Les premiers pas dans la vie d'un enfant d'Afrique Noire

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Les croyances et pratiques qui entourent l'attente de l'enfant, sa venue au monde et son accueil parmi les hommes sont toujours particulièrement significatives. Le groupe familial et social est comme mobilisé autour du nouveau venu, car c'est son propre avenir qui se joue là. Il projette sur lui ses conceptions de la nature et du destin humains. Il s'interroge sur la personnalité de celui qui n'est encore qu'un " étranger " qu'il faut progressivement apprivoiser et intégrer. Il le soumet à un traitement représentatif de sa hiérarchie des valeurs et de sa psychologie profonde, qui s'expriment autant au travers d'une symbolique rituelle que d'une orientation des techniques de puériculture. Au moment de sa première édition, le présent ouvrage cherchait à faire le point des connaissances relatives à la petite enfance en Afrique noire. Depuis lors, certes, bien des éléments sont venus compléter et affiner la perception que nous avons de ces choses. Mais la présentation qui est faite ici et les hypothèses qui sont émises n'ont rien perdu de leur actualité.
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296146723
Nombre de pages : 356
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LES PREMIERS PAS DANS LA VIE DE L'ENFANT D'AFRIQUE NOIRE

OUVRAGES DU MEME AUTEUR Histoire de l'Afrique occidentale et Histoire de l'Afrique de l'Ouest, manuels scolaires, Editions Saint-Paul, 1961 et 1966. L'enfant dans la pensée traditionnelle de l'Afrique noire, Editions de l'Ecole, 1968 (Childhood and cosmos, Black Orpheus Press, USA). Les premiers pas dans la vie de l'enfant d'Afrique noire. Naissance et première enfance, Editions de l'Ecole, 1972. The child and his environment in Black Africa, Oxford University Press de Nairobi, 1981. La réussite des études, Editions Saint-Paul, 1973. Sur les sentiers de l'Université. Autobiographies d'étudiants zaïrois, 1977, chez l'auteur, 6, rue Victor Huen, 68000 Colmar. L'enseignement dans les pays pauvres. Modèles et propositions, Editions de l'Harmattan, 1977. De l'éducation traditionnelle à l'enseignement moderne au Rwanda. 1900-1975,1978, Centre de reproduction des thèses d'Etat. Ethnologie de l'éducation, PUF, 1981 (Etnologia da educacaô, Zahar, Rio de Janeiro, 1982). Ecoles d'Eglise en Afrique noire. Poids du passé et perspectives d'avenir, Neue Zeitschrift für Missionswissenschaft, Immensee, Suisse, 1982. La légende du Bouddha et La légende de Zarathoustra, Editions Triades, 1982. L'éducation sexuelle dans la vie traditionnelle de ['Afrique noire, n° 112, 1978 de L'enfant en milieu tropical, Centre International de ]'enfance. Clochards à Strasbourg, chez l'auteur, 1983. L'ethnologie dans la salle de classe, in: Sciences de l'Education, fascicule 1, CRDP Strasbourg, 1984.

Pierre ERNY

LES PREMIERS PAS DANS LA VIE DE L'ENFANT D'AFRIQUE NOIRE
Naissance et première enfance

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Introduction

c II Y a sur terre une joule de choses dont les hommes ignorent la nature et le but. Nzambi. Dieu sait pourquoi il/es a faites. Les vagissements et les premiers bégaiements des enfants, les cris des animaux, $ont des secrets de Nzambi. Nzambi les comprend, nous autres hommes nous ne les comprenons pas. ~ (Paroles d'informateur, citées par J. Van Wing, Etudes bakongo.) c Brusquement, venant d'une habitation voisine, monta, douloureux, un cri d'enfant qui, vite, emplit la montagne et me rappela d'autres cri$ entendus loin de là. La conversation cessa tout à fait, et je pensai qu'au-delà de la science, et pour que celte dernière reste vivante, humaine et bralante, il fallait aussi regarder les fleurs des prés et le haut mil qui frôle le ciel, écouter les oiseaux qui chantent dans les arbres et surtout ne pas oublier que les enfants, quelle que soil leur couleur, pleurent tous pour les mêmes raisons. :aJ ean- Paul LEBEUF,

Quand l'or était vivant. A venture au Tchad.

L'enfant d'homme se distingue du petit animal par son immaturité à la naissance. TI est totalement dépendant à l'égard de ceux qui l'environnent et surtout de la figure maternelle. 'Durant la première année qui suit sà venue au monde, il apparaît, selon l'expression du biologiste A. Portmann, comme une sorte d'embryon extra-utérin. Cette immaturité, cet inachèvement, cette nécessité qui le caractérise de tout recevoir de l'extérieur et des autres, expliquent dans une certaine mesure que son comportement ne soit pas lié à la fixité d'un instinct, mais que dès avant sa naissance l'enfant soit ouvert aux influences culturelles et se laisse imprégner par elles. La société utilise cette malléabilité et ce vide que laisse la nature pour façonner le nouvel être en fonction de ses normes et de ses traditions, en fonction de ce qu'en un mot on peut appeler sa culture. De là résulte l'importance que revêt l'étude de la petite enfance pour toute anthropologie et pour toute psychologie. L'examen du folklore des peu-pIes montre d'autre part que rien ne préoccupe autant les humains que la venue ou le départ de l'un d'entre eux. Naissance et mort sont, avec la puberté, les moments décisifs et critiques par excellence où s'accomplit un passage radical et où l'on touche du doigt les mystères inhérents à la condition humaine. Tout autant que le philosophe, l'homme du peuple est saisi par ces manifestations qui le dépassent et le mettent au contact de l'ineffable, du transcendant, d'un c sacré:) à la fois fascinant et redoutable. Il cherche à sa manière à déchiffrer ces faits, à comprendre ce qu'ils recouvrent, à deviner leur face invisible, puis, comme ils sont émotionnellement très chargés, à s'en protéger en les canalisant Il

et en les endiguant. Il faut voir dans ces tentatives l'origine de la multitude de rites, d'interdits et d'on-dit de toute sorte qui caractérisent les moments de passage. L'être humain y apparaît à la fois fragile et dangereux, vulnérable et doté d'une sorte de. charge numineuse. La situation exige, pour lui et pour les autres, des mesures d'affermissement, de purification et de préservation. Même dans les sociétés les plus désacralisées, ce sont ces moments-là qui demeurent marqués par des actions rituelles et liturgiques. L'étude du folklore d'Europe montre que les pratiques et les représentations qui touchent au début et au terme de la vie sont parmi les plus tenaces et les plus enracinées; après vingt siècles d'influence chrétienne, on peut y relever des modes de penser qui remontent bien plus haut. Plus l'instant critique se rapproche, plus on prête attention à certains événements significatifs, plus s'amplifient et se multiplient les prescriptions et les interdits. A mesure, par contre, que l'on s'en éloigne, on se rassure et la vie reprend son cours normal. Aux débuts de l'existence, tout est important, les premiers mouvements du fœtus, le premier cri, le premier bain, le premier éternuement, la mise au sein, le premier sourire, la première sortie. Puis, insensiblement, tout se tasse et rentre dans cet ordre .par excellence qu'est l'ordinaire; la phase dangereuse est heureusement surmontée, l'enfant s'habitue à sa nouvelle existence, les craintes du début s'évanouissent peu à peu. Dans certaines traditions paysannes d'Europe, on observait soigneusement si le bébé pleurait au moment de son baptême ou si le prêtre bégayait en prononçant les formules rituelles, et on ne manquait pas d'en tirer des conclusions sur l'avenir et la destinée du futur homme. En Afrique noire, les pratiques, les coutumes et les représentations qui entourent la venue au monde et la vie du nourrisson sont d'une richesse absolument débordante. TI ne peut être question ici de les analyser pour elles-mêmes comme elles le mériteraient. Nous nous contenterons de les exposer d'une manière très succincte et très schématique. Mais chemin faisant, nous nous demanderons quelles indications nous pouvons tirer des données ethnographiques ainsi accumulées quant à la psychologie et à l'anthropologie des populations négro-africaines, quant à la manière dont elles conçoivent la personne humaine, sa genèse, sa dynamique, son insertion dans ce monde-ci et ses relations avec l'autre monde, quant aux attitudes face à la vie qui caractérisent leur culture, aux catégories qui leur servent à penser 12

