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Afrique Noire

De
192 pages
Cet ouvrage paraît au moment où l'Afrique subsaharienne renoue avec la croissance économique grâce à la mise en oeuvre de politiques macro-économiques adaptées. A travers une analyse de l'évolution de la situation du continent africain, l'auteur esquisse des perspectives de sortie de crise qui font une large part à l'effort d'ajustement interne : lutte contre la pauvreté par la promotion des secteurs agricoles et informels qui comprennent l'essentiel des opérateurs privés africains; conquête préalable du marché intérieur éventuellement dans le cadre d'un processus d'intégration régional. Ce livre est une contribution à la réflexion sur l'avenir de l'Afrique subsaharienne.
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AfRIQUE

NOIRE

Les enjeux d'un nouveau départ

Collection Études Africaines

Dernières parutions

Noël DOSSOU- YOVO, Individu et société dans le roman negro-africain d'expression anglaise de 1939 à 1986 (3 volumes). W.H. Paul William AHUI, Eglise du Christ. Mission Harriste, éléments théologiques du Harrisme Paulinien. Anne LUXEREAU, Bernard ROUSSEL, Changements écologiques et sociaux au Niger. Grégoire NDAKI, Crises, mutations et conflits politiques au CongoBrazzaville. Fabienne GUIMONT, Les étudiants africains en France (1950-1965). Fidèle-Pierre NZE-NGUEMA, L'Etat au Gabon de 1929 à 1990. Roger SOME, Art africain et esthétique occidentale. Blaise BAYILI, Religion, droit et pouvoir au Burkina Faso. Derlemari NERBADOUM, Le labyrinthe de l'instabilité politique au Tchad. Rémi LEROUX, Le réveil de Djibouti 1968-1977. Marcel BOURDETTE DONON, Tchad 1998. Jean-Claude P. QUENUM, Interactions des systèmes éducatifs traditionnels et modernes. Annie CHÉNEAU-LOQUAY, Pierre MATARASSO, Approche du développement durable en milieu rural africain. Pierre SAULNIER, Le Centrafrique entre mythe et réalité. Constant D. BEUGRE, La motivation au travail des cadres africains. Emmanuel AMOUGROU, Afro-métropolitaines, Emancipation ou domination masculine? Omega BAYONNE, Congo, diagnostic et stratégies pour la création de valeur. Denis ROPA, L'Ouganda de Yoweri Museveni. Louis NGOMO OKITEMBO, L'engagement politique de l'Eglise catholique au Zaïre 1960 - 1992.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384- 7(Jl8-5

André FOFANA

AFRIQUE

NOIRE

Les enjeux d'un nouveau départ

Préface de Monsieur Charles Konan Banny, Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A mon épouse Heike A mes enfants Christine, Gisèle, Patrick et Isabel

PRÉfACE

L'ouvrage Afrique noire: les enjeux d'un nouveau départ paraît au moment où l'Afrique subsaharienne, singulièrement les pays membres de la zone franc, renoue avec la croissance économique, après plus d'une décennie de difficultés économiques et financières, grâce à la mise en œuvre de politiques macro-économiques adaptées. Parallèlement, l'Asie du Sud-Est, jusque-là reconnue comme la principale référence en matière de stratégie de développement réussie, connaît une crise dont l'issue demeure incertaine. Ainsi, les faits nous enseignent que le sousdéveloppement n'est pas une fatalité et qu'aucune situation n'est définitivement acquise. La politique économique doit être interrogée en permanence, pour l'adapter à un environnement changeant, marqué par l'intensification de la mondialisation. L'un des défis majeurs qui interpellent les pays africains, en cette fin de siècle, consiste à tirer le meilleur parti possible des opportunités qu'offre le nouveau contexte de globalisation, en se donnant les moyens d'une meilleure intégration à l'économie mondiale. A travers une analyse de l'évolution de la situation de notre continent, André Fofana esquisse des perspectives de sortie de crise qui font une large part à l'effort d'ajustement interne. Ses réflexions aboutissent à la conclusion qu'il n'y a pas d'exception africaine dans la perception et le règlement des crises économiques par rapport à l'universalité de la théorie.
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Monsieur Fofana met également l'accent sur les pesanteurs politiques, institutionnelles et socioculturelles. S'agissant en particulier de l'Etat, je dirais de l'Etat de droit, son rôle d'accompagnateur s'inscrit dans la création des conditions d'expansion de l'activité économique, en favorisant notamment un cadre légal et réglementaire et des infrastructures socio-économiques, propices à l' investissement. Les préoccupations de l'auteur pour la valorisation du capital humain, la promotion d'un secteur privé concurrentiel et compétitif, l'essor d'un système financier moderne et performant, ainsi que l'accélération du processus d'intégration économique, constituent les éléments fondamentaux d'une politique orientée vers la promotion de l'emploi et la réduction de la pauvreté. L'ouvrage de André Fofana est une contribution à la réflexion sur l'avenir de l'Afrique subsaharienne, objet de tant de préoccupations, non pas parce que son avenir est incertain ou menacé, mais parce qu'il appelle des initiatives hardies, faisant une large part à l'imagination, à la rigueur et à la persévérance dans l'effort. La conduite d'une action de grande envergure est à ce prix. Certes, ce livre n'a pas la prétention d'apporter une réponse globale et définitive aux interrogations sur le devenir de notre continent. La richesse même du sujet interdisait d'en embrasser tous les contours. Le mérite de l'auteur a été de circonscrire ses réflexions à la problématique du rôle de l'Etat dans un contexte de régulation de l'économie par les mécanismes du marché. Puisse cet ouvrage susciter des débats fructueux, susceptibles de contribuer à l'enrichissement de la réflexion économique sur notre continent. Monsieur Charles Konan Banny Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest 8

