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Balungu

De
272 pages
L'homme mulungu a joué un rôle décisif dans l'histoire de l'Afrique Centrale et Orientale. Il a un double profil: d'un côté un homme désireux de s'identifier à l'homme étranger, de se libérer en se désolidarisant des siens; de l'autre - et il peut s'agir du même individu - un mulungu qui s'en va ailleurs renouveler le pouvoir, fonder une nouvelle lignée, avec le mépris des manières trouvées (anciennes ou traditionnelles). Les nouveaux Balungu sont les jeunesse remuantes et innovantes du Congo actuel.
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Collection

Congo-Zaïre - Histoire et Société
dirigée par Benoît VERHAEGEN

En couverture: Pl. 1 Reconnaissance du bassin du Sankuru-Lubilash. "29 juin 1886 - Le roi Tchikenge [Tshinkenke], son peuple, grand'place du village." (A. DEMAcAR,photographie et texte) (Tervuren, MRAC, Ethnographie, plaque n° 16891) Le chef Tshinkenke porte au cou une épaulette du 90. régiment fusiliers du Mecklenbourg, lui offerte par WISSMANN octobre 1881. (1889: 73) Ce pectoral équivaut-il à une en base de Conus (ki/ungu)? La 'main droite' de Tshinkenke est vêtu du kanzu d'origine arabe.

Pl. 4 Reconnaissance du bassin du Sankuru-Lubilash. "11 juillet 1886 - Types Baqua-Kaloches [Bakwa Kalonji] et Baqua-Djios [Bakwa Diishoj." (A. DEMAcAR,photographie et texte) (Tervuren, MRAC, Ethnographie, plaque n° 16 922) "[Les Baloubas] sont peu tatoués, avec les cheveux crépus et longs collés sur le devant de la tête avec de l'huile de palme." (DEMACAR,1889 : 20, note 1)

Rik CEYSSENS

BALUNGU
Constructeurs et destructeurs de l'Etat en Afrique centrale

Préface

de Jan V ANSINA

L'Harmattan 5-7,rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Anthropologue et historien d'art, Rile CEYSSENSa oeuvré dans l'enseignement supérieur à LuluabourgIKanangalLuluabourg (Institut supérieur pédagogique, Université nationale du Zaïre), dans le cadre de la Coopération technique belge. Principales recherches sur le terrain dans les zones administratives de Tshikapa, Lwiza et Mwene-Diitu. Articles publiés dans plusieurs ouvrages collectifs et dans Africa-Tervuren, Anthropos, Arts d'Afrique Noire, arts premiers, Baessler-Archiv, Cultures et développement.

~ Copyright L'Harmattan, 1998 ISBN 2-7384-5959-5

PREFACE
alungu... ethnonyme éphémère, fétu du passé, sans importance? Pourtant, voici que de la réflection sur ce simple nom surgit tout un ouvrage et de l'explication de texte d'un seul mot jaillit un discours. Car comme dit l'auteur "acter les noms est une chose, réfléchir sur les noms en est une autre." (p. 41) C'est un discours peu habituel dont le sujet est cette partie du réel qu'on appelle l'imaginaire et dont la trame suit le cheminement d'une piste d'étymologies populaires. Précisément parce que cette démarche est si peu habituelle cet ouvrage est important, car son discours nous ouvre de nouvelles perspectives. Par le même effet cependant un discours si peu familier dans l'expérience de beaucoup de lecteurs risque de les désarçonner. De là l'utilité d'une petite préface pour baliser un peu la piste suivie. Rik Ceyssens est l'auteur d'une thèse remarquable en anthropologie culturelle qui traite d'un peuple vivant au HautKasayi: Remarquable parce que son auteur ne s'est pas contenté d'observer sur le terrain, ni même de poser des questions aux connaisseurs, mais a voulu comprendre les réalités sociales et culturelles par le biais du langage qui les exprime et donc par le

B

.J.H. CEYSSENS,1984, Pouvoir et parenté chez les Kongo-Dinga
ZaIre, Meppel.

du

v

champ sémantique des vocables utilisés pour les exprimer. Il a fait de l'anthropologie sémantique et a ainsi atteint un niveau de compréhension exceptionnel de cette société et de sa culture. Ce faisant il a aussi découvert l'utilisation de l'étymologie populaire comme explication ontologique. L'étymologie populaire explique la signification d'un mot par la métonymie: l'association de ce mot avec d'autres mots homophones ou encore avec des mots quasi-homophones, identiques à une ou deux différences près ou chaque mot de la collection a un sens propre et différent. Soit par exemple la série: vert, vair, verre (matériau), verre (gobelet), ver, vers (poésie), vers (direction) et leurs dérivés apparents comme: verdure, verrerie, véreux, vérité, verbal... tous perçus comme identiques malgré leurs racines linguistiques différentes. Tous les sens de ces mots sont perçus comme apparentés et comme formant un champ sémantique unique. Le sens précis de chaque mot faisant partie du réseau retenu est soit expliqué par son contexte, c'est-à-dire les sens de tous les autres, soit est enrichi par des rappels, des harmoniques, qui s'ajoutent à son sens premier. Le procédé est extensible par association de sons de proche en proche et ce à l'infini. Par exemple, on peut ajouter à la série 'vert' d'autres séries comme: fer, faire, ou paire, père, pair ou mère, mer, maire, ou verbe, verbal... On peut donc l'utiliser pour réfléchir, c'est-à-dire imaginer un vaste champ de significations dirigées vers une conclusion, un champ qui soustendra et 'prouvera' la justesse de tout un raisonnement. Toute l'explication du nom balungu est construite sur ces bases, comme les acteurs de 1'histoire auraient pu la construire à la fin du siècle passé. Car le procédé est directement attesté à l'époque. Le nom Tshokwe (Ci-aka) vers 1885 était expliqué par les Lunda comme ayaka, "ils sont partis" (à la poursuite d'un chef de l'émigration) et le raisonnement utilisé pour prouver que cette émigration avait eu lieu. Cependant le lecteur ne perdra pas de vue que "aurait pu" n'est évidemment pas de l'histoire au sens propre mais de l'histoire possible ou même plausible. Après un rappel rapide des principes de la cosmologie courante au Haut-Kasayi, l'argument part du sens restreint de

