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Chine, questions sur l'ouverture aux multinationales

De
160 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296162709
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CHINE QUESTIONS SUR L'OUVERTURE AUX MULTINATIONALES

Sophie BOUTILLIER et Dimitri UZUNIDIS

CHINE QUESTIONS SUR L'OUVERTURE AUX MULTINATIONALES

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l' École- Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0231-3

« Tant que la question du pont ou du bâteau n'est pas résolue,Ii quoi bon parler de traverserla rivière? »

Mao Tsé Toung

Carte l : MAP: THE PEOPLE'S REPUBLIC OF CHINA

INTRODUCTION

Depuis ces dix dernières années, la Chine n'a peutêtre jamais fait couler autant d'encre. Les débats sur la

politique des

«

Quatre Modernisations»

de Deng Xiao-

ping couplés avec l'ouverture économique vers le monde capitaliste se sont substitués à ceux sur l'autarcie politique et économique; celle-ci perçue comme le gage d'un développement économique autonome et par extension de l'autonomie politique de la Chine de Mao Tsé Toung. Pour les uns cette politique d'ouverture aux multinationales américaines, japonaises ou européennes, au commerce et au crédit internationaux risque d'entraîner le pays dans l'arrière cour d'un système économico-politique mondial dominé par les pays capitalistes avancés en mal d'expansion. Pour les autres, le péril est en la demeure. La politique économissiste de Deng Xiaoping (système de ~esponsabilité, autonomie de gestion des entreprises d'Etat, marchandisation de la force de travail, etc.) est en train de corrompre la société chinoise en créant de flagrantes inégalités sociales. La synthèse de ces deux visions est beaucoup plus fructueuse pour comprendre les bouleversements en cours en Chine. Pour ce faire, l'étude de l'économie et de la société chinoises est insuffisante. Il convient également de replacer la Chine dans le contexte mondial et de prendre en compte les modalités de fonctionnement du système capitaliste mondial et de ses agents, les entreprises multinationales. 7

La voie de développement empruntée par la Chine est volontiers qualifiée de pragmatique. La grandeur de la tâche qu'elle s'est fixée justifie peut-être ce terme. D'une économie dominée par l'agriculture (64 % de la population active) et peu mécanisée, tel Goliath, la Chine souhaite franchir les étapes qui la séparent d'une économie industrielle et moderne d'ici la fin du siècle. La transformation des structures productives devant prendre appui sur les technologies les plus efficientes et les plus modernes du moment, la Chine fait appel, de sa propre initiative, aux multinationales. D'un autre côté, les Chinois doivent donner aux multinationales une bonne raison pour s'implanter en Chine, non dans un autre pays du Tiers-Monde, en leur proposant des marchés solvables importants, de la main-d'œuvre à bas prix, des conditions de financement avantageuses, une infrastructure locale de communication moderne.). Car la crise contemporaine du système capitaliste mondial est par elle-même insuffisante pour conduire aveuglé-

ment les multinationales

vers le

«

marché du siècle».

Autonomie ou dépendance économiques, tout se résume à un rapport de forces politico-économiques. Mais, l'appel aux multinationales ne constitue qu'un aspect particulier de la politique de modernisation tous azimuts de la Chine de M. Deng. Le vent de l'économie de marché souffle sur le pays. La loi de l'offre et de la demande effectue des entailles dans la bureaucratie et la planification centralisée et impérative. Le principe de la gestion unifiée de la force de travail et la sécurité de l'emploi, y compris dans les entreprises d'État, sont remis en question. La petite entreprise privée fait son apparition. Problèmes internes et problèmes externes. Les choses ne sont pas dissociables. Si Mao Tsé Toung était conscient du fait que la Chine avait besoin du savoir et des techniques des pays capitalistes industrialisés, et se méfier de leur système idéologique, Deng Xiaoping ne semble pas savoir faire la part des choses. Les relations entre deux systèmes politiques différents ne peuvent être que heurtées, voire conflictuelles, 8

chaque système social fonctionnant selon sa propre rationalité politico-économique. Sous l'apparence simple de la signature d'un contrat de « coopération)} économique végète un conflit susceptible d'éclater au grand jour, ou pouvant conduire à l'institutionnalisation du mode de régulation politique de la partie adverse par la Chine. L'âpreté des débats au sein du Parti communiste chinois sur la recherche d'un projet politique fort, mobilisant les différentes parties de la société, contre la dernière tendance, montre que le chemin n'est pas tout tracé.

