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LES INTERVENTIONS SOCIO-ÉDUCATIVES

De
296 pages
Les interventions socio-éducatives sont des interventions sociales conduites par différentes catégories de professionnels qui vient à assurer une fonction éducative spécifique clairement complémentaire de l’action éducative familiale ou, lorsque le groupe familial est en difficulté, à aider et soutenir, voire même parfois suppléer, la famille dans son action éducative. Cet ouvrage collectif rend compte de plusieurs travaux de recherche récemment menés dans ce champ de pratiques sociale.
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LES INTERVENTIONS SOCIO-ÉDUCATIVES
ACTUALITÉ DE LA RECHERCHECollection Savoir et formation
dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé
et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose
désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement
des sociétés, que pour l'accomplissement des individus.
La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation
des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales,
personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent,
du sens à leur assigner.
La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la
réflexion sur ces aspects majeurs.
Dernières parutions
Florence GIQUEAUX, De l'épreuve à l 'œuvre, 2001.
Arlette MUCCHIELLI-BOURCIER, Prévention et traitement des
troubles scolaires de l'apprentissage, 2001.
Claudine BLANCHARD-LA VILLE et Dominique FABLET, Sources
théoriques et techniques de l'analyse des pratiques professionnelles,
2001.
Dominique FABLET (Eds.), La Formation des formateurs d'adultes,
2001.
Anne BARRERE, Les enseignants au travail, routines incertaines, 2002.
Gilles BILLOTTE, L'équipe pédagogique: vers une nouvelle identité
professionnelle des enseignants, 2002.
Philippe CARRE et André MOISAN, Laformation autodirigée, 2002.
Colette LATERRASSE, Du rapport au savoir à l'école et à l'Université,
2002.
Yves MEUNIER et Daniel CHETOUI, Les éducateurs dejeunes enfants:
une identité professionnelle en évolution?, 2002.
Jean-Luc RINAUDO, Des souris et des maîtres, 2002.
Philippe CARRE et André MOISAN (eds.), L 'autoformation, fait social?
Aspects historiques et sociologiques, 2002.
Jean-François MARCEL (éd.), Les sciences de l'éducation: des
recherches, une discipline, 2002.
Christiane MONT ANDON, Approches systématiques des dispositifs
pédagogiques: enjeux et méthodes, 2002.
Collectif du MOULIN, Intégrer les formations ouvertes - Résultats et
analyse d'une conférence de consensus, 2002Ouvrage coordonné par
Dominique Fablet
LES INTERVENTIONS
SOCIO-ÉDUCATIVES
ACTUALITÉ DE LA RECHERCHE
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, me de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIE@L'Hannatlan,2002
ISBN: 2-7475-2928-2SOMMAIRE
Avant-propos
Dominique F ablet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .7
Première partie - Les interventions socio-éducatives en
perspective
De la substitution à la formation parentale. Émergence
d'une approche socio-éducative de la parentalité,
P au I Durning. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Stratégies parentales et scolarisation des enfants
handicapés en France,
Jean-Marc Lesain-Delabarre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 49
Enfant maltraité et/ou placé = futur parent maltraitant
et/ou «plaçant»? Les méfaits de l'inversion de
probabilités,
Jacques Lecomte. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . .. . . .. . . . .. . ..73
Interventions socio-éducatives: la place du réseau social
des usagers,
Michel Corbillon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 93
Deuxième partie - Aider et soutenir les familles dans
leur action éducative
Savoirs, pratiques et changement
Michel Boutanquoi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .115
Un outil d'analyse des pratiques pour l'observation des
mesures d'AEMO,
Patrick Rousseau. . . . . . . . . .. . . .. . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . 131
L'Action Éducative Préventive (AEP): une mesure
innovante ?
Dominique F ablet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...153
De l'action en milieu ouvert à la «veille éducative de
proximité» ,
Laurent Ott. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .171Troisième partie - La suppléance familiale
Accueil résidentiel et relations adultes/tout-petits:
l'expérience des « Comunità Alloggio » à Turin,
Paola Molina. . . .. .. . .. . .. . . . . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . . .. .. . ... 199
La prise de décision comme moment éducatif pour des
adolescents en difficulté. Le nécessaire partenariat entre
institution et mesure conjointe,
Bernard Vallerie... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... 219
Droit et action éducative: enquête de sens,
Claude Rouyer. .. ... .. . ... ... ... ... .. . .. . ... ... ... .. . ... ... ..235
Les éducateurs et l'internat spécialisé,
Richard Josefsberg. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..249
Annexes
Présentation de l'équipe de recherche «Éducation
familiale et interventions sociales en direction des
farnill es ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... 275
Les sciences de l'éducation et le travail sociaL.. ... 281
Les sciences de et l'éducation familiale. .... 287
Le DESS d'éducation familiale. Conception,
développement, évaluation des dispositifs d'éducation
familiale et d'interventions socio-éducatives... ... ... 291
6Avant-propos
Dominique Fablet
Dans nos sociétés occidentales contemporaines, et
plus particulièrement en France, les formes d'aide dont
bénéficient les familles pour élever leurs enfants se révèlent
nombreuses et diversifiées: multiplicité des types de
prestations versées, diversité des services «hors secteur
concurrentiel» effectués à domicile par de nombreuses
catégories de travailleurs sociaux, accès à des équipements
sociaux collectifs diversifiés... En dépit de ces différentes
formes d'aide, les groupes familiaux peuvent être
confrontés à des difficultés de natures diverses dans
l'accomplissement des tâches éducatives? entraînant
souvent, mais pas toujours, la mise en œuvre d'interventions
socio-éducatives. Pendant longtemps celles-ci ont consisté
à séparer l'enfant de sa famille, afin que son éducation se
poursuive dans un milieu protégé, alors que depuis ces
dernières années il paraît préférable de procéder autrement.
