Les assistantes maternelles

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Ce livre est consacré aux assistantes maternelles qui ont vécu une véritable métamorphose de leur métier. Bien loin des "nounous", elles sont devenues des professionnelles de l'enfance, ayant pour mission l'éducation autant que la garde. Comment s'y prennent-elles, quels savoirs développent-elles, comment s'articulent-elles au quotidien avec les parents? Comment négocient-elles les valeurs, les apprentissages à inculquer à l'enfant? En un mot: comment éduquent-elles?
Publié le : lundi 1 mai 2006
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EAN13 : 9782336282701
Nombre de pages : 196
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Avant-propos
En 2003, nous faisions paraître un livre intitulé Assistantes maternelles, qui êtes-vous ? dressant un premier état d’une profession mal connue et surtout en mutation. À cette date, deux corps de métier se trouvaient confondus sous le vocable « assistante maternelle » : les assistantes maternelles dites « à titre non permanent » (appelées aussi « à la journée ») et les assistantes maternelles « à titre permanent » (plus communément nommées « familles d’accueil »). La loi de 2005 clarifie et dissocie les fonctions. Assistantes maternelles et assistantes familiales constituent désormais deux corps de métier distincts justifiant une réécriture de ce livre. Le présent ouvrage est exclusivement consacré aux assistantes maternelles. Si certaines réflexions du premier ouvrage sont partiellement reprises ou modifiées, ce livre ouvre à de nouveaux chapitres intégrant la nouvelle loi, les décrets, les conséquences et les spécificités du métier d’assistante maternelle, notamment dans l’éducation des enfants. La loi de 2005 situe clairement les assistantes maternelles dans le champ éducatif, ce qui suppose la reconnaissance de nouvelles compétences mais aussi leur évaluation. L’agrément, comme la formation doivent désormais tenir compte de ces nouvelles exigences. La question de la communication entre les assistantes maternelles et les parents est également au cœur de cet 9

ouvrage et a fait l’objet d’une nouvelle recherche. Ce livre retrace les aspirations, les craintes, les hésitations, de tous les acteurs concernés. Il offre un nouveau regard sur une profession qui n’a pas fini de nous surprendre dans ses métamorphoses.

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Introduction
« En un siècle, une question qui ne se posait pas – comment faire garder ses enfants ? – est devenue une préoccupation de premier plan pour la majorité des familles sur une période plus ou moins longue. On le doit à la quasi-disparition de la paysannerie, au recul du petit commerce et du travail à domicile, au développement accéléré des métiers du tertiaire et donc de l’emploi féminin, à une séparation plus stricte des générations d’adultes et à l’affirmation par une majorité de femmes de leur volonté de poursuivre leur activité professionnelle pendant la période de constitution de leur famille». (Leprince. 2003). En faisant ce constat, Frédérique Leprince pose l’urgence du problème, celui de l’accueil des enfants, dans un pays qui se plaint régulièrement de la faiblesse de sa natalité et souhaite impulser la naissance du troisième enfant. Fin 2001, on dénombrait 2 270 000 enfants de moins de 3 ans, dont 260 000 scolarisés, environ 1 000 000 gardés principalement par un de leurs parents et de l’ordre de 1 000 000 qui ont besoin d’une solution d’accueil. Dans ce dernier groupe, 240 000 enfants sont accueillis en crèche, 460 000 par une assistante maternelle et 30 000 sont gardés à leur domicile par une employée de maison. Si l’on totalise ces chiffres, on remarque que 280 000 enfants se situent ainsi hors du système d’accueil aidé : les trois quarts seraient gardés par un membre de la famille, les grands-parents étant ici largement mis à 11

