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Les carambars de la récré !

De
230 pages
Après les frasques et les aventures de libres enfants de Favières, on retrouve dans ce deuxième tome cette fratrie d'enfants farouches, fiers et turbulents, au sein de son école. Ce livre-témoignage se veut aussi comme un hommage fort et souvent émouvant à un couple d'instituteurs, Jean et Simone Beauvier, qui réussirent à faire grandir ces "petites âmes" pour en faire des hommes. Ce Carambars de la récré est aussi un hymne à la vie et à une pédagogie exceptionnelle, celle qui fut initiée par un pédagogue hors du commun, Célestin Freinet.
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LES CARAMBARS DE LA RECRE !

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Titres parus Volet: Formation N. BLIEZ-SULLEROT et Y. MEVEL, Récits de vie en formation: L'exemple des enseignants, 2004. Jean-Yves ROBIN, Bénédicte de MAUMIGNY-GARBAN et Michel SOËTARD (sous la dir.), Le récit biographique (2 tomes), 2004. Patrick PAUL, Formation de vie et transdisciplinarité, 2003. Myriam HUGON, Les bégaiements du secret, 2003 Fabienne CASTAIGNOS LEBLOND: Le vacarme du silence: la transmission intergénérationnelle des situations extrêmes, 2002. C. NIEWIADOMSKI et G. de VILLIERS, Souci et soin de soi, 2002. Didi VAN DE WIELE, Bâtir sa vie... surtout vers la fin, 2002. Claude CAZENABE, La formation interculturelle: Un projet existentiel de réciprocité, 2002. Maela PAUL, Recommencer à vivre: crise, reprise et rencontre dans la vie professionnelle, 2002. cgL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8263-9 EAN: 9782747582636

Guy-Joseph FELLER

LES CARAMBARS DE LA RECRE

!

Une école de village en Pédagogie Freinet dans les années 60

Préface de François Le Ménahèze

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

De quelques graves pensées sur l'école!
Extraits de la République de Platon

" ... Lorsque les pères s 'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les maîtres tremblent devant les élèves et préjerent lesflatter, lorsque lesjeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus l'autorité de personne au-dessus d'eux, alors c'est le début de la tyrannie... " A.S Neil "Libres enfants de Summerhill"

...

"Nous décidâmes donc ma femme et moi d'avoir une école où nous

accorderions aux élèves la liberté d'expression. Pour cela, il nous fallait renoncer à toute discipline, toute direction, toute suggestion, toute morale préconçue, toute instruction religieuse quelle qu'elle soit..."

M. de Talleyrand-Périgord "Rapport sur l'instruction publique"
... "n faut apprendre à se pénétrer de la morale, qui est le premier besoin de toutes les constitutions. n faut donc non seulement qu'on la grave dans tous les cœurs par la voie du sentiment et de la conscience, mais aussi qu'on l'enseigne comme une science véritable, dont les principes seront démontrés à la raison de tous les hommes, à celle de tous les âges. . . "

L'humoriste
-

Je serai clown!

Et moi instituteur! Et nous ferons rire les enfants! - Et nous leur apprendrons à rire!
-

De la revue Silence (mars 2003) : "nfaut tout un village pour e1everun enfant" (proverbe africain)

AVANT-PROPOS
Uœuvre au bleu

"...C'est une nouvelle gamme des valeurs scolaires que nous voudrions ici nous appliquer à établir, sans autre parti pris que nos préoccupations de recherche de la vérité, à la lumière de l'expérience et du bon sens. Sur la base de ces principes que nous tiendrons pour "invariants fI, donc inattaquables et sûrs, nous voudrions réaliser une sorte de Code pédagogique... " (Célestin Freinet en 1964)

Carambars, bubbles-gums, malabars mistrals gagnants, bois fumants, escargots de réglisse avec la perle, berlingots... les mots chantent sous la plume comme ils fondaient hier dans la bouche. Si la nostalgie guette chaque fois que l'on évoque les verts pâturages de l'enfance, c'est que l'on n'est pas complètement perverti par la logique implacable du virtuel, qu'on a résisté aux ondes de chocs du tout informatique ou qu'on a gardé sous la pédale quelques sentiments ma foi fort honorables. Ce livre au départ portait le joli nom d' "œuvre au bleu", pour bien montrer qu'il y a dans la pratique pédagogique une sorte de transformation de la matière première (ce que les alchimistes appellent la prima matera) en une substance beaucoup plus noble, proche de l'or philosophaI! Le bleu étant pris dans son acceptation d'apprenti (l'arpète !), mais aussi de la mode vestimentaire propre au travail! Le pédagogue (quel vilain mot !) est donc ce magicien qui va réussir à transformer un fort des halles non pas en un fort en thèmes, mais en un être sensible, ouvert aux quatre vents de la connaissance. C'est une expérience que raconte ce livre, celle, en milieu rural, d'une double classe, transcendée par deux instituteurs hors du commun. Un couple,]ean et Simone, proche des milieux Freinet, a réussi dans les années 1960 à sublimer des natures rebelles, petits coqs de village, égoïstes et turbulents, sinon pour en faire des lumières brillant au fronton de l'humanité reconnaissante, mais plus simplement des hommes dignes de ce nom! Leur réussite est exemplaire même si ce livre qui leur est consacré se refuse à être une hagiographie banalisée par un temps passé qui rend tout et tous beaux et gentils.