L'évolution des normes sociales quant aux structures et
modes de vie des familles, dont témoignent les
transformations considérables du droit de la famille
survenues au cours des trente dernières années, n'est pas
étrangère à cette inversion de logique qui a conduit à
privilégier, au nom du maintien des liens entre parents et
enfants, les interventions en direction des familles afin de
les soutenir et les aider dans l'exercice de leurs fonctions
éducatives.
Les interventions socio-éducatives ne recouvrent pas
l'ensemble des interventions sociales poursuivies par lesdifférentes catégories de travailleurs sociaux mais peuvent
être de trois types, en fonction de la position éducative
assurée par les professionnels:
- ceux qui assurent une fonction éducative spécifique
clairement complémentaire de l'action familiale,
comme, par exemple, les personnels exerçant dans les
différents modes d'accueil éducatif de la petite enfance,
les enseignants et personnels chargés de la vie scolaire à
l'école puis au collège, les animateurs qui développent des
activités de loisir, etc.
- ceux qui aident les parents ou le groupe familial à
assurer ses tâches éducatives, notamment lorsque celui-ci
est en difficulté, par exemple dans le cadre d'actions
éducatives en milieu ouvert (AEMO),
- ceux qui, intervenant auprès des parents pour pallier
leurs défaillances, assument souvent à titre temporaire
l'essentiel des activités familiales d'éducation, en internats
ou en services de placement familial, soit le domaine de la
suppléance familiale.
En fonction de cette typologie, établie par P.
Durning (1995), les recherches relatives aux interventions
socio-éducatives s'intéressent aux politiques sociales, aux
dispositifs institutionnels, aux pratiques développées par
différentes catégories de professionnels en direction de
populations spécifiques.
Cet ouvrage collectif se propose donc de témoigner
de l'actualité de la recherche dans le domaine des
interventions socio-éducatives à partir d'un ensemble de
travaux récemment achevés et conduits pour la plupart par
des chercheurs de l'équipe «Éducation familiale et
interventions sociales en direction des familles» du Centre
8de Recherche Éducation et Formation (CREF - EA 1589)
de l'Université de Paris X Nanterrel.
Le projet de coordonner un ouvrage collectif a été
envisagé après la tenue d'un symposium, Les interventions
socio-éducatives en direction des familles, organisé dans
4èmele cadre du congrès de l~AECSE (Association des
Enseignants et Chercheurs en Sciences de l'Éducation) à
Lille, début septembre 20012. Toutefois, on ne s'est pas
limité à la publication des actes de ce symposium;
élargissant la perspective, il nous a pam intéressant
d'ajouter aux textes rédigés à partir des communications
présentées3 ou qui devaient l'être lors du congrès de
l'AECSE à Lille, des contributions faisant état d'autres
recherches récemment menées ou d'interventions
innovantes.
L'ouvrage comprend trois parties. Dans une
première partie, intitulée « Les interventions socio-
éducatives en perspective », sont rassemblées plusieurs
contributions traitant successivement de l'évolution des
interventions socio-éducatives (Paul Durning), des
1 Une présentation de cette équipe figure en annexe ainsi que plusieurs
textes rédigés par certains de ses membres.
2
Responsable: Dominique Fablet; Discutant: Jean-Pierre Pourtois,
Professeur à l'Université de Mons (Belgique), Président de l'AIFREF
(Association internationale de formation et de recherche en éducation
familiale) .
3
Michel Boutanquoi, Michel CorbiIIon, Dominique Fablet, Patrick
Rousseau, Claude Rouyer et Bernard Vallerie ont présenté des
communications lors du symposium Les interventions socio-
éducatives en direction des familles. Dans le cadre du même congrès,
Jean-Marc Lesain-Delabarre a présenté une communication mais au
symposium intitulé Les processus éducatifs au sein des familles,
animé par Bernadette TilIard. Un autre ouvrage collectif coordonné
par Bernadette THIard, Groupes de parents et recherche, devrait
rassembler, selon des modalités comparables, des textes rédigés à
partir de communications présentées dans l'un ou l'autre des deux
symposia ainsi que d'autres articles.
