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Le syndicalisme dans l'enseignement public en Afrique Occidentale Française 1903-1960

De
420 pages
Formés pour la plupart à l'école normale fédérale William Ponty, quels rôles ont joué les instituteurs dans l'intégration ou la dislocation de l'AOF ? Dispositif stratégique pour le pouvoir colonial dans la diffusion de la culture française et la pérennisation de la civilisation occidentale, les enseignants, à travers leurs syndicats, ont-ils joué un rôle dans la naissance et le développement du nationalisme ?
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DialloKalidou.indd 2 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublic
enAfriqueoccidentalefrançais e
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DialloKalidou.indd 4 05/07/11 09:11KalidouDiallo
Lesyndicalismedansl’enseignementpublic
enAfriqueoccidentalefrançais e
1903-1960
L'Harmattan-Sénégal
5
DialloKalidou.indd 5 05/07/11 09:11©L'HARMATTAN-SÉNÉGAL,2011
«Villarose»,ruedeDiourbel,PointE,DAKAR
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
senharmattan@gmail.com
ISBN:978-2-296-56044-4
EAN:9782296560444
6
DialloKalidou.indd 6 05/07/11 09:11Àmesparents,
Àtoutemafamille,
Àlamémoirede KalidouMalickDiallodit«SambaDiallel»,
Àlagrandefamilledestravailleursdel’éducationnationale
etdumouvementsyndical,
Auxpionniersdel’écolesénégalaise
7
DialloKalidou.indd 7 05/07/11 09:118
DialloKalidou.indd 8 05/07/11 09:11Remerciements
e voudraiscommencerparremerciervivementleprésid entdelaRépublique,JsonExcellenceMaîtreAbdoulayeWade, poursa confanceetsurtoutsonsou-
tienetsagénérositédontjeluisauraitoujoursgré.J’associeàces remerciements
sonépouse,madame VivianeWade, pourquijesuis«l’amietlefls».
Je remercie lePremierministre,Maître SouleymaneNdéné Ndiaye, ettous
mescollèguesduGouvernement.
JeremercieparticulièrementleprofesseurIbaDerTiam qui,malgrésesmul-
tiplesactivitéscientifques,politiquesetparlementaires,atoujoursaccompagné
toutes les étapesde mon cheminementintellectuel. Je remercie égalementles
collèguesdudépartementd’Histoireetdel’Éc olenormalesupérieure,del’uni-
versitéCheikhAntaDiopdeDakar,pourleursconseilstrès utilesàmontravail
dethèsed’oùesttirécetouvrage:CheikhFatyFaye,IbrahimaTioub,Babacar
Sall,feuIbaNdiayeDjadjietSaliouMbaye.Mentionspécialeàmadame lepro-
fesseurCatherineCoquery-Vidrovithc età toutel’équipedulaboratoireSEDET -
CNRSdel’universitéParisDiderot-ParisVII.J'associeàcesremerciementsmon
amietbeau-frèreMamadouRacineSy (présidentdeSénégal-To ursetdugroupe
Sénégal-Hôtels).
Ilafallutoutunenvironnementetdesmoyensmatérielsimportantspourréa-
liserunteltravail.Danscecadre,jeremerciema famille,mesamisettousceux
qui,deprèsoudeloin,ontparticipé àlaréalisationdecetravail.
Jenesaurais terminercetteliste quiestloind’êtreexhaustivesans y associer
mescollaborateursauministèredel’Enseignementpréscolaire,del’Élémentaire
etduMoyensecondaireetdesLanguesnationales.
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DialloKalidou.indd 9 05/07/11 09:1110
DialloKalidou.indd 1 0 05/07/11 09:11Préfac e
. Kalidou Diallo compte, aujourd’hui,parmi les spécialistes les plusMéminentsdel’histoiredusyndicalismeafricain. Chercheurméticuleuxet
rigoureux, enseignantd’unecompétence reconnue,homme d’action etde ter-
rain, au traversd’un cursus horsducommun,ils’estimpliqué dans toutesles
luttessyndicales, politiquesetcitoyennes desonépoque, depuis sajeunesse,et
continue,encore,deservirleSénégaletlemonde dutravailavecunesincérité
quiforcel’admiration.
Pouravoir participé à tousles échelons de laresponsabilitémilitanteen y
assumant,enraisondesonengagement,desonexpérienceetdesesfortesconvic-
tions, des fonctionsdiverses,ilestà lafois un acteurprivilégié etun témoin
envié,dontl’opinionprésenteunintérêtirremplaçable.
Le travail qu’il a consacré au Syndicalisme dans l’enseignement public en
Afriqueoccidentalefrançaise,de1903à196 0constitueunecontributiond’autant
plusimportantequ’ilcombleunelacune,dans undomainejusque-làinsufsam -
mentexploréetpermet,désormais,parlaqualitédeséclairagesqu’ilfournit,une
intelligibilitépluscomplètedurôle quelecorpsenseignantajouédanslaprise
deconsciencedufaitcolonial, danscelledes servitudes,descontradictions,des
injusticesetdesviolencesquilecaractérisent,danscelle,surtout,desconditions
ayantdéclenché lecombatdescoloniséspourlajustice,l’égalitéetladignitéet
pourleprogrèséconomiqueetsocial.
Grâceàsontalentinestimabled’historienconfrmé,ilnousrestituelaplaceque
lesenseignantsontjouéedansla«francisation»delasociétésénégalaise(l’Armé e
etl'Écoleétantdepuissantsmoyensdedé-cultur ationetdere-culturation),dans
lanaissanceetdansl’afrmationdunationalisme africain,lerôle qui luirevient
danslasolidaritéentrecoloniséspendanttoutelapériodequi vadel’avènemen t
edel’AOF en1895 etdes premièresannéesduxx siècleà lapériodedesindépen-
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DialloKalidou.indd 11 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
dances,à traverstout es les séquencesdelaviepolitique,économique, socialeet
cultur elle, quisesont dérouléespendanttoutelatranchetemporelleconsidérée .
Cen’estpas unfaitduhasardsilareprisedepossessionduSénégal, aprèsle
Traitéde1815 etlenaufragedelaMéduse, s’estaccompagnéedelacréationde
l'écolemutuelledeSaint-LouisparJeanDard,afndedoterlacoloniedes per-
sonnelsauxiliaires dontelleavaitbesoin pourasseoirl’autoritéde la France et
déroulersonprocess usd’occupation terriotriale, dedomination politique etde
conquêtespirituelle .
Laplacedesenseignantsdansleprojetcoloniala,souscerapport, toujoursété
essentielle,fondamentale,pourtoutdire: stratégique.
erLe 1 mai 1822, les sœurs deSaint-Joseph-de-Clunys’étaientinvesties dans
l’écoledesfllesdeGorée,foyerd’évangélisationsurlacôteAtlantique.
C’estlaraisonpourlaquelle,trèstôt,desSénégalaiscommel’abbéBoilat,l’ab-
béMoussaetl’abbéFridoilavaientétéenvoyésdès1827enFranceparl’enseigne-
mentprivécatholiquepourqu’onlesformeàlamissionàlaquelleonlesdestinait.
Ils en revinrenten 1843. L’und’euxprendraenchargelecollège secondairede
Saint-Louis.L’enseignementprivépren d,alors,lepassurl’enseignementpublic.
Quandl’écoledesinstituteursfutcrééeen1903, à Gorée,ceuxquienétaient
les premierspensionnairesontjoué, dès leursortie del’établissement,un rôle
capitaldansl’éveildelaconscience des populations,danslescommunes oùle
régime municipalde pleinexercice avaitdéjà étéinstitué, dès 1872 pourSaint-
LouisetGorée,dès1880 pourRufsqueetdès1887 pourDakar.
eLaprésenced’enseignantsfrançais,héritiersdestraditionsdelaIII République,
danslesécolesdescoloniesdugroupecrée, dèscemoment,unvoisinageétroit,
malgrélapolitiquedediscriminationracialequi parquaitlesmaîtresd’écoleco-
loniauxdanslesbasétagesdelahiérarchie.
Dececontact,naquitdanslaconscience des premiersenseignantsun senti-
mentderévol teetd’injusticequelemouvementsyndicalneparvenaitpasencore
à prendreencharge,fauted’uncadrelégald’expression.
La circulation delapresse syndicale etpolitique etl’infuence qu’exerçaient
surlesespritsdesouvragescommeceluiduleaderduSyndicatnationaldesins-
tituteursdeFrance (SNI), dénommé LouisDumas,intituléAu pied du mur,
développaientuneproximitéetunesolidaritéqui, très tôt,placèrentle« syndi-
calisme » enseignantsénégalais dans une position d’avant-gardedans tousles
combatspourlajustice,lalibertéetladignitéaprès,notamment,leprocessusde
laïcisationpousséedel'Étatquiavaitpermisdejeterlesbasessolidesd’unensei-
gnementpublicdepuisl’avènementdeFaidherbeen1854.
Pourtant,lorsque les premiersélémentsdelalégislation socialefurentintro-
duitsauSénégal,entre1906et1912,à traverslaquestiondureposhebdomadaire,
celle des accidentsdu travailetcelle des retraitesouvrièresetpaysannes, onne
sentpasencorele« syndicalisme»enseignantsemanifester.Mais,quandéclatala
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DialloKalidou.indd 1 2 05/07/11 09:11Préface
batailledelacitoyennetéà traverslesafairesAlySeck GuèyeetModyMbaye, à
laveilledesélections de1914,desfguresensei gnantess’illustrèrenttrèsnettement.
Enefet,sil’AuroredeSaint-Louis,silaChambre»etsilepartiJeuneSénégal
ontréussià regrouperl’élitedelasociétésaint-louisienne,cefutà causedurôle
que les enseignantsy ontjoué, à traversdes fgures aussi emblématiques, que
Lamine Guèye, Amadou Dugay Clédor,Aby Kane Diallo, Galandou Diouf,
pourneciterqueceux-l à.
