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Ma maison était dehors

De
242 pages
Ce livre se lit à trois niveaux. Le premier nous fait découvrir Noël. Celui-ci perd son père à quatre ans. Sa mère, femme au foyer, a la responsabilité de sept enfants. Pour fuir ce milieu familial violent, Noël se retire dans les bois, pour survivre. Le deuxième permet de découvrir les moyens mis en place par Noël pour effectuer un travail de résilience, ainsi que les aptitudes d'autoformation dont il fait preuve, lui permettant de construire son identité adulte. Le troisième permet d'accéder, à l'intérêt du travail d'écriture à deux mains et ses effets positifs pour chacun des acteurs.
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Micheline THOMAS-DESPLEBINMA MAISON ÉTAIT DEHORS
Avec la collaboration de Noël Dufl ouRécit
Ce livre se lit à trois niveaux :
– Le premier niveau nous permet de découvrir l’histoire très
particulière de Noël. Noël perd son père à l’âge de quatre ans. Sa mère, maman
de sept enfants, mère au foyer et enceinte de six mois, va devoir faire MA MAISON ÉTAIT DEHORSface seule à ses responsabilités. Ses choix vont s’avérer inopportuns pour
le bonheur de ses enfants. C’est un véritable drame pour Noël, qui va
choisir de fuir le milieu familial considéré comme violent et vivre dans Récit
les bois pour survivre.
– Le second permet de découvrir les moyens mis en place par Noël
pour eff ectuer un travail de résilience compte tenu des diff érents
traumatismes subis ainsi que les aptitudes formatives dont il fait preuve pour
aboutir à de véritables capacités d’autoformation, à l’acquisition
d’apprentissages multiples lui permettant de construire son identité d’adulte.
– Le troisième, apparenté à un travail clinique, permet d’accéder à
l’intérêt du travail d’écriture à deux mains et ses eff ets positifs pour
chacun des acteurs.
Vous découvrirez avec plaisir et intérêt cette histoire tragique et
romantique, où le héros, Noël, malgré l’adversité, le parcours semé
d’obstacles, de déchirures, se construit, devient un homme honnête, aimé et
solide. C’est une sorte d’exemple de réussite malgré les prémonitions des
mauvaises fées penchées sur son berceau.

Micheline Thomas-Desplebin est docteure en sciences de
l’éducation. Après une expérience de formatrice puis de
responsable de formation dans le domaine de la santé pendant
trente-six ans, elle effectue des recherches sur l’éducation
familiale, plus spécialement sur la « famille très nombreuse », et sur
le rapport à la trajectoire sociale de ses membres. Elle s’intéresse tout
particulièrement aux histoires de vie et au sens de chacune de celles-ci, à
leur dimension autoformatrice.

ISBN: 978-2-343-06050-7
24,50 euros
HISTOIRE-VIE-FORMATION_PF_THOMAS-DESPLEBIN_MA-MAISON-ETAIT-DEHORS.indd 1 07/07/15 19:54
Micheline THOMAS-DESPLEBIN
MA MAISON ÉTAIT DEHORS






Ma maison était dehors

Histoire de Vie et Formation
Collection dirigée par Gaston Pineau

avec la collaboration de Pierre Dominicé (Un. de Genève),
Martine Lani-Bayle (Un.de Nantes), José Gonzalez Monteagudo (Un. De Séville),
Catherine Schmutz-Brun (Un. De Fribourg), André Vidricaire (Un. du Québec
à Montréal), Guy de Villers (Un. de Louvain-la-Neuve).

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de
la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler
« histoire de vie » et « formation ». Elle comporte deux volets
correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet
anthropologique.
Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation
s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit
des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète
l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie
courante à mettre en forme et en sens.