9

PREMIÈRE

PARTIE

DES MULTINATIONALES POUR BRÛLER LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT

L'appel des Chinois aux entreprises des pays capitalistes s'inscrit dans un souci de modernisation de l'appareil productif du pays. Celui-ci souffre d'un ensemble de déséquilibres résultant d'une politique inédite de développement. Son intégrité politique reconnue, la Chine cherche aujourd'hui à accélérer le développement de ses capacités de production en utilisant le savoir et les technologies avancées des multinationales.
«

Il n'est pas possible d'entreprendre

l'édification (du

socialisme à la chinoise), explique Deng Xiaoping, en pratiquant l'autarcie. Celle-ci se présente sous deux aspects: fermer la porte au monde extérieur et imposer à l'intérieur le cloisonnement régional ou départemental. Nous voulons assurer un rythme de développement un peu plus rapide sans nous laisser toutefois aller à la précipitation, au risque de nous couper de la réalité. Pour cela, nous devons réactiver l'économie à l'intérieur et appliquer une politique d'ouverture sur l'extérieur (1). »

(1) Deng XIAOPING. Lors d'un entretien gouvernementale de personnalités japonaises,

avec une délégation le 30 juin 1984.

non

11

CHAPITRE I

CHOIX ET ARBITRAGES DIFFICILES

Un bilan superficiel de l'économie chinoise effectué à la fin de la décennie 1970, en particulier de l'industrie, donnait l'image contrastée du dynamisme par la création d'industries et d'usines nouvelles et de l'inertie par l'archaïsme des équipements productifs installés par rapport à ceux des pays industri~isés. Le gaspillage est devenu ainsi la bête noire de l'Etat chinois (2). Gaspillage rime avec précipitation. « Précipitation» signifie que les Chinois se sont fixés des objectifs élevés de développement industriel, se comparant volontiers aux pays les plus industrialisés, sans prendre le temps par ailleurs d'évaluer suffisamment leurs propres forces. Les différentes périodes en dents de scie du développement économique de la Chine le montre clairement. A des périodes de forte croissance succèdent des périodes de régression (voir Grand bond en avant et dans une moindre mesure la révolution culturelle, tableau I). Pendant la période d'accélération de nouvelles capacités de production sont mises en place, qui se muent en surcapacités pendant la période de récession.
(2) Voir à ce propos les livres de deux économistes chinois de renom: Yu GUANDGYUAN, La modernisation socialiste de la Chine (1983) et Xue MUQIAO, Problèmes économiques du socialÙme en Chine (1982).

13

D'UNE

I. ASPECTS INDUSTRIALISATION

CONTRASTÉE

La Chine est une puissance industrielle confirmée: 4,5 % de la production industrielle mondiale (3), sixième rang mondial derrière les Etats-Unis, l'Union soviétique, le Japon, la République fédérale d'Allemagne et la France. Elle est également le pays en développement dont l'industrie est la plus importante et la plus diversifiée. C'est l'un des principaux producteurs mondiaux de textile (premier rang), de ciment (troisième rang), d'acier (cinquième rang), ou de biens d'équipement (troisième rang). Mais, elle demeure

Tableau 1 LA CROISSANCE DÉSÉQUILIBRÉE DE L'ÉCONOMIE CHINOISE (indice 100 en 1952) 1952 Production agricole céréales coton viande fruits Production de l'industrie Industrie légère tissu bicyclettes machines à coudre - Industrie lourde aCIer ciment machines outils 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 1957 !H,8 118,9 125,7 117,7 132,9 1965 137,1 118,6 160,9 162,8 132,6 1978 229,6 185,8 166,2 253,0 268,9 1983 335,9 236,1 355,6 414,2 388,3

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228,6 452,9 1601,6 2340,1 183,2 344,7 970,6 1651,2 131,8 164,0 288,0 388,5 1 007,5 2 297,5 10675,0 34477,5 421,2 1875,7 7 371,2 16472,7 310,7 651,0 2 780,4 3571,3 396,3 905,9 2 354,0 2 962,2 239,8 571,3 2 281,1 3 784,9 204,4 289,0 1337,2 883,2

Source: ONUDI.

(3) A comparer avec le 2,5 % pour le Brésil et le 1 % pour l'Inde. 14

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encore insuffisamment équipée pour la fabrication de biens de consommation courante (comme les automobiles ou les produits électriques-électroniques grand public) (voir tableau 2). Ces résultats sont à la mesure des 600 millions de travailleurs mobilisés, soit la première réserve de main-d'œuvre industrielle du monde. Depuis 1949, la Chine a fait des efforts particuliers pour développer son appareil industriel par une exploitation extensive de ses ressources naturelles, énergétiques et humaines. L'industrie s'est développée plus rapidement que l'agriculture, entre 1953 et 1983, 9,5 % contre 4 % par an respectivement (voir tableau 3). Mais la Chine reste agricole: l'agriculture absorbe 64 % de la population active et contribue à hauteur de 37 % à la production nationale, contre 21 % et 41 % respectivement pour les mines et industries et 15 % et
Tableau 3 CROISSANCE ÉCONOMIQUE DE LA CHINE ENTRE 1949 ET 1983 (en moyenne annuelle et en pourcentage)

Période

Production nationale totale 22,8 11,3 - 0,4 15,5 9,3 7,3 8,3 7,5 8,0

Production agricole

Production industrielle

Revenu national 19,3 8,9 - 3,1 14,7 8,3 5,5 6,0 7,1 6,2

1949-1952 1953-1957 1958-1962 1963-1965 1966-1970 1971-1975 1976-1980 1981-1983 1953-1983

14,1 4,5 - 4,3 11,1 3,9 4,0 5,1 7,9 4,0

34,8 18,0 3,8 17,9 11,7 9,1 9,2 10,1 9,5

Source: Annuaire statistique de la Chine 1984.

16