Manuel de pédagogie à l'usage des instituteurs d'Afrique

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296154438
Nombre de pages : 128
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MANUEL DE PÉDAGOGIE À L'USAGE DES INSTITUTEURS D'AFRIQUE

@ L'Harmattan, 1988 ISBN: 2-7384-0124-4

Lennart BLACHIER

MANUEL DE

PÉDAGOGIE A L'USAGE DES INSTITUTEURS D'AFRIQUE
Des outils pour enseigner

PUSAF
Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris

Avant-propos

Cet ouvrage se veut sans prétention, mais utile. Son sous-titre en atteste. J'ai voulu simplement proposer à mes collègues d'Afrique des moyens pédagogiques pour que leur enseignement soit plus efficace et que les enfants, à l'issue de leur premier cycl~ d'études, disposent de certains éléments leur permettant de vivre plus libres et mieux armés. Ne perdons pas de vue que l'immense majorité d'entre eux ne va pas poursuivre d'études au-delà de la 6" année fondamentale, de la. fin du cycle primaire. Il faut donc que le passage dans cette institution sociale soit le plus utile possible. A côté de l'acquisition d'un savoir, le passage à l'école doit être l'occasion d'un enrichissement personnel sur le plan intellectuel et sur le plan moral. Savoir raisonner, utiliser, en les développant, les capacités mentales dont chacun dispose et qui le plus souvent ne restent qu'à l'état larvaire, prendre conscience de l'existence, donc du respect, de l'autre, paraissent trop souvent oubliés dans l'acte pédagogique. Si ce livre peut aider des enseignants, tant mieux. Mais il faut rester modeste. Ce manuel passera, vieillira et disparaîtra. A ce propos, je partage entièrement ce qu'écrit Georges

Gusdorf I : « Mais la faute du pédagogue de type usuel, c'est
qu'il ne doute pas de lui-même. Détenteur de la vérité, il se propose seulement de l'imposer aux autres par les techniques les plus efficaces. Il lui manque d'avoir pris conscience de soi, d'avoir fait l'épreuve de sa propre relativité à l'égard de la vérité et de s'être remis soi-même en question. »
1. Pourquoi des professeurs ?, G. Gusdorf, Payot, Paris, 1963. 7

Tous les outils sont perfectibles. Le coup de poing paléolithique a disparu, avantageusement remplacé par le marteau. Il en sera de même pour tout ce qui suit.

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Introduction L'enseignement fondamental (primaire). Ses finalités

En République Islamique de Mauritanie l'enseignement fondamental, le très bien nommé car c'est lui qui établit les fondations des futurs apprentissages, s'étale sur six années. Il en est pratiquement de même dans tous les pays francophones d'Afrique. Tout de suite, on peut se demander quelles sont les finalités de cette école qui occupe quand même une fraction non négligeable de la vie de l'enfant? A première vue cette question peut paraître tout à fait banale et, à la limite, inutile à poser. En effet, si on prend la peine de poser la question à un certain nombre de personnes, parents d'élèves, adultes anciens élèves, adultes illettrés, enfants scolarisés et non scolarisés, enseignants, etc, on obtient une réponse à peu près identique chez tous et qui est: « L'école sert à instruire» et d'une façon parfois plus précise: «L'école sert à préparer aux études secondaires» . Ces clichés sont aisés à comprendre. L'idée que l'école n'a pour finalité que l'acquisition des connaissances est profondément ancrée dans l'esprit des gens. En France le ministère chargé de l'enseignement n'était-il pas dénommé « Ministère de l'Instruction Publique» ? Instruire était l'objectif essentiel. N'entendons nous pas aujourd'hui, et ce depuis deux cJécennies, qu'il faut lutter contre l'analphabétisme et que le développement passe par la culture et par culture on pense «savoir»? Interrogeons un «parent d'élève» sur son écolier d'enfant. La majeure partie de ses propos tournera autour de l'idée d'« instruction ». « Il travaille bien (ou mal), il a de bonnes (ou mauvaises) notes, il apprend 9