Dernières parutions

Volet : Histoire de vie

Jacques SERIZEL et Armelle ROUDAIRE, Éducation populaire et
croisements de savoirs. L’Histoire de Vie Collective du Comité des
Oeuvres Sociales du Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais, 2015.
Geneviève STOCK, De la rue à la lutte, 2014.
Marie BEAUCHESNE, Pouvoir devenir sujet. Un itinéraire de
formation à la reliance, 2014.
Jean-Eudes BOURQUE, Une parole arrachée au silence. Vivre la
paralysie cérébrale, 2014.
Micheline THOMAS-DESPLEBIN, Ruralité et soi féminin,
Dialogues intimes au féminin, 2014.
Corinne CHAPUT-LE BARS, Traumatismes de guerre. Du
raccommodement par l’écriture, 2014.
Corinne CHAPUT-LE BARS, Quand les appelés d’Algérie
s’éveillent, 2014.
Jean-Pierre WEYLAND, Je voulais vous dire que je n’ai pas été
sourd. Education active et promotion sociale, 2014.
Micheline Thomas-Desplebin
Avec la collaboration de Noël Duflou



Ma maison était dehors
Récit






Préface de Christophe Niewiadomski






















De la même auteure


2009. L’éducation en famille « très nombreuse », une école de
la réussite, Paris, Éd. L’Harmattan (coll. « Savoir et Formation »)
2011. Les Thomas, une famille nombreuse en milieu rural dans
ele XX , Éd. L’Harmattan (coll. « Histoire de vie et formation »)
2014. Ruralité et soi féminin, dialogues intimes au féminin,
Éd. L’Harmattan (coll. «)








Photographie de couverture de Noël Duflou.









© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06050-7
EAN : 9782343060507








Merci à Gaston Pineau pour sa sagacité, sa perspicacité.
Égal à lui-même, il sait vous faire découvrir vos
potentiels sous-jacents et, en toute simplicité, met en
lumière ce qui est essentiel.
Merci à Michelle pour sa fidélité, sa rigueur, sa présence
attentionnée.
Merci à Gérald et Danielle, lecteurs extérieurs vigilants. Préface



Qu’on ne s’y trompe pas. Dans les pages qui suivent,
Micheline Thomas-Desplebin et Noël Duflou livrent au
lecteur un ouvrage qui n’a que l’apparente « simplicité »
de l’exposé d’une existence. Une première lecture
pourrait en effet laisser supposer que ce livre renvoie
avec pudeur et justesse au seul témoignage d’une vie
difficile. En ce sens, l’entreprise, quoique touchante,
pourrait sembler presque anecdotique en tant qu’elle
s’attache à l’exposé du déroulement d’une trajectoire
singulière, entendue, au sens sociologique du terme,
comme l’enchaînement des positions successives
occupées par un individu dans l’espace des positions
sociales. Pourtant, une lecture attentive fait apparaître
plusieurs questions épistémologiques qui interrogent
aujourd’hui les sciences humaines et sociales dans leur
ensemble.
Un premier point de discussion renvoie à la
question de l’exemplarité du témoignage individuel. Si
l’usage du biographique dans le champ scientifique fait
habituellement l’objet de réserves quant à sa validité par
les tenants du positivisme scientiste, il reste qu’il
ménage, cependant, un utile chemin du singulier vers la
connaissance de phénomènes plus collectifs. En effet,
attentive à la signification de l’expérience vécue par
l’acteur social, l’approche compréhensive de la
singularité offre, d’une part, la possibilité de s’interroger
sur les processus de genèse socio-individuelle et de
constitution de l’individu en tant qu’être social

9
1singulier , mais, d’autre part, elle vient également rendre
compte des transformations sociales actuelles, en
particulier à propos de la montée de l’individualisme et
de la singularisation des inégalités sociales
contemporaines. Pierre Rosanvalon, dans un petit
ouvrage récent, précisait à ce propos : « les inégalités ont
changé de nature. S’il existe encore plus que jamais des
inégalités entre catégories sociales (entre les riches et les
pauvres, entre les cadres et les ouvriers, etc.), ces
inégalités se sont elles aussi individualisées. Cela en
change la perception. Les inégalités résultent dorénavant
autant de situations (individuelles par nature) qui se
diversifient, que de conditions (sociales, elles) qui se
reproduisent. (…) Elles sont parfois les plus durement
ressenties, car elles font ressortir des variables de
trajectoires personnelles susceptibles d’être considérées
comme marquées par l’échec ou l’incapacité. Elles n’ont
pas le caractère objectif, et donc psychologiquement
2rassurant des inégalités traditionnelles de condition. »
Dans cette perspective, le témoignage que nous livre
ici Noël Duflou est exemplaire. Il vient en effet très
judicieusement rendre compte de l’articulation entre
déterminants sociaux et processus psychiques dans le
déroulement de sa trajectoire personnelle, de sa
résistance face à l’adversité et finalement de sa
construction identitaire singulière.
Un second point de discussion concerne la question
de l’accompagnement de celui ou de celle qui cherche à