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balungu à la fm du dix-neuvième siècle soit "jeune homme de guerre" avec l'implication fournie par le contexte 'jeune homme moderne", "immigrant", et même "civilisé", mais le terme fut aussi utilisé pendant quelque temps comme ethnonyme pour désigner ceux qu'on appelle Kanyok actuellement. Ce sont ces jeunes gens qui ont suivi les marchands étrangers venus de l'ouest et de l'est, ont absorbé une partie de leur modernité et ont appris d'autres langues ce qui les a rendus plus conscients de leur propre parler et les aurait incités à étendre le champ de leurs étymologies populaires. Se mettant dans l'esprit du temps l'auteur recherche dès lors ce qu'ont été ces homophonies d'une langue à l'autre et imagine de proche en proche à quoi elles ont pu mener. Partant toujours des langues du Haut-Kasayi et du Kasayi central il en vient à inclure les langues des caravaniers angolais et Swahili de l'époque. Ce faisant l'auteur découvre que le tout débouche sur un discours agissant sur le chaos des sociétés du Kasayi vers la fin du dix-neuvième siècle, un chaos créant des "détribalisations". Ce discours donne un sens compréhensible au chaos et lui impose un ordre par la fabrication d'une nouvelle cosmogonie et par la création de nouveaux groupes sociaux, ethnies, classes, groupes d'âge, car 'nommer' de nouvelles cohérences sociales c'est 'créer' par l'acte de l'imagination, qui construit une lecture nouvelle de l'espace, du temps et des gens. Comment lire cet ouvrage? Le livre traite de l'imagination populaire à la fin du dix-neuvième siècle, mais la voix de l'auteur est cruciale car c'est lui qui imagine. Il se fonde sur les leçons de son inculturatioll au Kasayi et de façon moins évidente de son expérience de ces nouveaux balungu que sont les nouvelles jeunesses remuantes et violentes du Zaïre des années 70. Mais il se fonde aussi sur sa culture européenne qui lui rappelle de temps en temps la Bible ou l'Egypte ancienne et qui le pousse à utiliser des livres qui lui font retrouver une série de formes et de processus semblables que les gens du temps n'ont certes pas tous perçus. La lecture de cet ouvrage peut donc se placer sur plusieurs registres. Selon les dispositions du lecteur il ou elle y

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trouvera une étude de la dynamique d'un imaginaire, mais aussi des éléments touchant à la sociologie, à I'histoire et même à la linguistique, car la conscience et la perception des locuteurs de leur langue est aussi un sujet de linguistique.

Jan VANSINA

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Remerciements Y. Bastin, T.K. Biaya, F. Bontinck, J. Knappert, H. Lemmens, M.B. Madeira Santos, Mukash-Kalel, C. Petridis, B. Procyszyn, T. Schadeberg, Bop Nnung.

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Conventions graphiques relatives aux langues africaines
Je représente la consonne fricative palato-alvéolaire sourde par sh, la sonore par j, la palato-alvéolaire affriquée sourde par c, la sonore par dj. La tonalité est négligée, sauf pour mettre en vedette une opposition sémantique. J'ai préféré ne pas adopter le système conjonctiviste préconisé par MEEUSSEN, e qui me permet de faire c apparaître clairement les différentes composantes. (1959 : 5) La quantité vocalique est indiquée: je doublerai les voyelles pour marquer la longueur, sauf si elles sont précédées du complexe CS (consonne + semi-voyelle), ou suivies du complexe NC (nasale + consonne). Ces conventions ne valent pas pour les citations directes d'auteurs.

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1 PROLEGOMENES

'introduis récit-fleuve vision j monde descepopulations dupar un bref exposé sur laAngola); du Haut-Kasayi (Congo*, je considère celle-ci comme la filière par laquelle il faut passer, de bout en bout. (CEYSSENS,1984: 103-119) Quand il s'agit de localiser de manière explicite les êtres éloignés, l'homme du Haut.Kasayi les situe par rapport à luimême: il se place au centre de la rose des vents. Il a, comme tous les hommes, tendance à compartimenter et à concrétiser l'horizon qui l'entoure; seulement, aux points cardinaux il substitue les marches et les terres qui ne sont pas siennes, avec leurs habitants. Au~elà de la localisation pure, c'est un espace vital et structuré qui sert à l'homme du Haut-Kasayi d'étalon ou cadre de référence, lui permettant tout à la fois d'interpréter son comportement et de le guider. Aux quatre points cardinaux sont substituées deux directions planes: de l'est vers l'ouest, et du sud vers le nord.1 La voie principale est celle qui évolue de l'est vers l'ouest. L'est est origine, non seulement du soleil bienfaisant, mais également des hommes et de la société. Au sud de la République démocratique du Congo, les cours d'eau de quelque