contribution et un quart par une autre personne notamment dans le cadre d’une garde « au noir ». Par ailleurs, une partie des 2 160 000 enfants de 3 à 6 ans ont besoin, pour une durée hebdomadaire plus courte, d’une solution d’accueil en complément de l’école. 260 000 sont pris en charge par une assistante maternelle, 280 000 fréquentent un centre de loisirs sans hébergement et 50 000 sont gardés à domicile par une employée de maison. Au vu de ces simples chiffres, nous mesurons mieux l’ampleur des besoins. Trouver pour son enfant un mode d’accueil n’est jamais simple, tant sur le plan quantitatif, que qualitatif. Entre le choix de la crèche, de la garde à domicile, de l’assistante maternelle, voire de la crèche d’entreprise (15 000 places concentrées en Ile-de- France, et majoritairement dans les hôpitaux et les entreprises publiques), les solutions peuvent sembler multiples. Mais cette variété n’est qu’apparente. Les disparités territoriales sont massives car les crèches sont concentrées dans les grandes villes. L’intercommunalité progresse lentement, mais le clivage entre milieu urbain et milieu rural ne s’atténue pas. Les haltes-garderies offrent 71 000 places et accueillent 360 000 enfants. Le multi-accueil est pratiqué dans les crèches collectives et les haltes-garderies, mais principalement en province. Selon le lieu d’habitation, l’offre d’accueil se fera rare ou accessible, rarement pléthorique. Avoir un enfant, c’est d’emblée entrer dans un système de choix complexe, souvent plus contraint que choisi. Pour les parents, tous les lieux ne se valent pas et la frustration est parfois d’emblée au rendezvous. Si nous analysons la question du choix à l’aide du sondage Infosbébés-infocrèches lancé en mars 2000 auprès de 16 162 lectrices, nous constatons un constant décalage entre le souhait des parents et les pratiques qu’ils sont contraints d’adopter :

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– 43 % des parents ont recours à un mode de garde qu’ils ne considèrent pas comme le plus satisfaisant ; – 21 % des parents estiment que la crèche collective est le mode d’accueil le plus satisfaisant mais 13 % seulement peuvent y avoir recours ; – 10 % estiment que le mode de garde le plus satisfaisant serait la garde à domicile mais seulement 3 % peuvent la mettre en place en raison de son coût financier ; – 14 % des parents ont dû avoir recours à une nourrice non agréée, alors que seulement 2 % jugent ce mode de garde convenable ; – enfin, si en 1988, 27 % des parents estimaient que la garde par les grands-parents était le mode de garde à privilégier, ils ne sont plus que 19 % en 2000 à le penser, les assistantes maternelles ou les crèches collectives étant désormais préférées. On le voit, par ces chiffres, il n’est pas simple de trouver un mode d’accueil pour son enfant, et c’est souvent à regret que les parents confient celui-ci. Le déficit en assistantes maternelles est criant, presque tous les départements se plaignent d’un manque à ce sujet. 24 % des départements français parlent de « déficit aigu » en assistantes maternelles, 61 % de « déficit modéré ». La situation n’est équilibrée que pour 15 % des départements qui ont répondu en 2000 à notre étude nationale, demandée par le ministère de la Famille. Il y a donc un avenir pour ce métier, des offres possibles, et pourtant le métier n’attire plus comme autrefois. Se pose aujourd’hui un problème crucial de recrutement et un problème de renouvellement des futurs départs en retraite. En effet, le profil des assistantes maternelles enregistre comme pour d’autres professions un vieillissement des effectifs : les assistantes maternelles en exercice ont en moyenne pour la moitié d’entre elles 44 ans, 15 % ont entre 50 et 54 ans et une sur dix a au moins 55 ans. Les assistantes maternelles 13

de moins de trente ans restent peu nombreuses, moins de 5 % de la population. Demain, nous manquerons d’assistantes maternelles, c’est une évidence, si rien n’est fait pour mieux faire connaître ce métier d’utilité publique et le rendre attractif. Ce livre retrace le parcours d’un métier qui, malgré son grand âge, n’a toujours pas acquis ses lettres de noblesse. La fonction d’assistante maternelle est tour à tour considérée comme une extension de la fonction maternelle, comme une position de repli sur la sphère domestique, comme un itinéraire souvent ancré dans l’intergénérationnel (faire comme sa propre mère), comme la résultante d’un « destin social » lié à une interruption précoce de la scolarité, comme un « travail qui n’en serait pas un » tant il serait proche d’une vocation. Les prénotions ont la vie dure. Méfions-nous de ces images trompeuses qui figent le temps. Dans le monde des assistantes maternelles, la révolution a bien eu lieu, même si elle s’est faite lentement et à bas bruits. Les « nounous » d’aujourd’hui ne sont pas les clones de celles d’hier. Les parents de notre siècle n’en attendent pas les mêmes services, et les enfants n’occupent plus la même place qu’autrefois dans notre société. Les conceptions de l’enfance ont bougé et avec elles les femmes qui au quotidien les mettent en œuvre. Le temps est non seulement venu de faire une synthèse de ces évolutions mais aussi de lever le voile sur ce curieux métier situé, et c’est bien son problème, au cœur du domestique. Ouvrir la porte sur ce métier, c’est entrer dans l’univers de l’enfant, de ses besoins, c’est pénétrer dans le dédale des théories qui prévalent sur l’éducation, comme autant d’attentes envers celles qui chaque jour accompagnent les premiers pas vers la socialisation. 14