9difficultés rencontrées par les parents pour la scolarisation
de leur enfant handicapé (Jean-Marc Lesain-Delabarre),
des lectures différentes qu'il est possible de faire de la
reproduction intergénérationnelle de la maltraitance et des
conduites de placement en fonction du type de recherche
effectuée (Jacques Lecomte), de l'intérêt, enfin, qu'il y
aurait à prendre davantage en compte le réseau social des
usagers en direction desquels on se propose d'intervenir
(Michel Corbillon).
« Aider et soutenir les familles dans leur action
éducative» est le titre retenu pour la deuxième partie qui
regroupe quatre articles. En scrutant les liens entre
représentations et pratiques de la relation d'aide, Michel
Boutanquoi s'interroge sur la capacité des professionnels à
infléchir leurs façons de travailler depuis que les politiques
publiques les incitent à développer des actions de soutien à
la parentalité. Après la présentation d'un outil d'analyse
de pratiques forgé pour une recherche portant sur des
actions éducatives en milieu ouvert (AEMO)? Patrick
Rousseau livre une partie des résultats de cette recherche.
À partir de l'examen de la mise en place d'un nouveau
type d'intervention censé se situer« en amont» d'AEMO,
Dominique Fablet s'interroge sur le sens de la prévention
dans le domaine socio-éducatif Quant à Laurent Ott, il
met en évidence le caractère innovant d'un dispositif de
« veille éducative de proximité» qu'il a réussi à instaurer
dans une commune de la banlieue parisienne.
La troisième et dernière partie rassemble quatre
contributions fort différentes mais qui ont pour point
commun le développement d'investigations dans le champ
de la suppléance familiale. Alors que Paola Molina
s'intéresse aux relations entre professionnels et jeunes
enfants accueillis dans de petits internats de la province de
Turin, Bernard Vallerie questionne le processus de prise
de décisions concernant des adolescents en difficulté pris
10en charge par des dispositifs de suppléance familiale de
type résidentiel. La recherche menée par Claude Rouyer
appréhende les perceptions des actions éducatives qu'ont
les usagers d'une institution pour enfants et adultes
handicapés de la région Ile-de-France. Enfin, Richard
Josefsberg s'efforce de caractériser la population
d'éducateurs exerçant en internat spécialisé à partir des
questions suivantes: pourquoi les éducateurs choisissent-
ils de venir travailler en internat? Pourquoi s'y
maintiennent-ils?
Tous les textes rassemblés dans ce livre sont inédits~
hormis celui de Paul Durning déjà publié dans la revue Les
Sciences de l'Éducation. Pour l'ère nouvelle, vol. 33 n° 4,
2000, 15-374. La présentation des auteurs suit le plan
retenu pour cet ouvrage.
Présentation des auteurs
Paul Durning est Professeur de Sciences de
l'Éducation à l'Université de Paris X Nanterre. Il co-
anime l'équipe « Éducation familiale et interventions
sociales en direction des familles» du Centre de
Recherche Éducation et Formation (CREF - EA 1589). Il
a publié de nombreux articles et deux ouvrages:
Éducation familiale, acteurs processus et enjeux, aux
Presses Universitaires de France réédité en 1999, et, en
collaboration avec Gérald Boutin, Les Interventions
auprès des parents. Innovations en protection de
l'enfance et en éducation spécialisée, chez Dunod réédité
en 1999. Il est rédacteur en chef de La Revue
internationale de l'éducation familiale.
4 Nous remercions les responsables de la revue qui ont donné leur
accord pour cette nouvelle publication.
IlJean-Marc Lesain-Delabarre est responsable, au
Centre national d'études et de formation pour l'enfance
inadaptée de Suresnes (CNEFEI), de la formation des
directeurs d'établissements d'éducation adaptée ou
spécialisée et de stages de spécialisation des inspecteurs de
l'Éducation nationale. Membre du conseil scientifique de
grandes associations représentatives dans le champ du
handicap, auteur de plusieurs ouvrages sur l'adaptation et
l'intégration scolaire5, il collabore aux travaux de
comparaison internationale sous l'égide de l'European
agency for development in special needs education, et
participe depuis sa création à l'encadrement du DESS
d'Éducation familiale organisé par l'Université de Paris X
Nanterre.
Jacques Lecomte a été journaliste au magazine
Sciences Humaines en tant que responsable de la rubrique
Psychologie durant 6 années. Il est le co-auteur (avec
Stefan Vanistendael) de l'ouvrage Le Bonheur est toujours
possible, construire la résilience, Bayard, 2000.
Il réalise actuellement une thèse de psychologie sur
la résilience des ex-enfants maltraités devenus des parents
non-maltraitants. Il est membre du comité scientifique
consacré à la résilience, au sein de la Fondation pour
l'Enfance (aux côtés notamment de B. Cyrulnik, S.
Tomkiewicz et M. Manciaux).
Il est par ailleurs le traducteur de Self-efficacy,
ouvrage majeur d'Albert Bandura, professeur de
psychologie sociale à Stanford University, qui constitue
une somme de travaux portant sur les facteurs de l'activité
humaine dans une perspective sociocognitiviste (à paraître
en 2002).