* L'ex-Congo.Kinshasa, l'ex-Zaïre, devenue récemment République démocratique du Congo. 1 Concernant une région voisine à celle des Kongo(-Dinga), FOURCHE, inspiré par la croisette en cuivre, s'en tient à quatre points d'orientation, équidistants et équivalents. (1938 : 656-657) 1

importance, points de référence pour la voie secondaire, évoluent du sud vers le nord, vers la Cuvette centrale. Aux directions horizontales vient s'ajouter un troisième axe, s'inscrivant dans le plan vertical: du haut vers le bas. Eclairs et pluies descendent du ciel et se fondent dans la terre où ils s'apaisent. L'homme naît en haut: la femme enceinte est dite être 'en haut' et l'enfant, lorsqu'elle accouche, ne peut en aucun cas toucher le sol. Mort, l'homme rejoint le souterrain des mânes. L'homme départage les trois voies en présentant la face aux commencements, en tournant le dos aux aboutissements.2 En affrontant l'est, en 's'orientant' donc, l'homme range le sud à sa droite, du côté de son 'bras fort', le nord à sa gauche, du côté de son 'bras faible'. Dans le courant de la rivière, l'homme se lave en regardant vers l'amont, pour disposer en permanence d'eau non polluée. Il n'est guère étonnant alors que cet espace ordonné, articulé et statique seulement en apparence, se projette dans le corps humain.3 Debout ou couché, face à l'est, le corps réfléchit à chaque fois deux champs de sensibilité différente de l'espace environnant. D'une part, on distingue dans le corps humain deux 'moitiés': haut et bas, ou encore, amont et aval. D'autre part, il Y a les deux' côtés': le côté droit, celui du bras avec lequel on mange, celui du 'bras fort' des hommes, et le côté gauche, celui du 'bras faible' des femmes. Les directions mêmes, leur caractère dynamique, se projettent dans le couple, I'homme étant aux commencements, la femme étant aux aboutissements. En route, l'homme suit la
2 L'avenir est derrière, dans le dos! Ainsi l'entendaient notamment les habitants de la vallée du Nil, du temps des pharaons. Selon l'avis des Kanyok, "chez nous [nos origines], c'est devant, pas derrière." (Kwitut ii kuuhal, kii kuunyim.) 3 Dans ce modèle, le corps humain est au centre, s'il n'en constitue pas le moteur. J'estime qu'il est inopportun d'exclure le corps humain d'un dessein cosmologique, a fortiori pour créer un nouveau couple oppositionnel: corps subjectif/espace objectif. (JACOBSON-WIDDING, 1991 : 15-48)

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femme, pour mieux la protéger. Dans le cours d'eau, les femmes se lavent en aval des hommes. Dans le lit conjugal, l'époux est couché 'en amont', l'épouse 'en aval': ainsi le flux de la semence masculine, comme les cours d'eau, va du sud vers le nord. Dans le même contexte toujours, on dit également de la femme qu'elle est en-dessous de l'homme. Ce qui précède m'amène aux énoncés suivants: . l'est est par rapport à l'ouest comme, dans le corps humain, la face est par rapport au dos et comme, dans la société humaine, I'homme est par rapport à la femme; . le sud est par rapport au nord ce qu'est le côté droit par rapport au côté gauche et l'homme par rapport à la femme; . le haut est par rapport au bas ce qu'est le côté supérieur par rapport au côté inférieur et ce qu'est I'homme par rapport à la femme.

I

DIRECTIONS
est sud haut ouest nord bas

I

INDIVIDU / CORPS

I

SOCIETE/ COUPLE
homme homme homme femme femme femme

I

face côté droit côté sUP.

dos
côté gauche

côté in[

Les trois voies sont à sens unique et, en tant que telles, elles aiguillent les destinées de I'homme.. En d'autres termes, le mouvement dialectique des contraires ne peut être symétrique ou réciproque: le 'cm' appelle le 'cuit', mais le 'cuit' n'appelle pas le 'cru'; saison sèche et saison des pluies se succèdent, mais les premières pluies inaugurent l'année. Idéalement donc, on ne rebrousse jamais chemin. Mais on peut recommencer la route, selon l'axe est-ouest toujours: encore une fois, l'astre solaire et son mouvement cyclique servent de modèle. Tous les commencements et tous les aboutissements sont solidaires et de valeur attenante. L'est, le sud, le haut (rougeâtres) vont de pair et s'opposent à l'ouest, le nord, le bas (blanchâtres). Même si on opte parfois pour une direction particulière, il n'est

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pas toujours facile d'attribuer un sens spécifique à chacune d'elles.4 Par exemple, l'origine, la source de la rivière, passées, se trouvent en amont; maintenant, l'avenir se situent en aval, à l'embouchure. Faites le même exercice avec l'arbre, et vous échouerez... Où tourner la tête? Chez les Kongo(-Dinga), I'homme juste et bon est enterré les yeux braqués vers l'est, "pour qu'il aille là d'où nous venons", afin de s'y réincarner; ailleurs, la tête sera tournée vers l'ouest, pour que le mort rejoigne le souterrain des mânes. Bref, la tentation métempsychotique est réelle et inéluctable. Il va de soi que, malgré le caractère contraignant de toute normalisation, l'individu garde intacte sa liberté du choix. D'abord, les circonstances peuvent porter quelqu'un à inventer des variations sur les thèmes de base, à en rajouter à partir de la trame exposée ci-dessus. Ensuite, il lui est loisible de transiger sur l'étiquette, de composer avec le 'bon sens'. Autrement dit, l'individu peut interpréter les normes selon ses besoins et ses talents, ériger même leur transgression en norme nouvelle. A ses
risques et périls.