(ou n'apprend pas) ses leçons, il a (ou n'a pas) la moyenne» etc. Tout tourne autour de l'acquisition du savoir mesurée à l'aune de la note, de la moyenne, du signe extérieur de niveau. A mes yeux, ceci paraît être une représentation très partielle de ce que doit être l'école. Instruire c'est bien. Mais très insuffisant. L'enfant n'est pas un contenant rigide qu'il faut remplir au maximum de connaissances disparates et variées. L'enfant est un être humain qui pense, réfléchit, compare, mais aussi qui aime et n'aime pas, qui cherche le plaisir et évite le déplaisir. Et ceci est tout à fait naturel. Parallèlement à ses activités cognitives, son dynamisme affectif est toujours présent et il faut en tenir compte. Pour moi, et je pense ne pas être le seul à penser ainsi, l'école a, non pas une finalité, mais trois. Elles sont distinctes mais étroitement liées:

- l'instruction - la formation - l'éducation. Je me dois d'exposer le plus clairement possible ce que j'entends par ces termes qui, évidemment, peuvent prêter à confusion.
L'Instruction. Dans son sens général: acquisition d'un certain savoir. En effet on peut se demander: quel savoir? Contentons-nous du savoir délimité et gradué par les programmes officiels. Si ces derniers ne sont pas parfaits et ont souvent besoin d'être repensés dans certains détails, ils ont le mérite d'exister et de nous aider dans notre tâche. Donc je ne renie pas l'instruction et lui reconnais une place très importante. Mais à ne considérer qu'elle, on risque d'avoir un enseignement très inefficace. La formation. Je n'entends pas par là donner une forme identique à tous les enfants, une façon de penser passée dans je ne sais quel moule qui les uniformiserait mentalement. Par « formation» je pense « occasionner, provoquer, le développement des facultés mentales de tous en fonction des aptitudes, des richesses potentielles de chacun ». Que l'on me lise bien. Il est hors de question de faire de tous nos élèves des esprits supérieurement intelligents, des cerveaux éminents, des intellectuels de haute volée. Peut-on imaginer amener tous les jeunes qui pratiquent un sport au niveau des champions 10

olympiques? Absurde! Néanmoins il faut que chaque enseignant provoque chez chacun de ses élèves des activités qui permettent à tous de se développer mentalement au maximum. Essayons une comparaison, hasardeuse sans doute, mais qui éclairera peut-être mes propos. Prenons deux enfants A et B ayant exactement le même âge et grosso modo la même morphologie. Faisons leur passer, à 10 ans par exemple, un test d'aptitude physique: course de vitesse (60 m), et détente (saut en longueur). Les performances réalisées seront à peu près semblables. Imaginons maintenant que l'on fasse suivre au sujet A un entraînement physique progressif et régulier et que B soit laissé à lui-même. Si nous refaisons un test une ou deux années plus
tard on s'apercevra que le sujet A

-

au potentiel

physique

approximativement identique à celui de B - réalisera des performances nettement supérieure à celles réalisées par B. Il en est de même à l'école. L'enfant qui subit un enseignement uniquement axé sur l'apprentissage systématisé ne faisant appel qu'à la mémoire et fort peu, malgré les apparences, à la réflexion, sera beaucoup moins ouvert et aura davantage de difficultés à poursuivre ses études ou tout au moins à acquérir un savoir utile, utilisable et réléchi que celui qui aura passé sa scolarité à apprendre en étant toujours sollicité mentalement pour réfléchir, analyser, comparer, etc. Voilà ce que j'entends par« formation ». Et l'école, je veux dire les maîtres, doit constamment garder à l'esprit, dans la moindre de leur «leçon », cette préoccupation. L'éducation. A mes yeux cela signifie donner à l'enfant le sens des valeurs morales. L'homme est un animal social et la vie en société implique le respect de l'autre. On a dit que l'école développait le sens social de l'enfant. Oui, si les enseignants, qui doivent donc être aussi éducateurs, s'en préoccupent. Je reviendrai plus en détail sur ce problème dans le chapitre consacré à «l'enseignement de la morale ». La morale ne s'enseigne pas ex cathedra, elle s'assimile par le vécu. Instruire, former, éduquer me semblent être les trois bases des finalités de l'école. Ces trois piliers ne sont pas séparés. Au contraire ils sont étroitement imbriqués et constamment complémentaires.

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