INTRODUCTION

En 1987, l'Ouganda et le Ghana connaissaient de graves difficultés économiques. Dix ans plus tard, ces deux pays enregistrent un taux de croissance supérieur à 5,0%. Dans le même temps, le Zaïre s'est enfoncé dans la crise. Il est désormais admis que le succès ou l'échec en matière économique dépendent davantage de la valorisation des ressources humaines, ou de la qualité subséquente de l'environnement institutionnel et des politiques menées, que des dotations naturelles. Avec un taux de croissance moyen de 4,5% en 1996, l'Afrique Subsaharienne a montré qu'elle a désormais conscience de ces réalités et qu'elle peut devenir le continent de l'avenir, la dernière frontière économique. Toutefois, beaucoup reste à faire pour vaincre l'Afro-pessimisme et gagner la bataille du développement dans le contexte actuel de changements profonds touchant pratiquement tous les domaines de la vie. En effet, en cette fin du deuxième millénaire caractérisée par la prédominance des systèmes de communication, l'économie mondiale est entrée dans une phase de mutation profonde et complexe. Cette évolution marque la fin de l'après-guerre, période exceptionnelle de croissance et de plein-emploi liée à la reconstruction de l'Europe et du Japon qui s'est achevée dans les années soixante-dix par une crise qui a accouchée d'un nouveau monde. La mutation s'est effectuée en deux étapes. La première, qui s'étend de 1975 à 1990, a produit des outils qui ont transformé la société industrielle, conduisant à la croissance de la production des biens et services suivants peu consommateurs d'emplois et de matières premières: informatique, télécommunication, robotique et biotechnologie. La deuxième, celle des années quatre-vingt-dix, tend à l'automati9

sation généralisée des sociétés occidentales. La révolution technologique en cours se caractérise
par le développement de systèmes de communication qui favorisent l'éclosion de marchés à caractère mondial et une uniformisation des normes de compétitivité.

Destructrice d'emplois ne correspondant pas à ces normes, la mondialisation en cours, ne s'intègre pas encore dans un projet de société cohérent. Elle rend plus facile l'accès au capital pour les pays sachant profiter des opportunités liées à l'ouverture des échanges, contribuant ainsi à l'irruption de pays pauvres dans le jeu du commerce mondial. Elle tend par contre à la marginalisation de toute entité incapable de s'adapter à ce mouvement. L'Asie de l'Est, avec un taux de croissance double de la moyenne mondiale, a provisoirement tiré le plus profit de cette situation. Elle fait toutefois face depuis peu à une crise financière aigüe. Le modèle économique mis en place en Afrique Subsaharienne au lendemain des indépendances n'a pas préparé à ce bouleversement. Il a été basé sur la vente à l'extérieur de produits primaires. La rente tirée de cette économie de traite et l'aide extérieure ont permis une régulation sociale fondée sur une redistribution par l'Etat de celles-ci à travers divers réseaux, notamment celui des entreprises sous son contrôle. Cette stratégie, qui n'a pas intégré une dynamique favorisant l'essor du secteur privé, s' est soldée par un échec se traduisant par le blocage de l'accumulation, le déficit des finances publiques et des paiements extérieurs, ainsi qu'une grande détresse sociale. A l'heure de la miniaturisation des équipements, de la rationalisation des appareils productifs et de la substitution par les matériaux de synthèse, ce modèle est en crise. L'Afrique Subsaharienne n'a, à ce jour, jamais disposé des structures d'une économie de marchés concurrentiels et n'a pas encore véritablement remis en cause les modalités de fonctionnement de son économie par rapport à la période coloniale. Elle doit définir rapidement une stratégie de sortie de crise, pour faire face à l'épuisement de ce modèle, sous peine d' être déconnectée de l'environnement mondial. Sa situation actuelle demeure en effet préoccupante, son produit intérieur brut étant équivalent à celui de la Hollande pour une population soixante fois plus nombreuse. Selon la Banque 10