1 Delory-Momberger, C. (2005). Histoires de vie et recherche
biographique en éducation. Paris : Anthropos.

2 Rosanvalon P. (2014) Le parlement des invisibles. Paris, Seuil, p 20


10
se dire. Sans nul doute, le travail biographique réalisé à
l’occasion de l’écriture de ce livre a été l’occasion pour
le narrateur d’effectuer un salutaire mouvement de
réorganisation entre phénomènes d’attribution interne
et externe. Le présent ouvrage montre très bien le
résultat d’un tel travail. Pourtant, la complexité du
travail d’accompagnement réalisé par Micheline
Thomas-Desplebin reste ici très largement marquée du
sceau de l’invisibilité. En effet, celui-ci suppose une
attention toute particulière à la parole d’autrui, une
« délicatesse d’écoute » pourrions-nous dire, mais
également le recours à une posture clinique dont nous
3nous sommes largement fait l’écho ailleurs . Aussi, le
grand mérite de l’accompagnatrice réside sans doute
tout autant dans la qualité du produit fini que dans le
processus d’accompagnement qui lui a donné naissance.
L’interlocuteur n’est, par ailleurs, jamais neutre dans
l’élaboration d’un récit de vie : il ne se contente pas
de le recueillir et de le recevoir, mais participe
activement à son élaboration. En outre, le narrateur ne
fait pas qu’exposer sa vie : il la met en forme, en
interaction dynamique avec le narrataire, à partir d’une
relation d’accompagnement singulière qui assure la
fécondité de la situation interlocutoire. De surcroît,
rappelons combien ce type d’accompagnement introduit
une rupture paradigmatique dans les sciences humaines
et sociales. Le type de dispositif employé favorise en
effet une modification substantielle des rapports
d’échanges entre les protagonistes. Plus que de

3 Niewiadomski C. (2012) Recherche biographique et clinique narrative.
Toulouse, Erès



11
s’attacher à recueillir des données probantes afin de
vérifier des hypothèses préalables, l’enjeu principal d’un
tel travail est de chercher à faciliter l’émergence de
processus émancipatoires pour celui ou celle qui
s’engage dans un processus de remémoration de son
histoire personnelle. L’interlocuteur n’est donc pas
envisagé ici comme un simple « informateur » au service
des intentions du chercheur, mais plutôt comme une
personne capable d’effectuer un retour réflexif sur son
histoire, afin de lui donner du sens et de prendre des
décisions quant à son orientation. Ceci suppose donc
une interaction particulièrement délicate entre la parole
du sujet et ce qui fait retour chez l’interlocuteur, afin
qu’un sens singulier puisse progressivement s’élaborer
au fil de l’accompagnement.
On soulignera tout particulièrement ici l’importance
du travail « d’écriture à deux mains » auquel se livrent
les auteurs. Celui-ci éclaire très adroitement les
modalités biographiques de construction individuelle et
sociale du sentiment d’indignité qui a longtemps habité
le narrateur.
Les lignes qui suivent montrent ainsi
remarquablement bien les effets produits en termes
d’intériorisation d’une honte d’autant plus pernicieuse
qu’elle s’étaye sur l’articulation dialectique entre des
phénomènes à la fois objectifs et subjectifs. En effet, si
les affects qui accompagnent les souvenirs de Noêl sont
emprunts de subjectivité, la perte précoce du père, la
pauvreté, la violence du compagnon de sa mère, les
humiliations sociales multiples dont il a fait l’objet sont,
eux, bien réels. En d’autres termes, la souffrance
psychique éprouvée par Noël trouve pour partie ses
racines dans la souffrance produite par les