l'homme et Dieu, l'en-deçà et l'au-delà.. L'enfant que l'on attend et qui vient parmi les siens sert toujours de lieu de projection aux désirs et aux visées de son entourage.. Dans la manière même dont sur le plan de la pensée, de l'affectivité et des manifestations sociales un groupe humain réagit à l'arrivée d'un nouveau membre, il trahit sa position profonde en face de l'existence.. Nous suivrons l'évolution du petit d'homme depuis le moment de sa conception jusqu'à celui du sevrage, donc en gros durant toute la période où l'enfant est lié biologiquement à sa mère, d'abord par le lien du sang, puis par le lien du lait. Nous verrons ainsi se former trois couples successifs: la future mère et le fœtus, l'accouchée et le nouveau-né, la mère et le nourrisson. Quand nous parlerons de psychologie, nous le ferons dans une double perspective.. Il faut en effet tenir compte d'abord du fait que les populations traditionnelles ont elles-mêmes sur l'enfant, sa nature, son développen1ent et son comportement des idées précises et cohérentes qui à la fois déterminent et reflètent les at~itudes que les mères et l'entourage adoptent à l'égard des petits. Toute puériculture, comme toute éducation, a pour fondement une anthropologie et une psychologie: une certaine vision de l'homme la guide, l'oriente en tel sens plutôt qu'en tel autre, donne une raison d'être à ses pratiques. Cette anthropologie est certes plus souvent implicite qu'explicite, subconsciente que consciente.. Il faut la déchiffrer, la décrypter à partir des croyances qui ont cours, des rites qui sont pratiqués, des comportements que l'on peut observer. Nous parlerons ensuite de psychologie au sens où l'entend habituellement la science moderne. Nous examinerons comment l'environnement matériel et le climat affectif dans lesquels évolue l'enfant agissent sur sa personnalité aux premières étapes de la croissance, déterminent son comportement et orientent la formation de son caractère et de son esprit dans un sens bien défini.. Mais l'enfant n'ayant d'existence à ce stade que dans la relation qui le lie à sa mère, il nous faudra nécessairement nous référer à la psychologie propre de la femme africaine et à tout ce qui est en mesure de l'influencer. Les conditions dans lesquelles se déroule la vie familiale ont une importance toute particulière pour comprendre le contenu et l'orientation que prend la vie émotionnelle. On ne saurait d'ailleurs séparer artificiellement la psychologie de l'enfant de celle de ]'adulte.. Education et évolution enfantines sont entièrement fonction de l'idéal
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d'homme qu'une société cherche à promouvoir et du type de personnalité qu'elle induit par tout son dynamisme. Pour comprendre le jeune Africain et les modèles auxquels il s'identifie il faut se référer à l'appel que l'aîné lui adresse dans son cadre culturel propre. On est bien convaincu aujourd'hui que les grands axes selon lesquels s'organise le caractère prennent leur origine dans les expériences du nourrisson, et celles-ci formeront toujours la toile de fond de sa vie mentale. Entre la culture qui caractérise l'ethnie et l'individu qui doit la faire sienne, les parents, et surtout la mère, exercent une médiation fondamentale dès avant la naissance de l'enfant, et c'est au cours des premières périodes de la vie que se situent les moments critiques favorables à la fixation des réactions affectives. La première éducation est comme le moule où se façonne et se durcit la personnalité sociale de l'individu. Nous pouvons qualifier de diffuse la pédagogie qui se rapporte à cette période, car sans que l'on s'en rende compte elle est présente dans tous les gestes de la mère. L'instinct maternel prend grâce à elle des formes culturellement déterminées. C'est ainsi que la mère africaine se conduit selon les modèles qu'elle a couramment sous les yeux, à la manière dont elle-même a été élevée et dont elle a procédé dès son jeune âge quand elle s'occupait de ses cadets. Mais que les pratiques de puériculture soient peu conscientes et peu réfléchies ne veut nullement dire qu'elles restent floues. Au contraire, elles ont un caractère socialement obligatoire qui leur confère une certaine rigidité et fait que, dans un groupe culturellement stable, on éduque les enfants d'une manière sensiblement identique d'une génération à l'autre. C'est parce que tout le monde fait ainsi" et que l'entourage n'admettrait pas que l'on déroge à la règle, que la mère est en quelque sorte dispensée de réfléchir à"l'éducation qu'elle va donner à ce stade; elle n'a qu'à se laisser porter par le courant et se conformer aux multiples impératifs que la tradition lui impose. Les principes de la puériculture moderne rencontrent en général une passivité et une résistance insurmontables tant que la femme vit en contexte coutumier. C'est cette constance et cette rigidité des pratiques qui donnent à la puériculture une telle importan<;e quand on cherche à comprendre les origines du caractère ethnique ou de la personnalité de base d'un peuple. Entre les traits communs à tous les hommes et ceux qui sont particuliers à chaque individu, nous trouvons ces caractéristiques mentales difficiles à définir qui sont
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l'apanage d'un groupe, d'une ethnie, d'un peuple donné, et qui proviennent du fait que tous leurs membres ont été élevés dans une ambiance éducative similaire. Le petit enfant d'Afrique noire n'a malheureusement guère été soumis jusqu'ici à une investigation détaillée, approfondie et systématique. Toute généralisation demeure très aléatoire, bien qu'il existe à l'évidence de remarquables constances culturelles et psychologiques à travers le continent. Dans L'enfant dans la pensée traditionnelle de l'Afrique noire, nous avons esquissé l'arrière-plan idéologique qui donne un sens aux rites, coutumes et pratiques concernant l'enfance. Nous ne reviendrons ici qu'occasionnellement aux grands thèmes paidologiques que nous y avons analysés. Les pratiques traditionnelles et l'idéologie qui leur donne un sens relèvent évidemment d'un système de pensée que l'évolution actuelle entame de plus en plus. TI faut cependant tenir compte du fait que, durant sa première enfance, le jeune Africain baigne, beaucoup plus qu'à aucun autre moment de sa croissance, dans une atmosphère dominée par des modèles coutumiers. Ceci vaut même en milieu urbain, même pour la partie la plus acculturée de la population. L'éducation évolue très rapidement à l'âge scolaire, elle est beaucoup plus conservatrice au cours des années qui précèdent, tant que l'enfant reste dans la sphère maternelle. Pour qu'une entreprise pédagogique de quelque ordre qu'elle soit porte des fruits en profondeur, il faut nécessairement qu'elle se fonde sur une juste appréciation et une connaissance adéquate de la situation de l'enfant dans son milieu de vie. On ne peut agir efficacement à ce niveau que si l'on connaît les coutumes, leur vraie portée, leur signification, si l'on sait où se trouvent les problèmes cruciaux dans l'opinion des intéressés euxmêmes et dans quelles directions ceux-ci cherchent à y répondre. Cette connaissance éviterait certes bien des faux pas, des incompréhensions, des jugements hâtifs. Il serait illusoire de vouloir maintenir des manières de faire qui ne correspondent plus à la mentalité de demain. Mais la ténacité qui caractérise ces représentations et ces pratiques, les incidences considérables qu'elles ont encore sur la vie de la mère et du nourrisson, font qu'on ne peut les ignorer et les négliger. Les détruire inconsidérément et imprudemment peut d'ailleurs toucher des sociétés entières au plus profond de leur sensibilité, au plus intime de leur vie spirituelle. Mais est-il vraiment nécessaire de détruire pour éduquer et pour 15