4 Les Kanintshin qualifient l'est et le sud comme étant' en face'; l'ouest et le nord sont 'dans le dos'. WISSMANN a mêmement confondu amont/aval, est/ouest, rive droite/gauche: "Ende Jauner 1882 passirten wir den Lubilasch und damit zugleich den Sankuru, da wir nâmlich jetzt erfuhren, dass dies ein und derselbe, im Westen und im Osten verscrueden benannte Strom ist." (1883 : 102) Voir aussi POGGE:"Der Lubilasch heisst ostIich auch Sankuru. Die Araber kennen nur den letzten Namen." (1883 : 56, note)

4

N

o

E

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En principe, mais en principe seulement, tous les éléments

de la table des matières abordés dans cette étude, peuvent
s'inscrire dans le graphique ci-dessus.

"The four

rivers

of Paradise.

north south east west. dividing God's garden into quarters. And there is water everywhere. Under the pavilions. by the orchards. running down terraces. alongside the walks by the woods. " (GURNAH. 1994: 80)

They run in diflèrent directions.

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2 A LA RECHERCHE D'UNE ETHNIE PERDUE

es cartes géographiques et ethniques du dernier quart du dixneuvième siècle laissent rêveur. Y figurent notamment des ethnonymes qui, peu de temps après, seront rayés de la carte, de la terre, comme par enchantement. Pour me limiter au Kasayi: que sont devenus les Aka Wanda? Les mystérieux Jama Lawum de KIEPERT (1879) ont-ils vraiment existé?5 Et que faire des
5 Lire à ce propos CEYSSENS(1979). Cette publication peut être complétée par les références suivantes: SCHÛTf(1879 : 182-183; 1881 : 139 & carte 3); KIEPERT(1879), avec entre autres les "Ukozi" (probablement le pays des Bakooji, entre Katanda et Kabinda; éventuellement le pays de Konji, des Luntu), BüCHNER(1881 : 160); BUchner 's & Pogge 's Routes, où figurent les "Ukozi", les "Zuata Chitu (dwarfs)", les "Yama lavun (dwarfs)", les "Akawanda (Mawanda)" et "Kanoko's empire" (1882 : 679); POGGE(1883 : 202); on trouve les "Watwa (Zuata-Chifu)" sur la carte CHAVANNE,le "Muene Cahuenda" sur la carte TuRNER,annexée à CAMERON (1877); CAMERON (1885 : 257-258); SILVAPORTO(1887 : 956); WISSMANN (1889 : 72); VERDICK(1903b), itinéraire sur lequel il traite les Kanintshin de "Ba Kawanda"; La carte du district du Kasai (1907); JOHNSTON (1908 : 138, note l, 508, note 3, Ethnographical Map of Central Africa); BUSTIN(1975 : 243). Sur sa carte de 1885, KIEPERT ne mentionne plus les Jama Lawum; les Akaouanda y sont, ainsi que le "Royaume de Kanioka". Voir aussi la Nineteenth Century Ethnic Map

L

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Ba/ungu qui apparaissent ici ou là et dont les uns disparaîtront, tandis que les autres se maintiennent jusqu'à ce jour? Les Ba/ungu du Kasayi doivent beaucoup à Curt von François, compagnon de Wissmann, qui, de 1883 à 1885, est chargé entre autres d'étudier le cours de la rivière Kasayi. Avant d'en arriver là, plus précisément le 9 mars 1885, sur invitation et accompagné chef "Mona Tenda", VON FRANÇOISpart du du nouveau poste de 'Luluaburg Station' en reconnaissance vers l'est, "dans la région des Kanioka". (1886 : 271) Plus tard, (VON) WISSMANN utilisera exceptionnellement un nom alternatif: ''Tenda Mata", à côté de "Mona Tenda". (Tagebuch, 06-07-86; 1890 : 108) Ntenda-Mata s'avère être un sobriquet: 'l'homme fort'. En (tshi-)luba, /utende signifie: flèche, balle de fusil; buta: arc, fusil. De fait, von François ne va pas au-delà du village du même Ntenda, situé sur la rive gauche de la Lukula, affluent gauche de la Lubi. (Cf Annexe 1: carte) A l'époque, comme il l'est encore aujourd'hui, Ntenda était un grand marché, un lieu de rencontre et d'échange entre Luluwa et Luba-Lubi1ash.6 von
ofZai"re (1989), où les "Kawanda" sont assimilés aux Kete du sud-est et situés exclusivement sur la rive droite de la Luluwa, ce qui n'est pas conforme à la réalité du terrain. 6 "ln der Mitte des Man machte ich einen interessanten Ausflug nach Kanioka, einer dichtbevôlkerten Gegend zwischen Mukenge und Mussumba des Muata Jamvo, begleitet von dem Kanioka-IDiuptling Tenda und zwanzig seiner Krieger." (VONFRANÇOIS, 886 : 156) 1 von François cite un autre lieu de rencontre et d'échange, près de Ntenda: il s'agirait du village luba "Molumba-Fuma". (VON WISSMANN, 1891 : 286; 1890 : 127-128) Il apparaît sur la Originalkarte des Sankuru-Stromes de 1888 comme "gr. [osser] Handelsplatz", en face de "Mona Tendo", sur la rive droite de la Lukula. Voir aussi la carte HAsSENSTEIN. (1891 : Tafel 5) C'est ce marché que DEMACARa longuement commenté, au retour de la rivière Bushimaay; à l'aller, il avait déjà décrit le marché de Ntenda même. (Manuscrit: 06-07-1886, 16-07-1886) Prière ne pas confondre avec le marché d'esclaves que Ngongo-Lutete, Kasonga-Mfwamba et bien d'autres chefs régionaux tiennent durant la saison sèche de 1891 chez