12
contradictions sociales dans lesquelles il se trouve
précocement placé. Celles-ci surdéterminent alors
l’intériorisation d’un conflit dont la genèse relève sans
doute moins de son fonctionnement intra psychique
que de ses conditions réelles d’existence.
A l’heure où la précarité devient pour certains un
véritable rythme d’existence et où la sur
responsabilisation de l’individu devient la norme
dominante, il n’est donc pas inutile de rappeler combien
les déterminations sociales restent agissantes et
confrontent les personnes les moins dotées en termes
de capitaux économiques, symboliques et culturels à une
fragilité de condition dont la responsabilité est trop
souvent imputée à l’individu lui-même. En ce sens,
l’ouvrage salutaire que signent ici les deux auteurs
déborde très largement la singularité du récit rapporté et
ouvre aux enjeux de reconnaissance de toutes celles et
ceux qui se pensent invisibles, niés, oubliés voire
méprisés du fait de l’invalidation sociale dont ils se
sentent l’objet. Comme le souligne très justement
Noël à la fin de ce bel ouvrage : « J’ai le sentiment, grâce
à ce livre, de pouvoir transmettre ma vérité… ». Mais,
au reste, l’authenticité dont il est ici question n’est pas
tant liée à une vérité factuelle, mais bien à la vérité du
sujet qui parle.
4Le récit, selon la belle formule de Paul Auster , nous
confronte à « des histoires vraies aux allures de
fiction ».


4 Auster, P. (2001). Je pensais que mon père était Dieu, Arles : Babel.
Traduction de Christine Le Bœuf.



13
Gageons que cet enjeu de vérité trouvera
largement matière à reconnaissance et partage auprès de
lecteurs que nous espérons nombreux.

Christophe Niewiadomski
Professeur en Sciences de l’éducation
Université SHS Lill



14
Introduction



Ce livre, écrit à deux mains, comme un duo musical,
exige des deux partenaires une totale confiance, une
harmonie, une connaissance mutuelle de la partition à
jouer tout en mettant en valeur les qualités de chacun.
Nous vous invitons à découvrir l’histoire de Noël
avec ses drames et ses bonheurs à travers cette
rencontre.
En parcourant le chemin de vie de Noël, nous
accédons à ce qui l’a construit, à ce qui lui a permis de
faire un travail de résilience pour résister aux différents
traumatismes subis pendant son enfance. Nous
découvrons également tout ce qui participe de son
autoformation qui fait qu’il est un réel autodidacte dans
certains domaines de savoirs.
Cette mise en intrigue est particulièrement
intéressante du point de vue de la connaissance des
phénomènes de formation, d’autoformation que Noël
met en jeu au cours de son existence :
- ses différents niveaux d’acquisition lui
permettant de devenir un sujet adulte
- l’acceptation de la révision de ses apprentissages,
de ses savoirs et leur transformation par le récit
de vie
- la mise à distance et la découverte du savoir qui
émerge
- grâce à cet autre, « écoutant-interprète », du
rapport du sujet à son histoire, écoutant qui fait
fonction d’herméneute (C. Pairault, in G. Pineau, G.
Jobert, 1989, p.199)

