Les Auberges du coeur

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Ce livre est un témoignage touchant sur cet art de raccrocher les jeunes qu’ont développé les Auberges du coeur depuis 25 ans. La journaliste Ariane Émond a visité les 29 auberges du coeur disséminées dans dix régions du Québec. Elle a rencontré des centaines de résidents (nouveaux et anciens), ados ou jeunes adultes, gars et filles coincés dans une existence oppressante, mais aussi des dizaines d’intervenants qui se sont donné la mission de ne pas les laisser tomber. Illuminé par les photos de Dominique Lafond, l’ouvrage décrit les parcours chaotiques de jeunes désemparés et les stratégies originales pour les accueillir, les remobiliser, leur redonner confiance en eux et en leur collectivité. Avec sensibilité, textes et photos témoignent du quotidien des Auberges du coeur, des traversées de jeunes qui inspirent par leur courage de l’engagement de celles et ceux qui s’investissent corps et âme pour les guides, les réconforter et leur permettre de prendre leur envol.
Publié le : mardi 9 octobre 2012
Lecture(s) : 19
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895798941
Nombre de pages : 132
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-L s A reLes Auberges du cœur accueillent chaque année 3 000 jeunes déboussolés, de tous les
-milieux, de tous les coins du Québec, qui n’ont, à un moment de leur vie, nulle part où aller.
-Ils sont rattrapés dans leur dérive par ce remarquable réseau de maisons d’hébergement A Ae É d est journaliste indépendante et
animatrice. Elle a notamment collaboré au journal Le Devoir, communautaires. Ce livre met en lumière et raconte autant ceux et celles qui aident que ceux Les Auberges du cŒur
à La Gazette des femmes, à Radio-Canada (radio et télé- et celles qui sont aidés.
vision) et à Télé-Québec. Cofondatrice du magazine
féministe d’actualité La Vie en rose (1980-1987), elle L’Art de r Accrocher Les jeunes a contribué au Hors Série 2005 (Éditions du remue- Attardez-vous sur leurs visages, leurs gestes, leurs regards. Ils traduisent tantôt de la ferté,
ménage) de cette mythique publication. Auteure --tantôt de l’apaisement, du plaisir aussi. Souvent, Dominique Lafond et moi nous sommes dit de l’ouvrage Les Ponts d’Ariane (VLB) et coauteure
de Éloges (éditions du passage) avec la photographe qu’il était difcile de percevoir, derrière ces jeunes regards pétillants, combien leur vie était es : A i A ne nd
Martine Doucet, elle a également participé à plu-Ph o gr AP ie : do mi ni L A f ndsemée d’embûches. Évidemment. Ils ne sont pas que des écorchés, ils sont la force de ce qu’ils
sieurs documentaires québécois. Son intérêt pour les
portent en eux. -- A A e questions sociales, politiques et culturelles traverse son
engagement professionnel. Depuis plusieurs années,
-- elle anime de nombreux colloques et débats publics sur
des enjeux de société. Connue pour sa plume sensible,
son travail en journalisme et au cinéma a été salué
par plusieurs prix. Elle est marraine de la fondation
60 millions de flles qui soutient l’éducation des flles
dans les pays en développement.
Diplômée en photographie, en études
cinématographiques et en design graphique, mini L A nd
pointe sa lentille observatrice sur à peu près tout,
depuis six ans. Fidèle collaboratrice à plusieurs
magazines dont Plaisirs de vivre, Bon Appétit et Ricardo,
elle compte parmi ses plus récentes réalisations les
-- livres Soupesoup (Flammarion Québec), Garde-Manger
de Chuck Hughes (Les Éditions La Presse) et Sacré
Dépanneur! (Héliotrope). Instigatrice des expositions « Ce livre veut illustrer la
collectives « Plan large » présentées dans le cadre des
Rendez-vous du cinéma québécois en 2011 et 2012, elle qualité de la rencontre
est reconnue pour ses photos de reportage intimistes
et pour le naturel de ses portraits. Son travail s’est entre les Auberges du
illustré aux Grands prix des magazines du Québec ainsi
qu’aux concours Lux et Applied Arts.cœur et les jeunes en
grande difculté qui
frappent à leurs portes.
