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Afrique : les petits projets de développement sont-ils efficaces ?

De
164 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296359062
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SÉNÉGAL

Le secteur informel de Dakar

Dans la Collection « Villes et Entreprises» dirigée par Dominique Desjeux

Michèle ODEYÉ-F'INZI, es Associations en villes africaines. DakarL Brazzaville. 1985. Nourrir les villes en Afrique sub-saharienne. A paraître.
Alain MAHARAUX, L'Industrie au Mali. A paraître.

Martine CANACHO, Les Poubelles de la survie. La décharge municipale de Tananarive. A paraître. Guy MAINET, Douala. Croissance et servitudes. A paraître.

@ L'Harmattan, 1986
I.S.B.N. 2-85802-637-8

Meine Pieter van Dijk

TOME II

SÉNÉGAL

Le secteur informel de Dakar

Éditions L'Harmattan 5-7, roe de l'École-Polytechnique 75005 Paris

PRÉFACE

Secteur informel, secteur de l'avenir? Plusieurs fois je m'étais posé la question. Il fallait bien, surtout quand on pense à la situation actuelle des pays du Tiers Monde, et notamment à ceux d'Afrique. Après plusieurs décennies d'indépendance pour la plupart, il est évident qu'ils n'ont pas pu améliorer sensiblement le niveau de vie des populations, ni leur apporter le bien-être social tant attendu. Analyses et rapports en conviennent: la voie en forme d'impasse qu'ils ont suivie jusqu'alors ne pouvait guère les mener au succès. Des voix se sont élevées appelant à rompre la quiétude des pentes faciles, à libérer nos politiques de développement des symétries trompeuses, du mimétisme et de l'extraversion. Ce choix de la rupture impose de recourir, entre autres, à une autre théorie économique. Dans le passé, nous avions trop souvent cru que le secteur industriel, parce qu'il reposait sur de grands investissements et de gigantesques infrastructures entraînait ipso facto développement et bien-être. Aujourd'hui il nous faut en convenir: l'impact est resté superficiel, le circuit économique ne s'est guère élargi, l'épargne nationale reste marginalisée. Le chômage ne cesse d'augmenter. Pourtant sous nos yeux naît une autre catégorie d'entreprises, celle des « emplois marginaux », du secteur informel. Nous ne saurions plus longtemps ignorer la multitude de ces petits métiers qui, dans un environnement urbain excroissant, offrent des biens et services peu coQteux, adaptés aux réalités socio-culturelles et aux besoins des popu-

~~m.

.

Ces petites entreprises sont essentielles pour susciter cette société de richesse collective, qu'en d'autres lieux, j'avais préconisée. Elles permettent de réaliser des revenus substantiels, de créer des emplois, de régler quelques problèmes de chômage... Elles contribuent ainsi aux efforts de développement endogène et auto-centré. L'ouvrage de Meine Pieter van Diik vient étayer ma conviction et 7

permet une discussion sérieuse du potentiel du secteur informel en Afrique. S'appuyant sur ses expériences en Afrique, sur les situations vécues à Ouagadougou et Dakar, il attire notre attention sur un cas de solidarité du pauvre au pauvre, sur l'esprit d'initiative et de survie qui anime ces entreprises de 1'« univers de la débrouille». Meine Pieter van Dijk non seulement a su mettre en évidence, la nécessité d'une stratégie, mais en offre quelques éléments.
Albert Tévoédjrè le Secrétaire général de l'Association mondiale de Prospective sociale à Genève

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INTRODUCTION

Cette étude comprend deux parties. Le tome I concerne le secteur informel à Ouagadougou (au Burkina-Faso) et le tome II le secteur informel à Dakar (au Sénégal). Les recherches pour la présente étude du secteur informel ont été faites en 1976 (Ouagadougou) et 1977 (Dakar), lors de mon travail pour le Bureau international du Travail (B.I.T.). Les gouvernements burkinabé et sénégalais avaient demandé, dans le cadre du Programme des Emplois des Compétences techniques pour l'Afrique (P.E.C.T.A.) du B.I.T., l'exécution d'une telle étude dans le but de connaître le potentiel de développement d~s petites entreprises du secteur informel dans leurs capitales. Une analyse détaillée des données a été faite en 1978 grâce à une subvention de la Fondation néerlandaise pour le Développement de la Recherche tropicale (W.O.T.R.O.). La version néerlandaise de la présente étude a été soutenue le 14 novembre 1980 comme thèse de doctorat à l'Université libre d'Amsterdam sous la responsabilité des professeurs H. Linnemann et J. W. Schoorl. Le ministère de l'Enseignement néerlandais a subventionné la traduction en français, effectuée par Mme Saskia de Lang (chapitre 2), Mme Anne van Buuren-Fallou (chapitre 3), M. Philippe Montenez Pex (chapitres 4, 5 et 6) et moi-même. La rédaction finale du texte a été possible lors d'un séjour à l'Institut de Recherches des Sciences humaines et sociales (N.I.A.S.) à Wassenaar aux Pays-Bas.

