Les enseignants du fleuve

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Comment aider un maximum d'élèves en difficulté, surtout ceux qui vivent dans des conditions qui ne semblent pas les plus favorables aux exigences de la société française actuelle ? Ce journal retrace onze missions sur le fleuve Maroni. La dernière mission de l'année scolaire est une mission de sécurité routière en pays amérindien, sur l'Itany. Le défi est extraordinaire, il s'agit d'apporter des vélos en pays amérindien et de préparer les élèves de CM2 à l'attestation de première éducation à la route (APER).
Publié le : mardi 1 mai 2012
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EAN13 : 9782296490154
Nombre de pages : 116
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LES ENSEIGNANTS DU FLEUVE
 
  
 
 
 
 
 
           
 
 
                       © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96974-2 EAN : 9782296969742
Jean-pierre P
ERRIN 
LES ENSEIGNANTS DU FLEUVE
 
Journal d’un formateur dans les écoles du Maroni
                
 
       
 
 
 
    
 
C e t t e c a r t e d e l a G uy a n e l i b r e d e d r o i t s a é t é g é n é r é e l e 0 1 / 1 2 / 2 0 1 1 . C r é di t s : © l e s c o n t r i b u t e u r s d ' O e n S t r e e t M a C C- B Y- S A    
 
Remerciements  A Elisabeth Godon our : Les enfants du fleuve : Le parcours d'une psy  Editions lHarmattan  Son livre ma vraiment donné envie daller travailler sur les fleuves de Guyane. Jai décidé décrire un complément à son ouvrage sous un autre angle dapproche : le point de vue dun forma-teur, se penchant davantage sur les enseignants que sur les enfants.  A Jean-Paul Leclercq, le seul qui ait lu ce livre avant léditeur et qui mait donné quelques précieux conseils décriture. Dailleurs, cest au cours des chasses entomologiques, la nuit avec des pièges lumineux, dans les forêts de Roura et de Régina, quune solide amitié sest développée entre nous. Je noublie pas mes collègues de circonscription ; notre inspecteur en particulier, et les personnes des autres sec-teurs qui mont aidé à mener à bien mes missions.  Jai modifié les prénoms de tous ceux qui font la trame de ce livre ; ils se reconnaîtront facilement.  Jai une pensée particulière pour ceux qui simaginaient nêtre de passage que neuf mois sur le fleuve et qui sinstallent pendant plusieurs années.  Je dédie ce journal à tous les enseignants du fleuve Maroni, et à tous ceux qui ont choisi ou non, dexercer dans des conditions extraordinaires.
Première mission, début septembre 2010  
 Le réveil na pas sonné à 6h ; jétais réveillé depuis bien longtemps et déjà revenu de la petite balade matinale avec le chien. Pourtant cest dimanche, mais pour moi cest le grand jour ; je suis heureux et en pleine forme. 6h30, tout est prêt : la touque étanche 1 renfermant mon vieux réchaud, un petit « bleuet » de chez Butagaz, acheté il y presque quarante ans pour partir en Grèce à moto. Il y a aussi dans la touque : la boîte à pharmacie (jai décidé que je serai le soigneur de lexpédition), les lampes à ma-nivelle, et le nécessaire en aluminium pour les repas. Le hamac avec loreiller, la couverture et le drap-housse, sont dans un sac étanche. Mon cartable renfermant le classeur, les documents et les livres, est enveloppé dans un sac poubelle. Jai aussi mon sac à dos avec les vête-ments, linévitable pack de six bouteilles deau, et surtout la glacière avec la nourriture pour une semaine. Jallais oublier le petit sac à dos étanche, qui ne doit pas me quit-ter ; il contient lappareil-photo, les papiers didentité, le lecteur MP3, et le petit guide « Le Maroni » 2 . 6h40, Tania arrive avec la Logan du Rectorat ; en deux minutes tout est chargé. Je prends le volant, Tania est en tongs et préfère me laisser conduire. Je ne me fais pas prier ; jadore conduire. Je respire un grand coup ; jy suis enfin ; je pars sur le fleuve pour une mission pédagogique. Un trajet de 320 km de routes et de pistes nous attend.  Nous sortons facilement de Cayenne ; évidemment, nous sommes dimanche matin et il nest même pas sept heures ! Direction Kourou, où nous irons chercher Gilbert                                                            1  Gros baril en plastique blanc et rouge acheté vide chez le chinois et qui contenait des queues de cochon 2 Le Maroni de Maripasoula à St-Laurent Topoguide Canoë-kayak ONF 2010
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chez lui. La route est sans particularité. Je me trompe de rue en arrivant près de chez Gilbert. En relisant le plan quil avait fait, Tania nous remet dans la bonne rue. Nous arrivons plus tôt que prévu, pourtant jai roulé tranquille-ment, mais la route était déserte. Nous laissons Gilbert terminer son petit déjeuner, pendant que nous chargeons son matériel. Nous complétons le coffre ; prenons la moi-tié de la banquette arrière avec les touques et les sacs ; puis, cest le départ pour Saint-Laurent-du-Maroni. Je con-tinue à conduire malgré lenvie de Gilbert de prendre le volant ; je promets à mes collègues quau retour je resterai à larrière. Après le passage du contrôle de gendarmerie, où tout se passe avec le sourire, nous faisons un arrêt-café à Iracou-bo. Notre Logan avec linscription en gros « Rectorat de Guyane » attire la sympathie de ces jeunes fonctionnaires qui vont sennuyer toute la journée sur ce site, loin de tout ; avec peu de voitures de passage pour les occuper. Il faut dire que depuis quelques années, les points de contrôle de gendarmerie situés sur la route de louest me-nant au Suriname, ainsi que sur la route de lest rejoignant le Brésil, défendent Cayenne, la « ville-capitale » 3 , en li-mitant larrivée en masse des clandestins. Ceux-ci passent quand même en contournant le barrage par la forêt, mais en tout petit nombre. 10h, nous traversons Saint-Laurent, en effervescence pour cause de marché dominical. Notre destination cest le dégrad 4  dApatou, au bout de soixante kilomètres de route goudronnée toute neuve, tra-cée sur lancienne piste de latérite traversant la forêt. Des cadavres de singes, de pians et autres petits mam-mifères gisent sur les bas-côtés. En sortant dun virage,                                                            3 Slogan de la municipalité de Cayenne 4  Un dégrad, localement, cest un plan incliné, soit bétonné, soit empierré, permettant laccès au fleuve.
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