Il veut parler de ce
fl tendu en même
temps que la main.
De la graine semée
qui fnit par germer. »
A A e é
Extrait de la publication
ADC_couvertures_COR_FR.indd 1 12-09-06 09:09
eutsersreiuunmnoonbéundioreomequnqdsrhroctconmeéerntmxnetdinioufeefunqhosdureigesndmcmrouo
L A Œ r : L’A t d e r A oc r L s j A iA e é d e t do e L A128
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 128 12-08-21 6:18 PM
-« Moi, j’aimerais devenir prof de mathématiques. C’est une
prof qui m’a passé sa passion, au primaire. Actuellement,
je termine mon français de secondaire 4 et mes maths
de sec 5 aux cours pour adultes. Je travaille de nuit chez
MacDo. J’ai eu pas mal d’embûches dans ma vie, comme
le suicide de ma mère, il y a trois ans. Un vrai cauchemar. 1
Je vis avec ça et la colère qui vient avec, des fois. J’espère
accomplir quelque chose de bien dans ma vie. »
A n d r e w d o r é S AvA r d , 17 A n S , r é S id e n t, A pp A rte m e nt S u pe rv i S é B A il- B y e , A u B e r g e l e B A l u c h o n , S A i n t- h yA c in t he
ADC_final_COR.indd 1 12-08-21 6:14 PM2
ADC_final_COR.indd 2 12-08-21 6:14 PM3
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 3 12-08-21 6:14 PMCet ouvrage est une initiative du Regroupement des Auberges du cœur du Québec (RACQ)
eà l’occasion de son 25 anniversaire.
Sous la coordination d'Ariane Émond
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
et Bibliothèque et Archives Canada
Émond, Ariane
L'art de raccrocher les
jeunes !
-ISBN 978-2-89579-503-2
1. Maisons d'hébergement pour jeunes - Québec (Province).
2. Jeunes difficiles - Intégration - Québec (Province).
3. Maisons d'hébergement pour jeunes - Québec (Province) - Ouvrages illustrés.
I. Lafond, Dominique, 1978- . II. Regroupement des Auberges du cœur. III. Titre.
HV1441.C32Q8 2012 362.74'8509714 C2012-941464-6
-Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2012
Bibliothèque et Archives Canada, 2012
Direction éditoriale : Yvon Métras
Photographies : Dominique Lafond
Conception graphique : Catherine Gravel
Textes : Ariane Émond
Révision linguistique : Hélène Larue
© Bayard Canada Livres inc. 2012
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du
Fonds du livre du Canada (FLC) pour des activités de développement de notre entreprise.
Bayard Canada Livres inc. remercie le Conseil des Arts du Canada du soutien accordé
à son programme d’édition dans le cadre du Programme des subventions globales aux éditeurs.
Cet ouvrage a été publié avec le soutien de la SODEC. Gouvernement du Québec –
Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.