5
Cf. notamment: L'Adaptation et l'intégration scolaire. Innovations
et résistances institutionnelles, Paris, ESF, 2000.
12Michel Corbillon est Professeur de Sciences de
l'Éducation à l'Université de Paris X Nanterre. Il co-anime
l'équipe « Éducation familiale et interventions sociales en
direction des familles» du Centre de Recherche Éducation
et Formation (CREF - EA 1589) et il est responsable du
DESS « Éducation familiale - Conception, développement,
évaluation des dispositifs d'éducation familiale et
d'interventions socio-éducatives » organisé par le
Département de Sciences de l'Éducation de l'Université
de Paris X Nanterre. Récemment il a dirigé la publication
d'une sélection de textes regroupés dans l'ouvrage:
Suppléance familiale: nouvelles approches, nouvelles
6èmeCongrèspratiques, Paris, Matrice, 2001, à la suite du
de l'EUSARF qui s'est tenu à l'Université de Paris X
Nanterre du 23 au 26 septembre 1998.
Michel Boutanquoi, éducateur spécialisé de
formation et de pratique initiales, docteur en Sciences de
l'Éducation, est Maître de conférences à l'Université de
Franche-Comté (Département Carrières sociales de l'IUT
de Belfort-Montbéliard) et chercheur au Centre de
Recherche Éducation et Formation (CREF - EA 1589)
dans l'équipe «Éducation familiale et interventions
sociales en direction des familles». Il a publié récemment
l'ouvrage Travail social et pratiques de la relation d'aide,
Paris, L'Harmattan, 2001.
Patrick Rousseau est directeur d'un service
d'AEMO dans le Loiret et chargé de recherche au GREF
(Groupe de Recherche Éducation et Familles). Il participe
à des travaux d'études et de recherches depuis une dizaine
d'années dans le champ de la protection de l'enfance. Ses
travaux, centrés sur les questions relatives aux écrits
professionnels, l'ont progressivement conduit à étudier le
thème des pratiques effectives du travail social.
13Dominique Fablet est enseignant-chercheur au
Département de Sciences de l'Éducation de l'Université de
Paris X Nanterre. Il poursuit des recherches au Centre de
Recherche Éducation et Formation (CREF - EA 1589)
dans l'équipe «Éducation familiale et interventions
sociales en direction des familles» ainsi que des activités
d'intervention-formation dans des établissements et des
services, principalement auprès de professionnels exerçant
dans le champ de la suppléance familiale. AVie,cClaudine
Blanchard-Laville il a coordonné cinq ouvrages collectifs
traitant de l'analyse des pratiques professionnelles:
L'Analyse des pratiques professionnelles (1996), Analyser
les pratiques (1998), Développer
l'analyse des pratiques dans le champ des
interventions socio-éducatives (1999), Pratiques
d'intervention dans les institutions sociales et éducatives
(2000), Sources théoriques et techniques de l'analyse des
pratiques professionnelles (2001), tous publiés dans la
collection «Savoir et Formation» aux éditions
L'Harmattan.
Laurent Ott a été tour à tour éducateur spécialisé,
animateur puis professeur des écoles. Actuellement
directeur d'école, il mène de front des recherches
universitaires (une thèse de philosophie intitulée: Crise de
la Famille ou de la conception de la famille?) et une action
militante à travers l'Association Intermèdes dont il est
membre fondateur. Cette association se propose de
développer des formes innovantes d'intervention sociale
propres à lutter contre l'isolement enfantin et parental.
Laurent Ott est l'auteur de deux ouvrages: Les Enfants
seuls, Paris, Dunod, 2000, et L'École au piquet, Paris,
Albin-Michel 2001.
14Paola Molina est Professore Associato de
Psychologie du Développement à l'Université de Turin
(Italie). Après des études de Philosophie à l'Université de
Milan (Italie), elle a soutenu un Doctorat de Troisième
Cycle en Psychologie à l'Université de Strasbourg
(France). Psychologue, elle a travaillé longtemps dans le
domaine de la formation des éducatrices de la petite
enfance et comme Directrice d'École Maternelle à Milan
pendant un certain nombre d'année. Ses activités de
recherche au Laboratoire de Psychologie du
Développement du Département de de
l'Université de Turin se centrent surtout la petite enfance,
et plus particulièrement: le développement psychologique
dans différents contextes de garde, les représentations de
l'enfant et de ses besoins chez les adultes, la construction
de l'identité par les premières relations, l'évaluation du
développement psychologique dans une perspective
interactionniste. Elle a publié un certain nombre d'articles
de recherche et les ouvrages suivants: Il Bambino, il
riflesso e l'identità (L'enfant, son réflexe et l'identité,
Florence, 1995) et Il Mestiere di educatrice (Le travail de
l'éducatrice), Bergamo, 1995, en collaboration avec
Barbara Ongari).