Dans le débat actuel sur l'école de la République, au milieu d'un malaise profond et qui n'est pas près de s'apaiser, cet ouvrage écrit sous la forme d'un roman de la vie, veut porter témoignage! Oui la sapience a encore du sens; oui la belle sentence reste vraie qui dit que quand une école s'ouvre, c'est une prison que l'on ferme! Oui il faut aimer et défendre l'école et ne pas la traiter en mendiante de la République! Oui, il faut revoir les choix politiques qui ne font plus du budget de l'éducation le premier de la nation. Le livre dessine une ligne continue d'un Présent à se réapproprier à un Futur incertain, en passant par l'Imparfait de l'apprenti, le Passé Simple des premières actions et le Passé (re)Composé de l'homme en devenir. Mais plus que cela... cet ouvrage n'occulte pas les problèmes actuels de l'éducation. TIprend ainsi parfois les allures d'un pamphlet dans le contexte d'une mondialisation néo-libérale qui va et veut gommer toutes les différences. Pourquoi le cacher? L'auteur n'est pas neutre dans cette affaire. TIa été acteur et veut aujourd'hui témoigner. C'est de notre avenir dont il s'agit et de notre propre capacité à surmonter nos difficultés actuelles. Oui le débat est essentieL.. Voilà ma petite et modeste contribution. G.J.F, janvier 2005 Guyjosephfeller@ao1.com

En hommage à nosJean et Simone de nos enfances.

Les carambars 8

de la récré !

PREFACE
par François le Ménahèze.

L'éducation des enfants, des jeunes, et a fortiori l'enseignement, se perpétue à travers les âges à force de principes fort louables. Mais, comme toute action liée à l'être humain, elle ne peut se satisfaire de fondements, programmes, institutions... Elle engage en effet l'avenir d'enfants, la formation de femmes et d'hommes, la construction des citoyens de demain. Depuis des siècles, nombre de "penseurs" ont justement tenté de réfléchir au sens à donner à l'éducation, à l'enseignement. Plus récemment, les Mouvements d'Education Nouvelle à l'instar de Célestin Freinet, ont poursuivi sur cette voie. TIs ont su pénétrer ce monde si clos de l'Ecole, non seulement en y insérant une réflexion nouvelle sur la place de l'enfant, mais en y apportant de vrais moyens d'action, d'expérimentation. La brèche ouverte est devenue sillon et, malgré nombre d'embûches, cette voie a laissé une trace indélébile dans le monde de l'éducation. Cette école de la compétition, de l'omnipotence du maître-magister, de l'assouvissement de l'élève, n'est plus devenue la seule voie uniforme. Elle a d'ailleurs largement montré ses limites à travers la prégnance de l'échec scolaire et de la violence quotidienne dans les établissements. La prise de conscience qui se poursuit dans ce monde marqué par les traditions a ouvert la voie à une véritable école populaire, une école qui peut offrir une reconnaissance, une véritable place à tous les enfants, une école du travail vrai, de la coopération, de l'émancipation. Ces idées ont maintenant pris corps dans l'école d'aujourd'hui, on le voit à travers la loi d'orientation de 1989, l'évolution des derniers programmes et instructions officielles. Les démarches éducatives ancrées sur le monde d'aujourd'hui et impulsées par des pédagogues soi-disant révolutionnaires ont été renforcées par les dernières recherches en sciences de l'éducation et en psychologie. Car, en effet, des réponses existent, les expériences en la matière sont nombreuses, des milliers d'éducateurs, d'équipes à travers le monde ont pris cette voie. Le mouvement Freinet a ouvert des pistes en apportant une place essentielle - à l'expression de l'enfant, à sa force créative;