Bayard Canada Livres
4475, rue Frontenac, Montréal (Québec) H2H 2S2
Téléphone : 514 844-2111 ou 1 866 844-2111
edition@bayardcanada.com
bayardlivres.ca
Imprimé au Canada
978-2-89579-894-1
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 4 12-08-21 6:14 PM
-leS AuBergeS du cŒur
l’Art de rAccrocher leS
jeuneS
-t e xt eS : A riA ne émond
p ho togr Aphie S : do minique l A f ond
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 5 12-08-21 6:14 PMExtrait de la publication
ADC_final_COR.indd 6 12-08-21 6:14 PMtABle deS
mAtièreS
-8 Préface / Cette ville bienveillante
01 p l ongé e A u c Œ ur de S A u Be r ge S
13 Le fil d’Ariane
18Bien plus que donner refuge
02 pA nor A m A
26 Introduction
28La Source-Soleil
30Service d’hébergement St-Denis
34 L’Envolée
36L’Auberge communautaire du Sud-Ouest
38Le Transit
42 Le Tournant
44Espace vivant Living Room,
46Maison Roland-Gauvreau
48 La Maison Tangente
50Maison Richelieu Hébergement Jeunesse Sainte-Foy
52Accueil Jeunesse-Lanaudière 7
56 L’Antre-Temps
58Ressources Jeunesse de Saint-Laurent
60Tandem-Jeunesse
64 Le Baluchon
66Gîte Jeunesse
68L’Escalier
70 Chaumière Jeunesse Rawdon
74Maison Marie-Frédéric
76Auberge Sous mon toit
78 L’ADOberge Chaudière-Appalaches
80L’Avenue Hébergement communautaire
82Appart Adojeune
84 Maison Habit-Action
86Héberge-Ados
88Le Diapason
90 Maison Raymond-Roy
94Foyer des jeunes travailleurs et travailleuses de Montréal
96L’Élan des jeunes
0 3 A p r è S e t A u t o ur
100 Ces jeunes qui prennent leur envol
103Ces gens qui tendent la main aux Auberges
0 4 A dop t e r l e S A u Be r ge S d u c Πur
110 Principe d’espérance
115Liste des Auberges par région et coordonnées
124 Remerciements
ADC_final_COR.indd 7 12-08-21 6:14 PM


-« Certains sont arrivés à l’Auberge du cœur
avec un bagage de soufrances innommables
tandis que d’autres avaient vogué de
malchances en mauvaises décisions […]. »
r é m i f r AS e r , d ir e c t e u r g é n é r A l d u r e gr o up e m e n t de S A u B e r ge S d u c Œ u r d u q ué B ec
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 8 12-08-21 6:14 PMcette ville
BienveillAnte
-Imaginez une ville de bonne taille, environ 60 000 habitants, où tous partagent un secret qui rend
chacun meilleur. Meilleure mère ou meilleur père, meilleure f lle ou meilleur f ls, ou frère ou sœur,
ou citoyen ou voisin, meilleur travailleur ou meilleur d’un peu tout cela. Imaginez le plaisir d’y vivre
et de partager ce secret.
Cette ville n’existe pas… Et pourtant. Depuis plus de 25 ans, quelque 60 000 jeunes f lles et garçons,
âgés de 12 à 30 ans, sont devenus « un peu beaucoup » meilleurs après un séjour dans une Auberge
du cœur. Ils venaient de tous les horizons, le plus souvent de milieux pauvres, mais pas seulement,
9ou de familles en dif culté, mais pas toujours. Certains sont arrivés avec un bagage de souf rances
innommables tandis que d’autres avaient vogué de malchances en mauvaises décisions, pour f
nalement se retrouver devant un avenir qui semblait ne pas vouloir d’eux.
Tous et toutes avaient un même secret : la volonté d’aller au-delà de leur condition. Et avaient choisi
la même voie pour y arriver : une Auberge du cœur.
Les Auberges tablent d’abord et avant tout sur cette volonté de chaque jeune, sur ses forces. Elles
respectent son jugement, son rythme, son histoire. Elles lui of rent un milieu de vie où il peut créer
des liens, lui qui, le plus souvent, avait rompu toutes ses af liations. Il y trouve un soutien
personnalisé pour développer les capacités et compétences nécessaires pour poursuivre sa route, autrement.
Chaque Auberge du cœur est un organisme communautaire bien ancré dans son environnement.
Elle fait le pont entre le jeune et les organisations du milieu pour l’aide à l’emploi ou pour régler des
problèmes personnels.
L’Auberge rend meilleurs celles et ceux qui y résident un temps en rendant meilleure leur vie
immédiate, voire un peu la société toute entière.