Mondiale (1), entre 1987 et 1993, la-production par tête d'habitant de la région a globalement chutée de 0,9% par an. Ces chiffres masquent deux réalités qui leur donnent un caractère plus prononcé: la première est la distribution particulièrement inégalitaire des revenus au niveau de toute la région, la seconde est la différentiation de plus en plus marquée entre une gamme de pays dont certains enregistrent un taux de croissance réel de plus de 4,0% (Ghana, Ouganda, Côte d'Ivoire et plus généralement pays de l'UMOA), alors que l'Etat sous sa forme moderne a pratiquement disparu dans d'autres (Zaïre, Somalie, Libéria, Sierra Leone). L'objectif premier de toute politique de développement doit être l'éradication des formes extrêmes et dégradantes de la pauvreté. Elle peut être obtenue par une amélioration du niveau d'éducation des classes défavorisées, afin de leur permettre de se prendre en charge dans de meilleures conditions. Une analyse sommairede l'évolution de la pensée africaniste sur le développement montre que celle-ci n'a pas encore apporté une solution

aux problèmes de la région. Trois étapes peuvent être distinguées: celle des années soixante marquée essentiellement
l' infl uence keynésienne,
pond à une période de

par

celle des années soixan te dix qui corresradicalisation et celle des années quatre vingt
de marché est imposé par les bailleurs

où le retour
de fonds,

aux mécanismes

ainsi que par l'évolution de l'environnement

international.

Au début des indépendances, l'économie administrée repose sur l'impulsion donnée par l'Etat qui, prolongeant en cela la période coloniale, met en place des instruments de régulation macro-économique keynésiens: budget, investissements publics, prix administrés, taux d'intérêt bas et taux de change fixe. Cette action est confortée par un courant de pensée d'origine latino-américaine: le structuralisme. Celui-ci estime que les économies africaines sont caractérisées par des rigidités qui empêchent les prix de jouer leur rôle d'ajustement de l'offre à la demande, ce qui justifie l'intervention de l'Etat en vue d'une transformation des structures (2). Il s'agit d'un courant réformiste qui propose par un schéma évolutionniste un rattrapage
1. Banque mondiale. Un continent en transition: l'Afrique Subsaharienne au milieu des années 80. 11

des sociétés technologiquement plus avancées (3). Dans les années soixante dix, la pensée se radicalise autour des thèmes de l'impérialisme et de l'échange inégal. Le sous-d-éveloppement n'apparaît plus comme un retard de développement mais plutôt comme le produit d'une insertion périphérique dans l'économie mondiale par rapport à un centre dominant. Cette situation conduit à un blocage de la croissance à la périphérie qu'elle désarticule, et à un écart croissant avec le centre, lieu d'accumulation du capital. La dégradation des termes de l'échange des produits primaires par rapport aux produits industriels remet en outre en cause le dogme de l'avantage pour tous les pays de la spécialisation internationale. Pour Samir Amin, principal représentant africain de ce courant de pensée, le développement suppose une rupture avec l'impérialisme et les bourgeoisies nationales qui le soutiennent, afin de construire une société socialiste. Dans les faits, hormis l'lIe Maurice et le Botswana, aucun pays n'a

réussi à transformer ses structures ou à 1/ rompre avec l'impérialisme". Les économies minières et de plantations sont restées dominantes. L'Afrique Subsaharienne a enregistré un blocage de l'accumulation interne et une perte de compétitivité qui se sont traduits par une marginalisation sur le marché mondial et un endettement élevé. Dans le même temps, l'ouverture maîtrisée entreprise par d'autres pays, notamment ceux d'Asie de l'Est qui ont combiné une action judicieuse de l'Etat à celle du secteur privé, a joué un rôle positif dans leur développement. C'est dans ce contexte de crise que la question de la transition vers le socialisme a fait place au début des années quatre vingt à celle de la transition vers le marché. Avec la faillite du système d'économie dirigée et les contre-performances des modèles de développement basés sur les idéologies tiers-mondistes, l'économie de marché, devenue au moins provisoirement l'unique référent, s'est imposée à cette région.