- à un travail qui prend sens à travers la découverte quotidienne du monde, un accès de tous à la culture; - à une communication au sein du groupe-classe qui engage à vivre la coopération, à construire une citoyenneté ancrée sur une pratique réelle. Ces innovations restent encore malheureusement minoritaires, les freins institutionnels sont nombreux. Ce n'est évidemment pas une nouvelle loi d'orientation, sortie de pseudo-débats et impulsée par une frange politique ancrée sur ses traditions et ses pouvoirs, qui va améliorer la situation de notre Ecole du XXJème iècle. il n'est plus quess tion ni de suivre une société bien pensante fondée sur nombre d'inégalités et l'emprise des élites, ni de prolonger une école de la compétition, de la norme et de l'uniformisation il s'agit au contraire maintenant de construire une réelle éducation forte de sensibilité, de culture, d'épanouissement à travers le travail vrai et la culture pour tous. Nous devons œuvrer à une véritable école populaire fondée sur des femmes et des hommes acteurs de leur vie, autonomes et responsables mais aussi créateurs de solidarités. C'est vers ce vrai sens de l'apprentissage de la vie que s'oriente cet ouvrage. Les histoires et souvenirs d'enfance qui apparaissent au f11 de la lecture nous montrent de merveilleux souvenirs d'enfance et de scolarité. Un témoignage certes dérangeant pour les esprits bien-pensants, les bienséances institutionnelles, mais un récit de vie qui apporte par le biais d'une écriture sensible, politique un regard décapant et pertinent sur l'Ecole d'aujourd'hui. Un récit de vie ancré dans la mémoire vive d'un être humain, là est le pari passionnant de cet ouvrage. François Le Ménahèze *

* Enseignant (12 ans en équipe Freinet à Nantes), formateur associé à l'IUFM de Nantes, responsable des éditions ICEM, associé au CA de l'ICEM -pédagogie Freinet.

Les carambars 10

de la récré !

Le temps du présent
TIYa un temps où l'homme découvre la multiplicité... l'autre existe
de nouveau parce que son regard vient de le capter dans son instant. TIy des rendez-vous qui ne peuvent se conjuguer qu'à l'indicatif présent. Voici venir ce temps du présent.

Chapitre 1
La lettre à Jean
"Invariant" n° 30 : n lJ a "un invariant" qui justifie tous nos tâtonne-

ments et authentifie notre action: c'est l'optimiste espoiren la vie.

J'ai longtemps hésité. Et puis c'est sa dernière lettre qui m'a convaincu. Une longue lettre écrite à la main (bien sûr !) et à la première personne et datée de Saint-Saturnin les Apt où il a sa résidence d'été. "Au milieu de sesgarrigues", comme il le dit lui-même. L'hiver, il continue à le passer à Nancy, Impasse Commandant Quelque-chose. Une écriture un peu penchée à gauche, comme ses idées et ses convictions, qu'il n'a jamais cachées. A gauche toute mais avec un sens critique qui ne lui a jamais fait prendre les vessies staliniennes pour les lampions de la révolution sociale. A gauche toute, mais avec un œil fermé (et malicieux!) et un doigt levé, pour bien montrer toute sa défiance dans les idéologies en béton armé. Et le caractère finaud de sa démarche. Jean Beauvier est un cas d'espèce, un être rare, un personnage hors du commun. A une époque où il n'est pas de bon ton de se chercher un maître et une fois trouvé de le respecter même dans ce qu'il a d'un peu tordu, c'est rassurant de se dire qu'il existe encore des hommes au cœur simple, passionné, n'ayant jamais mis leurs drapeaux dans leurs poches ni compromis leur idéal dans la soupe de l'ambition personnelle. Cela dit, on voit bien la limite du genre. L'hagiographie affleure où il y a de l'admiration. C'est du reste ce qui m'a fait hésiter longtemps parce qu'on n'égratigne pas une icône comme on bascule une statue un soir de bombance au fond d'un parc. Pour se prouver et s'éprouver. Détruire pour se reconstruire. Fascinante image de l'enfant assassin du père par nécessité de nourrir sa propre vie, comme si l'eau sortie de la terre avalait sa propre source pour devenir rivière.

Les carambars 13

de la récré !

