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Le Vatican et la Finance

De
21 pages

15mn d'Histoire : une nouvelle collection de textes courts pour apprendre et comprendre l'Histoire en 15 minutes.

Comment le pape fut mêlé au plus grand scandale financier de l'après-guerre



Londres, 18 juin 1982. Au bord de la Tamise, les policiers découvrent le corps de Roberto Calvi, 62 ans, directeur d'une grande banque italienne. Le suicide paraît évident. A un détail près : on trouve, glissées dans les poches de son pantalon, des liasses de dollars et une moitié de brique. C'est un signe maçonnique.
Le MI-5 commence à peine l'enquête, fin juin, que la banque dirigée par Roberto Calvi, le Banco Ambrosiano, se retrouve en faillite. C'est un énorme scandale : l'Ambrosiano est la première banque privée du pays. Perte annoncée plus d'un milliard de dollars. Très vite, des créditeurs se manifestent et réclament le recouvrement de leurs créances. Un groupe de plusieurs banques étrangères par la voix de ses mandataires, réclame la restitution d'un apport de 600 millions de dollars en brandissant des " lettres de garantie " émises par... le Vatican ! Stupeur des enquêteurs. Séisme dans les médias britanniques et italiens. Que vient faire le pape dans cette crapuleuse affaire ?



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couverture

Bernard Lecomte

Le Vatican et la Finance

PERRIN

Du même auteur

en poche

Jean-Paul II, Paris, Gallimard, Folio no 4335, 2006.

A Evelyne

Son Excellence le « banquier de Dieu »

Comment le pape fut mêlé au plus grand scandale financier de l’après-guerre

« Nul ne peut servir deux maîtres : Dieu et l’argent. »

Luc, 16,13 ; Matthieu, 6, 24.

Londres, 18 juin 1982. Au bord de la Tamise, sous le pont de Blackfriars, les policiers découvrent au petit matin, pendu à un échafaudage, le corps de Roberto Calvi, 62 ans, directeur d’une grande banque italienne. L’homme a quitté précipitamment l’Italie quelques jours plus tôt, alors que ses affaires tournaient au désastre. Le suicide paraît évident. A un détail près : on trouve, glissées dans les poches de son pantalon, des liasses de dollars et une moitié de brique. C’est un signe maçonnique. Le suicidé a-t-il voulu laisser un message caché ? Quelqu’un a-t-il voulu l’accuser d’appartenir à la franc-maçonnerie ? Si c’est le cas, le plus vraisemblable est qu’il s’agit d’un meurtre. Le nom du pont, Blackfriars, confirme l’allusion : les « frères noirs », en italien, c’est le surnom des maçons. L’énigme est totale : suicide ou meurtre camouflé ? Le crime, si c’est bien un crime, fut-il un sordide règlement de compte entre francs-maçons, ou est-ce justement ce que veulent faire accroire les auteurs de cette mise en scène macabre ?

Le MI-5 commence à peine l’enquête, fin juin, que la banque dirigée par Roberto Calvi, le Banco Ambrosiano, se retrouve en faillite. C’est un énorme scandale : l’Ambrosiano est la première banque privée du pays. Perte annoncée plus d’un milliard de dollars. Très vite, des créditeurs se manifestent et réclament le recouvrement de leurs créances. Un groupe de plusieurs banques étrangères par la voix de ses mandataires, réclame la restitution d’un apport de 600 millions de dollars en brandissant des « lettres de garantie » émises par… le Vatican ! Stupeur des enquêteurs. Séisme dans les médias britanniques et italiens. Que vient faire le pape dans cette crapuleuse affaire ?

Un scandale retentissant

L’enquête révèle bientôt que l’Istituto per le Opere di Religione (IOR), qu’on appelle aussi la « Banque du Vatican », a bel et bien participé, avec le Banco Ambrosiano de Roberto Calvi, au montage de dix sociétés fictives, presque toutes enregistrées au Panama, dont il était l’actionnaire majoritaire. L’IOR, c’est l’établissement bancaire fondé par Pie XII en 1942 pour gérer l’argent appartenant non pas à l’Eglise, mais à ses « œuvres » : les missions, les congrégations, les mouvements d’action catholique, les employés de la Cité du Vatican, etc. Ses recettes sont multiples. Ses dépenses, opaques. Au Vatican, en général, on ne révèle pas le montant d’un don ou d’un legs, et on reste discret sur l’attribution d’une aide à tel ou tel diocèse du tiers-monde. Quelles sommes la banque gère-t-elle exactement ? Personne ne le sait. Pas même son président, Mgr Paul Marcinkus.

Marcinkus ! Le nom fait le tour des rédactions du monde entier. Interrogé sur ces mystérieux engagements, celui qu’on va surnommer le « banquier de Dieu » déclare que ces étranges sociétés étaient des garanties imaginées par Roberto Calvi en échange de grosses sommes prêtées par le Vatican à l’Ambrosiano. Pour monter ces dix établissements, Calvi avait aussi emprunté 600 millions de dollars à des banques étrangères – qui réclament désormais leur argent – en demandant à Mgr Marcinkus de signer des lettres assurant que le Vatican contrôlait bien ces dix sociétés. La signature d’un des plus proches collaborateurs du pape est évidemment un gage de confiance comme il en est peu : quand le Saint-Siège se porte garant d’une créance, comment douter de sa solidité ?

L’implication de l’IOR dans cet imbroglio ne fait aucun doute. Sans attendre, le cardinal Agostino Casaroli, secrétaire d’Etat, mène alors des négociations visant à dégager au maximum la responsabilité de l’Eglise. Rien ne filtre des premières conversations qui débrouillent péniblement l’écheveau de cette intrigue aux multiples ramifications. Après de rugueux échanges avec les avocats des banques créditrices, Casaroli accepte de les dédommager à hauteur de 244 millions de dollars, à la condition que ce règlement soit définitif et qu’il n’implique aucunement la culpabilité du Vatican. Toute la stratégie du Saint-Siège est là : minimiser son rôle dans le scandale, payer ses dettes au mieux de ses intérêts, et retrouver sa crédibilité morale. Vaste programme.

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