Ariane Émond et Dominique Lafond sont allées à la découverte de cette ville singulière. Et vous
savez quoi ? Elles l’ont trouvée dans le cœur de chaque personne qui y habite ou qui y a séjourné
un temps. C’est d’expérience qu’elles vous en parlent : de toute évidence, cette ville, elles la portent
maintenant en elles.
r é m i f r A S e r , d ir e c t e u r g é n é r A l d u r e g r o u p e m e n t d e S A u B e r g e S d u c Œ u r d u q u é B e c
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 9 12-08-21 6:14 PM
-« Derrière les airs baveux et les coups
de gueule, n’y a-t-il pas un vide abyssal,
une soif inextinguible d’être reconnu,
accepté, accueilli tel que l’on est, le désir
insondable du home, d’être chez soi quelque
part ? Mais pour être chez soi quelque part,
il faut d’abord être chez soi en soi. »
mA r c S t- l o ui S , d ir e c t e u r , mA i S o n hAB i t-A c t i o n , d r u mm o nd v i l l e
p ré S id e n t d u r e gr o up e m e n t de S A u B e r ge S d u c Œ ur
10
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 10 12-08-21 6:14 PM01
plongée Au cŒur deS AuBergeS
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 11 12-08-21 6:14 PM12
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 12 12-08-21 6:14 PMle fil
d’AriAne
-Nulle part où aller. À 16 ou à 21 ans. Souvent plus jeune encore. Ne plus savoir à
quelle porte frapper pour s’abriter et fuir les dangers de la rue quand on a brûlé
tous ses ponts. Quoi faire pour parler à un autre humain ? Pour trouver à se
nourrir, à prendre une pause ? Pour crier que rien ne va plus ? Qu’on va exploser
sous la peine, sous la honte, sous l’impuissance, là, maintenant ?
À qui ces jeunes peuvent-ils dire combien ils l’haïssent, cette chienne de vie
dont ils ont hérité ? Beaucoup ne pensent qu’à s’engourdir ou pire, à s’endormir
pour longtemps.
Au moment où vous lisez ces lignes, ils sont des milliers à ne pas savoir ce qui
va leur arriver. Des nomades en grande dif culté. Sans moyens, sans contacts,
sans refuge en vue. En situation d’itinérance parfois. Itinérance camouf ée
– à squatter les divans de leurs proches quelques jours – ou of cielle, dans la
rue. À craindre le pire : débouler encore plus bas.
J’ignorais qu’il y avait autant de jeunes en proie à une telle détresse. Autant qui
vivent un stress aussi élevé et dont la santé, physique et mentale, est à ce point
en lambeaux. Je connaissais les grandes lignes de cette réalité, mais sans me
douter qu’elle accablait un si grand nombre de mes jeunes concitoyens. Dans
les milieux ruraux, les banlieues, les petites villes comme les plus grandes.
Partout sur le territoire québécois. Pas qu’à Montréal, pas du tout ! Un phénomène
d’une ampleur insoupçonnée et inquiétante. Aux impacts ravageurs.
Des gars, des f lles, des ados de 12 à 17 ans. Oui, 12 ans… Des milliers de jeunes
adultes de moins de 30 ans. Plus de gars que de f lles.
J’en ai croisé des centaines depuis février 2012. À Victoriaville comme à Québec,
à Joliette comme à Sherbrooke ou Montréal. Ils résidaient, ou restaient connectés,
à l’une ou l’autre des 29 Auberges du cœur égrenées dans 10 régions du Québec.
Leur abri au bout de la route. Leur planche de salut pour quelques mois. Parfois
leur port d’attache pour plus longtemps.
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 13 12-08-21 6:14 PMle S A B A nd o nné S
Ces jeunes errants, les Auberges du cœur en refusent énormément. Faute de
places, de ressources adaptées. Pour cause de problématiques trop lourdes.