Et puis est arrivée cette lettre, sans date, comme si elle s'inscrivait hors du temps ou plutôt dans une plage du temps qui est celle de la réponse à un premier courrier arrivé lui le 2 octobre au pays des Garrigues après un transit par la boîte aux lettres de l'Impasse du Commandant Quelque-chose à Nancy. Je l'ai imaginé recevoir cette lettre en kraft un peu vulgaire, sans fioritures extérieures, venant d'un pays du froid, vers une région du chaud, du Nord-Lorraine où je réside vers le sud provençal où il villégiature avec son épouse Simone. TIa dû la tourner, la retourner, voir qu'il n'y avait aucun nom d'expéditeur, se dire "Tiens! Qui peut m'écrire?" C'est une ruse que je fais souven t pour prolonger le suspense et le plaisir... La fenêtre est ouverte sur la garrigue. TI fait encore bon, encore chaud en ce début d'automne. Les arbres commencent à prendre des tournures de beautés flamboyantes. Les oliviers noueux - il y a des oliviers n'est-ce pas? et ils sont bien noueux? - continuent à chanter Van Gogh, comme si de rien n'était, dans la noirceur de leur bois, et la somptuosité de leurs déchirements. Les olives petites et noires sont comme des lannes, tirées du néant. De la cuisine assombrie monte la voix de Simone: "Y a du courrier, Jean? " Jean remonte l'allée, de la boîte aux lettres jusqu'à la porte d'entrée, à pas lents et comptés. Ce n'est pas que l'âge lui impose cette allure de sénateur mais c'est que sa pensée trotte devançant toujours les grande et petite aiguille du temps compté. il tient l'enveloppe entre les mains, un peu tremblantes et répond "oui". TI attend d'être "chez lui", dans le coin qu'il s'est aménagé pour ouvrir d'un doigt impatient la vilaine enveloppe brunâtre. Dedans: ma lettre et une longue coupure de presse qui parle de l'école d'autrefois. De ce temps béni où les gamins du village avaient le grand objectif d'apprendre à lire, à compter et devenir ce que Rudyard Kipling a si bien écrit: à être un homme, mon fils! De l'école d'hier où nous nous sommes rencontrés: lui le maître (l'instituteur hussard noir de la République n'était pas encore devenu un professeur des écoles, un anonyme parmi les anonymes) et moi l'élève, formant une sorte de binôme un peu compliqué: celui qui porte le feu sacré et celui qui aimerait lui ravir le flambeau. Eternel combat entre un dieu porteur de savoir et un fùs dilapidateur de l'héritage chèrement rassemblé. J'avais évoqué dans mon journal Ge suis journaliste à Longwy) cette
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école républicaine, défendant les hautes vérités morales et les vertus humaines, l'ouverture sur le monde et le recentrage des personnes autour de quelques principes forts et une éthique fondée sur les trois préceptes de la République. L'égalité qui n'est possible que par la fraternité et qui ne sont rien, l'une et l'autre, sans la liberté. J'avais écrit que l'école d'hier, c'était pour moi des odeurs: celle de la craie un peu âcre ou celle du plancher badigeonné à la poix, des bruits: celui des grandes tringles qu'il fallait faire rouler dans leurs logements pour ouvrir tout en haut des fenêtres des vasistas ou celui d'une guêpe effrayée frappant le verre cathédral, des visions: celles d'un monde qu'il fallait conquérir et que le savoir pour y parvenir était un fabuleux cheval de Troie! J'avais écrit que Jean et Simone n'avaient que le couloir à traverser pour venir de leur intimité rejoindre la nôtre. J'avais écrit que quarante ans après, je n'oubliais pas. Au contraire que ces souvenirs, j'en faisais un miel savoureux. C'est sûr qu'il y a de la nostalgie dans tout cela. Qu'il y a un certain sentiment d'apitoiement sur soi-même! Et que j'en suis un peu gêné, par une sorte de vieille pudeur rurale dont j'ai beaucoup de mal à me défaire. Même si je suis bien persuadé que je ne suis pas le seul à qui septembre fait le même effet; ce vieux coup de blues de la rentrée scolaire. Même sans la pluie qui mouille les vergers et fait des rigoles amusantes dans les caniveaux! Même sans l'averse de la récré... Quelques phrases, quelques traces écrites, noires dans un journal, celui dans lequel je travaille. Quelques pistes pour ceux qui ont connu d'autres rentrées, d'autres écoles, d'autres savoirs. Des mots pas pour condamner, pas pour faire pleurer, peut-être pour faire un peu rêver... parce que les rentrées d'aujourd'hui, même sans l'averse de la récré, sont bien plus tristes que celles d'hier. Comme si on avait définitivement troqué le jeu de billes contre la play-station, la bulle de savon noir contre la fenêtre virtuelle d'un jeu vidéo. Et puis était venue l'image du "maître" et de "la maîtresse"... comme des représentations enjolivées d'une réalité envolée. Oubliée. Evanouie dans la nuit des spectres et des vampires. Gommée par la mousse du temps. Je les voyais devant moi... Elle, Simone, dans sa blouse en vichy bleu et blanc, lui avec son pull-over tricoté maison avec de la laine de recyclage fait pour durer vingt ans Ge suis bien sûr qu'il en a gardé un exemplaire pour les nuits un peu fraîches de sa garrigue provençale! )... Debout encadrant la grande photo où nous étions tous: les enfants de "leur" école, les grands et gros derrière, les poussinets assis devant, souvent en larmes.. .ce qui leur faisait des halos autour des yeux.
Les carambars 15 de la récré !