JamaisBlaiseDiagnen’auraitétééluen1914contreHumbergeretCarpotsiles
enseignantsn’avaientprisunepartactiveà soncombatpolitique.
Ce sonteux, surtout, quiontmenélabataille quiaaboutià lapromulgation
delaloidu29 septembre1916, aveclesoutiendescommisexpéditionnaires,des
postiers, ainsi que des cheminotsetdes autres fonctionnaires.S’ils répandent
lacultur e françaiseetcontribuentà asseoir l’autoritédelaFrance, s’ils appar-
tiennentà lacatégorieditedes « évolués », dontils sontles vecteurs les plus
adéquats, ils n’enressententpas moinstoutce que lesystèmemis en place par
laFrance renfermecommeinjustices,exclusionsethumiliations,bien que leur
condition decitoyenleurconfèreun statutetdes privilèges qui n’ontrien de
comparablesavecceuxdessujetsfrançaisdes paysditsdeprotectorat.
Enparticipantàlaguerre(1914- 1918)danslesrangsdesoriginairesetnondes
tirailleurs,ilsavaientouvertunebrèchemajeuredansledispositifmisenplace
parlecolonisateurpourpréserversasuprématieintellectuelle,morale,religieuse,
politiqueetcultur elle.
Cen’estpas unfaitduhasardsi,aprèsavoirassisté à larévol utiond’Octobre
1917, à lamontéeen puissance du syndicalisme révol utionnaireenFrance età
l’éclatementde l’Union sacrée, les anciens combattantsrevenus du fron t,au
nombredesquelsfguraientbeaucoupd’enseignantsquiavaientquittéleurclasse,
rentrentaupaysavecbeaucoupd’idéesnouvelles.
C’estdansce contexte que s’inscrivaitlanaissance del’Association amicale
desinstituteursduSénégal,dès1919,danslesillagedesvictoiresélectoralesrem-
portéesparlesélitesindigènesauxélectionslégislativesdu30novembre1919età
celles,municipales,des24et28décembredelamême année.
Certes,àl’époque quinousoccupe,lesautrescoloniesdel’AOF n’étaientpas
aussiavancées que leSénégal,au plan dustatutcolonial, bien qu’ilexistâtune
élitecertaine,dansunpayscommeleDahomey, parexemple.
AuSénégal,lesufrage universelavaitétéinstitué dès 1848. Undéputérepré-
sentaitleSénégalauPalaisBourbondepuiscettedate.Unconseilgénéraletun
conseild’arrondissementyavaientétéinstallésparl’ordonnancedu7 septembre
1840,àSaint-LouisetàGorée.
Entre 1844 et1852, lapresse y avaitprisnaissance souslaformeduBulletin
administratifdu Sénégal, éditéà Paris,avantqu’uneimprimerienefûtinstallée,
en1856,danslacolonie.
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DialloKalidou.indd 1 3 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
Aucoursdesannées1870à 1880,ledroitderéunionetceluidemanifestation
yétaientattestés,da nslesfaits.
Sousl’efetdu« localisme », uneélite(certes,restreinte,pour lemoment)y
avaitprisnaissance. Unetraditionpolitiqueendogène,inspiréedesvaleursfran -
çaisesenlamatière,étaitentraind’y voirlejouravecses aspectspositifsetses
aspectsnégatifs.Unantigouvernemental ismeactifs’ydéveloppait.Larécrimina-
tionetlarevendicationfeurissaientdanslapresse,oubienà traversles pétitions,
les réclamations,les délégationsauprèsdes autoritésofcielles, sans compterle
recoursà lasolidaritéextérieure.Le rôlejoué parl’écoleetlesenseignantsdans
cenouvelétatd’espritétaitindéniable.
L’écolenormaleWilliam Pontyformaitdesinstituteursremarquables,modèles
d’élégance, decompétenceetdeferté, maisaussidecourage,decombativitéet
dedignité.
Leurinfuence étaitsiforte que lesystème communiste mondialn’avaitpas
hésitéà lancerunevéritableopérationendirectiondesinstituteursdece presti-
gieuxétablissement.L’Administrationcrutdevoirredresserlabarreenprocédant
à des renvoismassifs,àl’initiativeduGouverneurgénéralMerlin, parcequeles
syndicatscommunistesyavaientfaitunepercéenonnégligeable,dèslafndela
GrandeGuerre.
C’estdansce sens que s’inscrivaientlesmesuresdéclenchéescontrece qu’on
appelaitalorslapropagandedes idées révol utionnaires,les étrangersvivantau
Sénégaletlapresseétrangèreparlesdécretsd’août1921.
Le voyage d’AlbertSarrauten AOF en septembre-octobre 1921 etle plan
Sarrautquisuivraet,surtout,l’accorddeBordeauxdejuin1923 sesituaientdans
une stratégie visant,en réalité,à mettreun termeà un processus rampantde
contestationpolitiquequiétaitentraindeconnaîtreunemballementinquiétant,
à uneépoqueoùlesmouvementspan-noirsavaienttenuleursassisesàLondres,
BruxellesetParis,dès 1921etoùlaguerreavaitmodifé,fortement,lavisionque
lescoloniséss’étaient,jusque-là,faitedeleurs«maîtres».
Le rôle des enseignantsdanschacundes évènementsdécritsplushauta été
déterminant,selonqu’ils s’exprimaientdansleursamicalesprofessionnellesouà
traversleursactivitésquotidiennes,politiques,économiques,sociales,cultur elle s
oucitoyennes.Nous sommesà l’époqueoùaucunfonctionnairecolonialn’ale
droitde se syndiquer.Les seules organisations reconnuesétaientdes amicales
entremembresd’unemême corporation.
Les années 1919-1939 correspondantà lapériodedel’entre-deux-guerresont
étéune périodedematuration des esprits, aucours delaquellelecombatdes
populationsnoirespourl’égalitéetladignitéaconnudesavancésimportantes.
Celle-ci aété,entreautresacteurs,l’œuvredesenseignants, notamment,des
avocats(qui n’existaient qu’en nombretrès restreint), mais aussi des fonction-
naires,descheminotsetdestravailleursdusecteurprivé.
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DialloKalidou.indd 1 4 05/07/11 09:11Préface
Lemouvementsyndicalenfutl’undesmoteurslespluspuissants,àuneépoque
où,lacitoyennetéétantlimitée, lesyndicalisme seulpermettaitde prendreen
chargenombrede préoccupations des populations, même si ledroit syndical
n’étaitpasencorereconnucommetel,commeilaétéditplushaut.
Dès 1917, des grèvesavaientdéjà éclatédansleportdeDakar.En 1918, une
tentativedegrèvegénéraleavaitmême étélancée.En1919,lechemindeferavait
déclenché unarrêtdetr avail,suivien1920 pard’autresmouvements.
L’année 1925 connutunefambée socialeextraordinaire.Lacriseéconomique
de1929n’arrangeapasleschoses,même sil’année1926aétéuneannéed’embellie
économique.
Lorsque laconférence deGenève surletravailforcése tinten 1930, ledis-
cours anticolonialavait pris, depuis longtemps, souche ets’exprimaittrès fo r-
tementdans les milieuxmétropolitains, à tr aversleComitéde défensede la
racenègre,lesthèsesdeLunionGothondu14 juillet1924,l’ouvragedeLamine
Sengho rViolationd’unpays etlecongrèsdeBruxellescontrel’impérialisme et
ladominationcoloniale.
Le bouillonnementdes idées futtelque l’Internationaledes travailleurs de
l’enseignement lança une nouvelleOPA sur l’école normaleWilliam Ponty,
preuve,assurément,quelecorpsenseignantintéressaitlescourantsidéologiques
qui sedisputaientalorslemonde.
Commentles enseignantssénégalais du service public étaient-ilsorganisés
dansles amicales poursuscitertantd’intérêt? Quels enétaientles structures
etlemodedefonctionnement? Autourdequelles plates-formes revendicatives
lesenseignantsmenaient-ilsleursluttes?De quelsmoyensfnanciersetdequels
soutiensextérieursbénéfciaient-ils?Quelsétaientleursrapports avecl’Adminis-
trationcoloniale,aveclespartispolitiques,aveclesautresassociationsdetravail-
leurs,aveclesparentsd’élèvesetavec lesélèves ?
à chacunedeces questionsetà biend’autres,M.KalidouDialloapportedes
réponsesprécises.
Lenombred’écoless’étantaccru,entraînantceluidupersonnel,avecl’arrivée
duFrontpopulaireaupouvoiren1936, lareconnaissancedudroitsyndicalpar
unarrêtéde1937étantdésormaisefective,lemouvementenseignantconnutune
impulsion signifcativequi ne serabrutalementfreinée que parl’avènementde
Vichy, époque aucours delaquellelesSénégalais perdentl’ensemble desdroits
qu’ilsavaientacquisdeluttehautedepuisl’ordonnancedu7 septembre1840.
PendantlaDeuxième Guerre mondiale, certainsenseignantsdel’école nor-
maleWilliam Pontymanifestentleurhostilitéàlacapitulation.
Ils sedressentcontre Vichy, lenazisme, lefascisme etlemilitarismeetpar-
ticipentauxdiverscomitésde résistance. Ils sontles victimes désignées dela
répression sourdeetimplacable que leGouverneurgénéralBoissondéclencha
alorscontrelessympathisantsdelaFrancelibre.
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DialloKalidou.indd 1 5 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
La victoireterminée, ilspoursuiventleurcombataux côtésdes étudian ts,
desfemmesetdesjeunes poursoutenirles révol utionnairesindochin ois,les pa-
triotescamerounais,lesnationalistesalgériensdansles Groupesd’étudescom-
munistes (GEC) etreçoiventles publicationsdesmouvementspan-noirs, celles
dessyndicatsd’enseignantsfrançais,commeL’écolelibératrice,cellesdelaCGT,
delaFSM etdelaFISE. Des personnalitéscomme JeanSuret-Canale etPaul
Delanoue s’investissentactivementdans ce processus. Le Syndicat unique de
l’enseignementlaïque(SUEL)occupedanslemouvementnationalunleadership
famboyant,souslahoulettedeSouleymaneNdiaye.