Bernard Vallerie, éducateur spécialisé, aujourd'hui
chef de service au Service social spécialisé de
l'Association départementale savoyarde de sauvegarde de
l'enfance et de l'adolescence, a soutenu une thèse de
doctorat en sciences de l'éducation, à l'Université Louis
Lumière-Lyon II, en septembre 2000. Dans ce travail (La
Prise d'une décision comme moment éducatif, Lille,
Presses Universitaires du Septentrion, 2002), il s'est
intéressé à la prise des décisions concernant les
adolescents en situation de difficulté s'appuyant sur une
suppléance familiale en accueil résidentiel et plus
15particulièrement à l'articulation des différents pouvoirs en
Jeu.
Claude Rouyer est responsable du CREAS, centre
d'études et de recherches de l'ETSUP (École Supérieure de
Travail Social)~ et chargé de cours à l'université Paris X
Nanterre. Les travaux réalisés par le CREAS s'inscrivent
principalement dans le cadre de l'analyse des pratiques
professionnelles mises en œuvre par les services sociaux et
les établissements sociaux et médico-sociaux. Le CREAS
gère aussi une collection aux éditions de l'École Nationale
de la Santé Publique et Claude Rouyer a coordonné en
2000 un ouvrage intitulé Intervenir auprès des enfants et
des adolescents.
Richard Josefsberg est actuellement directeur d'une
maison d'enfants à caractère social. Il est l'auteur d'un livre
intitulé Internat et Séparations, Toulouse, Érès, 1997.
Doctorant en Sciences de l'Éducation à l'Université de
Paris X Nanterre, il cherche à savoir qui sont les
professionnels de l'enfance qui travaillent dans les
internats. Il participe à la formation de travailleurs sociaux
dans plusieurs écoles.
16Première partie
LES INTERVENTIONS SOCIO-ÉDUCATIVES
EN PERSPECTIVE1
De la substitution à la formation parentale.
Émergence d'une approche socio-éducative de
la parentalité
Paul Durning
Cet article propose une analyse de l'évolution en
cours des interventions socio-éducatives conduites auprès
des parents pour les aider dans l'éducation de leurs enfants
en montrant l'émergence de plus en plus prégnante des
perspectives socio-éducatives. Les recherches centrées sur
les processus éducatifs au sein de la famille, qui ont été
développées dans notre langue au cours des quinze
dernières années, viennent enrichir des approches
longtemps limitées à la seule prise en compte des
dimensions affectives et relationnelles entre parents et
enfants. La meilleure prise en compte de ces dimensions
éducatives conduit à examiner les changements en cours
dans les stratégies d'interventions ainsi qu'à reprendre la
question de la formation des parents qui a longtemps
constitué un tabou. L'évolution constatée vers des actions
plus précoces et moins stigmatisantes n'exclut cependant
pas une tension, parfois exacerbée, entre des approches
privilégiant l'aide aux parents et des perspectives plus
répressives préconisant des placements plus rapides et dessanctions en direction des parents « maltraitants» ou
« défaillants».
L'éducation familiale est classiquement définie à la
fois comme champ de pratiques sociales et comme
discipline de formation et de recherche universitaire.
Celle-ci prend pour objet l'activité parentale d'éducation
qui constitue son noyau central mais embrasse les
multiples interventions sociales mises en œuvre pour
préparer, soutenir, aider, voire suppléer les parents dans
leurs tâches éducatives auprès de leurs enfants (Pourtois et
Desmet, 1988; Pourtois, 1989 (a et b) ; Durning, 1988,
1995 a ; Boutin et Durning, 1994, 1999).
L'activité de recherche s'est développée depuis le
milieu des années 1970 aux États-Unis, notamment en
relation avec la mise en place des programmes
préscolaires dits de compensation Head-start
(Westinghouse L. C., 1969; Zigler et Valentine, 1979) et
Follow through (Weiss et Jacobs, 1988) qui ont donné
l'occasion aux chercheurs en éducation, en travail social,
en psychologie, en sociologie... de venir observer les
processus éducatifs familiaux in situ (Bronfenbrenner,
1974; Shonkoff et Meisels, 1990). Une dizaine d'années
plus tard, on constate un développement rapide de ce
champ en langue française en Belgique (Pourtois,
1979,1989 a; Desmet et Pourtois, 1993,2000) au Québec,
(Terrisse et Boutin, 1994), puis en France (Durning, 1988,
1995 a) et en Suisse (Kellerhals et Montandon, 1991).
Comme outre-Atlantique, celui-ci fut le fait de chercheurs
inscrits dans des thématiques diverses. Les plus nombreux
cherchaient à comprendre l'échec scolaire précoce des
enfants dès leur entrée à l'école (Pourtois, Terrisse),
d'autres étaient des spécialistes de l'éducation des enfants
handicapés (Bouchard, Lambert), d'autres enfin avaient
d'abord étudié l'éducation des enfants en internat
(Tremblay, Hellinckx, Durning, Fablet, Corbillon).