promouvoir? N'est-ce pas dans la mesure où l'on ignore et veut ignorer l'esprit qui anime la puériculture traditionnelle, que l'on est tenté de la déprécier, d'en minimiser l'intérêt, de la condamner? Elle est née d'une longue expérience et réalise souvent une adaptation remarquable aux conditions du milieu. Elle doit évoluer dans la mesure même où le milieu évolue et au même rythme. Nous espérons montrer dans les pages qui suivent combien les traditions religieuses de l'Afrique sont riches en images-archétypes, qu'il nous est possible d'y pêcher encore aujourd'hui, selon l'expression de L. S. Senghor, ces c poissons des grandes profondeurs J. capables de ranimer et de rendre signifiante notre existence d'hommes modernes.

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I. SEXUALITÉ ET PROCRÉATION L'ENFANT ATTENDU

,Dans l'ensemble des cultures négro-africaines, la sexualité apparaît d'abord comme une catégorie de la pensée. L'univers entier est divisé en deux parties, l'une mâle, l'autre femelle. Tout être, tout objet, quel qu'il soit, est sexué. Au plan macrocosmique cette dualité éclate dans l'opposition entre le ciel mâle et la terre femelle, l'un fécondant l'autre par la pluie, faisant naître d'elle ces c enfants Jo que sont les plantes. Les mythes présentent souvent la création du monde comme une gestation, les premiers hommes issus d'une matrice originelle descendent vers le bas avec la terre-placenta à l'aide d'un cordon... {ombilical}. Tout ce qui est produit naturellement ou artificiellement vient à l'existence par W1 c enfantement,. : le forgeron « donne naissance:) à l'outil qu'il fabrique, le locuteur c engendre )0 la parole qu'il émet, etc. L'union et la fécondité du couple humain sont ainsi projetés sur l'ensemble de la réalité cosmique et servent en quelque sorte d'instruments conceptuels à la pensée, de catégories mentales pour interpréter très concrètement et donner un sens aux phénomènes que l'on observe autour de soi. Le cycle lunaire sera mis en rapport avec le cycle menstruel; le feu de la forge préludant à la naissance de l'objet évoque la « chaleur> de l'orgasme; le cultivateur qui avec sa houe débrousse son champ déflore la terre-mère pour pouvoir l'ensemencer. Prise globalement et prise dans le détail, la vie de l'univers se comprend comme un accouplement et un enfantement toujours renouvelés. L'univers est un couple qui procrée. Parler en Afrique noire de sexualité sans en percevoir les dimensions cosmiques, e' est .manifestement passer à côté de l'essentiel. Le va-et-vient idéologique qui s'instaure entre le couple humain et le 19

monde permet un jeu quasiment infini de connotations extrêmement rÎch<..:s. L'univers africain apparaît ainsi non seulement comme profondém<..:nt humanisé, puisque l'homme lui sert de prototype, mais encore conlme véritablement anthropocentré. Ce "n'est pourtant pas l'homrnc solitaire qui se trouve en son centre, ni une abstraite personne humaine, mais c'est le couple fécond, l'homme et la femme unis dans l'acte procréateur. Dans l'univers mental de l'homme traditionnel, univers de chasseur, de cultivateur et d'éleveur, la fécondité sous toutes ses formes représente évidemment la valeur première: fécondité des arbres, des champs, des animaux domestiques et sauvages. 'Mais aussi fécondité des femmes. Tout cela d'ailleurs ne fait plus ou moins qu'un. « Quand on demande des femmes et des enfants, c'est comme si l'on demandait du mil. La prière suit le même chemin:., disent les Dogon. Voici le type d'imploration que dans cette ethnie on adresse à AmmaDieu: « Donne le mariage, donne les enfants, multiplie les hommes. Donne les huit graines et la calebasse qui fait neuf. Donne le sel de la pluie, du mil, des femmes, des enfants à naître. :. La fécondité, même du couple humain, répond à une nécessité cosmique. L'infécondité et la stérilité seront par voie de conséquence liées à un désordre cosmique. En second lieu, la fécondité est aussi une nécessité économique. Toute la richesse d'une société paysanne faiblement insérée dans une économie monétaire, sans outillage développé, se trouve dans les hommes. EUe est fonction de l'abondance en main-d'œuvre. Plus on a de femmes et d'enfants, plus on dispose de bras pour travailler, plus grande sera la surface cultivée, plus nombreux seront les greniers et les bêtes du troupeau. Plus on est riche, intelligent et débrouillard, plus on aura d'enfants (à l'opposé de ce qui se passe en Europe). Dans ce type d'économie, avoir des épouses et une progéniture nombreuses représente une forme de capitalisation et de spéculation, une des seules possibles. L'homme attend d'ailleurs l'état idéal de paterfamilias où une nombreuse descendance travaille pour lui et sous ses ordres, où il peut être assuré d'une vieillesse heureuse et sans souci, consacrée aux affaires spirituelles, à la méditation, au culte de la tradition, aux longues conversations entre amis de la même classe d'âge, à la direction de la communauté viIlageoise au sein du conseil des anciens, aux coutumes, aux sacrifices, aux rites agricoles et domestiques, à la sanctification des siens. Loin d'être