15
Nous constatons de nouveau avec plaisir, que rien
n’est joué d’avance, que résister aux événements
pouvant être désastreux pour l’individu est la base du
processus de reconstruction.
Il s’agit de prendre pour soi toutes les possibilités
offertes, sources de médiations susceptibles de réactiver
ses énergies vitales. (J.P. Pourtois in A. Goussot, p.15)
Ce livre offre à Noël, une nouvelle possibilité de
médiation, de nouvelles possibilités de dialogue¸ un
travail de réappropriation de lui-même, une accession à
une plus grande estime de lui-même.
L’histoire de Noël et sa manière de la reprendre sont
riches sur le plan des principes éducatifs, des modes
d’apprentissage, de la connaissance des fragilités et des
grandeurs humaines, mais surtout, de tout ce qui peut
atteindre l’estime de soi.
Noël a une révélation en lisant mon livre « Histoire
e d’une famille nombreuse en milieu rural dans le XX siècle ». Il
découvre que l’on peut revenir sur son histoire, que l’on
peut l’écrire et que celle-ci peut avoir un rôle éducatif
pour soi et pour les autres.
Ainsi, Noël vient d’entrevoir pour lui-même la portée
de ce qu’ont permis les histoires de vie et tout leur
courant.
La lecture de ce livre a été l’événement qui lui a permis
de faire surgir à sa conscience les traces enfouies de son
histoire. Ce fut un moment d’intenses émotions, ce qui
lui a donné envie de rechercher ce que fut sa trajectoire
et d’en laisser des traces par écrit.
Revenir sur sa biographie a été source de formation
pour Noël. C’est un véritable travail de ré aménagement
de son histoire, de ses analyses, de ses sentiments.

16
Au cours d’une rencontre, il me fait part de ses
différentes réactions puis, quelque temps plus tard, il
émet le souhait de l’intérêt pour lui de retracer sa vie qui
n’a pas été facile, de l’écrire. Par contre, il dit ne pas
avoir les compétences pour traduire correctement son
histoire, la rendre accessible aux autres dans un français
lisible, en faire un roman.
Au cours de nos échanges, j’entends son
questionnement existentiel et l’accompagner dans un
travail d’écriture m’apparaît comme une chance pour lui
afin de revisiter son histoire, de la réinterroger sous des
angles différents, d’accéder à une autre lecture de
celleci. La pleine signification des événements ne survient
que très longtemps après.
Yolande, sa femme, me dit que très certainement,
Noël a besoin de cette catharsis, qu’il arrive à un
moment de sa vie où il peut en parler sans que cela soit
dramatique et soit supportable pour lui.
Pourquoi ne pas essayer ensemble de retracer votre
épopée, lui dis-je ? Votre histoire mérite d’être prise en
compte.
Noël a entendu et enregistré. Quelque temps s’écoule
avant qu’il puisse se mettre au travail. Il estime, en son
for intérieur, qu’il ne peut pas refuser cette main tendue
(c’est ainsi qu’il l’interprète).
Nous voici donc « embarqués » tous les deux dans un
voyage qui nous mènera dans la redécouverte de
l’histoire de Noël. Je serai le tiers lui permettant de
mettre en perspective sa trajectoire, pour lui faciliter une
vision plus nette de ce qui l’a traversé tant sur le plan de
ce qui est le plus proche que sur le plan de ce qui est le
plus lointain. C’est une aventure de reconstruction du
temps, de l’histoire. C’est une mise en évidence des

17
capacités auto-formatives de Noël, véritables chances
pour lui pour devenir un être responsable, sachant
utiliser les opportunités pour se construire et faire face à
l’adversité.
Nous avons convenu qu’il écrirait le maximum de
choses et que nous nous rencontrerions ensuite pour
voir comment nous nous organiserions. Les échanges se
sont multipliés, autant de fois que nécessaire, pour une
plus grande clarté de part et d’autre et pour déterminer
la présentation du livre.
Ce temps d’écriture est indispensable pour Noël,
comme il l’est pour toute personne entrant « en histoire
de vie » afin de poser les événements, de rechercher les
imbrications, de retrouver le fil de l’histoire, les
émotions, mais aussi, de les distinguer, de repérer ce qui
a réellement existé, ce qui a été source d’angoisses ou de
joies et ce qui a été particulièrement fondateur dans ce
qu’il est advenu. C’est un travail délicat, mais c’est un
véritable parcours à la conquête de son histoire
familiale. Comme le précise M. Legrand, la pratique
biographique est d’abord un travail solitaire.
Nous sommes ainsi dans une relation dynamique
nous permettant de raconter cette histoire, dans cette
rencontre de nos deux subjectivités. Il s’agit de le
guider, de l’aider à sortir de lui-même ce qui fait
l’essentiel de sa vie, de sa trajectoire. C’est un travail
d’élucidation, d’analyse et de réaménagement des
souvenirs bénéfiques ou non, visant à mieux accepter le
passé et à se mettre en mouvement actif pour l’avenir.
Cela implique d’être en empathie avec lui afin de mieux
comprendre ce qu’il est. C’est une collaboration dans
l’intersubjectivité.