Prenons un exemple : sur la Rive-Sud de Québec, l’ADOberge a accueilli 119 ados
l’an dernier et en a refusé 228. À Victoriaville et à Drummondville, on dénombre
environ 80 séjours pour presque autant de refus. À Montréal, qui abrite huit
Auberges du cœur, les statistiques font frissonner. Pour 105 jeunes hébergés à
l’Auberge Le Tournant, on en a refusé 530 l’an dernier ! Des chifres conserva -
teurs au dire d’Isabelle Renaud, coordonnatrice à l’intervention. « Nous
n’arrivons pas à compter tous les refus. Je crois qu’on pourrait doubler le chifre…
C’est la pointe de l’iceberg. »
Mon premier constat : globalement, la situation des jeunes ne s’améliore pas.
Les efets combinés des désastres familiaux, du décrochage scolaire et de la
toxicomanie sont afolants. Je vous laisse additionner les séquelles de la
pauvreté et des problèmes de santé mentale. Les leurs, mais souvent celles de leur
famille. Depuis quelques années, la clientèle des Auberges du cœur se divers-i
fe. Sans avoir de statistiques précises, on sait que ces jeunes désemparés
proviennent de plus en plus de la classe moyenne ou plus aisée. De plus en plus
14 des communautés culturelles, aussi.
Tous ces jeunes encaissent, résistent comme ils le peuvent et cultivent le déni :
ils ne reconnaissent pas la gravité de leur vie de précarité. Ils ont besoin
d’accompagnement. Ils ont besoin d’adultes solides, en chair et en os, à leurs côtés.
Pour un temps, pour les aider à prendre le virage.
le S r e S c A pé S
Bon an, mal an, le réseau des Auberges du cœur rattrape environ 3 000 de ces
jeunes sans repères. Ce n’est pas rien ! C’est même impressionnant. Un grand
département des miracles ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, à longueur
d'année.
Trois mille qui, sans être des miraculés (je blague), disent souvent qu’ils ont
été sauvés, transformés par leur Auberge. Pas toujours la première fois, ni
la deuxième. Mais sans trop qu’on ne sache comment, un jour le déclic se
produit. Tout à coup, le papillon sort de la chrysalide, tout fripé. Et fnit par
prendre son envol.
Trois mille jeunes par année, dans dix régions du Québec, à qui les équipes
d’intervenants feront faire un petit bout de chemin ou une plus longue
enjambée. Parfois des pas de géant. À qui ils redonneront espoir et confance.
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 14 12-08-21 6:14 PMEn eux d’abord, en d’autres ensuite avec qui ils auront partagé des moments
de douleur, de solidarité et de chaleur. Avec d’autres aussi mal pris qu’eux et
des adultes signifcatifs, prêts à les accompagner. À leur rythme – c’est là un
élément clé. Étrangement, ce contact d’humain à humain, qui se révèle
absolument éprouvant pour ces cuirassés du sentiment, devient, à un moment donné,
le moteur de leur envol.
Ce livre veut illustrer la qualité de la rencontre entre les Auberges du cœur et
les jeunes en grande difculté qui frappent à leurs portes. Il veut parler de ce
fl tendu en même temps que la main. De la graine semée qui fnit par germer.
le S j A r d in ie r S d e l' e S t im e
Qui sont donc ces personnes qui montent au front? Ce sont des équipes
d’intervenants allumés, des hommes et des femmes du réseau communautaire qui
font un travail de première ligne époustoufant. Psychoéducateurs, travailleurs
sociaux, éducateurs spécialisés, sexologues, voire sociologues et philosophes...
De jeunes professionnels et des plus âgés, côte à côte.