20Le développement de travaux francophones, à partir
du milieu des années 1980, s'est traduit par la mise en
place d'enseignements d'éducation familiale en Belgique
puis en France, par la multiplication de colloques et de
publications largement impulsée par la création en 1986 de
l'Association Internationale pour la Formation et la
Recherche en Éducation Familiale (AIFREF) et enfin,
récemment, par la publication de La revue internationale
de l'éducation familiale depuis 1997. Ainsi, au cours de la
dernière décennie, l'éducation familiale, après la formation
des adultes~ est apparue comme un domaine légitime de
recherche en sciences de l'éducation même si bien
évidemment l'école en demeure l'objet principal.
Nous privilégions ici l'analyse des actions conduites
en direction des parents par les professionnel(les)
éducateurs( trices), puéricultrices et assistantee)s de service
social en esquissant une approche chronologique de
l'évolution des interventions socio-éducatives, du
placement aux spécialisées sous mandat et
aux interventions dites précoces ou préventives. Nous
évoquerons enfin brièvement le contexte idéologique
traversé par des oppositions fortes entre perspectives
d'aide et de répression.
Évolutions des contextes socio-économiques et
familiaux
Le développement actuel doit être réinscrit dans un
contexte économique marqué par plus de vingt années de
crise ayant entraîné une réelle paupérisation
de certains groupes sociaux. Dans une perspective
similaire, convient-il de prendre en compte les grandes
mutations de la vie familiale depuis le milieu des années
1960.
21Les mutations de la situation socio-économique
La crise, parfois dite de 1974, dont les effets ne furent
visibles que quelques années après, façonne largement la
situation sociale dans l'ensemble des pays occidentaux.
Même si les signes d'une reprise des économies
occidentales se multiplient, les contextes socio-historiques
dans lesquels prennent place actuellement les interventions
en direction des familles sont incontestablement marqués
par les effets de la crise économique initiée en 1974.
L'importance et la durée du chômage expliquent, en
bonne partie, la paupérisation et les difficultés dans les
villes. Les sociétés occidentales restent confrontées à un
nombre élevé de chômeurs de longue durée dont on sait
qu'ils accumulent des difficultés familiales, de logement et
d'insertion qui rendent leur retour sur le marché du travail
problématique. De plus, le chômage a particulièrement
touché les jeunes sortis du système scolaire sans véritable
qualification, créant une rupture entre la formation initiale
et l'entrée dans le monde du travail qui s'effectue souvent à
travers la répétition de « petits boulots» précaires.
Ces problèmes sont corrélés à ceux que l'on rencontre
dans le champ scolaire: échecs massifs, analphabétisme,
abandons, violences et racket, notamment dans certains
collèges à la périphérie des villes tant en France qu'aux
États-Unis et au Canada. On pourrait ajouter à cette liste les
difficultés rencontrées par les jeunes « issus de
l'immigration» .
Pourtant le poids de la pauvreté fait actuellement
débat. Le fait que celle-ci ne soit pas une cause suffisante
pour faire l'objet d'interventions socio-éducatives conduit
les intervenants à minimiser son importance et à privilégier
les dimensions psychopathologiques que les familles elles-
mêmes évoquent pour expliquer leur recours volontaire ou
contraint à de telles interventions.
22Un rapport récent de l'Observatoire national de
l'action sociale décentralisée (ODAS) analyse les
« principales problématiques familiales facteurs de danger»
à l'origine des signalements de situations de maltraitance
dans 55 départements français et confirme le peu
d'importance accordée aux facteurs socio-économiques.
Alors que les carences éducatives, à nos yeux
modalité de maltraitance plus que « motif de maltraitance »,
seraient le premier facteur dans 73% des signalements,
suivies par les divorces et séparations (10%) et les
problèmes psychiatriques (9%), l'alcoolisme et la
toxicomanie (4%). Les autres facteurs apparaissent comme
des facteurs marginaux: difficultés financières (0%),
chômage/précarité (2%), habitat (2%) et maladie et
handicap (0%). Si l'on cumule les trois premiers facteurs
classés pour justifier le signalement, les résultats sont très
comparables: les carences éducatives obtiennent 84%, les
divorces et séparations comme les problèmes psychiatriques
65%, l'alcoolisme et la toxicomanie 29%; par contre les
difficultés financières n'obtiennent que Il %, le chômage et
la précarité 9%, l'habitat 2% et la maladie et le handicap
7% (Source ODAS, 2000).
L'auteur de l'étude évoque donc « la prégnance des
problématiques relationnelles et l'influence restreinte des à caractère économique» (Ibid., p. 7). Le
fait que les intervenants n'évoquent les facteurs
économiques que pour éclairer Il % des signalements ne
signifie cependant pas que Il % des familles soient pauvres
mais peut être relié au fait que l'information sur la situation
économique figure très rarement dans les dossiers même
lors de mesures d'action éducative en milieu ouvert.
Velpry & al. (2000) analysant les dossiers d'enfants
sortant de prise en charge ASE en 1980 relèvent que 63%
ne mentionnent pas la profession du père et qu'en 1990
57% sont sans informations sur ce même point.