Meine Pieter van Dijk Institut royal des Régions tropicales Mauritskade 63 1092 AD Amsterdam Pays-Bas 9

Chapitre 1 LE SECTEUR INFORMEL DE DAKAR

1. Survivre à Dakar: les questions de recherche
Quelle est la stratégie de vie et de survie des acteurs urbains dans le Tiers Monde? (1). La réponse depuis le rapport sur les problèmes d'emploi au Kenya (B.I.T., 1972) est: le secteur informel. Ce secteur regroupe les activités artisanales, le petit commerce, les transports non mécanisés et les prestations de services. Il s'agit de petits entrepreneurs dont l'entreprise est dépourvue de statut légal et dont les ouvriers perçoivent moins que le salaire minimum légal et ne bénéficient pas de la sécurité sociale. Il est facile de trouver un mot pour un phénomène que d'autres préfèrent dénommer la petite production marchande ou les petits producteurs urbains (2). Il est plus difficile d'analyser la dynamique économique ou les facteurs qui déterminent le manque de dynamique économique de ce phénomène. Dans les recherches faites à Dakar, comme à Ouagadougou (3), les caractéristiques qui différencient ces petites entreprises du secteur formel ont été recherchées. Ces petites entreprises appartiennent-elles à un mode de production non capitaliste ou forment-elles un secteur à part au sein de l'économie capitaliste urbaine? Quels facteurs déterminent le niveau du revenu de l'entrepreneur, de l'emploi et des investissements dans son entreprise? Est-ce que le secteur informel a sa propre dynamique et comment ce secteur se développera-t-il à l'avenir? Enfin nous avons examiné quelle est la politique gouvernementale vis-à-vis de ces entreprises et à quel point elles sont concernées par la concurrence. Le but de cette étude est d'une part, de contribuer à la formation d'une théorie, d'autre part, de formuler une politique tendant au développement de secteur informel avec une haute intensité de Il

main-d'œuvre et correspondant au caractère spécifique de ce secteur. L'équipe du B.I.T. qui a introduit le terme secteur informel prévoyait un rôle important pour ce secteur dans le processus de développement et formulait un certain nombre de recommandations pour le développer davantage. Ceci a donné lieu à une discussion sur les avantages et les inconvénients du développement du secteur formel. C'est une discussion au niveau macro-économique, sur laquelle nous reviendrons. Du point de vue micro-économique le comportement du petit entrepreneur est intéressant. Dans un contexte non occidental, le petit entrepreneur aspire-t-il à porter son bénéfice au maximum comme le suppose la théorie économique? C<;>mment choisit-il une technologie (une certaine combinaison de moyens de production) ? Quels facteurs déterminent l'emploi, son revenu et ses investissements?

2. Le Sénégal
Au Sénégal, sur 5 millions d'habitants, presque 1 million demeurent dans la capitale Dakar, sur la presqu'île du Cap-Vert. Le pays est le

plus développé des pays du Sahel. Pourtant une grande partie des
habitants de Dakar a un revenu dans le secteur informel. 50 070de la population active gagne sa vie avec des activités artisanales, le petit commerce, le transport non mécanisé et en rendant un service. Il s'agit d'un secteur important mais peu connu. Les autorités sénégalaises ont demandé au Bureau international du Travail (B.I.T.) d'étudier le secteur informel urbain. Dans le chapitre suivant, l'importance de Dakar sera replacée dans le contexte sénégalais. L'envergure du secteur informel dans cette ville sera liée au développement de l'emploi dans le secteur gouvernemental et le secteur formel privé. Le problème de la migration vers la capitale et la question de savoir si le secteur informel est un secteur d'absorption ou de transition seront discutés. A la fin du deuxième chapitre les économies respectives du Burkina-Faso et du Sénégal seront comparées.

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3. La méthodologie de l'étude
Le chapitre 4 du premier tome a présenté la méthodologie de l'étude. Les questions de recherche y sont présentées et le choix d'avoir fait une enquête par sondage est argumenté avant que quelques problèmes méthodologiques ne soient discutés. 12

La petite entreprise est l'unité de recherche. Afin de déterminer le potentiel du secteur informel, 467 entrepreneurs ont été interrogés en 1977 à Dakar. Les entrepreneurs interrogés ont été choisis sur la base d'un critère juridique: leur entreprise n'a pas de statut légal et les travailleurs ne touchent pas le S.M.I.G. Le critère pour faire un choix des activités était de savoir si ces activités se prêtaient à une assistance dans le cadre d'un projet prévu par la Banque mondiale. A Dakar, le choix se porta ainsi surtout sur les secteurs de l'artisanat de service et de prodùction. Etant donné l'importance de la technologie pour l'emploi, différents niveaux de technologie ont été distingués par activité. L'hypothèse est qu'il est difficile pour un petit entrepreneur de passer d'un niveau inférieur à un niveau supérieur. Cela requiert, outre un investissement, davantage de connaissances techniques, l'écoulement d'une production accrue et souvent une autre organisation de la production. En outre, le niveau supérieur n'est souvent pas mieux approprié quant à la quantité de capital utilisée et la quantité de main-d'œuvre employée, étant donné les prix de ces facteurs de production. Le choix d'une certaine technologie par un petit entrepreneur n'est probablement pas seulement déterminé par le prix du capital et du travail. Connaissance, disponibilité et accessibilité jouent également un rôle important, de même que les préjugés pour ou contre une certaine technologie. Le fossé entre une technologie traditionnelle et une technologie trop moderne importée est probablement maintenu parce que le gouvernement et le secteur privé ne développent, ni n'importent des technologies mieux appropriées.