Ce sonteux qui sontles plusactifs dans leConseildelajeunesse, dans le
Rassemblementdelajeunesse démocratique africaine (RJDA), dansladénon-
ciation des massacresde Tiaroye,de Sétif, de Guelma, de Madagascar, de
DimbokrooudeSéguéla.Ilssontauxcôtésdesart istesetécrivainsnoirsréunisà
laSorbonneen1956etàRome en1959,ainsiqu’auxcôtésdesleadersrassemblés
àBandoengenavril1955,dontlesassisesvontdonnernaissanceauTiersMonde.
Ils soutiennentlesactions que mènentlaFédérationdesétudiantsd’Afrique
noireenFrance (FEANF), ainsi que l’Union générale des étudiantsd'Afrique
occidentale (UGEAO), parlapresse, les marches,les meetings etles grèvesde
solidarité.Ilsécriventdespiècesdethéâtre,organisentdeskermessesetdesbals,
animentdesorchestresetdéveloppentdansbeaucoup devillesdescoursdeva-
cancesauxcôtésdesétudiants.Cetactivismeenfaitd’authentiqueséveilleursde
consciences.Untelengagementcoûtacherànombred’entreeux.
Ceuxquisontdanslesassembléesparlementaireslocalesetmétropolitainesne
sontpasenreste.
Ilscomptentparmiceuxquiontfondé leRassemblementdémocratiqueafri-
cain(RDA),lePartiafricaindel’indépendance(PAI),lePartiduregroupement
africain(PRA)etleMouvementsocialisteafricain(MSA),ainsiqueparmiceux
qui ont donné naissance à l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire
(UGTAN).Ilsontdénoncélaloi-cadreetontfétrilabalkanisationducontinent.
Cesonteuxquiontparticipé, parmid’autres,aucongrèsdejuillet1958delajeu-
nesseafricaineàBamako,àl’époqueduréférendum,pourpréconiserdevoternon.
Ils sontengrandnombre,parmiles porteursdepancartesd’août1958, surla
placeProtêtà, Dakar,auxcôtésdesjeunessespolitiques.
Sil’Afriqueaaujourd’huirecouvrélasouverainetéinterna tionale, elleledoit
aussiauxsacrifces héroïquesdes YaréFall, MapathéDiagne, AbdoulayeSadji,
AliouneSarr, AbdoulayeGuèye,TiernoBâ, TiéndellaFall, MbayeNbengue,
AlgorDioum, Malick Fall, Ibrahima Diouf,Ibrahima Fall, Ibrahima Tiam,
MbayeGaye, Assane Seck, Abdoulaye Wade, Marianne d’Ernevilleetdebien
d’autresqu’ilseraittroplongdeciter.
Elleledoitaussiauleadership incarnéparLéopoldSédarSenghor,Mamadou
Dia, Abdoulaye Ly, Souleymane Ndiaye, Amadou MakhtarMbow, Louis
16
DialloKalidou.indd 16 05/07/11 09:11Préface
Dacosta,AmadouGabin Guèye,SaoNicolas,AmadouNdéné Ndaw,Mamady
Sane, BoubacarDiallo, ElHadji Malick Diakhaté, Samba Diack, Abdoulaye
Diouf,MalickDiop,AminataSarr,MarieAnneSohaï,etc.
Ilsontécritdeslivres,créédesjournaux, élaborédes piècesdethéâtre, pour
faireconnaîtrelacultur edeleurpaysetsignédesarticlesdepressepourstigma-
tiserladominationcoloniale.
Ils ontsoutenu l’indépendance delaGuinée, indépendance à laquellela f-
guredeKeïtaKoumandian,présidentdelaFédérationdesenseignantsd’Afrique
noire(FEAN) resteraéternellementattachée.Ilestmortenmartyrdelacause
syndicale.
Ilsontétéauxcôtésdeleurspeupleslespèresvraisdesnouvellesnationsindé-
pendantesduSénégaletd’Afrique.
C’esttoutecettefresque-là, riche, varié e,colorée,c’estcekaléidoscopedeper-
sonnages, de symbolesetdefaitsd’uneimportance inestimable, que Kalidou
Diallorestitue,avectalentetcompétence, à lamanièred’unhommage renduà
des bâtisseurs malconnusdel’Afrique moderne, dontles générationsactuelles
ignorent,hélas,lagesteglorieuse,admirable,sidignederespectetd’intérêt.
ProfesseurIbaDer Thiam
Agrégédel’Université
Docteurd’état
Ancieninstituteur,
Anciensecrétairegénéral
duSyndicatuniquedel’enseignementlaïque (SUEL)
17
DialloKalidou.indd 17 05/07/11 09:1118
DialloKalidou.indd 1 8 05/07/11 09:11Siglesetabréviations
CFEN:CertifcatdeFind’ÉtudesNormale s
CFTC:ConfédérationFrançaisedesTravailleursChrétiens
CGT:ConfédérationGénéraleduTravail
CGTA:ConfédérationGénéraledesTravailleursAfricains
CGT-FO:ConfédérationGénéraleduTravail- ForceOuvrière
CJA:ConseildelaJeunesseAfricaine
COMOPE:ConfédérationMondialedesOrganisationsdelaProfessionEnseignante
CP:CoursPréparatoire
DAP:Diplôme d’AptitudeProfessionnelle
DSAP:Diplôme Supérieurd’AptitudeProfessionnelle
DSEP:Diplôme Supérieurd’ÉtudePrimaire
EMCIBA:EmployésduCommerce,del’Industrie etdesBanques
EPS:ÉcolePrimaireSupérieur e
FEAN:FédérationdesEnseignantsd’AfriqueNoire
FEANF:FédérationdesÉtudiantsd’AfriqueNoireenFrance
FEN:Fédérationdel’ÉducationNationale
FERDES:Fondsd’ÉquipementRuralpourleDéveloppementÉconomiqueetSocial
FIAI:FédérationInterna tionaledesAssociationsd’Instituteur s
FIDES:Fondsd’InvestissementpourleDéveloppementÉconomiqueetSocial
FIPESO:FédérationInternationaledesProfesseursdel’EnseignementSecondaireOfciel
FISE:FédérationInterna tionaledesSyndicatsdel’Enseignemen t
FMEL:FédérationdesMembresdel’EnseignementLaïque
FMJD:FédérationMondialedelaJeunesseDémocratiqu e
FNSI:FédérationNationaledesSyndicatsd’Instituteursetd’Institutrices
19
DialloKalidou.indd 19 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
FO:ForceOuvrière
FOM:Franced’Outre-Mer
FSM:FédérationSyndicaleMondiale
GEC:Groupesd’ÉtudesCommunistes
IA:InstituteurAdjoint
IFAN:InstitutFrançaisd’AfriqueNoire
IOM:Indépendantd’Out re-Mer
ITE:Interna tionaledesTravailleursdel’Enseignemen t
MFOM:MinistèredelaFranced’Outre-Mer
MPC:Mathématiques,PhysiqueetChimie
MSA:MouvementSocialisteAfricai n
ONU:OrganisationdesNationsUnies
PAI:PartiAfricaindel’Indépendance
PCB:Physique,ChimieetBiologie
PCF:PartiCommunisteFrançais
PDCI:PartiDémocratiquedeCôted’Ivoire
PDG:PartiDémocratiquedeGuinée
PRA:PartiduRegroupementAfricai n
PRG:PrésidentdelaRépubliquedeGuinée
PSAS:PartiSocialisteAfricainduSénégal
PTT:PosteTéléphoneetTélégraphe
RDA:RassemblementDémocratiqueAfricai n
RDA«K»:RassemblementDémocratiqueAfricain«Komiforn»
SAES:SyndicatAutonomedesEnseignantsduSénégal
SFIO:SectionFrançaisedel’Interna tionaleOuvrière
SNES:SyndicatNationaldel’EnseignementSecondaire
SNET:SyndicatNationaldel’EnseignementTechnique
SNI:SyndicatNationaldesInstituteur s
SPC:SciencesPhysiquesetChimie
SPEAG:SyndicatduPersonnelEnseignantAfricaindeGuinée
SPIE:SecrétariatProfessionnelInterna tionaldel’Enseignemen t
SUDES:SyndicatUniqueetDémocratiquedesEnseignantsduSénégal
SUE:SyndicatUniquedel’Enseignemen t
SUEL:SyndicatUniquedel’EnseignementLaïque
SUPEL:SyndicatUniqueduPersonneldel’EnseignementLaïque
SYNELS:SyndicatNationaldel’EnseignementLaïqueduSénégal
SYNEP:Syndicatdel’EnseignementPrimaire
TP: TravauxPratiques
UDN-RDA:UnionDémocratiqueduNiger-RassemblementDémocratiqueAfricai n
UDS:UnionDémocratiqueSénégalaise
UGEAO:UnionGénéraledesÉtudiantsd’AfriqueOccidental e
20
DialloKalidou.indd 2 0 05/07/11 09:11Siglesetabréviation s
UGTAN:UnionGénéraledes T ravailleursd’AfriqueNoire
UIE:UnionInterna tio naledesÉtudiants
UPC:UnionduPeupleCamerounais
UPS:UnionProgressisteSénégalaise
US-RDA:UnionSoudanaise-RassemblementDémocratiqueAfricai n
USA:UnitedStatesofAmerica
WOTP: WorldOrganisatoni oftheTechnicalProf essio n
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DialloKalidou.indd 22 05/07/11 09:11Introductiongénérale
eu de travaux scientifquesontétéconsacrésau syndicalisme des institu -Pteursindigènesdanslescoloniesd’AOF.Etlàencore,onévoquetoutauplus
l’existence de telleou telleorganisation enseignanteparlacitation du sigleou
1dunom desonsecrétairegénéral. Ceconstatestvalabled’Iba DerTiam sur
2l’évolution politique etsyndicale auSénégaljusqu’à 1940 à Georges Martens,
3 4Jean Suret-Canal e ou Frederick Cooper surlapériode 1945-1960, en passant
5parNicoleBernard-Duquenet surleFront populaire.La thèse de Duquenet
consacreplusieurs pagesauxassociationsou syndicatsdefonctionnaires,mais
pratiquementrien surlecadrespécifquedesinstituteurs.Ce vide peutaccrédi-
terl’hypothèsed’uneprésence toutauplussymboliquedesenseignantsdansles
luttessyndicalesdel’époque.