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une charge, avoir des enfants assure l'avenir sur le plan socio-économique et confère du prestige, de la considération sociale. C'est le symbole de la puissance, le signe de la richesse, la condition de l'abondance. Pour le groupe au sens large, tout accroissement en nombre représente aussi un accroissenlent en force et en cohésion. Mais il faut aller plus loin encore. La fécondité est pour l'être humain une nécessité ontologique. Sa survie est en jeu. Il ne s'agit pas seulement d'avoir un soutien dans sa vieillesse et d'être sûr que quelqu'un sera là pour assurer des funérailles décentes. L'homme qui n'a pas d'enfants restera, après sa mort, au stade de défunt, de de-functus, d'être privé de fonction: il ne peut accéder au stade d'ancêtre, car cela n'est possible que dans la mesure où l'on est ancêtre pour quelqu'un, dans la mesure où l'on a des descendants sur qui on peut avoir prise, sur qui on peut exercer une influence, en qui on peut se prolonger soi-même et se perpétuer. On connaît le rôle que jouent les ancêtres dans l'univers religieux de l'homme traditionnel; Je bonheur des vivants dépend de leur bon vouloir. Mais au niveau de l'existence, ce sont les ancêtres qui dépendent des vivants: ils n'ont de réalité et de fonction, ils ne sont quelqu'un que dans la mesure où ils peuvent exercer leur influence sur des hommes de la génération actuellement présente sur terre, où ils peuvent intervenir dans leurs affaires, exaucer ou refuser leurs prières, donner Jeur nom aux enfants qui naissent et ainsi se survivre, revivre en eux. Mourir sans enfants, c'est « mourir complètement». Par contre, comme l'affirme un proverbe kongo, « si tu es père, tu peux être déterré». L'enfant est le seul remède contre la mort, lui seul permet d'échapper au néant existentiel. La stérilité représente un drame métaphysique: non seulement la personne qui en est affectée oppose un barrage aux puissances de vie et aux défunts qui voudraient reprendre corps dans leur lignée, mais sa propre survie est compromise et celle du lignage menacée. L'homme fécond, par contre, ressemble à un fruit mûr: un jour il tombera en terre et pourrira, mais à travers ses graines il est assuré de se perpétuer (1).
(1) Analysant les données du langage chez les Ba10uba et les Bahemba, P. Mwamba a montré que "zwana, J'enfant, est celui qui accomplit l'extension ad extra de l'être: entrant, par la médiation de l'avoir dans une relation vitale avec lui, il en fait désorn1ais partie. « On ne peut se défaire de la relation établie avec "on extenl\Îon par excel1ence qu'est l'enfant. Une fine nlariée ne cesse 21

L'ensemble de ces données nous montre que dans sa philosophie de l'existence l'homme d'Afrique est profondément vitaIiste. Il sent en lui la poussée de la vie. Sous toutes ses formes et en toutes ses manifestations celle-ci est un bien, le bien par excellence. TI sera volontiers nataliste; plus il aura d'enfants, mieux cela vaudra; c'est le .moyen le plus sûr pour devenir « quelqu'un:. en ce monde et pour rester « quelqu'un :. en l'autre; c'est l'unique moyen d'apaiser en soi l'angoisse métaphysique et de surmonter la peur de la mort. L'homme doit acquiescer à la vie de toutes ses forces, à la vie terrestre, de ce monde-ci, la seule vraie finalement, et dont l'existence dans l'au-delà ne constitue qu'une sorte d'ombre, de pâle contrepartie. La vie d'ici-bas est fondamentalement bonne; c'est là, sur terre, que l'homme a ses racines, c'est là qu'il cherche à se survivre, voire à revenir. La conception africaine de la sexualité repose sur un humanisme, mais un humanisme sans transcendance. Ce sont les hommes et les .femmes de la génération actuellement vivante et présente sur terre qui constituent la clé de voûte de l'édifice. Les considérations d'ordre cosmique, économique et ontologique que nous venons d'évoquer, se concrétisent dans ces complexes de représentations, de pratiques et d'attitudes que sont les systèmes familiaux. Au-delà de l'extraordinaire diversité constatée dans l'organisation même de la famille, un fait demeure constant et commande tout le reste, en particulier la vie intime du couple et du groupe formé par les parents et les enfants: la famille étendue, le lignage, le clan ont plus d'importance et de réalité que la famille restreinte ou nucléaire composée des géniteurs et de leur descendance immédiate. Le mariage n'est pas d'abord l'union de deux individus, mais l'alliance, le rapprochement de deux lignées pour une œuvre de procréation. C'est sur ce point que la famille africaine traditionnelle diffère le plus fondamentalement de la famille occidentale moderne, et les difficultés qu'éprouve toujours l'Européen pour comprendre et même parfois pour admettre comme normales les conditions de vie qu'il peut observer en milieu négro-africain trouvent là leur origine. Avant d'être personnelle, la sexualité est sociale et clanique. Le mariage coutumier ne repose pas essentiellement sur l'amour,
jamais d'appartenir à ses parents, et l'émancipation légale de l'enfant est inconcevable... L'enfant se définit par une relation ontique avec celui qui lui a donné le jour. » (Le concept de fécondité...) 22

les sentiments, l'affection mutuelle. Il s'agit là d'épiphénomènes, hautement souhaitables, certes, mais contingents. Jamais ils ne donnent au couple sa raison d'être. Même si le jeune homme opère lui-même le choix de sa fiancée, les principales démarches sont entreprises par les autorités respectives des deux lignages. Le mariage ne brise pas l'appartenance des conjoints à leurs clans d'origine, il n'est que secondairement la fondation d'une famille nouvelle ou l'intégration de l'un des conjoints dans la famille de l'autre. Chacun conserve son nom, sa personnalité sociale, ses -biens propres, et dans une certaine mesure son activité et sa liberté. Une grande estime mutuelle peut naître de la cohabitation, ainsi qu'un attachement profond, mais ils ne peuvent s'extérioriser que discrètement. II est plus rare que ces sentiments soient à l'origine même de l'union. Le contrat d'alliance par lequel l'épouse est prêtée au lignage du mari contre certaines compensations porte, comme disent les Bakongo, sur le 4: corps de la femme» (2). « Les jambes et le corps de la femme sont les choses du mari, mais la tête appartient au père qui l'a engendrée », disent des lois initiatiques venda que l'on transmet à la jeune fiUe au moment de la pu~erté et à son mari dans la nuit de noces (3). Ce contrat n'a rien d'absolu, de sacré, de définitif. La suite de la vie conjugale dépendra de la .manière dont les clauses seront respectées et dont les exigences des deux parties en présence seront satisfaites. Le mariage n'implique en rien la recherche en commun d'une certaine éternité. Celle-ci ne peut être trouvée que dans la survie à l'intérieur du système clanique, et sur ce plan les époux ne sont plus liés en rien. Comme on se marie avant tout pour avoir des enfants, cette union aura toujours un caractère précaire; très souvent elle est appelée à se dissoudre dans la mesure où cette exigence fondamentale n'est pas satisfaite; d'autre part, la fonction une fois remplie, l'association des conjoints redevient contingente. En de très nombreuses ethnies, on constate que là où il n'y a pas de descendance et où l'union n'a pas donné les fruits que l'on en attendait, le contrat devient par le fait même caduc et il y a motif à divorce. Il est rare que des raisons d'intérêt ou d'ordre sentimental soient assez fortes pour contrebalancer l'absence d'enfant. Dans un
(2) J. Van Wing, Etudes bakongo, p. 174. (3) J. Roumeguère-Eberhardt, « Poupées de fertilité et figurines d'argile », p. 209. 23