Je revois cette photo. Elle porte le numéro 927 P3. ITY a très exactement 81 minots sur le document, répartis en six rangées, les filles et garçons séparés. Je regarde leurs visages, leurs sourires, j'entends encore dans mon oreille la recommandation du photographe qui sortant sa tête de sous le voile noir ("comme un diable hors de sa boîte l'') nous criait: "On ne bouge plus I le petit oiseau va sortir l " Quand on était vraiment môme, le piaf, on le guettait mais personne ne l'a jamais vu s'envoler...J e les vois, je connais encore leurs visages, leurs sourires, mais j'ai perdu leurs noms, souvent... Le photographe nous a plaqués contre le mur gris, au fond de la cour. Cela ressemble à une prison et c'est tout le contraire... Je me vois: je suis le premier de l'avant-dernier rang, juste en dessous des grands, mais tout à côté de Simone et de la jeune institutrice qui avait la charge pédagogique des tout petits et dont j'ai oublié le nom. Je souris comme on m'a appris à le faire. La tête un peu penchée. Yeux noirs, fixant droit devant... J'ai des frères dans tous les étages de la pyramide. On a tous l'air calme, détendu, guettant le moineau... Jean et Simone sont beaux comme des sous neufs! Jean exhibe une cravate, une chemise blanche sous un pull à large col. Les gamins et gamines portent des blouses, grises ou noires pour les premiers, blanches, à fleurs et à dentelles pour les demoiselles. Egalité vestimentaire. Des bruits, des odeurs, une photo, des gamins. Le manège est enchanté tandis que tourne, tourne le joli moulin du Bois de mon cœur! La rentrée 2003/2004 ? Le ministre qui est aussi un ancien philosophe est venu, l'air très fatigué, dire dans la petite lucarne que tout s'était bien passé, que tout était rentré dans l'ordre ("dans les ordres? ,,), que tout était oublié, que c'était désormais le grand amour, qu'il n'était pas carriériste et que cela pouvait suffire pour rassurer, que... Le ministre a parlé et personne ne l'a écouté. D'ailleurs aujourd'hui personne n'écoute plus personne... La meilleure rentrée depuis dix ans qu'il a dit. Après le pétard du printemps. Je vous ai compris! Je vous aime! Je vous... Vous me...Nous nous... Superbe, magnifique. Les haches sont enterrées, mais les poissons sont pourris dans les tonneaux. La guerre est finie mais les cœurs sont rongés. Les âmes sont pleines de horions mal cicatrisés. 2005 : La machine à décerveler continue à tourner à plein régime, rapport à la mondialisation néolibérale... J'ai même tendance à croire que cela s'accélère.
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Alors voilà. Les petits tas de mots semés dans la page du journal, c'était ça... Pas pour foutre le bourdon, mais pour donner l'envie de revoir le film à l'envers, de réactiver les boîtes à bonnes idées, à belles images. Pas pour repartir à zéro. Mais pour renaître de tout. Car le bruit de la tringle là-haut dans son étui de métal, cela sonne comme le réveil de nos consciences. L'odeur d'une craie non virtuelle, c'est pour nous dire que l'école, c'est aussi une sorte d'artisanat, qu'il faut savoir avant de transmettre, qu'il faut se faire humble pour faire grandir l'ambition chez l'autre, qu'il faut, cliché élémentaire, remettre cent fois l'ouvrage sur le métier... Passer, repasser la râpe à bois pour polir et surfacer. Passer et repasser tant que la surface n'est pas lisse et réfléchie! Passer et repasser pour qu'un jour l'envie fasse graine... pour que ça germe! Et puis un instituteur à la retraite a vu les mots dans le journal. il est venu, un peu timide, pour dire qu'il avait été ému, qu'il lui suffisait à lui aussi de fermer les yeux pour entendre le bruit de la tringle de fer et que ce bruit-là lui rappelait l'oiseau-lyre de Prévert. La liberté. Les yeux vagues de l'enfant qui fuient vers les nuages. TIa dit qu'il avait lui aussi dans la mémoire l'odeur des planchers suintés et dans l'oreille les cris joyeux d'une cour de récré. Et comme on était un peu dans l'amitié par complicité émotionnelle, il a osé s'aventurer: ''je serais que toi,je dirais tout cela 1" il l'a dit en français, lui, mais cela voulait dire ça. Sous-entendu: on a eu la plus belle rentrée depuis dix ans en 2004, bien sûr, personne ne dit le contraire, et en 2005 aussi... mais quand même! hein! quand même?.. Et en discutant, il a dit la première strophe et moi la deuxième et on a presque terminé la troisième ensemble:
La sienne: Odeur des pluies de mon enfance, Derniers soleils de la saison 1 A sept ans comme il faisait bon, Après d'ennuyeuses vacances, Se retrouver dans sa maison 1 La mienne: La vieille classe de mon père Pleine de guêpes écrasées, Sentait l'encre, le bois, la craie, Et ces merveilleuses poussières Amassées par tout un été.
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La nôtre o temps charmant des brumes douces, Des gibiers, des longs vols d'oiseaux f Le vent souffle sous le préau, Maisje tiens entre paume et pouce Une rouge pomme à couteau.

