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Amérique sans visa

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128 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296150690
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AMERIQUES SANS VISA
Récits et reportages d'Amérique latine

DU MÊME AUTEUR

-

L'autre Pérou (l'intégration des Indiens, mythe ou réalité ?), Fédérop, Lyon, 1981. En collaboration, Actes des rencontres francomexicaines d'urbanisme, 9-19 mai 1984, Éd. Ville d'Oullins, 1984.

COLLECTION LOGIQUES SOCIALES Dirigée par Dominique Desjeux

Pierre GRAS

AMÉRIQUES SANS VISA
Récits et reportages d'Amérique latine

Éditions L'Harmattan
5~7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@

L'Harmattan,

1988

ISBN:

2-7384-0091-4

SOMMAIRE

INTRODUCTION

.

9

I. «INKA KOLA, ES NUESTRA ! » .......... 1. LE BLUES DE LIMA................... 2. UNE RÉPUBLIQUE SOUS INFLUENCE.. 3. LES ENFANTS DU RÊVE AMÉRICAIN.. 4. LA ROUTE DE L'OR................... 5. L'ENJEU INDIEN....................... 6. CUZCO ENTRE L'INCA ET COCA-COLA 7. MORALES EXPRESS .. .. . . . . . . . . . . . . . . ..

13 13 17 24 29 32 35 41

Il. BOLIVIAN CONNECTION................ 1. LA PAZ: MAMA COCA ET SISTER MORPHINE .................................. 2. EL MINERITO . .. . .. . .. .. .. .. .. . . . . .. .. . 3. LES DIABLES D'ORURO................

46 46 50 56

III. L'AMAZONIE ENTRE L'UTOPIE ET L'ENFER VERT.............................. 1. HARO SUR L'AMAZONIE .............. 2. L'ENVERS DE L'ELDORADO...........

59 59 67 5

IV. CARTES POSTALES DU CÔNE SUD..... 1. CHILI: LES ORPHELINS D'ALLENDE.. 2. « MISSING» A MONTEVIDEO. . . . . . . . . . 3. LE PREMIER TANGO A BUENOS-AIRES

74 74 80 85

V. AMÉRIQUE CENTRALE: LE MAILLON LE PLUS FAIBLE............................ 1. LE PUZZLE.......................... 2. JUSQU'OÙ IRA REAGAN. . . . . . . . . . . . . .

91 91 96

VI. QUE VIVA MEXICO! ................... 1. DE TENOCHTITLAN A MEXICO...... 2. LA FÊTE EST FINIE................... 3. TEPITO, SI ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

103 103 105 108

CONCLUSION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . REMERCIEMENTS
INDEX.

--t13 117 119

.

....................................

6

Pour Julien et Nicolas Pour mes amis latino-américains.

INTRODUCTION «Toute mémoire est subversive, car elle est différente », a dit un jour Eduardo Galeano, l'écrivain des « Veines ouvertes de l'Amérique latine ». Si la vérité officielle a subi bien des revers, suivant le flux et le reflux des évolutions et des révolutions qui ont nourri l'histoire latino-américaine, la mémoire des peuples est restée intacte. Mémoire indienne, mémoire des vaincus, mémoire métisse, mémoire coloniale, mémoire nègre, mémoire des soutiers et de la canne à sucre... Ce livre, fruit de voyages et de reportages, d'enquêtes et de rencontres ici, là-bas, se veut l'écho, la caisse de résonance de cette mémoire-là. Celle d'une Amérique qui vit et qui vibre, qui plie sous les coups des dictatures, qui se lève sous les drapeaux de la liberté, qui danse, qui chante, qui rêve aussi. Une Amérique au quotidien, sans fard, mais quelquefois masquée, celle que je connais. Se battre contre la misère n'empêche pas de faire la fête, de rire, d'aimer la vie. Pas plus que rechercher ses racines, sociales ou culturelles, et tenter de les préserver, ne dispense d'appréhender le présent. Cette Amérique-là n'appartient à personne. Pour moi, elle est autant un espoir qu'une nostalgie, un frémissement de bonheur qu'un coup de tonnerre dans l'histoire. Des voix limpides, des visages ensoleillés, autant que des silences meurtris, des ombres derrière les barreaux. Des images de sang et de larmes. De fête et d'ivresse. De fleuves profonds et de plateaux arides. Masques et carnavals, gomina et tango, « charreadas » du Mexique, combats de coqs ou de toros, « futbol » et loteries, jeux de la mort ou du hasard. L'Amérique latine est une société du spectacle. Un monde où la représenta9