tel contexte, on comprend que la stérilité puisse devenir une véritable hantise, parce qu'elle représente le mal par excellence, l'impossibilité pour celle qui en est affectée d'accéder au statut de femme à part entière (4). Souvent d'ailleurs les rites du mariage n'ont qu'une importance secondaire. La mise en ménage peut s'effectuer d'une manière progressive, de sorte qu'il est difficile de déterminer le moment précis où juridiquement le couple est considéré comme marié. Il faut attendre la naissance du premier enfant pour que l'union prenne sa pleine signification. Les naissances qui surviennent rapprochent habituellement les conjoints, stabilisent leurs relations, créent un attachement loyal et une profonde affection même là où au point de départ on ne se connaissait guère. On note chez les Dogon que ce n'est souvent qu'au cours de la seconde grossesse ou avec le deuxième enfant « sur le dos;), ou même durant la troisième grossesse, que la femme rejoint définitivement la maison de son mari (5). Chez les Chillouk de ]a vallée du Nil, le mari considère la jeune femme, jusqu'à la naissance du premier enfant, comme un hôte à qui l'on donne ce que l'on a de meilleur, à qui on laisse toute liberté et qu'on ne peut importuner par des questions; elle peut à tout moment retourner chez les siens et y séjourner; c'est pratiquement elle qui décide si l'union doit se prolonger et devenir stable ou non (6). Il arrive aussi en certaines ethnies que les jeunes gens préfèrent se marier à une jeune fille déjà mère, ayant fait la preuve de sa fécondité. Mais cette observation ne doit nullement être généralisée, car on attache souvent beaucoup de prix à la virginité de l'épouse (7). Avec la puberté, la jeune fille devient une reproductrice. Avant les rites qui donnent à la mutation physiologique une signification sociale, sa vie sexuelle prend souvent des formes ludiques; elle est amusement, plaisir. Après les rites de la maturité, elle se trouve
(4) Cf. Annexes, « Stérilité» et « Rites de fécondité :t>. (5) Dr P. Parin et F. Morgenthaler, Les Blancs pensent trop, p. 46. (6) W. Hofmayr, Die Schilluk, p. 270. (7) « Reprocher à une femme de s'être mariée sans avoir eu d'enfants est d'un usage constant dans les disputes, écrit L. Desplagnes. et l'on peut l'entendre tous les jours à Tombouctou. Le mari l'insulte avec mépris en ces termes: quand je t'ai épousée, tu n'étais déjà bonne à rien, personne ne voulait de toi, car si tu avais été capable de trouver un amant ou ami, tu aurais eu un enfant. :. (Le plateau central nigérien, p. 212.) 24

investie d'un rôle qui concerne toute ]a collectivité. « Il y 3, écrit M. Croce-Spinelli, passage à la fois du plan individuel au plan collectif et du simple jeu à la fonction... Tous les rites d'excision tournent autour de cette opposition entre plaisir et procréation... Tout se passe comme si la fillette, au moment de devenir femme, devait liquider son passé (8). ;) Comme l'a montré R. Bastide,il faut distinguerentre une sexualité libidineuse s'exerçant entre individus n'ayant pas encore de fonctions dans le groupe, et une sexualité socialisée, fortement endiguée de toutes parts (9). Dans un tel contexte il devient tout à fait normal que l'union des époux soit placée sous une surveillance constante de la part du clan dans l'intérêt duquel elle a été décidée et qui a tendance à dénier à ses membres le droit à une liberté et à une destinée individuelles. -De multiples prescriptions, interdits et règles viennent sans cesse canaliser les échanges de quelque ordre qu'ils soient. Le choix du conjoint, la manière de lui parler, de vivre avec lui, les tâches qui reviennent à chacun, les relations qu'ils doivent entretenir avec leurs familles et belles-familles, tout est soumis à des normes minutieuses et fortement stéréotypées. Peu de chose est finalement laissé à la spontanéité des personnes. L'homme d'Europe ramène parfois d'Mrique noire l'image d'une sexualité libre, « sauvage:., débridée. Rien n'est plus faux. Ce qui frappe l'observateur attentif, ce ne sont pas ses excès, mais le contrôle auquel elle est soumise, ce n'est pas son exaspération, mais sa maîtrise. N'ayant pas l'habitude de voir la sexualité traitée avec naturel, nous sommes tentés d'interpréter en termes d'érotisme et d'obscénité des gestes et des paroles qui ont en général une tout autre signification. La vie sociale est fondée sur l'échange et la réciprocité. Au niveau des systèmes de parenté on échange des femmes comme au niveau des systèmes linguistiques on échange des paroles et comme au niveau des systèmes économiques on échange des biens et des services. Il existe des corrélations certaines entre ces divers systèmes symboliques.
(8) Pour M. Croce-Spinelli (Les enfants de POlO-POlO,p. 274) la ctitoridectomie a certes pour but de débarrasser la jeune fille d'une part de sa masculinité, mais elle vise surtout à supprimer un organe de plaisir au moment de rentrée dans la vie sérieuse. On trouvera une discussion nuancée sur ce problème dans P. Hanry. « La clitoridectomie rituelle en Guinée. Motivations. Conséquences. :. (9) R. Bastide, Sociologie et psychanalyse, voir le chapitre sur c Sexualité et société» .

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La question de savoir qui peut avoir des relations sexuelles avec qui va de pair avec la question de savoir qui peut manger avec qui et qui peut parler librement avec qui. C'est ainsi qu'on observe habituellement qu'entre époux, donc là où l'échange sexuel est licite, l'échange verbal doit être limité. La mise en commun des pensées, des préoccupations et des sentiments n'a pas de valeur fonctionnelle au sein du couple, car celui-ci n'est pas fait pour cela et n'en a pas besoin pour se perpétuer. Cet échange serait même souvent perçu comme malséant et dangereux: une trop grande intimité entre époux risquerait de conduire à une prise de conscience au niveau de la famille nucléaire qui ne pourrait être que "préjudiciable au bon fonctionnement du système lignager. La femme est et dQit rester une étrangère dans le groupe de son mari. Les choses importantes se règlent entre personnes du même lignage. TI est normal que l'homme ait de longues conversations avec sa sœur, mais il n'y a pas de raisons pour qu'il en ait de semblables avec son épouse. Et de fait on n'a habituellement que peu de choses à se dire entre conjoints; au plan de la parole les rapports doivent être éminemment discrets, surtout s'il s'agit d'exprimer des sentiments. Ceci est encore plus vrai au plan des gestes. Habituellement d'ailleurs on ne mange pas ensemble entre époux. « La femme et l'homme africains, écrit M. Croce-Spinelli, donnent l'impression d'être à jamais séparés. Côte à côte, peut-être, mais chacun avec son propre clan et ses propres affaires. Ce sont deux termes juxtaposés plutôt que deux forces réagissant l'une sur l'autre. C'est un binôme plutôt qu'un couple. La seule chose qui les lie l'un à l'autre est leur fonction par rapport au clan. ,. La pratique de la polygynie renforce encore ces tendances. La femme ne perçoit pas l'homme comme son époux avec la même intensité dans un ménage polygame que dans une famille monogame. Là où les liens se multiplient, leur charge émotionnelle risque de s'affaiblir (10). Pour apprécier avec justesse et justice les dispositions dans lesquelles les systèmes familiaux coutumiers enferment le couple humain et les règles dont ils entourent la sexualité, il faut entrer dans la logique d'une organisation sociale dont les lignages constituent les pivots. Véritab]es entités collectives auxquelIes on ne peut appartenir
(10) L. Thore, c Langage et sexualité ~ ; M. Croce-Spinelli, Les enfants de Poro-Poro, p. 291. 26