On a dit ensemble: René-Guy Cadoux ! Et c'était comme si on avait trouvé tout à coup la clé d'une porte donnant sur un couloir menant à une caverne dans lequel un puits profond conduit à un trésor: une bougie allumée posée sur une malle de voyage. On a vite dissipé pour ne pas se laisser entraîner trop loin... TIn'y a pas besoin de manger une orange pour avoir les yeux qui picotent! Mais j'ai compris ce qu'il voulait dire. Le savoir est un trésor éphémère. La seule manière qu'il ne s'éteigne jamais est de le partager. Lui qui fut si longtemps instituteur dans une école spécialisée, en pleine forêt, parlait d'or. Lui qui avait longtemps côtoyé des enfants en rupture connaissait bien la profondeur de la déchirure. Quand le faire savoir compte moins que le faire valoir.. . TIa dit ça mais autrement... "Tu devrais f" qu'il a dit. Le devoir, voilà mon ennemi intérieur. Celui que je retrouvais parfois le matin sur le tableau noir de l'école sous l'appellation de "morale!" avec la date du jour, habillé dans une sentence... laïque et républicaine! Le devoir qu'on ramenait parfois à la maison, sous sa forme plurielle et que j'avais du mal à accomplir pour causes de désorganisation familiale. Le devoir! Messieurs et mesdames, voici venir le devoir! Et son cortège : contraintes, obligations, soumissions, convenances, en un mot
comme en mille" emmerdations f" ...

Mais aussi compagnonnages! Le devoir, compagnon! La route qui n'en finit pas, les cathédrales, Orléans, les Soubise, les Jacques, les Dévorants... La beauté dans son éternel recommencement. Puis l'autre devoir, Père fouettard: la marche au feu, la marche à la gloire, la patrie, avec nos aînés quand ils n'y seront plus! Et puis l'autre devoir, celui du camarade! Debout les damnés de la terre! La mort a fait des petits qui pourrissent dans les tranchées! Un jeune homme s'est donné la mort plutôt que d'aller se faire tuer au front! Des gendarmes ont appréhendé des traîtres fuyant la bataille... "Je devrais!.. . " Le colonel Driant est mort en héros après avoir écrit une lettre à sa femme! Comme Manouchian s'adressant à Meîinée, son orpheline. ..
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Mais non, cela n'intéresse personne. L'école, c'est quoi l'école? C'est qui l'école? C'était quoi l'école? Vous dites bien l'école, avec un "1" apostrophe? Une apostrophe, qui est comme une virgule au plafond des mots! Avec les timbres de la semaine sur la tuberculose?.. Quais, celle-là justement... C'était quoi l'école !? Dis raconte Oncle Paul comment c'était l'école quand t'allais à l'école! C'est vrai que tu mettais sur tes pantoufles des protège-patins en caoutchouc que t'appelais des "snow-boots" ou comme tu écrivais sans connaître l'anglais: des "snobottes"! Parce qu'il fallait faire plus de deux kilomètres à pied dans la neige avec un sac à dos de montagnard ? Et quand t'arrivais à l'école t'avais l'onglée. il fallait une bonne heure pour dégeler tes doigts, Qncle Paul, les déplier les uns après les autres. Les plus courageux - t'en étais, j'en suis sûr posaient leurs mains sur le poêle rouge comme un haut-fourneau! Et fallait les laisser le plus longtemps possible. Après tu passais la journée à percer les cloques des brûlures avec une aiguille... J'ai dit ni oui ni non. J'ai rien dit... il est parti. J'ai envoyé les pages du journal où tout cela était écrit. A Jean et Simone. il y avait aussi des images d'enfants dans les bras de leurs mères. Et on voyait bien que les larmes étaient dans les yeux des mamans et pas dans ceux des enfants. Les enfants qui semblaient dire: "Rassure-toi maman, je m'en sortirai toujours..." et les mamans pas rassurées pour deux sous sur leur avenir. Et Jean là-bas à l'autre bout de la France qui reçoit le paquet, l'ouvre, est ému. N'en laisse rien paraître et montre le journal et la lettre à Simone qui les lit, elle aussi. Elle aussi est touchée. Je le sais, je le sens. Simone qui dit: "Faut lui répondre au Zou !" Elle regarde par la fenêtre qui s'ouvre sur la nature, si belle, si douce, et se souvient, se souvient... se souvient d'un village, tout là-bas, niché au cœur d'une grande et belle forêt, dans les plumes du canard meurthe-et-mosellan et d'une école. Notre école. Et Jean qui écrit. ''Je n'ai pas souvenance d'avoir eu le bonheur d'un premier de canton mais je sais queje présentais au certificat d'études tous ceux qui avaient l'âge et étaient en fin d'études. Les échecs étaient aussi une belle épreuve, fussent-ils inappréciés même critiqués... "Jean pose son stylo. Pas une vieille Sergent-Major, non, mais un bic à capuchon noir. Relit. La phrase
Les carambars 19 de la récré !