tion, la fête, la musique, l'ivresse font partie du quotidien. Un monde où braver l'interdit devient possible quand on se drape dans les oripeaux du carnaval: diabladas d'Oruro, sambas de Bahia ou fête des morts de Janitzio... L'Amérique latine est un théâtre. Pas seulement celui de vastes opérations politico-militaires, dans le champ clos des affrontements Est-Ouest. La violence y est elle-même mise en scène, et la terreur une réalisation du pouvoir. « La violence en Amérique latine, nous rappelle Gabriel Garcia Marquez, est un phénomène de toute son histoire, quelque chose qui nous vient d'Espagne. La violence est la grande accoucheuse de toute notre histoire... ». Et pourtant, nous vivons dans un monde où la banalisation de la violence, lorsqu'elle ne nous touche pas directement, est devenue plus forte que la réalité: six cents victimes de la violence au Salvador ou au Guatemala, émeuvent moins qu'un seul attentat dans les rues de Paris, de Madrid ou de Rome, conséquence logique de notre système d'information. On part en Amérique latine, la première fois, presqu'en touriste, avec pour tout bagage ces images-là: une imagerie de bandes dessinées et un ticket pour l'évasion. On en revient, journaliste saturé d'impressions, en eIi~achant à peine plus sur elle et un peu plus sur soi-même. Le miroir a explosé et l'on reste tout seul avec, devant soi, quelques morceaux de verre brillant et éclaté. Et cette impression insaisissable de ne pas savoir les recoller, de n'avoir rien compris. Ni de la vie, ni de la mort... Sommes-nous encore capables, après la leur avoir confisquée, de rendre la parole à ces peuples d'Amérique, de nous effacer derrière les mots les plus nus, les actes les plus dépouillés? Et de leur restituer toute leur force? Témoignage plus qu'analyse, récit plus que produit d'une étude approfondie sur la totalité des questions soulevées, ce travail tire l'essentiel de sa matière des séjours que j'ai effectués sur place, depuis 1979, et de l'expérience d'un précédent travail sur le Pérou (1). Je me dis aujourd'hui qu'il comporte sans doute de bien grands absents, comme le Brésil (hormis sa partie amazonienne),
(1) L'autre Pérou, Éditions Fédérop, 1981. 10

Cuba et le Nicaragua, qui nécessiteraient à eux-seuls un volume! Mais je n'ai voulu parler ici que de ce que j'ai vu ou entendu, y compris ici, auprès des réfugiés latinoaméricains, dont l'expérience m'a constamment aidé. Livre-collage, livre pluriel, à l'image de cette Amérique latine multiple, de ces « Amériques latines », dont je n'ai sûrement pas fini d'explorer les contours. Afin de ne pas alourdir le texte et de conserver à l'ensemble sa forme de récit, j'ai renvoyé en note un certain nombre de précisions et d'explications complémentaires. On pourra en outre se reporter à l'index,. en fin de volume, pour retrouver tel ou tel point. Ceci permettra, je l'espère, de compléter la lecture linéaire de ce livre qui n'a cependant pas la prétention d'être exhaustif... Ce livre est plutôt l'expression d'un itinéraire de dix ans qui confirme, qu'au bout du compte, on court le monde à la recherche de soi-même, plus que d'une vérité unique. P.G.

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