pleinement que par droit de naissance et dont tout le monde doit assurer la vie et la survie, ils sont seuls à donner un sens à la formation du couple. Ce n'est pas pour soi que l'on se marie et que l'on a des enfants. La famille nucléaire existe, car sa fonction biologique et éducative est jugée irremplaçable, mais elle n'est pas par ellemême un support de valeurs essentielles. Les traits négatifs que discernent des yeux européens dans la vie familiale africaine sont réels, mais ils n'apparaissent pas sous le même jour aux intéressés, tant que ceux-ci vivent en milieu traditionnel, du fait qu'ils se situent dans une optique non pas individualiste ou personnaliste, mais essentiellement collectiviste. Se marier, ou se laisser marier, pour avoir le plus d'enfants possible, afin que par leur vitalité, leur travail, les alliances qu'ils permettent, leur étroite dépendance, ils viennent renforcer le lignage, tel semble être l'idéal qui anime les communautés coutumières. Leur philosophie de l'existence ne peut concevoir la personne autrement que reliée à son lignage par le cordon ombilical de ]a participation. Se couper des siens, et par le fait même de ses ancêtres, c'est tarir la source de toute force et de toute vie, Les sentiments de dépendance et de soumission qui s'apprennent à travers toutes les circonstances de la vie familiale, ancrent l'individu dans cette conviction qu'il existe une union vitale entre lui et son groupe d'appartenance, un groupe dominé par l'autorité des ascendants, et dont il ne peut en aucun cas se dégager sous peine de chavirer dans l'abandon, le néant social et métaphysique. Ces sentiments profonds de solidarité, d'interdépendance et de participation, que l'individualisme européen ne peut ni saisir, ni même imaginer, donnent normalement à l'homme traditionnel une impression de force et de sécurité, et ils sont pour lui soW'ce des valeurs les plus hautes et les plus positives. Mais il est bien évident que dans une telle perspective les individus ne peuvent émerger pleinement en tant que sujets autonomes. L'homme est un instrument, un rouage, un organe, et son existence ne prend de sens que dans cet ensemble structuré auquel il appartient. Les femmes plus particulièrement tendent à apparaître comme des objets, des biens que l'on échange entre lignages, biens suprêmes certes, mais n'ayant de valeur que par la fonction qu'elles peuvent remplir comme travailleuses et génitrices. En décrivant le rite central du mariage chez les Bakongo, J. Van Wing écrit: « Dans cette cérémonie essentielle, les deux individus les plus intéressés, à nos yeux, disparaissent, c'est la collectivité par l'organe de deux anciens
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qui élabore et sanctionne le contrat. Ici on trouve l'idée sociale et politique, qui est au fond du mari-ageindigène. Le clan, étant tout pour un Muk.ongo, combine, au mieux des intérêts de la collectivité, les ressources personnelles de chacun des membres. La femme, étant l'être le plus faible, est la plus sacrifiée, au moins dans sa dignité personnelle. Mais elle est aussi l'être le plus nécessaire au clan, à cause de sa productivité. Elle produit la richesse la meilleure, la richesse en hommes: mbongo bantu, et par son travail elle apporte le bien-être, le mbongo. Elle est elle-même le premier des mbongo dans l'esprit du Mukongo (11). :. On se plaît à souligner quasiment partout l'extrême ambivalence de la figure féminine. C'est par la femme, disent les Dogon, que « viennent tout le bien et tout le mal dans le monde:.. Du point de vue de l'homme, l'amour est nécessaire et bénéfique, mais aussi entaché de l'impureté de la femme et de sa « mauvaise parole :.. G. Calame-Griaule a pu écrire de l'homme en cette ethnie: c TIno~s semblait en somme déceler dans la psychologie masculine le regret inconscient de devoir faire dépendre de la femme l'avenir de sa famille et de son groupe. D'où cette volonté marquée d'affirmer chaque fois que c'est possible son mépris de la femme. TI se plaît à rappeler sa dépendance; elle n'a, entend-on dire souvent, "pas de maison à elle"; si son mari ]a chasse, elle n'a d'autre ressource que d'aller chez son père, dont la maison ne lui appartient pas non plus. De là vient son insécurité, son angoi5se, sa perpétuelle inquiétude d'être en retard dans tout ce qu'elle f~it et de déplaire à son mari. :. Mais, en ,fait, l'homme n'affirme l'insécwité de la femme que pour dissimuler (ou se dissimuler à lui-même) sa propre angoisse d'être abandonné par elle. En effet, « les préoccupations essentielles de la société tournent autour de la perpétuation du groupe, et la femme se trouve au centre de ces préoccupations en tant que génitrice et donneuse de vie. Ene est aussi la pourvoyeuse de nourriture et d'eau, qui ser(11) J. Van Wing, Etudes bakongo, p. 172. Dans son analyse du concept de fécondité chez les Balouba et les Bahemba, P. Mwamba montre que la femme n'entre pas dans l'extension de l'homme au titre de ravoir, mais comme celle qui accomplit sa fécondité, donc comme complémentaire de l'homme au niveau de la fécondité. « Elle est avec l'homme à un niveau d'égalité, une égalité différenciée suivant les fonctions et les responsabilités. Entre l'homme et la femme s'établit nne réciprocité d'extension vitale... Chacun garde ses droits fondamentaux, il est sujet et non objet. ~ 28

vent à entretenir la vie. En rapport symbolique avec les forces végétales, la graine, l'eau, la lumière, la femme est une image de la fécondité cosmique. Sur le plan phénoménologique, on constate qu'elle est l'objet d'une" quête" continuelle de la part des hommes. Obtenir toujours davantage de femmes pour avoir plus d'enfants est le but apparent ou caché de la plupart des manifestations sociales et des démarches individuelles. Considérée de ce point de vue, la " parole" féminine est foncièren1ent bonne, fécondante, humide, en rapport avec la saison des cultures et des récoltes, avec la terre fécondée et productive; elle est" douce JI, " patiente ", en opposition avec la parole mâle, " sèche ", "dure ", associée aux activités de la saison sèche, à la stérilité et à la colère (12) ~. Au Burundi, E. M. Albert note: c Si vous dem'andez à un homme quelconque ce qu'il attend de sa femme, il répondra: qu'elle mette beaucoup d'enfants au monde, qu'elle cultive beaucoup, qu'elle reçoive bien mes visiteurs, qu'elle cuisine bien pour moi et qu'elle change chaque jour la paille de mon lit. L'amour qui se rencontre parfois entre homme et femme n'est pas romantique. Il est pareil à l'affection entre n'importe quelles personnes qui s'entendent bien. Un homme qui aime sa femme différemment sera ridiculisé par les autres parce qu'elle ne le respectera pas devant ses amis, qu'elle ne lui obéira pas, elle ne travaiIIera pas pour lui. De son côté, le mari, s'il est un bon mari, ne mange pas trop, mais laisse un bon panier de haricots pour sa femme; il achète pour elle des friandises - un morceau de viande par exemple -, il lui donne des vaches laitières, afin qu'elle ait du beurre et du lait pour sa cuisine, et surtout pour sa toilette; mais surtout il lui achète vêtements et bijoux (13). :. Le statut même de la femme mariée, sa subordination d'une part, la très grande liberté dont cependant elle jouit d'autre part, les extrêmes de dépréciation et de valorisation dont elle est l'objet, tout cela induit chez elle des sentiments sur l'analyse desquels il nous faudra revenir par la suite. Le caractère souvent neutre et terne de ses relations avec son mari, cette sorte d'indifférence affective au moins apparente dans laquelle baignent ces rapports, ne lui permettent pas d'y investir au maximum ses puissances d'affection. L'enfant tend
(12) G. Calame-Griaule, Ethnologie et langage. La parole chez les Dogon, p. 286-287. (13) ln : D. Paulme, Femmes d'Afrique noire, p. 159. 29