Vous entendrez leur voix et leurs réfexions dans ces pages. J’ai beaucoup
appris d’eux. Ils ont toute ma gratitude. Des personnes « de terrain », comme on
dit, plus de femmes que d’hommes au total – ce n’est pas vraiment surprenant.
j A v ie r r o j AS
i S AB e l l e r e n A ud
ADC_final_COR.indd 15 12-08-21 6:14 PMTout au long de mes pérégrinations avec la photographe Dominique Lafond,
ma complice entre février et juin 2012, c’est ce qui m’a touchée : l’impression
forte que ces « jardiniers de l’estime », que sont au premier chef les interv-e
nants, ont fait le pari de ne pas désespérer de cette jeunesse abîmée. Bien au
contraire. Ils s’organisent plutôt pour qu’elle découvre ses forces, enterre son
désespoir et retrouve l’ardeur de vivre.
Chaque jour apporte son lot de défis aux travailleurs et travailleuses des
Auberges. Les situations complexes auxquelles les jeunes font face pèsent
sur leur capacité d’intervenir. Ils sont fatigués, bien sûr, pas très bien
payés non plus pour la tâche colossale qu’ils abattent. Mais ils demeurent
encore et toujours prêts à repousser leurs limites en faveur de leurs
protégés. Les Auberges du cœur et leurs équipes, il faudrait le claironner, font
leur boulot avec un sens de l’engagement et une créativité qui a de quoi
émouvoir.
Il y a des risques qu’on cherche à réduire mon propos à un discours
missionnaire, légèrement complaisant. Épargnez-moi cela. Ce qui se passe dans ces
maisons d’hébergement communautaires, qu’on appelle des « milieux de vie »
parce qu’ils en sont, mérite d’être révélé, divulgué largement. Et j’ajoute que
16 nous devrions en être très fers, collectivement.
l'A r t d e r e c o u d r e l e S l ie n S
Les Auberges du cœur ne font, ne peuvent faire cavalier seul dans cette cro-i
sade contre la pauvreté, l’abandon parental et le décrochage social des jeunes.
Elles ont bâti des ponts avec d’autres réseaux communautaires et bon nombre
d’instances gouvernementales pour que tous s’épaulent.
Or l’expertise des Auberges du cœur n’est pas reconnue à sa juste part. Voilà
mon deuxième constat.
C’est un éclairage sur l’art méconnu de recoudre le lien social que je souhaite
projeter dans ce livre aux allures d’album de photos. J’espère que cet ouvrage
touchera toutes les personnes convaincues qu’il est grand temps de s’attarder
à ce cri du cœur d’une jeunesse meurtrie et tout de même terriblement
résiliente. Une jeunesse qui a soif de respect et de dignité.
Les gars et les jeunes flles qui se présentent de leur plein gré à la porte des
Auberges sont bien mal enlignés ; s’ils sont mineurs, le parent ou l’autorité
responsable doit donner son aval. En y entrant, ces estropiés de l’âme acceptent
d’envisager d’autres horizons, d’être accompagnés pour refaire le point et re -
prendre confance, en eux.
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 16 12-08-21 6:14 PMc in t hi A l A ch A ri t é
d o m in i q u e B e A udr y
Les premières Auberges ont démarré à Granby et à Montréal dans les années
1970. La petite dernière est apparue il y a un an, à Châteauguay.
Elles ont développé une philosophie du lien que vous découvrirez ici, plutôt
que cette philosophie du bien qui caractérise les projets philanthropiques. Dans
leur jargon, on parle d’afliation sociale. En réponse à la rupture, à la cassure
et au repli, elles ofrent le fl qui connecte aux autres – c’est dans ce sens qu’on
parle ici d’afliation.
Les Auberges du cœur sont des lieux de passage, des lieux de fcelage de liens
sociaux pour beaucoup de jeunes déboussolés qui n’ont, à un moment de leur
vie, nulle part où aller. Ils sont rattrapés dans leur dérive par ce réseau de
maisons d’hébergement qui, sans relâche, est prêt à les accueillir et à les écouter.