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François était tout simplement arrivé dans le fief de KamwineNsapo, prétendument grand chef de tous les Bashila Kasanga, mais, en tout cas, responsable d'un groupe de gens, qu'il a qualifiés de Bakwa Kanyoka. Certes, von François a pris la peine d'en savoir plus long sur l'identité de son hôte. "La famille Kanjoka a immigré ici à partir du sud; le bisaïeul Kajembe-Mukullu [Kayembe-Mukulu] quitta avec ses trois fils - Mui-Iamba-Muninga [MuyambaMunyinga], Tschikassa-Musuma [Tshikasa-Musuma] et KanduMuamba [Kande-Mwamba] son ancien territoire, étant
constamment molesté par les Baluba." ... "Les familles issues des trois fils gouvernent jusqu'à ce jour et s'appellent respectivement Bena-Kandu, Bena-Mudibo et Bena-Tschikulu. Les Bena-Kandu

prédominent; Mona Tenda appartient à cette branche." (YON
WISSMANN, 1891 : 279-280) (Annexe 3)

Ntenda, une plaque tournante, donc, et von François y entend parler des "Ba/unga"... Et qui furent-ils? En 1886, paraît dans Petermann 's Mittheilungen une carte étonnante, où le 'géographe' YONFRANÇOIS tente de combler à distance la terra incognita entre trois routes fréquentées déjà par les Européens: celle de Musumb, celle de Lubuku et la rivière Lomami, en d'autres termes, entre les connaissances fournies par les observateurs stationnés chez les Ruund, celles acquises plus au nord, à 'Luluaburg', et celles que Cameron venait de publier. (1886, Tafel13) On peut y voir les Tukongo, les Akananda, les Kaniika: les préfixes (tu-, aka-) trahissent l'origine méridionale de

les Beena Cimungu, sous-groupe des Bakwa Diisho, entre les rivières Lubi et Bushimaay. Sur la carte CEULEMANS, "Bena- Tshimungu" les se retrouvent près de Kabinda, trop à l'est par rapport à leur habitat réel. (1959 : 45, carte 2) Au terme d'une longue guerre ethnicide (1959-1961), Luluwa et Luba se sont officiellement réconciliés à Ntenda: le 20 octobre 1961, leurs chefs respectifs, Mwanangana Kalamba-Mangole (Sylvestre) et
Mutombo-Katshi Kabengele-Lutongo, y ont conclu le pacte de sang.

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ces ethnonymes; de son point de vue septentrional, von François ajoute Bakete, Babindi, Baluba, Balula, Balunga.7 Tukongo, Akawanda, Bakete, Babindji... le tout constitue une belle bordée d'injures! (CEYSSENS,1984 : 36, 46-48, 57) Une exception, pourtant: les "Balula", baluul en langue kanyok, sont simplement 'ceux d'en haut' et c'est 'en haut', 'en amont' que von François les situe effectivement. Pour les courtisans du ngand royal kanyok, les baluul sont les 'Kete' de Museng, d'Iitond et de Mbay-aa-museng. Ou les Balula seraient-ils tout simplement les Bakwa Lule de Nsanto-Kapongo (Bakwa NtembwelBashila Kasanga), tout près par rapport à Ntenda? Ou les Luba-LooI ou Luba-Shankadi? A Ntenda, des Luba-Shankadi

7 Ex-agent de l'Etat indépendant du Congo (EIC), ancien commandant du poste de Lwebo (1885-1886), BATEMAN accuse les commerçants portugais de son ressort d'une "unostentatious species of slavedealing". (1889 : 84-85) Dans sa réplique apologétique en langue
anglaise, CARVALHOse déclare prêt à suivre l'orthographe luba (ha-)

de l'auteur; dans la version portugaise, publiée en parallèle, l'orthographe 'méridionale' (tu-) est rigoureusement respectée. (1889 : 7, note; voir aussi 1890 : 107) Avant von François, POGGE avait déjà lui-même interprété correctement ses observations de Musumb, à la lumière de celles faites à "Station Mukenge": "Sie [Baschi/ange] gehOren zn dem grossen VoIke der Baluba [...], welche ôstlich bis über den Lubilasch hinausreicht (Kanikas oder Kanickas Reich) und im Norden von Bakuba und Basonge- Vôlkern im Süden von Lunda und Kauandavôlkern begrenzt wird. Zu letzteren Vôlkern rechnet der Dolmetscher Bizerra auch die Tuquete, Tubintsch. Tukongo u.a." (1884: 201-202) Chez les autochtones, Johannes Bizerra Correia Pinto est connu sous le nom de Katshabala (POGGE, 1883 : 202); celui que SILVAPORTO appelle Joannes Bezerra Pinto Coelho. (1886 : 315, 318, 321) Erronément, BATEMAN(1889 : 120), CARVALHO(1889 : 19) et NTAMBWE (1971 : 44; 1974 : 61) donnent le nom de Katshabala à un nommé Manuel da Silva Costa.

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et des Songye étaient clairement parmi les sujets de conversation; on ne peut pas en dire autant des Kanyok. 8 En 1888, la republication de la carte von François est accompagnée d'une copieuse légende.9 Qu'apprenons-nous du Bericht de von François? "Le pays des Balunga se trouve donc intercalé dans le territoire des Baluba; il touche à l'ouest aux pays des Bakete et des Kanjika; sa frontière sud suit le cours du Lomami." ... "L'on raconte que des commerçants noirs étaient porteurs de fusils à deux coups et qu'ils traitaient directement

avec les Arabes"

...

