Le pédagogue et le philosophe

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Dans quelle mesure la pédagogie de Robert Kaddouch interpelle-t-elle la philosophie française contemporaine ? Ce recueil résulte d'une rencontre inédite entre un pédagogue reconnu internationalement dans le domaine de la musique, de l'éducation et de la pédagogie de la création et des philosophes « de métier ». La philosophie française pourrait bien avoir trouvé dans l'œuvre de Robert Kaddouch son pendant pédagogique. Que nous apprend un tel rapprochement, d'une part sur la pensée de Robert Kaddouch, mais aussi sur celles de ces penseurs français ? Quelles perspectives ce rapprochement ouvre-t-il ?
Publié le : mardi 15 mars 2016
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EAN13 : 9782140004872
Nombre de pages : 116
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Sébastien Miravète
esthétiques
 philosophie
Sous la direction de Arnaud François Sébastien Miravète
LE PÉDAGOGUE ET LE PHILOSOPHE
ROBERT KADDOUCH ET LA CONDUCTIBILITÉ
ROBERT KADDOUCH ET LA CONDUCTIBILITÉ
Le pédagogue et le philosophe Robert Kaddouch et la conductibilité
Collection Esthétiques – Série « Philosophie »Coordonnée par Jean-Hugues Barthélémy  La série « Philosophie » de la collection Esthétiques se propose de publier des travaux philosophiques relatifs aux différentes « phases » (Simondon) de la culture : art, technique, religion, science, éthique, etc.  Elle ambitionne par là de participer au renouveau de l’Encyclopédisme, à une époque où se fait en effet sentir le besoin d’une nouvelle synthèse qui redonne du sens et permette de surmonter la crise déjà diagnostiquée en son temps par Husserl. La série « Philosophie » n’entend pourtant pas s’inscrire dans une optique phénoménologique, mais œuvrer bien plutôt à une prise de conscience qui soit source d’un « humanisme difficile » : un humanisme qui sache reconnaître, notamment, l’appartenance de l’homme au vivant, et celle de la technique à la culture. Dernières parutions CAHIERS SIMONDON – NUMÉRO 2, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2010. CAHIERS SIMONDON – NUMÉRO 3, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2011. CAHIERS SIMONDON – NUMÉRO 4, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2012. CAHIERS SIMONDON – NUMÉRO 5, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2013. CAHIERS SIMONDON – NUMÉRO 6, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2015.
Sous la direction de Arnaud François Sébastien Miravète Le pédagogue et le philosophe Robert Kaddouch et la conductibilité
© L'HARM ATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08855-6 EAN : 9782343088556
Présentation  Ce recueil de textes est né d’une rencontre entre Robert Kaddouch et différents philosophes issus de l’Université, qui s’est tenue à l’occasion du colloque « Bergson et la pédagogie. Usages, actualités, prolongements » organisé par nos soins, les 24 et 25 avril 2013, à l’Université Toulouse II-Le Mirail. La seconde journée de ce colloque fut consacrée, en effet, à mesurer, en présence de l’auteur, les proximités frappantes, mais aussi l’irréductibilité qu’induit toute originalité, entre la pédagogie de Kaddouch d’une part, et la philosophie de Bergson d’autre part, en général, mais aussi en particulier, à travers les esquisses de théorie de l’éducation que cette œuvre contient.  A cette époque, Kaddouch n’avait publié que desDes mimes et 1 des murs. Mais il ressentait déjà la nécessité de prolonger ses réflexions par une nouvelle étude pédagogique de cas. C’est pourquoi le premier chapitre de ce livre est un texte inédit de Kaddouch. Dans celui-ci, la création devient un acte de communication entre deux locuteurs appelés à partager leur créativité. La création ne se réduit pas à un mouvement d’expression. Kaddouch nous dévoile pour la première fois de quelle façon concrète la « conductibilité » se nourrit du message d’autres personnalités. Par le récit précis et commenté de plusieurs séances réalisées avec son élève Alice, il complète ainsi l’exposition de sa conception de l’éducation par la musique.Des mimes et des mursannonçait déjà ce prolongement, mais ne le réalisait pas encore. Alice devait un jour prolonger Pierre et Théodore. C’est aujourd’hui chose faite. Cependant, que serait une pédagogie sans les échos qu’elle suscite auprès d’un public dont les centres d’intérêt ne sont pas nécessairement d’ordre éducatif ? Pourquoi le travail de Kaddouch interpelle-t-il la philosophie ?  Comme le montre Pierre Montebello dans son texte, il existe tout d’abord une proximité profonde entre la philosophie française contemporaine et la pédagogie de Kaddouch. Tout se
1 Pour des compléments sur la pédagogie de Robert Kaddouch et sur ses collaborations avec le milieu de la recherche, voir aussi Kaddouch, R. & Noulhiane, M.,L’enfant, la musique et la mémoire, Paris, De Boeck, 2013.
