vont suivre - Récapitulatif des 110 propositions pour que l'école dure - Conclusion... - Bibliographie « intestinale» p 213 P 219 P 223 P 227 P 231 p235 p 247 P 251

Préface

A l'origine d'un livre, qu'y at-il? Nul n'en sait rien, force est de constater que les chemins de pédagogie sur lesquels nous emmène Philippe FOUBERT avec son Malaise enchanté sont traversés du souffle d'une vie assumée. N'est-ce pas ce souffle, cet élan qui l'avait amené à suivre mon séminaire Autographie projets de vie@ organisé dans un cadre professionnel, à l'intention de professeurs soucieux de réfléchir à leurs projets personnels et professionnels et de mettre en question leurs pratiques. L 'Autographie projets de vie@ a pour objectif de permettre à la créativité et au génie propre à chacun d'émerger. Ce dispositif fait ressurgir les différents palimpsestes écrits, effacés par le sable des jours et des nuits, les souvenirs et les rêves, les effrois et les beffrois qui ont tenté de les contenir. Il s'appuie sur des graphies multiples, adressées à l'autre, des écrits lus et entendus, des paroles écoutées. Chacun est pour l'autre le génie à la bonne lampe, il l'éclaire et de ses diffractions de lumière perçoit son génie propre et... agit! Le plaisir à déployer les ailes d'un désir reconnu est source d'actions et de créations. C'est bien d'un acte d'écriture que Philippe FOUBERT me fit part en m'annonçant en cours de séminaire la rédaction du livre ici présenté. Celui qui dans le groupe avait été reconnu comme un homme de parole et d'écoute, un Molière, nous met ici devant l'évidence d'une pensée pédagogique innovante. L'enthousiasme qui sous-tend Le Malaise enchanté ne doit pas nous faire méconnaître combien l'effort est grand pour dépasser

le désenchantement quotidien d'une vie professorale souvent solitaire, souvent déçue. La société a changé radicalement, inchangée. mais l'école demeure

Philippe FOUBERT ouvre les portes de la maison École et nous entraîne dans ses arcanes labyrinthiques à voir et affronter les différents Minotaures qui ont pour noms, la peur sous toutes ses formes, la structure ossifiée de l'Institution, l'ennui..., pour n'en citer que quelques uns. Le fil d'Ariane qu'il tresse s'élabore à partir de la nécessité d'un lieu structuré et ouvert, de notions de créativité, de plaisir de transmission, de respect des élèves, d'apprentissage mutuel, toutes regroupées sous la forme de 110 propositions et plus encore... ; elles stimulent la réflexion, balayent le champ très étendu du système éducatif; pour l'auteur, une grande partie des réponses à ce problème majeur de société est portée par l'enseignant, à condition qu'il soit soutenu et reconnu. Cet ouvrage sérieux, argumenté et étayé par des citations pertinentes, est écrit dans un style jubilatoire qui entraîne le sourire, force la réflexion et détrousse la pensée. Cette réflexion sur une école éventée à réinventer n'est-elle pas un préalable nécessaire à toute action, à toute évolution, voire à une révolution pédagogique? Françoise Bernard Fondatrice de IFB-Institut Psychanalyste. d'innovation pédagogique et

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Introduction
Le propos de ce livre n'est pas de régler des comptes avec tel ou tel ministre ou avec un quelconque dirigeant politique (et inversement), ils le font tellement bien entre eux. C'est d'abord et avant tout un énorme cri d'alarme, ensuite un constat d'échecs à l'amiable entre un professeur «créatif» (contraire de fonctionnaire), et l'Institution Education Nationale, puis une source de propositions venant des profondeurs, des «bas fonds », du terrain. Faire des propositions, reprendre de bonnes idées, mettre le doigt là où ça fait mal, ne pas s'anesthésier le corps et l'esprit, espérer être utile aux jeunes, aux parents et à la profession, faire le point, retrouver du plaisir et de l'énergie, ont été les motivations de cet ouvrage. Le collège fait débat depuis plus de trente ans mais il n'y a eu que trop peu de suggestions réalistes, aussi, il est important d'avoir l'avis sincère et réfléchi d'un simple enseignant de terrain qui n'est ni un «technicien de bureau », ni un psychologue, ni un sociologue, mais qui a toujours cherché dans toutes les directions possibles à être utile et proche de ses élèves. Ce professeur aurait aimé vivre et faire partager ses passions, ses compétences et son « bon» goût de vivre en s'épanouissant dans ce qu'il pensait être, à défaut d'être le plus vieux, le plus beau métier du monde. N'étant ni politique ni partie prenante dans les décisions éducatives et enseignantes du pays, il n'a aucunement besoin d'utiliser la langue de bois ou de mesurer ses propos par peur pour sa future carrière syndicale ou ministérielle. Certains propos peuvent choquer mais ils ne sont que le reflet d'une réalité qu'il « pratique» depuis trente ans. Ces propos ne choqueront d'ailleurs que les gens qui se sentiront visés. Il ne s'agit pas non plus de cracher dans la