4. Les résultats de l'enquête à Ouagadougou
L'intérêt du secteur informel à Ouagadougou a été esquissé dans le tome I avec pour arrière-plan, l'économie burkinabé. 73 070 de la population urbaine active travaille dans ce secteur, parce que le secteur gouvernemental n'est pas très important et que le nombre d'entreprises modernes est très limité. La politique gouvernementale vis-à-vis du secteur informel y est peu coordonnée et ne tente ni d'anéantir systématiquement le secteur informel ni de l'aider par des efforts conjugués. L'entrepreneur moyen habite Ouagadougou depuis dix-sept ans et travaille à son compte déjà depuis six ans. La plupart des entrepreneurs étaient avant des paysans et, bien des fois, ils cultivent toujours le mil pendant la saison des pluies. 60 070des entrepreneurs ont appris le métier, lors d'une période d'apprentissage. L'entrepreneur moyen a deux employés dont un est apprenti, et l'autre ouvrier, journalier ou

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membre de la famille. L'emploi total par entreprise est passé en deux ans de 2,5 à 3 personnes. Les apprentis gagnent 630 F C.F.A. par semaine, les ouvriers 2 990 F C.F.A. et l'entrepreneur conserve 6 570 F C.F.A. à la fin de la semaine. Presque un tiers de l'échantillon a un revenu secondaire et gagne à peu près le même salaire en plus. Le revenu minimum légal est de 3 000 F C.F.A. par semaine et le revenu moyen est de 500 F C.F.A., ce qui est inférieur au revenu de l'entrepreneur. Les investissements initiaux varitnt fortement par activité et même pour une seule activité. Un tiers des entrepreneurs ont réussi à faire des investissements additionnels pendant les deux dernières années. Il n'y a pas.de relation entre ces investissements et l'augmentation de l'emploi. Les investissements sont surtout financés par des économies personnelles ou avec une contribution de la famille. Le secteur informel permet la formation de capital et donne une destination productive à l'argent économisé par l'entrepreneur et sa famille. Sur les 31 entrepreneurs qui ont essayé d'obtenir un prêt d'une banque, 10 seulement ont réussi à l'obtenir. .Sur 300, 278 sont intéressés par un prêt d'environ 260 000 F C.F.A. La vente est souvent irrégulière. Il manque des clients. Pourtant la majorité a augmenté ses ventes pendant les deux dernières années. Dans l'ensemble, le. secteur

paraît se développer, mais un certain nombre d'activités sont en
déclin. 13 0,10 seulement des entrepreneurs interrogés répondent qu'il y a trop de concurrence du secteur formel. La majorité (63 0,10)rouve t qu'il y a surtout trop de petits entrepreneurs. Les problèmes les plus importants des petits entrepreneurs sont: le manque de clients, la vente irrégulière, la concurrence de grandes et autres petites entreprises ou des produits importés, le non-accès au crédit pour l'achat des matières et des machines et un atelier exigu, mal situé, le pll:1Ssouvent sans sécurité juridique. Les résultats de l'enquête menée à Ouagadougou, concernant les questions de recherche et les éléments d'une théorie relative au secteur informel, sont résumés dans le chapitre 8 du tome I et utilisés dans les '. chapitres 4 et 5 qui suivent.

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Les premiers chapitres du tome I ont présenté les théories macroéconomique (le rôle du secteur informel dans l'économie) et microéconomique (concernant le comportement de l'entrepreneur). Ensuite les résultats de la recherche à Ouagadougou ont été donnés. Comme pour Ouagadougou le tome II commence par un chapitre sur l'économie du pays. Les résultats des enquêtes seront ensuite présentés par activité (chapitre 3) et pour l'échantillon total (chapitre 4). Le chapitre 4 reprend une à une les questions de recherche. Sur la base des résultats pour Ouagadougou et Dakar, une théorie relative a~ secteur informel 14

urbain sera présentée dans le chapitre 5. La théorie concernera le caractère du secteur informel et ses fonctions dans l'économie urbaine; les résultats s'attacheront à la dynamique du secteur informel et le comportement des petits entrepreneurs. Les résultats des recherches à Ouagadougou seront testés avec les recherches effectuées au Sénégal. Le dernier chapitre présentera les recommandations politiques qui seront fondées autant que possible sur la théorie empirique.

NOTES
(l) Cf. I. Deblé et P. Hugon (1982). (2) Voir respectivement H. Coing et al. et J.J. Guibbert dans Deblé et Hugon (1982). (3) Voir tome I.

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