23Dans l'étude conduite par Corbillon & al. (1999) les
informations sur la situation professionnelle et économique
ne figurent pas dans de très nombreux dossiers de familles
faisant l'objet d'une action éducative en milieu ouvert.
Quand ces informations sont connues, elles
confirment que de très nombreuses familles sont pauvres:
pour 20% seulement des familles ayant bénéficié d'une
AEMO, Velpry & al. (2000) relèvent une absence de
problèmes ou signalent des problèmes ponctuels. Pour 38%
des situations, ils notent un endettement et ou une précarité,
pour 3% une grande précarité. Enfin, 5% des parents sont
absents ou décédés.
Les Inspecteurs généraux Naves et Cathala (2000)
ayant été chargés de vérifier les affirmations d'ATD Quart
Monde, selon lesquelles de nombreuses décisions de
placement sont prises pour des raisons socio-économiques,
ont notamment constitué une cohorte de 114 familles dont
un enfant avait été placé. Bien que 43 de celles-ci
comportent trois enfants et plus, strictement aucune n'avait
de ressources supérieures à 10 OOOFpar mois: «le plus
souvent ces ménages vivent seulement de prestations
diverses, allocations familiales, RMI » (p. 18).
Deux tiers des situations connues s'avèrent donc
socialement problématiques. Les familles en difficulté
économique constituent l'essentiel des recevant de
telles interventions mais, bien évidemment, beaucoup de
familles même très pauvres ne font pas l'objet de
signalements et de prises en charge spécialisées.
La question est donc celle d'une compréhension
approfondie des liens entre la situation socio-économique
et les troubles psychopathologiques dans les groupes
familiaux, notamment en situation de grande pauvreté. Ces
résultats confirment qu'aux yeux des intervenants les
difficultés psychologiques et relationnelles prennent le pas
sur les difficultés de santé, de logement et de revenu pour
24éclairer les carences éducatives à l'origine des
signalements. Un débat en partie comparable concerne les
liens entre risques de maltraitance et certaines formes
familiales.
Les transformations de la vie familiale et de la place de
l'enfant
Des naissances fortement planifiées: «un enfant si je
veux, quand je veux»
La diminution du nombre d'enfants est une
caractéristique de tous les pays occidentaux. Ainsi, le taux
de fécondité global est passé en France de 2,9 enfants par
femme en 1965 à 1,7 avec des variations limitées depuis
une dizaine d'années. Dans leur ensemble, les pays
occidentaux affichent des taux de fécondité inférieurs à
deux enfants.
Même si la baisse de la fécondité a précédé la
généralisation de la contraception orale, le changement le
plus fondamental de la vie familiale est sûrement la
maîtrise de la natalité par un développement et un usage
généralisés des techniques de contraception, complétés
dans de nombreux pays occidentaux par la libéralisation
de l'interruption de grossesse.
Au cours des trente dernières années, les naissances
non désirées ont beaucoup diminué et concernent surtout
les femmes issues de milieux sociaux défavorisés ou
confrontées à des problèmes psycho-sociaux.
La maîtrise des conditions de procréation par
l'évitement de naissances non désirées s'accompagne
simultanément d'un développement des attentes et des
techniques de lutte contre la stérilité ou l'hypofécondité.
Le développement, depuis les années 1980, de
l'insémination artificielle avec donneur, puis des
techniques de fécondation «in vitro» ont permis à de
25nombreux couples de procréer malgré des difficultés jadis
insurmontables. Le coût psychologique et financier élevé
des procréations médicalement assistées est une indication
du prix que des parents et une société sont prêts à payer
pour un enfant.
Une désinstitutionnalisation des relations conjugales
Au-delà du strict contrôle de la fécondité, il est
incontestable que les modes de vie familiaux poursuivent
une évolution commencée au cœur des années 1960 dont
certaines manifestations sont évidentes.
Les parents sont moins souvent mariés et beaucoup
plus nombreux que ce n'était le cas précédemment à
divorcer ou à se séparer, puis à recomposer un nouveau
couple conjugal. En France, le taux des naissances hors
mariage est passé de 6% à 40% entre 1965 et 1997. Dans
le même temps, le taux des mariages se terminant par un
divorce a triplé, passant de 10 à 30%. Soulignons
cependant que la grande majorité des enfants restent
élevés par leurs deux parents (c'est le cas, en France, pour
près de 85% des enfants mineurs6).
Ces chiffres ne traduisent pas un rejet de la vie
familiale mais bien une remise en cause des institutions
sociales et tout particulièrement celle du mariage. Les
modes d'organisation familiaux deviennent en quelque
sorte affaire de choix privés et de contrats interindividuels
à tout moment renégociables. Louis Roussel (1989)
évoquait malicieusement la famille «club» qui ne dure
que tant que le bénéfice retiré apparaît à chacun de ses
membres comme satisfaisant eu égard à l'investissement
consenti. La diversité des formes de vie familiale se traduit
6
Il % des enfants vivent avec un seul parent et 5% dans une famille
recomposée, rappelons pour mémoire que les familles biparentales
ont, en moyenne, plus d'enfants.