soupe, mais de la rendre comestible à ceux à qui on la servira et qui la partageront. C'est en fait le parcours d'une petite souris qui ayant subi un cursus scolaire inintéressant, ennuyeux, injuste et basé sur l'échec, se révolte et se dit: « on doit pouvoir changer les choses de l'intérieur... ». La petite souris y a cru une bonne vingtaine d'années, est entrée dans la vénérable maison, a proposé projets sur projets, a créé et monté beaucoup d'initiatives pédagogiques et au fil d'Ariane des années, s'est aperçu que dans un métier qui devrait être fondé sur la
recherche, le mouvement et l'initiative, on ne rencontrait que ...

des fonctionnaires. Collègues fonctionnaires, chefs d'établissement fonctionnaires, dans le sens pas de vague, pas de bruit, pas de risque... , inspecteurs fonctionnaires, recteurs fonctionnaires et... politiques, ministres politiques et... fonctionnaires, mammouth fonctionnaire du «syndicat de la fonction publique », et, ce qui est encore bien pire, des élèves qui deviennent fonctionnaires par osmose, capillarité ou soumission.. . Pourtant, ce ne sont pas les réformes (ni les ministres) qui ont manqué, ni oserais-je l'avouer, la qualité et le bien fondé de certaines de ces réformes. Mais à quoi sert une bonne idée si elle n'est pas accompagnée de la volonté de l'appliquer et des moyens nécessaires à sa mise en place? Silence! Attention tu communiques avec ton voisin! Je ne veux rien entendre! Touche pas à ton pote! Qui t'as demandé de prendre cette initiative ?.. Autant d'expressions qui permettent l'épanouissement du jeune confié à l'E.N., qui donnent le résultat que chacun connaît... , mais que tout le monde défend. Idéologie unique (et entretenue), syndicat unique (et entretenu), méthode unique (et qui part à vau-l'eau), pensée unique (qui ne tient même plus debout), réformes uniques, dans le sens de particulières, elles ont ceci de particulier qu'on publie leur faire-part en même temps que leur bulletin (mot révélateur) de naissance, évolution unique en ce sens qu'elle est une révolution (retour sur le passé) permanente secouée d'agitations

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aussi stériles que passagères... bref, le mammouth va très prochainement officialiser son existence par une entrée unique et dévastatrice au Musée de l'Homme, que les journalistes qualifieront de « retour au Bled ». L'enseignement a besoin de créateurs, d'idées et de gens qui acceptent de relever le défi de ce prochain siècle: écouter, analyser, réfléchir, comprendre, se projeter dans un nouveau temps que l'on n'apprend pas encore en conjugaison, le futur immédiat, proposer et surtout agir pour (re)constmire cette mine, la plus visitée des monuments français: L'Education nationale.

Ce n'est pas l'impossible qui désespère le plus, mais le possible non atteint. Robert Mallet

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Chapitre 1

Il suffirait de presque rien...
A force de ne jamais se remettre en question et de refuser d'admettre une évolution irréversible et exponentielle, le «monde de l'enseignement» a lui-même creusé la tranchée dans laquelle il s'enfonce de jour en jour. Les rapports entre enseignants et enseignés se dégradent aussi vite que la faute en est attribuée aux «Huns» (les élèves) ou aux « Ostrogoths» (les professeurs) suivant « l'attribut» à laquelle on appartient. Certes, les enseignants sont loin d'être les seuls responsables de cet «état» de fait, la (les) politique( s), les parents, les syndicats, les « autorités» religieuses et sans doute les jeunes eux mêmes ont à se reprocher, ici une carence, là une démission, devant un manque d'objectivité, derrière une incompréhension, à droite un désintérêt dédaigneux, à gauche une démagogie coupable, en bas un foulage de principes civiques et en haut une inaccessibilité tenant plus du rêve utopique que du niveau plafond des savoirs qu'il serait souhaitable d'atteindre voire de dépasser. La raison essentielle, je devrais dire la cause tant il ne peut s'agir ici de raison..., de cette monumentale et gravissime erreur est l'immobilisme. La pensée unique, figée, la certitude, le manque de réflexions, les problèmes de vue à moyen et long terme, la gestion au jour le jour, ont entièrement occulté le changement radical d'attitude des jeunes dicté en grande partie par un bouleversement technologique que l'on a trop tardé à prendre en considération. Le refus d'admettre et d'essayer de comprendre ce fait de société sans doute tout aussi important que l'évolution technologique elle-même, a plongé l'enseignant, même pourvu des Palmes Académiques, dans un océan d'incompréhensions et de conflits où il ne peut s'immerger efficacement n'ayant pas les «armes adaptées ».