est un peu longue mais bien écrite, sans rature, d'unjet. A 86 ans, la main ne tremble pas, la ligne est toujours droite, sans la facilité du tire-ligne. Ça tangue un peu parfois, comme une vague légère, mais ça reste dans l'élan. Le souffle est toujours là. TIreprend : "Je n'ai pas voulu écrire notre histoire, celle de Simone et deJean. Les biographies d'enseignants et de bien d'autres fleurissent... elles permettent parfois d'affiner, de compléter de préciser, de corriger des a priori... L'idée du collègue retraité n'est pas cependant à rejeter totalement. Nombreux ont été ceux qui m'ont incité à écrire... Un de nos anciens e1èvesest venu nous voir à Nancy pour dire combien il avait été impressionné par notre dynamisme d'enseignants. .. "
It

Sans relever la tête, il poursuit: "Par la suite, nos actions ont toujours découlé des faits et des idées. Faits, idées, actes, c'était la devise de peuple de culture. Nos activités aussi bien professionnelles que culturelles, sociales, syndicales voire politiques, au sens étymologique, nous ont enrichis et sans doute aussi ceux qui nous ont subis..." Et d'évoquer la figure de son propre maître, "le Père Henry", directeur de l'école primaire élémentaire de Malzéville. "La maison de mes parents jouxtait cette école devenue Paul-Bert, cefut ma chance!. .. " L'école, une chance? Merci Jean. J'entends déjà l'eau ruisseler dans les chenaux de l'école et chanter que l'école ne fait que commencer. Qu'elle n'est jamais finie! Que les cahiers ne seront pas brûlés et jetés au feu et que les instituteurs vont enfin en prendre pour leurs grades! Qu'ils ne perdent rien pour attendre... Qu'ils n'ont qu'à bien se tenir! Que leur jour de gloire est peu t-être revenu! ... L'averse de la récré ne va pas refroidir nos ardeurs. Mais au contraire, les décupler!...

Les carambars 20

de la récré !

Chapitre 2
Zou... le libre enfant de Favières
InvariantlO bis: Tout individu veut réussir. L'échec est inhibiteur, destructeur de l'allant et de l'enthousiasme.

On a toujours l'impression qu'écrire un livre, c'est une activité plutôt innocente. Que cela nécessite c'est vrai beaucoup de travail mais sans implication autre que de boucler les chapitres, page après page, comme un laborieux artisan, qui construit son meuble, planche à planche, et ne met les ferrures et les serrures que lorsque l'ensemble ressemble bien à l'armoire qu'il avait dans la tête. Que le travail soit besogneux, c'est un fait; d'autres l'ont dit avant moi, mieux que moi. Que l'écriture d'un livre soit une aventure, c'est une évidence. Mais rien n'est vrai de celui qui affirme que l'on écrit un livre comme on assèche un verre entre copains sur un zinc du quartier. Ne croyez pas non plus celui qui dit qu'un livre n'a pas d'existence véritable tant qu'un lecteur ne s'est pas aventuré dans ses pages. L'aventure commence dès que l'on a mis une lettre après l'autre et que l'on voit que cela fait un mot! Dès qu'un moutard a mis un doigt potelé sous un dessin d'un gros poulet, qu'il a lu en épelant toutes les lettres: d.i.n.d.o.n : "dindon" ! Et que tout étonné, il est sorti dans la cour de la ferme, pour tester cette nouvelle connaissance et que devant le gros poulet en question, en le montrant du doigt, il a crié "dindon" et que celui-ci l'a regardé de son œil rond, en se disant: "S'il s'approche, celui-là en barboteuse, je te lui pince les fesses!" Et au père qui rentre de la scierie où il travaille: le môme à la trogne déjà paysanne, a dit "dindon" ! Et bien sûr il s'est fait calotter d'importance! il a appris ainsi le moutard, que le savoir peut être quelque fois dangereux ! Si je parle du livre, c'est parce qu'à l'instar des poupées russes, il jouera un rôle essentiel dans ce livre! En abîme: un livre dans un livre dans un livre, etc., à l'infini, quand tous les commencements ont rejoint toutes les fins. Sans le premier "papa-dindon" qui m'est venu à la bouche, sûr que je ne serais jamais sorti de la basse-cour du village. C'est dans les livres que j'ai compris la toute puissance de l'inLes carambars 21 de la récré !