"La fréquente apparition de ces nègres de

l'est, bien armés, avait inquiété au plus haut point les Babindi, les Baluba et les Kanjoka [de Ntenda]. Ceux-ci craignaient que ces nègres ne leur fissent la guerre et ne les chassassent." (VON
WISSMANN, 1891 : 284-285)10 8 Vers 1912, à Kafakumba, un dissident du nom de Tshipao se dit Mwant Yaav a Ru/, "de l'est", et s'oppose au Mwant Yaav Muteba, résidant à Kapanga. (BUSTIN,1975 : 54, 65) 9 A cette occasion, la carte de 1886 est réutilisée, légèrement modifiée d'ailleurs: ainsi, Akananda devientAkauanda. Les résultats de la reconnaissance par von François étaient déjà partiellement rendus publics en 1885. Le rapport écrit par WISSMANN à Léopoldville et daté du 2 août mentionne simplement la ''visite aux chefs des districts situés à l'est"; mais la carte y annexée et réalisée par l'Institut cartographique militaire, comprend une partie droite où en long et en large est étalée la mention: "d'après les informations de Mr. von François". (1885 : 647 et carte) Voir aussi WAUTERS. 1885 : 81) ( Le nom Ba/ung(a)(u) ne figure pas encore dans les publications de 1885, ni dans les textes, ni sur la carte. Curieusement, sur la carte de 1885, les Balula sont situés en aval de 'Luluaburg', ce qui est contraire aux "informations de Mr. von François" . Néanmoins, cette erreur sera reprise avec assiduité sur les cartes du Mouvement géographique. On s'est aperçu sans doute que certains Bakwa Lule de Nsanto-Kapongo résidaient effectivement à gauche ou en aval de 'Luluaburg'. (DENOLF, 1954 : 103-104; VERVAEKE, 1910: 75; TIMMERMANS, : 53-54) s.d. 10 L'informateur-caravanier, originaire de Ntenda, affirme devant von François avoir rencontré des commerçants bien armés à la rivière "Bilantschi se jetant dans la Lubilaschi". WISSMANNavait déjà

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Il ressort clairement de ce qui précède que von François n'établit aucun rapport entre les "Kanioka" de Kamwine-Nsapo, où il se trouvait en mars 1885, et les "Kaniika" signalés par les observateurs méridionaux, ni les "Kanyoka" de Cameron. Du 6 au 9 juillet 1886, en route vers KasongoTshinyama, Wissmann et de Macar séjourneront à leur tour à Ntenda, "la sous-région des Baqua Kanjoka, l'une des plus peuplées dans la région des Baschi/ange." Wissmann ne voit, lui non plus, aucun rapport avec le roi kanyok, qu'il appelle "MonaKanjika" ou "Bakete-Fürst Kanjika"; et sur sa remarquable carte des populations Luluwa, il inclut les "B. Kanioka" de Ntenda dans les "tribus Baschi/ange". Selon Frobenius, les Kanyoka de Ntenda n'ont rien à voir avec les Kanyok de la LwiI.11 YODER
commis la même erreur: "Seine [Lubilasch] beide Quellflüsse sind der Lubiransi und der Luwembi." (1883: 102) Selon DENOLF,le Lubilash, avec la Lubi, constituent 'les deux Lubi' (Mbi/ashi ibidi). (1954 : 4748) Voir note 4. Pour la traduction du texte von François, voir le manuscrit: Voyage de von François à Mona Tenda in L'exploration du Kassa!... 1889, 106/120. (Bruxelles, AiI. étr., Archives africaines, AE (269» 11 (VON)WISSMANN (1887 ; 402; 1890 ; 107-108; 1888 : 354, Tafel 21) et KLEIN (1988 : 12, 17). Selon FROBENIUS, a mission von l François aurait eu lieu en 1884. "lm Jahre 1884 wurde Wissmanns Geograph, der damalige Leutnant und spiitere Gouverneur von Südwestafrika von François, von den. Baqua Kanioka ZUTUmkehr gezwungen." (1907 : 384) Dans le cartouche de la Originalkarte des Sankuru-Stromes (1888) est indiqué que von François est parti "seul" chez Mona Tenda en février 1885. YODERlaisse entendre que von François n'était pas seul comme Européen, mais qu'il accompagnait Wissmann; au moment de la mission, il était lieutenant et non pas colonel. (1992 : 66) Le 26-12-1905, FROBENIUSprend ses quartiers au village de "Matama", fils de Ntenda, "der vor zwei Jahren starb", "der François seinerzeit Schwierigkeiten bereitete. Sind seitdem nach Süden und hierherverdrângt worden." (1907: 390) A ce propos lejournal de DE MACARnous éclaire quelque peu: "Les frères de Mona Tenda de Baka Kanioka viennent me visiter et m'apporter des présents. Ils m'apprennent que décimés par la petite vérole, ils ont quitté leur

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n'est pas convaincant lorsqu'il affirme que, vers 1800, Ntenda aurait été fondé par des réfugiés kanyok provenant plus précisément d'Iitond. (1992 : 67) DENOLFa réussi, croyons-nous, à débrouiller à peu près l'écheveau de l'entité Kanyoka, à retracer sa genèse. Par rapport aux 'segments égaux et opposés' de von François, 'l'étude de cas' de Denolf est plus complexe et révélatrice, sans doute, quant à l'occupation progressive de l'espace dans ces contrées. Au départ, il est question de Twa; sur le substrat Twa se greffent divers apports orientaux 'dérivés', ce qui donne actuellement des assortiments variables, au gré des alliances et des loyautés. La composante Twa semble être relativement forte chez les Beena Mutu-Mukulu et dans une partie des Beena Cikulu (CikuluMwana); chez d'autres Beena Cikulu (Kayembe-aa-Cikulu), l'élément luba prédominerait. La contribution Kanyok serait notoire chez les Bakwa Dibu, les Beena Tubajike-Mudibu, les Beena Mutu-Mukulu et plus spécialement la famille Kanda, dont se réclame Kamwine-Nsapo...
LES BAKWA KANYOKA SELON...