Lafaiblessedesefectifs,comparéeaunombre d’ouvriersdansl’ensemblede
l’AOF,etlepoidsnégligeableduprogramme scolairedanslepland’actioncolo -
niale parrapportauxautressecteurs économiquesfaisantappelauxinvestisse-
mentsprivésnejouentpas enfaveurdelacréationdepuissantesorganisations
syndicales.Agentssubalternes parexcellence, chargés dedifuserlacultur e et
les valeursfrançaisesetdeperpétuerl’espritdesoumission,lesinstituteursindi-
gènes,comptetenudecetteplacedanslesystèmecolonial,nesemblentpaspor-
1.Tiam,IbaDer,L’évolution syndicale et politique du Sénégal colonial – 1840-1936,Tèsed’État,
universitéParisI, 1982.
2. Martens, Georges, « Le syndicalisme enAfrique occidentale d’expression française– 1945-
1960»inLeMoisd’Afrique, n°178-179,octobre-novembre,1980.
3. Suret-Canale,Jean, Afrique noire occidentale et centrale, L’ère coloniale – 1900-1945, Tome II,
1964 ;Delacolonisationauxindépendances–1945-196 0, Tome III,éd.Sociale,Paris,1972.
4. Cooper,Frederick, « Te senegalesegeneralstrikeof1946 andthelaborquestioninpost-war
FrenchAfrica»,inRevuecanadiennedesétudesafricaines,n°24, 1990 p. 165à 214.
5.Bernard-Duquenet,Nicole, LeSénégaletleFrontpopulaire, L’Harmattan,Paris,1985.
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DialloKalidou.indd 23 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
tésàcréerunsyndicalismeauthentique réservé jusque-làà laclasseouvrière.En
outre,leretardenFran cemême del’octroidelaliberté syndicaleauxfonctio n-
nairesenmétropoleetdanslescoloniespeutfairepenserà unesyndicalisation
aussitardivedesinstituteursindigènes.Lesenseignantsafricainsont-ilsattendu
lesarrêtésdemars1937 surledroitsyndicalenAOF pours’organiserenassocia-
tionsdedéfensedeleurs intérêtsmorauxetmatériels?
Iln’enestrien.Laplacequ’occupentlesorganisationsdetravailleursdel’ensei-
1gnementdansles batailles politiquesetsyndicalesdepuisles indépendances a
certainementdesracineshistoriquesanciennesqu’ilseraitintéressantd’élucider.
Ce travailtenterad’y parvenirparlareconstitution du processusdeformation
des associations etdes syndicatsdans l’enseignement,l’évolution des plates-
formesrevendicatives,lessourcesdefnancements,lescourantsidéologiques,les
relationsavecl’administrationcoloniale, les partispolitiques,lesassociations de
parentsd’élèvesetd’étudiants,lescentralessyndicalesafricainesmétropolitaines
etinterna tionales.
Formés pourlaplupartà l’École normalefédérale William Ponty, quel s
rôlesontjoué les instituteurs dansl’intég ration ouladislocation del’AOF ?
Dispositifstratégique pourlepouvoircolonialdansladifusion delacultur e
françaiseetlapérennisation delacivilisation occidentale, les enseignants, à
traversleursyndicat,ont-ilsjouéunrôledanslanaissanceetledéveloppement
dunationalisme ?
Pourapporterdesréponsesàcesinterrogations,ilnousasemblénécessaire:
-defairequelquesconsidérationssurl’écolemétropolitaineetlesyndicalisme
desinstituteursenFrance.Celasecomprendsil’onsaitquelesformesd’organi-
sationsd’enseignantssonthéritéesdusystèmefrançais ;
- d’étudierl’écolecoloniale pouruneconnaissance plusapprofondiedesins-
tituteurs à traversleurenvironnement,leurcadreou statut,leniveau deleurs
revenus,leursaspirations,etc.
1. La résistance politiqueauxpartis-Étatsdansles premièresannéesd’indépendanceenAfrique
del’OuestpeutêtreillustréeenGuinéeparcequ’onaappelé«leComplotdesenseignants» (no-
vembre1961), voirp. 369,auSénégalparl’activitéduSUELjusqu’en1969,duSESde1969à 1973
etduSUDESà partirde1976,avantlagénéralisationdeslibertésdémocratiquesen1981.Depuis
1990, unprocessusdedémocratisationdanslesautrespaysdel’Afriquedel’Ouestfrancophone,
aveclavaguedesconférencesnationalesauBénin,auNiger,auMalietauTogo,avulessyndicats
detravailleursengénéraletd’enseignantsenparticulierjouerunrôleprépondérant.VoirShrae -
der,PeterJ.,«Lesélitesafricainesetledéveloppementdesinstitutionsdémocratiques: quelques
leçonsà tirerdelatroisième vaguededémocratisationenAfrique»inDocumentscolloque cente-
nairedel’AOF,Dakar,16-23juin1995.
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DialloKalidou.indd 2 4 05/07/11 09:11Introductiongénérale
Lecadredel’étude
Espacegéographique
Le cadredel’AOF s’imposedufaitdel’unitéinstitutionnelledel’enseigne-
mentdontl’InspectionestbaséeàDakar.Lessyndicatsregroupésdansuncadre
uniqueontpourprincipalinterlocuteurleGouvernementgénéral .
Maiscetteétudeseracentrée surleSénégalprincipalement,carc’estici que
se trouve Dakar,capitale del’AOF, lieudeconcentration des cadresindigènes
originairesde toutes les colonies,centre dedécision pourtoute laFédération.
C’estencoreauSénégal,aveclestatutdecitoyendontsontbénéfciaireslesorigi-
nairesdes quatrecommunes, quesontapparuesles premièresmanifestationsdu
syndicalisme enseignantà traverslesamicales,dèslafndelaPremièreGuerr e
1mondiale. Le premiersyndicatdes instituteursdel’AO F estcrééégalementà
Dakar,dès 1937, sousleFrontpopulaire,avantlagénéralisationdessyndicatsde
l’enseignementdanslesautrespartiesdel’AOF à partirde1944-1945.Lesautres
coloniesferontl’objetd’étudesenfonctiondelaspécifcitédechacuned’elles.
Limiteschronologiques
L’étudeauraitpu commencerà partirde 1919-1920 qui a vul’apparition des
premièresassociationsd’instituteurs enAOF.Ilyaaussilefaitquelaloide1901
surlesassociationsneconcernepasl’AOFetquecellede1884surledroitsyndical
2n’aétépromulguéedanslescoloniesqu’àpartirde1920 pourlescitoyensfrançais
uniquementetsurunecourtedurée.Cependant,lesinstituteursontcommencé
à luttercontre les discriminationsdès 1907, aveclasuppression dubrevetélé-
mentaireenAOF pourlesempêcherd’accéderaucadregénéralréservéalorsaux
3Européens.Lacréationdel’écolecolonialeà partirde1903 expliquelechoixde
cettedatecommedébutdenotrerecherche.Pourlafndelapériodeétudiée, 1958
auraitpu être ladatebutoiravecl’indépendance delaGuinée (Conakry) etla
4suppressiondel’exécutiffédéralenAOFaulendemainduouiàlaCommunaut é .
1. Voirinfr ap. 166.
2.Laloidu12mars1920,applicableenAOF à partirdu28 avrildelamême année, voirTiam,
IbaDer,Histoiredumouvementsyndicalafricain–1790-1929,L’Harmattan,Paris,1993, p. 153à 155.
3.ArrêtéduGouverneurgénéraln°806,24novembre1903,organisantleservicedel’enseignement
danslescoloniesetterritoiresdel’AOF,inBulletinadministratifduSénégal, 1903 p. 647, p. 656 ;
arrêtéduGouverneurgénéraldu24 novembre1903 n°803 portantorganisationdupersonnelde
l’enseignementdansles coloniesetterritoiresdel’AOF etn°806 (bis) portantorganisation du
cadreindigènedupersonnelenseignant,idem p. 657-661à 700.
4.Auréférendumdu28septembre1958,laGuinée,ayantvotémassivementnon,obtientsonindé-
pendance, les autresterritoires(Sénégal,Soudan, Côted’Ivoire,Dahomey, Niger,Haute-Volta
etMauritanie)acceptentlaCommunautéfranco-africaine. VoirDiakité,Ibou,Le référendum de
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DialloKalidou.indd 2 5 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
MaislaFédérationdesenseignantsd’Afrique noire(FEAN)acontinuéàe xister
jusqu’en1960, annéedesindépendancesdansles autrescoloniesdel’ex-AOF et
1même au-del à .
Méthodeetapproche
L’approchechoisiepour,d’abord,établirlesfaitsmajeurspuislesexpliquerest
àlafoischronologiqueetthématique.Lapériode1903-1960peutêtrediviséeainsi
endeuxgrandes séquenceshistoriques: 1903-1945, aveclacréation desassocia-
tionsetamicalesetleurtransformationà partirde1936-1937 ensyndicats.C’est
aussi l’époque del’approfondissementdu maintien des politiques discrimina-
toiresconfnantlesinstituteursindigènesdansdescadreslocauxsubalternessans
possibilitéde promotion. 1945-1960 correspond à l’intensifcation des batailles
revendicativesetl’afrmation du syndicalisme enseignant.C’estlapériodede
ladisparition progressivedes programmes locauxdel’enseignement,avecl’in -
troductiondubaccalauréatetducertifcat d’aptitudepédagogiqueenAOF, di-
plômestantconvoitésparlesinstituteursafricains.Maiscelanesignifepaspour
autantlafndesdiscriminationsdanslagestiondupersonneletl’attributiondes
indemnitésetautresavantagesliésàlafonctionenseignante.