passe comme si la première trouvait dans la seconde son possible « pendant pédagogique ». Retenant toutes les deux la leçon de Maine de Biran, elles se méfient principalement de l’ « habitude », dans laquelle elles perçoivent non seulement une perte de créativité mais aussi une « dépossession de soi ».  La décomposition minutieuse des travaux de Kaddouch à laquelle procède Arnaud François confirme cette lecture. Elle nous offre en outre la possibilité de réaliser trois rapprochements fort instructifs entre les études de cas de Kaddouch etMatière et mémoirede Bergson : approche holistique, rôle perceptif des « mouvements commencés » par le cerveau, impossibilité pour le rêveur de créer, du moins en tant qu’il rêve.  Pierre Montebello et Arnaud François nous permettent ainsi de commencer de situer avec précision le travail de Kaddouch dans ses rapports possibles avec la philosophie française contemporaine.  Jean-Hugues Barthélémy poursuit cette analyse, mais en entrant pour sa part dans un suivi et une problématisation de la construction progressive, chez Kaddouch, du concept de « conductibilité », qui occupe en effet le centre de sa réflexion pédagogique. Après un rappel du lien entre cette pratique et les acquis de la pédagogie contemporaine, Barthélémy explore les notions demime et demur qui donnent corps à la conductibilité, puis problématise la notion ultime, mais mystérieuse et instable, de l’ « évodique », qui seule donne son sens existentiel à cette conductibilité telle que Kaddouch entend la proposer. En cours de chemin, Barthélémy évoque les notions de « métastabilité individuante » et surtout d’ « individualisation » élaborées par Simondon, afin de mieux situer par points communs et différences la pensée théorique quiseraitdu celle grandpraticienqu’est d’abord à ses yeux Kaddouch.  Que signifie enseigner ? S’agit-il simplement de transmettre un savoir ? Flora Bastiani aborde cette délicate question, à partir du travail de Kaddouch et des œuvres philosophiques d’Emmanuel Levinas et de Henri Maldiney. Elle rappelle que l’enseignant se doit avant tout d’être, pour Kaddouch comme pour ces deux auteurs, un « passeur ». L’enseignant laisse exister l’élève « en tant que quelqu’un ». Les paroles ou les actions de l’élève ne révèlent pas une personnalité entièrement déchiffrable par ses manifestations extérieures, mais au contraire une présence
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fondamentalement indéchiffrable. Autrui n’estpas moisi et seulement je m’interdis de le réduire à l’une des idées préconçues que je pourrais avoir de lui. Enseigner revient à donner l’occasion à l’élève de s’exprimer, tout en le préservant de l’image que je pourrais me faire de son identité.  Enfin, les disciplines scolaires sont-elles complémentaires ? Les arts plastiques apportent-ils par exemple au programme scolaire la part d’esthétique qui manque aux autres disciplines ? Sébastien Miravète montre qu’à la différence de Platon, des auteurs comme Rousseau ou Bergson et un pédagogue comme Kaddouch nous permettent de renoncer à une conception strictement « complémentariste » des disciplines scolaires, et de penser toutes les dimensions de l’activité humaine (esthétiques, éthiques, savantes) au sein d’un même acte d’apprentissage. Arnaud François et Sébastien Miravète
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Alice par Robert Kaddouch, en collaboration avec Sébastien Miravète 1. Le récit des séances  La musique est avant tout à mes yeux un acte de communication. Le musicien transmet aux auditeurs des sentiments, des idées, des images, etc. C'est pourquoi un cours de musique consiste essentiellement, selon moi, à apprendre aux élèves à communiquervéritablementà l'aide de la musique.  Jusqu'à ce jour, je n'ai exposé que des situations dans lesquelles les élèves ont du mal à s'exprimer. Les deux études de cas présentées dansDes Mimes et des murs ne permettent pas de saisir de quelle manière un élève entre en contact avec les sentiments ou les idées d'un autre musicien : pour le dire brièvement, Pierre et Théodore ont des difficultés pour manifester sous une forme musicale leurs goûts profonds ; je les aide à y parvenir. Dans une telle perspective, je ne traite donc pas des difficultés que peuvent avoir des personnes pour comprendre les sentiments ou les idées exprimées musicalement par d'autres individus. En d'autres termes, je réduis la communication à un acte d'expression. Mais comme je l'annonce aussi dansDes Mimes et des murs, la communication ne se limite pas à un acte d'expression. C'est pourquoi il est temps pour moi de dévoiler l'autre dimension de cet acte authentique de communication que je nomme « conductibilité ».  Effectivement, l'expressionsoi et la de compréhension d'autrui constituent les deux aspects de toute forme de communication. Communiquer consiste tout autant àémettrequ'àrecevoir. Dans une telle perspective, le cas d'Alice me paraît particulièrement intéressant. Il révèle à quel point des difficultés à s'exprimerpeuvent empêcher decomprendre les sentiments ou les idées
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