VONFRANÇOIS, 1891 Bena- Tschikulu Bena-Kandu Bena-Mudibo

VERVAEKE,191O Bena Mutu Muku/u Bena Mudibo
.

DENOLF,1954 Bena Tshikulu Bena Mutu Muku/u Bena Tubajike Mudibu Bakwa Dibu

Bena Bena Bakwa MufuJa

Denolf soutient que Mwanza-Yende, grand-père paternel de Kamwine-Nsapo, serait venu du sud, de chez les "Bena Kasengaye" sur la rivière Lwekej (Olukeshi). Il s'agit de Kete, mais, ayant vécu autrefois sur la rive droite de la Lubi et ayant
ancien emplacement et sont établis maintenant près de Bena Vitanda [Bitanda]." (Manuscrit: 15-03-1887)

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payé tribut au Mwin Kanyok, ils aiment se faire passer pour Kanyok.I2 En somme, ces Bakwa Kanyoka disent être venus du côté du Mwin Kanyok, car le lecteur attentif aura reconnu dans le relationnel mukwà, bakwà le locatif ku.I3 J'imagine, par ailleurs, que la migration des soi-disant Kanyok de NdumbalBukula vers Ntenda doit pouvoir s'expliquer à la lumière d'intérêts commerciaux interrégionaux, à la lumière du long-distance trade. Et de fait, Ntenda et environs immédiats excellent dans le forgeage d'articles de fer, ainsi que dans la production de sel: ces produits sont exportés notamment chez les Ruund. (VON WISSMANN, 1890 : 108) Les gens de Ntenda n'aiment-ils pas se donner du poids en se réservant une place sur l'échiquier régional, plus précisément en se situant entre Kalamba-Mukenge des Beena Kashiye et Mfwamba des Beena Cilundu: "Mfwamba en haut, Mukenge en bas; au milieu, l'Ebranleur de la voûte céleste." (M.fwamba ku mutu, Mukenge ku manda; pankaci aapa Mbukula-dyulu.) Ils n'ont donc pas oublié leur véritable origine à Bukula, entre les rivières Lwekej et Lubi. Kubùkula: agiter, secouer. Examinons à présent les différentes attributions ethniques ayant été proposées au sujet des Balungu. A commencer par celle que von François lui-même a suggérée...

12 Voir DENOLF(1954 : 66, 95-96, 291-299, 335-336, 587-588). Voir aussi VERVAEKE(1910: 73), TIMMERMANS : 30). (s.d. SOURDILLATarle des "Kasenga de Dumba". (1940 : 311) Selon p
CAPELLE, les Bena

Kasengaie

sont BajUa Mutumba

faisant partie de la

chefferieBena Kalamba sous l'autorité de Ndumba. Ceux-ci payèrent jadis tribut au roi Kanyok; plus tard ils transférèrent le tribut à
Kasongo-Mfwamba en échange du bukelenge bwa diamba. (Bruxelles, M. étr., Archives africaines, 1938 : 9, 18) La chefferie Ndumba (Beena Katamba) est située sur la rive gauche de la rivière Lwekej, en face de la chefferie Bukula (Beena Bungu), sur la rive droite. 13 En m'exprimant de la sorte, je rejoins partiellement KAsANDA lorsqu'il suggère qu'en (tshi-)luba le relationnel "spécifique" mwena établit, dans le temps et dans l'espace, une relation plus serrée, plus proche, que le relationnel "générique" mukwa. (1979 : 550-553)

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2.1

Songye et Sanga

La constatation que voici a de quoi surprendre: à ce jour, personne n'a jugé utile d'exploiter à fond les cinq pages que von

François consacre aux 'observations' faites à Ntenda. (VON
WISSMANN, 1891 : 283-287) Admettons qu'il a sérieusement

brouillé les pistes pour les candidatséventuels. Pour commencer,..
il prétend que "les Balunga sont venus du sud". En plus, sur la carte de 1886/1888, il dévie ou détourne systématiquement des points de repère orientaux vers le sud: d'un pays, où selon ses informateurs les fusils abondent, où la présence physique d'Arabes et d'Arabisés est attestée, vers les confins du pays du Mwant Yaav. Caravaniers et voyageurs ont devant von François fait état de trajets est-ouest,. qui, sur la carte, se transforment en trajets sud-nord. Qui s'en étonnera? Décidément, von François a été influencé par la confusion dans l'esprit des informateurs entre l'amont-est et l'amont-sud, l'effet notamment de l'orientation sudnord des grandes rivières. (Cf Prolégomènes) Tentons de voir clair dans la 'radio-trottoir' de von François et identifions un maximum de localités, cours d'eau et
chefs. Quelques gîtes d'étape peuvent être reconnus avec un haut

degré de probabilité... Chez les Luba-Kasayi, nous avons par exemple "Tshileo" (Tshileyo): les Bakwa Cilewo font partie des Bakwa Mulumba, entre les rivières Lwil(u) et Lubilash(i), au sud de Katanda, au nord-ouest de Gandajika. VAN ZANDYCKE relate que leur chef Kasongo-aa-Diiba était en étroite relation avec Kasongo-Tshinyama, grâce à son esclave et fils adoptifKayeye, qui s'est fait enrôler comme mulungu au service de Kasongo. Plus tard, Kayeye deviendra chef des Bakwa Cilewo. (Enkele knipsels : 3-4) (Mes italiques) Sur la rive droite de la rivière Lubilashi, au sud de Nzaji, nous avons Kileyo, où jadis résidait le chef principal des Beena Mpa.fù, Luba-Shankadi donc. "Mina-Tshimba" sur la rivière Lubi: il pourrait s'agir de Mukendi-aa-Nshimba, fils de Mutombo-wa-Mintenga et père de