2. François Perroux. L'économie des jeunes nations. Industrialisation groupement de nations. PUF. 1962. 3. W. Rostow. Les étapes de la croissance économique. 12 Le Seuil 1963.

et

Le processus de libéralisation consiste pour l'Afrique Subsaharienne à normaliser ses structures par rapport à ce modèle dominant, fondé sur l'initiative privée, en vue d'un repositionnement au sein de l'économie internationale. Il implique à terme la fin de l'économie de rente et l'apparition subséquente d'acteurs innovants, basant leurs décisions sur des critères de rentabilité fondés sur le mécanisme des prix en remplacement des pouvoirs publics dont l'intervention est jugée arbitraire. Cette action doit tirer sa source d'une analyse au moins sommaire de la théorie économique existante dont il convient de s'assurer de l'applicabilité (1ère partie), mais également de celle de l'évolution de l'environnement international et du poids de l'histoire qui apparaissent comme des contraintes majeures dans la mise en oeuvre d'un projet de développement (2ème partie). Ces divers éléments doivent servir de référentiel pour déterminer et analyser les objectifs à atteindre, ainsi que leurs limites, afin de ne pas s'engager dans une stratégie contreproductive conduisant à une impasse. La question de l'Etat reste au coeur de la problématique du développement. L'option nouvelle n'a généralement pas résulté d'un choix délibéré, mais plutôt d'une exigence des bailleurs de fonds sollicités pour des financements permettant de faire face au blocage de l'activité et au déficit de la balance des paiements. Elle n'est souvent que timidement intériorisée par des pouvoirs publics devant concilier deux impératifs contradictoires: - maintenir une certaine stabilité macro-économique (favorisée par l'équilibre du budget et de la balance des paiements) et institutionnelle, afin d'accompagner et de stimuler l'action des opérateurs économiques privés nationaux et étrangers, - tenir compte des intérêts d'une classe sociale p.olitiquement organisée qui a bénéficié de l'économie de rente et qui risque d'être, si elle rate sa reconversion, la principale victime des réformes de la transition avec l'apparition d'une nouvelle régulation sociale fondée sur le principe d'efficience. L'ambition de cet ouvrage est de montrer que l'avenir de l'Afrique Subsaharienne repose, en définitive, essentiellement sur le 13

travail de ses populations et l'effort d'organisation de ses dirigeants. L'aide extérieure est un atout supplémentaire lorsqu'elle est bien ciblée, c'est à dire si elle vise à terme à créer un partenariat économique profitable à tous. Les décideurs africains doivent établir un projet de société clair et cohérent. La synthèse entre un fonds culturel fortement altéré par la domination extérieure et une société moderne mue par la concurrence s'avère toutefois difficile. La région est en effet agressée par un système social extérieur qui lui sert de référentiel, mais dont elle doit réussir la réinterprétation par la mise au point de règles assurant l'évolution de ses structures traditionnelles et leur cohérence avec une société moderne.

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PREMIERE PARTIE

L'ETAT ET LE MARCHE: CONFLIT OU NECESSAIRE COOPERATION?

Durant la période de transition, compte tenu de la faiblesse de l'appareil de production, l'Etat et le marché ont, en tant que régulateurs de l'activité, des rôles beaucoup plus complémentaires qu'alternatifs, le premier devant intervenir de façon déterminante dans la mise en place des structures et la formation du capital humain permettant le fonctionnement d'une économie de marché. L'Etat est l'acteur qui peut adopter certaines mesures visant à assurer, par la promotion du secteur privé, une amélioration des conditions de l'offre en vue d'un accroissement de la capacité de production. Il doit les faire précéder d'une politique destinée à assainir les bases de l'économie en rendant compatibles les besoins de consommation avec les possibilités de la production locale et les importations que permettent les disponibilités en devises. Il doit également assurer les conditions de fonctionnement d'un système financier sain. Des transformations structurelles, notamment la mise en place d'un cadre institutionnel lié au respect de la propriété privée, sont nécessaires au succès de cette action. Ces divers points font l'objet de développements sous les titres suivants: Chapitre I: L'allocation des ressources: un problème compliqué par la structure des économies de l'Afrique Subsaharienne Chapitre II: L'ouverture sur le monde extérieur: une nécessité Chapitre III: Le financement de l'économie: l'impératif de rentabilité

