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LES ENSEIGNANTS DU FLEUVE
 
  
 
 
 
 
 
           
 
 
                       © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96974-2 EAN : 9782296969742
Jean-pierre P
ERRIN 
LES ENSEIGNANTS DU FLEUVE
 
Journal d’un formateur dans les écoles du Maroni
                
 
       
 
 
 
    
 
C e t t e c a r t e d e l a G uy a n e l i b r e d e d r o i t s a é t é g é n é r é e l e 0 1 / 1 2 / 2 0 1 1 . C r é di t s : © l e s c o n t r i b u t e u r s d ' O e n S t r e e t M a C C- B Y- S A    
 
Remerciements  A Elisabeth Godon our : Les enfants du fleuve : Le parcours d'une psy  Editions lHarmattan  Son livre ma vraiment donné envie daller travailler sur les fleuves de Guyane. Jai décidé décrire un complément à son ouvrage sous un autre angle dapproche : le point de vue dun forma-teur, se penchant davantage sur les enseignants que sur les enfants.  A Jean-Paul Leclercq, le seul qui ait lu ce livre avant léditeur et qui mait donné quelques précieux conseils décriture. Dailleurs, cest au cours des chasses entomologiques, la nuit avec des pièges lumineux, dans les forêts de Roura et de Régina, quune solide amitié sest développée entre nous. Je noublie pas mes collègues de circonscription ; notre inspecteur en particulier, et les personnes des autres sec-teurs qui mont aidé à mener à bien mes missions.  Jai modifié les prénoms de tous ceux qui font la trame de ce livre ; ils se reconnaîtront facilement.  Jai une pensée particulière pour ceux qui simaginaient nêtre de passage que neuf mois sur le fleuve et qui sinstallent pendant plusieurs années.  Je dédie ce journal à tous les enseignants du fleuve Maroni, et à tous ceux qui ont choisi ou non, dexercer dans des conditions extraordinaires.
Première mission, début septembre 2010  
 Le réveil na pas sonné à 6h ; jétais réveillé depuis bien longtemps et déjà revenu de la petite balade matinale avec le chien. Pourtant cest dimanche, mais pour moi cest le grand jour ; je suis heureux et en pleine forme. 6h30, tout est prêt : la touque étanche 1 renfermant mon vieux réchaud, un petit « bleuet » de chez Butagaz, acheté il y presque quarante ans pour partir en Grèce à moto. Il y a aussi dans la touque : la boîte à pharmacie (jai décidé que je serai le soigneur de lexpédition), les lampes à ma-nivelle, et le nécessaire en aluminium pour les repas. Le hamac avec loreiller, la couverture et le drap-housse, sont dans un sac étanche. Mon cartable renfermant le classeur, les documents et les livres, est enveloppé dans un sac poubelle. Jai aussi mon sac à dos avec les vête-ments, linévitable pack de six bouteilles deau, et surtout la glacière avec la nourriture pour une semaine. Jallais oublier le petit sac à dos étanche, qui ne doit pas me quit-ter ; il contient lappareil-photo, les papiers didentité, le lecteur MP3, et le petit guide « Le Maroni » 2 . 6h40, Tania arrive avec la Logan du Rectorat ; en deux minutes tout est chargé. Je prends le volant, Tania est en tongs et préfère me laisser conduire. Je ne me fais pas prier ; jadore conduire. Je respire un grand coup ; jy suis enfin ; je pars sur le fleuve pour une mission pédagogique. Un trajet de 320 km de routes et de pistes nous attend.  Nous sortons facilement de Cayenne ; évidemment, nous sommes dimanche matin et il nest même pas sept heures ! Direction Kourou, où nous irons chercher Gilbert                                                            1  Gros baril en plastique blanc et rouge acheté vide chez le chinois et qui contenait des queues de cochon 2 Le Maroni de Maripasoula à St-Laurent Topoguide Canoë-kayak ONF 2010
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chez lui. La route est sans particularité. Je me trompe de rue en arrivant près de chez Gilbert. En relisant le plan quil avait fait, Tania nous remet dans la bonne rue. Nous arrivons plus tôt que prévu, pourtant jai roulé tranquille-ment, mais la route était déserte. Nous laissons Gilbert terminer son petit déjeuner, pendant que nous chargeons son matériel. Nous complétons le coffre ; prenons la moi-tié de la banquette arrière avec les touques et les sacs ; puis, cest le départ pour Saint-Laurent-du-Maroni. Je con-tinue à conduire malgré lenvie de Gilbert de prendre le volant ; je promets à mes collègues quau retour je resterai à larrière. Après le passage du contrôle de gendarmerie, où tout se passe avec le sourire, nous faisons un arrêt-café à Iracou-bo. Notre Logan avec linscription en gros « Rectorat de Guyane » attire la sympathie de ces jeunes fonctionnaires qui vont sennuyer toute la journée sur ce site, loin de tout ; avec peu de voitures de passage pour les occuper. Il faut dire que depuis quelques années, les points de contrôle de gendarmerie situés sur la route de louest me-nant au Suriname, ainsi que sur la route de lest rejoignant le Brésil, défendent Cayenne, la « ville-capitale » 3 , en li-mitant larrivée en masse des clandestins. Ceux-ci passent quand même en contournant le barrage par la forêt, mais en tout petit nombre. 10h, nous traversons Saint-Laurent, en effervescence pour cause de marché dominical. Notre destination cest le dégrad 4  dApatou, au bout de soixante kilomètres de route goudronnée toute neuve, tra-cée sur lancienne piste de latérite traversant la forêt. Des cadavres de singes, de pians et autres petits mam-mifères gisent sur les bas-côtés. En sortant dun virage,                                                            3 Slogan de la municipalité de Cayenne 4  Un dégrad, localement, cest un plan incliné, soit bétonné, soit empierré, permettant laccès au fleuve.
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