18
Noël raconte son histoire en fonction de ses
souvenirs, de sa mémoire, des émotions vécues au
regard des événements, des événements quotidiens, des
ressentis, des représentations qu’il s’en est faites. En ce
qui me concerne, je décrypte ce qu’il me raconte en
fonction des codes, des théories que je détiens, des
auteurs qui me semblent concernés par son histoire.
Cette rencontre, où il arrive à communiquer pour la
première fois avec une personne autre que la personne
la plus proche de lui est pour lui comme une révélation,
il peut enfin dévoiler les différents aspects de lui-même.
Ainsi, cet échange prend une dimension intime
profonde.
Lorsque je rencontre Noël après son premier « jet »
d’écriture il est intarissable, comme si une soupape
s’était enfin soulevée et il est heureux d’avoir pu gérer
ses conflits intérieurs même si les pleurs ont
accompagné l’extériorisation de ses nombreux
souvenirs. Ce passage par les larmes est un travail
salutaire, libérateur. Il est indispensable de pouvoir se
délester des lourds fardeaux, de se soulager de son
enfance quand celle-ci encombre les souvenirs, son
existence de chaque jour.
Cette composition à deux, cette interprétation à deux
de la biographie de Noël, participent d’une construction
nouvelle. Ma contribution, narrateur de l’histoire
confiée, vise à faciliter au porteur de l’histoire l’accès au
statut de sujet analytique, mais aussi critique à l’égard de
sa propre histoire (C. Niewiadomski in A. Trekker,
p.11). Dans cette écriture à deux se sont conjugués une
écriture solitaire et un partage social. En effet, je ne suis
que le passeur lui permettant d’accéder à une autre rive,
lui permettant d’atteindre une autre vue sur soi-même, à

19
la fois semblable et radicalement différente (P.
LévySoussan 2006, p. 171.
En cheminant avec Noël, de nouveau, je constate
l’importance des événements, des ruptures, des
bascules, des tournants dans toute trajectoire de vie et
l’intérêt d’avoir auprès de soi des personnes ressources
qui peuvent aider à mieux appréhender ses propres
envies et besoins afin de prendre confiance en soi. Tout
homme, sans affection et sans reconnaissance, reste
livré à ses mauvaises idées, à la mésestime de soi, source de
bien des risques dans la conduite de sa vie et de ses
projets.
Noël, lorsqu’il se confie, ne prononce jamais le mot
honte. Cependant, c’est ce qu’il me semble entendre
tout le long de son histoire. Sa trajectoire, jusqu’à la
rencontre avec sa future femme et sa famille d’adoption,
est douloureusement traversée par la honte. Elle
l’accompagne de manière permanente et récurrente et
l’isole de son environnement, de la possibilité de se
mettre en projet. Il est inscrit dans la honte sous
différents aspects.
Le sentiment de honte chez Noël, comme chez
beaucoup de personnes, résulte d’un ensemble
d’éléments, de secrets, de faux-semblants, d’humiliation,
de différentes culpabilités, de violence.
Noël a tout à fait conscience que sa vie aurait pu être
autre et surtout bien plus désastreuse, car il a accumulé
dans sa jeunesse suffisamment de rancœurs, de
désespoir pour basculer dans une vie plus dissolue.
Aussi, il va se sentir redevable vis-à-vis de ces
rencontres cruciales qui ont changé le cours de sa vie.
Durant le reste de ses jours, il va tout faire pour que les
personnes qui lui sont apparues décisives, que la famille