alors à occuper la place laissée vacante par le mari. Ne pouvant se réaliser pleinement comme amante et comme épouse, la femme se percevra davantage comme génitrice et comme mère. Une observatrice a pu noter en milieu kongo : c Les facultés affectives de la femme sont presque totalement orientées vers son enfant... TI ne suffit pas de dire qu'elle l'aime, on peut dire que dans un certain sens elle a besoin de cet enfant comme d'un être à qui elle peut se donner avec toute sa puissance affective (14). ,. En milieu traditionnel on se ,plaît à penser la sexualité essentiellement comme une association dialectique de l'homme et de la femme comme donneurs de vie et à relever leurs rôles à la fois antagonistes et complémentaires. Canalisée par le jeu des prescriptions sociales, orientée au moins à partir du mariage vers la procréation de l'enfant, la sexualité apparaît aux yeux de l'homme d'Afrique comme ébose éminemment saine, naturelle et bonne. Son évocation est lourdement chargée de connotations cosmiques et religieuses, elle s'inscrit ellemême dans un contexte de sacralité, et son image est porteuse des plus hautes valeurs. La mentalité coutumière et l'ambiance morale qui habituellement l'entourent n'ont c rien à voir avec les maladresses, les inhibitions ou la pudeur embarrassée qui caractérisent dans la société occidentale l'approche de tout sujet relatif aux questions sexuelles... Dans les sociétés occidentales les connotations sexuelles ont souvent perdu l'essentiel de leur contenu ou de leurs implications symboliques ou religieuses, .pour n'exprimer plus qu'une matière érotique, voire obscène, totalement étrangères au langage et à la sensibilité bantoues qui mettent l'accent sur la beauté et la plénitude de tout ce

qui connote la procréation (15)

:t.

La sexualité est intégrée dans l'éducation que reçoit l'enfant, non seulement par les informations que lui donnent parfois ses parents ou d'autres éducateurs aspect des choses sur lequel nous nous braquons aujourd'hui - mais au travers de toute une atmosphère favorable. Le petit enfant assiste souvent aux relations sexuelles de ses parents dans la hutte de sa mère; plus tard il entendra les conversations des grands qui en traitent librement; on lui permet en général d'explorer son corps sans le rabrouer et les jeux érotiques ne sont guère pris au sérieux par les adultes; dans le langage que les jeunes

-

(14) M. T. Knapen, L'enfant mukongo, p. 94.
(15) J. Roumeguère-Eberhardt, c: Poupées de fertilité... )l, p. 208.

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utilisent entre eux les expressions scatologiques sont légion; en vue de son mariage on prépare souvent les organes génitaux de la fillette dès son jeune âge; aux alentours de la puberté de nombreuses ethnies laissent se développer une sexualité de type libidineux, qui n'est que jeu et recherche du plaisir; les initiations féminines ont toujours un contenu qui vise à préparer directement les néophytes à la maternité, et chez les garçons l'élément sexuel est rarement absent des instructions et des actes symboliques qui constituent le rite, même s'il n'en occupe pas le centre. L'individu accède alors au statut d'homme ou de femme adulte, mais il lui reste encore des étapes à parcowir avant d'être homme au sens plein, c'est-à-dire procréateur. Comme les initiations, la naissance du premier enfant fait passer les parents d'une classe d'âge à l'autre. Le Kissi, qui était julugo depuis son initiation, devient alors sin1bano et reste dans cette classe jusqu'à l'initiation de son propre enfant qui fait de lui un c homme dur:., ayant accédé à la pleine maturité (16). Ceux qui font -partie de la catégorie des pères et mères de famille assument dans toute leur étendue les responsabilités qui incombent normalement à la personne. Ils forment le cœur même de la société. Dans une vision du monde où la fécondité et le besoin de se perpétuer sont ainsi fondamentaux pour l'individu aussi bien que pour le lignage, il ne faut pas s'étonner de voir l'enfant prendre une importance centrale et être attendu avec impatience. Dans sa venue le monde se renouvelle, l'histoire primordiale racontée par les mythes se réactualise : il est le meilIeur gage du retour de ce cycle qui relie la vie des hommes à celle de la nature, le ciel à la terre, l'autre monde à celui-ci. On insiste à juste titre sur la joie qu'éprouve presque toujours la femme africaine à devenir mère et à accepter pleinement la venue d'enfants quel qu'en soit le nombre, puisqu'elle y trouve sa propre sécurité, un prestige accru, l'épanouissement de sa féminité. On remarque le plus souvent, dans les milieux traditionnels, une enviable détente devant la grossesse, l'accouchement, l'allaitement, les maternités successives, l'éducation des enfants. Ces constatations ne doivent cependant pas être généralisées indûment. Il faut tenir compte des individualités qui peuvent s'écarter d'une manière souvent considérable de la tendance générale. Il serait inexact de dire que toutes les femmes africaines désirent la maternité
(16) D. Paulme, Les gens du riz, p. 109. 31

et sont dépourvues d'anxiété à cet égard. L'avortement est parfois pratiqué dans le seul but de rester belle et de pouvoir poursuivre librement sa vie sexuelle. Les traditions ethniques reconnaissent qu'une femme peut consciemment ou inconsciemment refuser son enfant: les Kissi, par exemple, ont tendance, selon D. PauIme, à attribuer à de tels sentiments la mort d'une future mère ou d'une partwiente, supposant que par haine pour son mari elle n'a pas voulu lui donner de descendance. Le degré d'affection et de chaleur à l'égard du petit est lui-même très variable: il est des cas où la mère se contente de satisfaire ses besoins élémentaires, mais s'abstient de toute autre manifestation de tendresse. La grossesse hors mariage est évidemment entourée d'une anxiété considérable là où règne une tradition rigoriste en ce domaine. Parmi les recettes de médecine populaire recueillie3 par D. Traoré dans la vallée du Niger et en pays haoussa, on en

trouve

et

pour. ne pas procréer:., temporairementou « à jamais;),'