Sans jugement. Sans qu’ils deviennent un numéro ou un dossier. Sans qu’on ait
la certitude, non plus, que cette fois sera la bonne. C’est précisément ça, « l’art
de raccrocher les jeunes ». À travers mille manières de tisser les multiples petits
fls éméchés, on fabrique une fbre, un nouveau cordage, un peu plus solide. Un
lien qui relie à soi, aux autres et au monde.
Extrait de la publication
ADC_final_COR.indd 17 12-08-21 6:14 PM
-L s A reLes Auberges du cœur accueillent chaque année 3 000 jeunes déboussolés, de tous les
-milieux, de tous les coins du Québec, qui n’ont, à un moment de leur vie, nulle part où aller.
-Ils sont rattrapés dans leur dérive par ce remarquable réseau de maisons d’hébergement A Ae É d est journaliste indépendante et
animatrice. Elle a notamment collaboré au journal Le Devoir, communautaires. Ce livre met en lumière et raconte autant ceux et celles qui aident que ceux Les Auberges du cŒur
à La Gazette des femmes, à Radio-Canada (radio et télé- et celles qui sont aidés.
vision) et à Télé-Québec. Cofondatrice du magazine
féministe d’actualité La Vie en rose (1980-1987), elle L’Art de r Accrocher Les jeunes a contribué au Hors Série 2005 (Éditions du remue- Attardez-vous sur leurs visages, leurs gestes, leurs regards. Ils traduisent tantôt de la ferté,
ménage) de cette mythique publication. Auteure --tantôt de l’apaisement, du plaisir aussi. Souvent, Dominique Lafond et moi nous sommes dit de l’ouvrage Les Ponts d’Ariane (VLB) et coauteure
de Éloges (éditions du passage) avec la photographe qu’il était difcile de percevoir, derrière ces jeunes regards pétillants, combien leur vie était es : A i A ne nd
Martine Doucet, elle a également participé à plu-Ph o gr AP ie : do mi ni L A f ndsemée d’embûches. Évidemment. Ils ne sont pas que des écorchés, ils sont la force de ce qu’ils
sieurs documentaires québécois. Son intérêt pour les
portent en eux. -- A A e questions sociales, politiques et culturelles traverse son
engagement professionnel. Depuis plusieurs années,
-- elle anime de nombreux colloques et débats publics sur
des enjeux de société. Connue pour sa plume sensible,
son travail en journalisme et au cinéma a été salué
par plusieurs prix. Elle est marraine de la fondation
60 millions de flles qui soutient l’éducation des flles
dans les pays en développement.
Diplômée en photographie, en études
cinématographiques et en design graphique, mini L A nd
pointe sa lentille observatrice sur à peu près tout,
depuis six ans. Fidèle collaboratrice à plusieurs
magazines dont Plaisirs de vivre, Bon Appétit et Ricardo,
elle compte parmi ses plus récentes réalisations les
-- livres Soupesoup (Flammarion Québec), Garde-Manger
de Chuck Hughes (Les Éditions La Presse) et Sacré
Dépanneur! (Héliotrope). Instigatrice des expositions « Ce livre veut illustrer la
collectives « Plan large » présentées dans le cadre des
Rendez-vous du cinéma québécois en 2011 et 2012, elle qualité de la rencontre
est reconnue pour ses photos de reportage intimistes
et pour le naturel de ses portraits. Son travail s’est entre les Auberges du
illustré aux Grands prix des magazines du Québec ainsi
qu’aux concours Lux et Applied Arts.cœur et les jeunes en
grande difculté qui
frappent à leurs portes.
Il veut parler de ce
fl tendu en même
temps que la main.
De la graine semée
qui fnit par germer. »
A A e é
Extrait de la publication
ADC_couvertures_COR_FR.indd 1 12-09-06 09:09
eutsersreiuunmnoonbéundioreomequnqdsrhroctconmeéerntmxnetdinioufeefunqhosdureigesndmcmrouo
L A Œ r : L’A t d e r A oc r L s j A iA e é d e t do e L A

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