20
d’adoption dont il a pu bénéficier, soient fières de lui,
n’aient pas honte de lui.
L’histoire de Noël met en évidence que rien n’est
inéluctable, tout est possible malgré des conditions
environnantes désastreuses. « Derrière la souffrance de
la honte se cachent des trésors d’amour, de sensibilité »
(V. de Gauléjac, p. 20) ce que Noël va démontrer dans
le reste de son existence.
Cette biographie met en relief des éléments
déterminants dans le devenir de Noël en tant qu’adulte :
son autonomisation de la famille d’origine, sa
scolarisation, son choix professionnel. Tout adulte est
modelé par les différents environnements sociaux dans
lesquels il a vécu, mais le sens qu’il donne à son passé
lui appartient en propre et s’appuie sur les ressources
culturelles qu’il a privilégiées. (P. Dominice, 1992, p. 27)
Ce que raconte Noël met en évidence la façon dont il
s’est forgé des connaissances, des savoir-faire. Il a su
déduire de ses expériences heureuses ou malheureuses
ce qu’il pouvait retenir pour lui-même sur le plan de la
morale, de l’éthique, de la conduite ; sa vie dans les bois
lui a permis de développer de nombreux savoir-faire.
Noël nous fait découvrir ainsi les multiples expériences
qui ont jalonné sa vie avant de devenir adulte, de
devenir un véritable autodidacte.
Ce livre propose donc de configurer l’expérience de
Noël, la mettre en « intrigue ». « L’adresse qui en est
faite à autrui, que celui-ci soit réel ou imaginaire,
participe de la conquête de l’identité du sujet et parfois
de l’orientation ou de la réorientation de son existence »
selon C. Niewiadomski (in A. Trekker, 2009 p.9). Cela
me semble tout à fait adapté aux enjeux du voyage
intérieur par l’écriture dans lequel s’est engagé Noël.

21
« L’écriture, par sa magie, porte l’âme de la chose qu’elle
représente » (A. Trekker, 2009 p.41). Noël a compris
implicitement le sens symbolique de l’écriture, la
possibilité qui lui était offerte d’accéder à une meilleure
connaissance de lui-même et il souhaite partager ce qui
lui a semblé être des éléments indispensables à repérer
pour se construire et avancer. Le livre apparaît comme
un événement qui fait basculer sa vie par une
réappropriation de sa personne, par une meilleure
confiance en soi, par un autre regard sur les choses lui
permettant de grandir.
En particulier, il veut montrer que malgré un parcours
semé de nombreuses embûches, chaque individu peut
trouver en lui-même l’énergie, les subterfuges, la force
lui permettant de faire face, rester droit et déjouer les
multiples pièges tendus risquant de le faire basculer
dans une vie de désordre, de dissipation, dans
l’inconsistance. Chacun est maître de sa vie, mais cela
implique parfois des passages douloureux, une
reconnaissance des apports bénéfiques d’autrui. Et,
comme le précise D. Cèdre (2005 p. 130), un jour ou
l’autre il faut avoir le courage de mettre les choses au
clair. Il s’agit de vie à redistribuer, dit-elle.
Ce livre est une fiction qui conduit à un remaniement
de sa réalité qui lui permet de se réapproprier son
histoire et, non plus, de répéter celle des failles de son
environnement, des manques familiaux, des secrets
impensables (P. Lévy-Soussan, 2006 p.167).
Reprendre son histoire l’amène à une formulation neuve
de lui-même comme le dit D. Cèdre. Noël réinstaure
des relations rompues, reprend le fil de son histoire,
comble des oublis, des amnésies, réinterprète des
incompréhensions.

22
La suite des chapitres est en lien avec le déroulé
possible d’une mémoire qui n’est pas chronologique.
Elle prend des détours au regard des événements
marquants de l’histoire de Noël.
« Faire une histoire avec sa propre vie n’est pas une
mince affaire ». (C. Schmutz-Brun).
Noël a accepté de se mettre en danger, mais il est fier
maintenant de toutes les conséquences positives de ce
travail d’investigation.
En ce qui me concerne, il est toujours valorisant d’avoir
participé à la reconquête de l’estime de soi d’une
personne.
Ce livre est également source de joie, de plaisir
renouvelé en constatant que l’être est perfectible, quel
que soit son âge.


23