grâce à des racines, des gousses diverses, des amandes de ricin, le contenu de la panse d'une vache stérile, du lait frais d'ânesse, de l'urine de bélier, de l'eau où a séjourné un anneau d'or, etc. (17). Le fait de regarder le petit enfant comme une charge gênante peut même devenir caractéristique de certaines ethnies. Sur la côte du Bénin, par exemple, les femmes ont souvent une activité commerçante très intense allant de pair avec une grande indépendance de vie et une liberté sexuelle notoire. La charge d'enfants en bas âge constitue évidemment un frein au déploiement de l'esprit d'entreprise. L'atmosphère familiale est alors souvent tendue, rythmée de conflits; avortement et contraception sont en honneur, les enfants sont confiés très tôt à d'autres personnes ou abandonnés à eux-mêmes quand la mère entreprend ses voyages d'affaires. Malgré l'importance de ces traits culturels, ils ne constituent cependant que des exceptions, des écarts assez inhabituels par rapport à une norme qui se dessine clairement, et que caractérise une attitude éminemment positive à l'égard de la maternité et de la personne de l'enfant. « On ne saurait prendre trop de précautions pour sauvegarder la vie de l'enfant qui doit naître, écrit L. Martrou chez les Fang du Gabon. L'enfant est aimé; on aime ses cris et ses jeux; sans enfants le village est" froid ". Loin d'être une charge, c'est la richesse et la force pour l'avenir, c'est la race perpétuée. Aussi regarde-t-on la
(17) D. Traoré, Médecine et magie africaines, p. 50S, 5S7. 32

stérilité comme une malédiction, une punition. Et on considère hautement la fen1me qui donne à son mari de nombreux enfants (18). » L'observation de E. M. Albert au Burundi donne le même ton: « Des enfants nombreux font le bonheur des hommes et des femmes... Les femmes adorent les bébés, et une Rundikazi enceinte est une femme heureuse. Ce n'est que rarement qu'une femme va en forêt à la recherche de médicaments pour se faire avorter... Une femme qui a de la chance enfantera tous les deux ans... Le mari d'une femme qui met beaucoup d'enfants au monde est vraiment

un homme,et on parle toujours des pères de nombreuxenfants (19). ;)

Chez les Gikouyou, la coutume veut qu'un couple ait au moins quatre enfants, deux garçons et deux filles, de sorte qu'ils 'puissent respectivement perpétuer l'esprit de leurs grands-parents, chaque petit recevant le nom de l'aïeul qu'il représente (20). Vivement désiré, attendu avec impatience, profondément accepté, intégré, enveloppé, l'enfant noir va rencontrer dès ses premiers pas sur terre un climat affectif habituellement très favorable et propice à un développement harmonieux. Les garçons sont désirés parce qu'ils auront généralement pour charge de prendre soin de leur vieil1emère et d'assurer les funérailles de leurs parents. Leur venue représente un élément de sécurité, de

continuitédans la présence. « Une famillequi n'a pas de descendance

mâle, dit Hofmayr dans son étude sur les Chillouk, est considérée comme ]a plus à plaindre. Un père qui n'a pas de fils est dépourvu de l'héritier qui devrait être sa main droite. Il est comme le gibier que l'on abandonne mort dans un champ. C'est pourquoi la plus grande fierté des parents est un fils grand, fort et courageux (21). :.
A propos de l'attachement de la mère bété pour son garçon, D. PauIme écrit: « Il est son orgueil, le témoignage durable de son rôle; à travers lui eUe entrevoit des brus à régenter, peut-être aussi des petitsenfants qu'elle sera libre enfin de choyer sans contrainte. II arrive qu'une femme, ayant quitté son mari, revienne vivre à ses côtés après une longue absence: elle ne peut se passer de la présence de son fils (22). »
(18) (19) (20) (21) (22) p. 68. L. Martrou, « Les Eki des Fang », p. 753. Dans D. Paulme, Femmes d'Afrique noire, p. 198. J. Kenyatta, A u pied du mont Kenya, p. 139. W. Hofmayr, Die Schi/luk. D. Paulme, Une société de Côte-d'Ivoire hier et aujourd'hui:

les Bété, 33

Les filles sont évidemment fortement désirées aussi parce qu'elles représentent une aide directe et précieuse pour leur mère, qu'elles permettent de contracter par leur mariage des alliances avec d'autres lignages et que leur « dot:. apporte le moyen d'échange nécessaire pour trouver une femme à un membre du groupe. Souvent elles sont mieux traitées que leurs frères, ce qui augment~ra leur valeur le moment venu. En fait, on souhaite généralement que le premier-né soit un garçon, puis que les deux sexes alternent. Ces désirs dépendent beaucoup de la situation concrète de la famille, car souvent on a besoin, soit d'un garçon, soit d'une fille, pour aider aux cultures ou garder les troupeaux. Les connotations religieuses que -prend le désir de l'enfant éclatent dans toute leur évidence quand celui-ci tarde à venir. La stériJité, l'attente déçue arrachent sans doute au cœur de l'homme d'Afrique les plaintes et les prières les plus touchantes. La prière prend sa source dans la sphère émotionnelle de la vie religieuse. C'est en ce sens qu'elle est intéressante pour une étude ethnologique et psychologique. Elle montre ce qui, aux yeux de l'homme, revêt de la valeur et est chargé de prix. Elle montre aussi en quel domaine l'être humain se sent le plus démuni. EUe montre enfin comment concrètement non seulement il se représente les puissances de l'autre monde, mais comment il traite avec elles. On peut ainsi deviner, à travers l'ensemble de ces données culturelles, quelles peuvent être la nature et l'intensité des sentiments et des préoècupations qui ne manquent pas d'éclore autour de la venue de l'enfant. Habituellement celui-ci est attendu avec ardeur et impatience. On compte sur lui. TIest un but vers lequel on tend, au-devant duquel on se porte. On espère de lui des raisons d'être. Mais d'où vient-il? Et qu'est-ce que naître veut dire?

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I,. L'ENFANT ET L'AUTRE MONDE
A

CE QUE NAITRE VEUT DIRE

Les expressions qui concernent la naissance sont dans toutes les langues riches de sens. Naître, par exemple,c'est « voir le jour >, ce qui implique qu'avant on se trouvait dans la nuit. Naître, c'est aussi « venir au monde". C'est d'abord venir. Pour venir quelque part, il faut partir d'ailleurs. TI faut quitter un lieu et se mettre en route vers un autre que l'on cherche à atteindre. Venir, c'est parcourir un chemin, combler une distance, accom.plir un passage. Venir, c'est se mettre en état de transition, se placer dans un état intermédiaire, dans une situation provisoire, marginale. Venir, c'est partir, donc « mourir un peu ». Mourir pour renaître à... Naître, c'est venir dans le monde, intégrer un nouveau lieu, une nouvelle condition, une nouvelle forme d'existence, un nouvel état. Mais naître, c'est surtout venir au monde, se présenter à lui, affirmer sa présence, être là et le faire savoir, être là pour quelqu'un, provoquer ceux qui sont là, en un sens les agresser, en tout cas leur poser quelque peu brutalement les questions suivantes: « Vous m'avez fait venir, vous m'avez appelé. Me voilà! Oui ou non, suis-je à .ma place? Ma présence parmi vous vous concerne-t-elle, vous intéresset-elle? Puis-je être à vous? Voulez-vous être à moi? M'acceptezvous comme un des vôtres, ou vais-je rester pour vous un étranger, un gêneur? Me re-con-naissez-vous, autrement dit êtes-vous disposés à renaître avec moi, en moi? ).
Naître est d'abord un acte existentiel aux dimensions cosmiques, 37

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