Beaucoup de travauxscientifques se sontintéressés à l’étude du cadrede
l’AOF ; cependant,onnesauraitsepasserd’un rappelsommairedelacompo-
sitiondelaFédération,afndebiencernerlescadresinstitutionnels,lescompé-
tencesduGouvernementgénéral,desgouver neurs territoruxiaetdesassemblées
localesenmatièred’éducation.
Unepartieentièreestréservéeàl’écolecolo nialeà traversquelquesconsidéra-
tionssurl’écolemétropolitaine,l’étudedediférentsniveauxd’enseignementen
AOF,leurévolutionetladistributiongéographiquedesétablissements .
Le survolduprocessusdecréationdessyndicatsdel’enseignementenFrance
depuis les amicales jusqu’à lanaissance du Syndicatnationaldes instituteurs
(SNI) etl’historique sommairedu syndicalisme en AOF permettentde faire
comprendrel’atmosphèregénérale dans laquellebaignentles organisations de
l’enseignementpublic.
Le syndicalisme enseignant proprementdit recouvredeux parties refétant
leslimiteschronologiquesdéjà annoncées.La premièreconcernantlesamicales
etassociationsd’instituteurs estcentrée surleSénégaletlacirconscription de
DakaretDépendancespourlesraisonsdéjàévoquées.Ladeuxième partietente
d’expliquerlatransformationdetoutescesorganisationsensyndicatsdanstous
septembre1958auSénégal,DES, universitéParisI, 1964.
1.LaFEAN acontinuéà fonctionnerplusoumoinsà partirdeConakryjusqu’àl’arrestationet
l’incarcérationdesonsecrétairegénéralKeïtaKoumandian,ennovembre1961, suiteau« com-
plot»ditdesenseignants .
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DialloKalidou.indd 26 05/07/11 09:11Introductiongénérale
les pays del’AOF. Le processus unitairedeces syndicatsdel’enseignementau
niveau territorliaet au niveau fédéral, leurs principales revendicationsetleurs
rapportsaveclespartispolitiques,lesautrestravailleursetpartenairesdel’Écol e
sontamplementétudiés.
Étatdelarecherchesurlaquestion
Nousnoussommesappuyés surtroisouvragesgénérauxpourl’étudeducadre
géographiqueetinstitutionneldel’AOF. L’histoire des institutions coloniales fran-
1çaises deSaliouMbayeexpliquel’organisationpolitiqueetadministrativedel’AOF,
del’UnionfrançaiseetdelaCommunauté enprécisantlesdiférentsorganesdu
Gouvernementgénéral,desassembléesreprésentativeslocalesetleurscompétences.
2DeuxouvragesdeJeanSuret-Canal e permettentdecomprendrelesystème
colonialfrançais, sesfondementsidéolo giques, sesorientationséconomiqueset
sesméthodesenmême tantque«l’éveilpolitique» desAfricainsaulendemain
deladeuxième guerremondiale .
3Enfn,JosephRogerdeBenoistapporteunemassed’informationssurl’AOF,
lesterritoiresquilacomposent,lapopulationetlesinstitutionsdel’enseignement.
4Surl’école coloniale, lathèsedeDeniseBouch e etplusieurs de sesarticles
surl’école coloniale jusqu’en 1920 montrentendétailles diférentsaspectsde
5cetteinstitutionscolaire,avecunevisioneuropéennedeschoses.Lathèsed’État
6dePapa IbrahimaSeck tented’analyserl’organisationscolaireenAOF jusqu’en
1960, les programmes etlepersonneldel’enseignement,avecuneimportante
documentationenannexesurlestextesofcielsdel’enseignement,lesstatistiques
scolairesetlesprogrammes,etc.
7Letravaild’AlassaneWell e,bienquelimitéauSénégal,tented’expliquerlasi-
gnifcationdel’écolefrançaise,sonévolution,sonadministration,lesdiférentes
réformes,lesconséquenceschezlesévolués etlesréactionsdecesderniers .
1. Mbaye,Saliou,Histoire des institutions coloniales françaises en Afrique de l’Ouest – 1860-196 0,
ImprimerieSaint-Paul,Dakar,1991.
2.Suret-Canale,Jean,op.cit.
3.Benoist(de),JosephRoger,L’Afriqueoccidentalefrançaise–1944-196 0,NEA,Dakar,1982.
4.Bouche,Denise,L’enseignementdanslesterritoiresfrançaisdel’Afriquede1917à1920:Mission
civilisatriceouformationd’uneélite ?Tèsed’État,universitéLilleIII,Paris,1975.
5. Entreautres: « Autrefois,notre pays s’appelaitlaGaule... Remarquesurl’adaptationdel’en -
seignementauSénégalde1817il1960»inCahiersd’étudesafricaines,n°29, 1968,ou«Lacréation
del’Afriqueoccidentalefrançaise: unnouveaudépartpourl’école»inDocument colloque surle
centenairedel’AOF,Dakar,16-23juin1995.
6. Seck, Papa Ibrahima,L’école coloniale française en Afrique noire – 1817-1960, cas du Sénégal,
thèsed’État,universitéParisI, 1988.
e7. Welle,Alassane,L’enseignement public au Sénégal entre les deux guerres, thèsed’histoiredeIII
cycle,universitéDakar,1982.
27
DialloKalidou.indd 27 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
MbayeGuèye,intéressé paruneautreproblématique, n’endonne pas moins
des informationsetdes prisesde position surl’écolecoloniale avec, contraire-
1mentàDeniseBouche,unevisionafricaineduproblème .
2LéonardSoss o apportedesinformationsprécisessurl’écoleetlesenseignants
enCôted’Ivoire,depuisles« origines» jusqu’en1986, avecdes statistiquespour
chaqueétape,enprécisantletyped’enseignementetlesdiférentsniveaux.
Surlesyndicalisme enAOF etauSénégal,les étudesconcernantla première
emoitiéduxx sièclesontassezrares.Nousavonsconsultéprincipalementlestra-
3vauxd’IbaDerTiam . Lesdiférentssecteursdelaviepolitique,économique,
cultur elleetsocialey sontdécritsetanalysés,ainsiqueleurinteractionavecune
dynamiquedel’évolutiongénérale.NicoleBernardDuquenetconcentresontra-
vailderecherchesurl’importanteétapequeco nstitueleFrontpopulairepourle
4Sénégaldansledomainesyndical.
Iln’existe pas à notreconnaissance, pourlemoment,d’autresécritstraitant
des organisations syndicales pourlapériode 1900-1945. Nous pouvons trouver
cependantdes travauxscientifquesimportantssurdes questionsaussidiverses
5 6 7quelesclassessociale s etlesalaria t ouencorelaviepolitiqu e .
L’environnementpolitique etsocialde lapériode 1940-1960 estétudié par
1.Guèye,Mbaye,Les transformations de la société wolofet sereer del’ère de la conquête à la mise en
placedel’administrationcoloniale–1854-192 0, thèsed’État,3 tomes,UCAD, 1990.
VoiraussiFall, PapaA., Enseignement etdomination coloniale au Sé négal – 1910-1939,mémoirede
maîtrise,universitédeDakar,1978.
2.Sosso,Leonard,L’enseignementenCôted’Ivoiredepuislesorigines jusqu’en 1986,Ceda,Abidjan,
1990, Tome Ijusqu’en1954-1986, Tome II.
3.Tiam, IbaDer,L’évolution politique et syndicale du Sénégal colonial – 1840-1936, thèsed’État,
op.cit.
Larévolutionde1914, Tome IV, p. 1217-1714.
LeSénégaldanslaguerreouleprixducombatpourl’égalité–1914-1918, Tome V, p. 1714-2053.
Lesannéesd’afrmationpolitiqueetsyndicaledesmilieuxindigènes–1919-1923, Tome VI.
Lestentativesdecoupsd’arrêtetleursconséquences:lavolontédurefus–1919-1929, p. 2054-2590.
Lesannéesd’afrmationpolitiqueetsyndicaledesmilieuxindigènes, Tome VII.
Lestentativesdecoupsd’arrêtetleursconséquences:lavolontéderefus–1919-1929, p. 2590-3476.
LeSénégaldanslacrise–1930-1936, Tome VIII, p. 3477-3977.
- Lemouvementsyndicalafricain–1790-1929,Paris,op.cit.
- LagrèvedescheminotsduSénégalde1938,mémoiredemaîtrise,universitédeDakar,1972.
-«RecherchesurlespremièresmanifestationsdelaconsciencesyndicaleauSénégal –1936-1937»,
inAnnalesdelafacultédelettresetscienceshumaines, n°5, 1975, p. 233-248.
4.Bernard-Duquenet,Nicole, LeSénégaletleFrontpopulaire,op.cit.
5.Diop, Majmouth,Histoiredesclassessocialesdansl’Afriquedel’Ouest,Maspéro,Paris,1970.
6.Lakroum,Monique,Letravailinégal:paysansetsalariéssénégalaisfaceàlacrisedesannées193 0,
L’Harmattan,Paris,1982. VoiraussiTioub,Ibrahima,«Économiecolonialeetrémunérationde
laforcedetravail:lesalairedumanœuvreàDakarde1930il1954»inRevuefrançaised’histoire
d’outre-mer, Tome LXXXI (1994), n°305, p. 427-453.
7. Johnson,G. Wesley, The emergency ofblack politica in Senegal: Te struggle for power in the for
comming1900-192 0,StanfordUniversitypress, 1971, 260 p.