telligence, que j'ai touché du doigt la force de la trace écrite laissée par l'homme, depuis toujours. Même avant l'âge des cavernes lorsqu'il fallait par des représentations graphiques exorciser les dieux et les bêtes, les vivants du ciel et les vivants sur la terre. Même au balbutiement de l'humanité. La trace, c'est le signe du mouvement. C'est de tau te éternité la victoire sur la mort. Ecrire, c'est se ressusciter soi-même d'entre les mots. On n'en sort jamais indemne. On en sort, éreinté! Mais heureux, comme après l'amour.. . TIy a un mot que j'aime bien d'un type dont je parlerai un peu dans ce livre. Un petit mot de prof. Raymond Tritz a fréquenté la même école que moi, dans le même petit village. TIétait dans la génération d'avant, d'avantJean et Simone, M. et Mme Morel qu'ils s'appelaient les enseignants d'avant. Je sens que sa sensibilité est sœur de la mienne. Ses souvenirs sont de la même fratrie. Nos envies font la même ronde dans nos âmes et dansent la même éapucine. Une enseignante de 6e, écrit-il, se trouvait fatiguée du peu d'attention et de curiosité manifesté par ses élèves la plupart du temps amorphes. Un jour, de guerre lasse, et pour les provoquer, elle écrivit au tableau noir: "Ce matin,j'ai remarqué des traces de pneus au plafond l'' Et Raymond Tritz, mon aîné, de conclure: "au fait, combien d'élèves ont levé les yeux pour voir cet événement" ? Un élève, deux peut-être; mais plus sûrement aucun. Car en effet, quelle importance que ces traces au plafond, à l'heure de l'électronique, du jeu vidéo, de la génération virtuelle? Rien d'insolite, rien d'exceptionnel dans tout cela: c'est sans doute un quad chevauché par un être habillé d'acier, propulsé à la vitesse de l'éclair par un rayon laser, venu du centre de la Matrix... Oui, bon, comme dirait l'autre en tapotant sur sa machine massacreuse avec des bouing-bouing de vieux flippers, "on va pas en faire un fromage, papa l'' Les rêves ont changé, les mentalités aussi. On n'est plus dans la dimension du terroir... terrien; on est ailleurs dans la permissivité absolue. Ce n'est plus la formule soixante-huitarde du "tout ce qui n'est pas interdit est autorisé" mais plus frontalement du "tout ce qui est interdit est bon à prendre". Et nulle rébellion dans tout ça. On prend, c'est tout. On prend point-barre comme on dit aujourd'hui. La classe de la jeune enseignante n'aurait pas plus bougé si elle avait dit: "Dans cinq minutes tout explose l''... Quelques-uns se seraient peut-être réveillés en disant: "Tiens c'est nouveau ça I C'est sur Nitendo?" Et
Les carambars 22 de la récré !

comme rien bien sûr ne pouvait se produire, ces quelques-uns de se rendormir aussitôt avec un :" Des promesses, toujours des promesses I " Les rêves ont la chaleur" communicative" d'un" smiley" rigolard et tout jaune, tirant la langue... D'abord au tout début, il y a l'objet? Le livre est d'abord un produit fabriqué par l'homme, c'est la caverne de l'homme moderne sur le fond duquel se projettent non seulement les ombres platoniciennes, mais aussi les silhouettes contrastées des grands mythes humains. Dont celui dont nous parlions plus loin: Prométhée volant le feu aux dieux pour l'offrir aux hommes. Chaque livre, chaque "chose" imprimée contient dans cet esprit à la fois une partie et la totalité de l'humanité. Un livre ne vient pas sans avoir été précédé par d'autres qui l'annonçaient. Parce qu'il est dans la fùiation directe de l'intelligence humaine. TI est un état instantané de cette conscience en marche. C'est pourquoi ne plus lire (ne plus écrire), c'est régresser. C'est introduire un germe mortel I... C'est un livre qui nous a rassemblés: maîtres et élève. C'est Hemingway qui écrivait, je crois, que le premier livre de tout écrivain est toujours autobiographique et que c'est souvent le meilleur que l'auteur n'écrira jamais. Parce que son talent n'est pas encore galvaudé et que son envie reste intacte. Le mien s'appelle Libre enfant de Favières et il est sorti en 1998. il raconte, avec un clin d'œil à Summerhill, l'étrange et étonnante histoire de quelques gamins dans un village de six cents âmes, le plus souvent livrés à eux-mêmes et dont l'école primaire, laïque et républicaine va offrir un formidable tremplin pour "s'en sortir"... On l'aura compris, au cœur de cette sortie.. ."vers le haut", pour atteindre l'inaccessible étoile, il y aJean et Simone, dans leur école de Favières. Les gamins, bien sûr, c'était nous, mes frères, et quelques autres: Nos poteaux, nos copains de mômeries, de conneries, aussi baptisés "camarades de classes", pas tous bien sûr, quelques-uns seulement, triés sur le volet pour leur hardiesse, pour leur envie d'en découdre avec l'ordre établi gendarmes que et avec menaces: "maison de correction garantie si tu continues à faire tes extravagances l'' Des forçats en devenir! Des qui ont déjà un pointillé autour du cou pour la lame de la guillotine! Futurs bagnards! Jean-Valjean en devenir. Troisième race après le crapaud. De ce livre, écrit dans la fièvre post-adolescente,
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