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CHAPITRE

I

L'ALLOCATION DES RESSOURCES: UN PROBLEME COMPLIQUE PAR LA STRUCTURE DES ECONOMIES DE L'AFRIQUE SUBSAHARIENNE

La structure des économies développées repose sur une dynamique interne, les ménages consommant une part importante de la production des entreprises locales. Celle de l'Afrique Subsaharienne repose par contre sur une dynamique externe. La production, qui consiste en grande partie en produits primaires, est exportée, ce qui permet d'importer des biens et services plus élaborés. Cette spécialisation rigide et régressive ne permet pas un dynamisme autoentretenu. Une meilleure articulation entre la production et la consommation y apparaît comme un impératif. La restructuration de l'économie qui s'y impose doit être conceptualisée. Le corpus théorique existant, centré sur l'analyse néo-classique et sa variante keynésienne, est sommairement présenté pour les besoins de l'étude. Il apparaît que sa connaissance peut servir de base à une analyse des mesures favorisant l'émergence d'une économie où les décisions sont prises par les agents économiques privés, les pouvoirs publics se présentant comme garants du bon fonctionnement des règles de la concurrence, notamment du respect des droits de propriété. Cette politique, vulgarisée sous le nom d'ajustement structurel, consiste en définitive en une normalisation des structures par rapport au référentiel que constitue l'économie de marché.

L allocation

I

des ressou rces

1.1. LE CIRcurr ECONOMIQUE DIFFERE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE DE CELUI DES PAYSDEVELOPPES
Le comportement des deux types d'économie peut être analysé dans une logique de circuit économique à partir d'une description de l'activité sous trois optiques correspondant à trois pôles: la production, le revenu et la dépense. Dans ce cadre, l'économie des pays industriels présente une structure interne cohérente où prédomine l'initiative privée, alors que celle des pays de l'Afrique Subsaharienne est caractérisée par son hétérogénéité, ainsi que par l'importance du secteur extérieur et du rôle de l'Etat. Par ailleurs, si certains objectifs sont communs, d'autres sont spécifiques à ces derniers.

1.1.1.Lastrocture d'une économie développée est caractérisée par une série d'articulations dans un espace homogène
L'économie fonctionne à l'intérieur d'un cadre institutionnel où prédomine le marché, c'est à dire la confrontation des offres des producteurs et des demandes des consommateuts en vue de la détermination des prix des biens et services, et un environnement légal relativement stable. Le circuit comprend les trois pôles définis précédemment (production, revenu et dépense) et les trois agents suivants: les entreprises, les ménages et le secteur public. Nous ferons provisoirement abstraction des relations avec l'extérieur. L'impulsion de départ y est donnée par la production des entreprises et les revenus qu'elle génère. Le premier d'entre eux est la rémunération des travailleurs et des détenteurs de capitaux. Elle constitue le revenu des ménages et leur permet, après paiement des impôts à l'Etat, d'acheter des biens et services fournis par les entreprises et de se constituer une épargne. Les entreprises mettent par ailleurs en réserve les sommes nécessaires au renouvellement de leur outil de production. Elles paient également des impôts qui s'ajoutent à ceux des ménages pour constituer les recettes du secteur public. Celui-ci peut ainsi rémunérer les agents économiques qui 18

L allocation des ressources
I

travaillent pour les organismes publics et effectuer des transferts en faveur des ménages (assurances chômage et maladie, allocations familiales, etc...), créant un pouvoir d'achat supplémentaire. En définitive, les coûts des entreprises constituent les revenus des ménages, les recettes du secteur public et les réserves nécessaires au remplacement des équipements. Les revenus ainsi distribués doivent être intégralement dépensés. A défaut, le bouclage du circuit est impossible du fait des fuites dites de revenus. Ces fuites proviennent de la partie de leurs revenus que les ménages ne consomment pas, c'est à dire de leur épargne. Celles-ci doivent en conséquence être compensées pour un montant au moins équivalent soit par l'investissement des entreprises, ce qui suppose l'existence d'un débouché, soit par l'augmentation de la demande du secteur public, ce qui suppose souvent un déficit budgétaire. Remarquons que lorsque cette épargne des ménages est sollicitée par l'Etat, celui-ci boucle au moins en partie le circuit économique par une augmentation de ses dépenses de fonctionnement, par essence improductives. L'Etat est par vocation consommateur et non producteur de richesses. Par contre, lorsque cette épargne est empruntée par les entreprises, elle est investie. Le circuit est alors bouclé par une augmentation de la capacité de production, ce qui permet l'amorce d'un processus de croissance. La création de richesses est le propre de l'entreprise. Ce fait demeure trop souvent méconnu. En définitive, ce qui caractérise ces économies, c'est ce dynamisme auto entretenu, entrecoupé toutefois de crises plus ou moins graves. Le rôle de l'Etat, qui assure essentiellement des transferts, y est relativement moins important que celui du secteur privé dont dépend l'essentiel de l'activité. Le fonctionnement des économies de l'Afrique Subsaharienne est totalement différent.

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