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DialloKalidou.indd 2 8 05/07/11 09:11Introductiongénérale
1 2FalilouDialloetCheikhFatyFaye .Lepremierfaitlepointsurlasituationdes
activitéspolitiques syndicalesetles mouvementsdejeunesse souslerégime de
Vichy. Ilpermetdecamper lecontextedanslequelvaémergerlesyndicalisme
del’après-guerre.Lesecond,à traversuneétudedel’opinionpubliquedakaroise,
a approfondi larecherche surles activitéspolitiques, sociales etcultur elles au
niveaudelacapitalefédérale.
La gamme des publicationsestbeaucoup plusimportanteaprès laSeconde
3Guerremondiale.LestravauxdeJeanMeynaudetAnisseSalahBe y surlesyn-
dicalisme africain passentenrevuelesétapes,lesmodesdecroissanceetlesca-
ractéristiquesdes syndicatsdel’Afriqueanglophone, lusophoneouarabophone.
Cesdiférentstypesdesyndicalismedanslecontextedelaguerrefroideetdela
lutted’infuencedesInterna tionalessontanalysésdansleurformed’organisation
avecdescomparaisonsà plusieursniveaux.
4 5Les thèsesd’AndréasNovember etdeLuisC. Nune z concernentprincipa-
lementladernièreétapedusyndicalismeenAOF.La premièreétudieles struc-
turesdessyndicatsafricainsettented’expliquerlamarcheversl’autonomieainsi
que les fondementsdelareconversion syndicaleaudébutdes indépendances.
6L’actiondesInterna tionale s estlargementabordée.Lasecondetraitedel’é vol u-
tiondecesyndicalismeens’appuyantsurleSénégal,leMali,etlaCôted’Ivoire
à partirdelanaissance del’UGTAN, etexplique les scissionsetdissolutions
intervenues,demême queles reconstitutionsdecertainesorganisationssyndi-
7cales.LestravauxdeFrederickCooper surlagrèvegénéralede1946auSénégal,
8deGeorgesMartens surl’évolution syndicaleenAfriqueoccidentaled’expres-
1.Diallo,Kalidou,LeSénégalsousVichy–1940-1943,mémoiredemaîtrise,universitéParisI,1978.
HistoireduSénégal,delaconférencedeBrazzavilleàlafondationduBlocdémocratiquesénégalais
e–1944-1948, thèsedeIII cycle,ParisI, 1986.
2.Faye,CheikhFaty, LaviequotidienneàDakarde 1945à 1960,approched’uneopinionpublique,
doctoratu,niversitéParisVII, 1990.
3. SalahBey, Anisse etMeynaud,Jean, Le syndicalisme africain : évolution et perspective, Payot,
Paris,1963.
-Aspectdusyndicalismeafricain,fondationnationaledessciencespolitiques, 1962.
- Fondement idéologique du mouvement syndical africain (documentschoisisetrassemblés), Fon-
dationnationaledessciencespolitiques,1962.
4. November,Andréas,L’évolution du mouvement syndical en Afrique occidentale, Mouton-La-
Haye,1965.
5. Nunez, Luis. C., La participation du syndicalisme et la construction nationale en Afrique
(exemple:Sénégal,Mali,Côted’Ivoire),éd.Médecinsd’hygiène,1971.
6. Kriegel, Annie, « Notesurl’idéologiedansleparti communiste » inContrepoint, n° 3, 1971,
p. 95-104.
7. Cooper,Frederick, op. cit. Voiraussi Guèye, Oumar,La grève générale de 1946 au Sénégal,
mémoiredemaîtrise,UCAD, 1990.
8.Martens,Georges,op.cit.
29
DialloKalidou.indd 29 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
1 2sionfrançaisede1945 à 1960, dePhilippeDevitt e etdePaulDelanoue surla
CGTetles syndicatsd’Af rique occidentale françaisede 1945 à 1957, avecdes
interprétationsparfoiscontradictoires,suscitentdesinterrogationsintéressantes
surlapériode.
Descommunicationstrèsintéressantessurlessyndicatsontétéprésentéesaux
colloques surlecentenairedel’AOF organisé à Dakardu 16 au 23 juin 1995,
3ils’agitdes syndicats confédérés enAOF, del’Union généraledes travailleurs
4d’Afrique noire(UGTA N) etdelaloi-cadre. Surl’ensemble deces études, le
syndicalismeenseignantn’estabordéquedefaçonaccidentelleetilestmême,le
plussouvent,absent.Maisl’atmosphèreéconomique,politiqueetsyndicaledans
laquellebaignentl’écoleetlesenseignantsestlargementétudiée.
Les élémentséparsannoncés çà etlàontservi de poi ntdedépartpourêtre
approfondisavecd’autressourcestellesque lesdocumentsinédits,lesfondsd’ar-
5chivesetlesenquêtesorales.
Lessourcesorales
Quelleque soitl’importancedeladocumentationécrite,les témoignagesdes
instituteursayantvécucetterichepériodereprésententunesourceirremplaçable.
La question delanécessitédeces témoignagesne se posepas pournous, mais
plutôtcommenty parvenir.
Notre premièreexpérienced’enquêteorale surles chefs indigènes s’adressait
6auxancienschefs decantonsetdeprovinces età leursadministréspaysanset
éleveurs,leplussouventanalphabètesenfrançais.Ilafallualorsrecourir,parfois,
auxrecueilsdechansonspopulairesdel’époque,mémoriséesleplussouventpar
lesvieillesfemmes.
Pournotreprésenteétude,l’enquêtes’adresseà uneancienneélitetrèsfèrede
façongénéraledesonpassé.
Sontciblées :
• Lesassociationsd’enseignantsretraités;
1. Devitte,Philippe,« LaCGTetles syndicatsd’Afriqueoccidentale– 1945-1957 » inLe mouve-
mentsocial,octobre-décembre1981, n°117, p. 3-32.«RéponseàPaulDelanoue»,inLemouvement
social, n°122, 1983, p. 117-121.
2. Delanoue,Paul,« LaCGTetles syndicatsd’Afriquenoiredelacolonisationfrançaise,dela
Deuxième Guerremondialeauxindépendances»inLemouvementsocial, n°122, 1983, p. 103-116.
3.Suret-Canale,Jean,«LessyndicatsconfédérésenAfriqueoccidentalefrançaisede1937à 1957»
inDocumentcolloquesurlecentenairedel’AOF,du16au23juin1995àDakar.
- LesGroupesd’étudescommunistes (GEC)enAfrique.
4.Cooper,Frederick, “l’UGTAN, theLoi-CadreandtheBreakup ofAOF”,idem.
5. Voirsourcesetbibliographie.
6.Diallo,Kalidou,LeschefsdecantonsetdeprovincesduFoutasénégalaisde1860à196 0, université
deDakar,1985.
30
DialloKalidou.indd 3 0 05/07/11 09:11Introductiongénérale
• Lesanciens responsablessyndicaux, politiques,parlementaires (conseillers
générauxetterritoruxia) ;
• Desimplesenseignantsmilitantsounon.
Commentl’enquêtea-t-elleétémenée ?
Lespersonnesviséessontdiviséesentroisgroupes :
• Unéchantillonchoisi pouruntémoignaged’opinionsemi-directif;
• Un deuxième groupe pourdes récitsde vie professionnelle, politique et
1syndical e ;
2• Unquestionnaire d’enquêteenseptcentsexemplairesàdistribuer.
Pourlesautrespaysdel’AOF, lesecrétairegénéralduSyndicatuniqueetdé-
3mocratiqueduSénégal(SUDES),parunelettrederecommandatio n àseshomo-
loguesdespaysdel’ex-AOFaccompagnantlequestionnaire,apermisdetoucher
touslessyndicatsdelasous-région.
AuSénégal,lerecoursauxquarantesectionsduSUDES couvrantl’ensemble
dupaysapermisdetoucherlemaximum d’anciensinstituteurs.
Pourles récitsdevie, lapersonneciblée reçoit d’abordunelettreexpliquant
l’objectifetlecadredelarecherche.
Un premiercontactphysiqueestétabliavecprésentationdequelquesphotos
oudetitresdebulletinssyndicauxavantl’interview proprementdite.
Enmoyenne,ilfautquatre rendez-vouspourune enquête.Ilafalluensuivre
certainspendantplusd’uneannée.
Pourl’entretien proprementdit, tousavaientdes projetsd’écrireleurs mé -
moires,d’oùunecertaineréticenceà livrertouteslesinformations,l’enregistre-
mentaccentuantcetteréticence.
Pourêtrefdèle, latranscriptiondu premierentretienestremiseà l’intéressé
pouramendementetcomplémentéventuels.
L’inconvénientdece feed-back estque certains,en revoyan tleuritinéraire,
sonttentésdesedédire.Au total,nousavonsregroupé :
• Dix récitsde vie professionnelled’anciens instituteurs oumoniteurs nés
entre1906et1922, tousanciensresponsablessyndicaux ;
• Dixentretienssemi-directifs (deuxfemmes, trois responsables politiques,
deuxconseillersterritoriaux, deux responsables decentrales– CGT,CGTA–,
uneinstitutricejamaissyndiquée) ;
1. Nousavons pu établirdix récitsdevieauprèsd’anciensinstituteursetresponsables syndicaux
auSénégal.Ilssontplacésenannexesanscommentairepourpermettreaulecteurd’apprécierlui-
même lesexpériencesetlesdiscourshistoriquesspécifquesdechacun.
2. Ce questionnaireestdistribué à partirdedécembre1992, voirletexte du questionnaireen
annexe.
3. VoirlettredusecrétairegénéralduSUDESendatedu18décembre1992.
31
DialloKalidou.indd 31 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
• Un échange de correspondance avec Keïta Kouma ndian actuellement
malvoyant.
Lesenquêtesontdonnélesrésultatssuivants:
• DouzeréponsessontparvenuesdelaCôted’Ivoire;
• TrentedelaGuinée ;
• QuinzeduMali(ancienSoudanfrançais) ;
• CinqduBurkinaFaso(ancienneHaute-Volta);
• DixduNiger ;
• QuatreduBénin (ancienDahomey) ;
• UnedelaMauritanie ;
• CentvingtetuneduSénégal.