Quant aux élèves, ils «flottent» dans un bain scolaire sans chaleur, sans intérêts, sans saveurs, sans réelles perspectives pour leur présent et leur avenir tout en n'ayant que peu de rapport avec leur passé... bien présent dans leur esprit. Leur passé, c'était hier et hier c'était déjà tout autre chose qu'il y a 5 ans. Or il y a cinq ans on ne comprenait pas pourquoi les jeunes étaient si différents de ceux que l'on avait connus lorsque l'on débutait dans le métier, à une époque où déjà les élèves étaient très différents de nous à leur âge. Si différents et pourtant « traités» de la même façon, avec les mêmes exercices de Bled... et les mêmes « extractions» de racines carrés. Peut-être qu'en prenant le temps de réfléchir un peu plus à notre métier, nous aurions pu nous apercevoir que leurs attentes n'étaient plus les mêmes en l'an 2000 que dans les années 60 et que notre manque d'imagination avait entraîné un refus et une passivité qu'il aurait été bon de décrypter et relativement facile à interpréter. Ce refus était en fait un signal d'alarme, une indication que modestement, peut-être inconsciemment et en tout cas gentiment, les jeunes nous signifiaient. L'enseignement, ce métier d'attention, de diagnostic, d'observation, d'initiatives, d'adaptabilité permanente, d'affection et de tendresse, doit surtout être une fonction d'amour, de partage et de plaisir communicatif. A l'heure actuelle, enseignants et enseignés vivent dans deux mondes parallèles, d'où leurs difficultés à se rencontrer. Ces mondes sont non seulement parallèles mais asymétriques, l'enseignant se trouvant en haut et l'élève en bas, avec un espace qui ne peut être comblé que si l'un tend la main et que l'autre la saisit. Cet espace peut être appelé indifféremment pédagogie, charisme, sciences de l'éducation ou bien d'autres termes sans intérêt en eux mêmes du moment qu'ils permettent la rencontre et l'échange, deux des éléments indispensables à la transmission et à l'appropriation d'un savoir. Tendre la main, voilà bien un mouvement qui n'est pas naturel chez les gens qui possèdent des biens ou une certaine forme de savoirs leur permettant de se croire au-dessus de la mêlée. Pourtant ce geste anodin, mais oh combien symbolique, permet la réalisation d'actions positives mêlant confiance, échanges, 22

espoir et envie (en vie), avec l'élève qui de ce fait accepte et prend plaisir à jouer son rôle. Tous les jeunes sont demandeurs (instinctivement) d'attention et d'aide dans le but de se sentir eux aussi exister. Un médecin apporte naturellement secours et réconfort à son malade, c'est normal c'est son métier... un enseignant apporte-t-il de façon toujours satisfaisante les réponses aux problèmes que se posent ses élèves ?.. et pourtant, il est professionnel de la transmission des savoirs. La différence réside essentiellement dans les rapports humains que l'on se croit autorisé à imposer à un élève à cause de la représentation que l'on s'est faite de celui-ci, du décalage de nos « éducations» et du contexte dans lequel on les a reçues ou subies, mais aussi, de la haute estime que l'on a de soi-même: « moi, je, personnellement... ». Nos élèves vont pour la plupart au collège parce que c'est obligatoire et pour retrouver les copains et les copines, ces motivations sont la conséquence des faux rapports « humains» qui s'y pratiquent. Il est pourtant facile de se rendre compte que dès qu'on les écoute, qu'on leur parle normalement, qu'on leur prête attention, ces rapports deviennent « étonnamment» excellents, constructifs et fiables. La confiance est contagieuse, comme la méfiance d'ailleurs, mais la méfiance peut se propager de bouche à oreille à la suite d'une « trahison» alors que la confiance doit se gagner sur un plan individuel et elle peut être remise en cause à chaque instant. Observer la joie et le regard de l'élève à qui l'on remet un diplôme, même de participation, parce qu'il a pris part à un concours en langue ou en mathématiques... même s'il est 593ème du département, il est heureux et fier. La raison est simple, ce diplôme est avant tout pour lui une reconnaissance, une preuve qu'il existe pour quelqu'un et pour quelque chose. Cette reconnaissance n'est nullement acquise ni naturelle dans son environnement qu'il soit familial ou scolaire, surtout à un âge que nous, adultes nous qualifions « d'ingrat ». Une évaluation, un compliment, une sanction, une « prise de tête» avec ses parents, une convocation chez le principal ne sont pas (plus) vécus comme une reconnaissance, parce qu'ils sont le lot de chacun, en conséquence de quoi ces éléments sont banalisés et