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Mutombo-Katshi I, des Beena Kalaala, sous-groupe des Bakwa
Kalon}i . (VAN ZANDYCKE, Schetsen)

Quant à la série "Mina-Domba" / "Mina-Kande" / "Karirna", j'hésite entre deux parcours. La variante septentrionale: Beena Ntomba (Kalarnbayi) / Bakwa Kande (Bibanga) / Beena Kadima (où Lwil et Lubilash confluent). La variante méridionale: Ndurnba (Kete de Karnponde) / Kanda-Kand (Kanyok du nord). Ou une combinaison de l'une et de l'autre. Chez les Luba-Shankadi, nous avons par exemple "Zantsch" ou Nzaji, à mi-chemin entre Gandajika et Karnende, où vivent des Beena Mpa.fu; limitrophe des Luba-Kasayi, Nzaji peut avoir été jadis un noeud de communications important? Et remarquez, encore une fois, comment les connaissances 'cartographiées' peuvent suivre leur propre voie... Sur la Carte générale de l'itinéraire suivi par Mr. le Lt. Wissmann de 1885, nous lisons "Zantsch"; sur la Originalkarte... des Premo Lieutt. Curt von François de 1886, comme sur celle publiée dans un ouvrage collectif en 1888/1891, il y a ajout: "Zantsch Quadi". Or, le texte de von François ayant inspiré déjà la carte de 1885, mais rendu public seulement en 1888/1891, mentionne "Zantsch", tout court. En pays songye, plus précisément chez les Eki, nous avons par exemple le "Mukua-Bo" et "Kangense", cités séparément: les deux ne font qu'un, il s'agit du Mwana-Mbo Kankenze, résidant à BaIa-BaIa (au nord de Kabinda). Kankenze est réputé avoir appelé au secours Lu(m)pungu des Bekalebwe, afin d'en finir une fois pour toutes avec son rival Eki, NsapoNsapo. Il y a un autre chef Eki, Lukunku(-Nsapo). Est-ce lui "Lukungu, chef le plus réputé des Balunga", que les informateurs de François situent près de la "Lukulla", affiuent de la Lubefu? Vu sa réputation, qu'on peut difficilement ignorer, il s'agit très probablement de Lu(m)pungu, opérant, lui, à partir de l'actuel Kabinda. Nsapo-Nsapo ou "Zappu-Zap" résiderait "à quatre journées de marche de Lukungu vers l'est [?]" et n'aurait rien à voir avec le "puissant chef des Bassange" du même nom; von François a correctement distingué Nsapo-Nsapo des Beneki et

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Sapo-Mutapu des Basanga, père du "Mona-Kialo". Traditionnellement, Nsapo-Nsapo règne au coeur même du pays Eki, à savoir à Kananga (ka Mwana-Maole), selon mes informations, à Mapenge, situé tout près, selon les sources écrites des années 1890. A la fin de 1884, Nsapo-Nsapo cède le pas devant l'usurpateur Lu(m)pungu et cherche refuge sur la rivière Sankuru. C'est sur le Sankuru que le Dr. Wolfle trouvera et fera sa connaissance, début 1886; au courant de 1887, en fait après avoir accompagné Wissmann jusqu'à Nyangwe, Paul Le Marinel conduira Nsapo-Nsapo et sa suite de Beneki à Luluabourg, leur nouvelle demeure.14 "Benji"? S'agit-il des Beena Cibenji, un groupe de Belande au sud de Kabinda? Ou de Mwan-aa-Beez, sur la rive droite de la rivière Lwiza? "Kissele", vu le préfixe ki-, peut être un lieu soit Songye, soit Luba-Katanga (Luba-Shaba); toujours est-il que les Songye et les Luba-Shankadi entretenaient des relations commerciales soutenues avec le Ki(n)kondja sur le lac Kisale. A deux jours à l'ouest de "Kangense", von François avait localisé un autre grand chef Balunga, à savoir "Kanene", payant tribut à "Kissele". Nous n'avons aucune idée sur l'identité de ce "Kanene". Résumons! Début 1885, à Ntenda, von François qualifie au moins trois chefs de Balunga disposant de fusils, traitant régulièrement avec les Arabes: Lupungu, Nsapo-Nsapo, Kankenze. Ce qu'il ignore, c'est que les fameux Balunga opéraient autour des 60 de latitude sud et entre 240 et 24030' de longitude est, qu'ils étaient en contact direct avec Tippu-Tib et avec Nyangwe et qu'ils étaient Songye, déjà... Bien sûr, MpanyaMutombo manque à l'appel: ce n'est qu'en 1888 que les Basanga passeront sous la férule de Mpanya-Mutombo, l'ex-esclave ayant pris la relève de Sapo-Mutapu.
14 Selon VONWISSMANN, Zappu Zapp" aurait déjà quitté sa terre " d'origine en 1882. (1890 : 164) Nsapo-Nsapo serait une défonnation de "Sappoo Sahib". (BATEMAN, 889: 94) 1 Sur les Songye à la fin du dix-neuvième siècle, voir HUUGHE (Archives africaines, 1919: 9-11) et TIMMERMANS (1962: 30-35). 17