1 La garde des enfants, une éternelle affaire de femmes

Pour comprendre l’essor remarquable de ce métier, longtemps banalisé, voire méprisé, un détour par l’histoire sera nécessaire. Le métier d’assistante maternelle trouve son origine dans l’Antiquité, c’est dire sa persistance, son ancienneté mais aussi son évolution. Si élever et garder les enfants a toujours été une affaire de femmes, la fonction a subi au cours des siècles bien des remaniements. Entre grandeur et décadence, reconnaissance et marginalisation, joies et malheurs, exploitation et valorisation, le métier fluctue au gré de la place faite à l’enfant dans notre société. Enfant et « nounou » ont partie liée, pour le meilleur et pour le pire. Du sort du premier dépend la place de la seconde. Une place toujours ambiguë, toujours remise en question, alternant les périodes favorables et les régressions. C’est de cette histoire mouvementée dont témoigne ce premier chapitre. Aux origines du métier jusqu’aux années 1900 Garder des enfants, les élever, c’est principalement dans un premier temps les nourrir. Notre siècle a oublié cette dimension nourricière, sauf peut-être dans la 15

terminologie « nounou » qui reste profondément ancrée dans le langage et dans les mentalités. La nourrice est celle qui nourrit (du latin nutrire), celle qui donne du lait goutte à goutte (en sanscrit snauti), d’où l’importance de sa morphologie lors de la sélection des candidatures. Yvonne Knibielher (2003) note que « les mères mythiques de l’Antiquité allaitaient presque toutes ». Héra, épouse de Zeus, Clytemnestre, Hécube, Jocaste, Andromaque, toutes ont donné le sein à leurs fils. Au-delà des mythes, l’auteur remarque toutefois que la « pratique des mères ordinaires dans l’Antiquité se révèle ambiguë. La distinction entre les femmes grecques et les femmes romaines s’impose. Les grandes dames grecques se bornent souvent à donner le sein ; tous les autres soins maternels relèvent le plus souvent d’une servante ou d’une esclave… À la différence des Grecques, les Romaines ne donnaient même pas le sein. Une nourrice, presque toujours esclave, était chargée de l’allaitement». Il semble que les Romains se soient méfiés de l’intimité que fait naître l’allaitement entre la mère et l’enfant. Le garçon surtout, devait être protégé de la tendresse maternelle, supposée amollissante. Une Romaine avait donc très peu de chances d’allaiter son fils, à la fois pour des raisons esthétiques mais aussi parce que la responsabilité de cette décision concernait tout autant le père qu’elle-même. Pour remédier à cet état de « carence », l’Antiquité se préoccupe très vite de fixer les critères de choix d’une bonne nourrice. « Les qualités stéréotypées de celle-ci peuvent être classées sous trois rubriques : la première regroupe la provenance, l’état civil, l’âge et son expérience, la deuxième se base sur l’aspect extérieur, la beauté et les apparences de sa santé et enfin, la troisième sur son caractère ». La nourrice de l’époque aura entre 20 et 40 ans et sera mère de deux ou trois enfants, afin que 16

l’on puisse avoir l’assurance de sa santé, de son expérience, de son dévouement. Elle sera sensible et vigilante, paisible, ni superstitieuse ni mystique. Le régime de vie qui lui est imposé la place entièrement au service du bébé. « Ainsi, pour sa propre alimentation, elle tiendra compte non de son appétit personnel mais de l’âge de l’enfant ; si celui-ci est malade, c’est elle qui avalera des médicaments ; elle se soumettra à divers exercices pour faire bouger ses seins et les renforcer : jeux de balle, maniement d’haltères ou d’aviron ; dans les milieux modestes, elle pourra puiser de l’eau, piler et moudre du grain, ou faire le lit. Jamais elle ne préférera son bien-être personnel à celui de l’enfant».

Le choix de la nourrice. La mère presse le sein pour vérifier la qualité du lait. Aldebrandin de Sienne, régime de santé, France, fin du XIIIe siècle. Paris BNF département des manuscrits français.

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