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font partie du système qu'il rejette en bloc. Cette « ingratitude» a pour effet de disqualifier les enseignants qui ne sont pas assez attentifs à la personnalité des jeunes qu'ils ont en face d'eux. « S'il ne fait pas attention à moi, pourquoi ferais-je attention à lui et à ce qu'il dit... je n'ai pas envie de lui ressembler... ». Bien sûr on peut se cacher derrière l'hétérogénéité et dire: « j'ai vingt cinq élèves avec vingt cinq personnalités différentes dans ma classe, je n'ai pas le temps d'individualiser mes rapports avec chacun d'eux... ». Ce discours est un faux prétexte, l'hétérogénéité, nos élèves connaissent, ils vivent avec depuis qu'ils sont passés par la crèche, la maternelle, le primaire... , ils sont conscients des difficultés que cela nous procurent et de ce fait seront d'autant plus sensibles à nos efforts pour aller vers eux. Ils attendent de nous la prise en compte (encore une reconnaissance) de leurs différences, ce qui fait qu'ils ne se sentent pas tout à fait comme les autres. Cela ne doit pas poser trop de difficultés à un enseignant attentif et observateur aux réactions de ses « ouailles ». Pour les enseignants, l'établissement scolaire devrait être aussi un lieu de rencontres, un lieu d'échanges et de « confrontations intellectuelles» interdisciplinaires, un lieu où s'exprimer ne veut pas forcément dire s'affronter, rechercher LE pouvoir ou le «leadership» sur une équipe qui n'en est du reste que rarement une. Lorsque les salles des professeurs deviendront un endroit culturel de libre circulation des idées, des pensées, des projets et des démarches pédagogiques, l'image de l'enseignant aura des couleurs plus reluisantes qu'à présent, le métier redeviendra passionnant et satisfaisant pour le corps et l'esprit. On comptera certainement moins les jours qui nous séparent des prochaines vacances et les heures de cours avant le retour bien mérité chez soi. La pesanteur ambiante, les plaintes incessantes contre tout et rien, l'amalgame volontairement entretenu entre un fait insignifiant et un événement grave ne permettent pas au monde enseignant d'être disponible et sensible aux idées et aux initiatives, ces attitudes rendent la majorité des professeurs dépressifs, démotivés et... contagieux. Le rôle d'une direction attentive, courageuse et «meneuse d'hommes» est ici prépondérant mais c'est malheureusement 24

souvent là que le bât blesse. Le moins de bruit possible, le moins de conflits, l'absence de vagues, on gère «au mieux» une situation qui pourrait être « pire» et qui ne demande qu'à se dégrader au moindre questionnement... C'est tout juste si un principal ose encore faire une remarque sur l'exactitude ou s'il se permet d'entrer dans la salle des professeurs sans les en avertir auparavant. On tolère de la part des enseignants des attitudes et des actes que l'on condamnerait chez un élève. Une bonne partie de nos soucis vient de ce genre «d'erreurs d'appréciation» vécues comme une profonde injustice par les Jeunes. Du côté des parents, à l'exception de ceux qui s'intéressent encore à l'éducation de leurs enfants, l'école est perçue comme une Institution intouchable pour bon nombre d'entre eux, ou un ramassis de nantis « privilégiés du savoir» qu'il faut combattre et remettre en cause à la moindre occasion. Il est grand temps de leur prouver qu'ils ont tort, et c'est à nous enseignants de le faire par nos initiatives et nos actes en faveur d'un enseignement moderne et adapté aux jeunes, à leurs demandes et aux nouvelles normes de la société. En adoptant certaines attitudes inintelligentes et... perverses, permet-on au malheureux jeune en difficultés, tant du côté de la famille que de celui de l'enseignant, de trouver une issue satisfaisante à ses problèmes. Est-ce une position raisonnable et formatrice? L'établissement scolaire moderne devrait servir de lieu de rencontre et d'échanges de points de vue sur l'éducation mais aussi sur les difficultés de la vie que chacun d'entre nous, éducateurs comme parents, rencontrons chaque jour. L'école doit devenir une entité ouverte à tous, un lieu où l'on vient chercher un renseignement, une aide, où l'on peut même venir dans le but de susciter une discussion sur un sujet qui pose problème, un lieu où l'on est sûr de trouver des interlocuteurs, un lieu où l'on apprend de tout le monde, où l'on ne trouve que des « compagnons ». C'est de cela dont les jeunes et les parents ont besoin, c'est cela qu'ils nous réclament depuis des années. Ce serait une bonne façon d'impliquer tous les partenaires de l'éducation sans lesquels on ne peut agir efficacement devant une opposition ou une situation de refus. L'École remplirait de

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