Soitau totalcentquatre-vingt-dix-huitréponsessurseptcents, ce qui repré-
1senteunpourcentagede26,26 %. L’insufsancedesréponsesnediminueenrien
l’intérêtdu résultatau plandeladiversitérégionale, del’âgedesintéressés nés
entre1906et1925,descatégoriesreprésentéesetdesopinions.
3RéponsesauSénégal:
• 70 %instituteurs ;
• 30 %moniteurs.
3Réponsesautrespays :
• 40 %instituteurs ;
• 60 %moniteursavant1950 ;
• 90 % desinstituteurs touchés sontsyndiquésdansdesorganisationsterri-
torialesd’AOF ;
• 2 %danslasectionAOFlocaleduSNI ;
• 8 %nonsyndiqués ;
• 32 %ontétéresponsablesdansdesbureauxnationaux ;
• 92 %ontappartenuà unparti politique (surtoutRDA) ;
• 100 %ontadhéréà uneamicalederetraiteouautresassociations ;
• 22 %ontfaitlesGroupesd’étudescommunistes(GEC) ;
• 60 %ontexercédesresponsabilitéspolitiques(conseiller,membredecabi-
net,duParlement,membreduGouvernementoud’unesociéténationale) ;
• 2 %ontadhéréà uneamicaleavant1939.
1. L’enquête,réalisée parleprofesseurJacquesGirauxà l’universitédeParisI en 1975-1977 au-
prèsdesmilitantsduSyndicatnationaldesinstituteurs (SNI) enactivitédanslesannées1930et
publiéedansleBulletin du centre d’histoire sur le syndicalisme de l’université Paris I, donne548
réponsessur1500 questionnairesendeuxans,soit35,80 %deréponses.
32
DialloKalidou.indd 32 05/07/11 09:11premièrepartie
L’écolecolonialeenaof
1
33
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DialloKalidou.indd 3 4 05/07/11 09:11Chapitre premier
1Présentationdel’Afriqueoccidentalefr ançaise
1.Ladivisionterritoriale
2L’AOFrecouvreunesuperfciede4634000km ets’étendsur3600km d’esten
ouest,deDakaraulacTchadetsur2500km dusudaunorddelaMauritanie.C’est
unvasteplateauavecquelquesfalaiseslelongdelavalléeduNiger.Quelquesmas-
sifsmontagneuxrecouvrentleFoutaDjallon(1 200à 1500m) etAtakoro(600m).
L’organisation internede l’AOF a connu plusieurs transformations depuis
ledécretdu 16 juin1895. LeGouverneurgénéraldevenaitlereprésentantdela
FrancedanslesterritoiresduSénégal,duSoudanfrançais,delaGuinéefrançaise
etdelaCôte-d’Ivoire.
LeDahomeydemeuraitendehorsdel’actionduGouverneurgénéral,sonadmi-
nistrationdevantluiadresserunduplicatadesesrapportspolitiquesetmilitaires.
erC’estledécretdu 1 octobre1902quidonneauGouverneurgénéraldesmoyens
2d’actionadministratifsetfnancierspropres,avecledroitdecorrespondreavecle
Gouvernementmétropolitain,lepouvoirnominatifà touteslesfonctionsexcepté
1.Cechapitren’ariend’original.Ilestlargementinspirédel’ouvragedeJoseph-RogerdeBenoist:
L’AOFde 1944 à 196 0etdelAn’ nuaireduGouvernementgénéraldel’AOFde 1920-1921.Son
objectifesttoutsimplementderappelerlecadredelafédérationdesdiférentescoloniesqui vont
abriterlesdiférentssyndicatsdel’enseignement.
er2.RapportduministredesColoniessurledécretdu 1 octobreréorganisantleGouvernementgé-
néraldel’AOF,JournalofcieldelaRépubliquefrançaise,Loisetdécrets,4octobre1902, p. 6549.
Larépartitiondeschargesentrelebudgetdel’Étatfrançaisetlesbudgetscoloniauxavaitétéfxée
parl’article33delaloidefnancesde1900.
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DialloKalidou.indd 3 5 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
quelquesfonctionnairessupérieurs: lieutenantsgouverneurs, secrétairegénéral,
magistrats, directeurdecontrôle,directeursgénéraux, chefsdes principalessec-
tionsetadministrateurs.
Lemême décretluidonneledroitd’arrêterenConseildesministreslebudget
descoloniesquidevaitêtreapprouvé pardécret.
Cebudgetdevaitêtrealimentéparlesrecettesde toutesnaturesperçuesdans
les territoires,mais iln’yavaitpas encored’autonomiefnancière.Ledécretdu
18octobre1904donneauGouverneurgénéraldesbudgetsdistincts .
erAutermedel’article1 decedécret,l’AOFcomprenait:
1.LacolonieduSénégal;
2.LacoloniedelaGuinéefrançaise ;
3.LacoloniedelaCôted’Ivoire;
4.LacolonieduDahomey ;
5.LacolonieduHaut-Sénégal-Niger ;
6.LeterritoirecivildelaMauritanie.
Ledécretdu7 septembre1911détacheleterritoiremilitaireduNigerduHaut -
Sénégaletceluidu4décembre1920réglementel’organisationdéfnitivedel’AOF.
1.1.LacolonieduSénégal
2Avec197 161km et1 259920habitantsen1920,lacolonieduSénégal,jusque-
làdiviséeenpaysd’administrationdirecteetenpaysdeprotection,devientavec
ledécretdu4décembre1920 uneseuleetmême colonieadministréeparunlieu-
tenantgouverneuretpourvued’unconseilcolonialàlaplaceduconseilgénéral.
C’estlaseulecolonied’AOF représentéeparundéputéauParlementfrançais.
La circonscription deDakaretDépendancesa uneadministration particu-
2lière.Avec une superfcie de 530 km , elleestadministréepar un délégué du
SénégalsiégeantàGorée .
En 1898, ladirection del’Intérieurestremplacée parlesecrétariatgénéralse
faisantreprésenteràDakarparundélégué,égalementsuppriméà sontourparle
erdécretdu28octobre1903etrelayéàcompterdu 1 janvier1905 parundéléguédu
GouverneurgénéralquiaautoritésurDakaretsabanlieue.Ledécretdu26mai
1911 détachece territoireducercledeTiès pourconstituerlacirconscriptionde
Dakarplacéesousl’autoritédudéléguéduGouverneurduSénégalàDakar.
Le 27 novembre,un décretorganise lacirconscription deDakaretDépen-
dancesforméedescommunesdeGorée,deDakaretdesabanlieue.Elleestadmi-
nistréeparunfonctionnaire,placé sousl’autoritédirecteduGouverneurgénéral ,
quiporteletitred’administrateurdelacirconscriptiondeDakaretDépendances.
La circonscription estsupprimée le17 mars1946 etrattachée à lacolonie
duSénégal.Elledevientdélégation deDakaradministréeparundélégué du
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DialloKalidou.indd 36 05/07/11 09:11L’écolecolonialeenAof
erGouverneurgénéralayantrang degouverneurle 1 juillet1946. Ladélégatio n
existejusqu’au4 août 1958, elleestremplacée alorsparlarégionduCap-Vert ,
dirigée par un administrateurde laFrance d’outre-mer.Elledevientrégio n
administrativedelarépubliqueduSénégalparlaloi 60-15 du13 janvier1960.
Cette particularitédeDakarafaitque,auplansyndical,ilya toujourseudes
organisationsdistinctesdecelledelacolonieduSénégalbaséesà Saint-Louis
jusqu’en1954.
21.2.LaGuinéefrançaise(245857km ,1808893habitants)
Lescoloniesdes«RivièresduSud» sontcrééesen1882 etconféesà unlieu-
1tenantgouverneurrésidantà Gorée. Les établissementsde laCôtedel’oret
2dugolfeduBénin sontrattachésauxcoloniesdes R ivièresduSuden1886 . Le
er1 août1889, lesétablissementsdelaCôtedel’Oret duBénin sontdétachésdu
Sénégal.LeterritoiredesRivièresduSudreçoitalorssonautonomieadministra-
tiveetfnancière,sousl’autoritéd’unlieutenantgouverneurrésidantàConakry.
Ledécretdu17décembre1891donneàcettecolonielenom deGuinéefrançaise
etDépendances.Lelieutenantgouverneurasoussesordresunsecrétairegénéral
à Conakry, un résidentà Grand Bassam etunlieutenantgouverneurpourles
établissementsdugolfeduBénin.
Ledécretdu10 mars1893 disloquelaGuinéeetcréetroiscoloniesdistinctes
dirigées chacune par un lieutenantgouverneur: laGuinée française,laCôte
d’IvoireetleDahomey.
En 1896, laGuinée s’agranditavecl’annexionduFoutaDjallonet,en1904,
3ellereçoitlesîlesdeLoscédéesparlaGrande-Bretagne. En 1815, sesfron tières
avecleSénégalsontpréciséesavantd’êtremodiféesparledécretdu13décembre
1933.
1.3.LacoloniedelaCôted’Ivoire
LaCôted’Ivoire,nousl’avons vu, faisaitpartiedesRivièresduSuden1882.
Le décretdu 6 décembre1883 place les établissementsdelaCôtedel’Orsous
l’autoritéducommandantduGabonquiporteletitredecommandantsupérieur
des établissementsfrançais du golfe de Guinée. En 1886, laCôted’Ivoireest
rattachéeauxRivièresduSud.Avecun résidenten1893, elleestdétachéedela
Guinéedevenuecolonie.Deuxaccordsde1893fxentsesfron tièresavecleGhana
etleLiberia .
1.Décretdu12octobre1882créantlescoloniesdesRivièresduSud.
2.Décretdu16juin1886.