26notamment par la multiplication des formes familiales
autres que strictement biparentales: accroissement massif
du nombre de familles monoparentales, composées d'un
adulte (9 fois sur 10 la mère), des
recompositions familiales mais aussi des familles
homosexuelles ou encore des couples ne co-résidant pas.
La fragilité de la cellule familiale apparaît donc évidente,
y compris pour les enfants: l'expérience des camarades,
des médias, leur confirme les risques de bouleversements
moins par décès, comme dans la famille du passé, que par
les conflits et séparations du couple parental.
Ces transformations sont incontestables et bien
connues; elles posent à de nombreuses familles des
questions difficiles relatives au maintien des rôles
parentaux après la dissolution du couple conjugal.
Cependant, la plupart des familles dites nouvelles,
monoparentales, recomposées ou encore homosexuelles ne
sollicitent pas d'interventions des services sociaux. On sait
que la grande majorité des enfants vivant dans une famille
monoparentale ou dans une ou deux familles recomposées
semblent se porter aussi bien que leurs camarades élevés
dans des contextes biparentaux traditionnels.
Par contre, la situation est très différente si l'on
considère les familles en difficulté qui constituent «la
clientèle» du travail social. Celles-ci sont, sinon
« nouvelles », du moins rarement biparentales stables,
mais, le plus souvent monoparentales ou recomposées. En
outre les recompositions sont souvent, transitoires pour ne
pas employer l'expression québécoise de «couples
instables». Les études montrent même que les familles
biparentales ne voient que rarement leurs enfants placés et
sont peu suiviesen AEMO (Durning,2000).
Nous allons examiner successivement les
interventions socio-éducatives traditionnelles avant
d'éclairer l'émergence des publications et des
27interventions centrées sur la «parentalité» dont nous
soulignerons qu'elles appellent des transformations
importantes des pratiques d'intervention sociale.
Enfin nous rappellerons que le développement de ces
approches n'exclut pas certains appels à des interventions
explicitement répressives.
Le développement d'interventions spécialisées en
milieu ouvert
Notre propos développe l'expérience acquise dans la
rédaction d'un ouvrage menée en étroite coopération avec
mon collègue québécois Gérald Boutin (Boutin, Durning,
1994, 1999). Ayant tous les deux l'expérience du choc
ressenti par les professionnels français ou québécois, en
stage ou en formation dans un autre pays, nous partagions
la difficulté de mettre en perspective les travaux d'origine
nord-américaine ou nord-européenne concernant les
interventions auprès des parents dites en « milieu ouvert »
avec l'expérience et les travaux français. Nous avons donc
entrepris de décrire et d'analyser les différentes modalités
d'intervention en direction des parents mises en œuvre
dans les principaux pays occidentaux, en nous appuyant
principalement sur notre connaissance des réalités
françaises et nord-américaines.
Placer pour réparer
Historiquement la première modalité d'intervention
éducative en direction des parents fut le retrait de l'enfant
et son placement dans un établissement spécialisé, hospice
puis internat. Le placement dans ces institutions était le
plus souvent justifié par l'opportunité d'une séparation du
milieu ordinaire considéré comme incompétent ou
dangereux. Dans certains cas, notamment de graves
28handicaps physiques, c'est la nécessité de bénéficier de
prestations spécifiques importantes et coûteuses qui
justifiait le regroupement en internat.
Cette politique fut progressivement remise en cause
à partir des années 1970 en raison de son coût mais aussi
des difficultés de réinsertion sociale de jeunes élevés dans
ces institutions (Fablet, 1993). La prise en charge
éducative des enfants placés « en situation de suppléance
familiale» (Durning, 1986) a fait l'objet de travaux de
2èmerecherche depuis la fin de la guerre mondiale (Redl,
1973 a et b). En France~ depuis le milieu des années 1970
les chercheurs ont privilégié l'étude des relations entre
éducateurs et enfants (Durning 1985, 1992) entre
professionnel(le)s (Fablet, 1998), entre parents et (Mackiewicz, 1998).
D'autres recherches ont porté sur l'efficacité des
placements (Tremblay,1980) et l'étude du devenir des
jeunes après le placement (Corbillon, Assailly, Duyme,
1987, 1990). Signalons enfin un développement des
recherches centrées sur les situations de maltraitance en
institution (Durning, 1982, 1997; Tomkiewicz et Vivet,
1991) qui conduisent à ne pas considérer qu'un placement
constitue systématiquement une mesure de protection pour
un enfant maltraité dans sa famille.
Des interventions spécialisées en milieu ordinaire
La diminution du nombre de placements (effective
au début des années 1980) fut précédée et s'accompagna
d'un développement d'interventions spécialisées à visées
préventives ou alternatives au placement menées en milieu
dit ordinaire (Fablet, 1993), le plus souvent, au sein de la
famille (AEMO, SESSAD etc.) ou dans des structures de
garde ordinaire (Corbillon, 1993 ; Miron, 1998).
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