3. L’accordfranco-libériende1911limitesesfron tièresavecleLiberia .
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DialloKalidou.indd 37 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
2LeDahomey(115762km —859075habitants)
DétachédelaGuinéeenjuillet1886etrattachéalorsauSénégal,leDahomey
devient colonie autonome en 1893 et prend en 1894, après l’arrestation de
1Behanzin,lenom deDahomeyetDépendances.En1895,ilestmaintenuhorsde
l’AOF, sonlieutenantgouverneurétantastreintàenvoyerledoubledesrapports
au Gouverneurgénéral. Des accordsfranco-britanniques etfranco-allemands
précisentsesfron tièresavecleNigeriaetleGhana,d’unepart,etleTogod’autre
part.Ildevientcolonieauseindel’AOFen1904.
2LeSoudanfrançais(1500000km )
Le décretdu 17 octobre 1899 portant réorganisation de l’AOF disloque le
SoudanetlerattacheauDahomey,àlaCôted’IvoireetauSénégal,àl’exception
dedeuxterritoiresmilitairesrelevantduGouverneurgénéraletplacés sousl’au-
toritédedeuxcommandantsmilitaires.Le décretdu 10 octobre1902 disloque
leSénégalenpaysd’administrationdirecteetenpaysdeprotectoratce, dernier
formeaveclecercleduSoudanlaSénégambie-Niger,administréeparleGouver-
neurgénéralaidéparunsecrétairegénéral,déléguépermanentàKayes.Ledécret
du18 octobre1904divisece territoire,aveclarivegauchedufeuve rattachéeau
SénégaletlarivedroiteconféeàuncommissaireduGouverneurgénéral,lerest e
formantleHaut-Sénégal-Niger.De 1933 à 1947, ilreçoitlescerclesdisloquésde
laHaute-Volta.
21.4.LacolonieduNiger(1300000km —258277habitants)
2Le troisième territoiremilitaireduZinderestconstitué le23 juin1900. En
1904, leterritoiremilitaireduNigerestadministrésousl’autoritédulieutenant
gouverneurdu Haut-Sénégal-Niger.En 1911, ilestdétaché du Haut-Sénégal -
Nigeretrattachédirectementà l’AOF. Le décretdu4 décembre1920 créele
territoirecivildu Nigerqui, lui-même, devienten 1922 colonie du Niger.En
1926, lacapitaleesttransféréedeZinderà Niamey.En 1927, leNigers’agrandit
desterritoiresdelarivedroitedufeuveNigeretreçoit,en1933,lesterritoiresdé-
tachésdelaHaute-Volta.IlperddenouveaucesderniersauproftdelaHaute-
Voltaen1947.
1. Behanzin: sonnom deprinceestKondo.Ilremplace sonpèreGleleautrôned’Abomy le30
décembre1889.Ilestdestitué parDoddsquiintroniseofciellementAgoliAgbole15janvier1894
avantlasignatureduprojetdeprotectoratdu29janvier1994.
VoirEmmanuelKarlAugust,« Dislocationduroyaumed’Abomey» inAfrique Histoire n°8,
1994, p. 54-59.
2.AprèslesmissionsVoulet-ChamoineetJoallandMeynerde1900.
38
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21.5.LaMauritanie(850000km —377176habitants)
Après avoircrééles principaux postes militairesde laMauritanie en 1898,
1XavierCoppolani estnomméen1902déléguéduGouverneurgénéral,chargéde
protégerlespaysmaures.En1904,laMauritanieestdétachéeduSénégaletérigée
erenterritoirecivilconfé à uncommissaireduGouvernement général .Le 1 jan-
vier1921, leterritoirecivildeMauritaniede vientcoloniedelaMauritanieavec,
pourchef-lieu,Saint-Louisjusqu’en1957,dateàlaquellelacapitaleesttransférée
àNouakchott.Cequiexpliqueque,auplansyndical,laMauritanieetleSénégal
2soientorganisésdanslesmêmesorganisationsjusqu’àcettedate.Leslimitesavec
leNigersontdéfniesen1913, avecleSénégalen1933 etavecleSoudanen1944
qui s’estvuretireler Hodh.
1.6.LaHaute-Volta
Lespaysmossisontconquisen1896-1897 parlami ssionVoulet-Chamoine.La
conventionfranco-britanniquede1898 remetlaHaute-Voltadanslespossessions
erfrançaises.En1898,laHaute-VoltaestrattachéeauSoudan.Le 1 mars1919,elle
estintégréeauxcerclesorientauxdelacolonie duSénégal-Niger.Le décretdu
er5 septembre1932, entré en vigueurle 1 janvier1933, démantèle laHaute-Volta
entreleSoudan,leNigeretlaCôted’Ivoire.LaHaute-Voltaestrétabliecomme
colonie le4 septembre1947. Cette instabilitéterritorleiaexplique en partie le
retarddecettecolonieauniveaudesorganisationssyndicales,notammentdans
l’enseignement.L’étenduedesterritoirescommeleSoudanfrançais,leNigeretla
Mauritanie, avecdesécoles« nomades», vaserépercutersurl’organisationetle
fonctionnementdes syndicats. L’autoritécolonialeaeudurestelesmêmesdif -
cultésdansl’administrationdespopulationsdecesvastescolonies.
32.L’administrationetlesinstitutionsdel’aof
LeGouverneurgénéralestnommé parleprésidentdelaRépubliquefrançaise
enConseildeGouvernementsurpropositionduministrechargédesColonies.
Ceministèreestcrééparlaloi du 20 mars1920. Son domaine decompétence
embrassel’ensembledesactivitéspolitiques,économiques,sociales,fnancièreset
militairesdescolonies.
1.Coppalani: principal« pacifcateur»destribusmauresdelaMauritanie.
2. L’inspectiondel’EnseignementprimaireduSénégalinstalléeà Saint-Louiscouvreenmême
tempslesécolesdelaMauritanie.
3. VoirMbaye,Saliou,HistoiredesinstitutionscolonialesfrançaisesenAfriquedel’Ouest,op.cit.
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DialloKalidou.indd 39 05/07/11 09:11Lesyndicalismedansl’enseignementpublicenAfriqueoccidentalefrançaise
Laloidefnancesdu13 avril1900 établitl’auton omiefnancièredescolo nies
etprécisedanssonarticle33 que« touteslesdépensescivilesetdegendarmerie
sontsupportéesenprincipe parlebudgetdescolonies.Les subventionspeuvent
1 2être accordéesauxcolonies surlebudgetdel’État». Le Gouverneurgénéral,
garantdel’ÉtatenAOF,sefaitreprésenterdanschaquecolonieparunlieutenant
gouverneurdirectementplacé soussonautorité.Ilrendcomptedepuis1904 par
unrapportannuelauministèredesColonies,ilestleseulha bilitéàcorrespondre
avecleGouvernementfrançais.Ilassureladirectiondel’ensembledes services
générauxdugroupeAOFetdonnerégiesetattributions.
Ilestl’ordonnateurdubudgetgénéralarrêtéenconseildegouvernementet
approuvé parleministrechargédes Colonies. à partirde 1947, lebudgetest
soumisà ladélibérationduGrandConseil.Ilalepouvoirréglementaire,ilest
aussichargédelapromulgationetdelapublicationauJournalofciel, des or-
donnances,desloisetdesdécretsrelatifsà laFédération.Ilprendlui-même des
arrêtésgénéraux, des décisionsetdescirculaires.Ilestaidé paruncabinet,un
secrétairegénéral,desdirectionstechniquesetunconseildegouvernement.
3Parmicesdirectionstechniques,fgurecelledel’enseignementcrééeen1908
pourprendrelenom del’Inspectiondel’instruction publiqueetdel’enseigne-
mentmusulmandétachéedusecrétariatgénéral.En1913,elledevientInspectio n
del’enseignementpuisInspection générale en 1922. En 1942, elleestélevéeau
rangdeDirectiongénéraledel’instructionpublique,del’éducationetdessports
del’AOFetduTogo.
Elleestchargéedel’enseignementprimaireetsecondaire,del’enseignement
technique, del’apprentissage, del’éducation générale, du sportscolaireetuni-
versitaire.En1947,ledirecteurgénéraldel’enseignementprendletitrederecteur
et,en 1950, estcrééel’Académiedel’AOF. Chaquecoloniedisposaitd’uneins-
4pectiondel’enseignementdépendantdelaDirectiongénéral e .Dansledomaine
del’enseignement,lelieutenantgouverneuresthabilitéàfxerles vacancesdans
sacolonieetàautoriserl’ouvertured’écolesprivées.à partirdel’Unionfrançaise
en 1946, les pouvoirsduhaut-commissaire,duGouverneurgénéraletdesgou-
5verneurs sontlimitésparleGrandConseiletles conseilsgénérauxchargés de
voterlesbudgets .
1.Loidu13avril1900,op.cit.
2.Ilprendletitredehaut-commissairedelaRépubliqueenAOFaprèslaDeuxième Guerremon-
dialeparledécretdu14mai 1946.
3. Avantcette date,elleétaitrattachée au secrétariatgénéralcrééparledécretdu 21 mai 1898,
suppriméen1909etrétablieparledécretdu15novembre1916.
4. L’InspectiondelaMauritanieestrattachéeà celleduSénégalbaséeà Saint-Louis,capitalede
lacolonie.
5. LeSénégaldisposed’unConseilgénéraldepuis 1879. IldevientConseilcolonialen 1920, ce
n’estqu’àpartirde1946queleConseilgénéralaétégénéralisédanslesautrescoloniesd’AOF.Voir
IbaDerTiam, thèseop.cit, p. 2397-2417.
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à partirdelaloi-cadre,leConseildeGouvernementetl’assembléeterritorleia
rétrécissentlespouvoirsduGouverneur,devenu chefduterritoire.Cettecentr a-
lisationexcessivedespouvoirsdedécisionauniveauduGouverneurgénéraletdu
ministèredes Coloniesaeu pourrésultatlaconcentrationdesluttessyndicales
desagentsdelafonctionpubliqueauniveaudelacapitaledel’AOF,Dakar,avec
commeinterlocuteur privilégié leGouverneurgénéraldelAO’ F etleministère
desColonies,devenuministèredesTe rritoiresd’outre-merà partirde1946.
1
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